Résumé du chapitre précédent

Les extraits publiés du magazine Harry ont fait grand bruit. James qui a pris seul la décision de divulguer les confessions de Regulus et le témoignage de Pamela, est confronté à différents types de réaction. Si Pamela accueille cela avec soulagement et voit lentement l'opinion publique se tourner en sa faveur, c'est une véritable douche froide pour Regulus. Le 6ème année, bascule des mois en arrière et revis son cauchemar. Malgré les tentatives de Remus pour résonner son ami, James campe sur ses positions. Aveuglé par sa colère et déjà sous l'influence de la lune, il persiste.

Padfoot qui comprend la détresse dans laquelle se trouve son frère tente de lui venir en aide. Énervé contre James, il a du mal à comprendre son geste et encore plus à l'excusé. Lors d'une discussion avec Regulus, l'esprit finira néanmoins par se trahir. Donnant au Serpentard l'occasion de douter de sa véritable identité.

Remus quant à lui est déçu de James et s'en veut de ne pas avoir réussi à lui faire changer d'avis. Il ignore ce qu'il peut faire de plus. D'autant que Godran l'infirmier qui s'occupe de lui devient insistant et lui confesse qu'il est attiré par lui. Il lui avoue même qu'une fois qu'il n'aura plus à s'occuper de lui, il compte lui faire convenablement des avances. Remus est troublé et s'il n'est pas attiré par le roux et à l'intention de le repousser, est tout de même déconcerté par le personnage et par faiblesse, pourrait craquer.

Le témoignage de Pamela fait de plus en plus parler, Nott tente de garder la face, mais petit à petit, le vent tourne pour lui. Il ne sait pas combien de temps il lui sera possible d'accepter de se soumettre au véritasérum. Mais dans son sillage, de vieilles histoires ressurgissent. On apprend donc que Regulus ne fut pas la seule victime de Rosier. Entre elles, les filles s'encouragent à parler et à dénoncer ce qu'elles ont subit pour qu'enfin la vérité éclate.

Après la pleine lune, James qui a enfin repris ses esprits et comprit qu'il était allé trop loin regrette. Même si ce qu'il a fait à donner de l'espoir à certains et certaines, il sait que ça a été au détriment de son petit-ami. Quand Regulus le contacte pour lui faire part de ses nouvelles découvertes, il est accablé par la honte. Regulus malgré sa colère tente de ne rien laisser paraitre. Il a découvert une étrange vérité sur Sirius. Celui-ci serait possédé par Padfoot et cette possession pourrait s'avérer dangereuse pour le Gryffondor.

Padfoot qui ne sait pas encore qu'il a été démasqué sent pourtant que quelque chose se prépare.


Chapitre 59 : Douloureuse révélation

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James avait mal dormi la veille. Comment en aurait-il pu être autrement ? La révélation de Regulus avait eu l'effet d'une bombe pour lui. Durant des semaines, il avait parlé, ri et s'était confié à une personne qui n'était peut-être pas son meilleur ami. Qui cela pouvait-il être ? Était-il dangereux ? Pourquoi cet esprit ou cette personne avait-il choisi de posséder Sirius ? Regulus était-il sûr de lui ?

La dernière fois que le couple s'était parlé, Regulus n'avait émis aucune hésitation. Il semblait même être au courant de choses qui échappaient encore à sa compréhension. C'était frustrant pour l'ancien Gryffondor d'être loin et de ne pas pouvoir intervenir. C'était toujours la même chose. James n'avait pas pensé que les choses évolueraient ainsi lorsqu'il avait pris la décision de ne pas revenir à Poudlard.

Ses options étaient plutôt minces. Après tout, que pouvait-il faire d'autre à part attendre que Regulus le contacte de nouveau ? Au pire, il lui faudrait prendre son mal en patience jusqu'à ce que les cours se finissent et que les frères Black reviennent pour les vacances d'été. Cela l'avait tracassé tant qu'il avait eu du mal à se concentrer lors du passage de ses ASPICS. Il ne savait pas s'ils les avaient réussis. Ses parents soupireraient s'ils l'entendaient, mais James se fichait du résultat. Depuis le début, c'était eux qui avaient insisté pour qu'il les passe et James l'avait fait pour eux. Les résultats, l'ancien Gryffondor n'arrivait pas à s'y intéresser.

Lors de l'examen, le brun avait croisé tous les autres élèves qui avaient choisi d'arrêter Poudlard et de passer l'examen en candidat libre. Il avait alors été obligé de reconnaitre que ses parents avaient fait le bon choix en demandant au ministre de l'Éducation d'avoir cette possibilité. Cela en avait aidé beaucoup. James pensait surtout à Lily. Depuis qu'ils avaient rompu, ils s'étaient éloignés. C'était regrettable, car ils étaient avant tout des amis.

Son amour pour elle avait doucement diminué lorsqu'il avait enfin accepté la fin de leur relation. S'il l'avait aimé, il avait surtout été envieux d'une situation, d'un idéal d'une vie à deux. Puis il lui avait été impossible de continuer à ignorer les sentiments qu'il ressentait pour Regulus. Quand il pensait au mal qu'il lui avait fait, il en était malade. Que ferait-il si à cause de son erreur, Regulus cessait de l'aimer, entrainant ainsi la fin de leur relation ?

À trop ressasser, le brun allait finir par devenir fou. Ses parents étaient sortis. Apparemment, ils avaient encore des achats à faire avant de partir en vacances. Seul chez lui, James avait l'impression de tourner en rond. Il avait envie de sortir un peu, d'aller voir ses amis. Depuis qu'il travaillait avec Frank, ils se voyaient régulièrement et avaient également fréquemment des nouvelles de Remus. Néanmoins, il y avait Lily à qui sans savoir pourquoi, il ne parlait plus vraiment. Les raisons étaient diverses. Le manque de temps, la distance, même si en soi cela n'aurait pas dû être un problème. Mais peut-être qu'au fond, James n'avait tout simplement fait aucun effort pour prendre des nouvelles de son amie. Pourtant, suite à l'attaque de Poudlard, Lily avait eu besoin de soutien et il l'avait en quelque sorte lâchée. Sa propre situation était différente. Peu de personnes avaient connaissance de ce qui lui était arrivé, il ne pouvait donc pas les blâmer d'un quelconque manque de soutien.

L'ancien Gryffondor soupira. Il n'aimait pas ce mauvais côté de lui. Il ne pouvait pas se montrer rancunier pour quelque chose qui semblait si stupide à présent. La rousse avait bien fait de rompre si ses sentiments avaient changé. Dans le cas contraire, il aurait fini par lui en vouloir de rester avec lui par pitié ou pire encore, de jouer avec ses sentiments. Et Lily qui était toujours si douce, gentille et juste aurait pu finir par montrer un côté plus sombre de sa personnalité. Aujourd'hui qu'il était plus apaisé, James avait envie de repérer l'erreur qu'il pensait avoir commise.

Déterminé, le brun se prépara pour lui rendre visite. Il se demanda un instant s'il devait se présenter les mains vides ou même prévenir son amie avant de décider que ce n'était pas nécessaire. Se rendre chez son ex-petite amie avait comme un goût d'aventure : c'était à chaque fois l'effet que lui produisait l'idée de se rendre du côté moldu. Y arriverait-il ?

Il le faudrait bien.

Il connaissait son adresse et était déjà allé deux à trois fois chez elle, ce qui ne remontait pas à si loin. En effet, ses souvenirs étaient encore suffisamment frais pour que le trajet se passe sans encombre. Ce monde si différent du sien lui donnait l'impression d'être à la fois féerique et grandiose. James savait que ce n'était pas vraiment le cas, mais toute personne qui aimait voyager et découvrait de nouveaux paysages, d'autres manières de vivre, ressentait cette petite excitation.

Malgré tout, il lui fallut plus de temps que prévu pour arriver chez la rousse, notamment parce qu'il se trompa de rue une fois descendu du magicobus. Il frappa chez les Evans et le père de Lily lui ouvrit. Il fut surpris de le voir, mais l'accueillit avec joie. À bien y penser, c'était peut-être étrange de venir alors que Lily et lui n'étaient plus ensemble. Mais ils étaient encore amis alors en théorie, il en avait le droit…

-Nous sommes heureux de te revoir, mon cher James, le salua la mère de famille à son tour.

-Moi aussi, vos cookies au chocolat et aux noisettes m'ont beaucoup manqué !

Elle sourit alors que le père allait chercher sa fille. James discuta alors avec la mère de Lily qui prit des nouvelles, voulut savoir ce qu'il devenait. Alors que l'ancien Gryffondor expliquait qu'il travaillait très dur sur un projet qui lui tenait à cœur et qu'il empruntait le long chemin qui ferait de lui le genre d'adulte qu'il désirait, Lily les rejoignit au salon.

-James ! s'exclama-t-elle, à la fois heureuse et surprise.

James se leva et vit la jeune femme boitiller vers lui. Il s'approcha et ils se tombèrent dans les bras comme pouvait le faire deux personnes qui s'étaient perdues de vue un trop long moment.

-Je n'arrive pas à y croire ! Quel bon vent t'amène ?

-Rien de spécial, juste prendre des nouvelles ! Et manger des cookies, plaisanta-t-il.

La mère de la rousse eut un rire et James poursuivit.

-Après t'avoir aperçue au moment de passer les Aspics, je me suis dit que ce serait bien de pouvoir parler comme au bon vieux temps ensemble, confia-t-il finalement.

-C'est sûr, acquiesça Lily.

Ils s'installèrent avec les Evans et discutèrent de l'examen. Lily étant très intelligente, James ne doutait pas qu'elle obtiendrait son diplôme haut la main. Bien entendu, l'ancienne Gryffondor n'était pas aussi sûre d'elle et pensait avoir raté quelques matières. James n'y croyait pas une seule seconde et les parents de la rousse non plus. C'était simplement le refrain habituel des intellos : ils doutaient toujours d'eux alors qu'ils s'en sortaient très bien.

James n'avait jamais eu de mal à nouer des liens avec autrui et encore moins à se faire apprécier des personnes qui le connaissaient peu. Les Evans étaient heureux de l'avoir avec eux et James se sentait assez à sa place dans cette famille aimante qui lui rappelait la sienne. Il avait envie de rester. Il adorait entendre les parents de Lily lui parler de leur monde. Il trouvait que cela avait plus d'impact que quand c'était elle-même qui le faisait, ou encore Remus. De toute façon, Remus n'était pas un vrai moldu, enfin pas complètement. A moitié seulement. Mais surtout, il avait toujours vécu dans le monde magique. Il avait bien passé 2 ou 3 années chez les moldus, mais cela n'avait rien de comparable avec les Evans dont c'était le seul univers.

Lily avait toujours eu du mal à comprendre ce qui plaisait autant à James dans ce monde et ne s'était que rarement montrée bavarde à ce sujet. Ses parents au contraire voulaient bien volontiers le faire rêver en lui narrant leur jeunesse et toutes ces choses si moldues qu'ils faisaient.

-Tu es venu de si loin, ce serait très malpoli de ma part de te laisser partir sans te faire mes fameux cookies ! lança soudain la mère de Lily.

James avait des étoiles dans les yeux.

-Je reviendrai plus souvent dans ce cas !

-J'espère bien, répondit-elle.

-Faites-en beaucoup car je sais que Sirius va m'en piquer, répliqua-t-il le plus sérieusement du monde.

-Vous devriez venir ensemble la prochaine fois, quand Poudlard sera fini, proposa Lily.

-Bonne idée, je dirai aussi à tous les autres de venir !

Les parents de la rousse échangèrent alors un regard, indécis quant à l'idée de voir une troupe de jeunes adultes débarquer chez eux. Lily rigola et leur assura qu'elle s'occuperait de modérer son ami qui avait sans doute déjà prévu d'inviter bien trop de monde.

Ils continuèrent ensuite de discuter de Poudlard, encore des Aspics au grand regret de James, et également de ce que leur réservait l'avenir. Quand les fameux cookies furent cuits, James se fit un plaisir de les goûter, juste pour s'assurer que le goût n'avait pas changé avant que la mère de Lily ne lui en emballe une grosse partie pour chez lui.

