Lexique Russe / France :
- Квай-эс-ту? [Kvay es tu?, qui es- tu ?]
- Я друг [ya drug, je suis un ami]
« Vous savez le monde est assez moche comme ça, pas la peine d'en rajouter », Senior et Junior Leroy Gethro Gibbs.
Chapitre 3 : Errance et peur.
Elle souffrait. Elle voulait absolument arrêter cette douleur. Et elle savait comment le faire : mourir à nouveau pour retourner dans les plaines lumineuses. Prise de folie, Dana examina la pièce à la recherche d'un objet tranchant. Rien. Elle se leva et se précipita à la fenêtre. Elle l'ouvrit brutalement et regarda par-dessus. Elle était au deuxième étage. Une chute de cette hauteur pouvait-elle lui être fatale ? Elle voulait le vérifier. Elle enjamba le rebord, ferma les yeux et lâcha prise. Elle se laissa tomber, mais elle se réceptionna avec souplesse en rebondissant sur un buisson, par réflexe. Elle arriva donc en bas sans encombre. Elle n'avait pas réussi. Elle était toujours en vie. Elle se retint de crier de rage. Elle courut le plus vite possible dans les bois, à la recherche d'un autre moyen d'en finir. Pouvait-on mourir d'épuisement ? Elle poursuivit son chemin parmi les arbres, les évitant, sans but. Mais elle n'évita pas les branches basses des pins qui lui cinglaient le visage et les bras. Elle fila à en perdre le souffle. Néanmoins, elle se força à poursuivre comme si elle voulait fuir la vie. Elle vit une lumière au loin. L'espoir revint à elle. Cette lumière promettait de la chaleur et de la paix éternelle. Elle s'y dirigea et déboucha au milieu d'une route. La belle lumière accueillante s'approchait. Elle ferma les yeux et écarta les bras pour accueillir la douce lumière.
Soudain, un bruit atroce la fit se plier en deux. En réalité, la lumière appartenait à un gros 4x4. Celui-ci l'évita de justesse en klaxonnant. Les pneus crissèrent, la faisant se recroqueviller. Il dévia de sa trajectoire et poursuivit sa route.
- Non ! hurla Dana, cette fois-ci.
Elle courut après la voiture alors que la lumière fuyait. Elle voulait la rattraper. Elle se mit à pleurer alors qu'elle tomba à genoux. Elle voulait rentrer à la maison pourquoi était-ce si compliqué ? Elle voulait arrêter sa souffrance.
Aucune autre voiture ne croisa son chemin. Elle poursuivit sa quête et finit par arriver à un pont. Celui était en pierre et en fer. Il était immense et surplombait un grand ravin. Elle sourit. Elle avait trouvé ce qu'elle voulait.
…
- Comment allez-vous procédé ?
- Suivre sa trace.
- Oui, mais comment ? Elle a pu partir dans n'importe quelle direction et il fait noir, remarqua Rayanne.
Il était à l'arrière. C'était son frère qui conduisait. Elle le regarda. Bien sûr, elle ne pouvait pas leur dire qu'elle suivait l'énergie d'Angéla.
- De la même manière que je l'ai trouvée chez vous.
- Comment ?
- J'ai mes secrets et mes sources.
Elle détestait parlementer. Avec Angéla, elle avait eu l'habitude d'agir avant de parlementer.
…
Dana tituba légèrement en franchissant le premier côté du pont. Le vent soufflait légèrement sur l'édifice. Elle continua son chemin afin d'atteindre le milieu du pont, tandis qu'elle croisa une autre voiture. Elle commençait à moins souffrir, peut-être parce que la fin était proche. Elle serait libérée de la douleur dans peu de temps. Arrivée au milieu, elle s'approcha du rebord et regarda par-dessus. Des larmes lui montaient aux yeux. Elle pouvait voir au loin le bas. Il y avait de l'eau. Une rivière coulait, froide et agitée. Le vent était aussi frais lui mordant la peau, d'autant plus qu'elle n'était pas beaucoup habillée, d'une simple robe qu'elle portait depuis le début du voyage. Celle-ci était déchirée, due à son passage désespéré dans la forêt. Elle avait perdu une grande partie de l'étoffe.
Elle enjamba le rebord du pont et se retrouva assise sur la rambarde. Elle avait qu'une envie : sauter vers sa destinée. Elle pouvait déjà entendre la voix de sa mère.
…
Anton conduisait. Il fixait droit devant lui alors qu'Anéa lui indiquait la direction à prendre. Il ne savait pas d'où lui venaient ses instructions mais il les suivait à la lettre. Rayannne son frère ruminait à l'arrière de la voiture. Ils n'avaient presque pas parlé depuis leur départ. La nuit était bien avancée. C'était une nuit sans lune. Pourtant, Anton accélérait et franchissait les virages sans ralentir. Le temps leur était peut-être limité. Les pneus crissaient et la voiture tenait bien la route malgré la vitesse accrue. Les autres ne semblaient pas affectés par la vitesse. Il poussait la voiture dans ses limites et ignorait ses protestations.
- Elle est là ! dit simplement Anéa.
- où elle… commença Rayanne.
Il l'avait enfin vu. Anton arrêta la voiture dans un dérapage contrôlé, sur le côté. La voiture s'immobilisa enfin.
…
Elle regardait l'eau sans émotion. Elle était attirée par le courant d'eau rapide qui semblait la bercer comme une chanson. Elle ferma les yeux pour mieux apprécier le bruit de l'eau déchaînée.
- C'est une belle vue et une belle nuit pour mourir, parla quelqu'un.
Elle rouvrit les yeux. Elle n'avait pas senti la personne approchée.
- Bonjour, Angéla, lui sourit une femme.
Elle était habillée d'une longue robe rouge dénudée et lui souriait avec bienveillance. Elle s'était assise à ses côtés. Sa robe flottait à cause du vent.
- Mais ce n'est pas le moment pour toi, reprit la femme en regardant en bas.
Dana la regarda sans comprendre.
- Tu sembles… abimée. Il te manque quelques choses. A quoi penses-tu ?
- Mourir.
L'inconnue se retourna vers elle brusquement, l'examina durement puis elle prit peur. Elle comprit que la jeune femme ne plaisantait pas. Elle put voir qu'elle pleurait.
- Que ressens-tu ? Dis moi ! demanda l'inconnue, avec supplice.
Dana lui avait fermé son esprit. L'inconnu approcha une main pour retenir une larme à l'aide de son pouce. Enfin elle ressentit sa douleur. La douleur était présente partout. Mais sa plus grande douleur était celle de son cœur.
- Tu ne devrais pas t'en souvenir, chuchota Anéa.
Elle comprit qu'Angéla se souvenait des événements après sa mort. Elle se souvenait de l'au-delà. Elle lui prit la main pour la rassurer.
- Je t'aiderais à surmonter ta douleur. Viens avec moi, lui proposa l'inconnue.
