Plusieurs décennies passèrent. De nombreuses années à essayer de se reconstruire. Kise avait compris une chose à laquelle il espérait ne jamais faillir.
Il respectera Akashi, il lui devait la vie, et il savait qu'il ne ferait jamais assez pour rembourser cette dette incommensurable. Auprès de lui, il avait appris, compris beaucoup de choses, et gagné plus qu'il n'en avait jamais mérité.
Alors il n'hésitait pas. Il devenait son bras gauche dans l'ombre dès que Akashi lui en donnait l'ordre. Quand un autre jeune vampire les rejoignirent, un jeunot aux cheveux mauves qui refusa de quitter son sauveur une fois sorti de l'enfer où il se trouvait, il l'aida par solidarité. Parce qu'ils avaient le même but.
Mais il se rendit compte après quinze ans passés en compagnie d'Akashi, qu'il souffrait toujours. Un vide était encore présent dans son cœur, et il ne réussissait pas à savoir ce qui lui faisait défaut. Et plus les années passaient, plus ce vide devenait grandissant, insupportable, atroce.
Quinze autres années passèrent ainsi, sans qu'il ne comprenne ce qui lui arrivait, sans qu'il ne sache pourquoi. Même lors de la mort de ses parents il n'avait jamais éprouvé pareil sentiment.
Il continua cependant sa mission, qu'il s'était promis à lui-même, servant Akashi du mieux qu'il le pouvait sans jamais lui porter préjudice. Son ordre, en ce moment même, était d'infiltrer une organisation illégale de vampire. Ces dernières aimaient beaucoup trop attirer l'attention en orchestrant des soirées mondaines finissant en bain de sang humain. N'oublions pas les lois qu'il fallait respecter !
Le problème fut de les localiser. Il était à présent facile de les faire arrêter.
Alors que Kise montra son invitation à l'homme masqué qui donna son autorisation à le faire entrer, le cœur du blond commença à battre à tout rompre. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il tenta de se reprendre et pour se changer les idées, décida de repérer les lieux et les sorties de secours.
Son boulot était simple : tenter de regrouper la majorité des principaux acteurs de cette soirée et prévenir Akashi lorsque cette dernière deviendrait un peu trop épicée. Il avait déjà fait cela plusieurs fois, et le fait que l'on doive cacher son visage lui facilitait encore plus la tâche.
Kise commença à se présenter, séduisant de par ses paroles et sa démarche toutes les personnes qu'il aborda. Il leur proposa d'un air envoûtant de le rejoindre à une certaine heure dans la salle principale -celle comportant le moins d'échappatoires- et cela marcha à merveille.
Il remarqua de nombreux humains pendant la soirée en tant que serveurs, gardes du corps, parmi les musiciens, une grande quantité d'humain pourrait même affirmer le vampire. On pourrait les associer à des moutons se baladant dans une grotte remplie de loups n'attendant que le feu vert de leur alpha pour y planter leurs crocs.
Soudain, une odeur retint son attention. Elle était… différente… plus alléchante… non. Le mot n'était pas juste. Il avait envie de protéger cette personne. De la voir, de ne plus s'en éloigner. Kise se rapprocha de sa source, ses yeux cherchant fébrilement, les sens aux aguets. Et il le vit.
Cela le fit s'arrêter d'un seul coup. C'était comme si… son monde venait d'être refait. Comme s'il n'existait que lui. Il sentit ses murailles intérieures s'effondrer, son cœur redevenir une entité entière.
Il vit un homme s'approcher de lui et son être entier cria en lui « Il est mien ! ». Oh ! Combien il le désirait ! Ses cheveux étaient d'un bleu océan si beau, sa peau était tannée, lui donnant un air rebelle se mariant avec ses yeux brillants comme ceux d'un fauve. Il avait la carrure grande et baraquée, laissant échapper une aura pouvant s'avérer être impressionnante s'il n'avait pas été si… humain.
Il leva ses yeux et il le vit. Son regard se troubla l'espace d'une seconde avant de ne revenir à sa fonction première : surveiller la foule au cas où son employeur se ferait attaquer.
Regarde-moi !
Le blond était obnubilé. Il tenta de se rapprocher quand un son le ramena à la réalité.
Coup après coup, l'horloge sonna, en appelant à se rassembler pour la plupart des vampires dans la salle principale, à sa demande expresse.
Comment avait-il pu oublier sa mission ?! Il secoua sa tête et se détourna, se dirigeant d'un pas décidé vers la pièce en informant Akashi de sa réussite lorsqu'il vit que la majorité des vampires qu'il avait contacté se trouvaient dans la salle.
Un sourire lui échappa, mais alors qu'il retourna la tête, un éclair bleu rentra dans son champ de vision. Son cœur se serra et un homme prit parole, demandant le silence qu'il obtint rapidement. Ce dernier fit son discours en remerciant les nombreux vampires présents -il dit vraiment le mot « vampire », ce qui fit froncer les sourcils de certains humains présents- et sonna le début du festin.
Les vampires se tournèrent vers leurs proies, qui crièrent en voyant avec horreur des crocs s'enfoncer dans le cou des premières victimes.
Mais soudain, une porte sauta de ses gonds, laissant entrer la milice surnaturelle, qui commença à neutraliser et arrêter les criminels. Cependant, Kise ne vit pas cela. Il s'était précipité sur l'homme qui avait tenté de mordre le sien. Le blond lui avait asséné un coup -mortel-, qui avait mis K.O. le vampire.
Son but premier était de protéger cet humain qui lui était si spécial pour une raison qu'il ne comprenait pas. Lui vivant, personne ne le touchera. Et alors que tout se calma, Kise se retourna vers l'humain, s'assurant que tout allait bien.
Son regard n'était pas sûr, il était perdu, mais il n'avait aucune égratignure. Le blond s'avança vers lui pour s'en assurer, mais il fit un mouvement de recul.
