Bonjour Mina-san! Comme on se retrouve après des mois d'absence de ma part. Dire que j'en suis désolée serait à moitié faux puisque je suis une toute nouvelle maman depuis 3 mois, ça me comble de joie et durant la fin de ma grossesse je n'avais plus l'énergie d'écrire. J'espère que vous me pardonnerez. Sans plus attendre, le chapitre!
CHAPITRE 11 : Bienvenue chez les Uchiha !
L'anxiété se faisait sentir dans l'habitacle, mon chauffeur s'agrippait fermement au volant et une tension qu'il peinait à cacher, raidissait l'ensemble de ses muscles. Je n'arrivais même plus à profiter du paysage qui défilait derrière ma fenêtre. Pourtant la roche rouge de l'Estérel et le bleu profond de la mer offraient un spectacle saisissant dont j'aurais voulu me délecter à loisir.
Puis, trop rapidement à mon goût, la décapotable s'engagea dans un parc résidentiel sur les hauteurs de Mandelieu, je pus lire « Agay » sur un panneau. Les demeures étaient toutes plus somptueuses les unes que les autres, mais comme par hasard, Sasuke continua à grimper pour s'arrêter devant les grilles de la plus magnifique d'entre toutes. L'architecture rappelait celle des temples gréco-romains et les jardins, parfaitement entretenus, dégageaient des parfums suaves et envoûtants. Mon compagnon sortit du véhicule et sonna à l'interphone donner son nom suffit pour que l'on nous ouvre les deux immenses portes en fer forgé qui permettaient d'accéder à la propriété. Quelques minutes plus tard nous voici garés sous une tonnelle.
« Sasuke ! héla une voix rendue serrée par l'émotion semblait-il.
- Maman, répondit tranquillement le jeune homme, se laissant enlacer par sa mère. Comment vas-tu ?
- Bien mon grand et encore mieux depuis que tu es là. Alors... ».
Mikoto fit le tour de la voiture pour m'observer en sortir.
« Voilà la demoiselle qui a ensorcelé mon fils.
- Oh je... Sakura, enchantée », la beauté rayonnante de cette femme m'intimidait quelque peu. Quel étonnant contraste, ils avaient beau se ressembler physiquement, leur caractère avait l'air diamétralement opposé.
« Ne soyez pas timide ! Vous êtes ici chez vous. Charles ?
- Oui madame ? ».
Un homme d'une cinquantaine d'années, habillé convenablement mais sans chichis marcha jusqu'à nous. Ils avaient des domestiques ? Dans quelle famille avais-je atterri ? Je la savais riche mais il ne fallait pas exagérer. J'allais faire tache dans le paysage avec mes manières de paysanne ! Reste calme ! Fais un grand sourire, voilà c'est parfait !
« Pouvez-vous monter leurs bagages dans la chambre de Sasuke ?
- Bien sûr madame.
- Merci beaucoup ».
Peu habituée à ce genre de faveurs, je protestai :
« Oh, non laissez, je peux le faire ! Indiquez-moi juste le chemin ». Je soulevai ma valise prête à le suivre, mais mon attitude l'avait légèrement décontenancé.
« Ne vous en faites pas mademoiselle, j'ai l'habitude, dit-il s'avançant déjà pour prendre les affaires de Sasuke.
- Je refuse ! Le jour où je laisserai quelqu'un faire ce genre de choses à ma place c'est que je serai infirme ou sénile ! déclarai-je sûre de moi, ou alors...si Sasuke se propose gentiment » ajoutai-je appuyant ma proposition d'un clin d'oeil.
Mon complice me regarda comme si je descendais d'une autre planète. Ah si j'avais eu un appareil-photo j'aurais immortalisé l'instant, sa tête était impayable.
« C'est son travail, me glissa-t-il en sourdine.
- Peut-être mais ça me gêne, tu n'as pas honte de lui demander de porter des sacs qui pèsent une tonne, lui murmurai-je.
- Ce n'est pas la question, siffla-t-il avec un brin d'agacement, Charles travaille pour ma famille depuis des années, c'est sa fierté. Je serai encore plus cruel si je l'empêchais de le faire ».
Cette explication me laissa sans voix. Servir cette famille ? La fierté d'effectuer une tâche que d'autres jugeraient ingrate ? Je devais être la plus à même à comprendre ces sentiments, c'était ceux que j'éprouvais quand je parlais de mon métier d'escort auprès de connaissances. J'obtenais souvent les mêmes réactions : dégoût, railleries salaces et j'en passe. Pourtant j'avais appris à aimer ce que je faisais et rien ni personne ne me ferait arrêter ou changer d'avis... Sauf une mais ça ne comptait pas, car elle avait triché !
