Chaud, il était si chaud. Son corps, son sang… si humain. Cette chaleur, il l'avait déjà ressentie, de nombreuses fois mais jamais elle n'avait été aussi envoûtante. Ces expériences ne l'avaient jamais rendu ainsi, si fébrile, avide de toucher le corps devant lui.

Il n'était pas inquiet. Oh non. Il connaissait tout de ce domaine et rien ne pouvait le déstabiliser, c'était lui qui menait la danse. Même dominé, il avait le contrôle et, en un claquement de doigt, pouvait changer le jeu ou même l'arrêter s'il le désirait.

Femmes, hommes, jeunes ou âgés, personne ne pouvait lui résister mais en contrepartie personne ne pouvait pleinement le satisfaire. Un jeu purement physique sans émotions ni sentiments… mais maintenant tout était différent. Il aimait cet homme, il le désirait profondément et ne voulait plus se retenir, qu'importe sa nature.

Il ne savait plus comment il s'était retrouvé là, bloqué contre le mur de l'entrée, ni même comment il avait perdu sa veste. Tout ce dont il se souvenait, c'était de ces lèvres chaudes s'écrasant contre les siennes, la force et la domination de cette langue et ces mains lui bloquant la tête, incapable de se retirer. Il avait aussi un bref souvenir d'avoir arraché quelque chose mais cela avait si peu d'importance qu'il ne prit même pas la peine de savoir quoi.

Kise était là, plaqué par Aomine, ses mains agrippant le bas du dos de ce dernier pour empêcher une quelconque fuite.

Pris dans leur bataille féroce, il ne reprit conscience que lors de l'éloignement d'Aomine. Surprit, il le lâcha et brusquement ressenti de la panique. Peut-être était-il allé trop loin ou lui avait-il fait mal ?

- Arrête de tirer cette tête, je compte bien finir ce qu'on a commencé. Mais il serait peut-être préférable de bouger, à moins que tu ne veuilles que tes voisins sachent ô combien je suis doué, fit Aomine d'un sourire narquois en se dirigeant vers le salon.

- Ah... euh oui oui… attends quoi ?! Aominecchi ! appela Kise en le poursuivant.

A peine étaient-ils rentrés dans le salon, qu'il fut soulevé et posé sur la table. Il n'eut même pas le temps de manifester son désaccord envers le support, que Kise se fit violemment embrasser, la langue d'Aomine s'entrelaçant avec la sienne.

Durant le baiser, il pouvait sentir les mains de son compagnon passer sous sa chemise, une caressant son ventre tandis que l'autre remontait au niveau des omoplates avant de lentement glisser le long de sa colonne vertébrale.

Celle-ci se dirigeait toujours plus bas, venant effleurer sa ceinture avant de remonter pour recommencer le processus, découvrant encore et encore cette douce étendue de peau. Sa consœur, quant à elle, s'amusait à tracer ses côtes comme si elle les comptait, remontant tout aussi lentement. Cette main était tout aussi plaisante que l'autre, Kise pouvait la sentir caresser son sternum et effleurer du bout du doigt, ses tétons plutôt sensibles.

Soudain, les mains se retirèrent, il y eu un déchirement puis … un corps chaud se collant contre le sien. Ce touché était si agréable, que Kise faillit presque ne pas réagir et continuer d'embrasser Aomine à pleine bouche. Enfin presque …

- Ma chemise ! s'écria Kise en reculant Aomine, brisant ainsi le baiser. Tu as déchiré ma belle chemise mais tu es vraiment une bru …

- Ce n'est qu'un vêtement et puis toi aussi, tu as déchiré mon tee-shirt et pourtant j'en n'ai pas fait un drame, coupa Aomine vexé d'avoir été interrompu aussi brutalement.

- Je n'ai pas …

- Non c'est vrai je me balade à poil dehors ! rétorqua Aomine d'un ton sec.

- … Tu n'es pas tout à fait à poil, marmonna Kise après quelques secondes de silence.

- C'est vrai, sourit dangereusement Aomine, mais je peux régler ça !

Kise ne pensait pas avoir déjà vu quelque chose d'aussi chaud, Aomine retirer sa ceinture et ouvrir sa braguette tout en le fixant dans les yeux était … Terriblement excitant !

Une fois le sous-vêtement tombé au sol, Aomine se rapprocha de nouveau de Kise, se collant le plus possible de sorte que leurs érections se frottent l'une à l'autre. Penchant la tête de son amant sur le côté, Aomine s'amusa à lui suçoter le cou, allant de la clavicule jusqu'à son creux. Kise haletait, excité par le traitement qu'il recevait, son corps le brûlait littéralement : il en voulait plus.

Il poussa un gémissement de surprise mais aussi de plaisir lorsque Aomine empoigna ses fesses pour d'avantage presser leur virilité.

- Déshabille-toi, ordonna Aomine d'un ton bas au creux de son oreille.

Il ne voulait pas le contredire, il ne voulait pas lui désobéir. C'est donc sans la moindre hésitation qu'il retira ce qu'il lui restait de vêtements. A peine, le boxeur tombé au sol, Kise fut soulevé et jeté sur le canapé.

- Il faut que je te prépare …, marmonna Aomine de manière sérieuse et un peu perdue.

Kise était le plus expérimenté et il se doutait qu'Aomine ne devait pas avoir eu d'expériences avec les hommes, il ne devait pas savoir comment faire. Cette réflexion réchauffait le cœur de Kise. Il sera sa première expérience, il sera le premier à lui montrer les plaisirs de la chair. Il était temps qu'il reprenne un peu les rênes.

Il prit la main d'Aomine et le fit asseoir à côté de lui sur le canapé.

- Ne bouge pas, je reviens tout de suite, fit-il en se levant.

Deuxième tiroir de la commode, à gauche. Heureusement qu'il avait pensé à acheter du "matériel neuf".

