Ceux qui errent ne sont pas toujours perdus. Tolkien.
Chapitre 5 : Vouloir mourir
- Ta place n'est pas ici, gronda le dragon alors qu'il écarta les ailes de chaque côté de son immense corps.
Une lumière rouge vive s'accumula au fond de la gorge et remonta vers la bouche. On pouvait la suivre à travers ses écailles. Puis il cracha vers Angéla un flot de feu hardant.
D'instinct, Angéla leva les mains pour se protéger le visage même si ce geste semblait illusoire. Elle avait encore les mains pleines d'électricité. Contre toute attente, l'électricité forma un dôme de protection au dessus de sa tête. Le flot de feu frappa la bulle de protection la faisant vibrée. La protection trembla mais tint bon. Le feu se déversa sur la paroi et coula vers le sol.
Angéla sentit le sol tremblé alors que le dragon frappa le sol avec sa queue, l'air furieux ou agacé face à cette résistance.
- Pourquoi résistes-tu encore ? lui reprocha le reptile, agacé.
La queue alla frapper directement ensuite la bulle de protection. Cette fois-ci, Angéla tomba au sol sous la pression et la force du dragon. Elle posa alors un genou sur le sol, et serra les dents. Le feu avait envahit toute la paroi : elle ne pouvait plus voir sa mère.
- Tu dois revenir dans ton monde : le monde des vivants, gronda le dragon, la voix vibrante. Tu n'appartiens pas à ce monde... Pas encore. Pas maintenant.
Avec horreur, elle comprit que le dragon voulait la ressusciter. Elle se demanda ce qu'il l'empêchait de le faire de force.
- Parce que tu te souviens, lui expliqua le dragon.
Il avait sûrement lu dans ses pensées. C'était l'avantage de la connexion établie entre un maître et son avatar. Ils n'avaient pas besoin de s'exprimer.
- Tu te souviens, répéta le dragon avant qu'elle ne pose une autre question.
Mais cette réponse ne répondait pas à sa question sous-entendue. Puis elle comprit. Elle se souvenait de ses parents. Des moments qu'elle avait passés avec ses parents après qu'elle soit morte. Ou bien de ses amis.
- Il faut que tu oublies. Il faut que tu les oublies ainsi que tout ce qui s'est passé. Tous. Tu ne peux pas revenir complètement si tu as encore des souvenirs de là-bas.
Angéla se mit à trembler car le dragon lui demandait de se séparer encore de ses parents. Elle ne voulait pas encore les perdre une seconde fois, ni les oublier. Car avec le temps, elle commençait à oublier les traits de leur visage, et leur voix. C'est ce qui était arrivé la première fois. Et là, à nouveau, elle devait oublier ses derniers souvenirs si heureux avec ses parents, pour que la situation revienne à la normale. Sinon elle mourrait à moitié. Elle vivrait telle une ombre.
- Non, marmonna Angéla alors qu'elle serrait les poings dans la terre, pour résister.
...
- Angéla ? dit Timothy.
Angéla tourna la tête vers lui alors que des larmes coulaient le long de ses joues.
Timothy rangea son arme et se précipita pour la serrer dans les bras, il voulait s'assurer qu'elle était bien réelle. Celle-ci se réfugie dans le creux de son cou alors qu'il caressait ses cheveux avec douceur.
Puis il s'écarta d'elle pour examiner les traits de son visage. C'était bien elle. Il reconnut la jeune femme, comme la petite cicatrice à peine visible qu'elle avait à l'arcade droite. Ses cheveux bleus signifiaient qu'elle était en crise d'identité. Encore.
- C'était toi hier soir ? demanda Timothy.
Elle ne nia pas, en silence.
- Il faut que j'appelle Abby, elle avait raison, dit Timothy en sortant son cellulaire.
Angéla lui saisit la main gentiment pour l'empêcher de composer un numéro.
- Ok, pas maintenant, ce n'est pas urgent, accepta Timothy.
Avec douceur, il l'amena avec lui dans son appartement. Il jeta son manteau alors qu'il invita Angéla à s'installer dans un fauteuil. Puis il alla au frigo chercher quelque chose à boire. Il n'avait que des bières. Il la décapsula et lui proposa. Elle l'ignora donc il la posa sur une table basse tout de même.
Une question lui brûlait les lèvres :
- Comment ?
- Je ne sais pas, Mc Gee. Je suis perdue.
Les larmes avaient cessé de couler mais ses yeux étaient encore rouges.
- Tu te souviens de quoi exactement ? demanda Timothy, avec curiosité.
Il fallait toujours commencer par le début.
- Je ... De presque tout, tout me revient petit à petit, souffla Angéla.
- La dernière chose ?
- Je souffrais... Je mourrai à petit feu, chuchota Angéla. Je suis morte...
- Cela fait plus de 6 mois, remarqua Tim. Et après ?
- Un arbre à pomme d'or... marmonna Angéla. Je pique niquais avec mes parents... Je dansais avec Mike. Tout est flou maintenant... Je perds mes souvenirs, Tim, couina Angéla avec détresse. Je ne veux pas les oublier. Maman,... Mike !
Tim se précipita pour la serrer dans les bras alors qu'il sentit qu'elle allait encore craquer et fondre en larmes.
- Chut, chuchota Tim. Reposes-toi.