« Aide-le au moins, s'il-te-plaît, l'implorai-je en joignant mes mains en prière.
- Tu es... impossible ! grogna-t-il
- Peut-être mais ça te plaît avoue ! ».
À l'écoute de ces mots, je le vis froncer les sourcils tandis que de légères rougeurs colorèrent ses joues.
« Adorables... vous êtes adorables ! intervint Mikoto en battant des mains d'excitation. Sakura, je peux vous appeler Sakura ?
- Oui bien sûr.
- Mon chéri, Sakura n'a pas tort, par cette chaleur en plus ! dit-elle en s'adressant à son fils.
- C'est bon, j'avais compris la première fois ! ».
Il finit donc par obtempérer serait-il un fils à maman ? Cette dernière pensée me fit sourire, grâce à Mikoto je me sentais déjà un peu plus à mon aise, peut-être m'adapterai-je plus facilement que je ne le pensais ?
Sur ces mots Sasuke me prit la valise des mains. Bien évidemment, il me lança un regard noir, mais un éclat particulier y brillait. Il me susurra au passage, faisant en sorte que personne d'autre ne l'entende : « Tu ne perds rien pour attendre ». Comment dire... Ça sentait le coup foireux à plein nez, j'allais devoir surveiller mes arrières.
« Venez avec moi, je dois aller vérifier que tout se passe bien en cuisine. Ah ! et vous pouvez aussi m'appeler par mon prénom, je m'appelle Mikoto.
- Très bien, Mikoto ».
Se disant, elle m'incita à la suivre en me poussant légèrement l'épaule tout le long du trajet, Mikoto m'indiqua le nom des différentes pièces devant lesquelles nous passions. Sa simplicité ne cadrait pas avec l'image que je me faisais d'une représentante de la bourgeoisie mais peut-être était-elle une exception.
Nous arrivâmes dans une grande salle où d'autres personnes s'agitaient. Combien serions-nous de convives pour avoir besoin d'autant de monde en cuisine ?
Je ne pus m'empêcher de humer les délicieuses odeurs qui se répandaient dans la cuisine et l'eau me monta à la bouche. La matriarche remarqua mes yeux pétillants d'envie et s'en amusa.
« Encore un peu de patience, les entrées sont prêtes et le plat est sur le feu, mais tout le monde n'est pas encore arrivé.
- Pardonnez-moi ma curiosité mais Sasuke ne m'a pas vraiment expliqué comment se déroulerait ce week-end et je...
- Il ne vous a rien dit ? Ça ne m'étonne pas de lui, il peut être si secret ! soupira-t-elle, tous les trois mois environ nous essayons de réunir la famille proche, ça en fait du monde et c'est pour ça que j'ai fait appel à des professionnels ! ».
Oh alors tous n'étaient pas en permanence employés ici ! Quelque part cela me rassura, seul Charles était assigné à demeure. Qu'avait-elle dit ? Toute la famille proche ?
Je me sentis pâlir subitement, quand Sasuke avait mentionné les « autres », je ne m'attendais pas à rencontrer la totalité des membres de la maison Uchiha. Combien serions-nous ? Une vingtaine ? Plus ?
« Vous ne vous sentez pas bien ?
- Si, je... Je pensais qu'il n'y aurait que vous, votre mari et Itachi au départ, alors...
- Oh en fait, il y aura aussi mon frère aîné avec ses deux enfants et la mère de Fugaku, mon mari. Nous serons donc neuf, en petit comité dirons-nous. D'ordinaire nous sommes plutôt une quinzaine. » conclut-elle avec enthousiasme.
La bonne humeur et la joie de vivre caractérisaient cette femme mais je ne parvenais pas à les partager pour le moment. Cela signifiait que nous devions convaincre sept personnes de notre « amour » dont Itachi... Mission impossible ! L'énormité de la situation m'assomma complètement, dans quoi nous étions-nous embarqués !
Quand Mikoto Uchiha suggérait quelque chose, il s'agissait d'un ordre. Ma mère était certainement la bonté incarnée mais elle ne se laissait pas marcher sur les pieds. Rien de bien surprenant de la part de l'épouse et de la mère de respectés hommes d'affaires. Nous n'étions pas des tendres et il fallait avoir les nerfs solides pour nous supporter. J'admirais ce petit bout de femme qui dirigeait ce foyer sans trembler. Une main de fer dans un gant de velours !