À un moment, Pétunia rentra et James la salua. Elle lui répondit avant de poser sur lui un regard étrange. Comme elle était juste passée récupérer quelque chose, elle ne s'attarda pas. James comprit alors que les relations entre les deux sœurs ne s'étaient pas encore apaisées. Mais si Lily en avait été peinée à une époque, aujourd'hui, elle ne semblait pas affectée. Sans doute avait-elle l'habitude d'être ignorée par sa grande sœur.

Après avoir bien trop mangé, James proposa à Lily de sortir un peu prendre l'air. Comprenant qu'il désirait discuter avec elle de sujets plus personnels, la rousse accepta. Les deux Gryffondor se baladèrent ainsi non loin du parc où Lily et Severus avaient si souvent joué petits.

-Le sourire de Pétunia est toujours aussi sublime, ricana James.

Lily rigola.

-Tu sais bien comment elle est. Néanmoins, nos rapports se sont améliorés depuis que j'ai quitté Poudlard.

-Ah ouais ?

-Eh bien, c'est comme si elle se disait que comme ce qui nous séparait n'existe plus, elle n'a plus de raison de m'en vouloir. Et puis, sa situation est meilleure que la mienne, elle a une maison avec son compagnon qui gagne bien sa vie. Quant à moi, eh bien je viens de passer un diplôme qui peut-être ne me servira jamais et en plus, je suis handicapée ! Elle n'a plus rien à m'envier.

-Tu veux dire qu'elle t'apprécie de nouveau parce qu'elle se considère supérieure à toi ? James était assez dégouté.

-Ce n'est pas vraiment ça…

Lily soupira.

-C'est plus comme si elle avait de la peine et qu'elle a compris que ça ne servait à rien de continuer comme avant étant donné qu'elle n'a aucune raison d'être jalouse de moi. Tu sais, ma sœur n'a pas mauvais fond et je dis ça parce que je la connais. Par contre, je n'aime pas son compagnon, je pense qui lui monte la tête. Et encore, il ignore tout de mes pouvoirs.

James ne savait pas vraiment quoi dire. Il avait l'impression que Lily se voilait la face concernant sa sœur mais comme elle le disait, elle la connaissait mieux que lui.

-Comment va ta jambe ? Tu as toujours de la rééducation à faire ? lui demanda-t-il pour changer de sujet.

-Plus tellement à présent. Je suis arrivée au bout de la mobilité que je pouvais atteindre en faisant des exercices. La seule possibilité pour moi de voir d'autres changements serait de subir une autre opération.

-Merde… Je suis désolé, s'excusa James, penaud. Tu tiens le coup ? Tu as été courageuse tout ce temps, ça a dû t'ébranler d'apprendre ça.

-Plutôt, mais les médecins m'avaient prévenue que cela pourrait finir ainsi.

-Tu vas te refaire opérer alors ?

Lily haussa les épaules.

-C'est prévu, mais il faut encore étudier les possibilités et que je m'y prépare.

-Je comprends. J'espère que Severus te soutient au moins ?

-Oui, ne t'inquiète pas. Il est irréprochable. Il va beaucoup me manquer lorsqu'il fera son apprentissage.

-Ça doit l'inquiéter de te laisser seule. Quand il sera loin, il pensera à toutes les rencontres que tu feras et les hommes qui t'approcheront !

-Arrête ! rougit-elle.

-Mais c'est vrai ! renchérit-il. Moi, je n'arrête pas d'y penser !

Il avait confiance en Regulus et n'était pas trop jaloux, mais James pensait néanmoins à tous ces souvenirs qu'il se faisant sans lui… Lily posa alors sur lui un regard étrange et James comprit le malentendu.

-Pas te concernant mais pour la personne avec qui je suis, lui expliqua-t-il.

-Oh.

Il y eut un silence. James ne lui avait jamais dit qu'il était de nouveau en couple. Peut-être s'en était-elle doutée sans pour autant en avoir la confirmation. De toute façon, James faisait bien ce qu'il voulait et il n'avait pas vraiment envie de discuter de son histoire avec Regulus. Pour dissiper le malaise, l'ancien Gryffondor aborda plutôt un autre sujet.

-Il faut que je t'avoue quelque chose... Je suis le patron du magazine Harry.

Lily ouvrit de grands yeux, choquée.

-Mais… tu n'es pas en train de me faire une blague, j'espère ?!

-Bien sûr que non.

Lily le dévisagea un instant avant de secouer la tête.

-Eh bien, je ne savais pas que c'était des sujets qui t'intéressaient ni même que…

Elle s'arrêta, repensant à une discussion lointaine lors d'une sortie dans le village magique.

-C'est vrai que tu en avais fait mention une fois, n'est-ce pas ? Après l'attaque de Poudlard, quand les cours avaient repris, on s'était tous revu dans le pub où on s'était réuni.

Il acquiesça.

-Je ne pensais pas que tu t'en souviendrais, admit-il. Et pour tout te dire, c'est grâce à Alice si je suis là-dedans. Elle était une bonne confidente concernant certains sujets et les doutes que je pouvais avoir sur certaines thématiques. C'était sympa de parler avec elle et on s'est trouvé une sorte de passion commune je dirais.

Lily sourit à l'évocation de son amie.

-J'ai lu le dernier numéro et je me suis abonnée en lisant l'extrait sur Pamela et la victime anonyme de Rosier. C'est bien ce que tu as fait, permettre à ces personnes d'être entendues, de ne pas se sentir seules.

-Je ne sais pas, souffla-t-il. Il y a quelques jours, j'ai reçu pas mal de lettres qui dénoncent l'attitude de Rosier. Je ne m'y attendais pas mais il a fait beaucoup de mal autour de lui.

Lily baissa les yeux et croisa les bras en repensant au blond.

-Je n'en avais aucune idée… Et dire que ça s'est passé sous nos yeux ou presque…

-Ouais… J'avais publié ces témoignages parce que je voulais faire bouger les choses, que je trouvais ça injuste que les coupables ne soient pas punis. Maintenant, j'ai juste l'impression que c'est un truc qui me dépasse…

-Je peux comprendre mais tu n'as pas à porter tout ce poids seul car tu ne l'es pas.

-Oui, c'est vrai, j'ai une équipe géniale. La question que je me pose vraiment c'est quel avenir je veux pour Harry. À la base, c'est un magazine qui se voulait drôle et informatif. Je veux que les gens puissent trouver des réponses aux questions qu'ils se posent où comprendre que ce qu'ils vivent est normal, dédramatiser des situations et faire comprendre que les questions sur le sexe ne doivent pas être taboues.

-Tu crains qu'en te concentrant sur les violences sexuelles, Harry ne devienne trop sombre, qu'il perde sa nature ?

-En quelque sorte. Mais surtout, je ne me sens pas à la hauteur. Je ne veux pas décevoir ces personnes qui, pour la première fois, se confient et attendent quelque chose de moi…

James serra les poings. Il avait déjà fait une énorme erreur une fois, il ne voulait pas recommencer. Soudain, Lily posa ses mains sur les siennes.

-James Potter, tu as tellement changé. J'aime beaucoup la nouvelle personne que tu es devenue et j'espère que tu l'aimes aussi.

Il prit le temps de réfléchir avant de lui sourire.

-Pas tout le temps, mais oui. Je crois que j'ai enfin compris ce que beaucoup me reprochaient et maintenant, je peux avancer.

Oui, James laissait petit à petit tomber l'image du jeune homme insouciant qui peinait parfois à comprendre la misère et la tristesse d'autrui.

xXx

Les fêtes, Severus en avait horreur. Ou plutôt, il avait appris à ne pas les aimer. C'était toujours des soirées très contraignantes pour lui. Il n'était pas bon en danse, pas doué pour tenir une longue conversation avec ses camarades ni pour faire semblant de s'amuser. Il préférait rester assis dans son coin, parler de temps en temps à ses amis et manger un peu. Généralement, il pouvait combattre sa difficulté à sociabiliser jusqu'à ce que tout le monde soit beaucoup trop joyeux et fou et décide de faire n'importe quoi, d'être sans limites comme s'il n'y avait pas de lendemain. Parfois, c'était à cause de l'alcool mais la majorité du temps, c'était tout simplement parce que Poudlard était rempli d'adolescent qui voulaient s'amuser, décompresser, et que certaines nuits, tout était permis sans jugement.

Le Serpentard savait que le bal de fin d'année qui arrivait à grands pas était supposé être un bon moment. Pour une fois, il avait envie d'en profiter, même si cela lui paraissait compliqué. Certains élèves avaient déjà commencé à quitter Poudlard alors que les autres restaient seulement pour avoir la possibilité de passer une dernière bonne soirée. Graver une dernière image de Poudlard positive.

Severus aurait voulu passer ce bal avec Lily mais elle n'était pas là et il se demandait s'il pouvait s'amuser sans elle. Si elle avait été là, elle l'aurait aidé à supporter la soirée. Il se serait même amusé, il en était convaincu. Alors la question se posait de partir plus tôt ou de rester jusqu'au bout. Il avait accompli sa part, il avait passé ses Aspics.

Mais Severus avait coupé les ponts avec son père et ne commençait son apprentissage qu'en septembre. En attendant, il se retrouvait sans logement et devait trouver les moyens de subvenir à ses besoins. C'était sans doute stupide de sa part, mais il n'y avait pas pensé avant. Il avait eu tant de difficultés jusque-là, de choses à penser. À présent, il serait indépendant, mais surtout sans domicile. N'ayant pas beaucoup de moyens et de temps, il louerait la même chambre qu'il louait d'habitude puis chercherait à travailler le reste de l'été. Il n'avait pas le choix, ses économies étant plutôt minces.

C'était peut-être bancal mais il y penserait plus tard. Pour avoir discuté avec Regulus, il savait qu'Erd était également dans une situation compliquée. Chacun avait ses propres tracas. Et s'il y avait bien une chose qui inquiétait le 7e année, c'était les récentes découvertes qu'il avait faites sur Regulus. Depuis la parution des extraits de témoignages, les deux Serpentard avaient commencé à se reparler. Parfois, cela se faisait naturellement. Parfois, c'était plus délicat car les sujets plus épineux n'étaient pas abordés.

Regulus se renseignait sur les possessions. Il assurait que ce n'était rien d'important, mais Severus ne le croyait pas. Il s'inquiétait pour lui, mais ne se sentait pas le droit de trop le questionner ni de s'immiscer dans sa vie. Pourtant, il ne pouvait pas abandonner et le seul choix qui lui restait était Sirius Black. Il détestait l'admettre, mais le Gryffondor était étrangement la personne qui comprenait le mieux son frère et parvenait le plus à l'atteindre. Extraordinaire quand on savait qu'il fut un temps où il était sa principale source de malheur.

Mais le passé était révolu et Severus devait faire avec.

-Sirius Black.

Le Gryffondor s'arrêta. Il sortait des toilettes et ne semblait pas avoir envie d'avoir une discussion avec lui.

-Tu essaies de te la jouer dramatique en prononçant mon nom ainsi. C'est inutile, tu sais ? Surtout que je sais encore comment je m'appelle, s'amusa-t-il.

-Je n'ai pas envie de rire, j'ai quelque chose à te demander, s'agaça Severus.

Une fois dans sa vie, le Maraudeur ne pouvait-il pas être sérieux ?

-Quoi ?

-Regulus faisait d'étranges recherches la dernière fois.

Sirius fronça les sourcils, lui signifiant qu'il ne voyait pas de quoi il parlait.

-Il se renseignait sur les possessions par les esprits. Je ne sais pas, je trouve ça bizarre comme centre d'intérêt. Ce n'est pas pour médire à son sujet, mais comme il se retrouve souvent dans des problèmes…

Avant qu'il ne puisse terminer sa phrase et donc faire part de son inquiétude, il vit le visage de Sirius se fermer.

-Alors il y a vraiment quelque chose, murmura Severus. Qu'est-ce qui se passe, bon sang ?

Sirius avait l'air étrangement absent, le regard vide. Severus n'était pas sûr qu'il l'ait entendu. Il eut soudain un mauvais pressentiment.

-Sirius ?

-Mêle-toi de tes affaires, répliqua le Gryffondor.