Il cala sa tête sur son épaule. Ainsi elle s'endormit. Il osait à peine reprendre son souffle. Il ne croyait pas ce qu'il voyait. Comment était-ce possible ? Comment son ami pouvait-elle être en vie alors qu'il avait assisté à son enterrement ?
Quelques heures après, il avait réussi à coucher Angéla sur le canapé, reposant ainsi son épaule endolori. Il avait posé sur Angéla une couverture car elle tremblait dans son sommeil. Les mains tremblantes, il tenta de composer un numéro... Puis se ravisa. Il ne pouvait pas téléphoner et annoncer cette nouvelle par téléphone. Il ne pouvait pas prendre le risque que quelqu'un intercepte l'appel. Puis il braqua son regard sur son ordinateur. Abby devait être connectée, il la connaissait trop bien. Elle n'allait pas laisser tomber ses recherches. Il se connecta. Il hésita avant d'écrire son message. Il ne fallait pas qu'il détaille son message mais il devait tout de même se faire comprendre. Il sourit.
« La partie peut reprendre ».
Il espéra qu'elle allait comprendre. Puis regarda sa montre, il voulait contacter quelqu'un d'autre mais celui-ci était réfractaire à toutes technologies. Le téléphone n'était encore une fois pas une option. La seule façon s'était de se déplacer mais en regardant Angéla, il comprit qu'il ne pouvait pas la laisser toute seule. Il avait peur qu'elle se volatilise.
...
Quelqu'un frappa à la porte. Tim se réveilla en sursaut. Il s'était assoupi. A peine réveillé, il alla ouvrir après avoir vérifié l'identité du visiteur.
- Abby, mais que fais-tu là ?
- Elle est où, elle est où ?
Abby rentra toute excitée. Elle avait une boîte de beignet sous un bras.
- Abby, il est tard.
- Je sais mais je ne pouvais pas attendre, j'ai eu ton message.
Elle entra dans le salon et s'arrêta nette en voyant Angéla couchée sur le divan. Bien sûr, elle avait eu son message, il aurait dû lui demander de patienter.
- Il est tard, répéta Tim, montrant leur amie endormie.
- Je suis désolée... Comment elle va ? chuchota Abby.
- Je... ne sais pas, hésita Tim. Elle a l'air bouleversé.
- Qu'a-t-elle dit ? demanda Abby.
- Pas grand chose, elle a beaucoup pleuré.
- Pleurer ? Mais que lui est-il arrivé ?
Abby n'avait pas l'habitude de voir Angéla pleurée.
- Elle s'en sort plutôt bien pour une morte quoi qu'il lui soit arrivé.
- Elle n'a rien dit alors ? demanda Abby.
- Rien, c'était incohérent. Je pense que tout est embrouillé dans sa tête. Elle a parlé de Mike...
Il la fixait du regard. Abby s'installa à côté et fit de même en croisant ses bras autour de sa poitrine.
- Tu as froid ?
- Non, c'est juste que c'est ... effrayant. Glauque.
- Oui je sais, concéda Tim. Je ne sais pas quoi faire.
- Tu l'as prévenu ? demanda Abby, tout en regardant Angéla.
Elle avait même peur de clignoter des yeux car elle ne voulait pas qu'elle disparaisse.
- Qui, Gibbs ?
- Oui ! Il voudrait le savoir.
- Je sais mais si c'était...
- Un rêve, finit Abby.
Elle pinça le bras de son ami.
- Aïe ! Pourquoi tu as fait ça ?!
- Tu ne rêves pas, Mc Gee.
- Je sais mais je ne veux pas utiliser mon téléphone...
- Tu as raison, concéda Abby. Une carte postale peut-être.
Timothy regarda Abby pour voir si elle plaisantait.
- Il ne comprendrait aucun code que nous lui enverrons, remarqua Abby.
- Je sais, j'y travaille.
Il mettait de côté l'idée de la carte postale.
...
Abby commença à s'assoupir quand Mac Gee lui toucha doucement l'épaule. Angéla se réveillait. Cette dernière émergea. Elle venait de dormir des heures pourtant elle était vidée d'énergie. Quand elle rouvrit les yeux, une nouvelle personne était présente dans la pièce. Elle essaya de réunir ses souvenirs afin de l'identifier car sa voix lui était familière.
- Hey, salua Abby.
Puis sans prévenir, elle se rua dans ses bras. Elle la serra très fortement contre elle. Abby se retint de pleurer. Angéla regarda Mc Gee qui haussa les épaules. Elle répondit alors à l'étreinte de la jeune femme.
- Tu m'as tant manqué, dit Abby en lui frottant le dos.
Quelques heures après, le silence s'était installé. La tension avait envahit l'appartement de Mc Gee.
- C'est à toi de jouer, invita Abby, pressée.
Angéla releva la tête. Ils jouaient à Risk.
- Je ne suis pas sûre de comprendre. Je joue souvent à...
- Non, tu es plutôt jeu de cartes, rectifia Abby. Mais Mc Gee ne veut pas se faire plumer.
- Poker. Oui ça je me souviens. Et je m'empoisonne avec cet boisson ?
Abby regarda Mc Gee. Ce dernier soupira. Abby adorait rappeler les différents éléments de la vie d'Angéla, pas Timothy.
- A vrai dire, c'est mon poison, indiqua Abby, l'air désolé. Par contre, ça s'est ta drogue.
