Chapitre 7


Mai 2010


Qui est donc la mystérieuse maîtresse de Justin Hammer ?

Depuis que Tony Stark a brillamment défendu sa cause devant le Sénat, la réputation de Hammer Industries est au plus bas. Présent lors du Grand Prix historique de Monaco, le PDG, Justin Hammer, ne semble pourtant pas se soucier de cette dégringolade. Il a en effet été vu souriant en galante compagnie lors des festivités, au bras d'une jeune femme dont l'identité reste mystérieuse à ce jour. Nous avons pu suivre Mr Hammer et sa compagne jusqu'à leur hôtel (voir la photographie ci-contre) où ils semblent n'avoir réservé qu'une seule chambre. Interrogés par nos journalistes, plusieurs convives du Grand Prix affirment avoir constaté des gestes tendres, quelques regards et sourires échangés.

Christine Everhart, une collègue de Vanity Fair, qui a eu l'occasion de discuter avec cette inconnue, nous en dit plus à son sujet : « Elle s'est présentée comme une journaliste mais il est clair pour tout le monde que ce n'est pas l'envie d'écrire un article sur Justin Hammer qui l'a poussée à se rapprocher de lui. Hammer Industries n'a pas le même rayonnement que Stark Industries, cependant Mr Hammer a suffisamment d'argent dans son compte en banque pour attirer les vautours de tous les sexes. Cette femme ne serait pas la première à se glisser dans le lit de riches entrepreneurs pour arrondir ses fins de mois. »

Un autre journaliste, qui a préféré rester anonyme, nous a parlé de rumeurs de mariage et d'héritage. En effet, Hammer Industries a été créée de toute pièce par Justin Hammer et il parait évident que sa firme devrait être confiée à de potentiels héritiers. Pour beaucoup d'entre nous se pose alors LA grande question : ce voyage à Monaco n'était-il qu'une expédition pour trouver des investisseurs ou un voyage de noces caché à la vue de tous ? Nous n'avons vu aucune bague particulière au doigt de cette jeune femme mais qui sait ce qui a pu se dire derrière la porte de l'hôtel ?


L'article se poursuivait ensuite sur des interrogations plus privées. Puis cela se terminait par un paragraphe complet qui demandait des informations sur la mystérieuse maîtresse.

Tout en retenant une exclamation de colère, Amélia reposa le magazine sur la table, pestant intérieurement contre les journalistes – les véritables, pas comme elle et sa fausse couverture – qui ne trouvaient rien de mieux à faire que d'alimenter les ragots au lieu de se concentrer sur l'essentiel. En toute honnêteté, elle était surtout furieuse contre elle-même, parce qu'elle savait bien qu'il y avait un risque de voir sa photo étalée à la une des journaux, d'autant plus qu'elle avait aperçu non seulement les flashs des appareils mais aussi les vautours qui les tenaient. Elle pouvait déjà entendre les remontrances agacées de Coulson ainsi que sa déception, lui qui avait placé sa confiance en elle pour une mission qui était largement en train de partir à la dérive. Elle lui avait sciemment menti en espérant que rien ne transparaîtrait mais cet article, en lettres majuscules, venait de révéler ses tromperies.

« Coulson va me tuer, maugréa-t-elle.

— Il t'enverra sûrement au fin fond d'un désert, ironisa Maria. »

Sa meilleure amie l'avait réveillée en débarquant chez elle avec un sachet de viennoiseries dans une main et le magazine dans l'autre. Amélia aurait voulu être au courant de la publication de l'article avant de tomber nez à nez avec Maria, d'autant plus qu'elle somnolait encore lorsque l'autre femme avait toqué à sa porte avec assez de force pour la tirer du lit et de ses cauchemars. Un pli anxieux barrait son front depuis qu'elle avait lu l'intégralité des propos de la journaliste, elle ignorait jusqu'où ces quelques mots pourraient avoir un impact, d'autant plus qu'elle n'était pas la seule personne concernée par cet article. Par chance, les journalistes n'avaient obtenu aucune information sur elle, rien susceptible de les conduire jusqu'à son travail pour le Shield mais il ne s'agissait que d'une maigre consolation pour elle qui craignait une prise de conscience de la part de Justin.

Quand ils étaient rentrés de Monaco, Amélia avait senti la tension qui entourait son amant. Ce dernier était encore irrité contre Stark et ses paroles incisives, et il avait passé une grande partie du trajet à grommeler contre l'Iron Man. Il n'avait cessé ses invectives qu'à l'instant où ils avaient posé le pied dans les locaux d'Hammer Industries, à New York. Le silence dont il s'était alors entouré avait paru bien plus dangereux à Amélia que sa volubilité, elle avait craint une colère ingérable de sa part et l'avait surveillé avec plus d'attention qu'auparavant. S'il ne possédait pas les mêmes technologies que Stark, il n'en restait pas moins un homme avec des ressources, et son regard intrigué vis-à-vis de Vanko était encore bien présent dans l'esprit de l'agent du Shield. Elle essayait autant qu'elle le pouvait de détourner son attention du Russe mais elle savait qu'une fois l'idée plantée dans l'esprit de Justin, elle aurait du mal à l'en déloger et à l'empêcher de germer.

