CHAPITRE 15 : Vérité pas si bien cachée
La nuit risquait d'être longue et éprouvante ! Je tournai encore et encore sur la méridienne car aucune position ne me convenait et mes paupières résistaient contre toute logique à la fatigue. En même temps, Sakura faisait plus de bruit qu'un moteur de formule 1 et n'arrêtait pas de bouger elle aussi. J'utilisais mon oreiller en guise d'insonorisation depuis un bon quart d'heure, malheureusement le résultat était peu probant. Frustré, je le lui jetai au visage, assez violemment pour réveiller un mort, mais elle non, à peine entendis-je un grommellement. Franchement il y avait de l'injustice, me dis-je, retenant un juron. Sakura était-elle vraiment humaine ? Peut-être servait-elle d'hôte féminin à une forme d'intelligence supérieure, active le jour et en dormance le reste du temps ? Je me secouai la tête face à tant d'absurdités. La demoiselle était certes particulière mais de là à concevoir ce genre de choses... Je le savais pourtant, c'était une erreur d'enchaîner les saisons de X-files, cela ne faisait que renforcer mon côté parano.
Tandis que mon esprit surchauffait, elle, ne semblait pas le moins du monde perturbée par les événements de la journée, pourtant éprouvante. Naori l'avait pas mal malmenée malgré une complicité naissante. Il avait fallu contenir l'enthousiasme débordant de ma mère, clarifier les sous-entendus d'Itachi et dissiper les doutes des autres membres de la famille... Sans parler des contacts physiques. Inutile de le contester, l'attraction entre nous était tangible, ce qui servait notre cause pour le moment mais pourrait se révéler dangereux par la suite. Mon rêve éveillé et la réaction que la vue de ce corps, ma foi appétissant, avait déclenchée en moi étaient des preuves plus qu'évidentes. Rien que d'y penser... Je pivotai encore et fermai les yeux pour effacer ce souvenir, mais la manœuvre eut l'effet inverse.
Pourtant fugace, il était aussi net qu'une photographie, c'était fou les prouesses dont notre cerveau était capable. Je pouvais même m'appesantir sur des détails qui m'avaient d'abord échappé, comme des gouttelettes emprisonnées dans sa chevelure qui ruisselaient le long de la peau satinée de son cou pour se perdre dans la vallée de sa poitrine. La chaleur étouffante de la pièce avait embelli ses hautes pommettes d'un blush naturel et son dos... Je déglutis péniblement ma salive. Ce qu'on appelait communément « chute de reins » était ce qui me faisait le plus fantasmer chez une femme. Et je devais reconnaître que celle de Sakura m'avait déjà affolé lors de notre première rencontre mais sans aucun tissu pour camoufler son postérieur, il y avait de quoi perdre les pédales. Lignes vertigineuses, rondeurs alléchantes et jeux d'ombres subtiles avaient offert à mes yeux assoiffés un tableau enchanteur. Si Botticelli avait été notre contemporain c'était de cet instant dont il se serait inspiré pour créer la naissance de sa Vénus. Maintenant dans l'inconfort le plus total, je maudis mes hormones et ma mémoire. Il n'y avait plus qu'une solution si je souhaitais obtenir un semblant de repos.
[Sans un regard de plus pour la marmotte en hibernation, je me levai bien décidé à me vider l'esprit... et autre chose. Une fois dans la salle de bain, je fermai à clé et fis couler l'eau de la douche. Bientôt la vapeur envahit de nouveau la pièce, je pouvais sentir l'odeur fleurie du savon qu'avait utilisé Sakura ce qui accentua encore, si cela était possible, l'afflux de sang vers une partie de mon anatomie déjà bien tendue. Ôtant le peu de vêtements que je portais, je délivrai mon pénis de sa prison mais le soulagement était minime, l'humidité et la chaleur ambiantes me rappelaient physiquement ce que pouvait offrir l'antre d'une femme. Le désir et la douleur devenaient insoutenables, je me glissai alors sous l'eau qui paraissait tiède sur ma peau brûlante, me faisant presque frissonner. Il me restait une dernière mise au point à faire : je me fis la promesse que ce serait la seule et unique fois que je me ferai avoir par cette diablesse. Cela dit, je n'eus plus aucun contrôle sur mes pensées et sur mes gestes, seuls mes bas instincts les dictèrent. Ma main droite vint se saisir de mon membre gonflé et entama de lents va-et-vient, faisant monter petit à petit le plaisir. Fermant les yeux, toutes mes sensations se décuplèrent ce n'était pas de l'eau qui touchait ma peau, mais les lèvres impatientes de mon amante, ce n'était pas non plus ma main qui enserrait mon sexe, mais celles fines et délicates de... Sa...Sakura. Il était trop tard et c'était trop agréable pour que je cesse maintenant. C'était mon obsession du moment, cela ne pouvait être qu'elle ce soir. Cela rendit l'expérience encore plus intense, réelle. Rapidement, je ne pus retenir mes soupirs de plaisir, j'espérais juste que cela n'alerte pas la jeune femme. La bouche de Sakura venait de m'engloutir et sa langue experte tournoyait langoureusement, titillant mon gland qui allait exploser. J'allais bientôt perdre pied et putain que c'était bon. De plus en plus proche de la délivrance, ma main accéléra ses mouvements devenus chaotiques, à l'instar de mes coups de reins. Le risque d'être entendu ou surpris nourrit le feu qui grandissait en moi. Il me fallut quelques minutes ensuite pour éjaculer violemment et sans aucune retenue, savourant l'orgasme et la paix qu'il apportait. Le temps de calmer ma respiration et il ne resta plus aucune trace de mon forfait.]