- N-Ne t'approche pas ! J-Je suis…
Mon dieu, cette voix… Kise s'arrêta immédiatement, comme mû par une force invisible encore bien plus puissante que celle d'Akashi. Il frissonna et lui dit, toute la compassion et l'apaisement qu'il pouvait mettre dans sa voix :
- N'aie pas peur. Je suis là pour te protéger. Il ne t'arrivera rien tant que je serais à tes côtés. Je ferais tout pour qu'il ne t'arrive rien.
Il sembla se détendre en l'entendant, restant toujours sur ses gardes cependant. Kise pouvait-il lui en vouloir pour ça ?
Le blond entendit soudain son prénom être prononcé derrière lui. Il se retourna pour voir Akashi, toujours accompagné de Midorima et étonnement plus rarement, de Murasakibara.
- Bon boulot encore une fois.
Son regard se baissa pour voir l'humain au sol, et il revint sur Kise, un sourcil levé.
- Qui est-ce ?
Le blond esquiva le regard, ne sachant que répondre puisqu'il ne possédait lui-même pas la réponse, mais l'humain répondit à sa place, s'adressant directement à Akashi.
- Je suis Aomine Daiki.
Le premier à réagir fut Midorima qui leva sa main gauche en fusillant le dénommé Aomine du regard.
- Comment oses-tu t'adresser directement à Akashi-sama, pauvre vers de terre insignifiant !
D'un bond, Kise s'interposa entre les deux, son camp clairement défini par la posture de protection qu'il engageait envers le bleuté.
- Shintaro. Ça suffit. Je ne t'ai pas donné l'ordre de t'en prendre à lui.
Avec beaucoup de réticence, il baissa sa main. Le blond soupira de soulagement et se redressa. Il jeta un œil à Aomine, qui sembla tenter de se reprendre, puis regarda Akashi, qui lui fit un signe de tête.
- Ryouta, on y va.
Son cœur se serra, mais il suivit le vampire, non sans rencontrer une dernière fois le bleu si profond de ses yeux. Aomine Daiki. Il n'oubliera jamais ce nom.
Après cet épisode, quatre mois passèrent d'une lenteur exécrable. Kise était bien plus souvent absent qu'il n'avait jamais pu imaginer l'être. Dès qu'il allait en ville, il regardait partout autour de lui avec l'espoir de revoir encore une fois cet humain. Il avait l'impression de devenir fou à force de ne penser qu'à lui.
Jamais on ne l'avait obsédé à ce point, il voulait comprendre, et pour cela, il devait le revoir. Kise n'avait cependant aucune idée de comment procéder. Par où devait-il débuter ses recherches ? Il jugea bon de commencer par vérifier sur internet. Quelle merveille de technologie les humains avaient inventé ! Les vampires auront beau dire, ils savent s'y faire avec leurs idées farfelues.
Avec un peu de chance, Aomine Daiki aura laissé des traces sur cet internet. Il avait entendu parler d'un « réseau social » se nommant Myspace. Il pourrait commencer par là.
Et avec déception, cela se solda en échec. Il continua ses recherches, concentré, n'entendant la personne venir dans son dos que quand elle lui dit :
- Tu aimerais vraiment le revoir n'est-ce pas ?
Dans un sursaut, Kise se retourna.
- Akashicchi. Tu m'as fait peur…
Le rouge sourit, avant de regarder l'écran de l'ordinateur et de faire un signe de tête vers la machine.
- Je… Je ne comprends pas pourquoi. Je veux tellement le revoir que j'en souffre. J'ai l'impression d'être dévoré et de ne rien pouvoir faire. Si je ne le retrouve pas, je vais devenir fou.
Akashi hocha la tête, comme s'il comprenait totalement. Il prit un papier dans sa poche qu'il tendit au blond avec désinvolture.
- Veux-tu savoir comment nous, vampires, appelons cela ?
Le cœur de Kise battit la chamade alors qu'il prit le papier en tremblant. Il lui jeta un regard qui en dit long. Il mourrait d'envie de connaître la raison de son désarroi. Akashi qui, lui, s'en doutait, continua sur sa lancée.
- Nous appelons ça une âme sœur. Si tu as de la chance, tu la rencontreras pendant ton siècle de vie. Si tu n'en as pas, tu pourrais très bien vivre sans jamais connaître tel sentiment. Et tu as de la chance. La tienne n'est pas encore morte…
Cette dernière phrase fut dite avec un sourire triste qui évoqua de la nostalgie. Kise ne put s'empêcher de demander.
- Est-ce que la tienne est… ?
- Je n'ai jamais encore eu une telle sensation en cent cinquante ans d'existence.
Il se retourna, s'avança de deux pas avant de s'exclamer :
- Je t'exempte de toute mission jusqu'à nouvel ordre. Je tiens à ce que ma famille ne souffre pas, et tu en fait partie.
Il repartit avant que Kise n'ait eu le temps de protester cette suspension ou n'ait pu le remercier pour son aide. Mais au moins, il savait à présent qu'il n'était pas anormal de ressentir ce qu'il éprouvait en ce moment.
Il déplia la petite feuille de carnet et prit sa veste avec ses clés de voiture.
Il était temps de faire une petite virée dans le sud de la ville.
Kise arrêta sa voiture non loin du lieu, se trouvant plutôt à l'heure pour quelque chose qu'il n'avait pas prévu. Il sortit et s'adossa sur le mur à côté, remontant sa capuche pour éviter de trop attirer l'attention par un attroupement de fan qui reconnaîtrait leur mannequin favori. C'était un métier qui l'amusait pour le moment mais qui avait parfois ses inconvénients.. Il y avait pensé en retrouvant une carte de mannequinat dans ses poches qu'il ne se souvenait même plus avoir ! Au final, la personne qui lui avait donné cette carte avait eu les bons yeux.
