C'était le premier jour du reste de sa vie, Drago l'avait décidé. Le premier jour d'une nouvelle vie, une vie où son passé n'aurait pas existé.
Il n'avait jamais ressenti autant de choses à la fois, autant d'émotions contradictoires et pourtant intenses. Si son corps s'était au départ figé sous la surprise, ses muscles avaient fini par se détendre quand naquit la sensation agréable d'un corps aussi proche du sien. Pas n'importe lequel, il le réalisait peu à peu.
Quelques mois plus tôt, il se serait prostré dans un coin de la pièce pour s'éloigner au plus vite du danger que représentait une autre personne. Quelques mois plus tôt, il aurait hurlé de le prendre en pitié. Quelques mois plus tôt, il aurait paniqué au simple contact d'une main sur son bras.
Or, il était resté accroupi, le visage détendu, les muscles relâchés et le cœur chantant au rythme de ses émotions débordantes. Comment avait-il pu, toute sa vie, se passer d'une sensation si délicate et agréable ? Comment avait-il pu ignorer les appels faits par des jeunes filles avides de le connaître, bien qu'uniquement pour sa popularité ? Comment avait-il pu refuser qu'on l'approche sous prétexte qu'il n'en avait guère l'intérêt ? Comment avait-il pu vivre tant d'années sans connaître la satisfaction de recevoir un baiser ?
Car c'en était un. On l'embrassait. Hermione Granger l'embrassait. Elle avait posé ses lèvres contre les siennes et fermé les yeux pour savourer cette étrange liaison, inconnue des souvenirs de Drago. Elle s'était approchée de lui assez près pour que leurs nez se frôlent.
Le cœur de Drago lui semblait prêt à exploser dans sa poitrine. Alors c'était ça ? Embrasser quelqu'un, donner de soi à l'autre pour lui montrer son affection ? C'était aussi simple ? Aussi précieux et aussi savoureux ?
C'était doux sous ses lèvres. Une caresse sur ses lèvres gercées et abîmées par ses anxiétés et ses ruminations. Une caresse sur les cicatrices encore visibles de blessures qu'il aurait voulu oublier. Une caresse qui guérissait et refermait un passé qu'il commençait enfin à enterrer.
C'était exquis. Le met le plus délicieux qu'il n'ait jamais goûté, même dans les plus grands palaces ou de la main des chefs les plus renommés. Les lèvres qu'il frôlait avaient le goût de l'espoir, du renouveau, de la sincérité et… et de l'avenir. Un nouvel avenir, un nouveau départ, une nouvelle vie. C'était bon, c'était bien. C'était simple.
Leurs souffles se mêlaient, alors même qu'ils ne bougeaient pas. Drago n'osait pas faire le moindre mouvement, de peur de gâcher cet instant si précieux et divin. Il avait peur de tout rater, de faire s'arrêter ce qui faisait battre son cœur si rapidement. Il ne savait pas quoi faire, il n'avait jamais appris cela. Il n'avait rien lu à ce propos, tout semblait si simple dans les livres, dans les romans d'aventures qu'il lisait. Même la poésie ne suffisait pas à décrire à quoi devait ressembler un baiser.
Il se sentait idiot. Il aurait dû le savoir, il aurait dû être capable de rendre quelque chose à ces lèvres, à ce corps qui était tout contre le sien. À Hermione. Il voulait lui rendre la pareille, lui montrer qu'il était présent, qu'il était heureux et que… Merlin, c'était exquis !
Mais il n'avait aucune idée de comment faire. Il restait là, les bras ballants, à savourer le goût interdit des lèvres de la femme qui l'hébergeait depuis des mois, de son amie, de Hermione.
Puis, sans un mot, sans réflexion, il se décida à agir. Il entrouvrit les lèvres, prêt à embrasser cette bouche délicate qui entourait la sienne, prêt à renouveler ces quelques secondes pour que l'instant ne se termine jamais, qu'il se transforme en une infinité de délices et de tendresse.
Il n'en eut pas le temps. Le mouvement brusque qu'il sentit contre lui fit ouvrir les yeux brusquement à Drago. Il vit alors les yeux écarquillés et effrayés d'Hermione. La terreur qui s'était logée dans ses pupilles était similaire à celle qu'il avait aperçu lors de leurs retrouvailles. Il retournait des mois en arrière.