Irritée par toutes ces pensées bien trop parasites, elle s'empressa d'aller mettre sa bouilloire en route pour préparer du thé. Ses gestes étaient saccadés, son moral au plus bas, et une sourde colère commençait à serpenter en elle. Jamais encore elle n'avait déçu Coulson, y compris à l'époque où elle n'était qu'une recrue qui apprenait les bases du métier et n'était pas très stable sur ses deux jambes lors des combats au corps à corps. Toujours, elle avait su s'accrocher, pour prouver sa valeur à son supérieur, pour se persuader aussi qu'elle n'était pas une poupée fragile mais bien un être qui saurait surmonter des épreuves. En une journée, elle avait tiré un trait sur toute la fierté qu'elle avait pu éprouver jusqu'alors. Elle avait le sentiment d'avoir abandonné la jeune femme déterminée qui avait reçu sa plaque d'agent quelques années plus tôt en prêtant serment de protéger les siens à n'importe quel prix. À cause du réconfort qu'elle avait trouvé dans les bras de Justin, elle avait jeté aux orties des mois de travail acharné.

« Tu aurais pu m'en parler, remarqua Maria.

— Pour t'entendre dire qu'il s'agissait d'une très mauvaise idée ?

— Aurais-je eu tort ? »

Amélia versa l'eau chaude dans les tasses, sans répondre. Elle se rappelait sans mal le regard perçant de Romanoff quand elle l'avait croisée chez Justin. Peut-être aurait-elle dû cesser tout contact avec lui à cet instant au lieu de poursuivre une liaison qui était en train de mettre en péril sa carrière. Elle marmonna qu'elle n'avait rien fait de si répréhensible puisque son amant ignorait tout de son travail et de son lien avec le Shield, percevant un prétexte dans ses propres paroles. Si elle avait été honnête avec elle-même, elle aurait reconnu son erreur bien plus tôt, dès ce premier baiser qu'elle avait échangé avec le PDG de Hammer Industries mais il était trop tard pour y réfléchir. Chaque minute passée dans les bras de Justin avait lentement effacé le souvenir douloureux de l'accident qui lui avait ravi son frère, lui permettant de ne pas rester chez elle à tourner en rond en pleurant. Le Shield possédait des psychologues qui s'occupaient à merveille des agents mais Amélia recherchait des sensations qu'aucun d'entre eux n'aurait pu lui offrir sans franchir les limites de la déontologie.

Une fois les boissons bien infusées, elle les posa sur la table de la cuisine et sortit un plat où elle aligna les viennoiseries ramenées par sa meilleure amie. Elle était soulagée de voir que Maria, derrière ses accusations faussement outragées, continuait à la soutenir à sa manière sans la plonger dans un flot ininterrompu de culpabilité et de regrets. Amélia savait qu'elle aurait à affronter Coulson tôt ou tard – le plus tard serait le mieux, sans aucun doute – et elle avait conscience de l'accueil tout à fait différent qui l'attendait. Dans le meilleur des cas, elle finirait son existence derrière un bureau à compulser des rapports de missions et, dans le pire, son avenir au Shield ne serait plus qu'un lointain souvenir.

« Est-ce que tu l'aimes ? Hammer, précisa son amie avec sérieux avant de prendre une viennoiserie.

— Non, ce n'est pas … Je n'ai aucun sentiment pour lui mais j'ai enfin eu l'impression d'être une femme vivante sous son regard et pas une petite poupée fragile à éloigner de tous les dangers.

— Tu aurais pu choisir quelqu'un d'autre, tu sais. Il a du charme, c'est un fait, mais c'est aussi ton ennemi. Que vas-tu faire quand tu devras fournir des preuves pour qu'il soit arrêté ? »

Amélia n'eut aucune hésitation quand elle affirma qu'elle n'aurait aucun mal à dénoncer Justin s'il le fallait. Elle travaillait pour le Shield et devait protéger les habitants de la Terre sans se laisser avoir par un attachement qui ne la mènerait nulle part. Elle n'était pas tout à fait certaine de savoir si elle s'en sortirait indemne car, même si elle n'avait pas débuté de relation amoureuse avec Justin, elle éprouvait pour lui une petite affection qu'elle peinait à mettre de côté. Elle avait vu en lui ce désir de plaire au monde, ce besoin de s'élever au-dessus des autres pour obtenir une forme de reconnaissance particulière qu'il n'avait jamais reçue. Elle aurait pu parier sur une enfance difficile sous l'œil d'un père strict et méprisant, ce qui expliquait cette envie de briller malgré l'ombre qui pesait sur lui à cause de Stark Industries.