Le blond secoua sa tête pour se remettre les idées en place avant de se mettre à surveiller avec grande impatience la sortie de l'humain. Il ne savait pas pourquoi il avait encore du mal à l'appeler par son nom. Peut-être était-ce parce qu'il n'était pas encore assez réel pour lui ?
Un son parvint à ses oreilles lorsqu'un client ouvrit la porte du fast-food et il apprécia le rire grave et fort qu'il entendit. Son cœur rata un battement alors qu'il le vit enfin, se levant de sa table avec des amis à lui.
Il voulut aller à sa rencontre quand il se souvint de son expression quand il avait tenté de s'approcher de lui le soir de leur rencontre. Cela le fit s'arrêter et il se dit qu'il était déjà bien chanceux de pouvoir le voir. Il apprécia sa démarche, sa tonalité, la façon qu'il avait de se mouvoir, tout en force inspirant respect et crainte.
Kise recommença à l'observer plusieurs fois. Il remarqua qu'il aimait se rendre dans ce fast food pour se retrouver entre amis après les cours. Il en apprit un peu plus sur lui chaque jour, espionnant les conversations par curiosité. Le blond avait oublié toute la bienséance dont il aurait pu faire preuve en temps normal. Au diable l'étiquette quand tu pouvais observer et protéger un être si important !
Au bout d'un moment, il cessa de compter les jours où il était venu. Petit à petit, il prenait ses marques, se postant toujours au même endroit puisque Aomine se mettait lui aussi toujours à la même place.
Un jour cependant, il voulut tenter d'aller plus loin. Ça passe ou ça casse, mais il voulait mieux l'entendre, il voulait se rapprocher. Il devenait plus gourmand.
Alors le blond arriva un peu plus tôt. Il se gara, mis sa capuche et prit la direction du restaurant. Il entra, prit sa commande et s'installa à l'autre bout de la pièce, dans un angle où il verrait sans être vu.
Il regarda sa montre. Plus que cinq minutes à attendre. Le bleuté arrivait souvent dans cette tranche d'horaire. Kise se mit à l'aise et commença à siroter son café. Plus que trois minutes. Il pouvait déjà entendre ses pas sur le trottoir. Plus qu'une minute. Le blond commença d'un coup à paniquer. Est-ce que c'était vraiment une bonne idée ?!
Trop tard. Aomine ouvrit la porte et un même déluge d'émotion que lors de la soirée mondaine l'envahit. Comme il le pensait, dans une pièce, la force de centrifuge était plus forte.
Il évita de le regarder et tenta de se concentrer sur l'odeur amère de son café. Il réussit à passer la soirée, luttant. Mais lorsqu'il partit, Kise était tellement heureux. Sur son petit nuage même. Il avait tenu, et il savait qu'il allait recommencer.
Il fit cependant une grave erreur à prendre de telles habitudes. Près de deux semaines à faire son petit manège, il se gara comme à son ordinaire, mis sa capuche, s'assit à la table qu'il prenait à présent quotidiennement et attendit sans prêter attention. Il l'entendit arriver, ouvrir la porte, faire la queue avec ses amis, puis prendre sa commande et soudain, le premier gars à s'être servit lança au reste du groupe :
- Les gars, notre table est prise ! Y'a plus de place de ce côté-là, va falloir changer les habitudes !
Cela réveilla immédiatement Kise. Il leva la tête et regarda autour de lui en constatant que toutes les tables étaient prises. Et un détail qu'il n'avait absolument pas calculé, était que la sienne ait autant de places libres. Eux aussi repérèrent sa table et se dirigèrent vers lui. L'un des gars le héla et lui demanda :
- Eh mec, ça te dérange pas qu'on se mette à ta table, y'a plus de place du tout.
Il appuya son propos en posant son plateau et Kise accepta d'un signe de tête. Il n'avait qu'à essayer. Il ne s'était pas fait choper auparavant. Si là il n'était pas accepté, il pourrait l'observer à d'autres endroits maintenant qu'il le connaissait mieux.
Ils le remercièrent avant de s'installer et Aomine arriva en dernier, s'excusant de son retard dû à une commande un peu trop importante de Terayuki burger, comme à son habitude. Il bugua quand il vit quelqu'un en plus sur la table, mais un de ses amis lui expliqua rapidement.
Il ne le regarda pas pour commencer, profitant de sa sortie comme à son habitude. Il laissa ainsi à Kise le loisir de le détailler un peu plus sans se faire choper. Un gars à son côté se retourna pourtant d'un coup vers lui au bout d'un moment et s'exclama :
- Et toi d'ailleurs, tu t'appelles comment ? Et pourquoi tu mets une capuche en intérieur ?
Un autre se retourna vers son ami et lui dit :
- Mec l'emmerde pas ! Déjà qu'on envahit sa table, on va pas en plus lui refiler le plus bavardeur du groupe sur le dos !
- Eh ! Ça se dit pas ça ! Je vais passer pour qui moi ?
- Pour le gars que tu es !
Kise ne put s'empêcher de lâcher un petit rire.
- T'inquiète, ça ne me dérange absolument pas !
Aomine leva la tête de sa conversation en entendant sa voix. Le blond savait que lui, avait tout oublié de leur rencontre grâce aux pouvoirs des potions d'amnésie, alors pourquoi le regarda-t'il avec autant d'ardeur ?
Kise se sentit brûler sur place et s'il avait pu, il se serait enterré sous terre pour échapper à cette délicieuse torture. Il sentit une pression sur son bras ce qui le fit sortir de son impression et il tomba sur le gars curieux.
- Alors ? Du coup, comment tu t'appelles ?
- Kise. Kise Ryouta.
Les yeux du garçon s'arrondirent à l'entente de son prénom.