Hermione s'était écartée de lui assez vite pour qu'il n'ait pas le temps de s'en rendre compte, de faire quoi que ce soit. Il leva une main impuissante vers elle, silencieux. Il resta figé, et son coeur aussi. Il la fixait, incapable de faire quoi que ce soit.
– Je… J… Je suis…
Et elle s'en alla. Elle s'enfuit vers l'étage, une porte claqua au loin une seconde plus tard.
Le silence qui flottait dans l'air depuis un moment déjà devint lourd. Douloureux. Qu'avait-il fait ?
oOo
La porte de sa chambre claqua derrière elle et Hermione se précipita vers son lit. Elle s'y laissa tomber la tête la première, en travers du matelas. Et elle éclata en sanglots.
Son cœur débordait, sa tête débordait et plus rien n'avait de sens. Elle se sentait mal. Elle avait envie de vomir, de s'enterrer dans un trou, ou même les deux à la fois.
Qu'avait-elle fait ? Qu'est-ce qui lui avait pris ? Elle avait tout gâché. Elle avait tout gâché. Elle avait tout gâché. Elle n'arrivait pas à se sortir ces pensées de la tête. Elle avait tout gâché.
Elle en avait du mal à respirer. Elle sanglotait incontrôlablement et la panique grimpait dans sa poitrine, c'était suffoquant. Elle ne parvenait pas à s'arrêter. Tout était noir, sombre, sa propre dystopie. Rien n'allait, parce qu'elle avait tout gâché.
Elle s'imaginait le regard dégoûté de Drago, les rires de Pansy lorsqu'elle apprendrait ce qu'elle avait fait, la violence de Blaise lorsqu'il saurait qu'elle avait osé approcher son meilleur ami, le visage plein de pitié de Harry.
Harry. Voilà une autre chose qu'elle avait gâchée. Elle n'était bonne qu'à ça. Elle avait dépassé les limites. Elle avait tout gâché.
Tout le monde lui en voulait, ou du moins ils finiraient par le faire.
Il faisait chaud tout à coup. Elle se redressa et se déshabilla. Il faisait trop chaud. Elle suffoquait dans ses vêtements trop serrés. Sa poitrine était douloureuse. Elle posa ses mains dessus pour masser son corps endolori.
Ne rends pas les choses difficiles, Hermione.
Elle n'arrivait plus à respirer. Elle se précipita vers la fenêtre de sa chambre pour l'ouvrir en grand. L'air frais s'engouffra dans la pièce et Hermione frissonna. Elle avait froid, désormais. Elle tira les couvertures de son lit et s'enroula dedans, avant de s'écrouler sous la fenêtre, les yeux plongés dans le vide.
Ses épaules étaient secouées par des pleurs secs et silencieux. Elle avait le regard de ces gens maudits qui n'arrivaient plus à pleurer. Elle voulait en être libérée pourtant, elle voulait sangloter librement et briser la glace qui retenait la douleur enfermée dans sa poitrine.
Tu n'es plus la même personne, Hermione ! Tu vas mal !
Elle allait mal. Elle allait mal. Elle allait mal.
Cela faisait écho dans ses pensées, une boucle qu'elle ne parvenait pas à interrompre. Elle allait mal.
Il pleuvait, au dehors. Un orage venait d'éclater et l'averse aplatissait la pelouse. Et Hermione ne pleurait toujours pas. Emmitouflée dans sa couverture, elle voulait crier, hurler, rugir sa douleur et sa peine.
Elle avait tout gâché. Elle laissa tomber sa tête en arrière et fixa le plafond. Ses yeux débordaient d'angoisses.
Tu es partie, seule, et tu nous as laissés.
Elle était seule. Elle n'avait plus personne. Ses parents, sa famille, ses amis, Drago… Plus personne. Même Albert n'était pas à ses côtés. Il finirait par réaliser que Drago était bien plus intéressant, bien plus présent qu'elle.
Elle ne valait rien, plus rien. Parce qu'elle ne valait pas quoi que ce soit si elle ne valait rien pour les autres, n'est-ce pas ?
Rien. Rien. Rien. Rien.