Une fois, les objets en main, Kise revint dans le salon où il avait laissé Aomine et sans lui laisser le temps de réfléchir, il posa les préservatifs et le lubrifiant sur la table et se mit à califourchon sur les genoux de son homme.

- Reprenons, fit Kise avec un sourire pervers

Immédiatement, leurs lèvres reprennèrent position, se plaquant les unes contre les autres. Durant leur baiser, Kise glissa délicatement ses mains sur le torse d'Aomine, effleurant du bout des ongles les abdos bien visibles du bleuté : de véritables tablettes de chocolat.

Une fois ces mains arrivées à leur destination, Kise s'empara du membre chaud et entama de lents mouvements de vas et viens, provoquant ainsi les grognements d'Aomine.

- Plus vite, ordonna Aomine d'une voix rauque.

- Pourquoi se précipiter, fit Kise en arrêtant le traitement. Après tout, nous avons tout notre temps.

Il pouvait sentir la frustration d'Aomine et il la comprenait, mais se sentir dominant était si jouissif.

Décidant qu'il avait assez attendu, Kise se glissa entre les jambes d'Aomine tout en le fixant : ses joues légèrement plus foncées, ses cheveux en bataille et ce regard… à croquer ! Reprenant le membre délaissé en main, il approcha son visage et embrassa la pointe avant de l'engloutir sous les gémissements d'approbation d'Aomine.

Kise ne se lassait pas de ces bruits, chaque augmentation de rythme était accompagnée de variations sonores : plus il accélérait, plus les gémissements devenaient forts et lascifs.

- Je ne peux plus attendre, fit Kise en retirant Aomine de sa bouche.

Il se leva et se remit à califourchon sur Aomine, son entrée alignée avec le membre lubrifié recouvert d'un préservatif.

- Attend... tu n'es pas... , fit Aomine haletant.

- Je me suis préparé. Lorsque je te suçais, ajouta Kise en voyant le regard d'incompréhension de l'homme.

N'attendant pas plus d'explications, Aomine prit Kise par les hanches et les abaissa pour que sa partie inférieure soit en contact avec le trou de Kise. Sans prévenir, celui-ci s'empala, descendant jusqu'à ce que les bourses d'Aomine giflent contre ses fesses, provoquant un gémissement commun. Kise se sentait si plein et étiré, la sensation était si agréable, qu'il ignora la légère piqûre de douleur due à l'étirement soudain.

- Est-ce ok ? demanda Aomine en se retenant

- Ou-oui, bouge…

Les premiers coups de bassin étaient lents et incertains, mais une fois qu'Aomine prit conscience qu'il ne faisait aucun mal à Kise, il ne se gêna pas pour accélérer, maintenant fermement les hanches de ce dernier. De plus en plus vite, de plus en plus profond. Kise s'agrippait et enfonçait ses ongles dans les épaules de l'homme qu'il chevauchait, essayant de répondre au rythme imposé par celui-ci. Se concentrant sur le plaisir qu'il ressentait, Kise fut surpris lorsque Aomine, décida de changer de position, le plaquant face contre le canapé, les hanches relevées.

- Et si l'on augmentait un peu la cadence, grogna Aomine contre son oreille

- Oh mon dieu oui, pensa Kise.

L'angle de pénétration ayant été modifié, Aomine s'enfonçait plus profondément, explorant des endroits qu'il ne pouvait pas atteindre auparavant. Chaque coup rapprochait Kise de la fin, aidé par la main d'Aomine caressant son membre.

- Aominecchi, je… je vais-

- Moi aussi, grogna Aomine.

Les coups devinrent de plus en plus durs, de même que les gémissements de Kise devinrent bruyants notamment lorsque Aomine cognait sa prostate. Et en une dernière et profonde poussée, les deux hommes vinrent. Après quelques minutes, Aomine se retira de Kise, l'esprit encore embrumé. Il le souleva et l'emmena à la chambre où ils se couchèrent tous les deux, tombant de fatigue.

Le blond passa la nuit à contempler le visage endormi de son partenaire, fasciné par ce phénomène qu'il n'avait jamais expérimenté. Il n'aurait jamais pensé ressentir une telle paix intérieure qu'en ce moment.

Il se leva en prenant garde à ne faire aucun bruit et se dirigea vers le frigidaire qui, bien évidemment, n'était pas rempli de nourriture tout à fait humaine. Il jura, regarda l'heure, et jugea qu'il lui restait encore une bonne heure pour aller faire les courses avant qu'Aomine n'émerge de son sommeil.

Il avait vu juste car à son retour, il pouvait toujours entendre les doux ronflements du bleuté. Il se dirigea vers la chambre et s'assit sans délicatesse sur le lit. Cela ne suffisant pas, il se pencha et embrassa Aomine ce qui sembla le perturber un peu. Il atteignit ensuite son oreille et lui chuchota :

- Lieveling, ton petit-déjeuner est servi.

Ah, tiens, l'allusion à la nourriture sembla le réveiller un peu plus et il ouvrit les yeux avec difficulté. Il vit ensuite Kise, assis à califourchon sur son ventre et leva un sourcil.

- Tu essayes de m'attaquer dès le matin ? Hier soir n'était pas suffisant ?

- Mmmmm… Qui sait ?

- Je peux très bien me rattraper maintenant si tu veux !

Il mit ces mains sur les hanches du blond alors que sa langue envahissait déjà la bouche du vampire. Il gémit, mais un « ding » les ramena tous deux à la réalité. Aomine regarda Kise avec interrogation et ce dernier lui répondit en se levant.

- Je me suis dit que tu aurais sûrement faim ! Je ne sais pas ce que ça peut donner comme je ne me suis jamais adonné à la cuisine, mais j'ai normalement suivi la recette comme il faut.

Il sortit de la chambre en laissant Aomine se réveiller doucement. Il prépara la table et trouva le temps que mettait le bleuté à se lever étonnement long. Il revint vers lui et le vit, un cadre dans ses mains. Son cœur se serra.