Dana ne bougea pas.
- Mais tu pourrais aussi sauter, soupira Anéa. Mais je serai alors obligée d'expliquer à tes amis comment j'ai fait pour te rattraper dans ta chute pour t'éviter une mort certaine.
Anéa lui enserra plus étroitement la main et leurs mains s'illuminèrent. Les paupières de Dana devinrent lourdes. L'esprit de la jeune femme commanda à son corps de sauter et d'abréger ses souffrances mais seul son esprit lui obéit. Ses yeux se fermèrent et sa tête tomba contre l'épaule d'Anéa.
…
- Que se disent-elles ? demanda Rayanne.
Ils étaient sortis de leur voiture et étaient restés à l'écart, appuyés contre leur voiture. Quand ils l'avaient vue sur le pont, Rayanne aurait voulu se précipiter pour prendre Dana dans ses bras. Son frère aussi aurait voulu agir de même. Mais Anéa leur avait dit de rester à l'écart. Ce qu'elle disait, ils le faisaient. Pourquoi ? Ils ne le savaient pas mais ils suivaient les ordres quant même. Rayanne était tout de même prêt à intervenir si les choses tournaient mal.
…
- Fais de bonnes nuits, chuchota Anéa à l'oreille d'Angéla.
Elle écarta doucement Angéla du bord du vide et la prit dans les bras. Elle la serra contre elle en lui envoyant des vagues apaisantes.
…
Anéa était assise auprès d'un feu en silence. Elle tenait un verre d'eau à peine entamé, le regard distrait. Deux hommes chuchotaient proche de la fenêtre, en grande discussion. Après un moment, l'un d'eux s'approcha d'elle.
- Et maintenant ?
- Elle dormira un petit moment jusqu'à qu'elle soit guérie si besoin.
- Comment ?
Anéa soupira, posa son verre et se leva.
- Je dois appeler quelqu'un…
Elle commença à vouloir partir. Mais Rayanne lui prit le bras.
- Pas maintenant, elle a besoin de vous.
Anéa regarda la porte fermée, celle de la chambre d'Angéla.
- Son état empire, elle a de la fièvre maintenant.
Rayanne se sentait impuissant. Sa tante l'avait examinée sans donner de diagnostic.
- Qu'a-t-elle ? demanda Anton. Elle n'a rien physiquement.
- Elle meurt… Elle se laisse mourir plutôt. Vous avez raison, elle a besoin de moi. Mais ce n'est pas en restant là sans rien faire que je vais l'aider.
- Oui, mais elle va se stabiliser, n'est ce pas ?
- Et si c'est le contraire qui se passe, et si son état empire, contredit Anéa.
- Alors, vous partirez… Mais restez car votre présence semble l'apaiser.
Anéa ne broncha pas. Elle n'osa pas les contredire et leur dire que ce n'était pas la réalité. En réalité, plus le temps passait, plus elle plongeait Angéla dans un coma profond. Elle ne faisait que l'endormir, endormir ses sentiments. Hélas, Angéla devenait de plus en plus résistante au traitement. Bientôt, Anéa ne pourrait plus la soulager ni l'apaiser. Il semblait qu'il était de plus en plus pénible à Angéla de vivre ou bien elle n'avait plus la force de rester en vie. La force ? Non, la volonté. D'ailleurs, Anéa comprit que son ancien hôte n'avait pas eu cette volonté de vivre depuis son retour, son réveil. Son esprit était perdu. Elle ne parlait pas ni ne réagissait, comme si son esprit était resté là-bas. Où ? La question de la suite après la mort revenait sans cesse dans les questions tabous des humains. Anéa savait que les esprits ou l'âme ne disparaissaient pas après la mort, même si les humains ne faisaient pas l'ascension mais l'esprit atteignait une forme de paix intérieure et continuait à vivre dans une autre dimension. La seule inconnue pour elle car elle ne pouvait pas mourir. Donc elle ne connaissait pas ce lieu. Angéla semblait n'avoir jamais quitté cet endroit inconnu et ne semblait pas le vouloir. Anéa ne savait pas comment la réconforter. Pourtant, elle se disait qu'une partie d'Angéla devait sûrement être heureuse d'être réintégrée dans son corps en entier depuis que l'arme avait rejeté la partie de son âme consommée. Elle avait compris que le rituel n'avait pas fonctionné à cause de cette partie emprisonnée dans l'arme et cet événement avait retardé son réveil.
…
Anéa semblait épuiser. Elle avait le front appuyé contre la fenêtre froide, le regard perdu. De temps en temps, elle jetait des regards vers le lit où Angéla était étendue. Elle avait accepté de rester quelque temps auprès d'elle. Elle avait tout de même contacté Daniel.
Flash back.
Anéa avait accepté de rester, sous le regard suppliant de Rayanne.
- Est ce que vous avez un téléphone ? Je dois prévenir mes amis de mon absence. C'est un appel longue distance, précisa Anéa.
- Oui, bien sûr, suivez moi.
Rayanne l'emmena dans son bureau à l'étage et la laissa seule. Elle composa un numéro de mémoire. Elle entendit la tonalité.
- Allo !
- Hye, c'est Anéa.
- Anéa ?
La voix au téléphone semblait surpris et endormi. C'était Daniel. Elle l'imagina arrêter tous ces travaux ou se lever brusquement de son lit. Ou même se lever brusquement de son lit. Elle n'avait pas réfléchi aux décalages horaires.
- Je l'ai retrouvée ! cria presque Anéa.
- Mais où es-tu ? De qui parles-tu ?
Il sentait qu'elle était excitée de l'autre côté du fil.
- D'Angéla ! Je suis avec elle !
- Que... comment ! s'exclama Daniel étonné.
Elle fit une pause. Elle savait que Daniel était sous le choc. Elle lui laissa le temps de s'asseoir et d'assimiler l'information. En effet, Angéla était sensée être morte.
- Comment c'est possible ?! demanda Daniel.
Il s'était assis et ne semblait pas croire l'information. Et Anéa le comprenait. Elle lui avait envoyé l'information en pleine face sans prendre de précautions ni de pincettes.
- Comment c'est possible ? répéta Daniel.
- Le transfert a finalement fonctionné, à retardement certes mais il a réussi. Sûrement quand la partie de son âme refermée dans l'arme a été rejetée. Il lui manquait un morceau, et ce morceau manquant a sans doute empêché le transfert.
- Ce qui veux dire ...
- Qu'elle s'est réveillée, résuma Anéa.
- Oh mon dieu... Tu ne plaisantes pas...
Le coeur de Daniel rata un battement. Cela ne pouvait être possible.
- Comment elle va ? demanda Daniel.
Il leva les yeux au ciel. La question était stupide. Comment une morte pouvait-elle aller bien ? Anéa regarda Angéla allongée sur le lit.
- Elle dort... Profondément.
- Non mais physiquement.
