Chapitre 9 :


Après plus d'un mois, Poudlard lui manquait toujours énormément, mais Harry ne pouvait nier qu'il aurait été triste de quitter le cottage pour toujours. Pas seulement parce que, ici, il avait le droit d'avoir des vêtements à sa taille ou de manger à sa faim mais parce que Snape avait un humour très particulier qu'il fallait du temps pour déchiffrer et apprécier et que, contrairement aux Dursley, le sorcier n'avait jamais sous-entendu que la présence de l'adolescent le dérangeait.

Lors de leur dernière sortie au village, fatigué de le voir regarder le plafond avec ennui tous les soirs – et probablement fatigué de relire les mêmes livres tous les jours – l'homme l'avait entraîné vers la librairie. Les livres étaient bien la seule chose que Dudley ne touchait jamais mais Harry n'avait pourtant jamais développé un amour de la lecture : il faisait trop sombre dans le placard, même lorsque la lumière marchait, et sa vue était trop mauvaise pour ça. Snape, en revanche, était comme Hermione. Enlevez-lui sa magie, il survivait, mais privez-le de lecture et il tournait en rond comme un lion en cage.

Malgré ses protestations inutiles, Harry était sorti de la librairie avec trois livres dont un épais sur les contes et légendes locales dans lequel il était présentement plongé, assis de travers sur le fauteuil, les jambes passées par-dessus l'accoudoir. Il développait de plus en plus un certain amour pour l'Écosse.

Comme il était là depuis un moment, les habitants du village avaient cessé de le regarder comme une curiosité. Certains s'aventuraient même à lui faire la conversation. Le vieux poissonnier, la semaine précédente, s'était même fendu d'une anecdote sur une sortie de pêche interrompue par un monstre marin et avait semblé ravi qu'Harry, au lieu de se moquer, soit suspendu à ses lèvres. Cela pouvait sans doute sembler naïf mais il y avait suffisamment de créatures magiques de par le monde pour que ce soit possible.

Ses études stagnaient un peu et n'avaient rien perdu de leur côté frustrant dû à l'absence de pratique. Il en venait même à attendre avec impatience les cours de Potions juste pour pouvoir faire quelque chose qui n'était pas prendre des notes ou lire un manuel. D'ailleurs, seul avec le Professeur qui était nettement moins hostile qu'en classe, il n'était pas si mauvais. Snape avait même déclaré que son dernier chaudron de reconstituant sanguin était apte à la consommation et l'avait mis en bouteille pour son propre usage – ce qui, il fallait l'admettre, avait rendu Harry fier comme un paon.

Ses notes, en général, n'étaient pas mauvaises mais, comme l'avait dit McGonagall lors de sa dernière visite, c'était difficile de l'évaluer sur la théorie pure et la valeur des notes était à prendre avec des pincettes. Il n'empêche qu'elles étaient meilleures qu'en temps normal.

Non, vraiment, la vie au cottage n'était pas si terrible même si elle avait cette qualité particulière, un peu élastique, des parenthèses. Il savait très bien que ça ne pourrait pas durer toujours.

Harry frissonna un peu lorsqu'une nouvelle bourrasque de vent sembla secouer la maison, faisant siffler un peu la fenêtre de la cuisine qui n'était pas de première jeunesse. Il ajusta le plaid marron qu'il avait trouvé dans le placard et s'était plus ou moins approprié pour les soirées fraîches. L'automne était bien là et annonçait un hiver très froid.

Il était en train de contempler l'idée d'aller terminer son chapitre bien au chaud dans son lit lorsque Snape, qui lisait dans l'autre fauteuil, releva brusquement la tête, le corps tendu.

Craignant une nouvelle crise, bien qu'il n'y ait pas eu de signes avant-coureurs, ces derniers jours, Harry repoussa plaid et livre et s'assit correctement dans son fauteuil, prêt à se lever et à l'aider si…

Mais Snape n'esquissa aucun geste vers le pansement sur son cou. Au lieu de ça, il se leva d'un bond, tira sa baguette et jeta à Harry un regard dur. « Reste en arrière. Sors ta baguette mais ne t'en sers qu'en dernier recours. »

Harry obéit, regrettant un peu ne pas porter autre chose que son pantalon de pyjama trop grand et le sweatshirt en pilou qu'il affectionnait le soir, parce que ce ne serait pas une tenue très glorieuse en cas de bataille contre les Mangemorts – et, surtout, il n'avait que d'épaisses chaussettes aux pieds et il n'osait pas prendre le temps d'aller enfiler des chaussures. Snape non plus, apparemment, parce qu'il ouvrit la porte d'entrée et se fondit dans la nuit sans prendre le temps de se chausser.

Harry osa se poster dans l'entrée, pratiquement caché par la porte. Sa visibilité n'était pas grande mais le bois ferait barrage le cas échéant et il entendait très bien de là où il était. De fait, il entendit soudain Snape ordonner à quelqu'un de s'immobiliser.

« Ce n'est que moi, Severus. » appela la voix de Dumbledore.

Un peu rassuré mais sans toutefois lâcher sa baguette – le Professeur de Potions avait sa propre version de Vigilance Constante qui consistait à lui demander régulièrement s'il voulait mourir de sa propre stupidité – Harry osa sortir un tout petit peu plus de derrière la porte pour voir ce qui se passait.

Snape, lui, n'avait pas baissé sa baguette et la tenait pointée sur le Directeur.

« Mon alcool préféré ? » s'enquit le Professeur, de manière complètement incongrue.