Sa répartie manquait de piquant. Il essayait de se donner un air impassible mais il avait l'air effrayé. Severus ne l'avait jamais vu ainsi. Il était si déboussolé qu'il ne sut pas quoi dire d'autre. Quand Sirius partit, le plantant devant les toilettes, il ne pensa pas à le retenir.

xXx

Padfoot avait-il pris possession du corps de son frère ? Lui avait-il fait du mal ? Regulus n'arrivait pas à y croire. Pourtant, toutes les preuves allaient dans ce sens. La seule question qu'il se posait encore était : pourquoi ? Lors de sa dernière discussion avec James, il lui avait révélé que Padfoot avait déclaré que son état ne s'était jamais amélioré. Avait-il décidé de prendre la place de Sirius car son frère ne s'était jamais réveillé de son état végétatif ? Il avait peut-être cherché à les soutenir et à leur insuffler un petit brin d'espoir. Le Serpentard le savait, si James, Remus et lui n'avaient pas constaté d'amélioration de la santé du Gryffondor, ils n'auraient jamais pu se concentrer sur Jedusor ni même faire quoi que ce soit d'autre.

Tout ça était bien gentil, mais n'était-ce pas stupide de sa part de penser que toutes les intentions de Padfoot étaient bonnes ? Il avait aussi pu agir de manière purement égoïste. Padfoot avait longuement souffert de sa situation, il n'y avait rien d'étonnant dans le fait qu'il cherche à s'offrir une seconde chance. À présent qu'il y repensait, Regulus s'en voulait de ne pas avoir pris la pleine mesure de ce que ressentait son ami.

Combien de temps Padfoot avait-il erré sans but précis, prisonnier malgré lui ?

À combien d'évènements tragiques avait-il assisté sans pouvoir rien faire ?

À bien y penser, Regulus lui avait fait confiance sans presque jamais discuter ses décisions. Il savait bien pourquoi. Padfoot avait été comme un sauveur pour lui, le coup de pouce dont il avait eu besoin pour oser changer. D'une certaine façon, il s'était servi de l'esprit qui lui fournissait l'excuse parfaite pour suivre son frère et quitter le Square Grimmaurd. Padfoot avait néanmoins toujours été honnête avec lui. Cela avait facilité les échanges entre eux. Regulus avait également pu lui faire confiance assez vite car ils se disaient tout, ou presque. Il n'avait jamais eu ce genre de relation avec personne et cela lui avait fait du bien.

Au bout du compte, même si Padfoot avait fait quelque chose de mal, aussi naïf que cela puisse paraitre, Regulus voulait croire qu'il n'avait pas fait de mal à son frère. Les informations qu'il avait trouvées disaient toutes la même chose : lors d'une possession, l'esprit finissait par perdre la raison et seuls les esprits ou fantômes suffisamment puissants ou avec un sentiment de regret très fort pouvaient accomplir leur tâche.

Peu importe au final ce qui avait poussé Padfoot à faire ce qu'il avait fait, le 6e année devait simplement le convaincre de libérer son frère. Il n'était pas question de jugement à ce stade, mais de s'assurer que Sirius était en sécurité.

Confronter Padfoot le stressait tant qu'il en avait mal au ventre. Mais il ne pouvait fermer les yeux, il devait le faire.

Le cadet de la famille Black cherchait son frère depuis le début de la journée. Regulus l'avait évité ces derniers jours pour pouvoir effectuer ses recherches sans se sentir honteux de le soupçonner de quelque chose de si affreux et de lui mentir. Sirius passant ses examens, il n'avait probablement même pas dû s'en apercevoir. Mais l'heure n'était plus à l'évitement, cela n'avait que trop duré.

-Regulus, l'apostropha Dorcas.

Alors qu'il allait de nouveau se rendre dans la salle Commune des Gryffondor pour voir si son frère y était, ce dernier s'arrêta.

-J'ai entendu dire que tu cherchais ton frère ? lui demanda la Gryffondor.

Regulus fut surpris pendant un instant. Il se souvenait effectivement avoir demandé aux fréquentations de Sirius s'il l'avait vu. Il avait également fait plusieurs allers-retours dans la salle commune des Gryffondor et n'avait donc pas dû passer inaperçu. Quelqu'un avait dû en parler à Dorcas et elle allait sûrement pouvoir le renseigner. C'était une bonne nouvelle. Il trouvait cela étrange que Sirius ne soit pas déjà venu le trouver, mais peut-être était-il occupé avec la tenue du bal.

-C'est exact, répondit-il.

-Eh bien, tu n'es sans doute pas au courant mais il est parti très tôt ce matin, lui apprit-elle.

-Quoi ?!

Regulus pensait à une mauvaise blague.

-Oui, répéta-t-elle. Il devait avoir une urgence car il est parti en disant au revoir à quelques personnes seulement. Je suis étonnée que tu ne sois pas au courant.

Regulus était tant troublé qu'il resta silencieux. Comme il ne disait rien, Dorcas prit congé.

Ce départ soudain inquiéta le Serpentard. Pourquoi partir ainsi, sans même l'avertir ? Il devait à tout prit contacter James et lui demander si Sirius était à Godric's Hollow. Il fallait qu'il y soit car si ce n'était pas le cas, cela voulait dire que Padfoot devenait imprévisible et que la folie avait sans doute déjà commencé à le gagner.

Plus soucieux que jamais, Regulus se hâta de gagner son dortoir pour récupérer son miroir magique.

xXx

Padfoot avait passé la nuit dehors. Étrangement, de tout ce qu'il avait vécu dans cet univers, cela avait été le plus dur. Pas les morts, pas les trahisons, pas les dangers, pas l'incertitude… Mais bien cette nuit qu'il avait passé dans le noir avec ses affaires et les quelques regards de pitié ou de curiosité qu'il avait pu croiser. C'était pourtant un évènement anodin en comparaison de tout ce qui s'était déjà passé. Mais si cela l'avait tant marqué, c'était bien parce que cela remuait un souvenir douloureux en lui. Si le Sirius de ce monde avait vécu un véritable traumatisme en étant abusé par un pédophile sous son propre toit, lui aussi possédait des blessures profondes.

Il pensait pourtant être guéri de ses mauvais souvenirs, avoir surmonté ses problèmes et ses peurs. Mais il s'était trompé. Se retrouver à la rue lui rappelait une période sombre de sa vie. L'assassinat de James et de Lily. On l'avait accusé à tort et ses amis lui avaient tourné le dos. Peter, le traitre, s'en était sorti. On l'avait pourchassé puis jeté à Azkaban. Combien de fois et pendant combien d'années avait-il crié son innocence ? Pas une seule personne ne l'avait cru. Azkaban détruisait les gens. Il ne voulait pas entrer dans le débat de si oui ou non les prisons fabriquaient plus de méchants qu'elle n'en remettait dans le droit chemin mais il avait ses doutes.

Lui, la prison l'avait changé.

Elle avait fait ressortir sa noirceur et sa folie. Il avait été torturé, que ce soit par les gardiens ou les Détraqueurs. Ces derniers s'en étaient d'ailleurs donnés à cœur joie.

Sortir avait été une nécessité, pas seulement pour rétablir la vérité et protéger Harry, le fils de son meilleur ami, mais s'il n'avait pas réussi à s'évader, il se serait tué. C'était une certitude, Padfoot n'aurait pas été capable de supporter ce traitement plus longtemps. N'ayant plus personne, il n'avait plus rien pour le retenir.

Il n'avait pas eu besoin d'en arriver là et après s'être évadé, il avait vécu une vie de fugitif, vivant dehors, mangeant dans les poubelles, volant sous sa forme d'Animagus. Dans le monde sorcier, le gros chien noir était apparenté au Sinistros qui était un mauvais présage. Les gens avaient donc eu peur de lui, pas seulement à cause de son apparence, mais également la crainte qu'il leur porte malheur. Ils l'avaient donc souvent durement chassé.

Padfoot ne voulait pas revivre ça. Il avait déconné en partant soudainement de Poudlard. Il aurait dû retourner chez les Potter. Néanmoins, apprendre que Regulus faisait des recherches sur lui, qu'il était probablement au courant, l'avait fait paniquer. Il savait ce qu'il avait fait et la honte l'accablait. Il faisait n'importe quoi et toutes les décisions logiques pour se sortir de ce bourbier comme discuter avec son frère lui semblaient étrangement insensées.

Il te jugera. Il voudra te détruire.

Une peur sans nom le fit trembler. Il était de nouveau seul. Comment allait-il s'en sortir ? Il ne pouvait pas rester dehors. Même s'il avait quelques affaires, il était fauché grâce à ses parents. S'il allait à Godric's Hollow, son frère le trouverait sans mal. Il pouvait quitter le corps qu'il possédait mais il lui fallait un endroit sûr. La maison des Potter pourrait être ce lieu sûr. Néanmoins, on devait l'attendre de pied ferme. Comment expliquer à des personnes qui étaient contre lui qu'il ne voulait de mal à personne ? Sa thèse serait fortement mise à mal quand, une fois libre de toute possession, l'esprit brisé de Sirius refuserait de faire surface. On l'accuserait alors de l'avoir cassé, abîmé une fois de plus.

Padfoot avait besoin d'un allié. Il mélangeait tout, devenait paranoïaque et se mettait à penser comme un petit garçon apeuré.

Il avait besoin de Moony. Son ami lui manquait terriblement. Il avait souvent couvert ses frasques, pardonné ses erreurs et l'avait soutenu après son évasion d'Azkaban.

C'était sa dernière carte. Remus devait l'aider.

Incertain, l'esprit se mit en route.

xXx

Godran lui prit le bras avec brusquerie et, surpris par le geste, Remus poussa un cri, tentant de se libérer par réflexe.

-Ne bouge pas, je dois prendre tes constantes.

Remus s'excusa tout en contenant assez mal son agacement. Parfois, il n'avait rien à reprocher à l'infirmier mais d'autres fois, il se demandait ce que cela lui couterait d'être plus doux et gentil. Le pire était que le roux savait ce qu'il pensait de lui et s'en amusait. Il aimait le taquiner même si l'ancien Poufsouffle n'appelait pas les choses ainsi.

Cependant, avec le temps, il avait fini par comprendre que le roux n'était pas méchant. D'ailleurs, il ne dépassait jamais les bornes. Il faisait simplement parti des personnes incapables de faire des compliments et qui exprimaient leur affection ou leur gêne de cette manière. Voyant Godran tous les jours, Remus s'était habitué et ne tenait plus vraiment compte de certaines de ses remarques. Parfois, l'infirmier arrivait à le faire rire et c'était agréable. Il lui arrivait aussi de le complimenter et de le regarder dans les yeux sans rien dire. Ces moments-là gênaient assez Remus qui ne savait pas comment réagir et commençait à s'imaginer tout un tas de choses avant de se sentir stupide.

-Comment se sont passés tes Aspics ? lui demanda le roux.

Il avait fini de s'assurer que Remus guérissait convenablement.

-Je ne sais pas. J'ai l'impression de m'en être bien sorti mais je ne peux pas être sûr.

Godran s'esclaffa comme si Remus avait fait la blague du siècle mais le Poufsouffle savait bien que ce n'était pas le cas. Il se rappelait en septembre quand Sirius lui avait assuré qu'il était bien plus drôle que lui, comme si passer son temps à embêter son monde entrait vraiment dans la définition de marrant. Pour le contredire, le châtain avait tenté de lui raconter une blague et même si au final, le Gryffondor avait ri, il avait assuré que c'était plus à cause de lui que de sa blague. Remus avait le sentiment qu'il se passait la même chose avec le roux.

-Ce n'est pourtant pas compliqué de savoir si tu as réussi ou non ! Tu ne peux pas répondre à une question aussi simple ? se désola le roux.

-Ce n'est pas si simple, protesta le châtain.

-Bah soit t'as assuré, soit tu t'es raté. Je ne vois pas la complication là-dedans. C'est simplement toi qui doutes toujours et es incapable de te faire un vrai avis. Je suis sûr que tu as assuré mais comme tu manques de confiance en toi, tu ne peux même pas le reconnaitre.

-Eh bien oui… Mais…

Remus était un peu perdu. Il ne savait jamais trop quoi répondre quand l'infirmier lui faisait ainsi la leçon.

-Tu devrais t'affirmer un peu plus. T'es jeune, intelligent, j'ai cru comprendre que tu avais un haut potentiel magique et puis t'es beau. Arrête de parler doucement et de bégayer pour rien, ça tue tout ton charme.

