Voilà un nouveau chapitre, le prochain ne tardera pas trop à sortir non plus. Je vous souhaite une très bonne lecture et espère que vous n'avez pas déserter cette histoire, car moi non! Je mets certes plus de temps mais je n'abandonne pas cette fiction.

CHAPITRE 12 : Mise à l'épreuve.

« Vous ! m'apostropha la grand-mère, qui êtes-vous ? Vous n'avez rien à faire ici ! ».

Ah bah, bravo l'accueil ! C'était qui cette vieille mégère ? Il y avait un tel mépris dans sa voix que mon sang s'était mis à bouillir instantanément, je faillis en lâcher le plateau de feuilletés aux escargots, ça aurait été un véritable gâchis.

Je sentis huit paires d'yeux me fixer en attente d'une riposte, qui aurait été de remettre à sa place l'irrespectueuse vieille dame par de cinglantes paroles, si le regard sombre de Sasuke ne m'avait pas intimé la modération, à croire qu'il pouvait anticiper mes réactions.

Je pus alors reprendre contact avec la réalité et calmer ma colère : ce n'était qu'une personne âgée qui n'appréciait que modérément les surprises. Restons calme, de toute façon que pouvait-elle bien me faire, pas grand chose assurément, je la dépassais d'une tête et sa fragile stature n'avait rien de menaçant, un grand clapet certes, mais j'étais persuadée d'avoir rencontré pire, quelle naïveté!

« Bonjour madame, répondis-je après m'être raclé la gorge, je m'appelle Sakura et je suis la fiancée de Sasuke.

- Sa fiancée ? s'égosilla-t-elle me faisant grimacer, elle avait dû atteindre au moins le contre-ré, je salue la performance vocale. Je dirai plutôt sa pu-

- Sa quoi ? la coupai-je d'une voix blanche, n'en croyant pas mes oreilles, je jetai un coup d'oeil vers Sasuke pour savoir si j'avais tout simplement halluciné mais son teint soudain pâle et ses yeux tout aussi ahuris que les miens me détrompèrent.

- Sa put-

- Mamie ! intervint mon complice censurant sa parente. Et si nous allions discuter près de la fontaine ? ».

Autoritaire, il posa la main de sa grand-mère sur son avant-bras pour l'emmener vers le lieu-dit. Je fulminais d'être jugée aussi cruellement de femme légère alors qu'elle ne me connaissait même pas. C'était dingue non ? Je veux dire rien dans mon apparence ne justifiait une attitude aussi hostile, j'avais fait exprès de choisir une tenue sage pour minimiser les critiques et mon comportement était... aussi délicat que possible, même s'il était clairement visible que je n'appartenais pas à leur monde, mais était-ce si important de ne pas savoir différencier une fourchette à dessert d'une pique à escargots ? La seule chose qui m'intéressait était de manger à ma faim.

C'était quoi son problème, un complexe d'Œdipe inversé qui aurait sauté une génération ? Décidément, je ne comprenais pas, mes intentions étaient nobles puisqu'il s'agissait de protéger l'avenir de son fichu petit-fils, me suspectait-elle de quelque chose ?

Bon d'accord, j'avais quelque chose à cacher, pour autant je n'en étais pas la responsable. Elle n'aurait qu'à s'en prendre à Sasuke le moment venu. Et puis de toute façon, je disparaîtrai aussi sec une fois l'affaire menée à bien, je ne craignais aucunement les représailles, du moins tentais-je de m'en persuader.

« Sakura, tu vas bien ? me ramena timidement Hinata.

- Oh oui, ne t'en fais pas, c'est juste... ».

J'hésitais sur le comportement à adopter face à une personne comme elle : jouer les hypocrites ou être fidèle à celle que j'étais. L'enjeu était de taille puisqu'elle était à la fois la petite-amie de mon meilleur ami et la cousine de mon « fiancé ». Selon ma décision je pouvais ruiner les espoirs que chacun entretenait, ce qui était exclu. En une demi-seconde, j'optai pour l'honnêteté, le mieux serait même d'inclure Hinata dans le schmilblick, mais il me fallait attendre le consentement de l'autre despote.