- Elle a besoin de voir un médecin... rapidement.
- Elle va bien ? redemanda Daniel soudain inquiet car Anéa ne répondait pas directement à sa question.
- Je ne sais pas... hésita Anéa.
C'était une impasse. Il savait qu'il n'allait pas soutirer d'autres détails.
- Ok... Où êtes vous ?
Anéa pouvait voir d'où elle était Daniel se pincer le nez pour réfléchir. C'était le signe qu'il était en intense réflexion.
- Russie, répondit Anéa.
Silence. Daniel ne semblait pas quoi dire, il avait de nombreuses questions à poser mais il savait qu'elle ne répondrait pas. Alors ils s'étaient mis d'accord. Il allait la rejoindre. Il voulait en savoir plus et il était empressé de revoir Angéla. Il n'y croirait pas tant qu'il la verrait pas de ses propres yeux.
Fin du flash back
Anéa soupira, elle avait raccroché depuis deux heures. Depuis, elle était restée au chevet d'Angéla. Elle quitta son poste, près de la fenêtre et s'approcha du lit. Elle hésita un moment. Allait-elle tenter de rentrer en contact avec l'esprit d'Angéla ? Non, elle n'en avait pas besoin pour l'instant. Elle semblait calme. Puis elle avait quelque chose à faire : prévenir ses hôtes. Elle quitta donc la chambre. Elle savait qu'un des deux frères n'était jamais loin. La surveillaient-ils ? Probablement. Ils étaient prudents. Elle sourit car au départ elle ne leur avait pas fait une bonne impression. Du fait qu'elle s'était introduite chez eux sans difficulté. Elle avait appris au côté d'un grand maître de l'infiltration : Angéla. Elle les avait même surpris et effrayés. Les deux frères avaient été donc très méfiants envers elle et lui faisaient confiance qu'à moitié. Elle ne pouvait pas leur en vouloir. Elle ne pouvait pas se justifier et raconter son histoire. Elle ne pouvait pas expliquer comment elle était arrivée dans leur maison en se téléportant. Ni comment elle avait su qu'Angéla était présente ici même ? Elle avait en réalité recherché la signature énergétique d'Angéla. Elle trouva Anton dans un des bureaux de l'étage. Il était au téléphone. A son arrivée, il écourta son appel. Il avait sûrement vu son approche.
- Vous avez appelé à l'étranger, l'accusa Anton.
Il avait donc tracé son appel et sûrement espionné son appel.
- Elle a besoin d'aide, se justifia Anéa.
- Vous savez que je peux avoir tout ce que vous voulez pour l'aider, continue Anton.
- Elle a besoin de soutien, pas de machines ni d'être manipulée par un scientifique. Parler à quelqu'un de proche est la meilleur solution.
- Je connais Kathleen depuis longtemps, ce n'est pas du genre à discuter et à s'étaler sur sa vie.
- Qu'en savez vous ? pourquoi l'appelez ainsi ? demanda Anéa un peu sèchement.
- Parce que c'est son véritable nom de baptême... Enfin c'est comme cela qu'elle aurait dû s'appeler. Ses parents ont préféré Dana... Et je pense que son ami d'enfance est le mieux placé... je la connais par coeur.
- Ok, se radoucit Anéa. Mais elle n'est plus elle-même.
Il ne la contredit pas. Il en était conscient que son amie d'enfance n'était plus.
- Si jamais les informations atteignent les mauvaises personnes, sa vie pourrait être en danger.
- La ligne était sécurisée et j'ai confiance en mes amis. Puis je suis là. Il nous faut de l'aide, on est dépassé par les événements.
Anton n'était pas de cette avis.
- Qu'est ce que vous avez omis de nous dire ?
- Son retour... Parmi nous, ne s'est pas déroulé comme prévu. Elle semble vouloir mettre fin à ses jours.
- Se suicider, murmura Anton, en s'enfonçant plus dans son fauteuil.
Ce n'était pas le genre de la femme qu'il avait connu. C'était une femme qui pétillait de joie. Si elle avait voulu mettre fin à ses jours, elle se serait jetée dans un combat perdu d'avance mais non de cette manière. Elle n'aurait jamais donné sa vie pour rien. La vie signifiait beaucoup pour elle, elle n'aurait pas gâcher sa mort. Elle l'aurait plutôt donné pour les autres, sinon son geste aurait été égoïste. Il sourit intérieurement en pensant à l'esprit tordu d'Angéla.
Il décida de ne pas en parler à son frère, pas pour l'instant.
- Sur le pont, comprit Anton. Elle ne regardait donc pas la vue.
- Si magnifique soit-elle, non, admit Anéa.
- Le suicide n'est pas dans ses habitudes, remarqua Anton.
- Dans son état normal, approuva Anéa. Mais maintenant...
- A-t-elle toute sa mémoire ? demanda Anton.
- A quoi pensez-vous ?
- Lavage de cerveau, programmation... Je ne sais pas de tas de questions me viennent à l'esprit. Dont la première est : est-elle vraiment morte ?
Anéa prit un temps de réflexion avant de lui répondre. C'était une question piège. Elle s'en doutait que les deux frères allaient lui poser les questions qui fâchent. Il y avait des choix de réponse raisonnable, enfin plus ou moins. Elle pouvait lire ses suppositions dans l'esprit d'Anton. Soit elle avait maquillé sa mort, ce qui pourrait être possible vue le genre. Soit on avait cloné Angéla. Cloner Angéla pensa Anéa. Quelle idée farfelue !
- Cela pourrait être un clone, révéla Anton, en déclarant ses pensées.
- Un clone ?
Elle fut surprise qu'il s'autorise à dire à voix haute cette pensée saugrenue. D'autant plus, qu'Anéa ne pensait pas que les terriens possèdent la technologie nécessaire pour y parvenir.
- Il y a déjà eu un précédent.
- Quoi ?
Anéa se redressa soudainement. Elle se retint de déchaîner sa colère.
- Que voulez vous dire par cloner ?
- C'est une longue histoire, si vous la connaissiez aussi bien, vous le sauriez. Que savez-vous vraiment de sa vie ?
- Je partage sa vie depuis plus d'un an.
- Partager ? demanda Anton, méfiant.
Anton n'avait jamais entendu parler de cette femme mais ils ne se voyaient plus beaucoup. Pourtant ils se téléphonaient régulièrement.
- Ce n'est pas un clone, reprit Anéa, après longue réflexion.
Mais elle se promit d'éclaircir cette histoire plus tard.
- Donc, elle a masqué sa mort.
Anton la fixait du regard, en attendant la réponse.
- Non plus.
Elle restait calme et était patiente face à ses questions.
- Donc, si je suis votre raisonnement. Elle est bien morte puis... Elle est revenue. C'est invraisemblable.
- Ce n'est pas le plus important, l'essentiel est qu'elle soit en vie, non ?
- Que fait-on ? demanda Anton.
