Bonjour à tous! Ça fait bien longtemps je sais, mais ne me jetez pas la pierre, je fais de mon mieux pour garder le cap! J'espère que vous prendrez beaucoup de plaisir à lire ce chapitre. Place aux mots, bonne lecture!

CHAPITRE 16 : Retour à la normale ?

Encore un matin de plus, celui-ci avait pourtant une saveur particulière. Hinata était rentrée hier soir de son week-end en famille, il me tardait de la serrer dans mes bras. Ça avait été le week-end le plus long et le plus pénible de toute ma vie.

Face au miroir de la salle de bain, je tentai pour la énième fois de dompter ma folle chevelure blonde, peut-être devrais-je raccourcir ma tignasse, ça me donnerait un air plus sérieux. Il ne fallait pas sous-estimer l'importance d'une coupe de cheveux car elle en disait très long sur vous. Une coupe en brosse avec un sabot de trois et on vous prenait pour un militaire, avec des dreadlocks pour un junkie et des mèches rebelles pour un paresseux ou un être négligent, ce que je n'étais en aucune façon. Je demanderai, aux deux femmes de ma vie, leur avis sur cet épineux sujet.

Mon bol de lait avalé et le costume enfilé, je pris le chemin du travail avec un enthousiasme à toute épreuve. Même la mauvaise humeur du chauffeur de bus ne me fit pas me départir de mon sourire.

Il était cependant trop lent, la route trop longue et le trafic pas assez fluide à mon goût, il fallait que je la vois d'une manière ou d'une autre.

Attrapant mon téléphone rangé dans la poche intérieure de ma veste, je trouvai rapidement dans mes favoris le contact d'Hinata et sans perdre plus de temps, lui écrivis le dixième message de la matinée.

« Hina envoie-moi une photo de toi »

« Je suis dans le train, je ne peux pas faire ça ! »

« C'est une question de vie ou de mort !

Tu me manques trop ! »

Trente secondes s'écoulèrent avant que je ne reçoive le précieux fichier. Qu'elle était belle avec ses cheveux détachés dont la soie reflétait la lumière des néons, lui faisant comme une auréole divine. Je n'étais toutefois pas assez aveuglé pour ne pas remarquer dans le coin gauche de la photo, le regard pervers d'un homme, assez vieux pour être son grand-père. Il se prenait pour qui à reluquer ma copine ! Si j'avais été là jamais il n'aurait osé poser les yeux sur elle, je lui aurais fait avaler son bonnet jusqu'à ce qu'il en ch... Ah c'est mon arrêt !

Si Sakura me voyait en train de courir pour aller au bureau, elle crierait à l'imposture. Il faudra que je l'appelle d'ailleurs, pour lui faire regretter d'être partie sans réelle explication.

N'ayant pas la patience d'attendre le retour des ascenseurs, je me précipitai dans l'escalier et en gravis les marches quatre à quatre.

J'allais quand même passer saluer Shikamaru avant de retrouver ma belle, juste pour montrer que j'étais arrivé à l'heure. M'apprêtant à entrer sans préavis comme je le faisais chaque fois, je me retins en entendant une autre voix que celle de mon patron, sourdre à travers la porte. Il ne me fallut pas longtemps pour en identifier le propriétaire et ne me formalisa donc pas plus d'un quelconque protocole.

« Yo les gars ! les saluai-je joyeusement.

- Bonjour Naruto, me répondit Shikamaru avec sa nonchalance habituelle, tandis que son invité me gratifia d'un simple hochement de tête.

- Oh Sasuke ! Ne fais pas comme si on ne se connaissait pas, c'est pas très gentil !

- Comme ça... vous êtes... amis ? nous interrogea le témoin de la scène quelque peu abasourdi par la nouvelle.

- Amis ? ricana Sasuke, je dirai plutôt connaissances.

- À qui tu dois une faveur, murmurai-je en serrant la mâchoire mécontent de cette correction totalement inutile.

- Il me semble qu'on est quittes, non ? gronda sourdement Sasuke qui fit un pas l'air menaçant.