Elle mordit dans une viennoiserie, repoussant le nœud qui enserrait son estomac. L'article qui venait de paraître n'allait pas arranger la situation, Justin était déjà sur les nerfs depuis l'événement de Monaco et elle le connaissait désormais suffisamment pour savoir qu'il ne se laisserait pas marcher dessus sans réagir. Il n'était plus vraiment question de compétition pour déterminer qui avait la plus grosse industrie, c'était devenu personnel à un point que les journalistes n'imaginaient pas. Même s'il n'avait rien confirmé pour le moment, Amélia avait compris l'identité de son âme-sœur et elle ne voyait que l'ironie qui se dessinait sous ses yeux. Elle avait toujours considéré ce lien unique comme un jeu du destin, un coup de poing venu d'ailleurs pour se moquer des vies humaines et, avec les récentes découvertes, elle ne pouvait que constater la justesse de son point de vue. Qui d'autre qu'une cruelle entité invisible serait capable de lier deux ennemis tels que Justin et Tony Stark ?

Car oui, elle en était persuadée, l'Iron Man était l'âme-sœur de Justin, ce qui n'arrangeait rien. Maintenant qu'elle le savait, elle se demandait quels mots étaient inscrits sur son poignet. Elle ne gardait que peu de souvenirs de la convocation au Sénat mais il devait avoir eu sa révélation pendant son échange avec Stark, devant les journalistes et les caméras, aux yeux de tous. Pendant des mois, les médias avaient spéculé sur l'âme-sœur de Tony Stark – dès lors qu'une journaliste avait remarqué la marque sur le bras de l'ingénieur – en dressant des listes de noms aussi variés qu'improbables. Personne n'aurait pu deviner qu'il s'agissait de Justin Hammer, celui que les journaux dénigraient à cause de ses échecs successifs et de sa médiocrité qui ne valait pas les multiples réussites du nouveau super-héros. Il était presque clair que ce lien tissé à leur insu ne trouverait aucune issue heureuse, Tony dédaignait Justin et ce dernier n'éprouvait qu'une jalousie maladive à l'encontre de l'Iron Man, ce qui ne présageait rien de bon.

Avec un soupir, elle plongea son regard dans sa tasse, dévisageant son reflet troublé par l'eau chaude. Quelques semaines plus tôt, elle reprochait à Coulson de la garder à l'écart de toutes les missions, arguant qu'elle pouvait reprendre le travail. Puis il y avait eu Atlanta, le méta-humain et la mort de Nolan Peters, le tout survenu de façon si brusque qu'elle avait eu le sentiment de traverser les événements dans un brouillard lointain. Elle avait tenté de recevoir des nouvelles de Mercy Dolittle mais personne ne lui répondait, comme si l'état de la jeune femme n'était plus du ressort du Shield. À quel moment, au juste, tout cela avait basculé ? Un simple jeu de mots face à Justin avait précipité sa décision de se rapprocher de lui, un regard avait scellé ses choix, et elle était désormais plongée dans une situation qui n'avait aucune sortie de secours.

« Je me suis fait surprendre par Natasha Romanoff, un matin, chez Justin, déclara Amélia en reposant sa boisson. Je ne comprends pas pourquoi elle ne m'a pas dénoncée alors qu'elle a très bien vu que je n'étais pas là pour une discussion polie.

— Nat n'est pas un monstre, répliqua Maria. Elle est un agent comme toi et moi, elle ne gagnerait rien à dire qu'elle a croisé l'une de ses collègues dans une position compromettante. »

Nat. Elle haussa un sourcil en notant cette familiarité qui n'était pas habituelle de la part de sa meilleure amie. Cette dernière dut remarquer son regard car elle s'empressa de porter à sa tasse à ses lèvres pour éviter de répondre à toute question. Amélia esquissa un sourire mais ne dit rien, préférant laisser à Maria la possibilité de lui en parler dès qu'elle le souhaiterait, refusant de la forcer à des aveux si elle n'en ressentait pas encore le besoin.

« Que diras-tu à Coulson ? lança Maria après avoir terminé son thé.

— La vérité, cette fois-ci. Et tant pis s'il doit me virer du Shield, j'aurais au moins l'esprit tranquille.

— Il ne va pas t'expulser pour ton erreur, il connaît tes qualités. Mais il pourra t'obliger à ne pas retourner sur le terrain pendant un temps indéfini.