Jamais la masturbation ne m'avait procuré autant de satisfaction, j'espérais juste que cela suffise. L'eau coulait encore sur mon corps qui parvenait difficilement à se remettre de l'expérience, mais il y arriverait, je craignais plutôt pour ma raison. Avoir utiliser l'image de Sakura pour assouvir mes pulsions sexuelles était perturbant. Cela avait semblait si juste sur le moment... Je me serais pardonné un rêve, cependant je l'avais fait consciemment, je l'avais choisie, elle. Hanté par une culpabilité qui m'était inconnue, je tournai le mitigeur vers la droite. La soudaine fraîcheur de la douche me coupa le souffle et je pouvais voir de la vapeur se dégager de mon corps. Si j'en retenais un seul bienfait ce serait d'être parfaitement revigoré, mais mes esprits n'en étaient pas refroidis. Il me fallait pourtant tourner la page, penser à autre chose.
De retour dans la chambre, je tournai définitivement le dos à la source de mes ennuis, la lassitude finit par me gagner et je parvins à somnoler. Pas longtemps apparemment, constatai-je en regardant ma montre, à peine cinq heures, fichue horloge interne ! Je me serais bien octroyé une ou deux heures de plus en ce dernier jour de week-end, surtout en sachant que de la route nous attendait.
Risquant un regard vers le lit, il me suffit d'observer les soulèvements réguliers de la poitrine de Sakura pour savoir qu'elle était encore profondément endormie. Tant mieux ! Il me restait encore quelques minutes de paix à savourer. Je devais être d'ailleurs le seul debout à cette heure matinale. J'aimais cet instant de la journée, aussi virginal qu'un nouveau né. Il n'y avait pas plus excitant que ce sentiment de toute puissance. Rien n'était écrit, tout était possible. Je ne croyais pas au destin, l'avenir est celui que l'on forge de ses mains.
Me levant, j'allai me laver, cette fois-ci sans m'attarder, effaçant les dernières traces de fatigue. Cette histoire allait avoir raison de moi. Merde ! Mes vêtements étaient restés dans la chambre ! Traînant les pieds jusqu'au placard, je crus d'abord halluciner lorsque je perçus des voix étouffées venues du couloir, mais bientôt des gloussements se firent entendre et je reconnus le rire nerveux de ma mère. Qu'est-ce qu'elle mijotait ? Et surtout avec qui ? À peine m'étais-je posé la question que l'évidence de la réponse s'imposa.
« Hé merde ! » jurai-je encore une fois, ne prêtant pas attention à la serviette qui se dénoua. Je n'avais d'autre alternative que de les battre à leur propre jeu. Il n'y avait pas une seconde à perdre si je voulais rendre la scène crédible.
Oh quelle douceur ! Alanguie au bord d'un lac, les hautes herbes agitées par le vent créaient sur ma peau de légères caresses. Je ne pus retenir un soupir de contentement. Le souffle chaud du vent vint bientôt frôler la peau sensible de mon cou et dans un murmure sembla m'appeler, il recommença aussitôt, plus impatient. Quelque chose vint me pincer la joue, certainement un moustique. Ça pince un moustique ? me demandai-je perplexe, mais je chassai vite cette réflexion et l'insecte sanguinaire avec. Le vent exhala un long soupir et je sentis un bras musclé me faire tourner la tête, suivie du reste de mon corps.
« Tu ne me laisses pas le choix » chuchota-t-il.
Quelque chose de doux et d'humide se posa sur ma bouche, c'était très agréable et je répondis naturellement à cette caresse en commençant à mouvoir mes lèvres. Ce qui était au début un innocent échange tourna vite à l'orage. Mon corps tout entier était animé de frissons délicieux tandis que deux larges mains venaient l'explorer. L'une passant sous mon débardeur enserrant fermement ma taille, l'autre fit plier l'une de mes jambes et un corps souple et chaud effleura le mien dans un étrange ballet. Je n'avais jamais eu de rêve érotique aussi réaliste et je souhaitais qu'il dure encore longtemps, mais les vœux n'étaient pas de ce monde. Et sans mentir, je sentais tout de même que quelque chose clochait, c'était bien trop... vrai.
« Oh mon... pardon ! » s'écria une voix féminine devenue en une journée très familière.
Mikoto ? Mes yeux s'ouvrirent subitement et plongèrent directement dans l'obscurité infinie des pupilles de Sasuke. Il y avait encore quelques jours, j'aurais été incapable d'y voir quoi que ce soit, pourtant ce matin j'y percevais une lueur particulière et terrifiante, une lueur irrésistible.
C'était donc ça ! Je m'étais toujours moquée de la stupidité des papillons, qui attirés par la lumière, volaient vers une mort certaine à l'instant même je ne les comprenais que trop bien. Cet homme était dangereux et tout mon corps m'envoyait de puissants signaux d'alerte.
« Qu'est-ce... commençais-je en remuant pour me défaire de cette emprise, mais ma tentative échoua lamentablement. La bouche du jeune homme vint sceller abruptement mes lèvres prévenant toute gaffe de ma part. Toute protestation était vaine, honnêtement je n'étais pas sûre d'en avoir la force et encore moins la volonté.
« Hé bien petit frère, bien joué ! convint Itachi je saisis alors l'ampleur de la situation et la menace qui couvait.
- Dégagez de là ! » tempêta Sasuke faisant tendre ses muscles qui glissèrent sous mes doigts : du satin. Les coupables, eux, déguerpirent aussitôt non sans un sourire goguenard.
Pendant une longue minute, il sembla avoir oublier ma présence, le regard fixé sur la porte et je n'osai lui rappeler mon bon souvenir. Je ne pouvais pas non plus rester indéfiniment là, coincée entre le matelas et le corps brûlant de... nu... il était nu. Entièrement. Je pouvais sentir sa... son... bref ! La tête me tourna.