« J'avoue que je ne comprends pas l'attitude méprisante de ta grand-mère sans vouloir t'offenser ! grommelai-je faisant en sorte que seule ma voisine ne m'entende, elle m'a jugée avant même que j'ouvre la bouche.

- Oui... c'est normal que tu sois fâchée, mais je suis contente que tu te sois contenue.

- Remercie plutôt ton cousin sinon j'aurais déclenché la troisième guerre mondiale.

- Il ne t'a pas du tout parlé d'elle avant de venir ici ? dit-elle en gloussant légèrement à ma remarque.

- Pas un mot ! Il craignait sûrement que je refuse de l'accompagner.

- Tu ne serais pas la première à prendre tes jambes à ton cou mais... si tu tiens vraiment à Sasuke, reste... Reste et endure. Sa méchanceté n'a d'égal que son amour pour nous tous.

- J'avais deviné » soufflai-je vaincue. Comme si j'avais le choix de toute façon !

Je voulais bien comprendre l'inquiétude qu'une telle famille pouvait nourrir quant à la sécurité et au bonheur de ses membres, mais de là à soupçonner tout le monde de sournoiseries et de manipulation. Devaient-ils cultiver cette peur de l'étranger ? Je ne voyais pas comment ils pouvaient être vraiment heureux en ne se fiant à rien ni à personne.

De ce que m'avait raconté Sasuke, lui et son frère avaient été plus jeunes, victimes d'une tentative de kidnapping et leur père recevait régulièrement des menaces de mort du temps de son directorat. J'aurais déjà été internée pour paranoïa à leur place !

Enfin, sérieusement, vous vous imaginez ? Un quotidien réglé aussi sûrement que du papier à musique, sans droit à l'erreur : tout risque est calculé, tout secret est jalousement gardé, chaque mot est pensé une dizaine de fois avant d'être prononcé. La spontanéité est prohibée ! J'ai lu ça sur un slogan et je voulais le glisser un jour celui-là... bref ! Sasuke devait s'emmerder, finalement j'étais peut-être la meilleure chose qui lui soit arrivée depuis sa première cuite, il était temps de shooter dans la fourmilière.


Éloigner ma grand-mère d'une probable scène de crime était ce qui m'avait paru être le plus judicieux. Étant donné la manière dont les yeux de Sakura avaient jeté des éclairs, les tables auraient volé. Sans m'en rendre compte je dus laisser transparaître bien plus de mon sentiment que je ne le pensais car mamie Naori déclara :

« Oh arrête ça tout de suite, tu ne me la feras pas à moi. Tu t'amuses à mes dépens et je n'aime pas ça ! Pas ça du tout !

- Oh voyons mamie, tu es bien susceptible.

- Susceptible ? C'est qui cette dinde que tu as osé me rapporter ?

- Elle s'appelle Sakura et ce n'est pas une dinde, c'est ma fiancée.

- Vraiment ? Regarde-moi bien en face et dis-moi que tu n'aimes pas la fourrer ».

Comment vous décrire ma grand-mère sans choquer les esprits... Naori Uchiha n'a pas été élevée dans le luxe, loin de là, l'argent est pour elle le pire ennemi de l'homme, « c'est un mal nécessaire » comme elle le dit si bien. Elle ne perd jamais une occasion de faire comprendre à son entourage que notre façon de vivre lui déplaît et elle exècre encore plus ceux qui gravitent autour de nous dans le but d'obtenir nos faveurs. Elle a certainement plus en commun avec Sakura qu'aucun autre être sur cette planète : une langue bien pendue et un penchant pour le marginalisme. Elles sont faites pour s'entendre, encore faut-il qu'elles acceptent de maintenir un semblant de paix. Il ne serait pas facile d'amadouer ma grand-mère mais j'avais toute confiance en mes capacités de chouchou.

« Je ne la fourre pas comme tu dis.

- Oh c'est encore pire que je ne le pensais ! Tu as un problème avec ta tuyauterie ? Ça ne m'étonne pas que l'autre filasse soit allée voir ailleurs.

- Mamie ! Non !... Tout va bien de ce côté là, merci ! » la renseignai-je rougissant légèrement, gêné d'aborder ce sujet avec elle. Elle avait le don pour me faire dire tout et n'importe quoi. Il fallait que je me reprenne sur le champ.