— Ce sera toujours mieux que de devoir retrouver un boulot sans pouvoir justifier d'années de travail au Shield. »

Encore un inconvénient à ajouter au rôle d'agent du Shield. Elle ne se voyait pas pousser la porte d'une entreprise en ayant en main un CV sur lequel elle aurait parlé de sa formation à l'académie du Shield et de ses années de service pour l'organisation. Leur conversation fut interrompue par le vibreur de son téléphone sur lequel s'afficha un message concis de Coulson. Aussitôt, Amélia eut le sentiment d'être envahie par des tonnes de regrets, le cœur battant. Son ancien Officier Superviseur lui demandait de la rejoindre au Triskelion un peu plus tard dans la journée. Elle pouvait presque l'entendre le lui annoncer sur un ton bourru et elle grimaça, peu attirée par l'idée d'aller l'affronter. Elle montra le message à Maria qui lui adressa un coup d'œil de soutien.

« Il ne t'arrivera rien, lui assura sa meilleure amie. Tu connais Coulson, il sait offrir des secondes chances.

— Des secondes chances sans doute mais on parle quand même d'un mensonge. Imagine ce qui se serait passé si les journalistes avaient découvert que je suis une agent du Shield ? Adieu la crédibilité de l'organisation. Fury en personne aurait été content de m'enfermer dans les plus profondes prisons du Fridge. »

Maria éclata de rire en avisant sa mine bougonne puis elle reprit son sérieux et lui proposa de la déposer au Triskelion. Amélia saisit cette occasion, elle pourrait ainsi parler encore un peu avec son amie pour se rassurer avant l'ultime confrontation avec Coulson. Elles terminèrent leur petit-déjeuner puis prirent la route dans la foulée. À mesure qu'elles se rapprochaient du Triskelion, l'anxiété d'Amélia croissait. Son sentiment atteignit son apogée dès l'instant où elle croisa les regards curieux de plusieurs autres agents qui la reconnaissaient comme étant la jeune femme de l'article sur Justin Hammer. Elle grinça des dents mais garda la tête haute, tentant de repérer son ancien Officier Superviseur dans la foule des travailleurs.

Il ne lui fallut pas très longtemps pour distinguer la silhouette de Coulson. Elle entendit à peine les encouragements de Maria, s'avançant vers l'autre agent. Le visage de Coulson n'affichait aucune émotion, ses yeux la sondaient dans le silence alors qu'elle sentait peser sur elle une chape de plomb. Elle avait supposé qu'elle saurait affronter la déception dans le regard de son ancien Officier Superviseur mais en vérité, à le voir aussi neutre, elle avait l'impression de redevenir une petite fille prise en faute. Ils s'installèrent dans l'une des salles de conférence, vide à cette heure-ci, et Phil soupira avant de glisser vers elle ce satané article qui ne voulait pas quitter son esprit depuis que Maria le lui avait mis sous le nez.

« Je ne vais pas vous faire la morale, commença Coulson sur un ton las. Je pense que vous avez eu le temps de ruminer sur vos actions et …

— Je suis sincèrement désolée, le coupa Amélia qui ne tenait plus en place. J'ai cru que je pourrais séparer vie privée et vie professionnelle, et j'aurais dû vous redonner les rênes de ma mission.

— Que s'est-il passé ? Et ne me servez pas une excuse digne des journaux, je veux la vérité. »

Rendant les armes, elle lui parla des premiers jours pendant lesquels elle avait été curieuse de découvrir Hammer Industries et les secrets qui se cachaient derrière certaines pièces. Elle avoua avec un brin de gêne avoir remarqué le charme de Justin qui ne semblait pas insensible de son côté, et évoqua les accusations qu'il avait eues à son égard lorsque plusieurs de ses investisseurs avaient décidé de le laisser tomber. Elle se rappela ses propos, ce premier baiser, la relation qui avait débuté entre eux et dont elle était peu à peu devenue dépendante. Elle se souvint aussi de leur départ vers Monaco, des remarques de Christine Everhart, de ces vautours qui n'avaient rien trouvé de mieux que de les suivre jusqu'à l'hôtel.

« Je ne pensais pas qu'il y aurait des journalistes, monsieur. Enfin, pas dehors.

— Vous avez pris des risques, Cross, et je ne parle pas que du Shield. Vous auriez pu avoir des ennuis, surtout avec Hammer.

— Il n'est pas aussi dangereux que tout le monde semble le croire. C'est de Vanko dont il faut se méfier, ce gars rumine une vengeance contre Stark.

— En parlant de Stark, vous allez m'accompagner chez lui. Fury m'assigne à sa surveillance, dans sa résidence de Malibu, et ce sera l'occasion pour vous de changer d'air. »

Elle comprit le sous-entendu derrière ses propos, cet éloignement qu'il lui imposait. Malibu était à l'opposé de New York, il lui faudrait une excuse en béton pour ne pas éveiller les soupçons de Justin. Coulson lui indiqua qu'il lui laissait deux heures pour préparer quelques affaires et revenir au Triskelion d'où ils prendraient un Quinjet en direction de la Californie, où ils retrouveraient Fury et Romanoff. Amélia hocha la tête, sans un mot, puis quitta la salle de conférence en se demandant si elle saurait être assez crédible auprès de son amant. Elle lui avait fait croire pendant des semaines qu'elle n'était qu'une journaliste en quête d'un article sur lui, elle avait accepté de le suivre à Monaco et elle devinait que ce ne serait pas aussi simple de justifier son départ imminent.