« Pervers ! Satyre ! hurlai-je en tapant des poings sur ce torse admirablement dessiné, pousse-toi !
- Hé ! Calme toi, s'agaça-t-il en attrapant mes poignets, je n'avais pas le choix.
- Tu plaisantes ? Tu aurais pu juste faire semblant de dormir, non ? C'est ce qu'une personne sensée aurait fait.
- Itachi n'y aurait pas cru une seule seconde.
- Vraiment ? Ce serait si impensable qu'un couple dorme encore à... 6h35 du matin ! En plus je faisais un rêve génial, me lamentai-je, tu pourrais...dégage de là!
- Un rêve, hein ? répéta-il pas le moins du monde affecté par mes tentatives de fuite. Et de quelle nature je te prie ? Parce que tu ne paraissais pas vouloir en sortir malgré notre... activité, et puis...
- Et puis quoi ? m'impatientai-je.
- Tu pourrais arrêter de gesticuler comme un ver, c'est assez gênant.
- Que ? m'interloquai-je suivant le mouvement de sa tête là où nos corps se joignaient, abruti ! Tu n'as qu'à bouger, tu veux me violer ou quoi ?
- Tu me crois réellement capable d'abuser d'une femme ? demanda-t-il immédiatement grave. Il faisait bien trop sombre maintenant que les intrus s'étaient éclipsés, cependant le son de sa voix ne laissait pas de place au doute je l'avais blessé, véritablement, mais j'étais trop têtue et confuse pour réagir correctement.
- Je n'en sais rien, les loups savent passer inaperçus dans la bergerie.
- J'en ai assez entendu » trancha-t-il et se servant du drap comme d'un pagne, quitta la pièce. Un froid étrange me pénétra aussitôt, ainsi qu'une insupportable solitude.
J'en avais peut-être un peu trop dit, néanmoins imaginez-vous vous réveiller à moitié débraillée, un homme au-dessus de vous, qui avait profité de votre sommeil pour vous faire tout un tas de choses, c'était... totalement hypocrite de ma part, soupirai-je. Sans l'intervention des deux zigotos, je n'avais aucune idée de ce qui nous aurait arrêtés, en tout cas pas moi. Je me mis à effleurer ma peau retraçant le parcours de ses mains. Le plaisir était encore intact, si une nouvelle occasion se présentait, je n'étais pas certaine d'y opposer une grande résistance. Encore fallait-il que cela l'intéresse et à moins que je ne m'excuse les chances étaient proches de zéro. Oh et puis zut ! M'excuser ? Cela reviendrait à lui courir après et ça... impossible. Tant pis, je n'étais pas désespérée et il n'était pas le seul homme grand, ténébreux et sexy qui existait sur cette planète.
Regardant l'heure, je décidai tout de même de me lever, de toute façon mes rêves ne pourraient plus concurrencer la réalité et notre départ était imminent. En un temps record, je me douchai et rangeai mes affaires dans mon sac de voyage, en boule, geste de rébellion bien dérisoire.
Demain tout sera fini, me répétai-je comme un mantra, demain, j'irai trouver une fille belle, sexy et consentante, qui s'occupera de moi. Mon attirance pour ma complice disparaîtrait aussi vite qu'elle était apparue, surtout que je ne reverrai plus la demoiselle avant un bon moment. Elle avait le don de me faire oublier mes promesses, tous mes beaux principes en prenaient un coup. Sakura possédait une haute teneur en toxicité, moins je la côtoierai, mieux je me porterai. Le retour en voiture serait une épreuve pour mes nerfs, néanmoins ma volonté triomphera.
En passant dans le couloir principal je pris conscience de mon absence de vêtements, mais je ne donnerai pas le plaisir à cette vipère de réapparaître devant elle. Ce n'était pas de la lâcheté, sûrement pas, j'étais la victime dans l'histoire. Je me dirigeai au sous-sol, une salle de sport y avait été aménagée. J'étais certain d'y trouver un t-shirt et un short, j'en avais toute une collection. Une fois habillé un autre de mes besoins primaires cria pour être satisfait. Ce fut donc sans tarder que je pris le chemin de la salle à manger, ma mère avait dû déjà tout installer pour le petit-déjeuner.
Je fus tout de même surpris d'y retrouver ma prétendue fiancée, plus pimpante que jamais. Dire qu'elle m'avait presque accusé de viol ! Moi ! Je n'avais qu'à lever le petit doigt et une tripotée de nanas se jetait sur moi. Tout à coup une rage sourde monta en moi et mes yeux se posèrent sur ma cousine. Le viol, cet acte criminel, dévastateur, ne pouvait être évoqué si légèrement. La victime était marquée à tout jamais dans sa chair, dans son esprit. Hinata prit conscience de mon entrée et me sourit timidement. Ce sourire, il avait mis si longtemps à réapparaître mais ce n'était encore que l'ombre de celui que je conservais précieusement dans mes souvenirs. Je devais être plus qu'insistant car celle-ci me scruta à son tour. Je décelai dans son regard une inquiétude grandissante, une peur presque panique, ce fut comme un seau d'eau froide et je me contrains à faire fi des pensées meurtrières qui m'avaient submergé. Je détestais la voir ainsi. Alors je ne pus que retourner son sourire, désolé de l'avoir apeurée. Cet échange bien que bref n'avait pas échappé à Sakura qui nous jetait des œillades inquisitrices, pourtant elle devrait se contenter de son imagination pour satisfaire sa curiosité car elle ne tirerait rien de moi ou de ma cousine.