- Écoutez les tourtereaux, intervint Shikamaru qui s'amusait de la situation, j'ai du travail et si vous voulez un conseiller conjugal je vous donne les coordonnées de ma femme, elle règle les soucis comme personne ».

Nous restâmes bouche bée quelques secondes et lorsque la teneur de ses propos nous atteignit, chacun reprit sa place, légèrement froissé. En tout cas moi je l'étais ! Il pouvait s'estimer heureux qu'on ne soit plus au collège, je lui aurais bien mis une droite. J'avais appris avec le temps à garder mon sang-froid, tant bien que mal.

« Alors, que nous vaut l'honneur de la présence du grand manitou dans notre humble service ? demandai-je accompagnant ma question d'une courbette. Sasuke pour toute réponse haussa un sourcil parfaitement dessiné. Tu vois une esthéticienne pour ça ? Ça m'a toujours turlupiné.

- J'avais oublié pourquoi je ne t'adressais la parole que durant un laps de temps très court mais tout vient de me revenir avec une clarté aveuglante : tu me tapes sur les nerfs. Je ne sais pas comment fait Sakura ! murmura-t-il en se dirigeant vers la sortie, Shikamaru j'attends les chiffres ce soir dans ma boîte mail ».

Refusant de le laisser s'en sortir aussi facilement, je le suivis dans le couloir. Il était assez rare de pouvoir converser cinq minutes avec un patron aussi occupé alors si je pouvais en profiter pour pêcher des informations croustillantes...

« Hé comment ça se passe vous deux ? Je veux dire, elle t'en fait baver hein ?

- Je pense que je tiens bien la distance, dit-il un sourire en coin qu'une fille aurait qualifié de sexy et que moi je trouvais inquiétant.

- Ah ouais ? commentai-je sceptique, et tu sais où elle était ce week-end ? Impossible de l'avoir au téléphone !

- Hn ? Ensemble. »

Hein ?! Comment pouvait-il me balancer ça de but en blanc ? Ils avaient passé, le week-end, deux longs jours soit quarante-huit heures... ensemble ?! Sa réponse me fit presque perdre l'équilibre.

« Et... vous êtes vivants ? Aucun de vous n'a fini à l'hosto ? m'inquiétais-je sincèrement.

- Mais tu nous prends pour qui ? Des chiffonniers ? s'agaça-t-il.

- Nooon ! Juste deux têtes de mule avec un humour douteux et des points de vue complètement opposés, justifiai-je ce qui sembla le faire réfléchir.

- Honnêtement, c'était... moins horrible que je ne le pensais... Mais elle reste la greluche la plus exaspérante que je n'ai jamais rencontrée ! Avoua-t-il.

- Elle est chouette, hein ?

- Tu m'as bien écouté ? répliqua-t-il déconcerté.

- Oh oui, très bien oui ».


Le sourire entendu de Naruto me déplaisait fortement et me fit légèrement grimacer. Je n'avais cependant ni le temps ni l'envie d'en entendre davantage. Je réussis très vite à m'en débarrasser et rejoignis mon bureau à grand pas.

La réunion de ce matin s'était plutôt bien passée, mieux que je ne l'espérais en tout cas. La journée de la veille passée sur la route n'avait pas été de tout repos. Et la nuit ne le fut pas plus. Me servant le quatrième café de la matinée, je pris place dans mon confortable fauteuil et me repassa les événements de la veille. Sakura avait été étrange durant tout le trajet et sa crise de panique juste avant de s'enfuir ne lui ressemblait pas du tout. Un soupir m'échappa. Je n'avais pas voulu l'inquiéter, mais Itachi proférait rarement ses menaces sans posséder la moindre preuve. Il me faudrait creuser la question pour anticiper les mauvaises surprises qui viendront sans nul doute.