Dans un premier temps, elle envisagea de l'appeler pour ne pas affronter son regard mais elle se rendit compte que ce genre de comportement la mettrait au même plan que toutes ces personnes qu'elle détestait. Elle franchit l'entrée de Hammer Industries avec angoisse puis gagna le bureau de Justin, vide de son propriétaire. Quelques jours plus tôt, elle en aurait profité pour fouiller les tiroirs et le contenu de son ordinateur mais elle n'était plus là pour lui tirer des vers du nez – peut-être le Shield avait-il déjà déniché un autre agent à envoyer sur place pour obtenir des secrets. Elle n'eut pas à attendre longtemps avant de voir Justin arriver et elle lut dans son regard qu'il était plongé en pleine réflexion. Il la dévisagea en remarquant sa présence, tendu, et elle se rappela qu'ils ne s'étaient pas encore vus depuis la parution de l'article.

Contrairement à la colère qu'elle aurait pu imaginer de sa part à cause des indiscrétions des journalistes, il s'apaisa, referma la porte de son bureau derrière lui et vint la serrer contre lui. Cet élan d'affection ébranla Amélia, elle s'en sentit encore plus coupable.

« Est-ce que tu vas bien ? s'enquit Justin en reculant de quelques pas.

— Oui, bien sûr, balbutia-t-elle avant de reprendre contenance. C'est plutôt à toi que je devrais poser cette question, ces vautours ne vont pas te lâcher.

— J'ai l'habitude de ce genre de sujet, mais toi …

— Ce n'est pas un article qui pourra m'effrayer. »

Elle lui offrit un sourire presque sincère tout en songeant aux dangers qu'elle avait affrontés au long de ses missions. Une photographie volée pendant un Grand Prix et quelques questions indiscrètes n'étaient rien à côté du pouvoir du méta-humain d'Atlanta. Cet homme était entré dans sa tête, il l'avait poussée à lever son arme contre ses coéquipiers et elle avait failli tirer sur eux, et sur Coulson. Ces journalistes étaient des individus méprisables mais ils n'étaient pas encore du niveau de l'adversaire aux capacités télépathiques.

Justin lui indiqua qu'il avait pris contact avec la prison qui retenait Vanko pour en apprendre plus. Elle se crispa en comprenant qu'il avait sans doute un plan qui visait à délivrer le Russe – un plan qui ne serait pas sans conséquences et qu'elle redoutait.

« Ne laisse pas l'amertume te ronger, Justin. Je sais que tu es en colère contre Stark mais Vanko n'est pas une solution.

— As-tu vu sa technologie ? Il a pu recréer le réacteur ark, il a sans doute d'autres compétences qui seraient utiles pour mes armes.

— Ce gars et toi ne jouez pas dans le même camp, insista Amélia pour le tempérer. Il est violent, dangereux et instable, ce que tu n'es pas. »

Elle tendit une main vers lui pour entrelacer ses doigts aux siens, espérant que ses propos seraient suffisants pour le détourner de sa nouvelle obsession. Elle ajouta que s'il venait à l'autoriser à accéder à ses industries, il risquerait d'avoir de lourds ennuis. Ce qu'elle redoutait depuis leur retour de Monaco était en train de se produire et elle ne serait pas là pour l'empêcher. Elle dut lutter contre l'envie de téléphoner à Coulson pour lui dire qu'elle avait besoin de rester là, à New York, afin de calmer Justin. Son ancien Officier Superviseur n'accepterait jamais de la laisser revenir chez Hammer Industries poursuivre sa mission et elle regrettait de ne pas pouvoir ouvrir les yeux de Justin sur la menace que représentait Vanko.

Après une grande inspiration, elle lui révéla que son supérieur avait choisi de l'envoyer en Californie pour couvrir un événement local. Elle marmonna que c'était une punition pour avoir été surprise par des journalistes, maudissant intérieurement Coulson de l'avoir autant écartée de sa mission.

« La Californie, murmura Justin. Stark habite là-bas, à Malibu.

— Je ne suis pas intéressée par une visite chez lui. Dès que mon article sera terminé, je reviendrai. »

Tandis qu'elle prononçait ces quelques mots, elle prit conscience du nouveau mensonge qu'elle tissait. Coulson ne l'autoriserait pas à poursuivre ses investigations chez Hammer Industries après leur retour, et elle ne prendrait sans doute plus le risque de mettre à mal le Shield à cause d'une relation éphémère. Elle s'avança d'un pas pour poser sur les lèvres de Justin un baiser qui avait un goût de séparation – alors que cela n'en était pas une puisqu'ils n'étaient pas vraiment un couple. Peut-être était-elle trop attachée à lui parce qu'elle retrouvait dans sa fragilité un écho de la sienne.