« Sakura... est différente.

- Mouais, laisse-moi la tester pour en être sûre.

- Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! dis-je pensant à mon père et à son avertissement, mais tandis que lui resterait passif, elle... Ne fais rien d'exagéré s'il-te-plaît.

- Alors ça mon chéri je ne peux rien te garantir, à elle de se montrer à la hauteur. Si elle aussi, est amoureuse de toi, nous le saurons avant la fin de ce week-end » proclama-t-elle fièrement.

Je craignais vraiment le pire, connaissant Sakura, sa parole avait de la valeur mais cela serait-il suffisant pour la faire rester jusqu'au bout. Il allait falloir m'en assurer...

Aussi... pourquoi ma grand-mère avait-elle dit « aussi amoureuse de toi » ? Fronçant les sourcils je ne pus y penser davantage car le buffet avait été dressé et les festivités ouvertes. J'avais réussi à tempérer Naori ce qui était déjà un petit exploit, espérons que le reste de la journée se déroule sans heurts.

Rejoignant les autres convives, je repérai sans difficulté la jolie Sakura, lorgnant sur ce qu'il me semblait être du foie gras à la truffe, je la sentais tendue, attendant qu'une personne se serve pour en faire de même. Cette attitude me fit sourire mais je me repris bien vite ne désirant aucunement être vu en flagrant délit de reluquage, elle qui avait opté pour l'association d'une jupe longue et d'une chemise aux allures strictes afin de camoufler sa féminité, cela ne faisait que la magnifier. Sans plus attendre je m'approchai d'elle, mû par l'envi de la taquiner un peu.

« Qu'attends-tu, cette tartine te fait les yeux doux depuis au moins cinq minutes.

- J'en suis consciente mais je me fais désirer pour que le plaisir n'en soit que plus intense » répliqua-t-elle ancrant ses prunelles rieuses dans les miennes.

Un instant je m'imaginai à la place de ce toast qui viendrait bientôt chatouiller ses lèvres pulpeuses et subir la morsure délicate de ses dents parfaitement alignées.

« Tu aurais pu me prévenir que tu venais d'une famille de dragons ! Itachi, ton père et maintenant ta grand-mère, aurais-je droit à une prime pour tous les risques que j'encours à tes côtés ?

- Si tu survis, nous en reparlerons, dis-je en me saisissant d'une coupe de champagne, voulant effacer l'image de ma tête.

- Je ne sais pas si je serais capable de garder mon sang-froid si elle m'insulte de nouveau.

- Tiens le coup au moins pendant le repas, après il est coutume pour nous de faire des activités séparément. Tu n'auras qu'à rester avec Hinata.

- Bonne idée, approuva-t-elle en vidant sa propre coupe.

- Doucement sur les bulles, je préférerais que tu gardes les idées claires.

- J'en ai besoin pour voir le monde plus rose qu'il ne l'est en réalité et faire en sorte que les propos venimeux de mamie Naori glissent sur mes plumes comme... l'histoire du canard là.

- La colombe! Bien ! Plus d'alcool pour le reste de la journée » lui ordonnai-je prenant son verre pour le déposer sur une des tables à proximité.


Pour qui se prenait-il, mon père ? Je n'avais bu que deux verres, je n'étais donc pas saoule mais pas sobre non plus, juste ce qu'il fallait pour me détendre. Mettons les choses à plat, sur les huit autres personnes présentes j'avais un allié, trois ennemis déclarés et quatre Suisses, parmi lesquels Hinata que je comptais bien rallier à notre cause. Si Mikoto pouvait nous soutenir on prendrait l'avantage. Il nous restait un long chemin à faire et très peu de temps.

« Si je disais tout à Hinata, tu crois qu'elle nous aiderait ? demandai-je subitement à Sasuke qui dégustait une verrine que j'avais confectionnée, attention il peut y avoir un morceau de coquille, le prévins-je.

- Merci pour l'info, maugréa-t-il n'osant plus avaler le contenu de sa bouche, il est hors de question d'en parler à qui que ce soit.

- Pourtant ce serait quand même plus simple, insistai-je.

- Je ne reviendrai pas là-dessus, murmura-t-il d'un ton menaçant mais avec la bouche pleine, cela me donna plutôt envie de rire, je me contins.