La panique entoura son cœur et elle laissa échapper ses premières larmes. Hermione pleurait sa solitude, sa vie et ses malheurs. Harry avait raison, elle allait mal.
oOo
Blaise faisait les cent pas dans son bureau depuis maintenant dix minutes. C'était un bon moyen pour lui de réfléchir. Il marchait sans vraiment faire attention à ce qu'il faisait. Il était plongé dans sa tête, dans ses souvenirs et dans ses pensées, tant et si bien que son entourage n'avait plus d'importance.
Il avait trop bu. Cela jouait aussi. Bien loin était sa bonne résolution de sevrage.
La nuit était tombée, le cabinet était fermé et sa bouteille de scotch était vide depuis près d'une heure. Il n'avait pas attendu l'heure du dîner pour l'entamer. Il n'était même pas certain de pouvoir avaler quoi que ce soit d'autre. Son estomac était noué depuis un moment, depuis… il ne savait pas vraiment combien de temps. Plusieurs jours, peut-être.
Il se sentait vide, déprimé, perdu. Il avait l'impression que sa vie n'avait plus aucun sens, qu'il n'avait plus aucun objectif, plus aucune envie. Ses pensées étaient douloureuses, ses souvenirs tranchants et ses espoirs absents. Il tournait en rond dans son bureau et il n'avait pas l'impression de manquer quoi que ce soit.
Peut-être était-ce le cas, se disait-il, peut-être était-il mieux ainsi. Seul.
Il ne se rendait même plus compte que des larmes coulaient sur ses joues.
Voilà plusieurs jours qu'il n'était pas rentré chez lui. Il avait pris une chambre d'hôtel dans un établissement moldu du coin, dans lequel il allait prendre des douches et tentait de dormir. Il ne fermait pas l'œil plus de deux heures par nuit. Ses cernes étaient aussi voyants que la culpabilité qui marquait son visage.
Peut-être était-ce cela. La culpabilité. Un mot lourd de sens qu'il ne comprenait que maintenant, qu'après des années de vie. Il était avocat, il l'avait côtoyé chaque jour depuis qu'il avait obtenu son diplôme. Les coupables, les innocents, les accusés et les suspects. Ce vocabulaire, Blaise le connaissait sur le bout des doigts.
Mais jamais ne s'était-il senti si concerné par l'un d'eux. La culpabilité. Il était coupable et il le savait. Il en était conscient et ça le tuait. Lentement. Sûrement. Il se consumait de l'intérieur et il s'imaginait s'effondrer seul et sans aucun secours.
La boule au ventre qui le suivait depuis le départ précipité de Hannah était horriblement lourde. Elle lui écrasait l'estomac, la poitrine et le cœur. Elle lui enserrait les entrailles comme pour lui montrer chaque seconde qu'elle était bien là.
Je suis là et je ne partirai pas. Je suis là et je te le rappellerai indéfiniment, lui disait-elle.
Et cela fonctionnait. Pas une seule minute n'était passée sans que Blaise ne se souvienne de l'acte traître qu'il avait commis. Pas une seule heure n'avait tourné sans qu'il ne veuille remonter le temps. Pas une seule journée ne s'était écoulée sans qu'il ne s'imagine implorer le pardon de son épouse. Un rêve bien utopiste. Un espoir perdu et vain.
Personne ne le lui pardonnerait. Pas Pansy. Pas leurs amis. Pas même lui. Il était impardonnable, cruel. Il était un monstre égoïste qui n'avait pas ouvert les yeux quant à la réalité de ce que sa femme vivait tandis qu'il essayait de remonter la pente sans elle. Il avait été un poids pour elle et il le réalisait trop tard.
Trop tard.
Il ouvrait les yeux quant aux mois passés à flâner dans son bureau le soir pour éviter celle qui partageait sa vie depuis des années. Celle qui faisait battre son cœur quand il s'imaginait pouvoir lui échapper avec une autre. Celle avec qui il se voyait finir sa vie. Celle à qui il confierait la sienne.
Mais l'idiot qu'il était, le monstre qu'il était, avait tout gâché. Car il n'était bon qu'à ça. Il n'était bon qu'à manipuler ses proches dans son propre intérêt. Il n'était bon qu'à sourire aux autres pour les avoir dans sa poche. Il n'était bon qu'à faire souffrir ceux qu'il finissait par abandonner, lassé de supporter leur réalité.