- Attendre.
- Vos amis, comprit Anton. Et si elle veut se suicider à nouveau ?
- Elle dort, et il faut la surveiller.
Le regard dans le vague, elle poursuit.
- Mais vous n'avez pas confiance en moi, n'est ce pas ?
- Non, avoua Anton.
- Appelez qui vous voulez, je vous fais confiance à propos de sa sécurité.
...
Landry était au téléphone. Daniel attendait les mains dans les poches, appuyé sur le cadre de la porte en attendant la fin de la communication. Il raccrocha.
- Un cargo militaire vous attend pour partir à Moscou. Aucune de mes sources n'a confirmé l'information que vous avez eu. Anéa a disparu de la circulation. La CIA a perdu sa trace. Etes-vous sûr que c'était elle au téléphone ?
- C'était elle. Aucun doute, confirma Daniel certain de lui. Sam a bien localisé l'appel en Russie à 157 km de Moscou.
- Pourquoi a-t-elle appelé ?
Il voulait savoir pourquoi il envoyait son équipe en Russie.
- Elle ne l'a pas dit avec précision mais c'était important.
- Je n'aime pas ça, marmonna Landry en s'enfonçant plus dans son fauteuil. Pourtant je sais que je ne pourrais pas vous empêcher d'y aller.
- Elle a parlé d'Angéla, se justifia Daniel.
- Angéla, répéta Landry. Mais pourquoi ?
- Merci pour votre aide, sourit Daniel avant de partir.
Daniel n'avait pas la réponse à cette question même s'il se doutait de la réponse. Rien que d'y penser, son cœur s'emballait. En effet, il se rappela de cet appel, même s'il était mystérieux. Quelques minutes auparavant, il avait reçu un appel énigmatique d'Anéa. Il avait tout de suite compris à sa voix que c'était une affaire urgente. Il avait tenté de lui soutirer les informations par téléphone mais sans succès. Elle avait coupé court. Elle semblait nerveuse et s'être mise dans une situation problématique. Et le problème semblait être Angéla. Il avait alors demandé audience à Landry et son approbation pour partir en Russie. De toute façon, il avait des congés à prendre. Daniel sortit du bureau, content de lui. Il avait su négocier son départ et ceux de son ami. Sam et Cameron l'attendaient dans la salle de briefing.
- Alors ? demanda Mitchell.
- On a le feu vert. Décollage immédiat, répondit Daniel, en se dirigeant vers l'escalier.
- A ton avis, qu'est ce qui nous attend ? demanda Sam.
- Aucune idée, soupira Daniel. Mais on a très peu de temps pour se préparer.
Ils se dirigèrent alors dans les vestiaires pour se changer en civil. Daniel ouvrit son casier et y prit sa veste. Il jeta un coup d'œil à une photographie collée à la porte. C'était une photo d'Angéla et lui, dans un parc. Elle lui manquait. Il avait eut tellement de non dit entre eux. Elle était partie trop vite, peu de temps après leurs retrouvailles.
- ça va ? demanda Mitchell qui s'était approché.
Il était déjà habillé. Daniel ferma brusquement son casier.
- Oui, je suis presque prêt, répondit Daniel, sortant de ses rêveries.
Daniel suivit alors Mitchell. Sam les attendait déjà devant l'ascenseur, le seul accès vers la surface.
- Le voyage dura environ 12 heures, leur apprit Daniel.
Douze heures pensa Mitchell. Trop long à son goût. Mais ils ne pouvaient pas se permettre de se téléporter directement en Russie, à destination. Surtout chez des civils. Ils voulaient à tout prix éviter des accidents diplomatiques avec les russes.
...
Pendant ce temps.
- J'ai appelé Jack Croft, indiqua Anton à son frère.
- Des services secrets ? remarqua Rayanne.
Il connaissait cet agent car il avait travaillé avec Angéla.
- Ils n'avaient pas de bon rapport, reprit Rayanne, soucieux.
- Elle ne le reconnaitra même pas, se justifia Anton. Et si elle réagit négativement à sa présence, cela voudra dire que tout n'a pas disparu. Il pourra m'aider pour cacher son retour. Il sera se tenir...
- Il était présent à la cathédrale. Il est dans le coin ?
- Je peux m'arranger, répondit Anton avec le sourire. Il est déjà en route.
Rayanne regarda son frère. Ce dernier semblait avoir tout prévu. Il espéra qu'il savait ce que son frère faisait.
...
Anton accueillit la venue de l'agent secret. Il avait déjà repéré son arrivée à plusieurs kilomètres de la demeure. Il était déjà en bas à l'attendre. Puis il vit la voiture franchir le large portail de la propriété. La voiture faisait crisser les cailloux de la cour. C'était une Impala noir de 1986. La voiture se gara face au large escalier blanc. Le moteur rugit une dernière fois avant de s'éteindre. Un homme à lunettes noires y sortit. Celui-ci examina le domaine et repéra Anton. Il ôta ses lunettes, les plia et les rangea dans une poche intérieure de sa veste en cuir. Jack alla directement serrer la main d'Anton qui regardait la voiture. Un point commun avec Angéla.
- Belle propriété, salua Jack.
- Merci d'être venu si rapidement. Belle voiture.
- C'est une urgence si j'ai bien compris. Je n'ai pas l'habitude de travailler avec vous.
- Je sais, notre intermédiaire était Angéla.
Ils franchirent le seuil de la porte.
- Tu en veux ? demanda Jack, lui présentant un paquet de chewing-gum.
Il passa au tutoiement rapidement.
- Non, mon frère attend là-haut. Suis moi.
- Alors c'est à quel sujet ?
Ils montaient un large escalier central.
- Pas maintenant, hésita Anton.
Jack le vit et comprit, le regard brillant. Anton l'introduisit dans un large bureau. Rayanne était déjà installé sur un canapé. Ils firent de brèves présentations. Rayanne invita Jack à s'asseoir en face.
- Bon alors c'est à quel sujet ? répéta Jack.
Ce n'était pas souvent qu'il était invité chez les deux frères. Les visites étaient même rares. Rayanne regarda son frère rapidement. Celui-ci s'était dirigé vers le bureau, souleva un presse-papier et appuya sur un bouton rouge.
- C'est une affaire délicate, indiqua Rayanne.
Jack observé le petit manège des deux frères avec un petit sourire.
- Vous avez encore un problème avec votre trafic d'arme ou bien la drogue...
- Non rien de tout ça, coupa Anton, qui les rejoint dans un des fauteuils libres.
- Ah.
Alors Jack ne voyait pas pourquoi il était là. Il se redressa alors soudainement intéressé.
- Montres lui, ce serait plus simple, se décida Rayanne.
Anton saisit alors un ordinateur portable posé sur une table ronde.
- On compte bien sûre sur ta discrétion, poursuivit Rayanne pendant que son frère manipulait son ordinateur.
