CHAPITRE 9 : Confidence pour confidence
Tanaka quitta le bureau sur ces paroles bienveillantes quoique adressées à la mauvaise personne. Nous nous retrouvâmes alors, Sasuke et moi, en tête à tête. Lentement je me retournai vers lui, et je fus satisfaite de constater qu'il ne pouvait soutenir mon regard.
« Vous êtes fière de vous, n'est-ce pas ?
- Moui, plutôt, lui répondis-je, souriant de toutes mes dents, je vous ai rendu service, vous pourriez avoir un mot gentil.
- Je m'en sortais très bien sans vous, le résultat aurait été le même.
- Je ne crois pas, non. Vous l'avez entendu comme moi, il ne vous faisait pas totalement confiance, grâce à moi, il vous mange à présent dans la main.
- Nous verrons ça ».
J'étais persuadée que rien ne pourrait assombrir mon humeur, et Sasuke dut le comprendre car il me prévint :
« C'est ça, jubilez tant que vous pouvez, car ce week-end sera une autre paire de manches. ».
Je redescendis soudainement sur terre. Il y a deux jours, j'avais reçu un mail qui avait d'ailleurs failli passer à la trappe, c'était le nom du domaine qui avait retenu mon geste. Je me suis souvenue à temps, que mon « patron » m'avait informée de cet envoi celui-ci contenait des instructions précises sur notre prochaine apparition publique.
Les choses sérieuses commençaient. Ce qui nous attendait était d'un tout autre niveau qu'un gala de charité j'avais espéré d'ailleurs échapper à une telle confrontation, mais avec ma chance légendaire...
Deux jours et deux nuits en pension complète dans une demeure pleine de charme, en bord de mer, tous frais payés ! Cela vous semble alléchant ?
Bienvenue à la pension Uchiha ! Vous serez logés dans notre plus belle chambre, promiscuité garantie, intimité inexistante. Un week-end complet chez ma belle-famille, chouette ! Un véritable cauchemar ! Et puis d'abord, qui a eu cette charmante idée ?
« Comme vous vous en doutez, cette proposition ne vient pas de moi, c'est bien trop tôt, certifia-t-il en secouant légèrement la tête.
- Alors qui ? Je veux dire vos parents sont au courant pour... nous ? demandai-je timidement, tout ça devenait bien trop réel à mon goût.
- Oh ils le sont ! déclara-t-il en riant jaune, mais ce n'est pas moi qui le leur ai dit, je comptais bien attendre encore quelques semaines.
- J'ai peur de comprendre...
- Itachi s'est vanté d'avoir vu son petit frère en charmante compagnie, qui plus est une fiancée ! Alors vous vous doutez bien, qu'il n'a pu s'empêcher d'annoncer la bonne nouvelle. Mes parents trop heureux, et en même temps déçus ne pas avoir eu la primeur de cette rencontre, souhaitent ardemment rectifier le tir ». Oh le salaud ! Le stress aidant, je lui coupai la parole :
« Alors ils se sont dit, « tiens si on leur proposait de venir chez nous quelques jours ».
- Je sens comme une pointe de sarcasme.
- Faites quelque chose bon sang ! m'emportai-je agacée par son calme apparent, j'avais envie de le secouer comme un prunier, dites-leur qu'on... part à l'étranger ou alors que vous êtes débordé ! On ne peut pas les voir maintenant, c'est impossible, ils vont nous-
- Démasquer ? Mais c'est justement ce que mon adorable frangin espère.
- C'est lui qui a suggéré cette invitation ?
- Je vous l'ai dit, c'est tout sauf un idiot. J'ai suggéré à mes parents de déplacer cette réunion familiale, mais c'est la seule date qui convenait à la majorité.
- Majorité ? Pourquoi il y aura qui d'autre ? ». La panique me gagnait peu à peu.
« Vous n'avez pas besoin de le savoir pour l'instant. L'important c'est déjà de convaincre mes parents.
- Et Itachi ! Car je suppose qu'il aura une grande influence sur l'avis parental.
- En effet ».
J'attendais qu'il me rassurât mais les traits crispés de son visage ne m'apportèrent que plus de crainte.
« On est fichus... On est morts ! Sasuke, on est morts !