« Fais attention à toi, d'accord ? souffla Amélia. Essaye d'éviter Vanko, et rappelle-toi que tu vaux mieux qu'un assassin. »

Il hocha distraitement la tête et l'embrassa à son tour, lui souhaitant un bon voyage. Elle grava dans son esprit son regard attentionné, son sourire charmeur, cette chaleur qu'il n'avait cessé de lui transmettre. Il n'était pas parfait mais il lui avait permis de se relever là où les médecins de l'hôpital n'avaient rien pu faire. Amélia lui adressa un dernier sourire puis sortit de son bureau avec un dernier coup d'œil. Elle avait l'impression de savoir qu'elle ne remettrait pas les pieds dans ces lieux qu'elle traversait depuis des semaines.

Rentrée chez elle, elle entassa des vêtements pris au hasard dans son armoire, puis referma son sac de voyage. Elle ignorait combien de temps Coulson et elle passeraient chez Stark mais elle priait pour ne pas y rester plus que quelques jours. Son ancien Officier Superviseur et elle quittèrent en vitesse le Triskelion dès qu'elle y retourna et ils prirent un Quinjet en direction de Malibu. L'appareil se posa sur l'espace réservé de la résidence de Stark, donnant à Amélia une vision globale de l'endroit : immense, blanc et moderne, à la mesure de l'ego de l'ingénieur. Elle songea à la maison de Justin, assez grande mais encore raisonnable pour un individu que tout le monde considérait comme un homme jaloux et démesuré. Coulson dut interpréter son arrêt pour de l'admiration et il lui lança avec humour de s'habituer au décor qui allait les accueillir.

Ils retrouvèrent Fury et Romanoff dans l'un des salons de Stark qui leur jeta un regard en coin. Vêtue d'une combinaison d'agent, la rousse ne se tenait plus dans son rôle d'assistante un peu timide, elle était à nouveau l'espionne du Shield, faisant comprendre à Amélia que l'Iron Man avait sûrement appris qu'il était escorté depuis le début par des employés de Fury. Coulson n'eut pas besoin de se présenter puisqu'ils se connaissaient déjà mais ce n'était pas le cas de la jeune femme qui vit les sourcils de Stark se froncer.

« Le Sénat, se rappela-t-il. Et Monaco, non ?

— En effet, répondit-elle avec un sourire crispé. Nous avons brièvement discuté. Je suis l'agent Amélia Cross.

— D'après les journaux, vous êtes la maîtresse de Hammer.

— Ne vous inquiétez pas, notre relation est purement physique. Je ne vais pas révéler vos plans à Justin, il a mieux à faire qu'entendre parler de vous. »

Elle avisa le coup d'œil surpris de Coulson. Son ton avait été bien plus virulent qu'elle ne l'avait souhaité mais elle ne s'excusa pas. Peu importait ce que Stark pourrait dire, elle avait encore en tête la mélancolie dans les yeux de Justin lorsqu'il avait évoqué son âme-sœur et le fait qu'ils ne seraient jamais ensemble étant donné qu'il n'y aurait entre eux rien de plus que de l'inimitié. Elle reprochait intérieurement à l'Iron Man de ne pas prendre le temps d'avoir une conversation sérieuse avec Justin ; elle était presque sûre que Stark avait déjà conscience de ce lien qui l'unissait avec Hammer.

« J'aime bien cette franchise, sourit l'Iron Man. Au moins avec vous, je sais que je ne vais pas être poignardé dans le dos.

— Vous ne serez donc pas contre sa présence ici, rétorqua Fury. Je vous laisse Coulson et Cross pour vous donner une bonne raison de vous mettre au boulot. Trouvez-moi une solution et réglez les ennuis que vous allez avoir avec Vanko.

— Qu'est-ce qui vous fait croire que Vanko est déjà un problème ? demanda Amélia avec surprise. Il est en prison, non ?

— Votre amant a dû vous cacher qu'il a fait évader notre ami Russe, répondit Natasha. Un homme a été tué dans la cellule de Vanko pour dissimuler la vérité mais nous avons découvert qu'il ne pouvait y avoir qu'un seul responsable. »

Perdue dans ses pensées, Amélia serra les poings, comprenant que Justin n'avait pas pris au sérieux ses avertissements. Elle aurait dû enquêter un peu plus ou passer tout son temps à ses côtés au lieu de rentrer chez elle. Si elle l'avait suivi tous les jours à Hammer Industries, elle aurait fini par le convaincre de ne pas accorder sa confiance à Vanko. Elle n'imaginait pas être assez persuasive pour le pousser à faire la paix avec lui-même, s'engager dans de meilleures voies et oser le premier pas envers Stark mais elle aurait eu les moyens de l'empêcher de sombrer avec cet assassin qui représentait une grande menace. Elle n'ajouta rien à la discussion, le silence venant recouvrir le salon de l'ingénieur alors que Coulson l'observait à la dérobée en guettant sa réaction.