- C'est mon métier, la discrétion est mon deuxième prénom, sourit Jack.
En effet, Jack était un agent secret russe depuis un long moment. A des moments, il oubliait même son identité. Anton alors tourna l'écran vers l'invité. Jack s'approcha pour mieux voir. C'était un enregistrement vidéo. Il la démarra. Puis avec stupeur, il examina la scène. C'était une vidéo de surveillance, apparemment une des pièces de la propriété vue la déco. C'était un salon. Il aperçut une femme devant une cheminée observant les portraits au mur. Quand elle se retourna, il fut frapper de surprise :
- Comment c'est possible ... ? balbutia Jack.
Il mit la vidéo en boucle pour ne louper aucun détail et s'arrêta au moment où la femme se retourna.
- Ang... chuchota Jack.
- Dana, coupa Rayanne.
- Comment ? demanda Jack qui avait du mal à quitter du regard l'écran.
C'est la seule question qui lui venait à l'esprit. Il connaissait déjà les nombreuses identités de la jeune femme, dont Dana.
- On l'a enterrée, reprit Jack.
- Et ce n'est pas tout, intervint Anton.
- Quoi ? JFK aussi ? demanda Jack en plaisantant qui semblait avoir reprit le dessus.
Les deux frères se regardèrent.
- Pas à ma connaissance, hésita Anton. Mais tu n'as pas l'air surpris.
Anton devint alors soupçonneux.
- Si je le suis, qui ne le serait pas. J'étais là quand...
- Je sais nous aussi.
- Non, vous ne comprenez pas, j'étais là aussi quand elle a été mise sous terre.
- Tu as l'air pourtant de bien le prendre, remarqua Anton.
Jack réfléchit. Il ne comprenait pas son rôle dans cette affaire.
- Ecoutez... J'ai... Nous avons cru plusieurs fois la perdre, en Irak, Corée... Moi-même, j'ai essayé de la tuer et pourtant elle était toujours là. Si elle est vivante aujourd'hui, je ne suis pas tant étonné. Elle est ici j'imagine.
- Tuer, répéta Rayanne.
Il fusilla son frère du regard car ce dernier avait oublié de lui mentionner cette affaire.
- Une longue histoire, du passé, informa Jack. Quelle est l'autre chose ?
Anton prit cette fois-ci un dossier et y sortit une photo.
- Cette femme a débarqué à la maison, peu après l'arrivée de Dana ici. J'ai mené une brève enquête sur elle... J'ai rien sur elle, lui apprit Anton, en lui tendant la photo.
Jack saisit de la photo et il la reconnut.
- C'est Anéa quelque chose, marmonna Jack.
Il ne croyait pas au coïncidence.
- Tu la connais donc, comprit Rayanne.
- Oui, Dana a vécu ses derniers instants auprès d'elle.
- En Syrie ? demanda Anton.
Quelque chose clochait car ce n'était pas un soldat sinon il aurait trouvé un dossier sur elle.
- Quelque chose comme ça.
- Un médecin ? demanda Rayanne.
- Aucune idée, peut-être. Il faut prévenir l'armée américaine.
- C'est ce qu'elle a dit aussi, confirma Rayanne.
- Cela nous dépasse, j'en ai bien peur... Je peux la voir ?
- Non.
- Pourquoi pas, accepta Anton en même temps que son frère.
Jack observa les deux frères. Ils les connaissaient depuis des années, enfin surtout les liens qu'ils avaient avec Angéla ou Dana peu importe. Ils n'étaient presque jamais d'accord mais ce n'est pas leur désaccord qui l'inquiétait.
- Où est le piège ? interrogea Jack.
Car il savait qu'Angéla ne le laisserait jamais s'approcher de lui.
- Elle ne se souvient de rien, lui apprit Anton.
- Rien, répéta Jack.
- C'est le néant. Elle parle russe comme si c'était sa langue maternelle.
- C'est le cas non ? demanda Jack avec le sourire.
Rayanne hésita.
- Elle est française.
Il avait évité la question.
- Donc elle n'a aucun souvenir, conclut Jack, en souriant.
Cela arrangeait ses affaires. Angéla n'essayera pas encore de le tuer. Il pourrait lui parler sans risquer d'exploser ou de mourir.
- Et Anéa ?
Elle aussi pouvait être un autre problème pour s'approcher de la jeune femme.
- Elle ne la quitte pas des yeux.
- Elle a peur qu'elle s'envole, plaisanta Jack.
Anton esquiva une grimace.
- Quoi ! Elle vous a déjà faussé compagnie !
Il jubilait intérieurement. Mémoire ou pas, elle restait la même, un courant d'air.
- Plus sérieusement, quel est mon rôle dans votre petit problème ?
- Un deuxième avis, sa sécurité... et peut être des conseils sur Anéa, avoua Anton.
- Et Anéa en pense quoi ?
- Aucune idée, elle ne parle pas beaucoup. Est ce qu'on doit savoir quelque chose sur vous deux ? demanda Rayanne.
- Anéa et moi. Non, on ne se connait à peine. Notre première rencontre date de l'enterrement.
Bien sûre, il ne précisa pas qu'il avait entendu des rumeurs à son sujet. Daniel lui avait fait comprendre qu'Anéa était un nouvel allié, en gros un extra terrestre. Mais aussi qu'elle était une proche d'Angéla. Avaient-elles combattu ensemble ? Peut être. Qu'il y avait aucune trace d'Anéa ne lui surprenait guère puisqu'elle devait venir d'une quelconque planète que les américains visitaient en secret. C'était une extraterrestre plutôt agréable à regarder d'ailleurs.
- Elle veut aussi contacter les américains mais pourquoi ? demanda Anton.
Anéa connaissait probablement que les membres de SG1 donc cela lui parut normal qu'elle veuille les contacter. Jack pourrait en profiter pour discuter avec elle en tête à tête et lui demander comment elle était déjà là sans être détecter par ses services, ou bien pourquoi Angéla était revenue d'entre les morts.
- Dites moi, elle est là depuis combien de temps ?
- En russie, aucune idée, avoua Anton. Aucune trace ni à l'aéroport ni au port.
- Donc, elle est arrivée très rapidement, conclut Jack après réflexion. Comment a-t-elle eu l'information aussi rapidement ?
- Essayez de lui demander. Elle répond toujours par des réponses vagues.
- Pourquoi pas, accepta Jack.
Il aimait les défis.
- D'autres personnes sont au courant de cette situation délicate ? demanda Jack.
- Le strict minimum.
- Oui et votre silence est efficace car jusqu'à maintenant, je n'avais pas entendu parler de ce retour miraculeux. Vous n'avez pas besoin de moi pour effacer les traces.
- Et à long terme ? demanda Rayanne. Puis face à cette inconnue, on ne savait pas comment réagir.
- Elle n'est pas un ennemi... Enfin je crois. Contacter les américains dont elle parlait reste la meilleur solution.