- Calmez-vous ! il soupira, on peut y arriver …, il hésita alors je le pressai de poursuivre, j'étais prête à tout entendre.
- Mais... ?
- Seulement si chacun de nous met un peu d'eau dans son vin.
- Vous avez des actions chez Evian ? Non, parce qu'il va nous en falloir des litres ! m'affolai-je et je le vis réprimer un sourire.
- Est-ce que vous êtes toujours aussi... exubérante ?
- Il faut vous y habituer ». Il se dérida de nouveau, et je repris la parole :
« Bon plus sérieusement, j'accepte de faire des concessions si...vous me montrez un peu de respect, et si vous me faites confiance.
- Si vous vous appliquez à la tâche, je n'y vois aucun inconvénient.
- Dans ce cas j'accepte d'enterrer la hache de guerre, je levai la main droite solennellement, je promets de ne plus tenter aucun coup foireux et de me démener pour notre objectif.
- Je vous promets de vous accorder plus de crédit et de faire confiance à votre jugement.
- Mais encore ? ».
Il fronça les sourcils, se demandant sûrement ce que je voulais de plus, mais il ne lui fallut pas longtemps pour deviner ma pensée.
« Très bien... Je ne prendrai plus aucune décision vous concernant, sans vous en avoir fait part au préalable, ça vous va comme ça ?
- Pas mal ! ». Après réflexion, certaines choses étaient encore à régler. « Si vous voulez qu'on soit crédible, il va falloir que vous me racontiez un maximum de choses sur vous, votre enfance, des faits marquants que vous n'auriez confiés qu'à votre fiancée.
- Pareil pour vous !
- Oh mais il n'y a personne à convaincre de mon côté, ce n'est pas du tout la même chose.
- Non, mais c'est ma condition, il plissa les yeux, juste au cas où...
- Je croyais que vous alliez me faire confiance.
- De cette façon, je pourrais le faire.
- Vous avez un vrai problème de ce côté-là. Passons, ça me semble honnête ». Nous nous sourîmes et mon cœur fit un bond, qu'il était beau quand il était détendu.
« Vous devriez faire ça plus souvent.
- Faire quoi ? demanda-t-il, amusé.
- l'auriez peut-être déjà trouvé, la femme de votre vie.
- J'en doute », il s'était de nouveau rembruni.
Cette jeune femme avait décidément l'art et la manière de me faire vivre des états émotionnels complètement contradictoires en un quart de seconde. Certes, on ne devait pas s'ennuyer avec elle, mais on risquait la crise cardiaque à quarante ans. Je chassai cette absurde pensée pour me concentrer sur notre problème actuel.
Je n'en pouvais plus des manigances de mon frère et de mon père, voilà que je devais présenter ma prétendue fiancée, non seulement à mes parents, mais aussi à d'autres membres de ma famille. Nous devrons être irréprochables, et transpirer l'amour le plus possible.
Pour être tout à fait franc, il ne me serait pas difficile de feindre une attirance physique pour la demoiselle, puisque justement, elle était bel et bien réelle. Depuis le fameux baiser, je combattais farouchement le désir d'effleurer ses lèvres si douces, qui me taraudait dès que j'étais en sa présence. Je me focalisais alors sur son comportement et ses manières qui m'irritaient au plus au point, pour passer outre cette obsession. Je devrai jouer au plus fin pour ne pas laisser mon cœur flancher pendant toute la durée de cette grande farce. J'avais quelques scrupules lorsque je pensais à ma mère, mais aux grands maux les grands remèdes, on m'avait poussé à une telle extrémité.
De même, l'idée de dévoiler mes expériences les plus intimes à cette gamine ne m'enchantait guère, mais il fallait en passer par là malheureusement. Ma première résolution serait de me montrer un peu plus aimable, moins... directif.
« Pouvez-vous venir ce soir chez moi ? Elle me regarda les yeux ronds.
- Vous... qu'avez-vous fait de mon tyrannique patron ?
- Oh c'est bon ! La situation est déjà assez perturbante pour qu'en plus je ne facilite pas notre relation. Et puis je ne fais que remplir ma part du marché.
