Bonsoiiiiir, voilà on retrouve nos héros! Comme promis j'ai posté ce chapitre assez vite. À partir d'ici les suivants sont presque uniquement centrés sur le couple principal.

J'espère que ça va vous plaire, on en apprend plus sur chacun d'eux dans celui-ci.

Je compte sur vous pour me dire ce que vous en pensez ^^

Bonne lecture.

CHAPITRE 8 : Bon gré, mal gré.

Dans ce grand hall, mes hauts talons résonnaient étrangement. Mon plan ne possédait, me semblait-il, aucune faille, pourtant l'angoisse serrait mon cœur. Mais maintenant que la standardiste m'avait repérée je ne pouvais plus faire marche arrière. S'il était un magnat des affaires, je n'étais pas en reste non plus. Oh j'allais m'en donner à cœur joie !

La jolie brune derrière le comptoir m'invita à m'approcher d'un sourire sincère, ce qui est plutôt rare dans ce monde. Discrètement je lorgnai sur son badge pour connaître sans nom, qui me parut familier. Ayant une très bonne mémoire, je fis rapidement le lien avec mon cher Naruto.

« Alors vous êtes la fameuse Ten-Ten ! m'exclamai-je.

- Euh... Nous nous connaissons... ? demanda-t-elle semblant gênée face à l'hypothèse d'avoir fait un impair.

- Non ! Pas le moins du monde, enfin en tout cas, personnellement, la rassurai-je, mais peut-être avez-vous entendu parler de moi par le luron blond du service comptable de votre boîte ».

Sans que je m'y attende, elle contourna son imposant bureau et vint me détailler sous toutes les coutures, ou presque. Elle se focalisa surtout sur mes cheveux, mes yeux et... mes chaussures.

« C'est quelle marque ?

- Minelli.

- Vous ne pouvez être que quelqu'un de bien ! ». De nouveau elle sembla réfléchir intensément.

« Sakura ! Vous êtes sa meilleure amie, c'est ça ?

- Bingo ! acquiesçai-je.

- Naruto m'a parlé de vous... Vous êtes venue le voir ? m'interrogea-t-elle.

- Non, pas spécialement. Je lui ferai sûrement un signe mais je suis ici pour une toute autre affaire » répondis-je, l'humeur soudain plus sombre. Elle se pencha légèrement en avant et murmura : « Sasuke, n'est-ce pas ? ». Je la regardais les yeux exorbités, comment était-elle au courant ? Je ne tardai pas à avoir ma réponse.


C'est vrai que l'élégante jeune femme que j'avais devant moi ne se doutait absolument pas du rôle que j'avais joué dans cette histoire, et Naruto avait insisté pour garder les détails secrets pour l'instant. Que pouvais-je bien répondre à la muette interrogation de ses yeux verts ? Je devais faire vite pour ne pas éveiller ses soupçons.

« Naruto... m'a plus ou moins expliqué qu'il vous était redevable, que grâce à vous il allait pouvoir garder son poste ». C'était bien rattrapé non ? L'explication eut l'air de suffire à Sakura qui me souriait.

« Oh oui ! Il a une sacrée dette envers moi ! énonça-t-elle malicieusement, il me revaudra ça, tu peux compter sur moi. Ah pardon !

- Non non, ce n'est rien. Les amis de Naruto sont mes amis, alors... On peut se tutoyer, à moins que ça te...

- Non c'est parfait pour moi ! Surtout qu'on doit à peu près avoir le même âge.

- Bon alors dis-moi. Pourquoi tu viens voir Sasuke aujourd'hui?

- Disons que... je veux lui jouer un tour à ma façon.

- Mais encore ?

- Mmh, il n'a pas été très correct avec moi et je veux lui faire comprendre que je ne suis pas sa marionnette ».