Elle lui montrait les beignets.
- Oui, je semble aimer le sucré, affirma Angéla, pensive alors qu'elle en avait déjà engouffré deux. Je ne comprends pas le but du jeu.
- Tu dois conquérir nos royaumes, expliqua Mc Gee.
- Hum, le nombre ne fait pas la force, chuchota Angéla.
- On doit prévenir Gibbs, reprit Ab.
- Non, interrompit Angéla alors qu'elle allait jouer.
Mc Gee jeta un regard assassin à Abby. Il en avait déjà parlé.
- J'ai besoin de temps, s'expliqua Angéla, concentrée.
- Mais pourquoi ? Tu es revenue parmi nous, dit Abby.
Elle ne comprenait pas sa réticence.
- Pas complètement, répondit Angéla l'air ailleurs.
- Je...
- Abby, laisses lui le temps, intervint Timothy en lui saisissant son bras alors qu'elle allait toucher Angéla.
Leur discussion et leur partie de jeu furent interrompu par un coup à la porte.
Angéla ignora l'intrusion, concentrée sur le jeu. Abby regarda l'air interrogateur son ami. Celui-ci haussa les épaules et se leva pour aller à la porte. Il regarda dans l'oeil de Judas. C'était son boss.
- C'est lui ? demanda Abby avec intuition.
Timothy acquiesça, un peu soucieux.
- Elle n'est pas prête, chuchota Timothy en regardant Angéla. Il a dû sentir que quelque chose n'allait pas.
Abby suivit son regard et remarqua qu'Angéla étudiait la partie et les ignorait.
- Ou bien, il est au courant pour l'attaque de mes ordinateurs, enchérit Abby. Angéla, quelqu'un arrive...
- Me cacher, finit Angéla.
- Oui, quelque chose comme ça, sourit Abby.
Elle se voulait rassurante. Elle fit signe à Abby tandis qu'Angéla s'éclipsait dans la salle de bain. Abby changea alors les verres de place et se plaça à la place d'Angéla.
Mc Gee jeta un dernier regard sur son appartement avant d'ouvrir la porte.
- Boss ! salua Timothy.
Celui-ci lui rendit d'un signe de la tête. Mc Gee s'effaça pour le laisser entrer.
- Est ce que ça va, Mc Gee ? demanda Gibbs.
- Oui, tout va bien. Je ...
Gibbs le contourna et entra dans le salon où Abby sirotait son café Pow. Gibbs alors jugea du regard Mc Gee.
- Malade ?
- Je vais vous expliquer boss, se défendit Mc Gee.
- Je voulais voir comment il allait et lui tenir compagnie, intervint Abby en posant son café POW.
- Donc tout va bien ? insista Gibbs.
- Oui juste une petite fatigue passagère, répondit Timothy.
- Donc je n'ai pas à m'inquiéter pour ta venue aujourd'hui au bureau.
- Non, je voulais prévenir Abby...
Abby lui fit les gros yeux alors que Gibbs lui tournait les yeux.
- Oui, mon téléphone n'avait plus de batteries, se justifia Abby. Donc je suis venue prendre des nouvelles directement avant d'aller au boulot.
Gibbs se retourna vers elle et s'approcha. Mc Gee se mordit la langue. Il avait donné le pire argument de sa vie. Heureusement qu'Abby avait réagit.
Gibbs sentait que ses deux agents lui cachaient quelque chose. Il ne savait pas s'il devait s'en inquiéter. Mc Gee se faisait passer pour pâle et il se retrouvait à jouer à un jeu de société très tôt le matin avec la technicienne. Pourtant tout semblait normal. Abby était accompagnée de son fidèle café Pow. Il examina l'appartement. Puis il les examina à tour de rôle.
- Voulez-vous nous rejoindre dans notre partie ? demanda Tim pour se rattraper, il le regretta rapidement.
- Non, je vais juste emprunter les toilettes.
En réalité, il voulait approfondir son inspection. Abby jeta un regard alarmé à Tim alors que leur patron arrivait devant la porte. Tim chercha un prétexte pour stopper son patron dans son élan mais ne trouva rien :
- Pas de problème, faites comme chez vous, invita Tim mal à l'aise alors qu'Abby continuait à le supplier du regard d'intervenir ou de faire quelque chose.
Mais il ne trouva aucune idée. Son patron pénétra dans la salle de bain et ils retinrent leurs souffles. Gibbs entra dans la pièce. Il avait senti évidemment le malaise entre les deux amis. Il inspecta la pièce, il n'y avait rien, la fenêtre était juste un peu entrouverte mais bloquée de l'intérieur. RAS. Il se lava tout de même les mains tout en réfléchissant sur le comportement d'Abby et de Tim. Il les interrogeraient à l'agence et les garderaient aussi à l'oeil. Il se regarda une dernière fois dans le miroir, tout en observant la pièce à travers. Puis il partit. Gibbs souhaita un bon rétablissement à Tim et une bonne soirée à Abby, de ses yeux bleus perçants.
Une fois la porte fermée :
- Il sait quelque chose, pleura presque Mc Gee en soupirant tandis qu'il s'écroulait dans le fauteuil.
- C'est Gibbs.
Elle se dirigea déjà vers la salle de bain. Mc Gee avait presque oublié la présence d'Angéla... Ou sa non présence.