- Très bien, alors... Tutoyons-nous ! annonça-t-elle gaiement, il ne faudrait pas que notre excès de politesse nous trahisse durant le week-end ».
Elle n'avait pas tort, quand on prend l'habitude de vouvoyer une personne il était ensuite difficile de faire marche arrière, et nous serons surveillés constamment.
« C'est une très bonne suggestion ! Alors... Peux-tu... venir ce soir ? ».
Mon rythme cardiaque s'était un rien accéléré pour la première fois, je réalisai à quel point ce simple changement pouvait rapprocher deux êtres.
« Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve qu'il fait chaud tout à coup ! s'exclama ma complice, en ouvrant un bouton de sa chemise et en s'éventant avec sa main.
- Oui je trouve aussi » approuvai-je en desserrant ma cravate et en augmentant légèrement la climatisation. Puis quelque chose s'alluma dans ma tête, me réchauffant davantage si c'était encore possible : je lui plaisais ! Elle aussi avait été troublée par cette soudaine intimité, désormais je savais que nous pouvions réussir, mais cela pourrait s'avérer dangereux, si on se laissait prendre au jeu.
« À quelle heure tu... veux que j'arrive ? Satané cœur, ne me lâche pas maintenant !
- Vingt-et-une heures ? J'ai encore pas mal de boulot et je dois m'avancer pour me permettre de ne rien faire pendant deux jours entiers.
- C'est pas drôle d'être le boss, hein ?
- On n'arrive pas là par hasard, tu sais.
- Je sais... et je t'admire pour ça. ». Okay, je crois qu'il est temps que je parte avant que je ne déblatère d'autres âneries, « bon, à ce soir alors ! ».
Et je m'esquivai rapidement, une main sur la poitrine, cherchant à tout prix à retrouver une respiration normale. Cet homme était Lucifer incarné, comment avais-je fait pour ne pas m'en rendre compte avant.
Il était...droit, sérieux, un rien misogyne, autoritaire, bougon mais capable d'humour, intelligent et canon – quoi c'était vrai ! On nous a dotés d'yeux, autant s'en servir.
Ses iris étaient comparables à un puits d'encre noire, au-dessus duquel on voulait se pencher pour en estimer la profondeur, mais impossible, ils ne reflétaient que ce que leur propriétaire voulait bien nous montrer. Ils envoûtaient quiconque avait le malheur de les observer plus longuement que nécessaire, et c'était mon cas.
Amoureuse ? Non, bien sûr ! D'ailleurs, je ne l'avais jamais été. J'avais eu une histoire sérieuse au lycée, mais en grandissant Lee et moi devînmes trop différents et ce que je croyais être de l'amour était en fait une profonde affection. Nos chemins s'étaient séparés assez naturellement, et bien qu'il fusse à l'heure actuelle au fin fond du Tibet, nous restions bons amis, nous écrivant et nous téléphonant assez souvent. Je me souvins qu'il passerait quelques jours dans le coin le mois prochain, et j'avais hâte de le revoir.
En tout cas, entre Sasuke et moi, une certaine tension sexuelle se sentait, ainsi qu'un respect grandissant mais c'était tout, et cela devait rester en l'état. La situation était assez compliquée sans y mêler en plus nos sentiments personnels. Une fois que j'aurai rempli mon contrat, je ne le verrai certainement plus jamais alors, cessons cette introspection.
Une voix me parvenait de très loin, se faisant de plus en plus pressante :
« Mademoiselle Haruno ? Vous allez bien ? Une main me secoua légèrement.
- Oui... Je vais bien... Madame Houzuki ?
- Cela fait bien deux minutes que j'essaie de vous parler mais vous étiez dans la lune ». Oh non ! Mon esprit était resté avec Sasuke, derrière la porte sur laquelle j'étais toujours adossée, pensai-je adressant un sourire contrit à la secrétaire.
« Je ressassais de vieux souvenirs, vous vouliez me dire quelque chose en particulier ?
- Je voulais juste m'assurer que vous étiez sortie indemne du bureau de Monsieur Uchiha.
- Comme vous le voyez, je suis en un seul morceau, et votre poste est sauf !
- Merci, dit-elle en inclinant légèrement la tête, je vous aurai bien proposé de vous joindre à moi pour le déjeuner mais mon mari m'attend.