J'avais senti la présence de Sasuke avant de le voir, une aura macabre s'était insinuée jusqu'à moi suspendant mes gestes et mes pensées. Je fus la seule à lever la tête et pus intercepter sans le comprendre le dialogue visuel qu'il partagea avec Hinata. Étrange était un doux euphémisme pour décrire ce qu'il venait de se passer. Cela aurait pu tout aussi bien n'être qu'une vision tant l'événement fut bref. Je cherchai à capter l'attention du jeune homme pour obtenir un semblant d'explication, je n'eus droit qu'à une grande claque dans la gueule. Il avait décidé de m'ignorer totalement, bien pour la crédibilité ! Bon pour notre business ça ! Il allait tout faire foirer juste pour ce que j'avais dit ce matin ? Il n'était pas sérieux ! Je devais trouver un moyen d'aplanir les choses rapidement.
Connaissant son penchant pour la caféine, je m'élançai vers la cafetière en ligne droite, prenant le risque de faire tomber comme des quilles tous ceux se trouvant sur mon chemin. Aucun enfant, aucune personne âgée n'a été blessée durant l'action, je plaiderais peut-être coupable pour un pied écrabouillé si un jour il y avait plainte.
Juste à temps, je me saisis de l'objet désiré, seul bémol une autre main se trouvait sous la mienne.
« Monsieur Uchi-ha, vous voulez du café...aussi, bafouillai-je surprise par cette nouvelle confrontation, laissez-moi vous...servir.
- Ça ira merci, déclina-t-il poliment.
- Oh ce n'est rien, insistai-je voyant Sasuke prendre une tasse propre sur la grande table, c'était le moment.
- Vous savez que vous devrez lâcher cette cafetière de toute façon ? me signala-t-il et j'eus la désagréable impression d'être prise pour une idiote.
- C'est une menace ? Je- je peux me tromper mais... je ne sais pas pourquoi ça sonne comme une menace... commentai-je ma voix perdant de son intensité en même temps que s'évanouissait ma confiance.
- Sakura c'est ça ?
- Oui ? confirmai-je légèrement stressée et agacée, comme si ça ne valait pas la peine qu'on se souvienne de mon prénom.
- J'aimerais récupérer ma main et peut-être pourrais-je ensuite savourer tranquillement cet arabica importé du Kenya.
- Oh ! fis-je désarçonnée et libérant immédiatement le patriarche, mais je peux encore vous servir.
- Non, je vais le faire » conclut-il en s'éloignant avec le précieux liquide. Tout ce manège pour rien, le voilà qui fournissait Sasuke de sa drogue matinale. Il allait falloir trouver un autre prétexte. Ceci dit, j'enfournai dans ma bouche un pain au chocolat le moins élégamment du monde, extériorisant ainsi ma frustration. Trois heures de plus dans cette maison et le bouton de mon pantalon sauterait.
D'un regard Sasuke me fit comprendre qu'il était temps de partir et donc de descendre nos sacs afin de charger la voiture. J'obtempérai, à la fois soulagée que cette mascarade prenne fin et triste de quitter ce lieu fabuleux. Mikoto y était évidemment pour beaucoup. Je laissai mes yeux vagabonder jouissant de la beauté des œuvres exposées un peu partout dans la maison tout en me dirigeant vers la chambre, Sasuke sur mes talons.
« On n'a pas toute la journée ! s'irrita-t-il de ma lenteur.
- C'est bon, on n'est pas aux pièces !
- Je n'ai pas envie d'arriver après minuit... j'ai une importante réunion demain matin.
- Oh... et ça va aller ? m'inquiétai-je malgré moi, je veux dire, avec ce week-end tu n'as pas pu bosser.
- Bien sûr que ça va aller, ricana-t-il plein d'orgueil, tu crois vraiment que je serais venu si je ne l'avais pas anticipée ?
- Mais quelle idiote je suis de m'être pendant trente secondes inquiétée pour le Oh-tout-puissant Sasuke Uchiha, non franchement, ironisai-je, on ne m'y prendra plus, promis.
- Alors merci de ta sollicitude, mais non merci ».
Mais quel numéro ce type ! Il me rendait totalement chèvre . Un instant j'avais l'impression qu'on avait réussi à établir une certaine connexion et la seconde suivante, il me faisait sortir de mes gonds par son arrogance et son mépris. Et puis tant pis pour lui, je voulais arranger les choses mais il n'avait qu'à se débrouiller.
Cinq minutes plus tard, nous étions prêts à décoller, c'était sans compter la dernière volonté de la femme de maison.
« Venez ! Venez tous, nous allons prendre une photo de famille.
- Poussez-vous Sayuki, vous n'avez rien à faire dans le cadre, m'ordonna Naori tandis que chacun cherchait une place devant la fontaine.
- La sénilité vous guette apparemment, mon nom c'est Sakura, pestai-je la mémoire faisait vraiment défaut à cette famille !
- Sakura chérie, mettez-vous à droite de Sasuke, parfait ! Hiashi, mets-toi derrière tes enfants et... Sasuke tu veux bien te rapprocher de ta fiancée ?
- On dirait bien qu'il y a des nuages au paradis, annonça Itachi à la cantonade et le cadet vint poser mollement son bras autour de ma taille.
- Je n'ai pas la peste tu sais ? informai-je en chuchotant mon compagnon qui soupira d'impatience.
- Non mais je crains que ta bêtise ne soit contagieuse, rétorqua-t-il acerbe.
- Qu'est-ce que tu as à la fin ? articulai-je pour marquer mon agacement tout en restant discrète.
- Tu ne peux pas comprendre ! asséna-t-il fronçant les sourcils.