Sakura m'avait bien eu sur le coup, si elle croyait pour autant pouvoir tout obtenir de moi juste avec un sourire et un regard larmoyant, elle croyait encore au père Noël. Je finis par aider le majordome à monter nos valises. Je l'aurais certainement fait même sans l'intervention de miss « Je-ne-supporte-pas-l'injustice », au lieu de ça j'étais passé pour le nobliau de service, alors que je connaissais le vieil homme depuis l'enfance. Remplir sans faillir son devoir de service était réellement un engagement qui lui tenait à cœur, j'avais depuis longtemps arrêté de le contrarier. Mais la force de la nature qu'il avait été, n'était plus qu'un souvenir. Si mes parents l'employaient toujours, c'était qu'un lien amical s'était tissé au fil des années. Il était pour moi un second père, m'encourageant quand j'échouais, me rabrouant quand je dépassais les bornes, me gâtant quand je réussissais. Il avait fait ce que Fugaku avait été incapable de faire, sauf avec mon frère aîné.
Ma mère nous avait installés dans ma chambre. J'avais passé dans cette maison une partie de mon enfance, mais nous avions dû la quitter pour le travail de mon père. Depuis je n'y venais que pour profiter pendant mes vacances de nombreux souvenirs m'attachaient à ce lieu. La peinture taupe, les tissus gris et les meubles patinés créaient une atmosphère très chaleureuse qui, j'en étais sûr, plairait à Sakura. Un lit double trônait au milieu de la pièce, que je laisserai bien évidemment à ma « fiancée », en espérant que je n'aurais pas autant à souffrir que lors de notre expérience à l'hôtel. Je me contenterai pour une nuit de la méridienne que j'utilisais d'ordinaire pour lire. Je posai donc le sac de voyage de ma compagne près de la porte tandis que je défaisais le mien. Même pour quelques heures je ne supportais pas de laisser mes vêtements se froisser, je les sortis de mes bagages. Je ne pus retenir une grimace, le voyage les avait complètement défraîchis. Prenant soin de les replier correctement afin de les entreposer dans l'armoire, j'en ressentis une grande satisfaction. Sélectionnant une tenue plus confortable mais néanmoins irréprochable, j'enlevai ceux que je portais, salis par la transpiration et pris une douche rapide. Je me sentis instantanément reposé.
Une fois vêtu, il ne me restait qu'une seule chose à faire. Les battements de mon cœur s'accrurent légèrement mais c'est tout de même d'un pas assuré que je traversai le couloir vers la pièce du fond : l'antre de mon père. J'avais l'horrible sensation que plus j'avançais plus je rajeunissais, redevenant le gamin timide et quémandeur de l'attention paternelle. Je secouai alors la tête cherchant à effacer ce sentiment, me souvenant du chemin parcouru, de l'homme méritant et respecté que j'étais devenu.
Depuis ce stupide entretien que nous avions eu avec mon frère quant aux conditions de succession de l'entreprise, nous ne nous étions plus parlé. Cependant si je souhaitais que ces deux jours se passent sans anicroches, je devais taire mes reproches. Prenant une profonde inspiration, je toquai à la porte attendant le bon vouloir de mon paternel. Le son du frottement des pieds d'une chaise sur le parquet me fit grincer des dents et envoya aussitôt une décharge désagréable dans mon corps. Puis des bruits de pas vifs qui n'appartenaient pas à Fugaku retentirent, je craignais de savoir quel était leur propriétaire et mon sang ne fit qu'un tour.
« Tiens tiens frérot, tu as fait bonne route ? ».
Itachi ! Son sourire narquois et son regard emprunt de suffisance firent grandir en moi une fureur que je contins difficilement.
« Itachi... Tu es là depuis quand ? C'est vrai que ce n'est pas le travail qui t'étouffe, rétorquai-je.
- Olà ! À peine arrivé tu nous gratifies déjà de ta bonne humeur légendaire. Moi qui voulais me montrer poli et tolérant ! Tant pis pour toi... et pour elle.
- Ça suffit vous deux ! nous interrompit notre père, agacé par nos enfantillages, Itachi laisse-nous, va voir si tu peux te rendre utile. Sasuke... Viens t'asseoir s'il-te-plaît ».