Les grands yeux verts implorants de la jeune femme revinrent me hanter. J'y avais lu tant de terreur que je ne pouvais y être insensible. Je l'avais même... caressée, ce que je ne faisais jamais. Je prenais et je jetais. Une caresse c'était de la tendresse, de l'affection... de la faiblesse ! Observer Sakura prendre ses jambes à son cou me consolait, la demoiselle n'était pas immunisée contre mon charme, elle aurait beau le nier de toutes ses forces, elle ne serait pas crédible une seconde. J'en éprouvais une fierté sans nom, même si je ne réalisais aucunement qu'il y avait là quelque chose de troublant. Je ne pouvais me le permettre, notre plan ne souffrirait aucun travers, aucune négligence.

Laissant là ces pensées, je me mis à nouveau au travail. Si je ne pouvais concilier ce projet avec mes devoirs, mes prétentions à la tête de l'entreprise seraient creuses.


« Hi-na-taaaa, me héla de l'autre bout du couloir l'énergumène que j'avais engagé et qui était depuis moins d'un mois mon petit ami. Rougissant je me faufilai dans la salle de repos sachant que Naruto me rejoindrait sous peu.

- Hey Hinata, tu ne m'as pas entendu, demanda-t-il aussi penaud qu'un chiot qui viendrait de faire une bêtise.

- Si mais j'ai un rendez-vous important dans moins de cinq minutes et j'ai absolument besoin d'une dose de théine. Je savais que tu me suivrais, lui souris-je attendrie.

- J'ai bien mieux que de la théine, confia-t-il en se penchant vers moi comme pour me révéler un terrible secret. Mon cœur commença à battre plus vite dans l'attente de le connaître et s'emballa davantage quand ses lèvres effleurèrent le lobe de mon oreille, pour glisser le long de ma mâchoire et s'emparer des miennes, qui cédèrent rapidement sous la pression de ce baiser.

- Na- Naruto ! le repoussai-je doucement, ce n'est pas le moment.

- Tu te sens comment ?

- Quoi ? Je... je me sens... bien.

- Tu vois ! Donc à chaque fois que ton corps demandera sa dose de théine, tu viendras me voir pour recevoir un baiser. C'est bien plus efficace et c'est un autre genre de drogue, susurra-t-il en jouant des sourcils.

- Je n'ai pas le temps, le réprimandai-je faussement, par contre ce soir... tu n'as qu'à venir chez moi... pour voir un film, proposai-je anxieusement et la réaction du jeune homme ne me rassura pas du tout. Il semblait avoir été mis sur pause. Déçue je pris ma tasse et m'apprêtai à sortir de la pièce quand il s'exprima de nouveau.

- T'es sérieuse ? Tu m'invites ? Ce soir ?

- Hm, émis-je gênée, on pourra parler de mon week-end sans toi.

- Tu as dû t'ennuyer à mourir !

- Pas tant que ça » fis-je mystérieuse avant de m'enfuir vers la salle de réunion, plantant un Naruto stupéfait.


Je n'avais pas rêvé... elle m'avait bien proposé de venir chez elle... Je me retins tout juste de sauter de joie. Tout allait bien dans le meilleur des mondes ! Mes pieds retrouvèrent vite la terre ferme quand je croisai un collègue désemparé portant les maigres affaires qu'il stockait d'habitude sur son bureau. Il venait d'être licencié... Je ne connaissais pas tous les détails, il avait reçu plusieurs avertissements durant les mois précédents, une sale affaire ! Ce monde pouvait être cruel, j'avais su saisir ma chance quitte à forcer un peu le destin et pour le moment je ne pouvais pas me plaindre, j'espérais juste qu'elle ne tourne pas tout de suite.

Avec tout ça la matinée était bien entamée et je n'avais pas encore mis les pieds sous le bureau. Au travail ! J'appellerai Sakura sur la pause déjeuner. Elle avait certainement des choses à me dire.


Fichu lundi matin ! Après un week-end bien chargé, retourner sur les bancs de la fac n'avait rien de très attirant. Ne vous méprenez pas, j'adorais les études de médecine et je ne céderai ma place à la clinique pour rien au monde. Seulement, les derniers événements bouleversaient ma petite vie rangée, si je puis dire ! D'aucuns auraient dit que ce n'était pas le bon qualificatif à utiliser quand on était escort. Quoi qu'il en soit, je n'étais plus vraiment moi-même depuis hier.