Olà ! Tous aux abris ! Cette collaboration semblait explosive, mais peut-être était-ce ce dont avait besoin Sasuke... Une femme qui lui tiendrait tête, qui le ferait redescendre sur terre de temps en temps. Et surtout une femme avec de vraies valeurs, que l'argent ne motivait pas... pas comme son ex. Malgré ce que tout le monde pouvait marmonner dans son dos, il n'avait pas mérité ce qu'il s'était passé. Il en avait vraiment souffert, et n'accordait plus que difficilement sa confiance. Il fallait sûrement que Sakura soit mise au courant, mais ce n'était pas à moi de le faire. Bon ! Il était temps que je retourne à mon poste.

« Dernier étage, m'indiqua Ten-Ten avec un clin d'oeil, tu y trouveras le bureau du grand manitou et ceux de ses plus proches collaborateurs, je ne sais pas si tu pourras le voir tout de suite par contre.

- Ce n'est pas grave. J'ai un plan ».


Je la remerciai chaudement et m'élançai confiante vers les ascenseurs. Au bout de quelques minutes, la cabine s'arrêtant pratiquement à tous les étages, j'arrivai à destination. Une vraie fourmilière ! Ça criait, courait dans tous les sens. Je m'avançai donc prudemment, essayant de ne pas me faire heurter par un individu bien trop stressé à mon goût. J'avais réussi à repérer une plaque avisant l'emplacement du secrétariat, j'y parvins non sans peine, mes belles chaussures auront besoin d'un coup de chiffon en rentrant et mes pieds d'un bon bain relaxant. De vrais balourds ces bureaucrates, je m'étais fait marcher dessus un nombre incalculable de fois sur moins de cinq mètres.

Dans l'espace clos du secrétariat, travaillait une jeune femme rousse totalement absorbée par son écran d'ordinateur. Ça devait être la personne que j'avais plus ou moins « agressée » au téléphone il y a cinq jours, peut-être devrais-je commencer par m'excuser... est-ce que la fiancée d'un PDG faisait des excuses ? Et puis zut ! Je me refusais à me comporter comme la plupart de ces gosses de riches sans aucun respect pour autrui. Avec un léger raclement de gorge, je tentai d'attirer l'attention de la demoiselle, sans succès. Un toussotement ? Ceci eut l'effet escompté.

« Que puis-je pour vous madame ? m'accueillit la rouquine, à laquelle je tendis la main afin de me présenter.

- Haruno Sakura, nous nous sommes eues au téléphone l'autre fois. Je vous prie de me pardonner pour mon attitude, je n'aurais pas dû m'en prendre à vous alors que vous ne faisiez que votre travail ». Elle regarda ma main pendant encore quelques secondes avant de s'en saisir timidement.

« Euh oui ! Mademoiselle Haruno, je me souviens de vous. Même si effectivement, vous n'avez pas été très tendre, j'ai affaire à pire que vous, ne vous en faites pas » elle avait l'air sympathique, « Karin Houzuki, je travaille uniquement pour Monsieur Uchiha en tant que secrétaire de gestion ». Que pour lui hein ? Y avait-il anguille sous roche ? « Il faut dire que c'est une personne difficile à satisfaire, jusqu'à présent je pensais que seul le travail comptait pour lui mais il semblerait que je me sois trompée... Pour ne rien vous cacher, lorsque vous vous êtes présentée comme sa fiancée, je vous ai prise pour une... une...

- Allez-y, je ne le prendrai pas mal.

- Une harceleuse... Ce ne serait pas la première fois. Enfin bref, vous êtes là pour le voir ?

- En effet, est-il disponible ?

- Malheureusement pour vous, il est actuellement en réunion avec un potentiel investisseur et il ne souhaite être dérangé sous aucun prétexte.

- Contentez-vous de me dire dans quelle salle il se trouve et je ferai le reste.

- C'est impossible si vous faites ça...

- Il ne me fera rien, je puis vous l'assurer ».