Même s'il n'était pas rassuré de reprendre contact avec la branche secrète de l'armée américaine, voyageant dans l'espace.
- Pourquoi eux ? interrogea Anton.
Les deux frères n'avaient pas confiance envers les américains.
- Ce sont des amis, l'un d'entre eux est un soldat ayant servi au côté de Dana. Ils ont vécu des moments difficiles ensemble. Il y a aussi un archéologue, son ex.
- Ex ? répéta Rayanne.
Le coeur de Rayanne se serrait toujours à la notion des ex d'Angéla. Sûrement parce qu'il en faisait partie et qu'il était jaloux.
- Mais il y a un moment, je dirais, sourit Jack.
Il avait fait son effet.
- En attendant de voir Dana, je souhaite avoir un entretien avec Anéa. Il faut insister sur la discrétion. Sait-elle que je suis là ?
- Non, lui apprit Rayanne.
Parfait.
...
Les deux frères l'emmenèrent au troisième étage, où était la plupart des chambres. Ils longèrent ainsi un long couloir jusqu'à un salon privé.
- Elle doit être encore au chevet de Dana, informa Anton à voix basse.
Ils entrèrent dans le salon. Jack compta les portes. Il y en avait 4. Anton lui indiqua la bonne du regard alors que son frère s'installait. Sans hésitation, Jack s'y approcha pour l'ouvrir mais il n'eut pas le temps de pénétrer dans la chambre alors que la porte s'ouvrit de elle-même, laissant place à Anéa.
Quand les frères disaient que l'inconnue gardait un oeil sur Angéla, ils ne mentaient pas. Anéa ne lui laissa pas le choix à part de reculer. Elle lui bloquait l'accès à la chambre. Il sut alors qu'elle savait qu'il était là depuis le début. Elle ne voulait pas qu'il s'approche d'Angéla. Il le vit à sa posture et son regard froid qui ne laissait place à aucune négociation possible. Elle franchit le pas de la porte et referma derrière elle. Jack ne put donc voir l'intérieur.
Anton décida de faire les présentations pour limiter les tensions, mais elle le devança.
- Jack... On s'est déjà croisé, indiqua Anéa en se tournant vers Anton. L'appeler n'était pas nécessaire.
- Ils m'ont dit que tu avais demandé un appel, intervint Jack.
- Oui et...
- Et c'est la meilleur solution, coupa Jack. Comment es-tu arrivée ?
- De France.
Elle avait détourné sa question.
- Là où elle était censée être, prédit Jack.
- Oui mais elle n'était déjà plus là, le temps que j'arrive. Elle avait été expulsée pour la Russie.
- Expulsée ? répéta Jack.
- Elle a été considérée comme une immigrante russe. Elle a donc été rapatriée, intervint Rayanne.
- Elle n'a donc pas été reconnue même par les services français.
- Non, qui va faire une recherche chez les morts, coupa Anéa sérieuse. Donc je suis venue ici mais là aussi je l'ai raté de quelques heures.
- Oui, je suis au courant. Elle n'a pas pu rester en place, comprit Jack. Elle a réussi à s'échapper de sa chambre sous la surveillance des deux frères. Et ce n'est pas un reproche. En tout cas tu voyages assez rapidement, remarqua Jack avec ironie.
- C'était une affaire pressante, se justifia Anéa. Et nos amis sont déjà en route.
- Bien mais que vont-ils faire de plus ? Qu'est ce qu'ils vont faire que tu ne peux pas faire ?
Anéa le fixa du regard.
- Ils ont des moyens... Pour l'aider, hésita Anéa.
- Vraiment ? ... Ecoutes Anéa, je sais que cela peut ne pas te plaire mais il se peut qu'elle ne désire pas être aidée.
- Le suicide n'est pas son genre, intervint Anton.
- Non... Ce que je veux dire c'est que je pense qu'elle aurait souhaité rester morte, conclut Jack.
Anéa cette fois-ci le fusilla du regard. Mais peut être qu'il avait raison et cela elle ne pouvait l'accepter.
...
Mitchell conduisait un gros 4X4 depuis plus d'une heure. Sam avait réglé le GPS d'après les recommandations d'Anéa.
Ils se demandaient tous comment ils allaient procéder. Débarquer chez des inconnus n'était pas dans leur habitude. Puis il y avait l'extradition d'Angéla. Daniel leur avait expliqué qu'ils venaient pour cette raison : le retour d'Angéla.
- Peux tu m'expliquer à nouveau ? demanda Mitchell.
Daniel soupira. Il l'avait déjà fait dans l'avion.
- Astyan m'a ramené une amulette.
- Ressemblant à celle que tu avais trouvé à Avalon, précisa Sam.
- Oui, les deux réunies permettent de piéger l'âme d'une personne.
- L'une était autour de son cou et l'autre en ta possession, cita Mitchell. Pendant tout ce temps.
- Je l'ai activée lors de sa mort, après le signal.
- Le signal d'Anéa ? demanda Sam. Elle s'est occupée du transfert de l'âmedans la pierre.
- Oui.
- C'était donc son plan, comprit Mitchell. Depuis le début.
- Oui, c'est lors de son dernier souffle que son âme a été transférée dans la pierre de l'amulette. D'après Anéa, c'est une larme de Dragon. Le virus serait mort et après...
- Est ce que cela aurait pu empêcher son ascension ? demanda Mitchell pensant aux hypothèses de Rodney.
- Non, la pierre empêche juste l'âme de disparaître à jamais, enseigna Daniel. D'après Anéa, on peut même communiquer avec l'âme piégée. Les Premiers s'en servaient pour emprisonner le coeur des dragons pour puiser leur énergie ou communiquer avec eux.
- Les dragons étaient les montures des premiers d'après Wellan, se rappela Sam. Mais Anéa ne l'a pas confirmé. Et est ce qu'on parle de dragon tel qu'on l'imagine ?
- Aucune idée, Wellan ne nous a pas montré à quoi pouvait ressembler un dragon. Mais je pense qu'on en a rencontré un à Ancaria, remarqua Daniel.
- Donc à la place d'un coeur de dragon, vous avez piégé l'âme d'Angéla. Mais à quoi pensiez vous ?! dit Mitchell.
- Nous pensons piéger l'âme temporairement le temps que le virus soit inoffensif et la réintégrer après.
- Et le processus a été lancé quand Anéa a transmis une partie de son âme à la fois dans l'amulette, résuma Sam.
- Oui pour activer l'amulette qui ne peut l'être que par un Ancien. Et une autre partie dans le corps d'Angéla, confirma Daniel.
- Pour préserver le corps, finit Mitchell.
- Oui mais pas seulement, l'âme d'Anéa sert aussi d'encre à l'âme d'Angéla pour un futur retour.
- Donc Angéla s'est réveillée, conclut Mitchell.
Il n'en croyait pas ses oreilles.