« Vous ne buvez généralement pas mais vous vous laissez tenter à l'occasion par la liqueur de cerise que fabrique la sœur de Poppy et je ne vous ai jamais vu refuser un verre de ce merveilleux vin Gobelin que nous ramène Filius. Un verre et c'est tout. » répondit calmement Dumbledore.

Ça sembla suffire à Snape qui rangea sa baguette dans sa manche. « Minerva est en retard. Nous l'attendons depuis quelques jours. »

« Il y a eu quelques développements qui l'ont empêchée de venir. » répondit le Directeur, en le rejoignant. « Je me suis donc dévoué. »

Le Professeur portait un costume bleu nuit tout ce qu'il y avait de plus sobre, jusqu'à ce qu'on remarque qu'il n'était en fait pas sobre du tout. Le tissu de velours captait tous les changements de lumière et se déclinait en autant de teintes de bleu. Sans parler du chapeau étrange, rehaussé d'une plume, qu'il avait sur la tête qui avait peut-être été discret au siècle dernier. Et encore.

« Ah, Harry… Comment vas-tu, mon garçon ? » lança Dumbledore, en montant les marches du porche, sans pour autant croiser son regard.

Harry répondit avec les banalités d'usage, écoutant impatiemment le Directeur répondre qu'il allait bien si ce n'était pour une légère gêne dans le dos qu'il attribuait au monstre qu'était la paperasse nécessaire à faire tourner une école, ce qui fit émettre un bruit railleur à Snape et remarquer que c'était sans doute Minerva qui souffrait de ce mal.

« Et où en est notre petit projet, Severus ? » demanda le Directeur, alors qu'ils étaient encore dans l'entrée.

« Harry est capable de repousser les visions. » déclara Snape. « J'ai bon espoir qu'il parvienne à les bloquer totalement sous peu, pour peu qu'il parvienne à maîtriser sa curiosité maladive. Ses boucliers sont encore faibles mais les bases sont bonnes. Nous avons commencé à pratiquer une défense plus active. »

Et, par là, le Professeur voulait dire qu'il s'était mis à envahir son esprit sans prévenir, aux quatre coins de la maison et à n'importe quelle heure, et qu'Harry était censé le repousser. Ce n'était pas du tout agréable, surtout que l'homme attrapait toujours un souvenir au vol et que la sensation d'être mis à nu était atroce.

Mais il ne pouvait nier que l'Occlumencie fonctionnait. Ses cauchemars avaient diminué et il parvenait généralement à repousser les visions avant la fin même si, comme l'avait fait remarquer le Professeur, il mourrait d'envie de savoir ce qu'il y avait derrière cette foutue porte…

Mais Snape avait juré que la chose que convoitait Voldemort était en sécurité et qu'il risquait plus de faire le jeu du mage noir en persistant à s'y intéresser qu'en obéissant et en fermant son esprit. Harry avait décidé de lui faire confiance.

« Excellent ! » s'exclama Dumbledore, en croisant son regard de manière appuyée pour la première fois depuis des mois. Instinctivement, le garçon déploya la bulle dans son esprit, la voulant aussi résistante et impénétrable que possible. Soudain, cela ne lui apparut plus une aussi bonne chose que le Directeur le regarde à nouveau dans les yeux. S'en apercevrait-il seulement si l'homme pénétrait son esprit ? Celui de Snape était devenu presque familier, celui de Voldemort était froid et visqueux mais Dumbledore… « Je savais que tu y parviendrais, Harry. Comment aurait-il pu en être autrement avec un tel Maître Occlumens pour te guider ? »

Une étincelle amusée brillait dans les yeux du Directeur.

Snape grommela quelque chose puis le poussa vers le salon. Harry suivit le mouvement, se hâtant de les dépasser pour débarrasser le fauteuil de sa couverture et de son livre. Il vit la manière dont le regard du Directeur balaya la pièce, s'arrêtant sur le plateau d'échecs abandonné sur la table basse, le devoir de Métamorphose à moitié fini qui attendait qu'il s'y repenche avec son encrier et sa plume juste à côté, la radio sur le manteau de la cheminée qui n'avait pas été là lors de sa dernière visite, et toutes les autres traces qu'Harry avait involontairement laissées…

« Vous avez des nouvelles du Ministère pour l'appel ? » demanda-t-il, incapable de résister plus longtemps.

À chaque visite, McGonagall répondait invariablement qu'elle n'en savait pas plus.

« Je regrette. » soupira le Directeur. « Ils ne cessent de repousser la date. »

« Oh. » lâcha-t-il, déçu. Le reste ne semblait pas aussi important alors il haussa les épaules. « Vous voulez du thé ? »

Le temps qu'il revienne avec un plateau chargé de la théière, des tasses et d'une assiette de biscuits sablés faits maison que Mrs Reid avait apportés la veille, les plans de cours pour les prochaines semaines ainsi que quelques lettres avaient déjà changé de mains. Snape fit le tri dans le courrier puis lui tendit le sien.

Il y avait plusieurs lettres de Ron et d'Hermione ainsi qu'une de Sirius… Il les rangea dans la couverture de son livre de contes et légendes pour ne pas les perdre, puis s'installa sur le repose-pieds qui était devenu son siège lorsqu'ils avaient des invités.

