CHAPITRE 3 : Le premier baiser.

J'ai dû passer presque deux heures au téléphone avec Ino suite à mon rendez-vous. Je croulais sous les questions et avais du mal à reprendre mon souffle. Cette fille n'est pas humaine, sa capacité pulmonaire dépasse l'entendement. Hinata étant moins intrusive, et m'a laissée conter mon récit à mon rythme, le ponctuant parfois d'un « hum » approbateur. L'une me disait de foncer, l'autre de ne surtout pas me forcer. Je vous laisse deviner à laquelle se rapporte chaque propos.

Quoique parfois mal à l'aise en sa présence, j'étais attirée par cet homme plein de charme, de répartie et finalement j'en déduis que j'avais envie de le revoir. Mais je suivis le conseil d'Ino en le laissant me contacter pour voir s'il avait pris autant de plaisir que moi à notre rencontre. Le soir même, alors que je sortais de table, mon téléphone sonna, m'indiquant la réception d'un message. Je me précipitai alors dessus, battant mon record du cent mètres au passage.

« Ne tombe pas dans les escaliers ! » cria ma mère. Normalement elle aurait dû me dire « ne cours pas dans les escaliers » mais les ordres, elle ne sait pas en donner, surtout dans ce genre de situation elle a toujours privilégié l'avertissement du danger, à une instruction sans fondement. Du coup, je pèse en général le pour et le contre avant d'entreprendre quoi que ce soit, mais je suis d'une nature tellement spontanée que je passe parfois outre son enseignement. Je le regrette la plupart du temps.

Aïe ! Je venais de manquer la dernière marche et me cognai le gros orteil sur celle-ci. Vite, je n'en pouvais plus, le chemin jusqu'à mon cellulaire me paraissait interminable.

« Bonsoir belle inconnue, prête pour un deuxième round ?

Rendez-vous demain soir à 20h30, au Grand Palais.

Je te promets une soirée inoubliable.

Ne sois pas en retard ».

Wahou ! Il a dû apprécier notre rancard pour qu'il me propose une seconde sortie aussi rapidement. Du moins, ça me flattait de le croire. Tout était minutieusement calculé, sa devise préférée : battre le fer tant qu'il est encore chaud. Il prenait un ascendant sur moi et ne comptait pas le laisser s'amoindrir, en patientant jusqu'au week-end suivant pour me revoir.

Sur le moment j'étais tellement contente qu'un garçon s'intéresse enfin à ma petite personne que je m'empressai de répondre :

« Tu as de la chance, je n'ai rien de prévu.

Rien ne m'empêchera de te rejoindre à temps, je te le promets.

À demain, bisous »

Bisous ? Je vole vers toi tendre Rodrigue ! Mais quelle cruche, franchement. J'ai l'impression de lire une scène de théâtre romantique, beurk. Plus jamais, je le jure à l'instant devant vous : plus jamais je me laisserai bernée par un homme quel qu'il soit !

Je suis persuadée que vous me connaissez assez maintenant pour deviner quelle a été ma prochaine action...J'ai téléphoné à mes deux confidentes évidemment, et c'était reparti comme en 40 ! Le lendemain, j'essayai tant bien que mal de reproduire les gestes de la maquilleuse devant la psyché de ma chambre. Grrrr ! je n'y parvenais pas et ça commençait à me taper sur les nerfs, j'allai finir par m'arracher les cheveux quand un pas léger retenti dans le couloir et se dirigea vers moi. Quelqu'un toqua doucement à ma porte.

« Je te dérange ma puce ? Oh là ! » grimaça ma mère, « tu comptes te reconvertir en clown et tu ne m'as rien dit ? ». Ma mère et l'humour... c'est sans espoir.

« Maman j't'en prie, sauve-moiiii. Je veux être la plus belle possible pour ce soir.

- Non !... » elle laissa passer quelques secondes qui me semblèrent durer une éternité. « Mon bébé a un rendez-vous galant ! ». Elle se précipita vers moi et me serra à m'étouffer. « Ooooh ! Avant tout, je dois prévenir ton père, il se faisait tellement de souci de te voir traîner qu'avec des filles ». Ne me dis pas qu'il pensait que j'étais lesbienne ! Depuis que ma cousine, Karin a fait son coming out, ça le travaillait énormément. J'étais sa précieuse fille, unique en plus. Son plus grand rêve était de me voir épouser un homme gentil avec qui je concevrai plein de marmots. En vérité, ce n'était pas demain la veille que cela risquait d'arriver.