- Qui est-ce ?

Aomine se retourna vers lui en désignant le portrait. Le blond se rapprocha, le prit et s'assit sur le lit, indiquant à son partenaire d'en faire de même. Il désigna la femme sur la photographie et dit :

- Ici, c'est ma mère. Et ici, dit-il en désignant l'homme, c'est mon père. L'enfant que tu vois au milieu, c'est moi. Assez déroutant quand l'image est en noir et blanc pas vrai ?

- Pas possible… Attends, t'as quel âge au juste ?!

- Je viens de fêter mes cinquante-six ans.

La tête que fit Aomine en valut le détour. Il ne put s'empêcher de rire et reposa le portrait abimé par le temps et ces trajets à répétition dans la poche de sa veste. Il voulut se lever mais la main du bleuté le retint.

- Kise, je veux en savoir plus sur toi. Pourquoi est-ce que tu as l'air aussi triste, qu'est-ce que tu as vécu auparavant, je veux tout savoir. Je te raconterais tout aussi, mais je veux pas qu'on commence une relation si rien n'est dit. Et puis, je me suis rendu compte que tu connaissais pleins de choses sur moi, mais que tu ne m'as jamais rien dit te concernant.

Il souhaitait tout connaître ? Il suffisait à Kise de tout dire dans les grandes lignes. Mais il ne voulait pas lui mentir en lui cachant ce qui avait pu lui arriver. Alors il préféra lui dire en toute honnêteté :

- Un jour peut-être, quand je serais prêt.

Cela eut cependant l'effet inverse. Aomine fronça les sourcils et refusa sa demande.

- Dis-moi.

Son regard insistant eut comme un effet corrosif sur la motivation de Kise. Elle fondit comme neige au soleil et il dit :

- O.K, si tu en es si sûr. Mais dans ce cas, on va aller dans le salon, ce sera plus confortable.

Dire qu'il voulait s'y rendre pour gagner du temps était tout à fait vrai. Mais une fois qu'ils se retrouvèrent sur le canapé, il n'eut plus aucun choix.

Il commença, avec hésitation, beaucoup de lenteur, fragilisant ce bloc de béton devenu diamant qu'il n'avait jamais ouvert à personne, et aidé par le regard pénétrant d'Aomine.

Puis, à mesure qu'il parlait, évoquant ce qu'il avait fait, ce qui avait pu lui être fait, les mots sortirent tout seuls, devenant plus fluides. Il lui dit tout, le flot de parole continu ne cessant qu'une fois qu'il arriva à leur rencontre. Là, il se perdit dans l'océan bleu qui le regardait avec un sentiment qu'il ne comprit pas.

- Kise… Je…

Il se leva pour prendre son visage en coupe entre ses mains et l'incompréhension pouvait se lire sur le visage du blond.

- Est-ce que je peux aller buter cette salope ?

Le regard de Kise s'arrondit. Il se leva et l'enlaça.

- Ne t'inquiète pas lieveling, elle ne me fera plus jamais de mal.

Il renifla bruyamment d'un air circonspect et lança :

- J'espère bien. J'avais une question d'ailleurs. C'est comme ça que tu m'as appelé ce matin déjà. C'est censé vouloir dire quoi ?

- Je te le dirais pas ! C'est un secret !

Il lui fit un clin d'œil avant de se diriger vers la cuisine pour réchauffer la nourriture qui avait largement eut le temps de refroidir.

- Kise Ryouta ! Reviens ici que j'ai le droit à ma réponse !

- Pas la peine d'y compter, tu ne l'auras pas ! Va plutôt t'installer à table ou tu n'auras rien à manger.

Kise pu l'entendre râler mais n'en tint pas compte. Il ne s'était pas rendu compte à quel point cela pouvait lui avoir fait du bien. Il sortit deux sachets de sang qu'il remplit d'un gobelet blanc recouvert. Ainsi, Aomine ne se rendra pas compte de ce qu'il buvait. Depuis ce qui s'était passé la veille, il n'avait pas ressenti cette même attirance pour son sang, mais il ne souhaitait pas tenter le diable. Il devait être constamment rassasié.

Il s'en retourna vers le salon où il y retrouva sa moitié, assis de façon peu commode sur sa chaise à attendre. L'odeur de la nourriture le fit relever la tête et il saliva à la vue de son assiette. A peine celle-ci posée sur la table qu'il commençait d'ailleurs déjà à manger sans demander son reste. Kise l'observa alors qu'il sirotait sa boisson avec bien plus de retenue.

Ce moment était si parfait. Si bon qu'il ne l'aurait changé pour rien au monde. Jusqu'à ce qu'une sonnerie de portable retentisse. Aomine décrocha avec nonchalance, la bouche à peine finie. Mais il pâlit après quelques paroles échangées. Il se leva d'un bond en raccrochant et annonça qu'il partait immédiatement.

Complètement sous le choc, Kise le regarda enfiler ses chaussures et prendre sa veste d'un geste avant de réagir.

- Aominecchi qu'est-ce qui se passe ? Qui était-ce ?!

Il le regarda d'un air pressé et lui répondit en ouvrant la porte :

- C'était l'hôpital. J'y vais.

- Que… L'hop… ?

- Pas le temps.

- Je te suis !

Il prit ses affaires d'un geste rapide et alors que son partenaire allait protester, il rajouta qu'ils iraient plus vite en voiture, ce qui fit taire toute contestation possible.

Ils arrivèrent dans le parking de l'immeuble et Kise désigna une voiture de sport hors de prix. Aomine n'eut pas le temps d'être choqué par le véhicule qu'il était déjà propulsé dedans.

Le mannequin démarra la voiture au quart de tour et ils étaient déjà en route.

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Une amie d'enfance est atteinte d'une maladie depuis qu'elle est née. Malheureusement, cela s'est aggravé et… les médecins viennent de m'appeler pour me dire qu'il ne lui reste probablement plus beaucoup de temps.