- Ne vous en faites pas ! De toute façon, je vais aller rendre visite à un ami dans les locaux avant de rentrer. Ah mais peut-être pouvez-vous m'indiquer où se trouve le service compta ? ».
C'est ce qu'elle fît diligemment et je suivis à la lettre ses directives de peur de me perdre dans ces multiples étages et ces immenses couloirs. Je pourrais proposer à Sasuke d'organiser un cache-cache géant comme activité de cohésion ? Hum, il trouverait ça puéril.
Et bien voilà j'y étais ! Gravé sur une plaque de cuivre, je pouvais lire « UZUMAKI Naruto directeur adjoint du service comptable », la classe ! Impatiente je toquai, bien qu'aucun son ne traversa la porte en métal, je réitérai donc mon geste. Un employé passant m'informa que « le chef » n'était pas dans son bureau mais était aux ressources humaines pour discuter de leur budget.
Je crois que j'aurais pu le deviner, mais il m'avait épargné plusieurs minutes de cogitation. Le remerciant, je quittai l'étage, mais à peine arrivée sur le lieu désigné par mon bon samaritain, je me tapis dans l'ombre afin de ne manquer aucune miette de la scène se jouant devant moi.
« Allez je t'en supplie Hinata, fais-toi porter pâle et viens avec moi ce week-end.
- Non c'est impossible ! Personne ne peut se soustraire à une réunion de cette envergure. Je t'appellerai c'est promis.
- Mais j'ai des places gratuites valables que ces jours-ci !
- Je suis désolée Naruto, tu n'as qu'à inviter un des tes amis, moi je ne peux pas. Et ne fais pas ces yeux-là, ça ne dépend pas de moi.
- Faut-il que j'aille voir Sasuke ?
- Ça ne sert à rien, lui non plus ne pourra pas y échapper ».
Une réunion ? Ce week-end ? Et bien il semblerait qu'il ait trouvé un moyen de le faire ma jolie, car il sera sur la Côte d'Azur avec moi, et sa famille. Cela faisait partie des avantages d'être le grand patron. Il comptait sûrement se faire remplacer.
« Sakura ? Qu'est-ce que tu fais là ? me questionna Naruto stupéfait. Étant repérée, je sortis de ma pseudo-cachette et m'approchai des tourtereaux.
- Je venais te faire un petit coucou, comme tu n'étais pas dans ton bureau, on m'a conseillée de faire un tour à cet étage, expliquai-je et je le vis rougir.
- Euh oui ! Il se racla la gorge et passa une main dans ses cheveux, Sakura, voici Hinata ma copine. Hinata c'est Sakura, ma meilleure amie.
- Celle qui t'a aidé à préparer notre première sortie ! Enchantée ! La prochaine fois venez plutôt me voir pour l'organisation, me conseilla-t-elle en prenant la main que je lui tendais. Naruto ne m'avait rien raconté de ce rendez-vous, alors fronçant les sourcils je me tournai vers lui.
- Tout s'est bien passé, ne t'inquiète pas, c'est juste... je te raconterai une prochaine fois.
- J'y compte bien ! le prévins-je, puis je me mis à observer plus en détails celle qui avait ravi le cœur de mon cher Naruto, alors vous êtes réelle ?
- Que... ? Euh oui, elle rougit à son tour, il formait un joli couple de tomates.
- Naruto a fait de telles éloges que j'étais persuadée qu'il affabulait, mais non ! je fis un clin d'oeil à mon meilleur ami, puis accrochai mon bras à celui de la brunette, je te l'emprunte !
- Hey mais, c'est pour moi que tu es venue ?
- J'ai trouvé plus intéressant.
- Maiiiis ! Hinata, on devait manger ensemble ?
- Je... elle a trop de force ! On prendra le café tout à l'heure, dans mon bureau ! ».
Je ne savais pas exactement ce qui m'avait pris mais la curiosité l'avait emporté sur mes intentions premières, cette fille m'intriguait et je voulais apprendre à mieux la connaître. En un repas, ce serait difficile, mais la vie me réservait une bien belle surprise.