J'avais été à deux doigts de céder à la tentation et de goûter par la sixième fois aux lèvres sulfureuses de Sasuke. Oui j'ai compté et alors ! Même les plus beaux spécimens masculins de l'université dans leur blouse blanche me paraissaient fades au regard du complexe et irrésistible mâle que je côtoyais depuis peu.

« Sakura ! me héla d'ailleurs l'un d'entre eux. Châtain, yeux verts, deux têtes de plus que moi, des épaules larges et un sourire engageant... Insipide ! Voilà ce qui me venait en tête alors qu'il y a encore deux semaines, j'en aurais bien fait un encas.

- Quel gâchis !

- De quoi ? demanda l'ancien numéro quatre de ma liste des sexes symboles, me faisant réaliser que j'avais vocalisé ma pensée.

- Oh rien, un bon de réduction dont la date est dépassée... un véritable gâchis ! me rattrapai-je.

- Écoute... j'ai séché le dernier cours de néonatalogie et je me disais qu'on pourrait réviser ensemble, déclara-t-il avec un sourire Colgate.

- Pathétique, soupirai-je de nouveau, je te filerai le cours sur clé si tu veux. Je l'ai retapé.

- Ah ouais ? Je.. ok... merci ».

À peine m'étais-je éloignée de quelques pas qu'une autre étudiante m'aborda.

« Je rêve ou tu viens de mettre un râteau à Apollon en personne.

- Tu veux que je te pince Sukui ?

- Non mais t'es dingue ! Tu t'es levée du mauvais pied ? On dirait que... »

Sa voix devint bientôt un bruit de fond, trop occupée à caresser encore et encore l'étrange cadeau de Fugaku. Je n'avais pu me résoudre à la lire mais ne pouvais non plus m'en séparer. Discuter avec Apollon m'en avait rappelé existence et obscurcissait encore plus mon esprit. Que pouvait-elle bien contenir ? Une menace de mort ? Non ! Il me l'aurait faite de vive voix sans laisser de preuve... Des preuves ! Des photos ou des documents de mon ancienne vie, Itachi et lui étaient peut-être de mèches. Ou alors une bombe ! Elle me ferait sauter dès que je l'insérerai dans le lecteur. Il y avait cependant de fortes chances que la migraine me fasse griller la cervelle avant. Il ne servait à rien de différer davantage, ce qui devrait arriver arrivera : ce soir je regarderai ce qu'il y avait dessus. Pour l'heure, les cours m'attendaient.


Signant le centième document disposé sur mon bureau, un soupir de lassitude me vint. Vivement la fin de la journée, même si celle-ci semblait vouloir durer. Karin ne m'avait annoncé que des problèmes que j'avais dû traiter dans la plus grande urgence alors qu'elle s'était annoncée assez calme. Pour une fois que je comptais m'octroyer quelques heures de détente avec un verre, du flirt et plus si affinités, le monde me persécutait. Et puis merde ! C'était qui le patron, hein ?

« Karin, je finirai de peaufiner le dossier Tanaka demain matin je vous laisse faire les photocopies pour les investisseurs, informai-je ma secrétaire.

- Euh oui, bien sûr mais il est... dix-huit heures trente.

- Bonne soirée Karin ! coupai-je court et filai vers les ascenseurs. Ma fuite fut de courte durée car ma cousine m'intercepta.

- Sasuke, je venais te voir pour-

- Ça attendra demain Hinata, j'ai un truc de prévu.

- Un... truc ? répéta-t-elle l'air incrédule, oh tu sors avec Sakura ?

- Hein ? Non je.. me tus-je bien vite, une sortie entre hommes...avec Naruto ! mentis-je éhontément, étrangement je n'en éveillai que plus ses soupçons.

- Je vois Naruto ce soir... poursuivit-elle en plissant ses yeux nacrés.

- Il a dû oublier ou trouver bien plus intéressant de passer cette soirée avec toi.

- Peut-être... murmura-t-elle avant de changer de sujet, on n'a pas eu l'occasion d'en discuter mais... Sakura et toi... je ne m'y attendais pas.

- Moi non plus à dire vrai !