- Mc Gee, on a un problème, dit Abby en poussant la porte au maximum.
Tim sortit de ses pensées et se releva.
- Il n'y a personne, indiqua Abby.
Mc Gee entra dans la pièce et l'examina. En effet, il y avait plus personne, ni dans la cabine de douche, ni derrière la porte.
- La fenêtre est entrouverte, remarqua Tim en s'approchant du rebord de la fenêtre.
- Mais bloquée, ajouta Abby.
Mais aucun doute, Angéla était tout de même sortie par là. Tim ouvrit la fenêtre et regarda à l'extérieur. Rien.
- Tim qu'allons nous faire ? demanda Abby qui avait comprit que leur invité s'était envolée.
Ils savaient tous les deux qu'ils n'allaient pas pouvoir lancer une recherche traditionnelle et dans les règles de l'art, ni alerter le reste du personnel.
- Ne paniquons pas, elle est venue à moi une première fois, réfléchit Tim.
- Mais pourquoi a-t-elle fui ? Ce n'est pas dans ses habitudes.
- Gibbs, répondit Tim. Elle ne semble pas encore vouloir le rencontrer. Elle est bouleversée.
Abby alla ramasser ses affaires.
- Que fais-tu ? demanda Tim.
- Aller dans les rues, c 'est la seule solution.
- Abby...
- Tu dois rester là, si elle revient... Tu as raison elle reviendra peut-être à toi, coupa Abby.
- Mais tu ne peux pas errer au hasard à cette heure-ci, s'exclama Tim.
- Tim, elle n'allait pas bien. On doit la trouver avant qu'il n'arrive malheur. Avant de commencer le travail.
- Je viens aussi alors, on quadrillera plus de terrain à deux. Si elle revient, elle saura comment rentrer.
...
Ils prirent alors chacun leur voiture pour vagabonder dans les ruelles à la recherche de leur amie. Abby se dirigea vers le centre ville alors que Tim allait vers le parc. Tim avait insisté pour faire cette zone car il ne voulait pas voir Abby seule se promener à cette heure-là aux environs du parc. Il s'était branché sur la radio de la police au cas où il capterait une information de la police locale. La soirée était bien avancée et plus les heures avançaient, moins ils auraient de chance de la retrouver.
Ainsi les heures passèrent, sans résultat. Tim avait téléphoné pour lui donner sa progression. Elle était au même point. Ils se retrouvèrent alors chez lui pour élaborer plusieurs stratégies avant de sombrer dans un sommeil profond dans le salon. Abby n'avait pas oublié bien sûr sa petite prière. Elle avait prié pour Angéla.
...
Le matin, Mc Gee se réveilla en sursaut. Il regarda la pièce, les yeux encore endormis. Il reconnut son salon et remarqua encore la présence d'Abby. Toujours pas de trace d'Angéla. Il regarda quant même son portable. Il avait un message de Tony. Tim l'ignora. Il n'était pas d'humeur à lire ses blagues. Il tenta de se lever maladroitement pour aller se servir du café.
- Tu me sers aussi du café ? demanda une petite voix.
- Je t'ai réveillé ?
- Non, non, il faut se réveiller. Angéla ?
- Non aucune nouvelle, répondit Tim navré.
- Il faut prévenir Gibbs, lâcha Abby.
- Non, il va nous tuer, refusa Tim. Il faut la chercher encore.
...
Il était 9h30. Mc Gee roulait anormalement lentement. Il était sur le chemin du travail quand il apprit que son patron était encore chez lui. Donc il roulait à reculons Et pour cause, il se dirigeait vers la maison de son patron. Il avait promis à Abby d'en parler à son patron sur la réapparition puis la disparition d'Angéla. Tout au long du trajet, il avait essayé plusieurs versions de son histoire à donner à son patron pour justifier ses choix et son comportement. C'est pourquoi, il était seul à aller en enfer, il ne voulait pas entraîner Abby dans sa chute. Parfois, il avait l'impression d'y aller en marche arrière. Il espérait qu'Abby l'appelle pour annuler sa mission suicidaire. Peut être qu'elle l'avait trouvée finalement. Il jeta un regard désespéré vers son portable qui restait obstinément muet. Abby continuait probablement ses recherches. Ils avaient l'impression d'être à la recherche d'un animal égaré.
Mc Gee finit par atteindre la rue souhaitée. Il se gara dans l'allée, mais il y avait déjà une voiture connue. Il entendit le moteur s'arrêter alors que le sien était encore en marche. Tony Dinozzo sortit de sa voiture. Lui aussi apparemment n'était pas à l'agence pour démarrer sa journée.
- Tu as fait vite, le bleu, dit ce dernier en enlevant ses lunettes de soleil. Je me demande ce qui se trame. C'est rare de commencer sa journée de travail chez le boss.
- Je...
- Quoi ! Ne me dis pas que tu n'es pas au courant...
- Si pourquoi je serai là alors. JE vais mieux. Donc je suis là, mentit le bleu.