Le soir venu, fébrile je me tenais devant l'entrée d'une usine désaffectée, après avoir vérifié une bonne centaine de fois l'adresse que m'avait donnée Karin, j'étais au bon endroit mais, comment dire, croyant connaître le type d'homme qu'était Sasuke, je l'avais plus imaginé vivre dans un manoir familial plutôt que...ça !
Je cherchais désespérément une quelconque cloche qui ferait office de sonnette mais à ma plus grande stupeur, en contournant de quelques mètres la bâtisse, j'aperçus un interphone très sophistiqué avec caméra intégrée, voilà qui seyait davantage au personnage. Courageusement, j'appuyai sur l'unique bouton d'appel et j'attendis que l'occupant réponde. Au bout de quelques minutes, j'étais toujours dehors à me demander sérieusement si Karin ne s'était pas moqué de moi.
Une dernière tentative et je retournerai chez moi, mais je n'eus pas à patienter encore longtemps, une élégante jeune femme vint m'ouvrir : grande, blonde, des jambes interminables et... était-ce vraiment utile de continuer ? Elle était absolument sublime.
Ne voulant pas paraître ébranlée par cette apparition plus que malvenue, je parvins à sourire, ignorant le couteau qu'un marionnettiste expert s'amusait à tourner et à retourner pas loin de mon estomac.
« Bonsoir... Sasuke m'a demandé de passer ce soir mais si je dérange je peux très bien re-
- Elle partait ! retentit la voix grave du propriétaire, entre Sakura, attends-moi dans le salon, je te rejoins tout de suite ».
D'habitude je ne me serais pas gênée pour espionner leur échange mais je ne me sentais pas très bien depuis que la porte s'était ouverte. Je couvais peut-être quelque chose. J'avançai donc un peu au hasard, prenant le temps de m'imprégner des lieux.
De près, on pouvait distinguer de vieilles briques rouges, typiques des usines du début du vingtième siècle, mais contrairement à l'extérieur celles-ci avaient été nettoyées et reconsolidées. Quelques tableaux ornaient les murs, je reconnaissais des œuvres de peintres impressionnistes et d'autres plus modernes.
Arrivée dans le salon, je mesurai la dimension extravagante de ce magnifique loft, la grande verrière devait amener en pleine journée une profusion de lumière naturelle incomparable. Il y en avait une aussi dans le building de l'entreprise, cet élément devait être important pour Sasuke. L'ameublement était très moderne et certainement griffé par un prestigieux designer, mais le reste de la décoration était plutôt éclectique l'ensemble rappelait les cabinets de curiosités que l'on pouvait visiter dans d'anciennes demeures.
J'enlevai ma veste en cuir mais n'osais m'assoir dans l'un de ces imposants fauteuils, et Sasuke le remarqua :
« Cette timidité ne te va pas ». Je sursautai ne l'ayant pas entendu approcher.
« Oh c'est... tout est tellement beau que j'ai l'impression de gâcher le paysage ». J'eus envie de la rassurer en lui répondant qu'au contraire elle l'embellissait, toutefois les mots ne franchirent pas mes lèvres, cela aurait été déplacé. Elle s'était étonnamment arrangée pour une simple réunion, et je ne pus m'empêcher de la taquiner un peu.
« Tu as prévu quelque chose après ? Un rendez-vous galant ?
- Non pourquoi tu... Oh la robe ? réalisa-t-elle et je hochai la tête en guise de réponse, c'est un cadeau et je voulais l'essayer et puis vous... enfin, tu peux parler avec ton costard hors de prix.
- Ça ? Je n'ai pas eu le temps de me changer.
- Ah oui, c'est vrai » admit-elle en fixant ma cravate.
Puis elle se métamorphosa, la jeune femme raide et réservée qui était entrée chez moi, redevint la Sakura pétulante et limite sans gêne que je connaissais. Tout son corps semblait se détendre instantanément et elle laissa échapper un soupir de... soulagement ?
« Désolée, je... j'ai cru que... enfin bref ! Qui est la créature fantastique qui m'a accueillie ? ». Je m'étais attendu à cette question, et tôt ou tard il aurait fallu que je lui parle d'elle.