« Je suis heureux de constater que Minerva n'avait pas menti… » déclara le Directeur, un petit sourire aux lèvres. « La cohabitation se passe on ne peut mieux, semble-t-il. »

« Pourquoi ne nous dites-vous pas ce qui vous emmène ? » contra Snape, d'un ton un peu froid. « Il me faut avoir une discussion avec vous, par la suite. »

Harry, qui avait été occupé à déguster un de ces succulents sablés, sentit son estomac se contracter. Il devinait de quoi le Professeur voulait lui parler. Il n'avait rien dit à McGonagall à propos des Dursley pour l'instant parce qu'il l'avait presque supplié de ne pas le faire mais il l'avait averti qu'il refusait de rester les bras croisés et qu'il devrait, à un moment ou à un autre, en référer plus haut dans sa hiérarchie. L'adolescent savait très bien comment ça finirait. Soit on l'accuserait de mentir, soit on dirait qu'il exagérait, soit on dirait que c'était bien malheureux mais qu'on ne pouvait rien y faire – et ce on, c'était Dumbledore.

« Je devine de quoi il est question. » répondit sobrement Dumbledore. « Laissez-moi toutefois vous expliquer d'abord pourquoi je suis là et pourquoi, désormais, le Professeur McGonagall ne pourra plus vous rendre visite que rarement. »

« Elle va bien ? » demanda Harry, alors même que Snape se penchait un peu en avant avec inquiétude. « Est-elle souffrante ? »

« Non, non, rien de tout ça, mes enfants ! » s'empressa de les rassurer le vieux sorcier. « Non, l'explication est plus prosaïque. Étant donné qu'elle passe son temps libre à fomenter des plans visant à commettre son meurtre sans se faire prendre, Minerva vous aura sans doute parlé de Dolores Ombrage ? »

« Ah, le fameux crapaud. » grimaça Snape.

« Oui, c'est ainsi que les élèves et quelques Professeurs se réfèrent affectueusement à elle, en effet. » commenta Dumbledore. « Elle est déterminée à mettre la main sur l'école et me coupe l'autorité là où elle le peut par décrets Ministériels. J'ose dire qu'elle rend la vie à Poudlard beaucoup moins douce pour de nombreuses personnes. Elle garde aussi un œil attentif sur nos allées et venues or les sorties du Professeur McGonagall ont fini par lui paraître étranges et elle ne semble guère convaincue par le fait que sa tante ait contracté la dragoncelle. Nous avons conclu qu'il serait plus sage et plus discret qu'un autre membre de l'Ordre se charge désormais de faire la liaison entre nous. »

Le Professeur s'enfonça un peu dans son fauteuil, soudain renfrogné. « Ce n'est guère un refuge si tout le monde sait où… »

« Pas tout le monde, Severus. » l'interrompit le Directeur. « Un membre de l'Ordre, suffisamment à l'aise dans le monde Moldu pour arriver jusqu'ici sans heurts. Il peut même conduire une de ces ingénieuses voitures. Voyez ? »

« Oh, je ne vois que trop bien. » grinça Snape.

Harry leva la main, un peu ironiquement. « Je ne vois pas, moi. »

« Lupin. » cracha le Professeur. « Il veut dire Lupin. »

Le garçon aurait été heureux de revoir Remus, surtout que ses lettres ne l'avaient pas beaucoup éclairé sur le sujet qui l'intéressait. Il lui avait demandé si sa mère avait eu des amis à Poudlard et le loup-garou lui avait répondu avec une liste de noms qui ne lui disaient rien – encore que la mère de Neville était apparemment dans le tas – et une vague remarque comme quoi les amitiés s'étiolaient parfois au fils de la scolarité. Aucune mention de Snape.

Mais ça ne voulait rien dire.

Le Professeur n'avait jamais confirmé que c'était Lily mais pourquoi aurait-il offert à Harry autant d'informations sur son amie autrement ? Et ces informations, Harry en était assoiffé.

La couleur préférée de l'amie de Snape était le violet – un violet aussi criard que possible – sa chambre avait été de cette couleur, avec de grosses marguerites peintes à la main par-dessus.

Elle détestait le gruau qu'elle jugeait trop grumeleux et visqueux, même avec une tonne de sucre dedans.

Elle n'était pas sportive et préférait généralement un livre à toute activité physique mais avait été au premier rang de tous les matchs de Quidditch donnés à Poudlard.

Peut-être que ce n'était pas du tout Lily et qu'il s'était imaginé des choses mais il ne le pensait pas. Et si ce n'était pas Lily, il préférait ne pas savoir et continuer à s'imaginer qu'il était un peu plus proche de sa mère.

S'il avait Remus en face, peut-être pourrait-il lui soutirer davantage d'indices. Par contre…

« Est-ce que c'est vraiment une bonne idée ? » grimaça-t-il. « S'il dit à Sirius avec qui je suis… »

« Nous serons envahis de puces avant d'avoir pu dire cabot. » termina Snape, visiblement très fier de sa petite blague.

Parce qu'il était assis juste à côté de lui, Harry poussa sa jambe avec réprobation. Le Professeur leva un sourcil à cette impertinente familiarité mais ne le gronda pas.

Dumbledore les observait tous les deux, les yeux brillants de ce qui semblait être de la satisfaction.