Pour Karin, je l'avais toujours su, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure, et puis, elle avait implicitement essayé de me le faire comprendre.

Ma mère courut dans sa chambre sans plus se soucier de l'état dans lequel je me trouvais, mais je savais que si on pouvait me comparer à une tornade, elle, était un ouragan ! Je n'attendis donc pas très longtemps avant de la voir réapparaître devant moi, tout sourire.

Notre relation n'a pas toujours était aussi harmonieuse avec mon père, nous formons un vrai duo, presque un couple, sans rentrer dans les allusions incestueuses hein ? Je vous vois venir. Ma mère a souvent été jalouse de notre lien si particulier, et je lui ai fait beaucoup de mal sans m'en rendre compte.

Ce n'est qu'adolescente, quand mon père s'est engagé à Médecins Sans Frontières et donc que les séjours à l'étranger ont commencé, que nous nous sommes rapprochées toutes les deux. J'ai appris à connaître la femme et elle a pris de son temps pour partager des moments uniques avec moi. Notre complicité est désormais sans égal et je ne la remercierai jamais assez pour tout ce qu'elle a fait et accomplit encore pour moi.

« Laisse moi faire mon ange ». Et avec toute la douceur dont elle était capable, elle prit un des cotons posés sur ma coiffeuse et l'imbiba de produit démaquillant. « Voilà ! Tu es toi à nouveau. Tu es sûre de vouloir cacher cette peau délicate et tes petites tâches de rousseur sous une couche de maquillage ? Pour moi tu es beaucoup plus belle au naturel.

- Tu dis ça parce que tu es ma mère ! Et oui j'en suis sûre. Il est un peu plus âgé que moi alors je n'ai pas envie d'avoir l'air d'une gamine, lui expliquai-je.

- Bien comme tu veux. Je dis ça, je dis rien... C'est un vrai gâchis !

- Maman !

- Quoi maman ? Je peux encore m'inquiéter pour ma petite fille non ? Sois prudente ma chérie, s'il est plus âgé que toi, il voudra certainement t'amener à aller plus loin assez rapidement. Je ne t'empêche de sortir, de t'amuser, c'est important d'expérimenter toutes ces choses qui font battre le cœur plus vite à ton âge, mais je veux juste que tu te protèges.

- Je sais ma moumoune chérie », soupirai-je en l'embrassant sur la joue. « Ne t'inquiète pas, la taquinai-je, Ino a pensé à tout ».

D'ailleurs les capotes sont toujours dans ma veste, il faudra que je les enlève.

« Je ne sais pas si c'est une bonne chose que tu fréquentes cette petite, répondit-elle sur le même ton, rentrant dans mon jeu, il va falloir que je lui dise deux mots. On ne dévergonde pas ma petite chérie sans en assumer les conséquences ».

La matinée se passa sans plus d'embûches et ma mère avait réussi à me transformer, tout comme la chrysalide arrivant à maturité, devient un magnifique papillon. Je n'avais plus qu'à patienter avant de rejoindre Kabuto.

Quelques heures plus tard...

Mon cœur battait plus vite que la normale, et durant le trajet en train, je ne pus m'empêcher de penser que le blush finalement ne servait à rien dans ces circonstances, car mon visage devait être cramoisi. J'essayai de me calmer en écoutant la playlist intitulée « zen » de mon Mp3.

Et oui, depuis que je possède cet appareil, j'organise mes playlists en fonction de mes humeurs, j'en ai donc une pour me défouler qui s'appelle « colère », une autre pour me remonter le moral, enfin vous avez compris le principe. La plupart du temps, cela fonctionne très bien, mais pour une raison qui m'échappait encore, ce n'était pas le cas ce soir-là.

Mon excitation - ou plutôt le stress - devait être trop forte. En plus je n'avais aucune idée de ce qu'on pourrait faire à proximité du Grand Palais. J'adore les musées, et j'ai été à plusieurs nocturnes mais ce n'est pas très romantique... De toute façon, ça ne servait à rien de me creuser plus la tête, je ne tarderai pas à avoir la réponse, il me restait trois arrêts avant d'atteindre ma destination.