Si j'avais demandé à Sakura de venir c'était pour qu'on évoque ensemble des pans de nos histoires, qu'on ne puisse plus nous reprocher de ne pas nous connaître, qu'on prenne au sérieux notre relation, seulement c'était encore trop frais dans ma mémoire pour le faire aisément.
« Je sais que tu ne prêtes aucune attention aux ragots mais, tu sais plus ou moins qu'il y a encore quelques mois, j'étais réellement fiancé et la date du mariage avait même été fixée, débitai-je et ma compagne s'assit en face de moi, m'écoutant attentivement, cependant, un soir en rentrant tardivement du travail, j'ai remarqué que quelque chose n'allait pas, sans pouvoir mettre le doigt dessus. Je voulais juste prendre une douche et me coucher, j'étais crevé, une boule se forma dans ma gorge et je dus déglutir pour réassurer le timbre de ma voix, en approchant de la salle de bain, j'ai entendu du bruit venant de la chambre, des bruits assez caractéristiques. Je crois que je n'ai pas besoin d'aller plus loin, tu as compris.
- C'est elle, ton ex-fiancée ?
- Oui.
- Qu'as-tu fait ensuite ? ».
Était-ce de la curiosité malsaine ? En rencontrant son regard je n'y vis aucune trace d'impatience, juste une certaine douceur et pudeur. Je compris que je pouvais vraiment lui accorder cette confiance qu'elle réclamait tant.
« Que veux-tu que je te dise ? Que je me suis précipité dans la pièce et que j'ai frappé son amant ?
- Ça me paraîtrait normal, et puis tu es du genre à te battre pour ce qui t'est cher non ?
- J'ai fui, avouai-je et elle me regarda interloquée. J'ai repris mes affaires et je suis allé chez mes parents. En partant j'ai tout de même compris pourquoi j'avais eu un mauvais pressentiment. Le blouson qui était posé sur le bar ne m'appartenait pas, mais j'en connaissais le propriétaire », contre mon gré je sentis de nouveau la déception m'envahir. « C'était celui que ma mère avait offert à Itachi ».
Les journaux s'étaient plu à me dépeindre en homme jaloux et dépressif, cruellement abandonné. Je ne les avais pas détournés de cette version qui convenait très bien à l'image du patron de la Uchiha Corporation. C'est vrai que s'ils avaient su la vérité, ils n'auraient pas vendu beaucoup de tirages, et cela n'aurait pas été bénéfique à l'entreprise. En effet, jusqu'à présent, j'étais le seul à connaître la triste vérité : celle d'un lâche qui, fatigué de ces faux-semblants, a préféré s'enfuir et régler les choses à l'amiable. Pour la première fois de ma vie, j'avais pu conter cette histoire jusqu'au bout, telle qu'elle s'était réellement passée.
« C'est un... un beau connard ! s'écria outrée ma confidente, et cela me redonna le sourire. Elle faisait pour moi ce que j'avais été incapable de faire à l'époque. Et en même temps, il vous a empêché de faire une belle connerie ».
Je levai les yeux vers elle et arquai un sourcil lui signifiant que je ne suivais pas son raisonnement. Elle explicita donc sa pensée :
« Si elle a été incapable de résister au charme de ton frère dès le début de votre relation, elle n'a pas fait preuve d'une grande volonté ! Elle aurait cédé tôt au tard à la tentation, pour lui ou pour un autre. Elle n'en valait pas le coup.
- Tu ne crois donc pas au pardon, à l'erreur ?
- Si, j'y crois. Mais te l'a-t-elle seulement demandé ?
- Elle vient de le faire !
- Oh Itachi l'a larguée !
- Intuition féminine ?
- Expérience personnelle ». De nouveau elle m'intrigua.
« C'est à votre tour.
- Pas ce soir, je suis H.S et en plus on est là pour parler de toi. Mais... tu peux venir chez moi, demain, je te ferai la meilleure quiche de la ville.
- Très bien, je te ferai signe avant de quitter le bureau ».
Nous passâmes le reste de la semaine à partager nos soirées et nos souvenirs respectifs, créant et consolidant un lien, que bien des couples nous envieraient... Sauf que celui-ci était fondé sur le mensonge.
Alors alors? Est-ce que ce développement vous plaît? Quelques mots, ça fait toujours plaisir. Merci d'avance.