Remus ne sut pas quoi répondre. Il baissa simplement la tête, étrangement gêné. Il avait l'impression que Godran essayait de lui faire comprendre quelque chose. Mais plus que tout, cet échange dépassait celui de la simple conversation entre un infirmier et son patient. Le châtain sentit le regard du roux sur lui et son cœur s'emballa à cause du stress ou d'autre chose, il ne saurait le déterminer.

En soi, il ne pensait pas que le jeune homme avait tort. Il y avait d'autres manières de le dire, mais au moins il avait fait passer son message. Remus n'avait jamais réussi à s'imposer et avait tendance à suivre le flot lorsqu'il se trouvait dans un groupe. Il jouait les conciliateurs et osait peu s'exprimer quand une décision ne lui convenait pas. Lorsque son groupe d'amis décidait d'une sortie à faire tous ensemble et qu'il n'avait pas réussi à faire entendre son opinion ou s'il était le seul mécontent, il préférait s'abstenir et rester seul plutôt que de tenter de trouver une autre solution. Il n'aimait pas non plus attirer les regards et pouvait se montrer assez timide. Parfois, l'ancien Poufsouffle préférait ne rien dire. Il manquait d'honnêteté mais il craignait de blesser les autres. Il ignorait si c'était de la politesse ou de la lâcheté…

-Tu ne dis jamais rien quand je te complimente, lui fit encore remarquer Godran. Pourquoi as-tu autant de mal à accepter qu'on pointe tes qualités ? Ça ne doit pas arriver souvent, tu pourrais avoir l'air content. Il faut que tu apprennes à dire merci et surtout que tu comprennes que les gens n'essaient pas de t'embobiner. Je te trouve beau et je trouve ta timidité mignonne, mais j'ai aussi envie de te voir t'exprimer plus. Tu me plais assez, Remus Lupin.

Remus se sentit paniquer. Les joues rouges, il se leva de sa chaise, la faisant émettre un grincement aigu. Pris au dépourvu, il se sentait bête et n'avait pas envie de blesser l'infirmier en répondant mal. L'ancien Poufsouffle aurait peut-être dû s'en douter. Il y avait quelques indices, mais cela lui avait semblé invraisemblable. De plus, Godran soufflait constamment le chaud et le froid avec lui. Et puis, ils ne se voyaient que quelques fois par semaine. Il ne comprenait pas comment le roux avait pu avoir le temps de l'apprécier plus que comme un patient.

-J'ai besoin d'aller aux toilettes.

C'était faux et ce fut si évident que lorsque l'ancien Préfet en chef passa à côté du roux, celui-ci lui attrapa le bras pour l'arrêter. Son geste accentua la panique de Remus qui s'imagina un instant que Godran allait l'attirer dans ses bras pour lui donner un baiser langoureux.

-Tu vois, tu fuis encore.

L'infirmier esquissa un sourire.

-Ne t'inquiète pas, patate ! rigola-t-il.

Il lui donna une petite tape sur la tête comme pour chasser toutes les idées bizarres qu'il avait dans la tête et Remus se massa un instant le front pour cacher sa honte. Godran l'avait relâché et il se sentait à présent ridicule d'avoir commencé à stresser pour rien.

-Je suis ton infirmier et tant que je le serai, je m'occuperai juste de tes soins. Mais ma mission va bientôt prendre fin alors je te préviens dès maintenant, je compte te draguer avec acharnement, monsieur Remus Lupin.

-Je… Je ne sais pas quoi dire.

Le Poufsouffle se fustigea. Il aurait mieux fait de se taire si c'était pour dire quelque chose de si peu utile ! Ce n'était pas la première fois qu'on le draguait ou qu'on lui faisait comprendre qu'il avait attiré l'attention. Il avait de l'expérience, mais il agissait comme si ce n'était pas le cas.

Heureusement, le roux ne lui tint pas rigueur de son manque de loquacité. Il se contenta de ramasser ses affaires, de le saluer et de partir. Lorsque la porte claqua, Remus eut l'impression de respirer de nouveau.

A peine une minute plus tard, il entendit quelqu'un frapper de nouveau. Était-ce Godran qui revenait parce qu'il avait oublié quelque chose ? Il ouvrit la porte sans se méfier.

Sirius était en face de lui. Il avait à la fois l'air fatigué et heureux de le voir. Cela fit un choc au châtain. Depuis combien de temps ne s'étaient-ils pas vus ? S'étaient-ils quittés en mauvais termes ? Remus ne s'en souvenait plus mais cela devait être le cas car l'ambiance était étrangement lourde.

-Je me suis mis dans la merde, Remus. J'ai besoin de toi.

C'était tout Sirius ça. Il allait à l'essentiel et avait toujours cette petite mine enfantine lorsqu'il avait des ennuis.

-Entre, dit-il car il ne pouvait pas faire autrement.

Remus s'était confié à Isabel sur son désir de pouvoir conserver une relation d'amitié avec le brun. En lui venant en aide, en étant là pour l'écouter et l'épauler, il agirait donc comme un véritable ami.

L'ancien Préfet-en-chef espérait simplement qu'il ne le regretterait pas.

xXx

Regulus avait encore les mains qui tremblaient quand il descendit du train. Il avait envie de pleurer et se sentait terriblement inutile. En apprenant le départ soudain de Sirius/Padfoot, le Serpentard avait paniqué. Il n'avait eu qu'une seule idée en tête, tenter de le rattraper. Malheureusement, il s'était vite rendu compte qu'il n'avait aucun indice pour retrouver son frère. Il était évident qu'il se savait démasqué, d'où sa fuite. Inquiet, Regulus avait tout de même décidé de quitter Poudlard pour retourner à Godric's Hollow. Avec James, il aurait plus de chances de le trouver.

Le train ne passant qu'en fin de soirée, il avait dû prendre son mal en patience. Toute la journée, il avait dû entendre les discussions relatives à la fête de fin d'année, le fameux bal de promo comme l'appelait certains moldus.

C'était étrange d'observer les gens heureux tenter de profiter du reste de leur jeunesse alors que lui vivait la plus grande crise de son existence. Lorsque la fête avait commencé, ses bagages étaient déjà prêts. Tout comme Sirius, il avait filé sans dire au revoir à personne. Enfin, il avait tout de même laissé une lettre à Barty. C'était un casse-pieds, mais Regulus pouvait compter sur lui et au fond, il l'aimait bien. Il y avait aussi Edmont, un Serpentard qui tout comme lui, était capable de faire preuve de sensibilité, qui ne se contentait pas d'être le stéréotype du bon Serpentard. C'étaient des amis que Regulus voulait garder l'année prochaine quand il ferait sa dernière rentrée à Poudlard.

S'il arrivait à se sortir une bonne fois pour toute des problèmes.

Regulus avait hésité à laisser un mot à Severus. Même s'ils s'étaient pardonnés, l'ambiance restait encore un peu bizarre entre eux. Mais s'il y avait bien une personne avec qui il voulait garder contact, c'était Severus, son premier ami. Ce mot, c'était le dernier verrou qui sautait. A présent, plus rien ne pourrait les empêchait de retrouver leur relation passée. C'était le signe que voulait envoyer le brun à travers ce geste.

Il chargea Erd de transmettre les mots qu'il avait écrit. Le 2éme année était la seule personne à qu'il pensait devoir dire convenablement au revoir. Il ne voulait pas que celui-ci pense ne rien représenter pour lui, ni même qu'il l'abandonnait. Ils se quittèrent avec la promesse de se donner des nouvelles. Regulus désirait savoir si la spécialiste des loups-garou pourrait trouver un foyer à Erd comme elle prétendait.

Dans le train, il avait tenté de dormir dans le but d'être suffisamment en forme pour pouvoir chercher Sirius dès son arrivé dans le village. Malheureusement, il n'avait pas pu fermer l'œil.

Regulus se sentait totalement angoissé. Il ne comprenait pas comment les choses avaient pu si mal tourner. Debout sur le quai, il se sentait désorienté, incapable de bouger, de savoir quoi faire. Les quelques passagers du train l'évitèrent sans mal, continuant leur chemin sans se préoccuper de cet étrange adolescent. Regulus lui, se repassait sans cesse les derniers jours en mémoire. Il voulait comprendre.

Lorsque qu'il sentit des mains se poser sur ses épaules, il sut que c'était James. Soulagé, il se jeta dans ses bras et le couple s'étreignit longuement.

-Ça va aller, on va le retrouver, lui assura James.

Regulus n'en était pas sûr mais c'était agréable à entendre. Le couple fit quelques pas pour aller s'installer sur un banc à l'extérieur de la gare. Pendant quelques secondes, James resta silencieux, laissant le temps nécessaire au Serpentard de se calmer.

-Je n'arrive pas à croire que Sirius ait pu se faire posséder autant de temps sans qu'on ne remarque rien…

-Tout est de ma faute, soupira le plus jeune.

-C'est absolument faux ! le détrompa son petit-ami.

-Mais si j'avais parlé de Padfoot avant…

Regulus serra les poings, énervé. Il inspira un bon coup. L'heure n'était pas à la chasse au coupable. Ils devaient retrouver Sirius et pour ce faire, ils devaient se mettre dans la tête de Padfoot et tenter de comprendre ses réactions. Le problème était que l'esprit n'était plus tout à fait lucide, qu'il en soit conscient ou non.

-Peut-être qu'il ne fera de mal à personne et ne se blessera pas non plus. Même si ce n'est pas le Sirius qu'on connait, ça reste Sirius, non ? tenta James.

-C'est plus complexe que ça. Mais oui, Padfoot n'est pas mauvais. Il faut juste espérer qu'ils nous laissent l'aider. Notre priorité est d'aider Sirius mais j'aimerais qu'on ne fasse pas de mal à Padfoot.

-Je ne sais pas si ce sera possible… On parle d'un esprit puissant. S'il ne coopère pas, je ne suis pas certain qu'on arrive à le chasser de force. Sur ce coup-là, on manque de préparation mais on n'a pas le choix, le temps joue contre nous.

Regulus acquiesça. Malheureusement, il ne pouvait pas demander de l'aide à Hugo Leroy. Déjà parce que celui-ci devait être bien occupé avec la traque de Jedusor et aussi parce qu'il ne pouvait pas lui parler de Padfoot ni des voyages à travers le voile.

-Tu as une idée d'un endroit où il aurait pu se réfugier ? lui demanda James.

-C'est dur à dire. Dans son monde, tu es probablement la personne qui compte le plus pour lui. Enfin, il y a également Harry, le fils que tu as eu avec Lily… Mais enfin, il n'existe pas encore dans ce monde et…

Regulus ne savait plus quoi dire. C'était une mauvaise idée de parler de Harry. De plus, il avait commis une maladresse en évoquant le fait qu'il n'existait pas « encore » comme s'il était possible que Lily et James se remettent ensemble et décident de concevoir l'enfant de la prophétie. Il ignorait si le brun n'avait pas fait attention à ce qu'il venait de sous-entendre, qu'il n'avait pas compris ou alors qu'il avait décidé de ne pas relever mais James ne répliqua pas.

-Il doit se douter que je t'ai déjà tout raconté, poursuivit Regulus dans un soupir. Ou alors il l'ignore, mais préfère ne pas prendre de risque. Il hait Walburga et Orion et dans la famille, à part Andromeda, il n'était en bons termes avec personne. Malheureusement, je ne pense pas qu'il en sache beaucoup sur notre cousine dans ce monde.

-Il aurait peut-être pu se tourner vers Dumbledore, non ?

Il se passa la main dans les cheveux. Regulus le regarda et vit qu'il faisait de son mieux pour garder son calme.

Il n'imaginait pas ce qu'il avait pu ressentir quand il lui avait annoncé la veille qu'un esprit avait pris possession du corps de son meilleur ami. Qu'il s'agissait d'un Sirius plus âgé, qu'il venait d'une autre réalité, et que même s'il ignorait les raisons de cette possession, il n'était pas mauvais. Néanmoins, la possession n'était pas sans risque et faisait perdre tout raisonnement à l'esprit et affaiblissait l'hôte.

James était certainement énervé contre Padfoot. Probablement même le haïssait-il un peu, mais pas complètement. Parce que comme il l'avait dit, il restait Sirius. Cependant, Regulus savait que James cachait son mécontentement en partie pour lui car il avait déclaré qu'il appréciait l'esprit et que même s'il n'aurait pas dû, il tentait encore de lui trouver des excuses.