Cette femme était complètement inconsciente ! Mon chef détestait lorsque l'on contrevenait à ses ordres, au risque de ne plus pouvoir remettre les pieds dans le bâtiment. Même si je n'y serais pour rien car ce ne serait pas moi qui le dérangerais, il me tiendrait pour responsable, j'en étais certaine. Pourtant quelque chose au fond de moi me soufflait que cette prétendue fiancée – car je n'étais pas dupe, le mail que Sasuke m'avait demandé de taper, laissait sous-entendre qu'une sorte d'arrangement les liait – allait bouleverser bien des choses dans le quotidien du grand patron. Un peu de changement et d'animation lui feraient le plus grand bien, si vous voulez mon avis.

Je travaillais pour lui depuis ses débuts dans la boîte, et je l'avais beaucoup observé. C'est un très bel homme et si je n'avais pas été déjà mariée, il ne m'aurait pas déplu de flirter avec lui, cependant en apprenant à le connaître, certains aspects de sa personnalité avaient de quoi rebuter la plus acharnée des groupies. Mais celle que j'avais en face de moi, n'en faisait pas partie, qui qu'elle soit, elle devait être spéciale et il me tardait de voir comment les choses allaient bien pouvoir évoluer.

Mes pensées me ramenèrent à l'alternative qui se présentait à moi : soit je renvoyais la jeune femme d'où elle venait et je gardais mon poste, soit je lui apportais l'information qu'elle recherchait et je n'aurais plus que mes yeux pour pleurer.

« Je ne peux vous aider, ce serait considéré comme une faute professionnelle, lui expliquai-je finalement, cependant je ne peux pas vous empêcher de jeter un œil à mon écran d'ordinateur lorsque je serai dans l'obligation de m'absenter ».

Je laissai volontairement échapper un soupir de lassitude et repris : « Oh ! Sasuke m'avait demandé expressément de faire des photocopies du dossier de financement, je vais bien en avoir pour une vingtaine de minutes ». Je fis apparaître sur l'écran l'agenda de mon employeur et prit le dossier en question. Passant devant Sakura, je ne pus m'abstenir de lui glisser :

« j'espère que je peux vous faire confiance.

- Comptez sur moi, je n'oublierai pas ce que vous venez de faire ».


Je n'avais pas beaucoup dormi cette nuit, à peine quatre heures en mettant bout à bout mes instants de somnolence. Bien que je n'en laissais rien voir, j'étais depuis toujours un perfectionniste stressé – d'aucuns diraient que ces deux adjectifs vont de pair – c'était pourquoi je gérai la plupart de mes affaires seul, répugnant à confier certaines tâches même les plus insignifiantes. J'avais cependant appris à mes dépens qu'il était important de déléguer afin de montrer à ses employés qu'on leur accordait notre confiance. Honnêtement, il n'était pour moi, pas question de cela, c'était juste qu'il me semblait absurde de me décharger d'un travail dont j'étais le plus à même de m'occuper.

C'était uniquement quand Shikamaru Nara me fit comprendre que ce n'était pas une façon rentable de procéder, chiffres et tableaux à l'appui, que je me rendis à l'évidence. De ce fait, je prenais sur moi et laissais à ma secrétaire le soin de répartir entre chacun de mes collaborateurs les différentes missions à remplir selon leurs postes et leurs compétences spécifiques. Il m'en avait fallu du temps, presque deux ans, avant d'accepter que Karin organisât seule mon emploi du temps afin de l'optimiser au maximum, de la laisser appeler des clients importants... de lui laisser l'opportunité de faire son travail en fait. Je ne lui avouerai au grand jamais, mais elle me facilitait vraiment mon quotidien, j'avais trouvé une perle alors je ne m'en déferai pas très facilement. De plus, sans en avoir l'air, elle devait être la personne la plus au fait des activités de l'entreprise, des plus banales au plus confidentielles, après ma personne bien évidemment, et depuis hier, elle s'était mise au service de mes intérêts personnels sans s'en douter le moins du monde, je l'espérais en tout cas.