Dinozzo le regarda longuement. Il sentait que son collègue ne lui disait pas tout mais il n'insista pas et l'invita à franchir l'escalier devant lui pendant qu'il rangeait ses lunettes dans sa poche intérieure. Une fois arrivée devant la porte, il prit l'initiative de frapper et de rentrer directement. Tout le monde savait que ce n'était jamais fermé et que son patron était toujours au sous-sol. Cette fois-ci n'échappa pas à la règle. Tony se dirigea immédiatement vers la cave. Tim se demandait ce qu'il se tramait en marmonnant. Contrairement à d'habitude, ils tombèrent sur un ruban jaune dès l'entrée de l'escalier dès le début. Dinozzo regarda Mc Gee qui n'en savait pas plus. C'était une scène de crime. Il passa en dessous et sortit par réflexe son calepin. Mc Gee le suivit en retrait. Quand Dinozzo arriva en bas, il vit son patron penchait sur un carton.
- Hey, boss, tu as encore tué quelqu'un ? plaisanta Dinozzo.
Mais il ne voyait pas de corps. Ce dernier se redressa et le regarda de ses yeux perçants. Puis il pencha la tête sur le côté pour regarder Mc Gee mais ne fit pas de commentaires.
- Quel est le crime ? demanda Dinozzo plus sérieusement, prêt à noter.
- Cambriolage.
Dinozzo s'arrêta et regarda la pièce. Rien ne semblait avoir bougé mais qui aurait osé cambrioler la maison de son patron. Mc Gee fit la même conclusion. il regardait déjà les lieux.
- Ici, ce carton, précisa Gibbs qui balança le dit carton.
- Mais qui va s'intéresser à un vieux... commença à rigoler Dinozzo alors qu'il s'approchait.
Il s'interrompit net alors que Gibbs le fixait.
- Qu'avait-il dedans ? demanda Mc Gee allant à l'essentiel.
Gibbs semblait nerveux. Tim se demandait pourquoi il allait enquêter sur un simple vol.
- C'est une enquête officielle ? demanda Tony. Non, je vois. C'est personnel.
Il laissa de côté la prise de note.
- C'étaient des souvenirs... J'ai déjà relevé des empruntes.
Il montra un rouleau de scotch marron. Tony grimaça. Gibbs était de la vieille école et utilisait parfois du matériel non conventionnel.
- Qu'a-t-il pris ? demanda Tony.
- Quelques photos, plaques militaires...
- Un vieil ennemi ? proposa Tony, pour lui ces objets n'avaient aucun intérêt.
- Non, ce ne sont pas mes affaires. Personne n'était au courant que ses objets étaient présents ici. Et aucun de mes vieux ennemis n'est assez doué pour s'introduire ici pendant ma présence.
- Tu as donc vu ton voleur ? demanda Tim avec espoir.
Enfin une affaire facile pensa Tim.
- Non, je n'ai rien vu ni entendu. Presque rien n'a été touché. La personne savait où cherchait.
- Alors comment as tu remarqué la disparition ? demanda Tim.
Gibbs montra un tablier. Pour un novice, rien ne semblait avoir bougé. Mais pour quelqu'un de méticuleux comme Gibbs et un initié, quelque chose n'allait pas. Tony n'insista pas et ne fit pas de remarque.
- C'étaient des photos de qui ? demanda Tim. Et les médailles ? De ta jeunesse ?
Gibbs l'examina.
- Tu n'as pas une petite idée.
Dinozzo le regardait maintenant.
- Non, patron, balbutia presque Tim sous la pression du regard de son patron.
Tony s'approcha du carton et observa à l'intérieur. Il reconnut quelques objets mais il en manquait comme :
- Les plaques du sergent Mike Simon et de sa fiancée, souffla Dinozzo.
Tony leva les yeux. Il savait que son patron rangeait ses plaques militaires avec les siennes et d'autres. Tim se mit à blêmir et à devenir tout pâle. Il avait besoin de s'asseoir d'un coup.
- Ne me dis pas que... commença Tony. Il y a la petite voiture et sa clef de voiture mais...Et ses photos ?
- Aussi, coupa Gibbs qui observait Tim qui semblait se décomposer.
- Mais qui pourrait s'intéresser à ses vieux souvenirs, à du vieux métal ? demanda Tony, étonné. Et à des photos ?
- As-tu une idée, Mc Gee ? questionna Gibbs.
Le coeur de Tim s'arrêta de battre.
- Boss... Justement j'allais vous en parler, hésita Tim.
De toute façon, il était trop tard pour faire marche arrière et Tim avait l'impression que son patron savait déjà tout mais qu'il avait juste besoin d'une confirmation.
- Ce n'est pas une coïncidence n'est ce pas ? insista Gibbs. Le vol, votre présence alors que je ne vous ai pas appelé.
- Comment as tu su alors? s'interrogea Dinozzo en se tournant vers son coéquipier, suspicieux et perdu par la tournure que prenait leur conversation.
- J'étais sur le chemin pour... hésita encore Tim.
- Mc Gee, connais-tu l'identité de cette personne ? menaça Gibbs en montrant le carton. Doit on être inquiet ?
Il s'était positionné devant lui l'air menaçant.
- C'est elle ! lâcha Tim.
Un poids énorme venait de quitter ses épaules surchargées.
- Elle ? dirent en même temps Dinozzo et Gibbs.
Ils ne s'attendaient pas à cette réponse.
- Elle... Je l'ai trouvée en face de chez moi sur un banc.
Gibbs avait un mauvais pressentiment. Les deux hommes regardaient Tim. Il se sentait sur les bancs d'accusé.
- C'était Angéla, souffla Tim comme une bombe.