Quand je montai les escaliers me menant à la sortie, je fus enveloppée par un vent hivernal. Kabuto était là, à quelques mètres, le téléphone contre son oreille. Je n'osai pas m'approcher de peur de le déranger, surtout que la conversation avait l'air houleuse, je voyais à ses sourcils froncés et à ses lèvres pincées qu'il était agacé par ce que lui disait son interlocuteur. Finalement, c'est lui qui m'aperçut et il coupa prestement sa communication. J'espérai secrètement que la personne n'en se formaliserait pas.

Pourquoi fallait-il que je m'inquiète toujours pour les autres, même de parfaits inconnus... Il s'approchait de moi à grandes enjambées, son visage ne portait plus aucune trace des émotions que j'avais vues s'y afficher.

« Bonsoir, tu t'es faite belle rien que pour moi, c'est ça ? Fais attention je vais avoir du mal à rester de marbre ». Malgré sa menace explicite, il esquissa un sourire qui vint démentir ses propos.

« Tu prends vraiment tout au sérieux, finit-il par ajouter en voyant mes yeux inquiets, je suis un parfait gentleman ».

Je n'arrivais plus à émettre le moindre son il était très élégant, et son calme olympien m'impressionnait. On aurait dit que tout ceci faisait partie de sa routine, rien ne transparaissait à travers ses iris. S'il est vrai qu'ils représentent la fenêtre de l'âme, il y a fixé des volets occultants. C'est très déstabilisant.

« Tu as donné ta langue au chat ? Dommage... j'en aurai fait bon usage ». Son regard s'était légèrement assombrit et j'avais l'impression qu'il scannait chaque parcelle de mon corps.

Ce type est Lucifer incarné, son charme plus que sa beauté, emprisonne votre cœur, ses mots comme un poison, vous amènent à douter de toutes vos sensations, il s'empare alors de vos pensées et les manipule à sa à tour, il vous jette dans le désarroi le plus total, puis la seconde d'après vous fait découvrir l'extase. Vous ne pouvez plus vous échapper.

« Je... euh... désolée, je me disais que... tu n'es pas mal non plus ! ». J'essayai tant bien que mal de reprendre le contrôle de mes émotions. « Alors, on va où ?

- On va là. Il pointa du doigt le célèbre musée derrière lui.

- Mais c'est fermé à cette heure-ci, non ?

- J'ai mes entrées voyons, ça sert d'avoir des relations. Allez suis-moi, il y a une autre surprise ».

Arrivant près de l'entrée, Kabuto interpella un vigile qui nous laissa pénétrer à l'intérieur. Je n'en revenais pas ! Seuls dans un musée, c'était étourdissant et effrayant. Et là, ça fit « tilt » ! On était déjà au début du mois de décembre et dans quelques jours la patinoire installée durant la saison de Noël sera accessible au public. « Comment c'est possible ?! » me fis-je la réflexion.

Pour ceux qui ne connaissent pas cet événement, en règle générale, on fait la queue pendant des heures pour ensuite être tellement nombreux sur la glace qu'il nous est presque impossible de patiner. Mais le cadre à lui seul justifie ces inconvénients.

« Ne t'attarde pas sur ce genre de détails, profite de la vue ! Et j'en ferai de même... » dit-il en me fixant, ce qui me fit rougir.

« Baratineur ! ». Je ne te le fais pas dire ! Désolée, c'était trop tentant.

« Ça te plaît ? demanda-t-il connaissant pertinemment la réponse.

- Oui beaucoup ! Mais je ne suis pas très douée, tu ne te moqueras pas hein ?

- Moi ? Jamais ! Tu me vexes là ».

Le reste de la soirée se déroula dans la bonne humeur, je ne souhaitais que rester avec lui pour qu'il m'enchante de ses histoires, me fasse rire, frissonner. Et sans que je m'y attende alors que j'étais assise sur un banc, en train d'enlever mes patins, je sentis deux mains enserrer mon visage et des lèvres froides se poser sur les miennes. Toute pensée quitta mon esprit. C'était doux, simple mais j'étais trop abasourdie pour analyser la situation plus amplement. Ce fut mon premier baiser.


Kyaaaa! Mais qu'est-ce qu'il te prend Sakura! Non non! Sauve-toi! Mais la suite est écrite je ne peux pas revenir en arrière.

J'espère que ça vous plaît?