Vêtue d'un magnifique tablier rouge et munie d'un fouet, j'aidais ma charmante hôtesse à confectionner les desserts pour le repas du midi et celui du soir. C'était officiel, je ne rentrerai plus dans mes jeans d'ici notre retour. Je m'attelais à faire monter les blancs en neige tandis que Mikoto s'occupait des choux pour les profiteroles. L'ambiance était agréable, la mère de Sasuke ne me harcelait pas de questions contrairement ce à quoi je m'attendais, mais j'étais consciente qu'elle cherchait à cerner ma personnalité. De ma place, je sentais son regard se poser de temps à autre sur moi, appréciant mon travail, rectifiant mes gestes, me donnant des astuces. L'entente bonne enfant prit fin à l'entrée de l'homme que je redoutais par-dessus tout.
« Bien le bonjour ! salua-t-il à la cantonade, puis se pencha pour embrasser sa mère. Je peux me rendre utile ?
- Itachi, que viens-tu faire ici ? Va plutôt déplacer les voitures pour que ton oncle et tes cousins puissent se garer, ils ne devraient plus tarder à arriver.
- À vos ordres chef ! » s'exclama-t-il malicieusement.
Était-ce la même personne que j'avais rencontrée quelques semaines plus tôt ? Ou cette tendresse n'était réservée qu'à sa mère ? Je commençai à me demander si je n'avais pas eu une hallucination, je n'aurais pas dû tremper mon doigt dans les différentes préparations : trop de sucre dans le sang apparemment ! Le voilà qui s'approchait de moi et j'eus un mouvement de recul instinctif.
« La fameuse fi-an-cée, me salua-t-il en appuyant exagérément sur chaque syllabe, et j'en perçus tout le sarcasme.
- Itachi, quel plaisir ! »
On ne pouvait faire plus hypocrite mais je n'avais pas le choix en présence de Mikoto.
« Je pensais que tu refuserais de te jeter dans la gueule du loup, mais apparemment tu n'as pas froid aux yeux.
- Itachi ! Pourquoi lui parles-tu de cette façon ! le rabroua sa mère, décontenancée par tant de mépris.
- J'ai mes raisons. » expliqua-t-il énigmatique.
Des raisons de douter de mes intentions ? Je me demandais s'il faisait uniquement référence aux enjeux « politiques » ou s'il comparait notre « couple » à sa romance avec l'autre blondasse et son issue malheureuse. J'espérais ne pas me tromper en misant sur la seconde possibilité. Mikoto étant témoin, c'était le moment de montrer que Sasuke s'était confié à moi et marquer ainsi des points.
« Tu veux parler de son ex-fiancée ? Elle n'est pourtant pas la seule à avoir eu le mauvais rôle dans l'histoire, non ? Tu parles de confiance ? Saches que tu n'as pas celle de Sasuke. Après ce que tu as fait... comment oses-tu mettre en doute mes intentions et celles de ton frère ! rétorquai-je rouge de colère contenue, j'étais peut-être allée trop loin.
- Sa-Sasuke, t'a tout raconté ? balbutia Itachi pris en défaut, mais il se recomposa très rapidement une attitude souveraine et dédaigneuse. Évidemment, il n'est pas si naïf.
- Itachi chéri, j'aimerais bien comprendre ce qu'il se passe ici. Je n'apprécie ni ton comportement, ni tes insinuations !
- Pardonne-moi maman, disons que j'ai des raisons de me méfier ».
Sur ces quelques mots, il quitta la pièce pour s'acquitter de la tâche qui lui avait été dévolue, alors que sa parente s'approcha de moi, rassurante.
« Ne vous en faites pas ! Itachi est un grand-frère très protecteur, un peu trop même.
- Avec tout le respect que je vous dois, il a une drôle de façon de le montrer ! ».
Hésitante, je m'interrogeais sur ce que savait la matriarche des raisons de la friction entre ses fils, devais-je dire quelque chose ? Lui faire comprendre à quel point Itachi avait fait du mal à mon fiancé ?
« Votre aîné... l'a beaucoup fait souffrir vous savez ?
- Oui, soupira-t-elle soudain lasse, Itachi a fait une belle erreur, et je pense qu'il en est conscient. Il se pavane fièrement mais il le regrette j'en suis certaine. Pour être tout à fait honnête, cette jeune femme ne me plaisait pas du tout. Une beauté fatale, une Hélène de Troie ! Cette relation ne pouvait engendrer que discorde et malheur. Ce sont mes fils, tous deux me sont plus précieux que la vie, je ne peux pas leur en vouloir ou être en colère très longtemps mais ça ne signifie pas que j'approuve tous leurs actes ».