Me voilà donc depuis bientôt une heure et demie dans mon bureau avec Monsieur Tanaka, réprimant le mieux possible un bâillement. Je ne devais pas faire capoter cette négociation. Sous des allures débonnaires, l'homme en face de moi était un des plus grands prédateurs du milieu bancaire, il n'y avait encore pas si longtemps.

Désormais à la retraite, il continuait cependant à financer des startup avec un gros potentiel, ou des entreprises comme la mienne, bien installées mais dont la marge de progression était gigantesque. Je lui avais déjà touché deux mots la semaine dernière sur mon projet mais à cause de cette bécasse de Sakura, je l'avais abandonné sans explications au milieu de notre conversation pour la sauver des griffes de mon frère. Je n'avais pu m'empêcher de la maudire depuis, craignant que ce comportement n'ait eu de néfastes conséquences pour l'avenir de cette collaboration. Toutefois, cet épisode n'avait pas l'air de l'avoir affecté, l'échange étant animé, respectueux et prolifique. Tout cela semblait se dérouler à comme c'était parti, il me fallait un café bien tassé si je voulais pouvoir encore tenir jusqu'à la fin de la matinée. Prenant le téléphone, j'en proposai en même temps à mon client. J'entendis au cliquetis du téléphone que ma secrétaire décrochait enfin :

« Karin, j'aimerais que vous nous apportiez deux expresso, fort de préférence ».

J'avais insisté sur le qualificatif car ma secrétaire ne dosait jamais suffisamment le précieux liquide à mon goût. Plus que quelques minutes à tenir avant de pouvoir me restaurer, depuis belle lurette la caféine était devenue ma drogue et une de mes rares sources de plaisir, j'avais d'ailleurs contribué en partie à l'initiative du label Commerce équitable en fournissant du matériel informatique et m'assurais que les bénéfices reviennent bien aux exploitants.

L'abaissement de la poignée de la porte indiqua qu'une personne essayait d'entrer dans la pièce, mais cela ne ressemblait pas à Karin qui en aurait au préalable demandé l'autorisation, même si elle se savait attendue. Elle semblait avoir des difficultés à ouvrir et à s'occuper en même temps des tasses, dans un élan de charité, je me levai pour lui prêter main forte.

« Venez, posez le plateau sur le bur- ».

Cela devait être une hallucination, le manque de sommeil me jouait des tours, pourtant, la jeune femme devant moi qui tenait vaille que vaille le plateau, ressemblait à s'y méprendre à ma... factice fiancée. Un frisson d'effroi me parcourut l'échine, que faisait-elle là ? Depuis que je l'avais embauchée, mon esprit n'était jamais entièrement serein, craignant son impétuosité et son manque de clairvoyance. Et voilà qu'un de mes cauchemars devenait encore une fois réalité était-ce son but ? Était-elle ma punition divine ? À cause d'elle, j'avais cru voir s'écrouler tous mes espoirs mais j'avais réussi à obtenir un semblant d'accord, et la voilà qui débarquait au pire moment. Oh non, je ne la laisserai pas me mettre une nouvelle fois des bâtons dans les roues.

« Oh mais, c'est la jeune femme de la dernière fois ! » s'exclama monsieur Tanaka. Mince ! J'allais devoir les présenter mais peut-être saurait-elle se tenir, je n'avais de toute façon pas beaucoup d'options.

« Monsieur Tanaka, je vous présente Mademoiselle Haruno, ma fiancée » dis-je en lui prenant la taille de sorte à lui faire comprendre par une légère pression qu'elle ne devait commettre aucun impair. Je me sermonnai d'éprouver un réel plaisir à ce contact.

« Enchantée monsieur Tanaka, Sasuke m'a parlé de vous, avec beaucoup d'admiration ». Elle souriait avec tellement de chaleur que même moi je faillis y croire.

« Nous n'avons pas eu l'occasion d'être présentés la dernière fois mademoiselle Haruno, c'est une erreur que je suis heureux de voir réparée.

- Je vous prie de m'en excuser, j'ai accaparé toute l'attention de mon fiancé ce soir-là. Je sais qu'il s'en est énormément voulu, vous abandonner comme ça, quelle bévue ».