- Bébé, ça va aller, on va arriver à temps.

Il posa sa main sur les genoux du bleuté pour le rassurer et accéléra légèrement, la tension dans la voiture augmentant d'un cran.

Enfin, ils arrivèrent à l'hôpital. Totalement habitué à l'établissement, Aomine se dirigea à moitié en courant vers l'accueil pour demander le numéro de chambre dans le cas où il aurait changé.

En moins de cinq minutes ils arrivèrent devant ladite chambre d'hôpital où ils rencontrèrent le médecin. Ce dernier leur demanda leur nom et prénom avant qu'Aomine ne lui coupe la parole en lui répondant que c'était lui qui était en charge de ces soins et qu'il était sa seule famille.

Le docteur sembla comprendre qu'il ne rigolait pas et lui demanda de le suivre. Il rajouta à l'encontre du mannequin que seuls les proches pouvaient lui rendre visite avant de se faire rembarrer sec par Aomine. Kise crut qu'il allait lui décrocher la tête, mais il réussit à garder un semblant de calme en justifiant le fait qu'il s'agissait d'un ami « proche ».

Ils rentrèrent dans la pièce et l'odeur de sang et de médicament envahit le nez du vampire. Il avait déjà senti cela et ça ne lui rappelait pas de très bons souvenirs.

De légers « bip » pouvaient être entendus et ils tirèrent un rideau. Derrière se trouvait un lit aux draps blancs comme la neige. En son milieu reposait une femme aux cheveux roses que l'on aurait autrefois pu comparer à la couleur des pétales d'un cerisier en fleur. Son teint était pâle et elle était si maigre que l'on pouvait voir ses os à travers la peau.

Elle ouvrit les yeux avec difficulté lorsqu'elle entendit l'arrivée de nouvelles personnes et essaya de sourire lorsqu'elle discerna l'ombre de son meilleur ami. Elle toussa en essayant de dire quelque chose et Aomine se rapprocha avant de lui prendre la main.

- Ne dis rien, ne fais pas de mouvement. Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer pour toi.

Il lui sourit avec force et Kise se rapprocha pour poser sa main sur son épaule, montrant son soutien. Les yeux de la jeune fille semblèrent s'allumer un peu lorsque le blond entra dans son champ de vision et elle regarda de nouveau son ami qui lui sourit doucement.

- Je l'ai retrouvé.

Il posa sa main libre sur celle de son amant et reprit avec calme.

- Comme je te l'avais promis, je reviens vers toi avec lui à mes côtés. Tu avais raison, comme toujours. Je l'aime.

Kise raffermit sa prise sur son épaule alors qu'il pouvait deviner le sourire se dessiner sur son visage. Il eut l'impression qu'un poids venait de quitter les épaules de la jeune malade.

Elle referma les yeux, alors qu'un bruit strident se déclencha dans la chambre. Une infirmière arriva et nous demanda de bien vouloir quitter la pièce. Aomine voulut protester mais Kise parvint à le convaincre de sortir.

Les heures qui suivirent furent longues. Atrocement longues. Et à mesure que les minutes passaient, Aomine devenait de plus en plus nerveux. Jusqu'au moment où un médecin vint enfin à leur rencontre.

Aomine vint directement vers lui et avant même que Kise n'ait eu le temps de réagir, il vit son amant prendre la femme par le col de sa blouse en la plaquant contre le mur, criant que c'était impossible.

Kise se précipita vers Aomine et choppa son bras, le sommant de lâcher immédiatement la pauvre femme qui ne faisait que son travail. Cette dernière prit immédiatement les jambes à son cou sans demander son reste. Le regard de douleur que lui lança le bleuté transperça cependant le blond qui sentit son cœur se briser en mille morceaux.

- Lieveling, je t'en prie, reprends-toi. Je sais que ça fait mal, mais il faut que tu te calmes.

- Tu ne sais pas ! -Il prit les bras du blond dans ses mains en les serrant de toutes ses forces.- Elle était jeune ! La vie ne lui a jamais sourit mais c'était une bonne fille ! Même quand son enfoirée de mère l'a laissée tomber elle n'a pas sourcillé ! Pourquoi c'est sur elle qu'il a fallu que ça tombe hein ?! Réponds-moi !

- Tu n'es pas seul.

Le calme de cette phrase fit relever la tête au bleuté. Il se plongea dans les yeux de son amour et y lut une profonde douceur. Il mit sa main sur sa joue et répéta sa phrase avec plus de force.

- Tu n'es PAS seul.

Cela calma le cœur d'Aomine. Kise était là pour le soutenir et il en avait plus que tout besoin. Alors il s'abandonna à lui.

Après cela vint l'enterrement et le deuil. La partie la plus difficile était là mais Kise était présent pour Aomine, calmant sa colère et sa tristesse.

Cela fit énormément réfléchir le bleuté sur son existence et un jour, alors que la nuit était déjà bien avancée et que Kise était installé sur le torse de son amant, à redessiner inlassablement ses abdos magnifiquement sculptés, il lança le sujet que le blond redoutait tant.

- Tu es immortel pas vrai ?

Kise arrêta sa main et regarda Aomine. Il acquiesça.

- Je veux être comme toi. Je ne veux pas te laisser seul à ma mort. Je veux devenir vampire à tes côtés. Il suffirait que tu me mordes, pas vrai ?

- Ce n'est pas si simple lieveling. Il faudrait un échange avec un vampire de sang pur. Et cela représenterait une transgression de notre loi.

Aomine secoua la tête et rétorqua :

- C'est absurde ! Je veux faire partie intégrante de ta vie ! Je ne veux plus que tu ais à retenir ta respiration pour éviter de me mordre ou que tu ais à boire deux litres de sang par jour pour que l'on vive sous le même toit. Je veux connaître ces nuits de vampire où tu restes éveillé alors que je tombe de sommeil. J'ai l'impression que tu m'offres tout ce dont j'ai besoin alors que tu te retiens !