Elle se tut quelques secondes afin de plonger ses yeux, les mêmes que mon complice, dans les miens, puis elle sourit satisfaite.
« Mais je n'ai plus à m'en faire, n'est-ce pas ? Chaque chose arrive pour une raison, j'en suis persuadée. Pour Sasuke, perdre cette femme lui a permis de vous rencontrer, alors finalement c'est la meilleure chose qu'Itachi ait pu faire pour lui. Je sais, c'est un peu tiré par les cheveux, mais c'est vrai. ».
Incroyable ! Cette femme avait utilisé les mêmes arguments que moi pour soulager Sasuke, le romantisme en plus. Elle était vraiment réfléchie, mature et en même temps idéaliste. Une étrange combinaison, mais peut-être était-ce ainsi qu'on accédait au bonheur... Je ne pus que lui retourner son sourire, au moins elle m'appréciait et je n'avais même pas à tricher pour cela.
Contrairement à ce que mon père m'avait ordonné, je préférai rester debout et en attendant qu'il se mette à parler, je faisais mine d'inventorier ses nombreux ouvrages de collection, alors que je les avais tous déjà lus. C'était un des nombreux défis que je m'étais lancés, cherchant la reconnaissance du patriarche. Rien n'avait jamais marché, cependant ces livres m'avaient permis d'acquérir de précieuses connaissances que j'avais mises à profit pour briller dans mes études et d'être à la tête de l'entreprise familiale. J'avais donc depuis cinq ans obtenu l'approbation de mon père, mais quoi que fasse Itachi, en mal ou en bien, il restait le préféré, le chouchou qui possédait l'oreille de Fugaku.
Je savais plus ou moins de quoi il voulait m'entretenir, ou plutôt de qui et je redoutais son jugement souvent définitif. La nouvelle de mes fiançailles clandestines avait sûrement fait le tour de la famille grâce à la langue trop bien pendue de mon frangin, je me devais donc d'arrondir les angles et de rassurer mon père. J'entendis celui-ci s'enfoncer dans le cuir de son siège et un raclement de gorge m'indiqua qu'il était prêt à discuter.
« Sasuke... Que signifie toute cette histoire ?
- De quoi veux-tu parler ?
- Itachi nous a dit que tu t'étais trouvé une fiancée, fort jolie.
- Vraiment ? Qu'a-t-il dit d'autre ?
- Sasuke... soupira-t-il.
- Laisse-moi deviner : qu'elle ne me mérite pas ? Que c'est une sorcière en jupons ? ».
Prêcher le vrai pour faire douter l'adversaire vous connaissez ? Je n'avais jamais osé essayer avec mon père mais la situation l'exigeait. Mon frère avait sans aucun doute des réserves sur l'honnêteté de Sakura dont il avait fait part à mes parents, sauf que l'idée venait de ma personne et ça, personne ne l'avait encore envisagé.
« Comprends-moi bien. La coïncidence est trop parfaite pour que je ne la remette pas en cause... Es-tu sûr qu'elle n'en a pas après ton nom, ton argent ?
- Père ! Je ne referai pas deux fois la même erreur, croyez-moi ! Sakura est tout sauf vénale.
- Tu essayes de me dire que cette fois-ci tu penses ne pas te tromper ?
- Je dis juste que... On ne peut être sûr de rien, mais je me sens bien avec elle, je peux être moi-même ».
En disant cela je ne mentais pas et mon père saurait le voir.
Depuis le début, Fugaku avait conservé son air froid et sévère, mais il se détendit à ces mots et esquissa un semblant de sourire, ce qui avait dû lui coûter. Se levant, il se mit de profil à la baie vitrée. Ainsi à contre-jour, je ne pouvais que deviner ses expressions, lui conférant comme si c'était nécessaire, encore plus d'autorité sur son interlocuteur.
« Au moins tu as toujours la tête sur les épaules, ça me rassure. Quant à cette... demoiselle, je réserverai mon jugement pour demain, je lui laisse donc le bénéfice du doute et ne tiendrai pas compte des suspicions de ton frère durant ce laps de temps. Va ! Tes cousins ne devraient plus tarder et je crains qu'en ne te retenant ici, Itachi en ait profité pour faire des siennes.
- Merci... papa ».
En entendant mes remerciements, je vis Fugaku froncer les sourcils, sûrement peu habitué à une démonstration affective de ma part, même si elle se faisait à travers les mots.