- Ça ne va pas te tuer chochotte, me moquai-je de lui qui regardait d'un air suspicieux la mousse d'asperge.

- Voyez Sakura vous n'aviez pas à vous en faire, vos verrines sont excellentes, me félicita Mikoto qui venait vers nous.

- Merci... Mais heureusement que vous vous êtes chargée des œufs sinon certains auraient pu s'y casser les dents » ajoutai-je et c'est avec une certaine délectation que je vis mon compagnon se crisper quand il comprit qu'il s'était fait berner. Mikoto nous adressa quelques mots avant de se diriger vers son frère.

« T'es contente ?

- Oh que oui, tu viens d'illuminer ma journée, rigolai-je.

- Je vais faire comme s'il ne s'était rien passé car je sais que ce qui t'attend est bien pire.

- Que tu es magnanime !

- Votre attention, retentit la voix douce et ferme de la maîtresse de maison, nous allons passer à table donc si vous voulez bien vous diriger sous la véranda ».

Ce fut sur ces mots que le cauchemar débuta.


Lorsque ma belle-fille Mikoto nous invita à nous installer, je vis avec horreur qu'un plan de table avait été prévu. Sottises ! Comme si un vulgaire morceau de papier allait dicter ma conduite, à mon âge on n'écoutait plus rien ni personne. Parcourant rapidement les cartons, je vis qu'encore une fois j'avais été placée de manière à présider l'assemblée, j'avais l'impression d'être la Reine-mère et cela m'agaçait prodigieusement. Non, il me fallait bousculer cette coutume ridicule.

À l'aide de mon fidèle éventail, j'assénais de petites frappes sur quelques avant-bras et fessiers pour me frayer un chemin jusqu'à l'intruse auprès de laquelle je m'assis. Je me régalai de son regard surpris et lui offris mon sourire le plus hypocrite. Si cette pimbêche en voulait à ma famille, j'allais la défendre bec et ongles !

Je sentis plus que je ne vis Sasuke se crisper comprenant que j'occupais à présent sa place et qu'il allait devoir prendre la mienne, c'est-à-dire très loin de sa chérie. Il ne pourrait absolument pas la protéger et je pourrais ainsi pleinement me faire une idée. Je me doutais bien que Fugaku était inquiet, mais mon fils n'aurait jamais le cran de faire ce qui devait être fait. La crainte qu'il inspirait à ses enfants était à mon sens surfaite, Sasuke avait bien plus d'envergure que lui et s'il n'en avait pas encore conscience, son père si, c'était pour cette raison qu'il pouvait se montrer aussi dur envers lui.

« Merci à tous d'être là, je sais que vous avez tous été surpris par la présence de Sakura mais il va falloir vous y habituer puisqu'elle est depuis peu la fiancée de Sasuke, déclara Mikoto qui me lança un regard suppliant.

- Je ne m'habituerai qu'à ce qui me plaît, commentai-je ce qui déplu à ma belle-fille, mais je n'en avais cure.

- Bienvenue Sakura, entendis-je prononcer Neji situé en face de nous, vous êtes ravissante et je comprends pourquoi mon cousin ne nous a pas parlé de vous avant. Tu voulais l'avoir pour toi tout seul n'est-ce pas ?

- Tu as deviné, mais mon frère ne sait pas garder un secret, rapporta Sasuke un brin tendu.

- Merci Neji, répondit ma voisine rougissant comme une idiote.

- Tu devrais t'acheter des lunettes morveux, intervins-je mécontente de son petit jeu, ce que je vois c'est une vipère vicieuse dont il faut ôter la tête avant qu'elle ne morde.

- Il me semble que vous détenez un salon de thé en ville, mon meilleur ami m'y a emmenée et je n'avais jamais goûté un tel délice » complimenta Sakura.

Lèche-botte ! Elle semblait vouloir m'ignorer l'insolente, mais je ferai éclater la vérité au grand jour, aucune ne m'a résisté et je ferai en sorte qu'elle ne soit pas la première.


Poussée à bout par cette fichue bonne femme, je n'étais plus qu'un corps rigide, les mains crispées sur ma serviette, tentant d'oublier chaque phrase et commentaire insultants prononcés à mon égard. Les nerfs à vif, je n'avais qu'une envie, celle de me lever de table et de frapper le premier objet qui aurait l'air d'un punching-ball. Le ciel dut m'entendre car se présenta à moi un défouloir digne de ce nom.

