Salut ! Et encore une fois merci à tous pour vos commentaires et même pour avoir simplement lu ma fiction !
J'ai été très étonné, je dois l'admettre, de la polémique ayant eu lieu à propos du comportement de Lily et sur d'autres détails. C'est vrai que sur ce coup là, j'avoue avoir oublié de préciser certaines petites choses.
- Tout d'abord par rapport à Lily, je vous rappelle que nous sommes à la fin du XVIIIème siècle, et par conséquent, que les mœurs et les droits des femmes ne sont pas les mêmes que maintenant. Les femmes en ce temps là n'avaient même pas de statut juridique dès lors qu'elles étaient mariées. Le mari disposait de tout et l'épouse était reléguée en une éternelle suiveuse n'ayant pas son mot à dire sur quoi que ce soit, du moins selon la loi. Elles ne pouvaient pas divorcer, elles ne pouvaient pas aller dans des grandes écoles, elles ne pouvaient pas avoir leur mot à dire concernant l'éducation des enfants imposé par le mari, elles ne pouvaient même pas aller rendre visite à quelqu'un sans demander la permission à l'homme avec qui elles partageaient leur vie. Ceci n'est d'ailleurs qu'un bref aperçu de leurs interdictions… Bon c'est sur que certains maris étaient beaucoup plus ouverts et donnaient plus de permission à leurs épouses, mais je vous rappelle que dans cette situation, James déteste Harry et fait tout pour qu'il ne soit pas heureux. Alors Lily ne peut rien faire et doit accepter sans broncher.
- A mon avis, et là c'est plus personnel, les sociétés magique et moldu ont commencé à se différencier aux alentours de la fin du XIXème siècle, si je me base par exemple sur « les appareils photos » que les sorciers utilisent dans les films ( j'ai oublié le nom de ces machins -_- ). Leur technologie et leur politique semblent s'être arrêtés à ce moment là. Donc je pense qu'auparavant, les mêmes lois s'appliquaient aussi bien pour sorciers que moldus (ceci répond à la question concernant les différences entre leurs sociétés et leurs lois que l'on m'a également posé).
- Enfin, pour ce qui est du testament annulé par le magenmagot et le fait que normalement les Gobelins ne laissent pas les hommes se mêler de leurs affaires, dois-je vous rappeler que nous avons là un Dumbledore Bashing ayant absolument voulu que Matthew hérite du titre et de la fortune des Potter ? ;). J'aurais voulu que vous découvriez cela plus tard, mais bon. Dumbledore, qui est quand même le président de cette assemblée, était dans le coup malheureusement pour Harry, mais je n'expliquerai pas maintenant comment il s'y est prit.
L'explication aurait pu être plus longue concernant les droits des femmes de l'époque, mais faire un pavé n'était pas mon intention. Si vous voulez plus détails, vous pouvez toujours aller vous renseigner sur ça en regardant le code civil napoléonien de 1804 sur elles, un écrit qui reflète parfaitement les mentalités de l'époque.
Sur ce, maintenant que la petite (bon grande) note informative a été faite, je vous laisse découvrir ce nouveau chapitre !
Bonne lecture !
Les préparatifs en vue du départ d'Harry prirent au final une semaine, une semaine durant laquelle chacun fit de son mieux pour profiter du temps qui lui restait en sa compagnie. La seule qui n'était bien évidemment pas au courant était Rosalyn, qui devait quand même admettre que l'ambiance au sein de sa famille avait encore changé. Son frère ainé qui d'ordinaire ne refusait jamais de jouer avec elle, passait à présent son temps enfermé dans sa chambre à se morfondre pour une raison qu'elle ignorait. Les seuls moments où elle pouvait le voir étaient durant les repas, mais là encore, Harry se faisait très silencieux, la tête basse, et ne regardait jamais le reste des membres de la famille. Son frère semblait comme secoué par quelque chose qui lui échappait, et de son propre avis du haut de ses quatre ans, ce n'était surement pas la correction qu'il avait eu de la part de James qui pouvait l'avoir mis dans cet état. Malgré ses nombreuses tentatives pour lui soutirer une quelconque information, Harry se gardait bien de lui dire ce qui le dérangeait, et cela la peinait fortement.
Même sa mère qui d'habitude essayait tant bien que mal d'égayer un peu les journées monotones du manoir, était devenue silencieuse au point de ne parler uniquement qu'avec elle. Elle aussi s'était rendue compte du comportement de son fils ainé, mais celui-ci refusait de lui parler, même lorsqu'ils ne se trouvaient que tous les deux dans une pièce, et esquivait le plus souvent ses vaines tentatives pour ouvrir le dialogue avec lui en s'enfuyant dans le jardin du manoir.