- Naaaan c'est une blague ?! Genre, le mannequin ?! Maintenant que tu le dis, c'est vrai que tu lui ressemble mais… Corrige-moi si je me trompe, c'est pour ça la capuche ?
Kise acquiesça et le gars n'en cru pas ses yeux. Aomine se retourna vers ce dernier et s'exclama :
- Mannequin ?
- Y'a que les gros seins qui t'intéressent toi, réveille-toi quand on parlera d'idols !
Kise retint un second rire qui se finit en pouffement. Il se sentait léger de pouvoir participer de cette manière à la conversation où il pourrait se rapprocher de Aomine. Ce dernier par contre semblait troublé.
- Tu viens souvent ici ?
- Presque tous les jours, oui.
- Pas possible ! Je ne t'ai jamais vu !
Un gars à lunette lui répondit avec désespoir :
- Comment voulais-tu, on s'installe toujours à l'autre bout, forcément qu'on n'allait pas le voir !
- Alors dans ce cas, mangeons ensemble à partir de maintenant !
Kise faillit avaler son café de travers en l'entendant. Il ne s'attendait pas à ce que ça se fasse aussi facilement. Et aucun des garçons ne rechigna, ce qui signifiait très sûrement leur complet accord. Ces gars étaient forts. Il les remercia vraiment du fond du cœur dans sa tête et regarda Aomine. Ce dernier tourna sa tête au même moment, retenant sa respiration quand leurs yeux se rencontrèrent.
Les après-midis suivantes se déroulèrent à peu près de la même manière, et Kise se délectait de cette situation. Il rentrait au manoir en sifflotant d'anciennes musiques et tentait d'égayer un peu la décoration des lieux, lui donnant un petit coup de neuf.
Il apprit cependant que le groupe d'amis allait se séparer à la fin du mois avec la remise des diplômes. Chacun se dirigerait vers des licences ou des boulots différents et le blond craignit de perdre la trace d'Aomine avant qu'il n'affirme qu'il préférait travailler dans cette ville pour le moment. Il balança comme ça en riant :
- Comme ça je pourrais rester tenir compagnie à Kise dans ce petit fast-food de quartier !
Oh, sa voix était rieuse, mais Kise discerna la lueur de sérieux dans ses yeux, signifiant qu'il y comptait bien. Ce regard lui tordit l'estomac et un frisson de joie le parcouru.
Il avait eu peur pour rien au final.
Un mois, c'était ridicule pour un vampire. Il le vit passer extrêmement rapidement et bientôt, ils ne furent plus que deux autour de cette même table à huit places.
- Ces gars vont me manquer.
- Voyons ! Dis pas ça comme s'ils étaient morts ! Il y a encore cette merveilleuse invention qu'est le portable !
- J'avoue que tu n'as pas tort sur ce coup !
Un rire lui échappa, alors que Kise s'en délectait. Soudain, il regarda autour de lui et dit :
- Tu ne trouves pas qu'il y a un peu trop de monde aujourd'hui ? C'est ultra bizarre, d'habitude il y a personne jusque sur les trottoirs.
Le blond sortit de sa torpeur et regarda autour de lui. Oh, maintenant qu'il le disait, c'était vrai… Même un peu trop vrai…
Il réagit lorsqu'il vit un paparazzi. L'information avait fuité.
- Aominecchi, sortons dans le plus grand des calmes comme si nous étions naturels. Je crois bien être la raison de toute cette agitation.
Le blond tira sur sa capuche alors que son compagnon pas encore attitré fronça les sourcils.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Je verrais pas pourquoi ces gens te chercheraient ! C'est pas comme si tu en valais le coup- aïe !
Mais quel rustre ! Alors que le bleuté se frottait la jambe à l'endroit de l'impact, Kise se leva tranquillement et enfila sa veste. Il fit un regard inquisiteur à Aomine qui soupira et se leva à son tour en marmonnant un vocabulaire qui n'était pas des plus doux.
Ils sortirent tous les deux mais bien évidemment, la capuche ne suffit pas et il se fit vite reconnaître. Mais alors que Kise allait se faire submerger, Aomine lui prit la main et chuchota à son oreille :
- Cours.
Et ils partirent tous deux d'un même élan. Kise ne comprit pas où ils allaient ni ce qui venait de se passer, mais il ressentit juste la main de son âme-sœur le protégeant et l'impression de son souffle chaud encore présent dans le creux de son oreille.
Ils entrèrent dans un immeuble que le mannequin ne reconnut pas, et arrivèrent dans un appartement que Aomine referma à double tour. Là, il s'écroula, en sueur après le sprint qu'ils venaient d'effectuer. Les deux étaient à bout de souffle -certes pour des raisons différentes puisque le blond n'était absolument pas épuisé par le petit footing qu'ils venaient de faire-.
- Qu'est-ce que… C'était… que ce bordel ? Tu es… plus connu que je le pensais…
- Tais-toi… Y'a pas… que des inconvénients…
Kise se releva alors qu'il avait réussi à reprendre ses esprits. Cependant, le plus dur était à venir. Ils étaient vraiment chez lui. Tout sentait tellement bon… Un délice pour les papilles.
Il secoua sa tête en se couvrant la bouche, sentant la soif monter. Il était strictement impossible pour lui de rester ici une minute de plus.
- Oi, ça va ?
Aomine tendit sa main vers le visage de Kise qui, voulant faire un pas en arrière, se retrouva contre le placard d'entrée. Le bleuté se trouvait entre lui et la porte de sortie, le séparant de toute chance de s'échapper.
- Ne t'approche pas.
Sa voix était menaçante mais apparemment pas suffisamment pour Aomine qui ne s'en démonta pas.
- Tu as soif c'est ça ?
Kise releva la tête d'un mouvement très rapide. Il savait ? Le choc lui fit oublier sa soif pour quelques secondes, juste le temps pour qu'Aomine dise :
- Je n'ai rien bu ce soir-là, je trouvais ça trop louche. Et quand j'ai vu que les autres avaient tout oublié, j'ai été heureux de ne pas avoir été si idiot pour une fois.