« Remus gardera le secret de l'endroit où vous êtes. » promit le Directeur. « Quant à l'identité du membre de l'Ordre qui a ta garde… Je crains que ce ne soit plus un gros mystère pour personne au Q.G. Avec la perspicacité qui la caractérise, Tonks a émis l'idée que puisque Severus était lui aussi aux abonnés absents et que tu avais de toute manière besoin d'un Professeur, il serait logique que vous soyez ensembles. »

Snape leva les yeux au ciel. « Merveilleux. »

« Sirius n'a pas accueilli cette hypothèse avec calme, je vous l'avoue. » continua Dumbledore. « Toutefois… Il a semblé un peu rasséréné par l'idée que Remus pourrait rendre visite à Harry sous peu. »

« Et que s'imagine-t-il ? » railla Snape. « Que je garde Potter à la cave ? Enchaîné, peut-être ? Ou bien que je me sers de lui comme source d'ingrédients pour des potions de magie noire ? »

« Rien d'aussi dramatique, mon garçon. Mais étant donné votre passif… » Le vieux sorcier soupira. « Remus pourra vous aider avec les études d'Harry, par ailleurs, ce qui est appréciable. Minerva regrette énormément de ne plus pouvoir venir vous voir mais vous trouverez une lettre d'elle dans le tas que je vous ai remis. » Le Directeur reposa sa tasse de thé désormais vide et se leva. « Puis-je vous examiner ? J'ai promis à Poppy de le faire. »

Snape se laissa faire de mauvaise grâce, relatant à demi-mot la dernière crise qui l'avait immobilisé pendant des jours et omettant soigneusement de dire qu'Harry s'était affamé durant le même laps de temps. Cela semblait tellement stupide de sa part, à présent, que le garçon n'en pipa pas un mot non plus.

Snape, par certains côtés, pouvait être terrifiant, mais, au fond, les règles chez lui n'étaient pas bien différentes de celles chez les Weasley. Le cadre était peut-être plus posé, moins libre et plus organisé, mais le fond était le même, aussi étonnant que ce soit : s'assurer qu'Harry aille bien et ne tourne pas trop mal.

« Les plaies sont presque cicatrisées. » remarqua Dumbledore, en touchant prudemment la peau au-dessus de l'un des trous laissés par les crocs. « J'espère ne pas m'avancer mais je pense que c'étaient vos dernières sutures, Severus. Il y a, en revanche, toujours des traces de venin dans votre organisme. »

La toile d'araignée était moins noire qu'elle l'avait été lorsqu'Harry était arrivé, plus fine, mais elle était toujours là et Snape souffrait toujours de périodes de fatigue accrue qui le frappaient sans prévenir.

« Il y en a encore pour quelques semaines de patience, je dirais. » conclut le Directeur, en replaçant le pansement avec précaution, avant de se redresser et d'adresser à Harry un sourire poli. « J'ai remarqué, là dehors, un superbe spécimen de silybum marianum. Peut-être voudrais-tu venir l'admirer avec moi ? »

La requête était incongrue et peu subtile.

« Vous pourriez tout simplement me demander d'aller dans une autre pièce, vous savez. » commenta Snape. « Il fait froid et je n'ai guère envie de soigner un adolescent malade par la suite. »

Harry découvrit qu'il n'avait pas très envie de s'aventurer dans la nuit froide pour avoir une conversation privée avec le Directeur de toute manière.

« Est-ce que le Professeur Snape peut rester ? » demanda-t-il, surprenant apparemment tout le monde, lui y compris.

« Si tu le souhaites. » acquiesça Dumbledore. « Toutefois, laisse-moi d'abord te dire de quoi il s'agit… Trois membres de l'Ordre se relaient présentement dans le Surrey à ta place… »

« Quoi ? » lâcha-t-il. Première nouvelle. Personne ne lui en avait parlé… « Comment ? Vous saviez ? »

Parce qu'il s'était tourné vers lui d'un ton accusateur, Snape leva un sourcil agacé. « Je me doutais qu'il y avait une diversion en place, oui. Le Ministère garde sans doute un œil discret sur toi. Ou sur celui qu'ils pensent être toi. »

« Vous ne m'avez rien dit. » gronda-t-il.

Le Professeur agita la main. « Ça me semblait évident. Et puis, est-ce si impor… » Snape s'interrompit, comprenant sans doute pourquoi il réagissait si mal. « Ah. »

Rougissant un peu sous un accès de honte, il baissa les yeux vers ses chaussettes.

« Pour répondre à ta question, ils utilisent du Polynectar. Je te remercierais d'ailleurs de me faire penser à emporter davantage de mèches de cheveux. » déclara Dumbledore. « Néanmoins, ce dont j'aimerais parler avec toi concerne la teneur des rapports qu'ils me font. Es-tu sûr que tu veux que le Professeur Snape entende ce que j'ai à dire ? Je suis certain que Severus comprendra que certaines choses sont… »

« Il sait déjà. » coupa Harry, en serrant les poings.

Il refusait de relever la tête, il ne pouvait donc pas être sûr, mais il était persuadé qu'ils étaient en train d'échanger des regards lourds de sens.

La main que Snape posa sur son épaule était réconfortante. « Tu n'as rien fait de mal, Harry. Le Professeur Dumbledore ne te reprochera rien. »

Il y avait une note d'avertissement dans sa voix, comme s'il était prêt à personnellement provoquer le Directeur en duel s'il s'avisait de dire un mot de travers. Ça n'aida pas la boule qui s'était logée dans la gorge d'Harry.

« Naturellement. » acquiesça le Directeur. « Je suis simplement inquiet, Harry. J'avais conscience que tu n'étais pas heureux chez les Dursley, j'ignorais en revanche à quel point la vie là-bas était intenable. Les rapports d'Elphias et d'Hestia, en particulier, sont flagrants. » Cela semblait appeler une réponse mais le garçon garda la tête baissée, même lorsque le Professeur serra son épaule. Après s'être raclé la gorge, Dumbledore reprit. « Je suis heureux que tu te sois confié au Professeur Snape, mais je dois avouer que… Harry, si c'était si terrible, pourquoi ne pas t'en être ouvert à moi ? »

C'était injuste et, cette fois-ci, il releva la tête. « Combien de fois est-ce que je vous ai demandé d'aller vivre ailleurs ? »

Il attendit que Snape le reprenne sur son impolitesse mais l'homme garda un silence de plomb.