- Aominecchi, ce n'est pas…

- Ne me ment pas !

Kise déglutit alors que ces yeux reflétèrent un moment la peur sous-jacente qu'il ressentait. Il tenta de se lever vers la fenêtre mais se fit plaquer contre le lit à la place, Aomine au-dessus de lui.

- Sois pas idiot ! Je ne tenterais pas le diable avec toi ! Tu te fourvoie ! Je vis une vie à laquelle je n'aurais jamais rêvé ! Tu m'aimes et m'offre une raison de vivre ! N'est-ce pas là le plus beau des cadeaux ? La soif de sang n'est pas ce dont j'ai besoin pour être heureux. Écarte-toi. Je ne veux pas te faire de mal.

Doucement, Kise posa sa main sur le torse nu de son âme-sœur pour l'écarter mais il ne bougea pas d'un pouce, le fixant d'un regard incandescent.

- Je suis sérieux dans ma proposition Kise. Je veux que tu boives mon sang, que l'on essaye tous deux d'échanger plus que ce que nous avons déjà fait jusqu'à présent. Je ne veux plus de ces contraintes. Merde, si je peux pas devenir vampire, alors profite au moins du fait que je sois humain !

Sa détermination était incontestable. Kise posa son autre main sur son épaule qu'il agrippa, hochant la tête. Ce gars le rendait fou, et il cédait à chacune de ces demandes sans pouvoir s'y opposer.

Il inversa leur position d'un appui habile et sentit ses crocs pousser. Aomine sourit et s'exclama :

- Maintenant, ça fait vraiment Dracula. Mais en tellement plus beau…

Le calme du bleuté fit frémir Kise. Il se pencha pour embrasser son beau black avec envie. Il descendit ensuite en une pluie de baisers le long de son cou. Il commença ensuite à lécher la base de son cou, suçotant légèrement. Aomine émit un faible gémissement et Kise prit cela comme une approbation.

Il enfonça ces crocs dans la peau et resta un moment pantois. Le sang qui se déversa dans sa bouche n'était comparable à rien de ce qu'il avait pu goûter auparavant. C'était un nectar doux et sucré auquel Kise ne pourrait jamais se lasser. La sensation de béatitude qu'il ressenti n'était comparable à aucune des émotions qu'il avait pu éprouver jusqu'à aujourd'hui. Même leur première fois n'avait pu être aussi intense. Une douce chaleur traversa son corps et il se sentit partir.

Un gémissement de plaisir sorti contre son gré alors qu'il sentait son partenaire se tortiller sous lui. Il eut un moment peur de lui faire mal et il s'arrêta immédiatement à cette pensée.

- Putain t'arrêtes pas… !

Aomine appuya légèrement d'une main sur la nuque du blond, lui intimant l'ordre de continuer, ce qu'il fit avec joie. Son autre main descendit vers leur virilité qu'il attrapa dans sa seule main. Il commença de lents va et viens pour le plus grand bonheur des deux et ils ne tardèrent pas à jouir quasiment en même temps.

Kise retira ces crocs et regarda son partenaire qui s'exclama :

- Je te l'avais bien dit que ça valait le coup ! Ça aurait été malheureux de passer à côté de ça quand même.

Avec un doux sourire, Kise enlaça son amant, heureux de cette expérience réussie.


Heureuse.

Elle était tellement heureuse de cette magnifique journée qui s'annonçait !

Ce sale démon allait enfin payer pour ces crimes. Le monstre avait été assez imbécile pour s'enticher d'un pauvre humain si fragile~

Elle regarda sa montre puis fixa la porte du supermarché. La rouquine pouvait déjà sentir son horrible odeur d'ici. Elle le vit sortir et le suivit. Elle ne voulait pas être discrète. Elle voulait justement lui inspirer la terreur.

Oh, ça y est, il l'avait repéré. Il augmenta l'allure mais la vampire le rattrapa en deux secondes alors qu'il passait devant une ruelle. Elle l'y projeta sans ménagement d'une force dépassant l'entendement humain. Personne ne s'y trouvait de toute manière alors pourquoi se retenir ?

Elle entendit un geignement de douleur et regarda le pauvre humain dans les yeux, un sourire menaçant. Il déglutit. Elle l'empoigna ensuite par le bras et l'emmena sans égard pour ses blessures dans un vieil entrepôt à l'abri des regards. Elle le dévisagea ensuite.

Il s'était péniblement relevé et s'était immédiatement mis en position de défense. Il avait les yeux et les cheveux d'un bleu océan contrastant très clairement avec sa peau d'un bronze lisse. C'était un homme indéniablement musclé et imposant et la femme aurait pu paraître être celle agressée si ce n'était pas pour la position qu'il prenait et les blessures qu'il arborait.

- Dis-moi mon mignon, comment t'appelles-tu ?

Il tressaillit en entendant le mot « mignon ». Cela la fit frémir d'excitation.

- Eh bien alors ? Tu as encore ta langue à ce que je sache.

Elle fronça les sourcils face à son mutisme et elle dit avec une touche d'agacement dans la voix :

- Tant pis, ton nom n'est pas ce qu'il y a de plus important de toute manière. Tu dois sûrement connaître Kise Ryouta pas vrai ?

Elle le regarda avec une intense colère devant son mépris. Qu'est-ce qu'il attendait pour lui répondre ? Ils n'allaient pas y passer dix ans ! Il n'eut pas le temps d'esquiver le coup qui arriva directement dans son ventre. Cela lui coupa le souffle et il tomba à genoux.

- Je sais que tu le connais ! Je t'ai vu avec lui ! T'es sa petite pute ! T'es son jouet du moment ! Il en a déjà eu plein des comme toi !

Elle lui assena un autre coup sur l'épaule et un craquement sinistre se fit entendre suivit d'un cri de douleur. Aomine tomba en avant.

- Oi, oi, ça ne fait que commencer, t'évanouis pas avant d'avoir vraiment ressenti ce qu'est la vraie douleur !