- Si c'est pour ce que j'ai dit tout à l'heure... je me suis laissée emporter... tu sais comment je suis... mes émotions prennent souvent le dessus et je dis n'importe quoi.
- C'est pas bientôt fini les messes basses ? intervint encore une fois le fauteur de trouble.
- C'est justement ce que je te reproche ! poursuivit Sasuke sans se préoccuper de son frère, il va falloir que tu fasses plus attention à ce qui sort de ta jolie petite bouche !
- De ma...
- Et voilà ! » s'enthousiasma Mikoto qui venait d'immortaliser l'instant. Ce n'était pas cette image qu'elle allait accrocher au-dessus de la cheminée, n'est-ce pas ?
Je n'eus pas l'opportunité de revenir sur ces derniers mots car déjà la masse se dispersait et Sasuke en profita pour s'éclipser. Franchement je n'y comprenais plus rien, ma spontanéité n'avait jamais été un problème jusqu'à présent et je l'avais faite taire durant notre week-end pour que tout se passe au mieux. J'avais le droit à une pause quand on était rien que tous les deux, non ? Qu'avais-je bien pu dire qui l'avait froissé autant ? Déçue à un point que je ne m'expliquais pas, je m'aventurai dans le jardin respirant le parfum envoûtant des fleurs et savourant la chaleur du soleil sur mon visage. Il n'y avait rien de tel pour apaiser les cœurs et les esprits.
« Sakura ? m'interpella l'hôtesse qui me rejoignit, vous vous êtes fâchés ? Pas à cause nous j'espère ? me questionna-t-elle avec un air coupable,.
- Noooon, la rassurai-je, c'est autre chose.
- Sakura vous avez dû nous trouver envahissants, mais nos intentions ne sont jamais mauvaises.
- Disons que pour ce matin... vous avez été inspirée par la mauvaise personne. Je vous crois Mikoto, continuai-je après une petite pause, je suis juste très... gênée que vous nous ayez surpris en pleine... euh action.
- Ne le soyez pas ma chérie, les seules choses que j'ai pu voir étaient le dos de mon fils et son regard meurtrier. Il a pris soin de vous cacher, en rabattant légèrement le drap. S'il y a une chose dont je me targue, c'est bien la galanterie de mes fils ! J'en ai bavé pour leur inculquer les bonnes manières et surtout pour qu'ils ne les oublient pas ! souligna-t-elle fièrement ».
Oh, maintenant que j'y pensais... il était vrai qu'ils n'avaient pas pu voir grand chose notamment grâce à la pénombre de la pièce.
« C'est vrai, reconnus-je me remémorant tous leurs gestes parfois anodins qui témoignaient d'une très bonne éducation et d'un respect envers la gente féminine, vous les avez bien élevés.
- Sasuke est exigeant envers les gens qu'il aime, alors il l'est d'autant plus avec vous. Il a les défauts de ses qualités que voulez-vous ! Donnez lui tout ce que vous avez et il essaiera de vous le rendre au centuple, s'exclama-t-elle passionnément.
- Mais... c'est effrayant... de s'abandonner comme ça, entièrement... même quand on est follement amoureux ajoutai-je précipitamment en la voyant froncer les sourcils.
- C'est ainsi que nous aimons chez les Uchiha : sans compromis ! Je comprends que cela soit... en fait non, ce ne serait pas honnête de ma part... Je ne connais pas cette peur car je sais ce qu'aimer un homme de cette famille signifie. Faites moi confiance, dit-elle prenant mes mains dans les siennes, vous pouvez avec lui, sans arrière-pensée ! »
Je ne pus lui offrir qu'un timide sourire en échange de ses conseils. Il fallait être cinglé pour mettre dans la balance sa personne dans sa totalité, corps, âme et intellect. Comme si on pouvait être absolument certain de ce que l'autre investira dans la relation... Mikoto avait l'air de croire que cela était possible, voire même inenvisageable autrement dans leur famille.
Mon esprit vagabonda vers le cadet, comme souvent réalisai-je. Cet homme était un être entier, au caractère parfois taciturne mais attendrissant, avec ses principes il semblait venir d'une autre époque. Il était beau comme un dieu ce qui apportait une sacrée valeur ajoutée ! Il était facile de craquer pour lui mais il devait être difficile à aimer sur le long terme, un vrai défi ! Cependant il devait être agréable d'être aimé aussi... farouchement. Un frisson de plaisir me parcourut et mon cœur accéléra quelque peu son tempo. Oui je pouvais aisément l'imaginer. Cette femme devrait être exceptionnelle... Je ne faisais qu'emprunter sa place en attendant qu'elle daigne pointer le bout de son nez parfait - de la chirurgie sans nul doute.
« J'espère vous avoir rassurée, reprit ma compagne, je suis ravie de vous avoir rencontrée. J'aimerais bien discuter avec vous plus longuement mais mon devoir m'appelle, dit-elle en jetant un regard vers son frère qui lui signalait son départ.
- Je ne voudrais pas être responsable d'un incident diplomatique, répondis-je ne pouvant cette fois-ci taire mon sarcasme, mais elle ne le prit pas mal.
- Je suis « à l'ancienne » comme on dit !
- Vous ne m'en voudrez pas si je ne corresponds pas à cette version de la femme d'intérieur ? Ni ne veut l'être d'ailleurs.
- Pas le moins du monde ! Cette famille a besoin de sang neuf. Je dois vraiment y aller. Au revoir ma chère et à bientôt » conclut-elle me faisant la bise et me gratifiant d'un clin d'œil.