Dumbledore reprit place dans son fauteuil. « Il y a une grande marge entre vouloir aller vivre ailleurs parce qu'on a des différences d'opinions avec sa famille et vouloir aller vivre ailleurs parce que l'on y est maltraité. »

« Je ne suis pas maltraité. » protesta-t-il immédiatement.

« Nous n'en sommes pas encore à utiliser ce mot-là. » intervint posément Snape.

Dumbledore ne répondit pas mais sembla prendre note. « Les insultes, passe encore. Les brimades injustes, soit. »

Le Professeur de Potions grinça des dents. « Soit ? Soit ? »

« Mais les verrous sur la porte, Harry ? L'interdiction de sortir de la chambre même pour utiliser la salle de bain ? » continua le Directeur, sans lui prêter attention. « Les humiliations du quotidien ? Les restrictions de nourriture ? » Il marqua une pause. « Le placard ? »

Harry se figea, sans oser demander quels autres membres de l'Ordre jouaient son rôle et lequel d'entre eux avait trouvé le placard. Elphias Doge ou Hestia Jones, il ne les avait rencontrés que brièvement et si l'idée qu'ils puissent connaître aussi intimement ses plus grandes hontes était dérangeante, cela l'était moins que la perspective que la troisième personne soit quelqu'un de plus proche comme un Weasley ou Remus ou…

« Le placard ? » répéta lentement Snape tandis qu'Harry ne réagissait pas, comme anesthésié par la perspective de voir ce secret là éclater au grand jour. « Tu m'as dit qu'ils t'enfermaient pour te punir… »

« Je ne veux pas parler du placard. » lâcha-t-il, en levant finalement les yeux pour croiser le regard de Dumbledore. Il était trop perçant, trop… triste et le garçon reporta son attention sur le Professeur de Potions à la place. « Je ne veux pas parler de tout ça. »

Snape, il le vit immédiatement, n'était pas dénué de compassion. Pourtant, ses traits étaient également déterminés. « Je ne l'ignore pas. Pourtant, il faut en passer par-là pour pouvoir changer de tuteurs… Un peu de courage et… »

« Il est impossible qu'Harry change de tuteurs. » l'interrompit Dumbledore, encore plus tristement.

Harry n'était pas surpris, vraiment pas, mais ça lui fit mal tout de même.

Snape, en revanche, n'était pas seulement surpris mais furieux. « Vous n'êtes pas sérieux. J'ai suffisamment de preuves, Albus, pour porter l'affaire devant le Magenmagot et… »

« Et ? » le coupa le Directeur, d'un ton fatigué. « Le Ministère est en contact avec les Dursley, c'est avéré. Ils envoient toutes les deux semaines un employé zélé, chargé de vérifier qu'Harry ne fait plus aucune magie. Prouvez qu'ils sont des tuteurs inadéquats, prouvez la négligence et la maltraitance, et vous ferez leur journée, Severus. Avant d'avoir pu dire Merlin, le Ministère lui aura attribué un nouveau tuteur, un proche de Fudge si ce n'est notre Ministre lui-même, et Harry sera entièrement à leur merci. » Le vieux sorcier ôta ses lunettes, essuya les verres avec le bord de sa veste et les percha à nouveau sur son nez. « Et cela sans mentionner la protection laissée par le sacrifice de sa mère qui requiert qu'il puisse considérer la maison de sa tante comme un foyer… »

« Ce n'est pas un foyer. » gronda Snape. « Et je peux vous assurer que, protection ou pas, ce n'est pas non plus ce qu'elle aurait voulu. » Le Professeur jeta un coup d'œil à Harry, comme s'il était conscient que la référence, trop directe, était une admission tacite. « Une mère ne se sacrifie pas pour son enfant pour qu'il soit traité de la sorte. »

Dumbledore les observait et le garçon n'était pas certain d'aimer l'éclat calculateur dans son regard.

« Je n'étais pas en train de suggérer que nous l'y renvoyons sans protection ou pour une longue durée. » décréta finalement le Directeur. « Quinze jours par été devraient suffire… Nous nous arrangerons pour le reste. Le… »

« Il lui faut un véritable tuteur. » coupa Snape. « Quelqu'un qui s'occupera de lui comme il en a besoin, qui se souciera de lui. Ce n'est pas suffisant de lui assigner une protection deux semaines par an puis de le parquer avec Molly et Arthur en attendant la rentrée. »

« Je n'y suis pas opposé. » répondit tranquillement Dumbledore. « Avez-vous un candidat en tête ? »

« N'a-t-il pas un parrain ? » grinça le Professeur.