Était-ce pour cette raison que Akashi possédait des informations sur lui ? Parce qu'il était censé s'en charger ? Mais…
- Si tu savais, pourquoi n'es-tu pas parti quand tu t'en es rendu compte ?
- J'imagine qu'on peut dire que mon instinct m'a dicté de te laisser une chance. Même si je dois avouer ne pas comprendre pourquoi je t'intéresse autant.
Kise lâcha un rire nerveux.
- Tu as un bien mauvais instinct pour te dicter de rester auprès d'un être comme moi.
- Et pourtant, tu ne m'as fait aucun mal…
Le blond se leva d'un coup et le plaqua au mur, tout cela d'une vitesse irréelle. Il était en colère contre la désinvolture du ton qu'employait ce simple humain.
- Qu'est-ce qui te dis que je ne fais pas juste ça pour m'amuser avec une proie ?
Ses crocs poussèrent de quelques centimètres et ses yeux scintillèrent, rendant à l'image le monstre qui se tapissait au fond de lui. Mais les yeux bleu océan qui le fixaient ne tremblèrent pas.
Ce fou n'avait pas peur.
Il l'observa, son cou de couleur caramel sous lequel coulait un sang si chaud et si bon. Son odeur si alléchante. Ses muscles roulant sous sa peau pour tenter de se dégager de son emprise.
Le blond eut un sourire de prédateur. Il passa sa langue sur ses lèvres et se jeta sur son cou.
Il faillit le mordre. Mais ce qu'il mordit fut son propre bras. Avec acharnement, alors qu'il voyait rouge. Il avisa la poignée de la porte, cassa le verrou sans s'en rendre compte et sortit avec précipitation alors qu'il entendait son nom être appelé. Il fallait qu'il trouve de l'air et le toit était parfait puisqu'il n'y aurait sûrement personne. Il força la porte d'accès et vit enfin la lueur du soleil ce qui le calma instantanément. Les rayons l'affaiblissaient et il tomba à genou, tremblant.
Il rentra au manoir chancelant, et se précipita vers le garde-manger, vidant trois pochettes de sang artificiel avant de trouver un vague sentiment de satiété.
- Que se passe-t'il Ryouta ? Tu en bois beaucoup trop, ce n'est pas bon pour toi qui ne boit habituellement qu'une pochette par mois.
Les mains rouges, assis sur le carrelage, il avait la tête dans ses mains, une panique indescriptible pouvant se lire sur son visage. Il leva des yeux écarquillés sur Akashi et lui tendit les bras. Il tenta de parler, ouvrit la bouche mais ses lèvres tremblaient et aucun son ne semblait vouloir sortir. Des larmes coulèrent de ses yeux.
- Ryouta calme-toi.
Ses yeux brillèrent et le blond se tétanisa.
- Tu vas me dire ce qui ne va pas, parle.
Les bras de Kise se rétractèrent autour de ses épaules alors qu'il dit à voix basse, commençant à se balancer d'avant en arrière :
- J-J'ai… J'ai tenté de le tuer… Akashichi, j'ai essayé de le mordre ! Il a failli y passer ! Par ma faute ! Si c'était vraiment arrivé, je… Je…
Le rouge tiqua. Sa demande d'être plus calme n'avait pas marché. Il avait sous-estimé l'emprise des âmes-sœurs. Lui-même se demandait si ce qu'il avait commencé à ressentir il y a quelques semaines n'était pas l'œuvre de cet enchaînement… Il regarda le blond terrifié, fronça les sourcils et lui dit :
- Veux-tu que nous nous éloignions ? Nous pouvons partir le temps qu'il faudra, j'ai une demeure qui devrait te plaire en Europe, simplement le temps que tu puisses y songer.
D'un mouvement presque imperceptible, le blond hocha la tête. Il fallait qu'il s'éloigne. Il ne devait pas le blesser. Il refusait d'entacher un être aussi pur. Il n'en avait pas le droit après tout…
Il accepta la main qui lui était tendu et se leva.
Le lendemain, ils disparurent, comme s'ils n'avaient jamais existé.
Aomine rentra dans le fast-food, prit sa commande, et s'assit à la table du fond, comme à son habitude, sauf qu'il n'y avait personne à cet endroit.
Cela faisait deux semaines qu'il n'avait pas revu Kise. Il avait essayé plusieurs fois de l'appeler mais il n'avait aucune nouvelle et aucun autre moyen de le contacter puisqu'il ne savait pas où il habitait.
Il repensa au blond et soupira. Il avait vraiment foiré en lui disant la vérité. Il aurait dû faire l'innocent, lui proposer juste de sortir prendre l'air… Mais à la place, il avait joué au plus malin.
Aomine revit ces magnifiques yeux brillants d'or se déformer de terreur alors qu'il s'apprêtait à le mordre et son sang couler alors qu'il ouvrait avec une force insoupçonnée la porte d'entrée.
Il recommença à soupirer en mettant sa main sur son front.
- Tu vas finir par vider tes poumons à soupirer autant.
Il releva la tête, croisa les yeux roses de son ami d'enfance et tout de suite, le sourire lui vint aux lèvres.
- Satsuki, comment ça va toi ?
La jeune fille se posa à sa table, mit son sac à ses pieds et lui répondit :
- On fait aller, mais j'avais besoin de te revoir un peu. Ça fait quelques temps qu'on s'est pas vu. Je voulais te dire quelques trucs… Mais d'abord, dis-moi pourquoi tu soupires autant… Non ! Attends, laisse-moi deviner, tu t'es trouvé quelqu'un !
Ces yeux pétillèrent d'un coup et elle continua sans reprendre sa respiration, alors que Aomine aurait bien aimé qu'elle s'arrête là.