Elle empoigna ses cheveux pour le soulever et le lança contre une table qui se cassa sous le choc.

- Masumi, si tu continues comme ça tu vas le tuer sur le coup.

Une femme semblable à une idol entra dans la pièce avec dignité. Elle regarda Aomine avec mépris alors qu'il essayait de se relever en vain. La rouquine se tourna vers son acolyte et dit d'une voix suppliante.

- Mais Kyuna…

- Je veille sur cet humain. Va me chercher de quoi s'occuper plus proprement de lui en attendant.

Masumi acquiesça puis sortit. Kyuna se rapprocha ensuite de Aomine qui ne put détacher ses yeux de ces mouvements enivrants. Elle s'accroupie avec élégance devant lui et posa sa main sur sa joue.

- Pauvre petite chose.

Sa main descendit vers son cou et elle ouvrit le début de sa chemise. Aomine déglutit alors qu'elle découvrit une partie de son épaule. Elle passa sa main sur une cicatrice et murmura à son oreille :

- Alors il t'a déjà mordu ? Dis-moi, comment il a trouvé ça ? Pas aussi excitant que sa première fois, pas vrai ? T'as-t'il raconté à quel point c'était magnifique ? Il en a même pleuré tellement c'était intense ! Je me souviens encore de son regard suppliant et de ces gémissements plaintifs comme si c'était hier !

Les yeux d'Aomine s'écarquillèrent d'horreur quand il comprit qui se trouvait devant lui, mais il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit alors qu'il sentait déjà deux crocs s'enfoncer profondément dans sa chair. Il ne fut soudain plus que douleur et peur alors qu'il se sentait brûler de l'intérieur. Il hurla et tenta de se débattre en vain alors qu'il se sentait partir.

- Oups, j'en ai peut-être trop fait.

Aomine était à la limite de s'évanouir, mais il pouvait sentir un horrible poison se diluer en lui, l'empêchant de sombrer dans les douces chaleurs qu'offraient les ténèbres.

Elle fouilla ensuite dans la veste d'Aomine et en sortit son portable. En deux coups elle y trouva ses contacts.

- Mon petit Daiki, nous allons appeler ton vampire chéri. Que penses-tu de cela ?

Il rassembla ses forces et essaya de répliquer malgré sa voix sifflante de douleur.

- Espèce de salope, ne touche pas à lui ou je te jure que je te ferais la peau !

Kyuna partit dans un fou rire irrépressible et un bruit de composition pu se faire entendre. La sonnerie n'eut besoin de retentir que deux fois avant que Kise ne décroche, furieux.

- Ahominecchi ! Comment oses-tu me foutre un lapin comme ça ? T'es où que je te fasse la peau !

- Ryouta ? Oh mon dieu, c'est vraiment la voix de mon petit Ryouta, comment vas-tu depuis la dernière fois mon chéri ?

Le silence suivit cette phrase et seul Aomine comprit la crise de panique qu'il se passait de l'autre côté du combiné. Un éclair d'inquiétude prit le dessus sur sa douleur et il cria en espérant se faire bien entendre :

- Ça ira pour moi Kise, ne viens pas !

- Aomine ?! Aominecchi, ça va ?!

L'affolement dans sa voix retentit et Kyuna sembla tellement heureuse de cette réaction qu'elle le regarda avec un grand sourire.

- Ne t'inquiète pas, il va très bien, il a seulement une ou deux égratignures. Mais les humains sont si fragiles…

Elle appuya ses dires en le touchant ce qui envoya un éclair de douleur dans tout son corps. Il cria et le sourire de Kyuna s'élargit.

- Il pourrait bien ne plus être dans le même état si tu ne te dépêches pas de venir. Bien évidemment, évite de ramener ton maître et son petit chien-chien, sinon je n'assure pas la santé de ton cher amour.

La voix de Kise frôlait l'épouvante mais Kyuna raccrocha après lui avoir bien gentiment dit où ils se trouvaient.

- Il faut te préparer pour l'accueillir à présent.

La peur que ressentait Aomine s'agrandie et il voulut esquiver la main qui s'abattit sur lui en vain. La douleur qu'il ressentit le fit enfin perdre connaissance et il accueillit cette paix avec joie.


En deux clics il appela Akashi. La panique lui faisait perdre ses moyens mais il savait que s'il écoutait cette folle il ne réussirait jamais à sauver Aomine seul. Il était évident qu'elle allait essayer de le tuer devant lui.

Il frissonna à cette pensée alors qu'il entendit un « Allo » sortir de l'autre côté du combiné.

- Akashicchi, je t'en supplie, il faut que tu fasses quelque chose ou il va mourir ! Elle veut le tuer !

- Calme-toi Kise, qu'est-ce qui se passe ?

La voix calme d'Akashi apaisa un peu Kise qui s'expliqua en détail alors qu'il était sur le chemin et reçu ces instructions en retour. La panique ne l'avait pas quittée mais si Akashi disait qu'on pouvait le sauver, alors il ferait tout ce qu'il faudrait. Il serait capable des pires atrocités pour que Aomine soit en lieu sûr.

Il arriva devant l'entrepôt sans se faire remarquer et une odeur métallique lui parvint. Affolé par une si forte odeur, il en oublia immédiatement le plan qu'il avait pourtant juré de suivre. Il entra en force dans le bâtiment plongé dans le noir complet.

Les vampires étant nyctalopes, cela ne le gêna aucunement et il s'avança avec prudence jusqu'au bout de la pièce. L'odeur s'était renforcée et il pouvait reconnaître le doux nectar de son âme-sœur. Il ouvrit la porte et la scène d'horreur qu'il découvrit le fit hurler de douleur.

Gisant sur une chaise, dans son propre sang qui s'écoulait lentement de chacune des blessures qui lui avaient été infligées se trouvait Aomine dont le visage était méconnaissable. Il respirait difficilement mais était encore conscient.