Si tout se passait comme prévu nous aurions effectivement l'occasion de nous revoir et cela m'enchantait d'avance. Je n'avais pas du tout envie de lire un jour dans ses yeux rieurs la déception qu'engendrerait inévitablement la vérité. Le seul que cela réjouirait serait Itachi. En parlant du diable, voici qu'il se dirigeait par ici, ajoutant un nouveau poids sur ma conscience. Sa démarche féline et nonchalante avait quelque chose d'hypnotisant et d'inquiétant en même temps. Il ne venait pas pour sympathiser c'était flagrant. Ne souhaitant pas rester seule avec lui, j'emboîtai le pas de la femme de maison.
« Hé bien au revoir » envoyai-je en passant devant lui avec toute la superbe dont j'étais capable malgré la raideur de mes membres. Je devais à tout prix éviter une confrontation directe, ce que lui cherchait absolument à provoquer à l'évidence. À peine avais-je atteint son niveau qu'une main ferme prévint toute tentative de fuite.
« Je te fais si peur que ça ?
- Pas le moins du monde ! mentis-je misérablement.
- On n'est pas bien là ? Tous les deux ? questionna-t-il parcourant le jardin d'un regard appréciateur, tu peux bien accorder cinq minutes à ton futur beau-frère non ? »
Sa dernière phrase me laissa sans voix. Avait-il fini par reconnaître l'authenticité de notre couple? Faux couple ! La formule était étrange mais vrai. Un truc dans son sourire m'incitait à ne baisser aucunement ma garde, cet homme était fourbe. Je m'apprêtais à répondre positivement à sa requête quand il me coupa l'herbe sous le pied.
« Allez il n'y a personne à impressionner, dis-moi comment tu as fait ? Je suis curieux et même admirateur.
- J- je ne suis p- pas sûre de comprendre, bégayai-je prise de sueurs froides.
- Je n'avais jamais vu quelqu'un manœuvrer mon frère aussi bien, on dirait un toutou à sa mémère, ricana-t-il, alors qu'est-ce qu'il lui plaît chez toi, j'ai beau regarder... Un joli minois certes... Soyons généreux je te mets 7/10 franchement c'est honnête !
- Qu- qu, ne pus-je qu'articuler à présent blanche comme un linge, je ne m'étais jamais sentie aussi insultée de toute ma vie.
- Oh refais-le on dirait un poisson sur l'étale d'un marchand, minauda-t-il.
- Tu es... Tu es un véritable salopard ! articulai-je tout bas sentant poindre la colère, tu te crois supérieur à moi ? À ton frère ?
- Oh ça y est, la voilà mon arnaqueuse » se réjouit-il se permettant de me relever le menton de son index. L'émeraude, minéral pur et éclatant se confronta à l'onyx, sombre et profond.
Nous étions si proches à présent que je sentais son haleine chatouiller ma figure. Je ne pus esquiver son prochain mouvement, en une fraction de seconde, Itachi combla la distance qui nous séparait et m'embrassait. C'était brutal et douloureux, il m'imposait ainsi sa force, sa détermination, et je me débattais vaillamment mais sa main était comme les serres d'un aigle sur sa proie. Il me relâcha soudainement et le triomphe brillait dans ses yeux. Sur mes joues roulaient des larmes que je n'avais même pas senties monter, mon humiliation était totale. Très vite son visage devint lisse comme le marbre et la terreur me figea.
« Tu es une femme de la pire espèce, tu as peut-être réussi à embobiner tout ce petit monde mais je sais ce que tu es. Alors quand vous allez rentrer avec Sasuke, tu lui diras que tu as changé d'avis, que c'est trop tôt, bref les excuses habituelles, tu vas rompre ces fiançailles de pacotilles car sinon crois-moi, j'ai les moyens de te détruire ».
Ce ne fut que quand il disparut de mon champ de vision, que je pus à nouveau respirer. Il n'était décidément pas à prendre à la légère. Rageusement j'essuyai mes lèvres que les siennes avaient osé maltraiter et les larmes que j'avais honteusement versées. Pourquoi avait-il fait ça ? Que savait-il exactement ? Quelles seraient les conséquences pour Sasuke si jamais cela était dévoilé ? Si c'était une tentative d'intimidation, elle fonctionnait ! Reprends-toi Sakura, c'était peut-être du bluff ! Rassemblant mon courage et calmant ma colère, je rejoignis la troupe en tenant d'ignorer le tremblement de mes mains, en vain.
Je fis le tour de chaque personne, promettant à Neji d'accompagner Sasuke lorsque s'ouvrira son nouvel établissement, à Hinata de partager un repas avec elle et Naruto, à Naori de faire exactement le contraire de ce qu'elle souhaitait que je fasse et quant à Fugaku...son air sérieux me décontenançait totalement je n'allais quand même pas lui faire la bise. Maladroitement je lui tendis la main qu'il emprisonna dans la sienne. M'incitant à l'ouvrir il y glissa un petit objet, mais ne me laissa pas le temps de demander quoi que ce soit. Je découvris avec suspicion au creux de ma paume une clé USB... que pouvait-elle contenir ? Je n'aurai plus qu'à attendre d'être chez moi pour le découvrir, mais cela attisait grandement ma curiosité.
De son côté, le beau brun subissait les embrassades de ses proches restant le plus stoïque possible, cet homme devait avoir un disque dur et une carte mère à la place du cœur, n'en déplaise à Mikoto. Un dernier regard à l'élégante demeure et je pris place sur le siège passager de la berline.
Je vis Sakura, inhabituellement calme, s'installer dans le véhicule tandis que les effusions n'en finissaient plus. J'adorais ma famille, ne vous méprenez pas, mais toutes ces démonstrations d'affection me donnaient de l'urticaire. Je réussis enfin à m'extirper des bras de ma grand-mère et nous prîmes la route dans un silence de bon aloi. Le soleil était levé depuis longtemps et les routes sinueuses du bord de mer n'allaient pas nous permettre de rattraper le temps perdu, heureusement que la météo était correcte.