-C'est une option pour lui mais à part Hugo, on ignore l'endroit où vit actuellement l'ancien directeur.

Regulus réfléchit un instant à la seule possibilité qu'il n'avait pas encore évoquée ensemble.

-Il y a Remus.

-Remus !? Ce serait bizarre, non ? Il a déclaré plusieurs fois ne pas vouloir voir Moony tant que celui-ci n'en aurait pas fait la demande et ne lui aurait pas pardonné. Enfin, on peut même dire qu'ils étaient en froid dernièrement, non ?

-C'est vrai mais dans sa réalité, Padfoot est habitué à être pardonné par Remus et à être aidé par lui, lui rappela le Serpentard. Il était en quelque sorte celui qui le gardait du bon côté. En y pensant bien, il est probablement à l'origine de la rupture entre Sirius et lui étant donné qu'il ne ressent pas de sentiment amoureux pour lui… Pour Padfoot, Remus est un ami précieux, quelqu'un qui fera toujours partie de sa vie. S'il n'y a pas de sentiment amoureux, il y a tout de même de l'affection et surtout, il y a l'amitié. C'est peut-être absurde, mais c'est notre seule piste pour l'instant.

-C'est vrai, souffla James, et Regulus nota tout de même la pointe de réticence. On pourra ensuite tenter notre chance auprès de Frank, ou encore aller à la cabane hurlante, reprit le Gryffondor. Après tout, ça représente une bonne solution de dépannage le temps de se retourner.

-C'est vrai, je n'y avais pas pensé.

Le Serpentard se leva.

-On devrait se mettre en route maintenant.

-Attends, l'arrêta son petit-ami. Tu devrais rentrer et te reposer un peu, je peux passer chez Remus tout seul.

-Non ! répondit vivement le plus jeune. Il faut que je sois là. On se connait un peu, il me laissera plus facilement lui parler et je réussirai à le convaincre de nous écouter. On peut encore régler ça pacifiquement.

James hésita, mais voyant qu'il ne pourrait pas le faire changer d'avis, il abdiqua.

-Je l'espère aussi.

xXx

Remus sentait que quelque chose clochait. Malgré tout ce qui avait pu se passer avec Sirius, le manque de dialogue et autres conflits, le châtain avait néanmoins toujours senti une ouverture. Il avait eu le sentiment qu'avec le temps ou en se parlant, les choses pourraient s'arranger. La seule fois où il avait perdu espoir avait été le jour où Sirius avait disparu sous ses yeux après leur week-end à Cardiff. C'était étrange et il ne s'expliquait pas pourquoi il avait l'étrange impression que le Sirius qui lui faisait face était inatteignable et qu'il allait le perdre.

A présent, cela faisait plus de dix minutes que Sirius était chez lui et il n'avait toujours rien dit. Il semblait fatigué, ailleurs, et plus le châtain le regardait, plus certains détails lui sautaient aux yeux. Les vêtements froissés qu'il portait, ses cernes et son teint pâle. Remus avait proposé à son ancien petit ami une tasse de thé qu'il avait accepté. Pourtant, depuis tout à l'heure, le brun se contentait de regarder son breuvage, le regard perdu.

Il était évident que Sirius avait besoin d'aide, qu'il était perdu et avait des soucis. Mais l'ancien Préfet en chef ne savait pas quoi faire alors que celui-ci ne lui disait rien. De plus, cela faisait tellement longtemps qu'ils ne s'étaient pas parlé que les échanges n'avaient plus rien de naturel. Même si le châtain se sentait mal à l'aise, il savait que c'était à lui de faire le premier pas. Il fallait qu'il brise la glace et dise quelque chose.

Remus observa un instant l'horloge du salon qui berçait la pièce de son tic-tac régulier. Ses parents ne rentreraient pas avant deux bonnes heures. S'il voulait éviter que ceux-ci ne tombent sur Sirius, il fallait que le brun parte avant 16h. L'ancien Poufsouffle n'avait encore rien dit de sa rupture avec l'ainé des Black à ses parents et il n'avait pas envie de créer de malaise à devoir expliquer que son histoire d'amour était finie et du pourquoi il ne l'avait pas fait plus tôt.

-Sirius…

Remus se racla la gorge.

-Désolé… Ce n'était pas une bonne idée, murmura finalement Sirius.

Il se leva et Remus s'empressa de faire de même pour l'empêcher de partir.

-Attends ! Reste, dis-moi ce qui ne va pas !

Sirius le regarda, son regard brillant de tristesse et de résignation.

-J'ai tout gâché…

Remus le dévisagea, le cœur battant à tout rompre. Avec cette simple phrase, Sirius l'avait atteint en plein cœur. Était-il en train de regretter la manière dont leur histoire d'amour s'était finie ? L'ancien Poufsouffle ne savait pas comment réagir.

-Je t'ai fait beaucoup de mal et je le regrette. Je ne t'ai jamais mérité, Moony, je suis désolé.

-Sirius…

-Je ne suis pas Sirius.

La main suspendue à quelques centimètres du bras du brun, Remus s'immobilisa, choqué. Il ne comprenait plus. Il était bouleversé et Sirius était si étrange.

-Qu'est-ce que tu racontes ?

Il tenta de rire, mais ne put produire qu'un petit bruit étouffé.

-Je ne suis pas Sirius, répéta le jeune homme en face de lui. Enfin si, mais pas celui que tu connais. Et tu n'es pas non plus Moony, celui avec qui j'ai partagé tant de choses… Cette vie, ce monde…

Le brun laissa son regard s'attarder sur la maison des Lupin, mais Remus savait qu'en faisant ce geste, il voulait englober la totalité de ce qui se trouvait autour de lui et cela ne se résumait pas simplement à sa maison.

-Ce n'est pas le mien, avoua-t-il finalement, des sanglots dans la voix.

Remus demeura figé. Il avait l'impression d'avoir manqué un pan entier de la vie de l'ancien Gryffondor et de devoir prendre le train en marche sans rien savoir de sa destination. Que s'était-il passé à Poudlard pour que le brun soit si désespéré ? Il disait ne pas être Sirius, que voulait-il dire ? Était-ce quelqu'un sous polynectar ? Cela n'avait aucun sens.

Un instant, Remus pensa à l'état dans lequel s'était trouvé le brun après leur voyage à Cardiff. Il avait changé après cela. Était-ce encore à cause de ce monstre qui avait gâché son enfance et fragilisé l'adulte qu'il était ? Était-ce une manière de lui expliquer que plus rien ne serait jamais comme avant, qu'il ne pouvait plus être le Sirius qu'il avait toujours connu ?

-Tu ne me crois pas, n'est-ce pas ? souffla Sirius alors que son regard se plantait dans le sien.

Remus fronça les sourcils.

-Tu ne devrais pas laisser ce qui s'est passé te définir. Pour moi, tu n'as pas changé, tu es toujours...

Il hésita et chercha l'inspiration par terre, incapable d'affronter le regard sombre du Gryffondor.

-…Un ami exceptionnel, termina-t-il.

Sirius secoua la tête.

-Tu as toujours été ainsi, merveilleux. Tu m'as toujours tout pardonné, même l'impardonnable. Ça me plaisait, mais au fond je savais qu'une partie de toi pensait se sentir chanceux de trainer avec James et moi. Que tu ne nous méritais pas. Je n'aurais pas dû te laisser penser ça mais une partie de moi appréciait d'être incroyable à tes yeux. Tu me valorisais toujours alors que je ne le méritais pas. Aujourd'hui, je fais la même chose. Je profite de toi alors que tu n'as rien demandé. Je fais des conneries et je compte sur toi pour tout arranger. Tu sais que tu as le droit d'être en colère contre moi ?

Remus cligna des yeux avant de bégayer.

-Je ne suis pas en co-colère, pourquoi le serais-je ?

-Même si j'ai tout détruit avec Sirius, il t'aime, tu sais. Vraiment. Mais ce n'était pas… J'ai jugé que comme c'était moi qui gérais tout pour lui, j-

-Quoi ? l'arrêta l'ancien blaireau. Attends, pourquoi tu parles de toi à la 3ème personne depuis tout à l'heure ?

Remus avait l'impression que le brun lui faisait une mauvaise blague mais dans le même temps, il avait l'air si sérieux.

-Je ne vais plus pouvoir me cacher, reprit simplement Sirius. Regulus sait tout, James aussi probablement. Ils vont tout te dire, c'est sûr. Je n'ai pas envie que comme eux, tu me détestes. Je voulais juste une chance d'expliquer mes choix.

Lentement, Remus commençait à comprendre le raisonnement de son ami mais il ne pouvait pas l'accepter. Le Sirius qui lui faisait face n'était pas le vrai ? Comment cela serait-il même possible…

Sirius voulut continuer de parler, de s'expliquer, mais on sonna à la porte et les deux sorciers s'immobilisèrent. Le brun lui jeta un coup d'œil et dans son regard, Remus crut y lire une supplique, une demande muette de ne pas bouger.

Remus secoua la tête. Il ne savait pas qui sonnait mais il n'avait aucune raison de ne pas répondre.

En ouvrant la porte, il tomba sur James et Regulus. Ils étaient stressés et Remus repensa aussitôt aux élucubrations du Gryffondor. Son cœur s'emballa brutalement. Pourvu que tout ce qu'avait dit Sirius soit faux, pria-t-il soudain de toutes ses forces. Oui, il allait tout expliquer à ses amis et ils allaient l'aider à raisonner le Maraudeur.

-Je suis content de vous voir ! Sirius est chez moi et il est bizarre, je ne le reconnais pas !

Il put voir plusieurs émotions passer très vite sur le visage du couple. Il n'eut même pas le temps de dire un mot de plus que Regulus et James le bousculèrent presque pour passer. Décidément, il n'y comprenait rien et lentement, un mauvais pressentiment était en train de le gagner. Quoiqu'il fût en train de se passer, il n'était pas sûr que ça se termine bien.

Sans perdre de temps, il rejoignit le trio au salon. Regulus et son frère se faisaient face.

-Padfoot, murmura le plus jeune, comme s'il avait peur de déranger ou de faire fuir son frère.

Remus observa Sirius, sidéré. Regulus venait de l'appeler Padfoot ? Quelques secondes auparavant à peine, il lui avait dit qu'il n'était pas Sirius. Est-ce que tout était vrai ?! Il était perdu et personne ne lui expliquait rien. Que se passait-il, bon sang !?

-Je... J'aurais tellement aimé que tu ne saches jamais...

-Tu n'es jamais parti, c'est ça ? lui demanda Regulus.

-Non, c'est…

Padfoot voulut s'approcher de son protégé, mais James se rapprocha de Regulus pour lui barrer la route. Il semblait hésitant, ne sachant comment se conduire avec ce Padfoot. Lorsqu'il le voyait, il ne voyait que son meilleur ami, Sirius.

-Je ne vous veux pas de mal, murmura Padfoot.

-On le sait, le rassura Regulus.

Il fit un signe de tête au Gryffondor, lui signifiant qu'il ne craignait rien.

-Que se passe-t-il ? demanda Remus. Comment ça, ce n'est pas Sirius ?

Le couple lui jeta un coup d'œil. Ils semblaient hésiter à lui révéler la vérité.

-Je suis Padfoot, répondit alors le concerné. Enfin, c'est Regulus qui a commencé à me nommer ainsi, mais je suis avant tout Sirius Black. Il y a un moment maintenant, lors d'une bataille au ministère opposant l'ordre du phénix aux alliés et adeptes de Voldemort, ma cousine m'a jeté le sort de mort et j'ai traversé le voile. Remus, je ne viens pas de ce monde.

Remus aurait aimé rire comme tout à l'heure, mais il sentait que c'était la vérité, que ce Sirius ne mentait pas. Il vacilla, choqué, et eut l'impression que toute son énergie le quittait.

-Remus, ça va ? s'inquiéta James.

Il acquiesça, mais ne convainquit personne.

-Assieds-toi, l'invita son ami.

Il s'installa sur le même fauteuil que tout à l'heure et se prit la tête dans les mains.

-Quand on s'est dit au revoir, je suis vraiment parti, mon petit roi, reprit Padfoot. Mais le voile…

Il fit une pause et souffla.