Libéré du regard paternel, je longeai le couloir pour me rendre à la cuisine où je savais ma mère en pleine activité. Sur le trajet je décortiquai les propos de mon père pour y percevoir un leurre ou une quelconque menace, mais je n'en trouvai aucune trace. Ce qui me rassurait c'était d'avoir compris que si ce dernier craignait de me voir sous influence ou manipulé par Sakura, il n'envisageait pas la possibilité d'une alliance visant à orienter le choix de son héritier. Il ne me pensait certainement pas aussi calculateur, pourtant rien n'était impossible lorsque l'on se sentait pris au piège. Bien sûr, je savais théoriquement que mon plan me permettrait de réduire à néant la prise de pouvoir de mon frère qui ne méritait pas cette entreprise, mon entreprise. Mais ce dont je n'avais pas tenu compte était la suite.
Qu'allait-il se passer une fois la décision prise et les papiers signés... Je m'étais dit qu'une rupture conventionnelle quelques mois plus tard pouvait passer pour banale, seulement, cela reviendrait à donner l'image inverse de la famille prônée par mon père et de ses idéaux. Serait-il en droit de me retirer toute prétention à la direction de l'entreprise le cas échéant ? Dans la précipitation, je m'étais jeté sur la première amorce de plan, sans me projeter sur le très long terme, quelle erreur de débutant ! Il était désormais trop tard pour faire machine arrière, mais il faudrait que j'en discute avec Sakura. Surtout qu'aucun de nous deux ne se voyait contracter un mariage blanc, dans quelle galère m'étais-je empêtré.
Des rires me parvinrent du lieu sacré de Mikoto, la cuisine. Passant la tête par l'embrasure de la porte, le spectacle qui m'était offert me sortit subitement de mes sombres réflexions.
La taille serrée par la ceinture d'un tablier duquel dépassaient ses gambettes longilignes et la poitrine moulée par le tissu, la jeune femme présente alluma un brasier malvenu. Des mèches s'échappant de son chignon désordonné venaient se coller à sa bouche et du sucre maculait son visage, je n'avais qu'une envie : débarrasser Sakura de ces douceurs en m'aidant de ma langue et lui arracher ce maudit lambeau de tissu.
Sans m'en rendre compte je m'approchai de la tentatrice, le silence se fit, nous n'étions plus qu'elle et moi. Sakura ouvrit grand les yeux de surprise mais rien ne pouvait plus arrêter mon geste. Je me vis lever une main vers elle, lui enserrant la nuque pour prévenir toute rebuffade et ne lui laissant pas le temps d'émettre le moindre son de protestation, ma bouche s'écrasa passionnément sur la sienne. Elle était aussi douce que dans mes souvenirs et même si j'étais peu friand des mets sucrés, ses lèvres étaient ce qu'il y avait de plus délicieux sur cette terre. Avec un plaisir sans nom, je notai que ma compagne ne fut pas insensible à ma passion et se mit à participer activement au baiser. Répondant avec la même ferveur, elle s'accrocha à mon cou et je la soulevai l'obligeant à passer ses jambes autour de mes hanches si elle ne voulait pas tomber.
« Je n'y arrive pas Mikoto, ils ne veulent pas monter ! se lamentait Sakura en fouettant le contenu de son saladier comme une forcenée.
- Vous devez avoir un geste régulier et précis, dynamique mais pas agressif. Attendez, je vous remontre. Voilà, comme ça. Enfin, je pense qu'il nous faut de nouveaux œufs.
- Je suis désolée, je n'ai aucun talent pour la pâtisserie.
- Oh je ne m'en fais pas, au moins je sais que mon ange viendra toujours à la maison pour dévorer mes petits plats » plaisanta-t-elle.
Que ? Une vision ? Mon esprit venait de créer la scène érotique la plus réelle et la plus excitante qu'il m'avait été donnée de voir et de vivre. Sakura était décidément dangereuse, trop, et ses armes étaient bien étudiées. Une fille, il me fallait une fille et le plus tôt possible, avant que je ne cède véritablement à la tentation.
« Oh Sasuke, m'interpella la jeune femme, tu viens m'aider ? » dit-elle les yeux luisant d'espoir, ayant remarqué ma présence. Je secouai la tête énergiquement pour me remettre les idées en place.
Sasuke semblait perdu dans ses pensées, les yeux scrutant avec intensité quelque chose que lui seul pouvait voir mais à l'entente de son prénom, il reporta ce regard sur moi. Un frisson de plaisir voyagea de mes orteils jusqu'à la racine de mes cheveux : un désir ardent brûlait dans ses prunelles. Cela ne dura que quelques secondes, pourtant j'avais l'impression d'avoir couru un marathon tant mon souffle était saccadé et mon rythme cardiaque affolé.
