Petit mot de l'auteure : texte écrit pour la 169e nuit du FoF sur le thème "Chèvre"

fin tome 2


- Ma chèvre...

Ce sont les premiers mots qui s'échappent de sa bouche quand Gale vient les chercher. Sa mère, tâchant de fourguer en urgence un peu d'eau en bouteille et quelques vivres dans sa besace, s'arrête pour froncer les sourcils.

- Quoi, ta chèvre ?

- Je l'ai laissé au pré. Il faut qu'on aille la chercher !

- Ne soit pas ridicule, dit-elle en reprenant son manège. S'encombrer du chat est une chose, mais perdre du temps pour aller la récupérer... ce n'est pas possible.

En son fort intérieur, Primrose sait que sa mère a raison. Gale a bien insisté : les Pacificateur vont arriver pour tout détruire. Jamais le Capitole ne laissera le coup d'éclat de Katniss et la destruction de l'arène sans conséquences. La fuite est leur seule option. Ils doivent partir, et vite.

Pourtant, elle insiste :

- Elle va mourir si on la laisse ici ! On doit aller la chercher ! Je...

Une gifle arrête sa litanie.

- On part. Tout de suite.

Primrose voit dans les yeux de sa mère que celle-ci est aussi choquée qu'elle par ce qu'elle vient de faire. Jamais de toute sa vie sa mère n'a été violente avec elle. Le choc la laisse sans voix. Elle est tellement secouée qu'elle se tait, suit docilement sa mère. Là, dans la rue, elles retrouvent Gale. Les autres qui ont acceptés de faire confiance au jeune homme leur ressemble ; ils n'ont qu'un maigre sac, rempli à la va-vite de quelques denrées, sont manifestement perdus, inquiets.

Quand Gale lance le départ, personne ne parle. Primrose aussi se tait, garde en elle la supplique qui hurle en elle – il faut aller chercher ma chèvre ! Une part d'elle-même se trouve ridicule d'être ainsi obsédée par un animal, mais les choses sont ainsi. Elle a envie de pleurer.

Quelques minutes après leur arrivée dans la forêt, quand les avions lâchent leurs bombes sur ce qui était jusqu'à là sa maison, Primrose sait que sa chèvre ne survivra pas.

Elle comprend alors pourquoi elle a tant redouté de laisser sa chèvre derrière elle : avec elle, c'est son enfance et son innocence qui se retrouve en lambeaux.