Son mutisme la dérangeait énormément, surtout qu'elle passait les derniers moments où ils pourraient être tous les deux intimes. L'idée qu'il ait pu entendre leur conversation ne lui traversa même pas l'esprit. Pourtant avec du recul, elle aurait pu se rendre compte que son changement de comportement avait commencé depuis ce jour là. Eux qui étaient pourtant si proches auparavant étaient devenus comme deux étrangers au sein même d'une maison. James par contre ne cessait d'exprimer à voix haute sa joie à l'idée de ne plus avoir dans les pattes son bon à rien de fils. Il ne le disait pas ouvertement, ce contentant de lancer à voix haute des petites phrases mesquines à l'encontre d'Harry, en croyant en outre que ce dernier n'y comprendrait rien.
- Il serait peut être temps de faire quelques travaux dans la maison, tu ne crois pas Matt ? Ta chambre commence à être un peu trop petite… Nous pourrions démolir le mur la séparant de la pièce d'à côté.
- La pièce d'à côté ? Mais… C'est la chambre…
- La semaine prochaine sera parfaite pour commencer les aménagements ! décréta James d'un ton amusé. Une fois que le grand ménage de printemps sera terminé, nous pourrons commencer nos petits travaux !
N'y comprenant au départ rien du tout, Matthew fut finalement mis au courant de ce qui allait se passer, et le sourire qu'il arborait chaque fois qu'il croisait Harry dans les couloirs de la maison signifiait clairement que cette petite nouveauté l'enthousiasmait énormément. Lui-même se mit à lancer des phrases assassines à son frère, bien qu'il n'ait pas hérité du talent de son père pour masquer le sens caché de ses paroles :
- On part bientôt, Harry ? N'oublie pas de m'envoyer une carte postale ! Je serai ravi d'avoir un petit souvenir de ton séjour à Londres !
- Mets la en veilleuse, Matthew, répliqua t-il sombrement avant de s'enfermer dans sa chambre.
Son petit moment d'égarement lui valut la dernière correction de son père à son encontre, mais peu lui importait. Il allait bientôt quitter cette famille qu'il méprisait à présent, exception faite à Rosalyn bien évidemment qui n'y était pour rien. Son ressentiment vis-à-vis d'eux et notamment contre sa mère atteint son paroxysme quand lors d'un repas, Lily eu le culot d'annoncer que lui, Rosie et elle-même passeraient quelques jours ensemble pour voir du pays et en particulier pour visiter Londres. Jamais encore ils n'avaient eu la possibilité de voyager et de voir autre chose que le manoir, le chemin de Traverse et les maisons des quelques amis de James et Lily. Alors entendre dire qu'ils pourront ainsi découvrir les landes Galloises et autres beautés du paysage anglais enthousiasma au plus au point la petite sœur d'Harry.
Lui s'en fichait puisqu'il savait que cela déboucherait au final sur son abandon chez les Dursley. Mais le fait que cela se fasse sous les yeux de Rosie fut une nouvelle source de colère à l'encontre de sa mère. Merlin, faire une chose pareille en sa présence, Lily était devenue complètement folle… Au final, sa sœur était la seule à ne pas être au courant de ce qui allait arriver, et Harry se garda bien de le lui dire. Il hésita longuement à en parler à Daphné dans ses lettes, ne voulant pas l'accaparer pour des problèmes familiaux qui ne la concernait pas. Et de toute façon, elle ne pourrait strictement rien faire pour changer quoique ce soit à cette histoire : elle n'avait que six ans.
Il continua malgré tout sa correspondance avec elle, lui parlant de tout et de rien comme il était habituel entre eux pour donner le change et ne pas lui donner l'impression que quelque chose tramait chez lui, et ce, sans donner la moindre information sur son futur départ. Tout juste glissa t-il un simple « à bientôt, peut être. » dans sa dernière lettre.
« Peut être même que les Dursley n'ont pas de papier ni d'encre chez eux » marmonna t-il sombrement après avoir envoyé sa lettre par hibou à sa fiancée.