« Sasuke mon ange ? demanda sa mère, attendant une réponse à ma question.
- Je ne fais que passer, répondit-il avec une légère raucité, continuant à me fixer. Tout va bien ? » s'enquit-il finalement.
Le jeune homme s'approcha de moi et une lueur d'inquiétude troubla son regard le temps d'un flash, il leva la main vers mon visage et y déposa une caresse du bout des doigts. Mon Dieu, faites qu'il arrête sinon mon cœur va exploser ! Comprenant que sa dernière question n'était en rien une formule de politesse et appelait bien une réponse, je tentai de me ressaisir en me concentrant sur mon mélange. Il se doutait certainement que durant son absence, Itachi avait croisé mon chemin.
« Oui, tout va bien, lui répondis-je avec un sourire se voulant rassurant.
- Tu es sûre, tu as l'air bouleversée ? » insista-t-il sans cesser de me toucher.
À cause de qui crétin, penses-tu que je sois dans cet état ! Il écarta les boucles de cheveux poisseuses et retira les traces de mon échec culinaire.
« Oui vraiment ! répliquai-je cherchant une idée afin d'échapper à son étouffante présence.
- J'ai le droit de m'inquiéter pour toi, non ?
- Oui bien sûr » me radoucis-je.
Je me permis alors de lui offrir mon sourire le plus sensuel, celui que je réservais à mes clients masculins, même le plus stoïque des hommes comme Sasuke ne pouvait y résister totalement. Le résultat ne se fit pas attendre. Mon vis-à-vis cessa enfin ses gestes, surpris et je notai le retour de son regard brûlant. Oh merde ! J'étais prise à mon propre piège.
Qu'est ce qu'elle me fait là ? C'est quoi ce sourire de chienne en chaleur ? Elle veut m'achever ou quoi ? Je m'emparai rapidement d'un vieux tablier suspendu près de la porte et m'en vêtis. Je n'avais rien trouvé de mieux afin de camoufler la preuve évidente de mon émoi. Je ne souhaitais pas du tout lui apporter mon aide mais c'était ça ou... Non ! Plutôt mourir que de lui donner une raison de fanfaronner.
« Ooooh que c'est gentil ! Allez-y, faites comme si je n'étais pas là ! intervint Mikoto radieuse, détendant l'atmosphère.
- Maman ! souffla Sasuke légèrement excédé.
- Allez allez ! N'ayez pas honte !
- Que se passe-t-il ici ? Bon Dieu, il y a eu une tornade ? s'exclama un homme que je supposai être Fugaku.
- Une tornade du nom de Sakura, répondit son fils taquin, je lui tirai alors la langue.
- Sortons chéri !
- Pourquoi je viens d'arriver !
- Il y a de l'amour dans l'air ! » chantonna Mikoto, en poussant son mari vers la sortie.
Nous nous retrouvâmes donc seuls tous les deux, les autres employés s'étant éclipsés comme par magie. Un silence gêné se fit que je m'empressai de rompre.
« Elle est vraiment super, ta mère, dis-je rassemblant les ingrédients nécessaires à une chantilly, Un peu trop énergique mais bon.
- C'est toi qui dis ça ? ironisa Sasuke qui s'empara de la crème fraîche et du sucre pour les peser.
- Oui ! assurai-je faussement lasse en lui tendant un récipient propre.
- Il semblerait qu'elle t'ait déjà adoptée. Ce ne sera pas la même chose avec mon père mais il est prêt à faire un effort.
- Un effort ? répétai-je outrée, envoyant valser un peu du mélange sur Sasuke.
- Fais attention ! grommela ma victime, Itachi a, disons, semé la graine du doute dans son esprit en te décrivant comme une personne intéressée.
- Il n'y a rien de plus faux ! m'emportai-je de nouveau.
- Arrête ça, je viens de me changer ! Je le sais. Ça n'en sera que plus facile car tu n'auras pas à jouer un rôle, sois toi et tout ira bien. J'ai confiance ».
Comment ne pas le croire, quand il vous regardait avec ces yeux brillants d'intelligence et de certitude. Je reconnaissais bien là le PDG d'une multinationale, il se dégageait de sa personne un charisme fou. Il aurait très bien pu m'annoncer que oui, demain l'homme pourrait voler comme un oiseau, que je l'aurais cru sur parole... enfin presque. C'était pourtant le même homme qu'il y a deux semaines alors pourquoi étais-je plus sensible à ses changements d'humeur, à ses expressions ? Je n'avais jamais été aussi consciente de ma personne et de mes émotions qu'en sa présence.