Qu'est-ce qu'elle faisait ? Elle s'excusait ou elle me tournait en ridicule ? L'observant du coin de l'oeil, un sourire triomphant apparut sur son visage j'optai pour la seconde interprétation.

« Que viens-tu faire ici chérie, tu ne devrais pas être en cours ? lui lançai-je abruptement, lui signifiant de s'éclipser rapidement.

- Oh mon cœur ne dis pas ça de cette façon, on pourrait croire que tu as un penchant pour les gami-

- Ça me fait très plaisir que tu te sois déplacée jusqu'ici mais j'ai encore du travail et monsieur Tanaka est un homme très occupé alors si on pouvait en reparler plus tard, veux-tu ? » la coupai-je lui prenant le plateau des mains.

La garce ! Me faire passer pour un détraqué sexuel était ce qu'elle avait trouvé de mieux ? Je n'avais qu'une envie : l'étriper et avoir deux mots avec Naruto pour m'avoir recommandé cette dégénérée. Alors que nous nous défions du regard, nous fûmes interrompus par un rire tonitruant.

« Il semblerait que votre aimée se sente vexée par votre manière de la renvoyer ! Vous avez un sacré sens de l'humour mademoiselle Haruno.

- Et pas la langue dans sa poche » persiflai-je, et elle... me tira la langue. De nouveau, cela le fit rire.

« Je ne vous pensais pas si à cheval sur les convenances monsieur Uchiha. Vous devriez prendre soin de votre charmante compagne, croyez-moi, une femme de cet acabit est rare, surtout dans notre milieu. Elle sera votre plus grande force, vous verrez.

- Parfois j'en doute, pour être franc, commentai-je avec un sourire forcé.

- Si je me souviens bien, c'est toi qui a dit avoir absolument besoin de moi à tes côtés, ça ne sert à rien de faire le fier devant monsieur Tanaka, surtout si vous allez travailler ensemble.

- Cela me semble bien compromis grâce à toi, lui répondis-je les dents serrées de contrariété.

- Alors il ferait vraiment une grosse erreur, si vous me le permettez monsieur Tanaka », que... dans quel camp était-elle à la fin encore une fois, je restai bouche bée.

« Sasuke a tout pour réussir : l'intelligence, la prestance, l'opiniâtreté, le sens de la démagogie, la froideur... oups je voulais dire le sang-froid ». Je vais lui tordre le cou sur-le-champ !

« Vous avez raison mademoiselle Ha-

- Sakura, je vous en prie. J'ai du mal avec tout ce protocole, il faut vraiment que j'aime cet homme sans-coeur pour m'accommoder de tout ceci.

- Très bien Sakura, alors appelez-moi Ichinose.

- Ichinose ! Ce n'est plus un prénom très courant, mais il vous sied à merveille !

- Merci, Sakura, le vôtre aussi. Vous êtes aussi revigorante que le printemps par votre conversation et plus belle qu'une jeune pousse. Je me réjouis de vous avoir rencontrée.

- Moi de même !

- Sasuke ?

- Oui, monsieur Tanaka ? » ne m'attendant plus à ce qu'il m'adresse la parole, ma voix sortit difficilement.

« Tu as un air d'abruti comme ça chéri, chuchota Sakura au bord de la jouissance.

- Faites envoyer le contrat de partenariat à mes avocats, si tout y est conforme, nous pourrons célébrer cette nouvelle alliance d'ici quelques semaines.

- Je... oui... Merci de votre confiance ». Voilà que je passais pour un parfait idiot à bafouiller de cette façon.

« Remerciez plutôt cette jeune dame. Grâce à elle, j'ai pu voir une autre de vos facettes, plus authentique, plus humaine. Je peux vous le dire maintenant, j'avais craint d'avoir affaire à un être sans valeurs, que seul le profit motivait. J'espère que vous me pardonnerez un jour d'avoir pensé cela de vous.