- Pourquoi... tu ne me l'as pas dit ? On s'était promis de tout se dire.

- Je sais Hina, soupirai-je en posant mes mains sur ses épaules pour dissiper la confusion que je sentais poindre en elle, je- j'ai encore dû mal à comprendre ce qui me pousse vers cette femme, alors pouvoir y mettre des mots, lui confiai-je ce qui était à deux doigts de la vérité, je suis désolé.

- Je te pardonne si tu m'accordes une faveur.

- Je t'écoute, tu peux me demander n'importe quoi et tu le sais.

- Ta parole me suffit, je te la rappellerai quand j'en aurai besoin. Tu ne dois pas te rendre quelque part ? me congédia-t-elle.

- Oui ! J'y vais » approuvai-je légèrement décontenancé par le comportement intrigant de la jeune femme. Je devrais plus me méfier de ses yeux angéliques, aussi efficaces qu'un sérum de vérité. Reprenant mes esprits je m'engouffrai dans l'ascenseur, j'adressai aux deux femmes qui s'y trouvaient déjà, un sourire carnassier. Sans délai elles s'empourprèrent et gloussèrent comme des oies. Voilà, j'étais prêt. La soirée promettait d'être intéressante.


Exténuée par ma journée de cours, je ne souhaitais plus que rejoindre mon lit dont le matelas récemment changé représentait un paradis à lui tout seul. Cependant, je fis vite une croix dessus. Je n'avais pas beaucoup de chemin à parcourir pour me rendre à mon minuscule chez moi, je préférais donc toujours m'y rendre à pied que d'aller m'enfermer dans le métro. Je maudis une fois de plus ma tête dure quand je remarquai un étrange véhicule roulant au pas, emprunter les mêmes rues que moi. Folie ! Me diriez-vous, rien à secouer, vous répondrais-je, j'aimerais bien vous y voir ! Plus sérieusement, c'était vraiment flippant.

Plus que cent mètres et je toucherai au but, rien que l'idée me fit accélérer le pas et profitai du retour du grand-père du cinquième pour m'engouffrer dans l'immeuble. Sauvée ! Je jetai un dernier coup d'œil dans la rue, mais n'aperçus que la fleuriste qui commençait à ranger sa boutique.

Posant mes affaires sur le sofa, je me rendis compte que ce n'était pas les dix étages à pied qui m'avaient faite transpirer. Depuis mon altercation avec Itachi, je sursautais au moindre bruit et me prenais pour l'héroïne d'un mauvais polar. Encore une semaine comme ça et on ne trouverait de moi plus qu'un cadavre desséché. Autant en finir tout de suite !

Allumant mon vieil ordinateur portable, je sortis de ma poche la mystérieuse clé pour l'examiner sous tous les angles. Elle semblait ancienne, avec une capacité de mémoire qu'on jugerait insuffisante étant donné ce qui existait maintenant sur le marché. On y voyaitde fines zébrures, signe d'un usage immodéré. La tournant encore et encore, je me décidai enfin à l'insérer dans le port prévu à sa lecture. Devrais-je fermer les yeux ? Si j'explosais c'était quoi le moins douloureux ? Quelques secondes plus tard, je les rouvris, me moquant de moi-même. Quel drôle de cocktail émotionnel... déçue, soulagée, stupéfaite, honteuse... tout ça en même temps, on aurait dit une gueule de bois sans les nausées. J'en avais les larmes aux yeux !

Fugaku... cet homme d'affaires intraitable, ce loup solitaire, m'avait remis une copie numérique et traduite du livre de médecine que j'avais feuilleté dans sa bibliothèque personnelle. C'était tellement improbable ! Mais quel cadeau, même si ça ne valait pas l'originale, son contenu était tout aussi précieux.

Adossée complètement sur mon siège, je n'étais pas loin de tomber à la renverse, il me faudra le remercier convenablement. La première chose que je m'apprêtais à faire était d'appeler Sasuke et je faillis me taper sur les doigts. Je ne pouvais plus me passer de lui ma parole ! Non je trouverai toute seule une idée. Pianotant sans discrétion sur le bureau, il me fallut quelques secondes pour comprendre que l'écho venait d'un tapotement sur ma porte d'entrée.