« Dès que possible, nous rejoindrons l'autoroute » annonçai-je plus froidement que je ne l'aurais souhaité, mais l'étrange attitude de Sakura me décontenançait. J'étais cependant trop prudent pour tenter d'en connaître la raison et la laissai à ses pensées apparemment obscures.
Je sentis très vite une zone de mon cou devenir sensible, comme si on y plantait une aiguille de manière répétée. Du coin de l'œil, j'aperçus ma voisine me fixer sans ciller, un rien psychopathe. Ce n'était plus qu'une question de secondes avant qu'elle ne se décide à rompre ce calme qui m'était si cher.
« Je reconnais avoir exagéré, mais ta manière de gérer la moindre difficulté...
- C'est-à-dire ?
- En boudant dans ton coin ! balança-t-elle du tac à tac, ça n'arrange pas nos affaires.
- Une prise de tête de temps en temps, c'est sain dans un couple, argumentai-je trop fier pour admettre qu'elle avait raison.
- Peut-être bien mais on n'est tout sauf un couple, en en faisant trop on risque d'être démasqués, comme l'accident de ce matin... si ce n'est pas déjà fait d'ailleurs, marmonna-t-elle.
- Je ne te suis plus, tu parles de mon comportement en public ou de ce qui s'est passé dans la chambre ?
- Les deux !
- Il fallait faire vite, me justifiai-je fatigué de revenir là-dessus.
- C'est pour ça que tu n'as même pas pris le temps d'enfiler un caleçon ?
- En effet, confirmai-je laissant poindre dans ma voix un léger trait d'humour, après tout autant s'en amuser.
- Ce n'est pas la pudeur qui t'étouffe, commenta-t-elle en croisant les bras sous sa poitrine, elle le faisait exprès n'est-ce pas ? m'interrogeai-je mes yeux parcourant les courbes mises soudainement en avant.
- C'est une notion inutile, repris-je me giflant mentalement, nous sommes tous faits de la même façon.
- Oh mais c'est pire que ce que je pensais, tu es exhibitionniste ? s'offusqua-t-elle faussement, rentrant dans mon jeu.
- Il faut toujours que tu noircisses le tableau. Je me demande comment tu parles de moi à tes amis !
- Ils ne sont pas au courant.
- Oh voyons, tu ne t'es pas vantée auprès d'eux de la prise que tu as faite ?
- Pour quoi faire, tout ça est bidon ! Et puis c'est plus simple de respecter notre accord ainsi.
- Pas tout... la contredis-je les mots allant plus vite que ma pensée, voilà qu'elle déteignait sur moi.
- Comment ça ?
- Et bien pour rendre les choses encore plus crédibles, parler de nous à tes proches serait envisageable, non ? Je t'ai bien présentée à ma famille.
- Ça n'a rien à voir et tu changes de sujet, qu'est-ce qui n'est pas bidon ?
- Et bien.. commençais-je n'en menant pas large, la situation a beau être truquée, il y a des choses qu'on ne peut pas... feindre.
- Comme... les sentiments ? proposa-t-elle en m'offrant un sourire mutin.
- Comme... repris-je cherchant une réponse adéquate.
- Ah je sais ! Tu ne peux t'empêcher de ressentir... de l'admiration ? Du désir ?
- De l'agacement et de la fatigue surtout.
- Ah tu n'as pas dit non ! triompha-t-elle les yeux plus pétillants que jamais.
- Nier serait stupide, mais n'en tire aucune gloire, j'ai des circonstances atténuantes.
- Tu ne convaincs personne chantonna-t-elle.
- Si ça te fait plaisir, lui accordai-je soulagé malgré moi que l'ambiance soit à nouveau plus détendue entre nous.
- N'empêche que la prochaine fois... si tu pouvais faire autrement...
- Je ne cherchai pas à te violer, émis-je la voix chargée de je ne sais quelle émotion.
- On est deux dans l'affaire, je... me suis laissée emporter au début, j'aurais pu t'arrêter reconnut-elle essayant de dissimuler la rougeur soudaine de ses joues en tournant la tête vers la fenêtre.
- Tu as essayé, mais il t'a fallu bien cinq minutes pour réagir !
- Deux minutes ! Je croyais que tu étais Fassbender, impossible de faire autrement.
- Mouais, disons que je vais te croire juste parce qu'il s'agit d'un semblant d'excuses.
- Et les tiennes ? Tu sais la foudre ne va pas te tomber dessus si tu prononces ces trois petits mots...
- Hn, bronchai-je préférant me focaliser sur la route que j'avais bien trop délaissée depuis le début de cette conversation.
- Je... commença-t-elle dans l'espoir de m'entendre formuler des regrets.
- Que veux-tu que je dise ?
- Je suis...
- Tsss sifflai-je exaspéré par son entêtement, j'admets avoir agi sous une impulsion, mais mes intentions étaient bonnes.
- D'ailleurs, en parlant de bonnes actions, elle déglutit, je voulais te remercier...
- De quoi ? demandai-je curieux de ce revirement.
- Il paraît que tu m'as... protégée... couverte ! Avec le drap.
- Hn, murmurai-je me rejouant la scène et effectivement cela avait été un pur réflexe.
- Quoi?
- Je n'allais quand même pas laissé Itachi lorgner sur ma fiancée, la renseignai-je comme une évidence et le rouge de ses joues s'accentua.
- Merci » dit-elle tellement bas que sa gratitude faillit passer inaperçue.