-Je devenais fou là-dedans, je ne pouvais pas rester. Alors j'ai pensé à revenir. Mais j'ai vu que tu n'avais pas besoin de moi, pas autant qu'avant en tout cas. Je ne voulais pas non plus revenir pour te laisser une fois de plus et t'infliger une nouvelle fois cette peine. Quand Sirius a sombré à cause des souvenirs de son traumatisme qui ont ressurgi, je ne sais pas, j'y ai vu une opportunité.

-Une opportunité ? répéta James.

Padfoot acquiesça.

-L'occasion de me rendre utile. J'avais les connaissances et le pouvoir, je pensais que je serais un atout pour arrêter Jedusor. À force d'être resté dans cette réalité, j'ai fini par me convaincre que j'étais là parce que j'avais une mission à accomplir. C'est fou, non ?

-Non, le rassura Regulus. Tu as cherché quelque chose à quoi te raccrocher pour ne pas devenir fou.

Padfoot esquissa un sourire.

Remus observait la scène sans rien dire. Il comprenait enfin ce qu'il se passait mais la confusion et le sentiment de trahison n'en était pas moins forts. Tout ça n'était pas une blague. Un autre Sirius avait pris la place du Sirius qu'il connaissait.

-De mon vivant, j'ai vécu des situations difficiles, murmura Padfoot. Une en particulier m'a fait perdre pied. Je reconnais les signes de la démence et je fais n'importe quoi, Regulus.

Le cadet des Black ne dit rien, il n'en avait pas besoin. Il était inutile de mentir à son frère.

-Regulus a dit que tu n'étais pas mauvais et je crois que c'est le cas. S'il te plait, il faut que tu nous rendes notre Sirius, le supplia James.

-Est-ce qu'il va bien ? demanda Remus.

Le visage de Padfoot s'assombrit. Il n'avait pas une bonne nouvelle à leur annoncer.

-Sirius ne va pas bien. Il s'est renfermé pour se protéger. Et malheureusement, il n'en sortira pas de lui-même.

Remus ignorait si c'était une nouvelle à laquelle s'attendait Regulus et James mais pour lui, ce fut un nouveau coup douloureux à encaisser.

xXx

Il était tard. Après la discussion compliquée que le groupe d'amis avait eue chez les Lupin, Regulus, Sirius et lui étaient rentrés à Godric's Hollow. Le trio n'avait pas voulu s'imposer plus longtemps chez le pauvre Remus qui était anéanti par toutes ces révélations. James avait hésité à le laisser seul. Il voyait bien combien la révélation de l'identité de Padfoot avait ébranlé le châtain. Il lui avait même proposé de lui tenir compagnie, mais Remus avait refusé. Il souhaitait être seul. De toute façon, ses parents allaient rentrer alors le Maraudeur n'avait pas de raison de s'inquiéter. James n'avait pas insisté, même s'il aurait aimé le faire.

James ne se voyait pas rentrer chez lui avec ce Padfoot qui avait pris le corps de son meilleur ami en otage. C'était une situation très particulière. Et puis, il y avait Regulus. Toute la journée, le Serpentard et lui avaient fait front commun pour retrouver Sirius. À présent que c'était chose faite, il avait l'impression de ne plus exister aux yeux du plus jeune. Pire encore, que ce qu'il avait fait venait de ressurgir entre eux. James ne savait pas comment lui parler ni s'il pouvait exprimer à voix haute ses craintes et ses aprioris contre Padfoot.

Il avait ce sentiment d'être de trop, de ne rien comprendre malgré tous ses efforts. Il se sentait coupable. Envers Regulus parce qu'il l'avait blessé, mais aussi envers Sirius pour ne pas avoir remarqué ce qu'il lui arrivait. Il aurait aimé pouvoir échanger à ce sujet avec l'ancien Poufsouffle car il le savait, Remus partagerait certaines de ses émotions.

Le malaise était partout à Godric's Hollow. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il y avait un esprit d'un autre monde à la table des Potter. James n'aimait pas savoir l'esprit si proche de ses parents. Il pouvait être inoffensif, il en avait d'ailleurs l'air, mais Padfoot lui-même reconnaissait qu'il perdait la tête et pouvait prendre des décisions dangereuses et irréfléchies.

Malheureusement, Regulus refusait de voir la réalité en face. Cela énervait un peu James de le voir presque hypnotisé par ce Padfoot. Il ne le lâchait pas. Il ignorait si c'était par peur qu'il s'enfuie de nouveau ou par nostalgie du temps passé ensemble. L'ancien Gryffondor se souvenait très bien du jour où il avait appris l'existence de ce Padfoot et du lien entre les deux hommes. L'esprit était à la fois le gardien et l'ami de Regulus. Aujourd'hui, il apprenait qu'il était également son frère. Qui l'aurait cru !

Sirius n'était pas vraiment Sirius. Ça n'avait aucun sens et James avait du mal à réaliser. La situation n'était pas simple car même si ce n'était pas son Sirius, il restait Sirius... Il ne savait pas comment se conduire avec ce Padfoot. Pourtant, ils avaient tous dû faire semblant au repas du soir devant les parents de l'ancien Gryffondor. Le pire était qu'au bout de quelques minutes, la conversation s'était fluidifiée et tout avait eu l'air si naturel ! Padfoot avait le même humour que Sirius, il connaissait presque tout de leur vie. Ses parents n'y avaient vu que du feu.

À la fin du repas, Padfoot avait remercié James de lui avoir permis de passer une dernière soirée normale. Mais surtout, de lui avoir permis de retrouver pendant un instant son meilleur ami. Cette déclaration avait attristé James. Il ne voulait pas pardonner trop vite à Padfoot ni lui trouver des circonstances atténuantes. Il avait tout de même usurpé l'identité de son ami. Il avait beau avoir agi avec de bonnes intentions, il avait fait quelque chose de mal.

Il savait mieux que quiconque que cela pouvait arriver à tout le monde de ne pas faire les bons choix, de se tromper. Mais il y avait des erreurs plus importantes que d'autres.

James avait oublié ce souvenir mais plusieurs mois plus tôt, quand Rosier manipulait et abusait de Regulus sans que personne ne le sache, Padfoot et lui avaient discuté une partie de la nuit. Grâce au collier que Sirius et lui avaient volé pour pouvoir communiquer avec l'esprit lors de leur sortie scolaire à Azkaban et que James avait conservé. Il se souvenait en avoir gardé un bon souvenir. Il avait pu se confier, en apprendre plus sur ses autres vies. À cette époque, il s'était beaucoup interrogé sur l'identité de ce fameux Padfoot qui en savait tant sur lui.

À présent, il comprenait beaucoup de choses. Il imaginait aussi que c'était lui qui avait parlé du fils qu'il avait ou aurait avec Lily dans d'autres réalités à Regulus. James avait choisi d'ignorer la remarque du Serpentard et ce qu'il sous-entendait en évoquant ce fils qui n'était pas de ce monde. Mais James savait que la remarque de Regulus n'était pas anodine. Pour lui, c'était déjà fini entre eux. A présent, s'il le désirait, il pouvait retourner vers Lily si elle voulait toujours de lui.

Tout cela était si déprimant.

Alors que la nuit était bien avancée, James repensa encore aux évènements de la journée. Il observa un instant le ciel noir depuis la fenêtre de sa chambre. Il n'arrivait pas à dormir. Il ne savait pas comment ils allaient bien pouvoir se sortir de cette histoire. Padfoot leur avait dit avoir une idée pour disparaitre définitivement. Il ne leur avait pas exposé son idée mais Regulus, Remus et lui étaient obligés de le suivre. La partie la plus critique concernait Sirius. Pourraient-ils un jour le retrouver ? Il y avait de grandes chances qu'au moment du départ de Padfoot du corps de Sirius, celui-ci revienne dans le même état qu'avant la reprise de Poudlard.

James n'avait pas envie de voir son ami de nouveau ainsi. Il se sentait si impuissant…

xXx

Padfoot regardait James et Regulus qui ne pouvaient cacher leur nervosité. C'était le grand jour. Ils n'avaient eu que quelques heures pour tout organiser. Aujourd'hui, si tout se passait comme prévu, il allait disparaitre. C'était étrange à dire. Combien de fois avait-il cru que son heure était venue sans pour autant que la mort n'accepte de l'accueillir ?

Padfoot n'avait pas réellement expliqué son plan. Il n'était pas sûr de lui et ne voulait pas transmettre son angoisse à ses amis et à son frère. Il les entrainait déjà suffisamment dans ses problèmes comme ça. Padfoot le savait, il ne pourrait jamais oublier le regard de Remus quand il avait compris ce qu'il avait fait. Arrivé chez le Poufsouffle, il s'était senti idiot et lâche et avait voulu partir. Puis il s'était dit qu'avant de disparaitre, le châtain méritait de savoir que le Sirius de ce monde l'avait toujours aimé et n'avait jamais cessé de le faire. Que si les choses s'étaient finies si douloureusement entre eux, c'était principalement de son fait. Les détails, il n'avait pas besoin de les connaitre.

-Je pense qu'on peut commencer, lança l'esprit.

-Euh, bredouilla James. C'est-à-dire qu'il faudrait qu'on attende un peu avant que tu nous expliques ce qu'il va se passer…

Regulus et Padfoot étaient étonnés par cette demande.

-Remus doit nous rejoindre, expliqua alors James.

-Quoi ?! Mais pourquoi ? C'est une mauvaise idée ! s'exclama Padfoot.

-C'est lui qui m'a demandé, je ne me voyais pas le lui refuser.

Padfoot ne savait pas quoi dire. James n'avait pas tort, mais il aurait préféré épargner tout ça à son ami. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même cependant. En allant le voir hier, il l'avait mis dans une situation délicate et plus que tout, plongé dans cette histoire.

Comment allait réagir Sirius en apprenant ce qu'il s'apprêtait à faire ? Il avait pensé à aller le voir pour tout lui expliquer avant d'abandonner l'idée. Il savait que Sirius allait forcément se braquer. De manière générale, il n'était pas sûr de pouvoir l'influencer d'une quelque manière que ce soit. C'était pour cette raison qu'il comptait laisser ses amis lui parler. Il était sûr qu'ils auraient plus d'impact.

-Je vais voir s'il est arrivé, lâcha James qui ne supportait plus le silence.

Regulus et Padfoot restèrent ensemble.

-Est-ce que tu m'en veux ? demanda l'esprit.

-Je ne sais pas, répondit Regulus. Je crois que non parce que je peux comprendre pourquoi tu as fait ça. Mais… j'aurais préféré que tu ne le fasses pas. Je suis content de te retrouver, mais tu n'es pas mon frère et j'ai besoin de mon frère.

Padfoot pouvait voir que ça lui coûtait car il le savait, Regulus tenait énormément à lui. Et la réciproque était vraie. Lui qui de son vivant n'avait jamais trop prêté attention à ce frère qui pour lui n'avait été que le pantin de Orion et Black, aimait pourtant plus que tout le Regulus de ce monde.

-De plus, comme tu l'as dit, ta place n'est pas ici. Tu es mort il y a bien longtemps et pourtant, tu continues à porter le fardeau d'une guerre qui ne te concerne plus. J'aimerais t'aider comme tu m'as aidé et te voir heureux. Je veux que tu reposes en paix, termina Regulus dans un souffle.

-...Merci.

Padfoot s'approcha du Serpentard pour le prendre dans ses bras. C'était comme de seconds au revoir. Il sentait Regulus très ému et lui-même n'était pas loin de verser quelques larmes.

-Promets-moi que tu vivras heureux et très longtemps, lui demanda Padfoot en écho aux mots qu'il avait prononcés il y a des mois de cela.

-Je te le promets.

La porte du garage s'ouvrit. James et Remus pénétrèrent dans la pièce et si Padfoot voulut s'écarter de Regulus pour aller saluer Remus, Regulus resserra ses bras autour de lui pour prolonger encore quelques secondes leur étreinte.

-Je suis désolé de t'avoir déçu. Regulus, tu ne sais pas combien tu as rendu mon passage ici tellement agréable et plus supportable, lui confia-t-il alors avant de le relâcher.

Regulus, encore sous le coup de l'émotion, n'arriva pas à parler. James vint près de lui et alors que le Serpentard avait maintenu une certaine distance entre eux depuis ce qu'il s'était passé, il lui prit la main.

-Remus, le salua Padfoot.