- Ce n'est rien, je vous donnais toutes les raisons de le croire.

- Vous aurez plus à perdre qu'à gagner dans cette course au pouvoir, entourez-vous bien.

- Merci pour vos précieux conseils et votre soutien. Cette entreprise ne vous décevra pas.

- Je l'espère bien. À très bientôt ! J'espère que vous serez parmi nous Sakura lors de la signature officielle.

- Je n'y manquerai pas ».

Tout s'était déroulé si vite, j'étais passé de la colère la plus sourde à la satisfaction la plus totale. Ce qui me troublait ce que je devais cet état de fait à Sakura. Elle s'attendait sûrement à ce que je la remercie... Je pris la tasse de café et la bus avant qu'il ne se soit trop refroidi. Il était... parfait, un délice... Je ne le lui dirai jamais. Décidément, quelle galère !


Je la tenais ma revanche ! Le visage ahuri de Sasuke quand il m'a ouvert la porte, son désarroi et son malaise lorsque je conversais avec Ichinose Tanaka, m'amusant à effriter son image de terreur, de businessman intransigeant. C'était encore mieux que ce que j'avais imaginé dans mes rêves sadiques les plus fous. Se faisant, un sentiment de culpabilité s'était frayé un chemin dans mon cœur et je ne pus ternir plus que de raison sa notoriété je ne pouvais me résoudre à mettre en péril une entreprise et tous ses employés comme me l'avait rappelé Naruto. Les enjeux de cette rencontre m'ayant été expliqués par le patron lui-même, je me devais de changer mon fusil d'épaule. Il ne me fallut pas longtemps pour établir une nouvelle stratégie et finalement cet objectif s'avérait encore plus délectable.

Si mon métier m'avait appris quelque chose, c'était de déceler la nature profonde des désirs de mes clients, souvent isolés de leur famille et recherchant un peu de compagnie sans crainte d'être jugés de part leur physique, leur métier ou leur passé. Je ne pouvais pas dire que l'argent ne rentrait pas en compte car ce serait mentir, pour ces dirigeants de boîtes le département des cœurs esseulés était très lucratif. Moi-même, je m'étais lancée là-dedans pour subvenir à mes besoins, tout en continuant mes études.

On m'avait abordée dans la rue et incitée à venir dans leur club. Par pure curiosité, je m'y étais aventurée, d'abord amusée par le spectacle de ces pauvres hères abîmés par la vie payant pour un réconfort et des paroles hypocrites, j'en fus très vite dégoutée. Je jugeais les organisateurs abominables de profiter ainsi du malheur d'autrui. J'avais exigé d'être amenée face au responsable du lieu pour lui asséner ses quatre vérités j'en étais sortie déboussolée.

Quelques mois plus tard, harcelée par le propriétaire à qui je devais plusieurs loyers de retard, j'étais retournée dans la boîte et avais demandé un poste. C'est ainsi que je suis devenue escort-girl. Réticente au début, j'en étais venue à aimer ce travail. Je ne redoutais plus les regards lubriques, les mains parfois baladeuses, les accès de colère quand je leur refusais mes faveurs, je savais qu'ils ne venaient pas pour ce genre de prestations, sinon ils iraient voir des prostituées ils étaient juste maladroits et ne savaient comment obtenir ce qui leur faisait tant défaut. Ces hommes, et ces femmes car il y en avait, ne quémandaient rien de plus que de la chaleur humaine, une oreille attentive, un confident. Si vous saviez tout ce que j'avais pu entendre, la vie n'était que souffrance pour certains, et je me plaisais à croire que je leur apportais pour quelques heures un peu d'espoir, et de clarté dans leur nuit sans fin.

J'avais mes « clients » réguliers, je connaissais toute leur vie et quelques uns étaient presque des amis... sauf qu'ils ignoraient tout de la mienne. Dès le départ les dés étaient pipés, au final malgré mes bonnes intentions, tout n'était que subterfuge.