- Alors, elle est comment ? J'imagine qu'elle a des gros seins, c'est ton critère numéro un ! Elle a découvert tes magazines ? J'espère pas pour toi sinon tu vas perdre des points. Snif, mon petit Dai-chan devient grand, il est avec une fille maintenant.
Elle fit semblant d'essuyer une petite larme alors que le bleuté profita du moment d'accalmie pour enfin placer deux mots.
- Je n'ai personne de ce genre Satsuki, calme-toi ! Tu sais que je te l'aurais présentée sinon. Ne sois pas bête, ce n'était pas à une fille que je…
Il se tut. Il venait de faire une boulette là, il aurait dû s'arrêter à la première phrase. Le regard de Momoi se leva d'un coup vers lui et elle fit crisser sa chaise sur le carrelage en se mettant debout.
- Eh ?! Dai-chan, me dit pas que… !
Aomine mit d'un coup ses mains sur sa bouche et s'écria :
- Parle moins fort abrutie ! C'est pas du tout ce que tu crois !
- Mais, mais, maaaais !
Elle se rassit en s'excusant auprès des voisins d'avoir haussé le ton et reprit :
- Mais toi, Dai-chan, penser à autre chose qu'aux idols et au basket ? En plus à un gars ? C'est qui ? Je l'ai déjà vu ? Pourquoi tu penses à lui ? Pire ! Pourquoi tu soupires en pensant à lui ?
- Satsuki, je commence par quelle question, là ?
Momoi sembla réfléchir un peu, pesant le pour et le contre avant de dire :
- Pourquoi tu soupirais ?
Aomine savait pertinemment qu'il ne réussirait jamais à sortir de cette situation maintenant qu'il y était entré. Même l'ignorer ne marchera pas.
- C'est bien à cause d'un gars.
Ces yeux lui indiquèrent de continuer, et elle se dandina sur sa chaise, heureuse de ce scoop. Elle voulait absolument TOUT savoir. Aomine se frotta l'arrière de ses cheveux avant de tout reprendre depuis le début. Elle ne le lâchera pas.
- Je sais pas si tu te souviens de la dernière fois où on a fait une réunion entre potes et que tu étais là ?
Momoi hocha vivement la tête. Elle s'en souvenait particulièrement bien par la rencontre inopportune qu'elle n'était pas prête d'oublier avec ce mannequin fort bien connu.
- Y'avait un gars en plus qui s'appelait Kise. Tu dois sûrement t'en souvenir, tu étais tellement surexcitée de l'avoir rencontré.
- Et comment ! C'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de rencontrer un si beau garçon ! Alors, c'est lui qui te fait soupirer ?
Ces yeux rigolèrent de la façon dont elle le dit. Cela fit beaucoup moins sourire Aomine qui sentait les arrières pensés de son amie.
- Satsuki, c'est pas ce que tu penses !
- Ah oui ?
Elle prit une voix roucoulante, se moquant ouvertement de lui. Le bleuté fronça les sourcils, serra les poings et s'écria :
- Il a disparu ! Je n'ai aucune nouvelle de lui ! Je ne sais même pas s'il va bien et ça fait deux semaines qu'il ne répond même pas sur son putain de portable !
Momoi capta l'inquiétude qui pointait dans sa voix. Elle entendit les gens autour se plaindre du bruit qu'ils faisaient et dit :
- Allons en parler chez toi. Je veux tout savoir.
Hochant la tête, ils se levèrent tous les deux en même temps et sortirent. Arrivant à son appartement, il s'assit sur un de ces canapés et invita Momoi à en faire autant, la voyant anormalement essoufflée après seulement quinze minutes de marches.
- Tu es sûre que ça va ?
Elle leva les yeux vers lui et dit :
- Le docteur m'a encore prescrit des médicaments…
Aomine fronça les sourcils.
- Ça s'est aggravé ? Tu m'avais pourtant dit que ça allait mieux ?
- Les douleurs se sont empirées ces dernières semaines… Ce matin, il m'a dit qu'il ne me restait plus beaucoup de temps. Peut-être un an ? Il n'était pas très optimiste. Je serais hospitalisée dans un mois et demi.
Elle baissa les yeux vers son sac sur ses genoux et l'agrippa avec force, comme une bouée de sauvetage. Deux bras l'enveloppèrent et elle se sentit en sécurité.
- Satsuki… Je…
Elle secoua la tête. Elle ne voulait pas l'entendre s'excuser ni même la plaindre. Elle voulait qu'il reste le même. Elle commença à pleurer, sans aucun bruit, et resserra son étreinte que Aomine lui rendit avec tout autant de force.
- Je ne t'abandonnerais pas. Pas comme elle t'a abandonné. Je vais prendre en charge tous les soins qu'il faudra. Ne t'inquiète pas, tout se passera bien.
A chacune de ces assertions, Momoi lâchait un faible couinement d'affirmation. Après dix minutes passées en paroles rassurantes, elle se calma. Elle ravala ses larmes, se leva et lâcha :
- Yosh ! A présent, à toi très cher. Retrouvons ton beau blond !
- Satsuki, je t'ai déjà dit que notre relation n'est pas comme ça !
- Je saaaais.
Elle lui fit un clin d'œil, pas du tout convaincue et alluma le PC de son ami.
- J'imagines que tu as déjà fait des recherches. Tu n'as rien trouvé du tout ?
- A part un ramassis de connerie, je n'ai pas trouvé beaucoup de pistes.
- Dis m'en un peu plus sur lui. On pourrait peut-être trouver quelque chose.
Alors, pendant une heure, ils cherchèrent, Aomine donnant les infos, Momoi les triant. Au bout d'un certain temps cependant, elle ne put s'empêcher de remarquer ce sourire si particulier qu'il avait en parlant de Kise.
- Je pensais ne jamais te voir comme ça Dai-chan.