« Oh madame Gaspar, que se passe-t-il ?

- Vous avez reçu du courrier, un homme m'a demandé de vous la remettre en main propre. Il n'y a pas de cachet.

- Effectivement, murmurai-je en lisant sur l'enveloppe mon prénom écrit à l'encre.

- Un admirateur secret ? questionna la gardienne, un peu trop curieuse à mon goût.

- Pas à ma connaissance... merci, dis-je lui faisant comprendre qu'elle n'en saurait pas plus ce soir.

- Je me méfierais à votre place, il avait l'air dangereux votre coursier » ajouta-t-elle avant de redescendre dans sa loge. Que pouvait-on craindre ? En tout cas il n'y avait pas la place pour un explosif.


J'ouvris les yeux aussi noirs de colère qu'ils l'étaient en réalité. Deux mots me venaient à l'esprit à cet instant : plus... jamais ! À vingt ans quand tu prends une cuite, le lendemain tu pourrais courir un marathon, à l'approche de la trentaine, le réveil était plus que rude. Six heures ! Non mais sérieusement, même intoxiqué d'alcool je ne parvenais pas à faire le tour du cadran. Il me semblait qu'un elfe sadique se plaisait à taper sur un gong, plus je me concentrais pour que le bruit s'arrête plus il s'intensifiait. Il me fallut pas mois de cinq minutes pour réaliser que ce n'était pas que dans ma tête, on sonnait bien à ma porte et quel qu'il soit, l'abruti allait m'entendre !

« Sa-

- Sasuke ! s'exclama l'intruse ! Je ne sais pas comment, je t'assure, ce n'est pas de ma faute ! - Oh deux secondes Speedy, j'ai une gueule de bois monstrueuse et je ne comprends pas un traître mot de ce que tu dis. Alors tu vas te poser dans le fauteuil, lui intimai-je en l'y conduisant, tu vas remettre tes idées en place le temps que je prenne une douche ».

Ce que je fis sans attendre, coupant le sifflet à la demoiselle. Si j'avais pris le temps de poser les yeux sur mon lit en me rendant à la salle de bain, j'aurais remarqué que du drap particulièrement froissé, s'échappait une paire de jambes, ma foi joliment dessinées.

J'éprouvais la plus grande difficulté à me remémorer le déroulement de la soirée. Le bar, les filles... Non décidément ce n'était plus de mon âge, m'obligeai-je à admettre en admirant les dégâts sur mon visage. Les cocktails, le barman... la musique... Je fis couler l'eau de la douche pour lui laisser le temps de monter en température. Les filles... la fille. Argh ! Pas assez chaude ! La douche froide, littéralement et métaphoriquement. Le verre, une fille a renversé son verre sur moi et je... ça y est je me souvenais de tout !

Quittant le bureau bien plus tôt qu'à l'accoutumée, je pris ensuite la direction de mon repaire : le Renégat. C'était un bar select, on y entrait sur recommandation, avec un CV d'élite, un portefeuille bien garnie ou alors une mini-jupe. Vulgaire ? Réaliste, toujours. Ne jouez pas les effarouchées, quand on est une femme il est bien plus facile d'accéder à certains lieux. Quoi qu'il en soit, j'y avais mes habitudes, je connaissais les fanfarons et les croûtons qui constituaient la concurrence. C'était même trop facile.

Un coup d'œil au bar et le Capitaine exécuta ma commande sans qu'un mot ne soit échangé, c'était ça le véritable luxe. Le Capitaine, un surnom fort approprié pour un ancien de la marine, ce n'est que lorsqu'il rencontra sa première femme qu'il rangea grès et cordes, et ouvrit ce bar, où il concoctait lui-même les cocktails les plus savoureux. Pour moi c'était plus un magicien.