Le regard bleu du vieux sorcier se déporta brièvement vers Harry avant de revenir s'ancrer dans celui du Professeur. « Sirius a la plus grande affection pour Harry et je ne doute pas qu'il ferait de son mieux dans la mesure de ses capacités. »

« Sirius est génial. » intervint Harry, fatigué de les entendre décider de sa vie sans lui demander son avis et mû par un élan de loyauté pour le parrain qui avait toujours tout fait pour lui depuis sa sortie de prison. « C'est le meilleur adulte. »

« Lorsque il se comporte en adulte. » nuança le Directeur, sans méchanceté. Il leva la main avant que l'adolescent ait pu protester. « Ce n'est pas sa faute, Harry. Il a passé des années enfermé et je dois exiger de lui qu'il réitère l'expérience pour son propre bien, ce qui ne lui réussit pas très bien actuellement. Je dois penser à toi avant de penser à lui or il s'avère que Sirius n'a pas toujours la maturité nécessaire pour traiter de certains sujets. Penses-tu qu'il accueillerait d'un bon œil l'amitié nouvelle entre Severus et toi ? »

Harry rougit un peu parce qu'il n'avait jamais été question d'amitié.

Ce n'était pas de l'amitié qu'il ressentait pour Snape. C'était du respect, peut-être un soupçon d'admiration et… Oui, il l'appréciait mais ce n'était pas un ami.

Remus était un ami.

Hagrid était un ami.

Sirius, par certains côtés, bien que son adulte préféré, était un ami.

Snape… C'était une catégorie à part.

Plus qu'un Professeur à présent, mais pas un ami.

« Amitié est un bien mauvais terme. » remarqua le sorcier en question. « Il présuppose un pied d'égalité. Je ne suis pas l'ami de Potter, je suis son Professeur. Son mentor, à la limite. »

Mentor.

Voilà, c'était un bon mot pour définir l'étrange relation qu'ils avaient tissée.

« Si vous le dites, Severus. » répondit Dumbledore, avec un amusement certain. Cet amusement mourut naturellement. « Quoi qu'il en soit, nous reparlerons de ces considérations pratiques à la fin de l'année… »

« Comprenez-vous seulement ce que je dis, Albus ? Parlons-nous la même langue? » soupira Snape. « Harry a besoin de stabilité. Il a besoin de quelqu'un vers qui il peut se tourner. Cela ne peut pas attendre la fin de l'année parce que… »

« Et ne le lui ai-je pas donné, avant même de savoir à quel point cela s'avérerait nécessaire ? » l'interrompit le Directeur, d'un ton presque curieux, comme s'il posait une question en classe. « C'était de vous que je m'inquiétais principalement en amenant Harry ici, je l'avoue volontiers. Vous étiez tellement abattu… Néanmoins, tout semble avoir tourné pour le mieux. »

L'adolescent mit quelques secondes de plus que le Professeur de Potions à comprendre ce que sous-entendait le vieux sorcier.

« Harry. » siffla Snape. « Veux-tu aller dans la cuisine quelques minutes ? Et ferme la porte. »

« Parce que vous voulez lui crier dessus en paix ? » osa-t-il demander. « Ou parce que vous allez discuter de moi dans mon dos ? »

Snape lui jeta un regard agacé. « Les deux. »

Il hésita à insister pour être autorisé à rester puis décida que, de toute manière, le sorcier aurait gain de cause. Il ramena donc le plateau à la cuisine et entreprit de faire la vaisselle, tendant l'oreille pour mieux écouter les éclats de voix qu'étouffait la porte fermée du salon. C'était principalement Snape qui avait élevé la sienne. Celle de Dumbledore était inaudible.

Il se passa un long moment avant qu'il n'entende la porte du salon se rouvrir et Snape le rappeler. Vu la mauvaise humeur manifeste du Professeur, il n'était pas dur de deviner qui avait gagné et qui avait perdu.

L'adolescent n'était pas tout à fait certain de ce que cela voulait dire, cependant.

« Harry, je te dois des excuses. » offrit Dumbledore, une fois qu'il se fut rassis. « Je n'ignorais pas, lorsque je t'ai confié à elle, que ta tante éprouvait toujours de la rancœur envers ta mère mais j'espérais que son instinct maternel ainsi que l'affection qu'elle avait pour Lily supplanteraient le reste. » Snape émit un bruit amer et moqueur que le Directeur ignora. « Je n'ignorais pas que ta vie, en grandissant, serait sans doute plus difficile qu'elle ne l'aurait dû mais je n'imaginais pas… Harry, si j'avais su, je serais intervenu plus tôt. »

C'étaient de très jolies excuses et, quelques mois plus tôt, il les aurait acceptées avec gratitude.

Mais, entre-temps, il avait affronté Voldemort, Cédric était mort, le Directeur l'avait laissé pourrir tout l'été à Privet Drive et Snape l'avait traité, ces dernières semaines, avec plus d'affection et de respect qu'aucun autre adulte dans sa vie. L'expérience n'avait peut-être pas été facile mais elle lui avait apporté une véritable clarté sur la manière dont un adolescent normal était censé grandir. Pas gâté comme Dudley, peut-être pas aussi libre que Ron et les Weasley, mais entouré, soutenu et…

« Intervenu. » répéta-t-il, tournant et retournant le mot dans sa bouche. « Mais pas pour me sortir de là. » Non… Dumbledore n'avait jamais prévu de le retirer de chez les Dursley, même à présent qu'il savait tout. Il se serait arrangé pour qu'ils lui donnent une chambre, les aurait menacés peut-être, aurait envoyé quelqu'un pour vérifier régulièrement qu'il allait bien… Et sans doute aurait-ce été mieux. Sans doute. Mais ce n'était pas la même chose que d'avoir quelqu'un avec qui plaisanter au petit-déjeuner ou qui vous demandait si vous aviez terminé vos devoirs ou qui s'assurait que vous ayez des vêtements chauds à votre taille. « Vous n'allez jamais me sortir de là. »

Le regret sur le visage du Directeur était indéniable. « Je sais que je dois te paraître sans cœur. La protection de Lily… »