-Bonjour, répondit timidement le châtain.

-On devrait commencer sans plus tarder. Si on reste trop longtemps, mes parents vont finir par se demander ce qu'on fait et venir voir ce qu'il se passe. Surtout que généralement, Regulus et moi ne venons pas souvent ici. Sans parler de Remus, leur rappela finalement James.

-Tu as raison, acquiesça Padfoot. Nous allons former un cercle et nous donner la main.

Le groupe obtempéra sans se poser de questions. Padfoot continua alors à donner ses instructions.

Il leur demanda de fermer les yeux puis de prendre cinq grandes inspirations. Il fallait que chacun vide son esprit et arrive à se détendre suffisamment pour ralentir les battements de son cœur. Ils devaient être ouverts à leur environnement pour tout ressentir, entrevoir le flux d'énergie de la pièce. Ce fut peut-être un peu long, mais quand Padfoot sentit que tout le monde était en symbiose et dans l'état requis pour l'immersion, il se concentra et utilisa sa magie pour les transporter avec lui auprès de Sirius.

-Où est-ce qu'on est ? demanda Regulus après avoir ouvert les yeux.

-On n'est plus dans le garage de mes parents en tout cas, constata James.

Padfoot les laissa s'habituer à leur nouvel environnement, observer ces murs blancs qui s'étendaient à perte de vue.

-Nous sommes au cœur du cerveau de Sirius si on peut dire. Plus précisément dans la partie qui contrôle son esprit.

Padfoot pouvait voir que le trio avait du mal à y croire. Mais avec la magie, il y avait beaucoup de possibles. Néanmoins, pour accomplir ce miracle, Padfoot avait simplement transporté l'esprit de Remus, de James et de Regulus avec lui dans le subconscient de Sirius. Ce n'était pas si dur que ça une fois qu'on avait compris comment faire.

-Suivez-moi, lança-t-il.

Il se mit en route et le trio lui emboita le pas. Ils marchèrent quelques mètres seulement avant de tomber sur Sirius. Il semblait être apparu de nulle part à moins qu'il ait toujours été là. Tout était tellement étrange ici, l'environnement et les actions n'obéissaient à aucune logique.

Comme à son habitude, l'ainé de la famille Black se trouvait assis dans un coin de la pièce, les jambes repliées contre son torse. Il était tranquille, perdu dans ses pensées. Cependant, dès qu'il vit ses amis et son frère, il eut un mouvement de recul comme s'il avait pensé à fuir avant d'abandonner l'idée.

Lorsque Padfoot venait le voir pour discuter avec lui, Sirius réagissait à peine. Il lui répondait quand il en avait envie et quand il jugeait que les questions n'étaient pas trop embêtantes. Il n'était venu qu'une seule fois le trouver de lui-même et Padfoot se souvenait encore de sa leçon de morale quant à la manière dont il avait traité Remus.

Mais là, devant ses amis et son frère, il avait une vraie réaction spontanée. Padfoot sentit l'espoir le gagner : il avait pris la bonne décision. Le trio pouvait faire revenir l'ancien Gryffondor vers la lumière.

-Ja-James ? l'appela Sirius.

Que son meilleur ami, son frère et Remus se trouvent devant ses yeux lui paraissait irréel. Était-ce bien vrai ou rêvait-il ?

-Sirius, c'est bon de te revoir !

James voulut s'approcher mais Padfoot lui fit signe d'y aller doucement. L'ancien Gryffondor prit alors toutes les protections possibles en s'approchant de son ami. La dernière chose qu'il voulait était de l'effrayer.

-Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda Sirius qui se prit la tête dans les mains.

-Avec Remus et Regulus, on est venu te ramener.

Sirius jeta un coup d'œil derrière James, observant les réactions de Remus et de Regulus. Il se leva lentement et observa encore les murs blancs.

-Non… Je n'ai pas besoin de revenir, vous avez déjà un Sirius. Il est là alors je n'en ai pas besoin. Je suis bien ici, je n'ai besoin de penser à rien. Je suis en sécurité.

-Mais tu ne peux pas rester ici pour toujours, Sirius. Tu ne peux pas te cacher de la réalité, lança Regulus.

-Pourquoi pas ?

Il y eut un silence et pour la première fois, le trio comprit les mises en garde de Padfoot. Sirius était effrayé et lasse. Il n'avait pas envie de se battre, d'affronter la saleté que sa famille avait remuée et ses retombées.

-Sirius, l'appela timidement Remus. Ce qu'il s'est passé au Square Grimmaurd t'a fait beaucoup de mal et tu n'aurais jamais dû vivre ça.

Padfoot lui lança un regard et tenta d'interpeller le châtain pour lui dire que c'était une mauvaise idée d'aller sur ce terrain-là.

-Mais ça ne te définit pas, continua-t-il. Tu n'es pas que ce petit garçon qui a été abusé par un adulte malveillant. Tu es un adulte à présent. Tu es intelligent, drôle et courageux, mais surtout tu as des rêves et des projets. Et puis, tu n'es plus seul.

-Remus a raison, approuva James. On est là pour toi, on est là pour te soutenir. Tu iras voir un psy et tu seras entouré. C'est normal que ce soit dur, personne ne te demande d'aller bien, de sourire et de te remettre à faire des blagues. Tu prendras le temps qu'il te faudra pour aller bien. Mais te cacher ne résoudra aucun problème.

-Je n'en suis pas capable, hésita Sirius.

Il voulut s'asseoir et se murer de nouveau dans le mutisme. Il ne voulait pas laisser une chance à ses amis de le convaincre.

-Tu es plus fort que tu le penses, Sirius, insista Regulus. Quand c'est arrivé, j'étais jeune et je n'avais pas compris ce qu'il se passait. Tu m'as protégé. Toutes ces années, j'étais en colère contre toi à cause de la distance que tu avais installée entre nous deux, je pensais que tu me détestais. J'avais tort, tu n'as jamais cessé de penser à moi. Tu étais mon héros et mon modèle quand j'étais petit, et c'est toujours le cas. Je ne peux pas croire que mon grand frère ne continue pas de se battre.

Les mots de Regulus touchèrent Padfoot et parce que Sirius et lui ne faisaient qu'un, il savait que c'était également son cas. Padfoot avait bien des regrets dans sa vie, et son frère en ferait toujours partie. Il avait souffert et avait traversé tellement d'épreuves. Padfoot avait tenu à s'émanciper assez tôt de sa famille consanguine et raciste. À tort, il avait mis tout le monde dans le même bateau. Il avait rejeté son petit frère parce qu'il avait été incapable de voir clair dans le jeu de Walburga et d'Orion au même moment que lui. Mais Regulus n'avait jamais été mauvais. Pendant longtemps, durant leur enfance, il avait été son seul soutien. Et il était mort seul dans l'indifférence totale.

Padfoot le savait, il le voyait. Sirius ne voulait pas décevoir son petit frère. Par pudeur, il n'en parlait pas souvent mais il tenait à Regulus. Il l'aimait. Il l'avait protégé contre la cruauté de Walburga et d'Orion et l'avait écarté des fantasmes pervers du moldu qui avait détruit son innocence. Entendre qu'il était toujours son modèle, son héros, apaisait sa douleur, réparait son cœur. Lui qui se sentait minable et honteux commençait peut-être à se dire qu'il n'avait pas de raison de l'être, qu'il n'avait rien fait de mal.

Alors il pleura et Padfoot détourna la tête. Il se sentait lui aussi fébrile.

-Je peux peut-être t'aider à supporter tout ce mal, lui offrit alors l'esprit.

-Comment ça ? lui demanda James.

-Nous sommes dans la partie qui contrôle l'esprit dans ton cerveau, Sirius. Nous avons le contrôle ici.

Sirius fronça les sourcils.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? souffla-t-il, la voix à peine plus haute qu'un murmure.

-On pourrait tenter de te construire un support mental pour que ce soit moins dur à… encaisser.

-Est-ce que c'est possible ? demanda Remus.

-Je pense que oui, affirma Padfoot.

L'esprit observa Sirius qui se repliait sur lui-même, visiblement hésitant. Il ne fut pas le seul à remarquer le changement d'humeur de l'ancien Gryffondor.

-Sirius, tu ne te sens pas encore prêt pour revenir à la réalité avec nous ? demanda une fois de plus James.

Son meilleur ami hésita.

-Tu nous manques, lança Remus.

Sirius regarda Remus et se perdit dans le regard doux du châtain.

-Te cacher ne résoudra rien, termina l'ancien Poufsouffla qui détourna les yeux et croisa les bras, mal à l'aise face à l'intensité du regard du brun.

-Tu as raison mais préparez-vous à être une fois de plus déçu…

James allait répliquer, prêt à faire comprendre à son ami qu'il n'avait aucune raison de penser ainsi, mais Padfoot intervint pour mettre fin à ce débat sans fin. Il savait que ce serait long de faire comprendre à Sirius qu'il n'avait pas à se sentir sous pression. L'important était qu'il avait accepté. Il fallait à présent vite trouver une solution pour que son retour dans la réalité se passe au mieux et que ses nuits ne soient pas peuplées de cauchemars.

-Sirius, et si on essayait un peu de faire le ménage dans ta tête ? proposa-t-il.

L'ancien Gryffondor hésita, puis le suivit. Son regard était vide. Il semblait effrayé par ce qui l'attendait.

Regulus fit alors un pas vers eux, hésitant à les suivre.

-Je reviens, l'avertit son frère.

Padfoot et Sirius avancèrent vers un mur et sans que ni l'esprit ni l'ancien Gryffondor aient besoin d'en exprimer le besoin, une porte apparut. Ils allèrent dans une pièce vide et blanche, ressemblant comme deux gouttes d'eau au reste. La porte se referma derrière eux et ils se retrouvèrent seuls.

-Alors après ça, je vais retourner avec les autres, souffla Sirius. Je ne sais pas mais quand j'y pense, j'ai honte…

Il rigola doucement avant de se donner une claque pour tenter de se reprendre. Il regarda Padfoot et sa voix trembla lorsqu'il parla.

-Pourquoi les avoir amenés ? Pourquoi on ne peut pas continuer comme avant ?

Il ne put en dire plus, l'émotion l'empêchant de produire le moindre son. Il faillit s'effondrer une fois de plus, mais Padfoot l'épaula, tentant de le soutenir.

-Arrête de penser que je suis meilleur que toi, que je ferai mieux que toi. La vérité est que j'étais un minable, incapable de reconnaitre mes torts et encore plus le mal que je faisais. Je n'ai jamais pu affronter mes parents de leur vivant et j'étais dépendant affectif. Pourtant, souffla-t-il. Malgré tous mes défauts, on tenait à moi, on avait besoin de moi.

-Mais personne ne t'a jamais fait de mal comme on m'en a fait…

Padfoot ne pouvait pas le détromper. Cette blessure, elle ne partirait jamais. L'esprit le savait, la solution qu'il proposait à Sirius était tout juste une béquille pour l'aider à rester debout.

-Non, c'est vrai. Je ne sais pas ce que tu ressens, mais si je peux te dire une seule chose, c'est que le monstre qui t'a fait ça n'est plus là. Il ne pourra plus jamais te faire de mal.

-Je le sais.

Sirius se prit alors la tête entre les mains.

-Mais ce n'est pas la peur qui me paralyse et me donne envie de vomir à chaque fois que je repense à mon passé…

Padfoot commençait à comprendre où il voulait en venir. Après tout, Sirius lui avait dit le fond du problème dès le début. La honte, le dégout qu'il avait de lui était le nœud qu'il ne parvenait pas à dénouer. Son image l'insupportait, le révulsait. Il se sentait coupable et pensait qu'il avait une part de responsabilité dans ce qui lui était arrivé. Sirius le lui confirma d'ailleurs.

-J'ai l'imp-pression que… tout est ma faute ! avoua-t-il, la voix brisée.

-Sirius, l'arrêta l'esprit.

-Je ne peux pas croire que Walburga et Orion m'aient sciemment laissé entre les mains d'une telle ordure, s'entêta-t-il. Je ne peux pas !

-Sirius ! Je sais ce que tu essaies de faire. Tu tentes de trouver des réponses pour expliquer ce qui a pu t'arriver. Tu te demandes comment des gens sensés te protéger ont pu te faire ça mais il n'y a pas de réponse ! Walburga et Orion ont toujours été mauvais.