- Aominecchi… Mon dieu mon amour que t'as-t'elle fait ?!

Il s'agenouilla à côté de lui et vit son regard si effrayé. Il était certes encore éveillé mais il semblait voir quelque chose d'autre que la réalité devant lui. Et cela semblait le terrifier. Le blond voulu le prendre dans ses bras, le cajoler en lui disant qu'on ne lui ferait plus jamais de mal mais il eut tellement peur de lui faire mal en touchant une de ces blessures qu'il ne put que constater de l'ampleur des dégâts.

Il coupa les liens qui le retenaient assis, il l'allongea en toute délicatesse par terre ce qui arracha un cri de douleur à son bien-aimé.

- Ça va aller bébé. Je vais te sortir de là.

- Ça y est, tu as fini de t'occuper de ton chéri ?

La voix qui retentie dans son dos fit frémir Kise. Pas de peur ni de terreur. Non. Il ressentit une haine et une colère irrépressible alors qu'il se retourna d'un coup vers son propriétaire : Kyuna.

Et d'un puissant élan il s'avança vers la brune, toute force réunie pour lui faire payer son crime. Il tenta de lui asséner un coup qui ne brassa que l'air alors que son adversaire le toucha au torse. Cela l'envoya valser jusqu'à l'autre bout de la pièce où il atterrit lourdement.

Lorsqu'il se releva, il vit Kyuna à droite d'Aomine, Masumi se trouvant de l'autre côté. La rouquine lança un regard carnassier à Kise avant d'empoigner les cheveux bleus de son petit-ami. Ce dernier ne réussit qu'à gémir de douleur alors qu'elle le souleva sans ménagement.

- Lâche-le ! Ne le touche pas !

- Crois-tu vraiment être en position de donner des ordres ? Non, tu vas nous écouter très sagement ou il va souffrir.

Les dents serrées, Kise les regarda et leur fit signe.

- Qu'est-ce que vous voulez ?

- C'est bien ça, un Ryouta qui écoute.

Kyuna se rapprocha de lui de la même façon qu'elle avait de le faire avant. Mais il n'avait plus ce même regard naïf. Il ne pensait qu'à sauver Aomine et cela agaçait Kyuna. Elle s'avança assez près de lui de façon à cacher Aomine de sa vue.

- Si tu veux abréger ses souffrances, alors reprenons ce que nous avons été contraint d'arrêter il y a trente ans. Tu peux le faire pas vrai ?

D'abord interrogatif, Kise ne tarda pas à comprendre lorsqu'il la vit se lécher les lèvres. Il s'était attendu à tellement pire ! Elle ne voulait que ça ? En temps normal il en aurait ri. Cette femme n'avait pas changé en trente ans d'existence !

Mais la situation était bien trop sérieuse. Il entendit Aomine gémir et l'inquiétude perça son cœur. Il regarda Kyuna dans les yeux et dit d'une voix séduisante :

- Je le ferais.

Et il lui lança le sourire qu'elle aimait tant. Celui si enfantin qui la déconcerta autant qu'avant. Sauf que là, il tenait un canif dans sa main, qu'il avait discrètement pris dans sa poche.

Ce temps de latence fut fatal à Kyuna et il la chopa par le cou avant de pointer le couteau en direction de son cœur. Il regarda ensuite Masumi et lui dit :

- Tu le tue et ton amie sera dans le même état. Lâche-le.

Complétement paniquée par le soudain retournement de situation, elle le laissa tomber sans aucune délicatesse, complètement retournée.

- Masumi, qu'est-ce que tu…

- Toi, tu te tais.

Il resserra sa prise et fit sentir la lame du canif sur sa peau pour qu'elle comprenne la situation dans laquelle elle se trouvait.

- Ce couteau est en argent. Il n'aura aucun problème à te trancher le cœur. Maintenant Masumi, tu vas t'éloigner bien gentiment d'Aomine en te rapprochant de moi. Je ne veux aucun mouvement brusque.

Qui allait-il tuer en premier ? La rouquine ou Kyuna ? Mmmmm… Il avait sa petite idée. Il regarda Aomine, agonisant. Pour lui, il n'hésita pas une seconde. Il enfonça son couteau dans le cœur de la brune sans ménagement, d'un coup sec et bien placé.

Masumi hurla de douleur alors que Kyuna tombait en poussière au pied du blond, mais ce dernier ne l'entendit pas, son propre soulagement d'avoir enfin mis fin à cette vie qui l'avait tant fait souffrir faisant bien plus écho en lui.

Il l'avait enfin tuée.

Il n'attendit pas que la rouquine se reprenne. Il lui fit subir le même sort afin qu'elle rejoigne en enfer son amie qui lui était si chère. Il aurait tellement aimé les torturer comme elles l'avait fait à son bien-aimé…

A la place, il se précipita vers Aomine sans plus se préoccuper de leur sort. Il ne pensait déjà plus à ce qu'il avait fait. Il n'avait en tête que de sauver son bel amant.

- Lieveling, ça va aller, reprends-toi.

Avec la mort de Kyuna, il semblait qu'il revenait à lui. Cependant, la douleur parut également le submerger de toute part alors qu'il reconnut Kise. Il tenta vainement de lever sa main pour toucher la joue du vampire, mais elle ne se souleva que de deux centimètres avant de retomber lourdement au sol.

- N-Ne p-pleure pas K-Kise…

La panique qui prit le blond eut l'effet d'un pieu enfoncé dans le cœur. Un filet de sang s'échappa de la bouche de son homme et Kise ne put en supporter plus. Il commença d'abord à lui murmurer des mots doux, comme si cela allait aider le bleuté à aller mieux… Il lui parla ensuite… Espérant… De sa voix devenue rauque par l'angoisse.