Des coups de klaxon répétés brisèrent le charme de l'instant et je vis Sasuke ôter son tablier pour se diriger vers l'entrée, Mikoto sur ses talons qui criait : « Les voilàààà ! ». Les derniers invités étaient donc arrivés et la tension qui était redescendue en présence de ma « belle-mère », grimpa de nouveau en flèche. Ne souhaitant pas attirer l'attention, je restai à couvert. Cependant de ma position je ne pouvais voir les protagonistes, seules leurs voix résonnaient dans le vestibule.
« Entrez, posez vos bagages. Vous n'êtes pas trop fatigués ? demanda Mikoto.
- Non, ça a été petite sœur ».
Cette voix très grave venait donc de l'oncle Hiashi.
« Une horreur ma puce, une ho-rreur ! se plaignit une voix de femme mûre. Oh voilà le plus beau !
- Bonjour grand-mère, tu m'as manqué, répondit Sasuke.
- Mais oui c'est ça ! Tu es un amour !
- Salut ! les interrompit une voix masculine profonde mais douce.
- Salut Neji, les affaires marchent toujours aussi bien ?
- Mieux que je ne l'aurais espéré, tu viendras à l'inauguration de mon futur laboratoire, n'est-ce pas ?
- Compte sur moi !
- Neji, tu as laissé ton téléphone dans la voiture ! l'avertit une jeune femme, certainement sa cousine, étrange comme ce son ne m'était pas inconnu. Je sortis finalement de l'ombre du ficus, pour satisfaire ma curiosité. Oh c'était... Pourquoi n'avais-je pas fait le rapprochement entre la copine de mon meilleur ami et la cousine de Sasuke au prénom identique.
« Hinata ! s'exclama Sakura, que j'avais laissée pour compte dans la cuisine, se précipitant vers elle.
- Sa- Sakura ? réagit incrédule ma cousine, en répondant à son étreinte. Que fais-tu ici ?
- Oh je... suis...
- Elle est avec moi, la coupai-je craignant que son hésitation ne nous porte préjudice.
- Oh je... tu ne me l'as pas dit l'autre jour.
- Je ne savais pas non plus que tu avais des liens avec Sasuke.
- Vous vous connaissez ? leur demanda ma mère.
- Oui ma tante, Sakura est la meilleure amie de mon... euh ». Hinata rougit délicieusement, puis se mit à chuchoter tant et si bien que nous dûmes nous approcher pour entendre la fin de sa phrase : « mon petit-ami ».
Hein ? Naruto avait réussit à séduire mon innocente cousine ? Je ne pensais pas cet ancien cancre capable d'un tel exploit, bien qu'il ait changé depuis le collège. Il faudra que je le tienne à l'œil.
« Pourquoi tu ne l'as pas amené ma puce ?
- Oh non ! je... c'est tout récent.
- Pour ces deux-là aussi, mais tu vois, ils sont déjà fiancés ! ».
Que, quoi ? Mon cousin n'était peut-être pas le plus causant des hommes mais en général, il m'aurait tenue informée d'un tel événement. J'observai Sasuke et Sakura qui échangèrent un regard plutôt étrange. Très bien, ils cachaient quelque chose. Naruto était-il au courant de son côté ? Je le lui demanderai après le repas. Pour le moment, nos hôtes nous invitaient à prendre l'apéritif dans le jardin.
Fugaku partit chercher le champagne, Sasuke, Neji et mon père discutaient affaire, Sakura apportait les amuse-bouche avec Mikoto, et Mamie... plissait suspicieusement les yeux se focalisant sur la jeune femme dont nous n'avions pas été prévenus de la présence.
« Vous ! l'apostropha ma grand-mère, Qui êtes-vous ? Vous n'avez rien à faire ici ? ».
Je craignais le pire, espérons que Sasuke l'ait préparée à cette rencontre. De tous les membres de la famille c'était sûrement elle la pire. La dernière fois que Neji avait amené une copine, celle-ci avait tenu trois heures avant de faire venir un taxi et de rendre ensuite à mon frère les clés de son appartement. Et voilà, que le spectacle commence ! Sakura contre Mamie Naori, les paris sont ouverts.
Merci d'avoir lu, on se retrouve au prochain, je ne vous ferai pas trop attendre normalement!
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