Il leva la tête de l'écran, un point d'interrogation flottant clairement au-dessus de sa tête. Elle avait un visage très sérieux qui lui fit froncer les sourcils.
- Tu auras beau dire et nier tout ce que tu veux, je ne t'ai jamais vu paraître aussi amoureux qu'en parlant de lui.
- Arrête de…
- Non ! Ecoute-moi ! Je suis peut-être malade, mais dieu merci, ce n'est pas ma vue qui en est affectée et regarde-toi ! Pourquoi passer une après-midi entière à chercher un gars si tu t'en fous de lui ? Je ne t'ai jamais vu parler avec autant de fougue de quelqu'un ! Même de tes idols, tu ne m'en as jamais déballé autant ! Alors s'il te plaît, avant que je ne passe l'arme à gauche, laisse-moi le luxe de te voir aimer quelqu'un et de voir quelqu'un t'aimer en retour. Je veux pouvoir être sûre de partir sans te laisser seul dans la merde dans laquelle tu t'es mis. S'il te plaît, assume. Assume ce qu'il se passe et le fait qu'il compte pour toi.
Elle posa sa main sur celle du bleuté. Il la lui prit et secoua sa tête.
- Mais il est parti. Je ne le reverrais probablement plus jamais. Je l'ai blessé il y a deux semaines, et il doit terriblement m'en vouloir. Je n'ai pensé qu'à moi et ce mec est beaucoup trop susceptible pour s'expliquer en face ! Il a fui et maintenant, je peux même plus lui dire quoi que ce soit.
Il grinça des dents, en colère contre lui-même et Kise.
- Alors tu vas l'obliger à t'écouter et il n'aura pas d'autres alternatives. Tu sais très bien faire ça : engueuler les autres pour qu'ils t'écoutent. Bloque-le et dis-lui ce que tu penses. Mais avant cela, continuons à chercher.
Et en cela, ils y passèrent un mois ensemble, et Aomine continua ensuite de son côté pendant cinq autres mois. La santé de Momoi allait de mal en pis et il enchaîna travail sur boulot pour payer l'hôpital.
En ce moment, il avait réussi à dégoter un petit job de vigile dans le supermarché de son quartier. Il venait de finir un peu en avance alors il partit vers l'hôpital en pensant faire une petite surprise à Momoi en passant à l'improviste.
Il prit un autre chemin pour se changer les idées, passant devant un fleuriste. Il s'arrêta devant un bouquet, hésitant pendant cinq minutes. Raaah, elle aimait les fleurs, il fallait se l'avouer ! Il pourrait bien lui faire un petit peu plaisir.
Il rentra dans la boutique et fronça le nez au vu de l'odeur extrêmement forte que dégageaient les bouquets. Il s'arrêta devant un à la teinte particulièrement rosée, qui lui rappelaient les cheveux de son amie, et opta pour celui-ci.
La clochette retentit, annonçant l'arrivée d'un nouveau client, mais Aomine n'y prêta pas attention. Des pas précipités se firent entendre et il vit une magnifique fille blonde sortir de l'arrière-boutique. Elle poussa un cri de joie et se précipita vers ce qu'il imagina être le nouveau client. Qu'importe, cela ne l'intéressait pas. Enfin c'est ce qu'il crut.
- Ryouta, espèce de lâcheur, ça fait six mois que j'essaye de te téléphoner et toi t'as pas décroché une seule fois.
Le bleuté se retourna d'un coup. Ryouta… Comme Kise Ryouta ? A moitié caché derrière toutes les fleurs, on pouvait presque dire qu'il voyait sans être vu.
Là se trouvait Kise, prenant la fleuriste dans ces bras. Le portrait était idyllique tant les deux personnes étaient magnifiques.
Alors il était revenu ? Pour cette fille ?
Il fronça les sourcils. L'enfoiré de vamp'. Il allait lui en faire voir pour l'avoir tenu éloigné pendant si longtemps !
Il s'avança, cria un « KISEEEE, ESPECE D'ENFLURE ! » avant de le frapper en plein dans le visage.
La fille cria de surprise et Kise tomba en arrière, quelque peu sonné.
- Enfoiré ! Salop ! Pourquoi t'as disparu hein ? C'est quoi ton problème ?! Ça fait six putains de mois que je ne t'ai plus revu, j'ai même cru que tu étais mort à force de ne rien trouver sur toi ! Un simple signe de vie aurait suffi !
Le choc se peignit sur le visage du blond, et il prit rapidement un air terrifié. Un sentiment d'hésitation envahit le bleuté et la fille s'interposa immédiatement entre eux deux.
- De quel droit parles-tu à Ryouta de cette manière ? C'est comme ça qu'on est censé accueillir quelqu'un qu'on n'a pas vu depuis six mois ?
Elle le toisa avec un regard mauvais, mais elle restait pourtant bien plus jolie que toutes les filles qu'il lui avait été donné de croiser.
- Leikocchi, calme-toi… Il a raison sur quelques points.
Le blond se leva et Aomine fut surpris. Il avait très mauvaise mine. Il était extrêmement pâle et semblait avoir du mal à respirer.
- Si c'est ça ta réaction, alors je ne pourrais plus jamais te voir ?
Un éclair de douleur passa devant les yeux du mannequin.
- Non ! Oui… Peut-être que tu devrais ?
Il prit sa tête dans ses mains et continua.
- Je ne sais plus… Tu… serais prêt à pardonner ce que j'ai voulu faire ? Tu es sûr de vouloir tenter une nouvelle fois au risque d'y perdre la vie ?
- Ryouta, ne fais pas…
- J'ai besoin de le savoir Leikocchi.
Il se rattachait à cette fille comme si c'était une bouée de sauvetage et cela agaça Aomine. Momoi avait raison finalement. Il avait bien des sentiments pour ce gars, même s'il ignorait encore pour quelle raison. Il claqua sa langue sur son palais et empoigna le poignet de Kise.