« Tu ne seras plus jamais seul avec les Dursley. » décréta Snape, avec une colère rentrée qui tendait à prouver que la bataille avait été âpre et qu'il était agacé d'avoir perdu. « Quinze jours par an seulement et pas un seul de ces jours seul ou forcé de faire une quelconque corvée ou enfermé quelque part. Dussé-je te servir personnellement de garde du corps. »

« Merci. » offrit-il sincèrement, avant de hausser les épaules. « Mais je peux me débrouiller tout seul. J'ai l'habitude. » Il ramassa son livre. « Je vais aller me coucher. Bonne nuit, Professeurs. »

Évidemment, aller se coucher n'était pas idéal vu que la mezzanine donnait sur le salon mais Dumbledore dut comprendre qu'il ne voulait plus le voir parce qu'il se leva, un peu tristement, s'excusa encore, et prit le chemin de la porte d'entrée. Snape le raccompagna et mit longtemps à revenir, suffisamment longtemps, sans doute, pour qu'ils aient eues d'autres conversations importantes qu'Harry n'avait pas le droit de connaître.

Il ne fut pas extrêmement étonné d'entendre l'escalier craquer ou de l'ombre qui se dessina à l'entrée de la mezzanine. La nuque courbée pour ne pas se cogner, Snape s'appuya au chambranle, les bras croisés.

« Je vous avais averti que ça finirait comme ça, Professeur. » remarqua calmement Harry, en refermant le livre dont il n'avait pas lu une ligne.

Il le posa à côté du lit. Il n'avait plus tellement envie de se renseigner sur les légendes locales.

« C'est loin d'être fini, Potter. » décréta le sorcier. « Je n'ai pas dit mon dernier mot. » Ses yeux noirs l'observaient attentivement mais Harry refusait de les croiser. « Veux-tu me parler du placard ? »

Harry soupira.

Non, il ne voulait pas lui parler du placard.

Mais Snape était parfois plus têtu qu'un Gryffondor et avait la sournoiserie des serpents. Tôt ou tard, il arracherait la confession au garçon alors autant en finir tout de suite.

« C'est dans les placards que grandissent les monstres. » lâcha-t-il.

Le Professeur ne laissa rien paraître. « Grandissent, tu dis… »

Harry avala la boule dans sa gorge. « C'était ma chambre. Jusqu'à ce que la première lettre de Poudlard arrive avec écrit le placard sous l'escalier et qu'ils pensent que les sorciers espionnaient la maison… C'était ma chambre. C'était tout petit et il y avait une famille d'araignées mais d'un côté, j'y étais tranquille. Dudley était trop gros pour venir m'y chercher. C'est quand ils tiraient le verrou que c'était dur mais, ça, ça n'a pas trop changé. »

Il vit du coin de l'œil Snape quitter le seuil, sans doute fatigué de devoir se courber autant, mais ne protesta pas lorsque l'homme vint s'asseoir sur le lit à côté de lui, s'adossant au dossier du canapé, de sorte qu'ils soient installés côte à côte.

Ce n'était pas la première fois.

Lorsqu'Harry avait des cauchemars, il restait parfois assis là quelques minutes, juste pour être certain que le garçon n'allait pas se remettre à paniquer.

C'était la première personne qui s'en préoccupait ou qui ait jamais remonté la couverture sur lui pour ne pas qu'il ait froid. Certes, c'étaient souvent des gestes machinaux mais…

Il n'avait pas les mots pour exprimer à quel point c'était précieux pour lui alors il le passait sous silence.

« Est-ce Pétunia qui te traite de monstre ? » demanda le sorcier, au bout d'une très longue minute.

Harry eut un bruit amèrement amusé. « J'ai cru que c'était mon nom, pendant un moment. »

À nouveau, Snape se mura dans le silence pendant quelques minutes puis il prit une profonde inspiration, une inspiration un peu tremblante.

« C'est ainsi qu'elle se plaisait à appeler ta mère, ce qui faisait toujours pleurer Lily. » déclara le Professeur. « Elle avait de pires surnoms pour moi, cela dit… »

Le cœur d'Harry battait si vite et si fort qu'il était persuadé que Snape pouvait l'entendre.

Il s'efforça de ne pas réagir, de ne pas l'abrutir de questions sur sa mère ou sur pourquoi il n'avait jamais rien dit ou…

Il savait pourquoi Snape n'avait jamais rien dit, il le lui avait confié : il avait provoqué sa mort, tout aussi accidentel que cela ait été.

Une part d'Harry lui en voulait, une autre, la plus grosse, mesurait ce que l'homme avait fait pour se racheter depuis. C'était difficile d'être en colère quand il avait constaté de visu combien il en souffrait encore.

Quant à faire tout un cinéma du fait que son amie était Lily… Cela faisait déjà un moment qu'ils savaient tous les deux de qui ils parlaient. Harry avait deviné et, s'il n'avait rien dit, Snape était trop perspicace pour ne pas avoir compris que l'adolescent avait fait le rapprochement qui s'imposait.

« Comme dégénéré ou anormal, par exemple ? » répondit-il, d'un ton égal qui masquait pourtant mal un léger soupçon de prudence.

« Par exemple. » acquiesça pensivement le sorcier. « Je le lui rendais bien, cependant. J'ai glissé un crapaud dans son lit, un jour… Lily m'en a beaucoup voulu. Du moins, jusqu'à ce qu'elle ne commence à en rire. »

Un crapaud dans le lit de tante Pétunia qui criait au secours à la moindre bestiole, ça, il aurait payé cher pour le voir…

Mais s'il sourit, Harry était trop amer et un peu triste de la confrontation avec Dumbledore pour s'en amuser vraiment.