Fury déclara qu'il avait du boulot puis salua Stark avec une dernière menace avant de rejoindre le Quinjet en compagnie de Romanoff. L'Iron Man les regarda partir puis s'empressa de montrer aux deux autres agents leurs quartiers, ayant deviné qu'il aurait à les héberger pendant plusieurs jours. Amélia déposa son sac de voyage sur le lit aux draps blancs puis profita des quelques minutes que Coulson lui laissait, fouillant dans ses affaires afin de récupérer son téléphone portable. Elle composa le numéro de Justin, son esprit hésitant entre une envie de lui hurler sa colère et un besoin de savoir comment il allait. Elle l'avait abandonné au pire moment, alors qu'il faisait équipe avec un homme peu recommandable, et elle en éprouvait déjà une certaine culpabilité – pas seulement pour Justin mais aussi pour toutes les victimes collatérales qu'il y aurait.

Elle n'eut aucune réponse, seul le bruit de la sonnerie animait la pièce. Amélia essaya à plusieurs reprises, le ventre serré, mais elle n'eut pas plus de chance. Elle capitula puis traversa la grande propriété de Stark avant de le retrouver dans le salon où il se massait le torse en grimaçant, près de l'endroit où brillait la lueur du réacteur qui le maintenait en vie. Il releva les yeux à son approche et l'invita à prendre place sur l'un des fauteuils, lui assurant qu'il ne comptait pas l'agresser. Elle s'assit enfin, face à lui, et attendit, peu certaine de vouloir lancer un sujet ou un autre alors qu'elle était encore sous le coup de la révélation de la libération de Vanko.

« Comme ça, votre relation est purement physique, lâcha cependant Stark en lui tendant une perche. Pas de sentiments mielleux, de promesses de futur, rien ?

— Vous ne devriez pas être surpris, il me semble que vous vous comportez de la même manière avec certaines femmes. Pas de relation sérieuse parce que vous refusez de vous attacher. Et parce que, peut-être aussi, au fond de vous, vous attendiez de découvrir qui est votre âme-sœur. Vous tendez l'oreille pour entendre ces mots qui désigneront la bonne personne. Mais le jour où vous les percevez, vous vous rendez compte qu'il ne correspond pas à vos espoirs.

— Donc Hammer le sait aussi. Il ne m'a pas encore sauté dessus, c'est étonnant de sa part.

— Vous l'avez traité comme un chien, à Monaco, souffla Amélia en bondissant de son fauteuil. Vous aviez déjà connaissance de ce lien, depuis le Sénat sans doute, mais vous avez quand même cru bon de le ridiculiser devant tout le monde.

— Il avait une jolie fille à ses côtés pour lui remonter le moral. Vous avez fait quoi pour lui changer les idées ? Une bonne nuit, un voyage au septième ciel et tout rentre dans l'ordre ?

— Nous ne sommes pas là pour parler de Hammer, intervint Coulson en s'immisçant dans leur conversation. Stark, vous ne devriez pas être en train de bosser sur votre survie ? »

Face au questionnement muet d'Amélia, son ancien Officier Superviseur lui apprit que l'Iron Man était peu à peu en train de s'empoisonner à cause du réacteur. Une piqure de la part de Romanoff avait stabilisé son état mais il lui fallait une solution de rechange pour ne pas rechuter. Coulson se proposa pour veiller sur lui pour le début de son expérience, lançant à Amélia un regard qui signifiait clairement « reposez-vous pendant ce temps-là et calmez-vous, je n'ai pas besoin d'un agent énervé ». Elle acquiesça, s'excusa auprès de Stark puis retourna à la chambre qui lui avait été préparée. Elle fit les cent pas un long moment, le cœur battant sous l'effet de la colère. Elle ne détestait pas l'ingénieur, elle méprisait seulement sa façon de voir Justin alors qu'ils étaient indéniablement liés par le destin, ce qui aurait dû être suffisant.

Un rire ironique franchit ses lèvres dans la solitude de sa chambre. Elle n'avait jamais accordé d'importance à son propre lien d'âme-sœur, allant jusqu'à dédaigner ceux qui le plaçaient sur un piédestal, mais depuis qu'elle avait croisé la route de Justin, elle avait compris que ce n'était pas qu'un simple accord entre deux âmes. Elle avait senti sa marque s'estomper plusieurs années plus tôt, et elle avait alors décidé que ce serait plus facile de haïr les âme-sœurs que de souffrir encore et encore. L'expression de Justin, lorsqu'il avait parlé à mi-mot de Stark sans le nommer, avait rappelé à Amélia certains rêves des enfants qui espéraient un bel avenir en compagnie de la personne qui leur était destinée. Elle aurait voulu que les espoirs de Justin devinssent réels.