À peine assis sur une des banquettes en velours, que des rires féminins attirèrent mon attention. Les jeunes femmes étaient à quelques tables de la mienne, j'étais loin d'être un sot, une exclamation un peu plus haute et plus forte que les autres, un buste penché légèrement en avant, un regard en coin et un coup de langue sur des lèvres peintes de rouge. C'était un appel. Elles cherchaient mon attention et la leur aurait bien accordée, seulement quelque chose me déplaisait... La technique manquait de subtilité et elles de charme, tout simplement. Je me revis la seconde d'après dans la voiture avec Sakura, une moue, un décolleté décent et pourtant si tentateur. Sasuke, putain ! Le but premier de cette sortie était de te sortir cette sirène de la tête, pas de te convaincre de t'envoyer en l'air avec elle ! Je devais juste faire preuve de patience, la fille finirait par pointer le bout de son nez. Je n'eus pas beaucoup à attendre.

« Tenez, un whisky irlandais et un mojito fraise, annonça le serveur en déposant les verres à ma table.

- Il doit y avoir une erreur, je n'ai jamais demandé de moji-

- Oh merci chéri, tu as commandé en m'attendant ! Je prendrai aussi des tapas s'il-vous-plaît, roucoula cette apparition.

- Sur ma note je présume, ironisai-je.

- Un vrai gentleman, approuva-t-elle en s'installant assez près pour que mon corps entier ne puisse nier sa présence, sans pour autant envahir mon espace vital. Elle savait y faire.

- Ou un pigeon pour certains, rétorquai-je agacé et amusé.

- Avouez, c'est tellement plus simple comme ça, vous n'avez pas à faire semblant de lire dans ma tête pour décider quel cocktail vous alliez m'offrir.

- Ni la terrible décision de savoir si je voulais vous l'offrir, la bousculai-je un peu, son jeu me plaisait bien et elle avait de la répartie. Elle fit mine d'observer le reste de la clientèle.

- Nous savons tous les deux que vous avez plus d'attentes que la plupart des hommes, vous aviez certainement une idée derrière la tête en venant ici, mais... vous ne vous contenterez jamais d'un lot de consolation.

- Oh vous êtes donc le premier prix ?

- Nooon, dit-elle faussement offusquée, je suis celle qui désigne le gagnant du premier prix.

- ... Sasuke, me présentai-je en lui tendant le mojito.

- Ino ».

Une loterie, hein ? Tsss. Cette fille était parfaite : drôle, pétillante et sexy, ce qui ne gâchait rien. Les heures suivantes ressemblèrent à ces quelques bribes de conversation que j'avais retenues, avec quelques verres en plus. Jusqu'à celui de trop. Je la vis faire sans me douter une seule seconde de ses intentions. Ses doigts depuis peu, caressaient sensuellement les bords de son verre, bien que cela faisait son petit effet, j'essayais de ne pas y prêter d'intérêt. Certains gestes nous définissent, nous les faisons sans nous en rendre compte, comme mâchouiller son stylo, toucher ses cheveux, se ronger les ongles, lever les yeux au ciel, celui-là n'en était pas un. Elle suspendit sa main subitement, murmura quelques mots que je ne saisis pas et de son index fit tomber le verre en ma direction, le précieux liquide imbibant immédiatement mes vêtements.

« Que ! émis-je effaré.

-Je n'ai trouvé que ça pour que tu te décides enfin.

-À quoi ? soufflai-je essayant d'atténuer la tache.

-À m'inviter chez toi ».

Nos yeux se croisèrent et le reste est plutôt évident. Nous sommes effectivement venus chez moi et nous avons couché ensemble. D'ailleurs je ne l'ai pas entendu part- Elle n'est pas partie ! Et Sakura était depuis quelques minutes déjà dans mon salon. Je ne savais pas bien pourquoi, mais elles ne devaient pas se croiser. Pas que cela me gênait outre mesure mais je n'avais vraiment pas besoin d'une scène maintenant. Serrant fermement la serviette autour de mes hanches je me dirigeai vers le salon. Trop tard.


Coucou, j'espère que vous avez apprécié. C'est avec plaisir que le lirai chaque commentaire et remarque sur cette histoire, tout ce qui peut me permettre de progresser, alors lâchez-vous!

À la prochaine!

Kimi