- Que dis-tu ? rit Tony. Ce n'est pas possible.
Gibbs regarda Tony pour le faire taire. Il commençait à s'inquiéter pour son agent. Il était peut être vraiment malade et la fièvre lui brouillait l'esprit.
- Allons là-haut. Et tu nous racontes tout, ordonna Gibbs.
Au début, ils étaient restés assis attendant que Tim se mette à table. Ce dernier se tordait les mains, essayant de rassembler ses idées. Puis Tim se mit à table pour raconter toute l'histoire. A la fin :
- Patron, je voulais te prévenir... Mais elle semblait si bouleversée, se justifia Tim. Elle ne voulait pas...
- Où est elle maintenant ? demanda Gibbs, le regard perdu.
- Attendez patron, vous n'allez pas croire son histoire, commença Tony. C'est une blague...
- Où est elle ? cria Gibbs.
Il perdait patience et se leva pour faire les cent pas.
- Elle est partie. Je ne sais pas où. Le soir où vous êtes passé. Mais Abby sillonne la ville à sa recherche... lui apprit Tim avec précipitation.
Gibbs resta silencieux. Tony lui regardait alternativement son patron et son coéquipier, cherchant la moindre trace de plaisanterie ou d'embrouille. Mais il pouvait sentir qu'il n'y avait pas de plaisanterie. Il y avait plutôt de la tension entre les deux hommes, voire même de la colère de la part de Gibbs. Le lourd silence s'interrompit quand un téléphone sonna. Pourtant personne ne bougea. Tim commençait à être mal à l'aide. Gibbs finit par prendre son téléphone d'un geste lent. Il vérifia le numéro avant de décrocher. Il devait avoir estimé que c'était assez important pour y répondre.
- Agent Spécial Gibbs...
Tim soupira intérieurement alors que Tony lui demandait une explication du regard. L'orage semblait être passé momentanément.
- Où ? demanda Gibbs. On y sera dans 45 minutes sans circulation.
Puis il ferma le clapet.
- Une affaire boss ? demanda Tony.
Gibbs regarda Tim lui faisant comprendre que leur conversation n'était pas finie puis il se leva invitant ses agents à le suivre. Il choisit de monter dans la voiture de Tim alors que Tony allait les suivre seul. La matinée était bien avancée maintenant, le zénith commençait à décliner
...
55 minutes plus tard, la voiture de Tim arriva sur le lieu du délit. Ils étaient tombés sur des embouteillages légers. Le trajet s'était fait en silence. Le silence était parfois plus terrible que les remontrances. Ils arrivèrent sur un pont. Tim se demandait s'il ne s'était pas trompé de lieu. Le pont semblait boucher. Ils durent faire jouer l'alarme pour passer entre les voitures et avançaient très lentement. La traversée paraissait durer une éternité, en réalité elle dura 30 min. Mais ils furent rapidement bloqués par un cordon de sécurité jaune et des voitures de policiers mais aussi une ambulance et un camion de pompier. C'était sans doute la raison de leur faible allure et de leur progression lente. Ils s'arrêtèrent proche du cordon car ils savaient qu'ils ne pourraient pas aller plus loin.
A peine arrêté, Gibbs sortit de la voiture et chercha directement sa carte d'agent dans sa poche intérieure. Il la présenta à l'agent de garde juste devant le cordon avant de franchir celui-ci en passant en dessous alors que l'agent en question le lui souleva.
Les deux agents Tim et Tony le suivirent de près. Gibbs se dirigea directement vers le responsable, celui qui donnait des ordres.
- Qu'est ce qu'on a ? demanda Gibbs allant droit au but.
- A part un embouteillage ? commença la policier. Un des vôtres est responsable de cette pagaille. Il a provoqué deux accidents. Pas de mort pour l'instant mais des blessés légers.
- Un des nôtres ? demanda immédiatement Gibbs.
Décidément, il avait autre chose à faire que de s'occuper d'un banal accident.
- On n'a pas son identité, s'excusa le policier.
- Comment savez-vous que c'est un des nôtres alors ? demanda Tony, perplexe.
- La personne tient une de vos plaques à la main. Aucun doute. On a supposé que c'était la sienne, expliqua le policier. Une plaque militaire.
- Quel est le problème ? Mort, blessé, prise d'otage ? énuméra Tony.
- Aucun de tout ça, hésita le policier. Je pense qu'elle veut sauter.
- Sauter ? s'exclama Tony. Ah bah oui sauter, où ai-je la tête on est sur un pont, boss.
- Elle ? demanda Gibbs, ignorant son agent.
Il avait un mauvais présentiment
- Oui, c'est une femme, informa le policier. C'est par là, venez.
Gibbs se dirigea vers l'indication car le policier avait l'air de vouloir régler le problème plus rapidement pour laisser la circulation reprendre son cours.
- Mais pourquoi on nous a appelé ? demanda Tony. On ne traite pas les suicides.
- Parce que c'est un des nôtres, dit Gibbs sèchement.
Mais cela ne suffit pas à Tony. Il ne traitait pas les suicides, à part à quelques exceptions près.
Il cherchait le suicidaire du regard. Apparemment Gibbs l'avait déjà trouvée mais il s'était arrêté brusquement. Tony s'approcha et enleva les lunettes de soleil.
- Doux Marie Joseph, chuchota Tony.