Sirius éclata brutalement en sanglots à ces mots et il pleura si fort que son corps trembla. C'était un déchirement pour Padfoot. Il le savait, Sirius aurait toujours des séquelles. Il ne savait pas encore comment celles-ci se manifesteraient, mais il savait que le brun avait un long et douloureux chemin à parcourir pour s'en sortir.

-Quand je pense qu'ils sont au courant, j'ose à peine les regarder, hoqueta Sirius après un moment. Ils ont beau ne pas me juger, je ne sais pas, je pense que je ne pourrais pas m'empêcher d'interpréter le moindre de leurs regards à présent…

-Tu ne devrais pas. Tu les as entendus, ils sont tous avec toi et personne ne te juge. N'oublie pas que tu n'as rien fait de mal et surtout dans l'histoire, c'est toi la victime.

Padfoot ignorait si ses paroles atteignaient le brun. Il l'espérait. Il voulait se rattraper car il s'était servi en partie de la vulnérabilité de Sirius à des fins purement égoïstes.

-Je crois que c'est ça le problème en fait, avoua le brun. Quand je pense aux mots "victimes", je pense à des personnes vulnérables ou trop faibles pour se défendre.

-Tu ne considères pas que tu étais dans cette catégorie ? l'interrogea Padfoot.

-Je...

Sirius hésita.

-Je n'ai même pas essayé de me défendre, j'étais juste là à subir.

Il se passa la main dans les cheveux, les tirant en arrière alors que ses traits se durcissaient.

-C'était un moldu, j'étais censé-

-Tu étais un enfant, lui rappela Padfoot. Ce n'était pas à toi de faire attention, mais bien à lui de ne jamais poser les mains sur toi.

-Je ne sais pas si j'ai dit non, bredouilla l'ancien Gryffondor.

-Entre un adulte et un enfant, il n'y a pas de consentement possible.

-Tu me trouves faible, n'est-ce pas ? soupira Sirius.

-Quoi ? fit Padfoot, surpris par la question.

-Je sais ce qui t'est arrivé dans ta réalité. Tu as traversé beaucoup de choses. La mort de James, la prison, la trahison et même une guerre. À côté, j-

-Sirius, l'arrêta Padfoot. Arrête de minimiser ce qu'il t'est arrivé, tu n'iras jamais mieux sinon.

L'ancien Gryffondor pinça les lèvres. Il savait que l'esprit avait raison, mais il ne pouvait s'empêcher d'avoir des pensées qui venaient polluer son esprit.

-Comment… Comment on procède ?

Padfoot hésita.

-Je pense que le mieux dans ta situation est de construire du soutien autour des souvenirs problématiques. Il est impossible de les faire complètement disparaître et ce n'est pas conseillé d'ailleurs. A coup sûr, ça te sauterait au visage au plus mauvais moment. Le but, c'est de les rendre moins douloureux pour toi, d'appliquer une couche métaphorique de protection, des murs qui agiraient comme des éponges et absorberaient le plus gros de l'impact émotionnel néfaste.

-Ça a l'air cool, admit Sirius. Mais est-ce que c'est réalisable ? Sois honnête, je n'ai pas envie que tu me fasses miroiter l'impossible juste pour me pousser à retourner avec les autres.

Sirius était méfiant et c'était compréhensible mais Padfoot avait l'impression qu'il cherchait la moindre excuse, le moindre prétexte pour fuir une fois de plus. Il fit de son mieux pour avoir l'air le plus rassurant possible. A cet instant, il avait l'impression de devoir agir avec autant de prudence qu'avec un animal blessé.

-Pour renforcer la réussite de cette opération, il faudrait que tout tes mauvais souvenirs soient plus ou moins rassemblés. Tu n'as qu'à t'imaginer utiliser une pensine et mettre tous tes souvenirs là-dedans ou dans une pièce. Je vais me charger de te construire la meilleure béquille au monde !

Sirius esquissa un pauvre sourire et après une minute, comme il ne disait rien, Padfoot se demanda s'il avait bien compris ce qu'il devait faire. Il attendit que Sirius s'exécute, mais il ne se passa rien. Il ne dit rien pour autant, lui laissant le temps nécessaire de se préparer. Ce n'était pas rien ce qui lui demandait.

Quand enfin il commença, Padfoot s'attela à jouer son rôle.

xXx

Remus continuait à se demander s'il avait bien fait de venir. Il y avait deux Sirius. L'un était jeune alors que l'autre approchait de la quarantaine. Le doute n'était plus permis, tout était bien réel. Heureusement, toute cette histoire allait bientôt se terminer. Remus n'avait qu'une hâte, se réveiller de ce mauvais rêve. Le châtain observa la direction par laquelle les deux Sirius étaient partis plus de quinze minutes plus tôt.

-C'est long, non ? souffla James, inquiet.

-C'est un procédé qui met du temps, je suppose, fit Regulus.

-Vous pensez que ça va marcher, que Sirius ira mieux après ? demanda Remus.

-Je ne sais pas. Ça l'aidera un temps, mais s'il ne se fait pas aider, il ira de nouveau très mal, soupira James.

Remus se tritura les mains de nervosité. Des bruits de pas se firent alors entendre. Les deux Sirius revenaient. Le Sirius qu'il avait toujours connu avait l'air un peu fatigué, mais il n'avait plus cette immense tristesse et cette espèce de fatalité dans les yeux. L'autre, celui qui était plus âgé et qui les avait entrainés ici, se tenait en retrait.

-Est-ce que ça va ? lui demanda-t-il.

Pour seule réponse, il se contenta de lui sourire et de tendre les bras pour un câlin général.

-Désolé d'avoir été lâche, ça n'arrivera plus jamais.

James et Regulus n'hésitèrent pas un instant avant de se jeter dans ses bras. Remus fut plus timide.

-Ce n'est pas bon de rester trop longtemps ici. Surtout pour vous qui pouvez être considéré comme des corps étrangers, intervint soudain Padfoot.

-Ouais, on devrait tous vite repartir, approuva James.

-Juste… Juste un instant, hésita l'esprit.

Remus, qui pensait qu'il pourrait enfin quitter cet endroit, eut un mauvais pressentiment. Depuis le début, il se sentait mal à l'aise.

-Avant qu'on ne vienne ici, je vous avais dit que vous pourriez récupérer Sirius. C'est chose faite à présent, il est temps de se dire au revoir.

-Comment ça ? Tu ne viens pas avec nous ?

-Ou vas-tu aller dans ce cas ? S'inquiéta Regulus Black

-Tu comptes rester en moi ? hésita Sirius.

-Je ne vais nulle part en particulier.

L'esprit soupira et une fois de plus Remus fut troublé par ce deuxième Sirius. C'était comme voir une photo qui vous vieillissait c'était perturbant.

-Je dois disparaitre complètement, leur expliqua-t-il.

Remus ne savait pas comment interpréter ces paroles. Mais quoi que cela veuille dire, le fait que ce deuxième Sirius doive partir était logique. Il ignorait si deux Sirius pouvaient vivre dans la même temporalité, ou réalité. Le Sirius adulte était déjà mort dans son monde alors qu'il disparaisse était simplement son destin depuis le début. Mais cette manière de penser était un peu froide, il le reconnaissait. Néanmoins, si Remus se laissait à être trop émotif, il serait atteint par la disparition de ce Sirius qu'il ne connaissait pourtant pas vraiment et qui leur avait tout de même menti pendant presque des mois.

-J'ai perdu mon enveloppe corporelle en passant à travers le voile mais mon esprit vit encore. Ici, j'arrive à me matérialiser. C'est pourquoi vous arrivez à me voir et à me parler alors que ce n'est pas possible en temps normal, poursuivit Padfoot. C'est pourquoi je pense qu'en restant ici, mon corps va s'altérer et finir par disparaitre pour de bon.

-Tu es déjà venu plusieurs fois ici me rendre visite, tu n'as jamais rien eu. Pourquoi ce serait différent ? s'étonna Sirius.

-Parce que cette fois-ci, j'ai fait en sorte d'être également considéré comme un corps étranger, avoua-t-il.

Il y eut un silence. Remus se disait que c'était parce que tout comme lui, ses camarades essayaient d'accepter l'idée que c'était la dernière fois qu'ils voyaient l'être devant eux.

-J'ai fait mon temps. Il n'y a pas à être triste, mon petit roi. C'est la meilleure fin possible.

Regulus baissa la tête, comme pour cacher son émotion.

-Est-ce que ça te fera mal ? demanda-t-il.

-Je ne sais pas. Dans tous les cas, ça arrivera vite. Je ne pense pas avoir le temps de ressentir ni de penser à quoi que ce soit quand ça arrivera. D'ici quelques jours à peine, je ne serai qu'un mauvais souvenir, rit-il.

Le groupe accueillit cette nouvelle avec gêne et Padfoot secoua la tête.

-Pas besoin de s'éterniser en longs discours et encore moins en au revoir interminable. Cela ne ferait que rendre le moment encore plus compliqué. Vous ne me connaissez pas vraiment, inutile de rendre ça triste juste pour la forme.

-Padfoot ! s'indigna le Serpentard.

-J'ai une question, intervint Remus.

Tout le monde se tourna vers lui mais il ne détacha pas son regard de Padfoot.

-Tu as dit que tu venais d'une réalité similaire à la nôtre. Du coup, jusqu'à une certaine mesure, tu pouvais deviner nos agissements, connaître notre futur. C'est bien ça ?

-Dans l'idée oui. Mais c'est plus compliqué que ça. Je ne pouvais que faire des hypothèses jusqu'à être sûr qu'il se passe bien ce que j'avais imaginé.

-Est-ce qu'en ayant une meilleure connaissance sur les agissements de Jedusor, tu as pu interférer dans nos vies dans le but qu'on suive un plan bien précis ?

-Tu veux savoir si vous preniez vos propres décisions ou si j'ai pu vous influencer ? Si vous possédiez bien votre libre arbitre ?

Remus acquiesça et Padfoot secoua la tête.

-Je vais peut-être passer pour un monstre, mais il m'est arrivé de vous influencer ou de faire en sorte que vous preniez telle décision ou fassiez telle action pour pouvoir contre carrer Jedusor.

-Mais c'était pour notre bien, c'était pour arrêter Jedsusor ! rappela Regulus.

-Est-ce que c'est arrivé seulement dans des situations qui concernaient Jedusor ? insista Remus.

Regulus et Padfoot échangèrent un regard qui n'échappa pas à Remus. Il avait sa réponse.

-Nous devrions nous dépêcher, rappela James, mal à l'aise.

-Je suis sincèrement désolé, Remus. Sirius n'a rien fait de mal, je suis le seul responsable de c-

-Peut-on partir ? le coupa Remus.

L'esprit ne put qu'acquiescer. Il considérait qu'il n'avait que ce qu'il méritait.

-Sirius saura vous ramener. Au revoir, dit-il simplement.

Le concerné acquiesça et invita tout le monde à former un cercle. Remus comprit alors qu'ils allaient répéter la même manœuvre que pour venir. Il donna la main à James et Sirius puis ferma les yeux. Un bruit l'intrigua soudain cependant et en rouvrant les yeux, il vit Regulus faire ses adieux à son ami. Ce fut bref car tout de suite après, il les rejoignit. Il ferma de nouveau les yeux, dans l'attente.

Enfin, il sentit une petite torsion au niveau de son estomac. Cela ressemblait un peu plus à la sensation de transplanage. Il sentit ensuite son corps vaciller et ouvrit les yeux pour découvrir qu'ils étaient de retour dans le garage. Lentement, chacun reprit ses esprits, revenant à la réalité après la folle aventure qu'ils venaient de vivre.

Personne n'osa parler. Ils se regardèrent à peine. Ils partageaient un secret de plus et ils auraient dû être plus unis que jamais. Pourtant, Remus ressentait surtout qu'il n'avait pas sa place ici, ni même auprès d'eux.


Ce n'est pas franchement un chapitre très joyeux pour commencer cette année, mais bon, c'est l'ambiance générale de cette fic. ^^' Je m'accroche fort pour vous faire de bons chapitres ! On arrive à la fin de cette 3ème partie, mais aussi de cette histoire.

Je vous souhaite une bonne année, au revoir 2023, pour ma part c'était une année pourrie alors je suis contente d'être en 2024 !