Quelques minutes plus tard, ma voisine se laissa emportée par la fatigue, malgré la nervosité qui paraissait l'habiter depuis notre départ. Le reste du voyage se déroula sans encombres ni anecdotes croustillantes, il me tardait de pouvoir à mon tour profiter de quelques heures de sommeil bien méritées. Il était vingt-trois heures passées quand je garai la voiture devant la porte de l'immeuble de Sakura.
Une légère secousse me fit revenir à moi, il n'y avait pas à tortiller, pour s'endormir la voiture c'était parfait mais cela s'accompagnait inévitablement d'un torticolis et d'un dos déglingué. J'irai voir mon pote étudiant en ostéopathie dans la semaine, un sourire, un battement de cils et il m'offrirait la séance comme d'habitude.
Un raclement de gorge me rappela la présence de mon chauffeur et avec les cernes qu'il se payait, son plus grand désir devait être de me voir sortir de la voiture pour se vautrer sur son lit. Je ne pus retenir un gloussement tant l'image était invraisemblable, un Uchiha ne se vautrait pas voyons, il s'étendait tel un prince. Je lançai un regard moqueur à mon voisin qui en réponse haussa un sourcil interrogateur. Je secouai la tête lui signifiant l'inintérêt de mes pensées, mais une en particulier devait être évoquée. Mon angoisse refit surface en me remémorant notre échange.
« Quoi encore ? s'agaça Sasuke quand il me vit prête à ouvrir la bouche, ça ne peut pas attendre demain ou... jamais ?
- Non ! C'est important.
- Résume alors ! exigea-t-il et il me fallut quelques secondes pour savoir par où j'allais commencer.
- Au repas hier, tu as interrompu ton frère, tu t'en souviens ?
- Vaguement, répondit-il en se massant les arcades sourcilières.
- Je suis presque sûre qu'il allait parler de mon boulot et en partant -
- Ex-boulot ! rectifia-t-il.
- En partant, insistai-je pour qu'il ne m'interrompt plus, il m'a menacée de... me stoppai-je subitement, le regard de Sasuke était encore plus intimidant que celui de son frère et je renonçai à lui révéler un certain détail.
- Menacée ? Que t'a-t-il exactement ? m'interrogea-t-il le timbre si grave que j'en eus des frissons.
- I-il m'a dit de te quitter car il possédait des informations compromettantes à mon sujet et qu'il n'hésiterait pas à... à me détruire, ce sont ses mots.
- Le salop ! pesta-t-il, c'est une stratégie, je pense que tu t'inquiètes pour rien. S'il avait vraiment quelque chose, il aurait déjà tout dévoilé, il n'a aucun intérêt à attendre.
- Je l'ai vu dans ses yeux ! Il est au courant ! haussai-je le ton frustrée et alarmée de ne pas être prise au sérieux.
- Écoute quoi qu'il en soit, on ne change rien au plan et même s'il parle, on fera front.
- Et tes parents ? Ne penseront-ils pas que si tu sors avec une fille comme moi, tu deviens indigne de l'entreprise ?
- Mon père peut-être mais-
- Ton frère est un pervers-narcissique, il doit attendre le meilleur moment pour que cette bombe occasionne le plus de dégâts possible, débitai-je.
- Hé stop, ne panique pas ! dit-il enserrant mon visage entre ses mains brûlantes, je vais me renseigner d'accord ? Ça te rassure ?
- Un peu, bafouillai-je le souffle coupé par notre soudaine proximité.
- Et puis qu'est-ce que ça veut dire une fille comme toi ? On ne se connaît pas depuis longtemps mais je sais que tu ne manques pas de courage, je dirais même d'audace, tu es maligne dommage que tu sois si irréfléchie, c'est d'ailleurs assez paradoxal. Tu es aussi...
- Tu le penses vraiment ou c'est juste pour me calmer ? murmurai-je abasourdie.
- Les deux, admit-il souriant espièglement.
- Merci » soufflai-je perdant mon regard dans le sien.
Je n'avais qu'à avancer de deux centimètres pour que nos lèvres se frôlent, je parvenais même à distinguer la pupille de son iris pourtant si sombre. La fatigue devait me jouer des tours car j'aurais juré les voir ensuite fixer ma bouche. Je ne pouvais détacher mon regard de sa personne, et Sasuke ne faisait aucun geste de recul. Je ne remarquai l'effondrement de mon chignon que lorsqu'il remit en place une mèche folle avec une douceur surprenante. Sa main traça lentement les contours de mon visage, celle-ci même qui avait fait vibrer tout mon être ce matin, aventureuse et possessive. Il me fallait de l'air, c'était vital. Brusquement, je m'extirpai de cette emprise et balançai un bonne nuit avant de m'enfoncer dans l'obscurité. Mon comportement avait dû le surprendre mais je m'en fichais éperdument à l'instant, seule comptait ma tranquillité. Dans l'angle du bâtiment, je guettai le départ vrombissant de Sasuke. Je pris appui sur le mur, juste quelques minutes, le temps que le tournis s'estompe. Il ne resta bientôt plus que les éclats de rires et de voix qui s'échappaient des fenêtres mal isolées du quartier. Une caresse anodine, un sourire en coin et mon cœur s'affolait... J'étais dans la merde !
Bon voilà le dernier chapitre écrit mis en ligne avant la fin de l'année! Je travaille sur le suivant mais n'ai aucun pronostic à vous offrir, je fais au mieux avec mon emploi du temps surchargé. J'espère que vous continuez à prendre du plaisir en lisant mon histoire et vous donne mes meilleurs voeux pour la nouvelle année: l'amour, la santé, la réussite et l'inspiration dont vous avez besoin pour mener à bien tous vos projets.
Je vous bisouille.
Kimi