- On va en parler autre part. J'ai pas envie qu'on soit là où tout le monde peut entendre.
Le blond lâcha un petit cri de surprise, le suivant dans son étonnement. Mais lorsqu'il reconnut le chemin vers l'appartement de Aomine, ses pieds ralentirent, et il tenta de libérer son poignet.
- Je peux pas y aller. Aominecchi, écoute-moi !
Mais tout ce qu'il voyait, c'était la détermination du bleuté à parler seul à seul.
- Allons dans mon appart' ! S'il te plait, me fais pas aller là où je ne le supporterais pas ! C'est déjà assez difficile là, maintenant…
Aomine s'arrêta, se retourna et vit dans son regard que le blond ne rigolait pas. Il lâcha son poignet et mis ces mains dans ses poches.
- Ok, très bien, allons-y.
Il en sembla très rassuré et se retourna en quatrième vitesse. Il ne put s'empêcher de prendre son poignet dans sa main et cela agaça de plus belle le plus grand. Après dix minutes, ils arrivèrent devant un immeuble hors de prix. Ils prirent l'ascenseur jusqu'au dernier étage et ils arrivèrent devant la porte d'entrée, dans un silence des plus pesants. Kise eut bien du mal à ne pas trembler en insérant la clé et Aomine crut avoir besoin de lui proposer son aide.
Le blond se retourna vers son âme-sœur et lui dit, la voix non-assurée :
- Je suis arrivé hier, la déco n'est pas à mon goût, mais j'espère que tu ne m'en voudras pas.
Il ouvrit ensuite la porte et l'invita à rentrer, ce que Aomine fit sans demander son reste. Il en avait assez d'attendre. Il fut en somme très… Surpris par l'intérieur. Il ne s'attendait pas à ce que ce soit aussi moderne, mais il put constater au vu de la pile de cartons encore emballés que le blond n'avait pas menti.
Il s'assit sur le canapé sans demander au propriétaire et le regarda d'un regard insistant.
- Je t'écoute maintenant. Qu'as-tu à dire pour ta défense ? Où étais-tu ?
- J'étais en Europe, et j'ai changé de numéro de portable, c'est pour ça que tu ne pouvais pas me contacter.
- … C'était qui cette fille ? Cette Leikocchi…?
Kise marqua un temps d'arrêt et il aurait rit à gorge déployée s'il n'était pas aussi tendu par la présence du plus grand. À la place, il lâcha un couinement moqueur même s'il était bien plus que flatté que Aomine soit jaloux sans qu'il ne s'en rende compte.
- C'est ma soeur pauvre idiot...
Oh… Le bleuté se sentit tellement bête qu'il s'ébouriffa les cheveux comme si ce geste en lui-même suffisait à cacher son embarras.
Il essaya de trouver un autre thème sur lequel passer pour changer le sujet. Alors Aomine le regarda plus en détail maintenant qu'ils étaient là. La fatigue dans ces yeux et le teint maladif qu'il arborait ne lui disait rien qui vaille. Il se leva de son propre gré et ouvrit la porte-fenêtre en grand.
- Cela devrait t'aider.
Le regard douloureux de Kise s'adoucit à son attention et il lui répondit :
- C'est vrai, merci… Je sais que tu es en colère et je vais tout expliquer. Par où veux-tu que je commence ?
- Dis-moi pourquoi tu es parti si subitement.
Le blond sembla réfléchir un peu, semblant hésiter sur la façon d'expliquer sa raison.
- Tu devrais commencer par « qu'est-ce qu'un vampire ? »
- Je ne suis pas bête. J'ai beau être nul en cinéma, je connais Dracula !
Kise rit à cette mention.
- C'était un livre au début imbécile.
Il secoua ensuite la tête et lui demanda :
- Mais si tu es assez bête pour avoir accepté d'être seul avec un vampire, c'est que tu ne sais pas ce que c'est.
- Tu ne me feras pas de mal. Tu l'as prouvé la dernière fois.
- Je l'ai prouvé ?! Excuse-moi ?! J'ai failli te tuer ! Tu ne sembles pas te rendre compte du danger dans lequel tu étais !
Aomine tiqua.
- Et tu es si bête que tu n'as pas pensé à t'expliquer ! A la place tu as fui comme un lâche ! Tu as eu la trouille que j'ai peur de toi !
- Et c'est légitime !
- Mais putain, t'es con ou c'est quoi le truc ?! Qui t'as dit de te barrer ?
Il se rapprocha du vampire à grand pas et s'arrêta quand il ne fut qu'à quelques pas. Kise sembla rassembler toutes ses forces pour ne pas faire un geste et il semblait même avoir cesser de respirer.
- Explique-moi pourquoi tu peux être dans une pièce avec n'importe quel humain, mais pourquoi ça ne marche pas avec moi.
Le blond le regarda dans les yeux, ce qu'il n'avait pas fait depuis le début de leur retrouvaille. Aomine se perdit dans ses yeux d'or qui le fascinaient depuis leur rencontre. Le vampire diminua la distance entre eux sans le quitter du regard et à chaque pas gracieux qu'il faisait, il lui expliquait le concept d'âme sœur.
Il eut fini lorsqu'il arriva au niveau du bleuté. Il voulut alors lui demander s'il avait des chances de se faire croire, mais fut interrompu par un geste. Il se sentit soudainement emporté vers l'avant et sentit des lèvres se poser sur les siennes. Une langue envahit sa bouche avec avidité et il gémit sous la surprise de ce baiser inattendu.
Il le rendit ensuite avec ferveur, toute retenue oubliée. Ce fut Aomine qui rompit le baiser en premier, à court d'air. Il regarda le blond avec désir, et ce dernier se sentit fondre sous ce regard de braise.