Il ne pouvait pas louper la suicidaire. Des voitures étaient accidentées et des phares de voiture de flic étaient braqués directement sur le coupable car la nuit commençait à tomber.
Tim ne lui s'était pas arrêté et continuait à s'avancer. Il fut arrêter par Gibbs qui lui saisit le bras pour le stopper dans son élan. Il le regarda comme un signe d'avertissement. Ils avaient tous reconnu la femme, ils connaissaient par coeur les silhouettes et ils avaient fait de suite le lien entre la femme suicidaire et le vol de plaques.
Tim regarda la personne sur le bord du pont puis Gibbs. Il hésita mais obéit.
Gibbs s'avança seule...
...
Angéla errait n'importe où. Elle avait décidé de fuir l'appartement de son ami. Elle n'était pas encore prête à affronter certaines personnes puis elle avait encore tant de choses à encaisser. Elle avait fait un saut dans la maison d'un agent pour récupérer des biens : ses plaques et es photos. Elle en avait besoin pour l'aider à se souvenir : c'était vital pour elle. Puis elle s'était dirigée vers la frontière de la ville, vers un pont. Elle marchait maintenant sur la route ignorant la circulation des voitures. Certaines s'arrêtaient, d'autres klaxonnaient. La plupart l'ignorait. Certaines personnes l'insultaient même. Mais elle les ignora et poursuivit son chemin. Arrivée sur le pont, les voitures l'évitèrent de justesse jusqu'au moment où elle créa un accident entre plusieurs voitures qui voulaient justement l'éviter. Mais même à ce moment-là, elle les ignora encore car elle s'accrochait de toutes ses forces à ses derniers souvenirs. Puis comme elle était arrivée au milieu du pont, elle s'était dirigée sur le bord. Au départ elle regarda par dessus bord, l'eau coulée. Mais comme la nuit tombée, elle avait décidé de s'asseoir sur le rebord, les jambes pendues dans le vide. Elle tenait à la main gauche des plaques en métal et dans la main droite une photo qu'elle serrait fortement comme si elle ne voulait pas les perdre.
Elle regarda ainsi le soleil se coucher alors que des larmes coulaient sur ses joues alors que ses jointures de ses mains la faisaient souffrir pendant qu'elle serrait ses objets chéris. Tant de souvenirs l'envahissaient mais les plus importants commençaient à s'effacer. Les seuls souvenirs qui comptaient pour elle, lui étaient volés à cause du pacte qu'elle avait accepté. Vivre à nouveau, en échange elle devait effacer ses souvenirs, ses derniers souvenirs lors de sa mort. C'étaient les meilleurs souvenirs qu'elle possédait : ceux de ses parents, de ses amis et de son fiancée. Ses souvenirs lui étaient précieux car Angéla avait perdu, au cours du temps, ses chers souvenirs. Elle se souvenait même plus de la voix de sa mère, du rire de son père, du toucher de son fiancée, des blagues de ses amis... La mort lui avait fait revenir tous ses traits particuliers de ses bien-aimés. Et elle ne voulait pas les oublier à nouveau.
Elle essayait alors de toutes ses forces de les retenir grâce aux objets récupérés mais certains commençaient déjà à lui échapper, remplacer par d'autres. Une détresse s'était alors installée en elle alors qu'elle savourait encore les souvenirs restants.
La nuit était bien tombée à présent, et l'agitation autour d'elle avait augmenté. Elle pouvait entendre les sirènes et des personnes tentant de lui parler. Elle sentit aussi un individu l'observer longuement puis après une heure s'approcher et se pencher par dessus bord.
- Belle vue, dit celui-ci.
Elle ne le regarda pas mais elle savait son identité.
- N'est ce pas, Gibbs ?
Les larmes continuaient à couler et Gibbs le vit.
- Tu as l'air en bonne forme pour une morte.
Angéla étouffa un rire. Ce n'était pas un reproche. Sa colère était retombée.
- Tu trouves aussi, répondit Angéla.
- Tu as réussi à rentrer chez moi...
Gibbs regarda Tony puis les policiers et se décida. Il essaya lui aussi d'enjamber le bord pour s'asseoir à ses côtés. Elle avait confirmé qu'elle était rentrée par effraction chez lui, avec son silence. L'affaire était déjà clause.
- Attention, tu n'es plus de la première jeunesse, prévint Angéla. Il serait bête que tu tombes.
Gibbs sourit. Il était content de la revoir même si les circonstances étaient étranges.
...
- Est ce que je viens de voir Gibbs sourire ? demanda Tony.
- Je crois bien, hésita le bleu.
Tim essayait d'entendre ou même de voir plus de détails. C'était bien Angéla, assise au bord du pont. Gibbs semblait plus calme et la colère avait disparu. Celle-ci s'était envolée à la vue d'Angéla. Gibbs avait toujours apprécié la jeune femme, la prenant sous son aile : il l'a considéré comme sa propre fille.
- Mais que font-ils ? demanda Tony. Elle ne veut pas tout de même sauter.
Tim ne le regarda pas. Lui pensait que si, Angéla ne semblait pas dans son état normal.
- Je déteste ne rien savoir, ai-je loupé quelque chose ?... Enfin j'ai clairement loupé un épisode... Mais mince le suicide je ne l'avais pas encore vu...
- Tony, tais toi pour une fois, coupa Tim.
...