- Oui d'après Anéa. Elle a du sentir que son âme a été libérée lorsque l'amulette s'est déclenchée et a libérée les âmes. Ensuite elle n'avait plus qu'à retrouver sa partie dans le corps d'Angéla pour repérer Angéla.
- L'image satellite du cimetière en France le confirme, expliqua Sam.
- En quoi ? demanda Mitchell en regardant Sam à travers le rétroviseur central.
Il voulait être sûre d'avoir tout compris pour ne pas avoir de faux espoir.
- Nous avons pu la trouver à l'aéroport de Roissy à la douane. C'est elle sans équivaut.
- Donc elle était bien en France... En vie. Je n'y crois pas, souffla Mitchell. Et cela ne vous gêne pas.
Il s'était arrêté à un feu rouge. Il jura.
- Quoi ? demanda Daniel, inquiet.
- A votre avis, où s'est-elle réveillée ? demanda Mitchell entre ses dents.
Il regardait Daniel.
- Oh mon dieu, souffla Daniel. Tu ne penses pas...
- C'est une possibilité, remarqua Sam comprenant enfin.
Elle pianota.
- Si la terre a été retournée récemment, je le saurai. Je dois pouvoir le voir par satellite par infrarouge.
- Mais si elle s'est réveillée dans sa tombe, cela expliquerait le problème d'Anéa, comprit Daniel, horrifié.
Mitchell observa Sam qui continuait de chercher. Ils auraient dû demander à Carolyn de les accompagner. Le reste du chemin se fit dans le silence. Chacun était plongé dans ses propres pensées. Ils s'imaginaient tous des scénarios différents.
...
Rayanne et Anéa épiaient par la fenêtre avec impatience. Anéa avait posé le front contre la vitre froide.
- Ils arrivent, souffla Anéa.
Elle parlait bien sûre de l'arrivée de ses amis. Pourtant Anton ne vit rien. Mais au bout de 5 min, une voiture arriva lentement avec hésitation, au portail. Il jeta un coup d'oeil à la jeune femme. Elle n'avait pas bougé. Comment l'avait-elle su ? Intuition féminine ? Il avait des doutes. Ils allèrent donc accueillir les nouveaux-venus à l'entrée de la demeure.
...
Mitchell s'arrêta devant un grand portail. Il fit signe à la caméra et attendit patiemment. Pendant que le portail s'ouvrit, il examina l'endroit. Il semblait vaste.
- As-tu des informations sur ce lieu et les propriétaires ? interrogea Mitchell sans quitter des yeux le portail.
- Nombreuses et à la fois peu, informa Sam. Ils sont souvent cités dans les médias. C'est une famille riche et influente russe. Elle possède de nombreux bâtiments dont des boîtes de nuit.
- Mafia ?
- Probablement.
Mitchell comprit qu'elle n'avait pas de preuves comme les autorités.
- Quel lien avec Angéla ? demanda Daniel.
Il se demandait comment la jeune femme connaissait cette famille.
- A priori aucune mais...
- Angéla a régulièrement voyagé en Russie, finit Daniel.
Sam confirma. Elle avait eu accès à son passeport.
- Peut-être des connaissances, supposa Daniel.
- Il y a de nombreux gardes, remarqua Teal'c, alors que le portail s'ouvrait.
Teal'c n'avait fait aucun commentaire de tout le voyage. Il n'avait fait qu'observer les lieux en détail. Il portait un long manteau et un bonnet en laine qui cachait sa marque de Jaffa.
Mitchell avait lui aussi repéré les gardes. Ils étaient éparpillés dans le domaine et faisaient des rondes. Mitchell engagea sa voiture dans l'allée tout en les comptant. Sam cru voir des silhouettes derrière une fenêtre à l'étage mais cela avait été une ombre fugace. Mitchell gara enfin la voiture en bas des escaliers en granite blanc et rose. Immédiatement, Daniel sortit et commença à se diriger vers la bâtisse. Les larges portes s'ouvrirent laissant apparaître Anéa. Elle tendait les bras vers eux pour les accueillir, le sourire aux lèvres. Elle se dirigea en premier vers Daniel. Elle le serra dans ses bras et il en fut surpris.
- Soyer les bienvenus, salua l'hôte juste derrière Anéa.
- Docteur Daniel Jackson, se présenta Daniel en premier alors qu'Anéa enlaçait les autres.
- Colonel Mitchell, poursuivit Mitchell. Lieutenant Colonel Carter et Teal'c, un consultant.
- Rayanne.
Il serra la main de Mitchell avec assurance.
- Ce sont les amis dont je t'ai parlé, intervint Anéa.
- Savez-vous pourquoi vous êtes là ? interrogea Rayanne.
- Où est elle ? demanda Mitchell allant droit au but.
Même si d'autres questions lui venaient à l'esprit. Rayanne comprit qu'il ne faisait pas dans le détail. Anéa l'invita du regard à poursuivre.
- Suivez moi... proposa Anéa.
Rayanne ne semblait pas vouloir agir. Alors Anéa préféra prendre la situation en main. Le chemin se fit en silence. Anéa était au côté de Rayanne. Elle semblait à l'aise, presque chez elle.
- Il faut qu'on parle de son état avant, proposa Anéa, en ralentissant.
- Elle est arrivée en Russie dans un état pitoyable, prévint Rayanne. Elle ne parlait pas, ni mangeait.
Ils se regardèrent.
- Que portait-elle ? demanda Daniel.
Rayanne s'arrêta surpris par sa question. Puis il comprit le but de sa question. Daniel comprit la réponse par le silence de Rayanne.
- Vous pensez que son traumatisme est causé par... La façon dont elle est revenue, hésita Rayanne.
- La terre de sa tombe a été retournée récemment, leur apprit Sam.
Anéa et Mitchell la fusillèrent du regard pour son manque de tact.
- Je vois.
Rayanne n'avait rien d'autres à dire.
- Elle était dans sa tombe, en conclut Rayanne dans un souffle. Elle a les phalanges brisées... et d'autres petites fractures.
- Elle ne se souvient de rien et elle... ajouta Anéa.
- Et elle n'est pas elle-même, finit Rayanne.
- C'est à dire ? demanda Teal'c.
- Elle est... hésita Anéa.
- Elle a essayé de se tuer, coupa Rayanne allant droit au but.
Anéa aurait préféré dire qu'elle était une coquille vide. Elle examina le visage de Daniel et de ses amis. Daniel encaissa le coup. Il regarda Anéa voulant s'assurer du bon fondement de la rumeur. Elle ne le contredit pas.
- C'est une étrangère que vous allez voir, c'est tout, prévint Anéa.
C'est tout? pensa Daniel. Mitchell n'en fut pas surpris car il savait que les personnes sortant d'un long coma n'en sortaient jamais indemne. Alors d'une mort, il ne pouvait pas imaginer le résultat.
-Je vous invite alors d'être prudent, conclut Anéa.