- Reste avec moi mon amour. Je t'en conjure… Ne me quitte pas, ne me laisse pas seul… Tu ne peux pas me faire ça, tu n'as pas le droit de m'abandonner comme ça ! Dieu je t'en supplie, ne me vole pas ma raison de vivre, ne me prend pas ma perle d'espoir, l'essence de mon âme…

Le vampire le savait. Aomine avait perdu trop de sang. Il allait partir. Il serait de nouveau seul.

Il vit ses yeux se fermer et sentit les battements de son cœur diminuer, en écho avec celui du blond, qui se contractait avec une violence inouïe. Kise pâlit.

Il écarquilla les yeux avant de le supplier à nouveau de ne pas le laisser. A mesure que la vie quittait son âme-sœur, il commença à injurier le monde et ces malheurs, à maudire Aomine de le laisser comme ça. Il hurla sa haine à qui voulait bien l'entendre, commençant à en perdre la tête. Ces mots sortirent à flot angoissé, alors qu'il ne voyait plus à mesure qu'un torrent d'eau salé se répandait depuis ses yeux, atteignant la peau de plus en plus froide de son amant.

La tristesse, la colère, l'angoisse, la peur aussi, beaucoup de peur et de frustration se déversèrent en lui, dévastant son corps en de milliers de flèches glacées alors qu'il essayait par tous les moyens possibles de sauver Aomine.

Mais quand il n'eut plus aucun mot qui put sortir de sa gorge trop blessée, quand il n'eut plus assez de larmes pour pleurer, il s'effondra sur le corps de sa moitié, écoutant ces derniers signes de vie qui s'éteignaient, les uns après les autres, vaincu et impuissant.

- Ryouta ?

Il n'entendit pas la voix qui l'appelait avant de sentir une pression sur son épaule. Un geignement lui échappa, en écho à la douleur sourde qui faisait trembler son corps en de violentes secousses.

- Akashicchi… -Kise se retourna vers lui, le visage défiguré par le chagrin et la voix meurtrie par ses supplications.- Akashicchi. Tue-moi.

Le rouge écarquilla les yeux alors que Kise le regarda, à genoux au-dessus de son âme-sœur, implorant la clémence du meneur.

- Je ne peux pas vivre dans un monde où il n'est pas là. S'il meurt, alors je partirai avec lui. Mon existence n'a de sens que s'il est en vie. Ne me demande pas de rester s'il n'est pas à mes côtés. Je t'en supplie…

- Ryouta…

Akashi regarda réellement Aomine pour la première fois. Il plissa les yeux et sembla réfléchir une demi-seconde.

- Shintaro, Atsuchi, ce que je vais faire peut nous amener au procès. Vous êtes les seuls témoins capables de prouver qu'il était prêt à mourir en entraînant l'un de nos semblables dans sa chute. Débarrassez le plancher si vous ne voulez pas être compris dans cet incident.

L'ordre était formel mais il était plus à titre informatif des futures embûches qu'ils pourraient éventuellement rencontrer dans le pire des cas. Akashi s'agenouilla à côté de d'Aomine et le souleva. De rares battements pouvaient se faire entendre, quelque peu atténués par les tissus de chair et son sweat. Les canines du vampire s'allongèrent alors qu'il se pencha pour le mordre. La puissance du vampire se déversa en Aomine alors que ces blessures se refermèrent. Son cœur restait faible et il était encore aux portes de la mort, mais tout ce qui avait pu lui être fait n'était plus.

- Kise, ton canif.

Le blond le tendit immédiatement à son sauveur, tremblant. Akashi le prit et dans un même mouvement, s'entailla le poignet d'un geste vif. Le sang gicla et il plaqua sa blessure contre la bouche du mourant.

- Cela devrait suffire.

Akashi retira son bras après une minute alors que Kise se rapprocha fébrilement de son amant.

- Pourquoi est-ce qu'il ne bouge pas ?

- Il faut un certain temps. Ça ne peut pas se faire en deux secondes. Commençons par le ramener au manoir. Vous deux, dit-il en désignant Murasakibara et Midorima, vous allez me nettoyer tout ça sans laisser une seule trace. Faites ce que vous voulez des preuves tant qu'on ne les retrouve pas. Quant à toi Ryouta, tu vas le prendre avec toi.

Le mannequin acquiesça et prit tendrement Aomine dans ses bras comme s'il était fait de porcelaine. Ils décampèrent et arrivèrent rapidement au manoir. Là, Akashi lui fit comprendre qu'il n'avait qu'à se débrouiller et qu'ils partageraient la même chambre pour le moment. Le blond était tellement reconnaissant envers Akashi qu'il ne put décrocher un traître mot. Il posa Aomine sur son lit et entreprit de laver minutieusement toute trace de sang.

Il était vivant pas vrai ? Soudain, à cette pensée, une vague de soulagement déferla sur son esprit. Et il pleura, allégé de ce poids. Il pleura de longues heures durant. Jusqu'à l'épuisement. Jusqu'à sentir deux puissants bras l'entourer.

Il posa le cadre sur la deuxième table de chevet puis passa sa main sur les boutons de manchette que sa sœur lui avait offerte, un sourire lui réchauffant le cœur. Il prit le deuxième cadre qu'il venait d'acheter et y glissa la toute nouvelle photo dedans, le posant ensuite à côté de ses trésors. Il rajoutait son âme-sœur au portrait de famille se trouvant juste à côté. Il entendit des bruits de pas et deux mains vinrent l'enlacer dans son dos.

- Il est bien, ici, tu ne trouves pas ? Juste à côté de celui de mes parents.

- Si tu trouves que c'est bien ici alors soit. Je ne suis pas ici pour la déco de toute manière.

Kise se retourna et posa une main sur la nuque de son amant, un sourire coquin au visage.

- Mmmm ? Pourquoi es-tu ici alors ?

- Tu le sais très bien pourq…

Aomine n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il était déjà bien occupé à dévorer la bouche de son vampire.

Ils avaient l'éternité à présent, pour profiter l'un de l'autre, et personne ne réussirait à les séparer, pas même la mort elle-même.