Il se haïssait. Il était une mauvaise personne, quelqu'un qu'il ne fallait pas fréquenter, que l'on ne voulait pas connaître, pas aimer.
Blaise s'arrêta au milieu de son bureau et plaqua les talons de ses mains sur ses yeux. Ses joues étaient humides. Il avait envie de vomir.
Il était perdu. Il ne savait plus quoi faire. Hannah avait demandé, judicieusement, à changer de lieu de travail. Elle se rendrait désormais au deuxième cabinet de leur firme, à l'autre bout de la ville. Pansy lui avait envoyé des tas de patronus et de lettres pour lui raconter sa rencontre avec Drago et Hermione. Il n'y avait répondu que par des mots d'amour qu'il espérait suffisants pour enterrer sa culpabilité, pour alléger le poids de ses remords.
Elle ne devait rien savoir. Il l'avait décidé bien assez vite. Elle devait rester ignorante de son acte de trahison. Il se ferait pardonner, il se rattraperait. Il ferait la paix avec ce souvenir honteux et reconstruirait sa relation avec son épouse. C'était le seul moyen. La seule solution pour que sa vie ne s'écroule pas en morceaux. Pour que la femme qu'il aimait ne se détruise pas non plus.
Dans un élan de courage, ou bien de lâcheté, Blaise dégaina sa baguette et, d'un mouvement de poignet, conjura une fiole en verre. Il la pointa ensuite sur sa tempe. D'autres larmes s'écoulèrent sur ses joues. C'était pour le mieux. C'était ce qu'il se répétait.
Il retira un filet argenté de son crâne et le dirigea à l'intérieur de la fiole.
– Oubliettes, lança-t-il sur le souvenir.
Il le détruisit aussitôt. La fiole disparut et sa culpabilité avec. C'était pour le mieux, oui.
oOo
Il faisait chaud dans la chambre du dernier étage. La nuit était tombée, le manoir Nott était endormi, mais les deux époux qui y vivaient depuis moins d'un an semblaient enfermés dans une bulle de bonheur qu'ils étaient les seuls à voir.
Les mains posées sur le torse de Harry et ses cuisses de chaque côté de son bassin, Théo ne savait plus où donner de la tête. Il n'avait même pas réalisé que ses ongles étaient plantés dans les pectoraux de son amant. Celui-ci ne bougeait presque plus pour lui laisser la liberté de trouver un rythme qui lui convenait. Et c'était exquis.
Harry tenait ses hanches si fort que Théo était certain qu'il y trouverait des marques le matin venu. Les mouvements qu'ils faisaient ensemble étaient synchronisés, en osmose parfaite. Ils s'accompagnaient l'un et l'autre vers un lieu divin qu'ils étaient les seuls à connaître. Leur endroit, leur paradis.
Ils s'en approchaient, ils y étaient presque. Théo rouvrit les yeux et croisa le regard brûlant de Harry. Il le fixait, comme prêt à le dévorer. Peut-être était-ce le cas. N'était-il donc pas rassasié ?
– Je t'aime, murmura son époux.
Cela suffit à ce que Théo se laisse aller, qu'il explose, le nom de mari sur ses lèvres. Ce dernier le rejoignit aussitôt, un éclat de bonheur et de plaisir à ses oreilles.
Théo s'écrasa sur Harry, essoufflé, mais heureux. Il n'avait pas la moindre envie de se retirer. C'était merveilleux. Son front était recouvert d'une fine couche de sueur et son dos rouge d'avoir été griffé par les mains passionnées de son époux. Il cala son visage dans son cou et soupira avec satisfaction. C'était parfait.
Il se sentait si bien que cela lui paraissait presque anormal. Là, serré dans les bras de Harry, le corps satisfait et l'esprit léger, Théo allait bien. Il ne l'était pas au point de dire qu'il avait besoin d'un orgasme pour être heureux, mais son esprit était vide de toute rumination et c'était bien là son seul objectif ces derniers temps.
Il cherchait chaque jour de nouvelles distractions, de nouveaux moyens pour oublier ses pensées négatives et remplir son cerveau d'images colorées et de souvenirs joyeux.
– Je commence à penser que tu n'es heureux de me retrouver que pour mon corps, Monsieur Nott-Potter.