Il se cala plus profondément dans son lit, heureux de pouvoir fixer la rambarde de la mezzanine face à lui plutôt que le Professeur.

La question qu'il avait à poser était difficile. Très difficile. « Vous avez dit que vous aviez ramassé sa baguette la nuit où… »

Il ne put pas terminer sa phrase.

Snape eut du mal à commencer la sienne.

« Seule une poignée de Mangemorts était au courant qu'Il comptait passer à l'attaque ce soir-là. Il m'a fallu du temps pour trouver . Je ne savais pas où étaient cachés tes parents, bien évidemment. » expliqua le Professeur. « Le temps que j'arrive à Godric's Hollow… Il était trop tard. »

« Qu'auriez-vous pu faire de toute manière ? » demanda-t-il, la gorge nouée.

« Supplier. M'interposer. » répondit immédiatement le Professeur, comme si c'était une question qu'il se posait régulièrement et qui avait été mûrement réfléchie. « Gagner du temps pour qu'elle se sauve avec toi. » Snape s'humecta les lèvres. « Elle ne t'aurait jamais laissé. J'ai supplié le Seigneur des Ténèbres de l'épargner et bien qu'il ait accepté… C'est la raison qui m'a poussé à aller ramper aux pieds de Dumbledore. Je savais qu'elle ne te laisserait jamais. Lily était comme ça… Elle aimait pleinement ou pas du tout. Elle… » Il s'interrompit un moment, avala avec difficultés. « Il y a une chose dont tu ne dois jamais douter : elle n'aurait rien changé à ce qui s'est passé cette nuit-là. Pas si le prix à payer était ta vie. »

C'était dur à croire.

Encore plus dur à accepter.

« Tu hurlais si fort. » murmura Snape. « Je voulais te haïr, te blâmer, t'accuser de me l'avoir prise… Mais je savais que j'étais le seul véritable coupable. Et tu hurlais si fort… Ton visage était en sang. La plaie sur ton front… Je l'ai soignée du mieux que j'ai pu. C'est moi qui t'ai mis dans les bras de Hagrid. J'ai à peine eu le temps de fuir avant que Black n'arrive. Quand, plus tard, le Directeur a exigé de moi que je prête le serment de te protéger, ce n'était pas un gros effort. Tes hurlements me hantaient. Les yeux de ta mère, sur ton visage, me hantaient. »

Harry ferma les paupières.

De cette nuit-là, il ne gardait aucun souvenir si ce n'était les mots de Voldemort, l'éclat vert et le cri de sa mère.

« Je ne comprends toujours pas pourquoi vous étiez un Mangemort. » avoua-t-il.

Le soupir de Snape fut lourd, fatigué… Amer, peut-être.

« Parce que j'étais un idiot, Harry. » répondit le Professeur. « Parce que j'étais malheureux, pauvre et en colère et que j'avais soif de reconnaissance, de m'élever en société, de devenir quelqu'un que l'on respecterait. Parce que… Parce que je l'ai perdue bien avant d'avoir pris la Marque. »

Harry fronça les sourcils et osa, pour la première fois, tourner la tête vers l'homme qui gardait résolument son regard droit devant lui.

« Comment ça ? » hésita-t-il.

« C'est… une longue histoire. Pas mon plus glorieux moment. » admit Snape. « Disons que j'étais dans une situation embarrassante et que, mon caractère étant ce qu'il est, j'ai perdu mon calme. Dans mon énervement, je m'en suis pris à elle. J'ai utilisé un mot impardonnable alors qu'elle m'avait déjà trop pardonné auparavant. Elle a coupé les ponts, après ça. L'année suivante, elle s'est rapprochée de ton père et le reste… Le reste était inévitable, je suppose. »

Mais il parlait d'elle avec tellement de nostalgie, d'affection, même seize ans après…

« Vous l'aimiez vraiment. » remarqua Harry, avec un peu d'hésitation.

Snape se tendit mais ne nia pas. « Nous avons eu, je pense, le même genre d'enfance, je n'ai donc pas besoin de t'expliquer à quel point une seule personne peut s'avérer cruciale. Lily était tout pour moi. »

Comme Ron et Hermione.

Ça faisait beaucoup d'émotions et d'informations en une soirée.

Son cerveau choisit de s'arrêter sur une des premières fois où Snape avait mentionné Lily de manière détournée. « Vous auriez vraiment pu être mon parrain, alors. Si vous ne vous étiez pas disputés. »

« Je doute que James aurait approuvé. » grinça le Professeur.

James, décida Harry, aurait approuvé n'importe qui le traitant mieux que les Dursley.

« Tout a l'heure… » hésita-t-il. « Dumbledore a sous-entendu… »

« Ne te préoccupe pas de ce qu'Albus a sous-entendu ou non, je te l'ai dit, je n'ai pas dit mon dernier mot. » décréta l'homme. « Pétunia n'est qu'une harpie et j'aurais dû me méfier qu'elle n'avait pas autant changé que l'on me l'avait laissé entendre. »

Harry se tut.

Il ne pouvait pas exactement demander à Snape de le garder de but en blanc.

Surtout que ce n'était pas comme si c'était lui qui avait proposé de l'héberger ici…

Et ce n'en était que plus regrettable parce qu'Harry s'était attaché à sa mezzanine et au cottage et aux bizarreries qui prouvaient que Snape était humain.