« Et toi Itachi aucune dame ne retient actuellement ton attention ? demanda Neji insouciamment.

- Aucune donzelle ne peut se targuer de posséder ce pouvoir-là, répondit-il naturellement tandis qu'il se faisait servir l'entrée, et puis je tiens trop à ma liberté».

Cela déclencha l'hilarité des hommes de la table, machistes va ! Comme si cette condescendance envers le sexe féminin devait être encouragée. J'allais leur apprendre moi !

« Ta liberté ? repris-je ironiquement, tu n'es pourtant pas frigide, si ? Des femmes, tu dois en fréquenter ? Elles te sont... nécessaires, commentai-je le plus doucereusement possible, ralentissant mon débit et mes gestes afin que tous m'écoutent. Un gloussement me parvint du côté d'Hinata et une lueur de fierté brilla dans le regard de Sasuke, je me sentis pousser des ailes.

- Les femmes ne sont aucunement une nécessité, un homme peut se satisfaire autrement, répliqua-t-il avec une œillade perverse.

- Mon pauvre quelle tristesse, c'est une vie bien solitaire que tu mènes. Mais si tu suis ce raisonnement, nous pouvons nous aussi nous passer de présence masculine, nous avons juste la décence d'admettre sans honte nos faiblesses et l'avantage que peut apporter un homme à nos côtés... à moins que... aurais-tu un aveu à faire ? ».

Prends-toi ça dans les dents, réciprocité du statut, nous sommes donc égaux, ajoute à ça la supériorité intellectuelle et... le doute quant à ton orientation sexuelle. J'y étais peut-être allée fort, Fugaku faillit recracher le contenu de son verre et Mikoto avait l'air perdue. Itachi... Itachi me lançait des éclairs et en même temps une certaine admiration se lisait dans ses yeux.

« Je ne te connaissais pas ce goût pour l'humour salace, mais finalement rien de surprenant de la part d'une esc-

- C'est vrai qu'en médecine, la pudeur n'est pas de mise, vous êtes amenés à parler de tout sans tabou, intervint juste à temps Sasuke. Une goutte de sueur froide glissant le long de mon dos. Itachi avait presque dévoilé une information cruciale sur ce que j'étais, comment l'avait-il apprise ? Nous avions de quoi trembler.

- Tu fais des études de médecine ? s'exclama Neji qui en oublia le vouvoiement, ce qui me convint parfaitement. Ce fut un parfait détournement de la conversation, qui détendit finalement l'atmosphère, malheureusement ça ne dura pas.

- Oui j'ai commencé l'internat en obstétrique, c'est très excitant, déclarai-je enthousiaste, enfin quelqu'un qui s'intéressait vraiment à moi.

- On laisse vraiment n'importe qui nous soigner maintenant, pas plus tard qu'hier cet idiot de généraliste m'a prescrit des corticoïdes, cela aurait pu me tuer avec mon coeur ! Non vraiment, les critères de sélection ont vraiment chuté » interféra Naori Uchiha. Et voilà c'était reparti !

La grand-mère avait la tête dure et m'avait prise en grippe, personne ne pouvait maintenant l'ignorer bien qu'aucun ne semblait s'offusquer plus que ça de ce comportement abusif et cela m'insupportait. Dans la demi-heure qui suivit, j'eus droit à des mots tels que « cerveau vide », « rapace », « gourde », « insipide » et si j'eus le malheur d'ouvrir ma bouche pour donner un avis autre, je devenais « insolente », « perverse » et « hideuse ».

Heureusement de temps en temps je voyais Sasuke, qui était bien trop loin pour entendre la totalité de la discussion, me lancer des regards encourageants. Se rependait alors en moi une force mentale dont je ne soupçonnais pas l'existence. Voilà ce que je ressentais : à deux nous étions plus forts, mais que quelqu'un la fasse taire, pitié, sinon j'allais lui balancer mon verre en pleine poire, au diable le couplet sur les aînés et leurs droits ! Il ne fallait pas non plus se foutre de la gueule du monde. Le respect ça se mérite.