Elle s'effondra sur le lit en tenant son téléphone à hauteur de ses yeux, ouvrant une page internet pour vérifier ce qui se tramait à New York. Elle se redressa brusquement en lisant les dernières informations qui circulaient sur les réseaux sociaux. Le lendemain, pendant les présentations de la Stark Expo, Justin était censé montrer des prototypes d'armures, soutenu par le gouvernement. Amélia se coupa d'internet et tenta une nouvelle fois de contacter son amant, soupirant presque de soulagement lorsqu'elle entendit sa voix avant de se souvenir de l'heure qu'il devait être à l'autre bout des États-Unis.

« Qu'est-ce que tu as fait ? s'enquit-elle en maîtrisant les émotions qui l'étreignaient. Vanko, la Stark Expo ? Je t'avais demandé d'éviter les ennuis, tu mérites mieux ! Pourquoi m'avoir caché tout ça ?

— Nous ne sommes ni mariés, ni compagnons, déclara le PDG d'Hammer Industries sur un ton si froid qu'elle eut l'impression qu'un vent glacé venait de franchir la fenêtre. Je ne te dois aucune vérité, Amélia, et je ne crois pas être le seul à avoir des secrets.

— Je … je ne comprends pas.

— Everhart a mené son enquête sur ton compte. Tu n'es pas journaliste, tu n'as aucun article à écrire sur moi ou sur mes industries. Est-ce que tu es une espionne pour le compte de Stark, comme je l'ai cru ?

— Non, Justin, je ne suis pas à sa solde, je te l'ai déjà dit. »

Ils avaient eu cette discussion en pleine nuit, alors que Justin avait des doutes à son sujet – ironie de constater qu'il n'était pas si loin de la vérité lorsqu'il avait supposé qu'elle était une espionne. Elle ne devait surtout pas perdre son calme, elle avait encore une chance d'arranger la situation avant de tout voir s'envenimer. Si elle n'avait pas de sentiments pour lui, elle refusait cependant que leur relation se terminât sur une dispute inutile et blessante.

« Je ne travaille pas pour Tony Stark. Et non, je ne suis pas journaliste. Mais c'est mon seul mensonge, j'ai toujours été honnête avec toi. Si j'avais voulu te faire du mal, j'aurais annoncé aux journalistes, aux vrais, qui est ton âme-sœur. Je ne regrette pas d'avoir agi mais j'aurais dû t'en parler. Je ne suis pas ton ennemie.

— Mais tu n'es pas mon amie. Tu n'es que ma maîtresse, comme le disent si bien les journaux. Je pensais … je pensais que tu serais une alliée, autre chose que tous ces gens qui entourent les plus riches pour les brosser dans le sens du poil. J'avais confiance en toi.

— Et tu peux toujours te fier à moi.

— Dans ce cas, dis-moi pourquoi tu es à Malibu ?

— Justin … Je …

— Je vois. Je n'insisterai pas, je dois préparer ma présentation pour la Stark Expo. »

Il raccrocha sans lui laisser la possibilité de s'expliquer, creusant dans son cœur un gouffre béant. C'était cela qu'elle essayait d'esquisser dans son esprit depuis plusieurs jours : une amitié qui serait solide, bien qu'elle n'eût débuté que comme une relation sans lendemain. Mais cet espoir avait dérapé à cause de ces satanés photographes à Monaco ! Elle se promit de faire de son mieux dès son retour à New York pour renouer avec Justin.

Fatiguée par le voyage en Quinjet et par le tourbillon incessant de ses pensées, Amélia s'allongea dans le but de gagner quelques heures de repos. Son sommeil ne fut cependant pas des plus calmes, ses rêves s'ornèrent soudainement de plaines gelées par le vent. Devant elle se dressaient des géants à la peau bleue marbrée de traces plus claires et aux yeux d'un rouge flamboyant, avec au bout des doigts des armes glacées. Transie de froid, la jeune femme ne parvint pas à se repérer, son corps lui paraissait lointain, elle ne bougeait pas et assistait à un spectacle étrange. Des guerriers en armures étincelantes affrontaient ces géants avec une frénésie particulièrement violente, prenant un avantage qu'ils perdirent très vite.

Une lumière aveuglante mit fin au combat, révélant une silhouette borgne sur un cheval à huit pattes, et tirant Amélia de ce cauchemar glacé. Elle s'éveilla en sursaut, parcourue de frissons, et tâtonna jusqu'à trouver un interrupteur. Sa peau était gelée, presque bleuie par un froid qu'elle ressentait au plus profond d'elle-même, comme si l'hiver était entré dans la chambre – alors que l'été avait déjà commencé. Elle récupéra son manteau qu'elle avait posé sur l'unique chaise de la pièce et le drapa sur ses épaules, un peu hagarde. Elle ignorait ce qui était en train de se produire dans son organisme mais elle redoutait ce que ses rêves annonçaient.