- Que fait-on maintenant ? demanda Gibbs, après un moment de quiétude.
- Je ne sais pas encore, avoua Angéla. Je pose le pour et le contre.
- Et pourquoi ? demanda plus de précision Gibbs.
Angéla ne répondit pas, elle regarda sa main fermée. Elle ouvrit sa main montrant des plaques militaires. De l'autre côté, elle tenait des photos vieillies dans sa main.
- Ce n'est pas normal, souffla Angéla.
- Non.
- Je ne devrais pas être là, insista Angéla, sans le regarder.
- Tu veux dire... morte ? Mais tu as l'air bien vivante, et j'en suis heureux.
- On a... beau me dire qu'on n'oublie pas les disparus, Jethro, coupa Angéla. Qu'ils ne sont à jamais gravés dans nos cœurs, Mais ma mémoire a flanché... j'ai oublié. Pourtant ses dernières semaines... j'ai vécu les meilleurs moments de ... Leurs visages, leurs rires, je me souvenais de tout. Malheureusement, je vais à nouveau les oublier. Que dois-je choisir ?
- De se battre pour les vivants, proposa Gibbs.
Angéla le regarda sans lueur dans les yeux.
- Mais je n'ai plus rien, Jethro. J'ai tout perdu, il y a bien longtemps. Je ne peux plus me battre pour les autres et est-ce que ça en vaut la peine ? marmonna Angéla.
- Il y a des combats qui vaillent le coup de se battre, contredit Jethro. Tu n'es pas seule, tu ne l'as jamais été...
- Alors je ne veux plus me battre, je suis lasse, conclut Angéla, en regardant vers le bas. Est ce que je ne mérite pas le repos éternel ? Ne peut-on pas me laisser mourir tranquille.
Gibbs la regarda ne sachant pas quoi lui répondre. Tout cela lui paraissait utopique, irréel.
Le silence s'installa puis elle demanda :
- As tu oublié ?
Jethro fixait un point au loin. Il prit son temps pour répondre car le sujet était toujours aussi douloureux. Il savait qu'elle parlait des êtres chères qu'il avait perdues des années auparavant.
- Non.
- Non, sinon tu ne serais pas bloquée dans cette spirale infernale à faire tout le temps les mêmes erreurs et tu n'aurais pas épousé plusieurs femmes, soupira Angéla.
Il ne répondit pas. Il comprenait que la disparition d'un proche était douloureux mais l'oubli l'était encore plus.
- Que fait-on ? redemanda Gibbs, ses jambes commençaient à s'engourdir et la nuit s'avançait.
- Il n'y a pas de « on », mais juste moi.
- Tu n'es pas seule, tu ne l'as jamais été, répéta Gibbs. Aujoud'hui comme il y a quinze ans. Tu as une famille ici...
Il regarda ses agents. Angéla suivit son regard. Angéla put lire sur leur visage de l'inquiétude. Elle leur sourit timidement pour les rassurer mais son sourire ne les affecta pas. Ils avaient l'air toujours aussi inquiets.
- La douleur, reprit Angéla. Elle est insupportable.
- Et il faut vivre avec, conseilla Gibbs.
- Il n'y a pas que la mienne mais celle des autres. Je ne peux plus supporter la Douleur.
- Une retraite est envisageable, tu sais. Tu as parfaitement le droit de te retirer. Mais pas comme ça. Je ne veux pas te perdre ainsi, avoua Gibbs avec sincérité.
Angéla ricana.
- La retraite ne t'a pas réussi, remarqua Angéla.
- C'est vrai mais nous n'avons pas le même mal, dit Gibbs avec douceur. Il faut vraiment prendre une décision maintenant, car les autorités s'inquiètent et la situation devient complexe.
Angéla ne réagit pas. Son esprit était à nouveau ailleurs alors qu'elle s'accrochait désespérément à un autre souvenir qui s'échappait. Encore un autre.
...
- Que se disent-ils ? demanda Tony.
- Aucune idée, dit Tim, agacé.
Il voulait intervenir car il se sentait responsable de la situation. Mais Gibbs leur avait ordonné du regard de ne pas intervenir et d'occuper les autorités et les médias. Étrangement, aucun hélicoptère ne survolait la zone ni de journalistes dans la zone proche. Ces derniers respectaient pour une fois le cordon de sécurité. Il n'avait même pas prévenu Abby. Il se décida de le faire alors que son coéquipier s'agitait à ses côtés. Un simple SMS court mais précis en destination de Abby.
Puis son attention fut attirer vers le bord alors que les policiers commençaient à s'agiter. Gibbs revenait les pieds sur terre et il n'était pas seul. Immédiatement il rentra en action et éloigna à l'aide de Tony les médias et les foules. Il vit du coin de l'œil que Gibbs avait saisi une couverture de sauvetage et l'avait entourée autour de la jeune femme, en cachant son visage. Même si cette dernière portait déjà une capuche longue qui ne permettait pas de reconnaître son visage, il voulait cacher l'identité de la jeune femme.
Les deux personnes se dirigeaient directement vers la voiture de Tim. Il fit entrer la femme à l'arrière du véhicule avant de faire signe à Tony et à Tim, de se préparer à partir.
Tim se précipita au volant de sa voiture alors que Tony continuait à faire reculer les médias du mieux qu'il pouvait.
Fin du chapitre.