C'était sûrement avec cette idée en tête que j'allais évoluer facilement dans le monde de Sasuke. Que l'on soit riche ou pauvre, personne n'était à l'abri de la solitude, de la peine et de l'angoisse du futur. Ce monde était le mien désormais, j'espérais juste en devenant médecin, pouvoir accomplir quelque chose, et aider ces pauvres gens de façon concrète.

En attendant, les mots que Jiraya avait prononcés le soir de ma première entrée dans ce monde m'aidaient à tenir le coup, et à ne pas envoyer valser tout ce cinéma :

« Tu débarques ici, toi, à peine sortie de ta coquille dans l'intention de me faire la morale ? Tu as certainement un grand cœur mais tu as de la merde dans les yeux. Balade-toi dans ma boîte, discute avec ceux qui y travaillent, ceux qui y viennent. Il n'y a rien de répréhensible à ce que nous faisons. Tu trouves que ceux qui sont payés pour faire du travail social sont des salauds ? Je pense d'ailleurs qu'ils nous doivent une fière chandelle ! Beaucoup des malheureux que tu vois ici ont atteint le fond du gouffre, notre travail consiste aussi à les orienter vers les bonnes personnes, si nous perdons des clients, cela ne signifiera que deux choses pour nous. La première est qu'ils ont réussi à s'en sortir, la seconde... qu'ils ont sombrés et ont mis un point final à leur histoire. Nous n'avons pas besoin de tes jolis discours, ici on agit. Mais il faut bien gagner sa croûte pour vivre, il n'y a rien de dégradant ou de dérangeant à le faire de cette façon, au moins nous nous rendons utiles. On n'a pas trouvé de vaccin à la bêtise humaine et à son lot de souffrance, alors on ne craint pas le chômage. Reviens me voir, quand tu auras compris ceci. Cela voudra aussi dire que tu es moins naïve que je ne le croyais ».

Oui je me sentais utile, et pourtant, cela ne me suffisait pas, la réponse à mes aspirations était ailleurs. J'espérais être en mesure de la trouver un jour.

Je me suis un peu égarée, c'était cependant important pour moi de vous en faire part. Toute l'expérience que j'avais accumulée jusqu'ici me servait au quotidien dans mes rapports à autrui et ce jour-là n'échappa pas à la règle. Je n'eus besoin que de quelques secondes pour cerner plus au moins le caractère du client de Sasuke et je mis mes compétences à son service, afin d'obtenir ce dont il avait le plus besoin en ce moment. Qu'allai-je y gagner ? Sa reconnaissance éternelle. Il aura une dette envers moi, même s'il ne me remerciera jamais directement, cela le forcerait à me respecter et à réviser son jugement concernant ma personne. Oh oui la situation était...jouissive.

La fin de l'entretien approchait puisque Ichinose, c'était ainsi qu'il voulait que je le nomme à présent, avait plus ou moins accepté d'investir dans la Uchiha Corporation. Mais avant de quitter définitivement la pièce, il s'approcha de moi, posa affectueusement une main sur mon épaule et me dit à l'oreille :

« Prenez soin de lui. Vous savez, nous les hommes, sommes des êtres bien fragiles. Nous ne craignons pas de nous battre, de piétiner nos concurrents et nous avons toutes les peines du monde à accepter de devoir notre réussite à autrui. Notre fierté nous aveugle, et nous perdons de vue le plus essentiel.

- Qui est ?

- L 'amour, ma chère. Derrière chaque grand homme, se tient une femme. Il a besoin de vous ».

Devant tant de sollicitude, je ne pus que sourire maladroitement, après tout notre relation n'était qu'une mascarade, et duper d'honnêtes gens me mettait mal à l'aise. Et puis je me mis à la place de celle qui tiendrait véritablement cette place... C'était tout bonnement impossible. Supporter ce type plus de vingt-quatre heures d'affilée me semblait relever du miracle, il faudrait être un ange. Et je ne l'étais plus depuis longtemps.


PS: Alors? Ça vous a plu? Bof, moyen, super? À bientôt.