Tout à coup, je bondis de ma chaise, un liquide rougeâtre vint former une belle auréole sur mon vêtement et je sentis de l'humidité sur ma peau.

« Oups, ce que je peux être maladroite ».

Un coup d'œil et je compris que nous avions eu la même idée sauf qu'elle, était allée jusqu'au bout, c'en était trop ! Posant ma serviette sur la table, je ne pris même pas la peine de m'excuser et me dirigeai presque en courant à la salle de bain. Quelqu'un me suivait, sûrement Sasuke qui voulait s'assurer que je tiendrai le coup, mais quand je compris qu'il s'agissait de mon bourreau, j'eus quelques difficultés à cacher ma joie et avec une vivacité étonnante, elle nous enferma dans ce lieu exigu.

« Bien, maintenant que nous sommes seules, j'aimerais connaître vos véritables intentions. Je vous félicite pour vos talents d'actrice, vous êtes meilleure que celles qui vous ont précédée.

- Pourquoi tant de méfiance, vous ai-je donné une seule bonne raison de me craindre ?

- Vous sortez avec mon petit-fils et c'est bien suffisant. Je sens que vous cachez quelque chose et si vous ne me le dites pas, sachez que je finirai par le découvrir, alors autant nous éviter de longues palabres et souffrances inutiles. Je vous écoute.

- Vous voulez la vérité ?

- Ce serait un bon début.

- La vérité c'est que je n'avais pas la moindre envie de venir ici, jouer les cruches et les hypocrites ne m'intéresse pas du tout. J'ai horreur des faux-semblants. C'est votre petit-fils qui s'est intéressé à moi en premier, c'est lui qui est venu me chercher. Sachez que j'aurais préféré qu'il ne soit pas un Uchiha car les choses auraient été beaucoup plus simples ! ». Ne possédant plus le moindre oxygène dans les poumons, j'achevai ma tirade, exténuée.

Oh mon Dieu, qu'avais-je fait ! Nerveusement, je me retournai vers le lavabo et entrepris de faire disparaître cette fichue tache de vin. Ça ne servait à rien, Sasuke me devrait un pressing.

« Nettoyez avec du lait.

- Pardon ?

- Du lait ! C'est ce qu'il y a de plus efficace.

- Me... merci, murmurai-je surprise par sa soudaine sollicitude.

- Et bien ! On peut dire que vous en aviez sur le cœur. Ce n'était pas si dur, si ? railla-t-elle.

- Alors vous me croyez ? dis-je incrédule.

- Je crois qu'effectivement vous n'en avez pas après l'argent ou la renommée... mais je ne suis pas prête encore à vous accepter ».

Sa voix était sèche mais aucune agressivité n'en ressortait, peut-être que finalement la journée ne serait pas trop horrible. J'entendis alors le bruit du loquet que l'on déverrouillait et elle quitta la pièce. Perdue dans mes pensées je rejoignis moi aussi le reste des invités, le dessert allant être servi.

Je repensai aux paroles qu'avait prononcées Hinata plus tôt, je ne les avais pas vraiment comprises mais elles devinrent claires comme de l'eau de roche. Sa méchanceté n'a d'égal que son amour pour nous tous. Je devais donc en faire de même ! Lui montrer que l'affection que je portais à son petit-fils égalait la sienne voire la transcendait... Cela me serait-il possible ? Qu'était l'amour déjà... et pourrais-je le feindre ?

Mes yeux perdus dans le vague à cette révélation, se posèrent naturellement sur l'homme qui avait bouleversé mon quotidien depuis peu. Il souriait à sa cousine avec laquelle il disputait une passionnante partie de go pour patienter. De fines ridules apparaissaient au coin de ses yeux et de légères fossettes embellissaient encore l'ensemble de son visage. La tendresse qu'il ressentait envers son adversaire était palpable même de là où je me tenais. M'apercevant il se leva subitement et vint à ma rencontre, inquiet, mon cœur rata un battement. Peut-être cela sera-t-il plus facile que prévu...


Bon alors comment avez-vous trouvé ce chapitre: correct, excellent, moyen, nul? J'accepte toutes les critiques constructives.

En tout cas je me suis bien amusée en l'écrivant. À vos plumes!