Théo pouffa et mordit l'épaule de Harry pour se venger de cette pique. Celui-ci lui pinça la hanche, tant pour répliquer que pour lui signifier qu'il était écrasé sous son corps. Théo se décala juste assez pour que seules leurs jambes restent entrelacées et qu'il garde son visage blotti dans son cou.
Il resta silencieux, sa respiration ralentissait peu à peu. Il ferma les yeux pour savourer ces dernières secondes de félicité, de plaisir. La peau de Harry était brûlante contre la sienne et une odeur musquée flottait dans l'air. Il ne pouvait pas se sentir mieux.
– Je plaisantais, tu sais, fit Harry en passant ses doigts le long de sa colonne vertébrale.
Théo tourna la tête pour apercevoir le visage de son époux. Il ouvrit un œil et croisa un regard émeraude inquiet. Il sourit.
– Je sais. Même si cette remarque pourrait t'être destinée aussi, pouffa-t-il sans pouvoir s'en empêcher.
Rien ne pouvait griser l'instant. Il se sentait bien, joyeux et d'humeur à rire et sourire. Harry lui donna un coup dans l'épaule en levant les yeux au ciel.
– Je ne veux pas que tu crois que je pense ça, c'est tout, se justifia ce dernier.
– Je sais, Amour, je sais.
Théo se hissa sur son coude gauche et posa ses lèvres sur celles de son époux. Il laissa ensuite tomber son front contre le sien. Leurs nez se frôlaient et Harry les frotta l'un contre l'autre.
– Je te sens plus… léger ces temps-ci.
– Je le suis, répondit Théo après avoir dégluti. Je le suis.
Il se le répétait, c'était un bon moyen de s'en convaincre. Car s'il était persuadé d'aller bien, il finirait par l'être, n'est-ce pas ?
– Est-ce que tu sens que les séances te font du bien ?
Théo serra les dents. Il n'aimait pas en parler, c'était épuisant. Il avait l'impression de répéter les mots qu'il avait eu tant de mal à sortir lors de ses rendez-vous. Et il détestait voir de l'inquiétude sur le visage de Harry. Il avait à la fois l'impression de n'être réduit qu'à ses problèmes et en même temps de gâcher la vie de son époux qui devait subir ses maux.
De plus, et bien qu'il reconnaisse les bienfaits d'une telle thérapie, Théo en avait assez d'entendre Harry en parler aussi souvent. Il avait envie de lui crier qu'il faisait des efforts en dehors des séances, qu'il avançait, qu'il réussissait même, sans le Dr. Velloton.
Or, il savait qu'il aurait tort de s'emporter pour cela. Harry voulait son bien, il s'inquiétait et le soutenait à chaque étape. Et Théo se devait d'être honnête avec lui-même : il aurait été le premier à conseiller une thérapie à quelqu'un dans le même état que lui. Il aurait été le premier à pousser quiconque souffrirait autant d'un tel traumatisme. Car il n'y avait que ça de vrai. Les potions, la méditation, l'oubli ou le grand air… Ce n'était pas suffisant. Il devait se faire aider, et se faire aider correctement.
– Oui, souffla-t-il donc finalement.
Harry remonta sa main jusqu'au bas des cheveux de Théo et entremêla ses doigts à ses longues mèches encore humides de sueur. Il embrassa son front pendant une longue minute, comme s'il ne parvenait pas à se détacher de lui, à s'éloigner. Peut-être était-ce le cas.
– Rien ne me rend plus heureux, Théo, si tu savais, murmura-t-il contre sa peau. J'ai l'impression que nous atteignons enfin quelque chose de bien, quelque chose de paisible.
Théo se retint de mentionner la semaine qu'il avait passée à consoler Harry et lui répéter que les choses finiraient par s'arranger entre Hermione et lui. Il se retint de mentionner les fois où il avait retrouvé Ginny en pleurs dans sa salle de bains parce qu'Astoria lui manquait. Il se retint de mentionner son envie obsessionnelle d'avaler des potions de sommeil sans rêves lorsqu'il passait des journées enfermé dans son atelier à essayer de ne pas réfléchir.
Il se retint. Parce qu'ils vivaient un moment de bonheur, un moment d'espoir et que, pour une fois, ils y avaient droit.