Ils étaient arrivés à l'étage. Maintenant qu'elle les avait prévenus, elle invita Daniel à faire le premier pas vers la chambre. Celui-ci la suivit avec hésitation alors que ses amis le regarder lui donnant du courage. Elle ouvrit la porte de la chambre pendant que les autres restaient dans le salon, retenant leur souffle. La chambre était plongée dans le noir, les rideaux étaient tirés. Daniel perçut un corps étendu sur le lit. Il s'y approcha lentement tandis qu'Anéa resta en retrait, par respect ou peur. Daniel se le demandait. Doucement, il commença à percevoir les détails, de plus en plus nets. C'était bien Angéla. Il l'aurait reconnu même dans la pénombre, même amaigri. Il pouvait voir sa poitrine se soulever, preuve qu'elle était bien en vie. Elle respirait. Pourtant son état était plus proche du cadavre.
- Elle dort, je l'ai plongé dans un sommeil profond, cru bien de préciser Anéa dans un souffle.
Elle avait bien peur, peur de troubler le repos de la jeune femme. Elle s'était rapprochée alors qu'il s'était installé à ses côtés, sur le lit.
- Peux-tu la réveiller ? demanda Daniel.
Elle posa la main sur le front d'Angéla sans un mot puis recula.
- Ce ne serait pas une bonne idée, marmonna Anéa.
- Anéa, insista Daniel.
Elle haussa la tête et recula encore plus. Après quelques secondes, Angéla ouvrit lentement les yeux, un peu perdue. Son regard se posa sur Daniel.
...
Angéla ne sentit plus de pression sur son esprit. Elle était allongée dans une plaine ensoleillée à regarder le ciel bleu sans nuage. Une fois la pression disparue, son esprit reprit le dessus. Elle se réveilla aussi tourmentée qu'auparavant. La première chose qu'elle vit, fut le visage d'un homme, un inconnu. Il la fixait du regard, avec tendresse. Puis son regard dériva vers une jeune femme. Elle la reconnut : la femme du pont.
- Bonjour, commença Daniel.
Angéla le regarda, le détaillant.
- Je suis Daniel, reprit Daniel.
Il se retint de pleurer. Il était si heureux qu'elle soit vivante. Mais une détresse s'installa quand il remarqua la lueur perdue dans ses yeux.
- Квай-эс-ту? déglutit Angéla en russe.
Elle semblait retrouver peu à peu l'usage de la parole et de la manière dont l'homme la dévisageait, il semblait la connaître. Il pourrait sans doute répondre à ces questions.
- Ne t'inquiètes pas, répondit Anéa à la surprise de Daniel.
- Я друг, réussit à dire Daniel en russe.
Anéa regarda Daniel avec admiration. Elle fut surprise de voir qu'il parlait russe. Elle-même, elle comprenait Angéla uniquement grâce à leurs esprits liés.
- Квай-эс-ту? Répéta Angéla plus sûre d'elle.
Daniel regarda Anéa. Il pensa qu'il ne s'était pas fait comprendre. Cette dernière haussa les épaules.
- Tu peux faire quelque chose ? demanda Daniel à Anéa.
- Je pensais à ... partager vos souvenirs.
- Comment ?
Mais elle ne lui laissa pas le temps de poser d'autres questions. Elle posa une main sur l'épaule de Daniel et l'autre sur le front d'Angéla. Les poils de Daniel s'hérissèrent alors que son esprit s'enflamma et son corps s'immobilisa, paralysé par l'intrusion. Les deux personnes fermèrent les yeux.
...
Angéla se retrouva dans un parc. Elle entendait des rires. Elle s'y dirigea, curieuse. Mais elle s'arrêta car l'image qu'elle voyait ne lui semblait pas réelle. Elle crut se voir dans un miroir. C'était elle, assise sur une couverture dans les bras d'un homme. Cet homme était Daniel. Cette vue ne pouvait pas être vraie. Elle ne se rappelait pas de ce moment, ni de cet homme. Pourtant, cette scène lui semblait familière, présente à la frontière de son esprit. La proximité de son double et de cet homme lui n'était pas indifférente. Son double semblait heureuse, elle n'éprouvait aucune douleur. L'homme lui présentait un morceau de pomme qu'elle prit du bout des lèvres, en riant.
...
Au même moment, Daniel se retrouva dans un vieux souvenir comme s'il y était comme spectateur. L'odeur, le toucher tout y était. Il pouvait sentir Angéla contre lui, sa peau contre la sienne mais aussi l'odeur de ses cheveux... Son rire. Tout revenait à la surface et le submergea. Ce souvenir était leur première sortie officielle en dehors de la base militaire où ils avaient travaillé ensemble. Il avait mis une semaine à préparer cette journée. C'était une journée de printemps, chaude et ensoleillée.
- Pourquoi ce jour ? demanda Daniel.
Anéa était juste à côté de lui, admirant la scène avec émotion. Ils étaient loin de la scène, cachés.
- C'est un bon souvenir, remarqua Anéa. Celui-ci semble être le plus important de ta vie.
- Je n'aurai pas choisi celui-là.
- Alors celui de la rupture... Tes regrets ne serviront à rien.
- Je ne parlais pas de...
Daniel s'interrompit, est ce que Anéa avait vu d'autres souvenirs dans son esprit.
- Celui-là est un de mes souvenirs préférés, avoua Anéa.
Daniel la regarda. Comment ça son préféré ? Anéa regardait le couple avec admiration.
- Mais elle ne se souvient pas, souffla Daniel, en se cachant derrière un buisson.
Il regardait le double d'Angéla qui observait la scène avec recul.
- Non, elle essaye de se rappeler mais elle ne veut pas, murmura Anéa, soucieuse.
Daniel accusa le choc. Angéla ne voulait pas se rappeler.
- Donc c'est le vide dans son esprit.
- Nous sommes dans le votre. Dans le sien, tout est brouillard. Pourtant elle semble intéressée par la scène.
Daniel épia Angéla qui s'était rapprochée du couple discrètement. Elle passa une main devant les yeux de son double puis le sien. Les doubles ne la remarquèrent même pas. Angéla semblait étudier le couple.
- En réalité, elle a quelques souvenirs, reprit Anéa.
- Lesquels ?
Anéa hésita longuement avant de répondre.
- Elle en a d'après sa mort, avoua Anéa.
- Que voulez-vous dire ?
Il quitta du regard Angéla pour juger Anéa. Elle était sérieuse.
- Elle se souvient de quoi exactement ?
- De grandes plaines boisées et lumineuses, murmura Anéa, presque émerveillée. De nombreux visages familiers, très importants pour elle. Ce sont des souvenirs qu'elle n'avait pas avant, je ne les connaissais pas. J'ai reconnu certains de ses visages mais pas les lieux.
- Qui étaient-ils ses visages ?
- Des morts, répondit Anéa.
...
Fin du chapitre.