Il ne savait rien après tout de cette famille, seulement qu'elle tenait une sorte de taverne dans la ville même de Londres réunissant de nombreux saoulards… « Un endroit très malfamé parait-il où l'on pouvait croiser de drôles de clients plutôt louches », selon les propres termes de Lily. Peut être même que Sirius y avait déjà mis les pieds, le connaissant. Alors la possibilité qu'ils n'aient strictement rien pour écrire pouvait être plausible, bien que futile. Il savait également qu'il avait un cousin portant un drôle de prénom. « Buddy », « Bradley »… Quelque chose du genre.
Peut être pourraient-ils s'entendre ? Ils étaient du même âge après tout, mais deux mondes les séparaient. Sa tante pourrait justement lui interdire de le fréquenter pour cela, pour ne pas « contaminer son fils par sa magie » ou une autre idiotie du même calibre. Petunia Dursley était apparemment de ce genre là, et son mari Vernon devait sans doute être né dans le même moule pour pouvoir supporter les commentaires de sa femme. Le fils avait par conséquent de grande chance de ressembler à ses parents. Non, finalement il ne pourra jamais devenir proche avec lui, et cette simple constatation suffit à le replonger une nouvelle fois dans une profonde mélancolie.
La journée fatidique arriva au bout du compte très vite, et sans même s'en rendre compte, l'heure du départ était finalement arrivée. Le carrosse les conduisant jusqu'à Londres se trouvait juste en face de la porte d'entrée de la clôture, tiré par deux magnifiques percherons aux robes blanches et conduit par un elfe de maison du nom de Gizmo, et qui pour l'occasion avait été métamorphosé en être humain. La couverture aurait pu être parfaite si l'homme n'avait pas la fâcheuse tendance à parler de lui à la troisième personne et à fondre en larmes à chaque fois que quelqu'un se montrait poli et gentil avec lui. James et Matthew s'étaient postés juste devant la porte de la maison, dans une haie d'honneur improvisée afin de saluer leur départ et surtout celui d'Harry qu'ils espéraient définitifs. Ce fut d'ailleurs lui le premier à sortir, trainant derrière lui une valise de vêtement sans lancer un seul coup d'œil en direction de son père et son frère.
- à bientôt, Harry ! lança joyeusement James en lui faisant signe de la main. Passe un bon séjour chez ton oncle et ta tante !
- Au plaisir de ne plus vous revoir avant longtemps, répliqua t-il en s'éloignant. Merlin, ne plus devoir cohabiter avec vous sera certainement la meilleure chose qui soit, peut importe la façon dont les Dursley me traiteront.
L'espace d'un instant, James fut tenté de se lancer à sa poursuite et de lui asséner une dernière raclée en guise de cadeau d'adieu, mais l'apparition de Lily dans l'embrasure de la porte tenant la main à la petite Rosalyn le dissuada. Il se contenta simplement de lancer un regard méprisant dans le dos d'Harry avant de se tourner vers sa femme qui terminait de mettre un petit chapeau orné de dentelles, rubans et garnis de fleurs par-dessus le bonnet de jour qu'elle portait déjà. Rosie faisait de même, dans une vaine tentative pour copier sa mère. La perspective de partir une semaine en compagnie uniquement de sa mère et son frère ainé semblait l'enchanter, et elle ne cessait de sourire de joie rien qu'à cette pensée.
C'est en coup de vent et après un rapide au revoir à son père qu'elle rejoignit en courant son frère ainé, dans l'espoir peut être que celui-ci consentirait à feindre une dispute pour celui qui entrerait le premier dans le carrosse. Lily elle faisait à présent ses adieux à Matthew en le serrant contre elle, tout en lui prodiguant au passage quelques consignes à respecter malgré le fait qu'elle ne soit pas là pendant plusieurs jours. Vint ensuite le tour de James, mais alors qu'il écartait déjà les bras en croyant qu'elle allait se précipiter contre lui pour pleurer à chaudes larmes sur le temps qu'ils passeraient éloignés l'un de l'autre, Lily se contenta d'incliner légèrement la tête avant de s'éloigner à son tour, sans même lui accorder un sourire.
- M-mais Lily, je n'ai pas le droit à un dernier baiser ?
- à bientôt James, dit-elle simplement sans se retourner.
S'il pensait que le départ d'Harry allait améliorer dès à présent la relation qu'il avait avec sa femme, il se trompait lourdement. Pour l'instant, on pouvait même dire qu'elle s'était encore dégradée. Que Lily demande à faire chambre à part dès qu'elle rentrera ne devrait même pas l'étonner. Soupirant, il fit signe d'un geste à son fils de le suivre dans la maison pour sans doute aller s'empiffrer dans la cuisine, ou simplement s'amuser comme ils en avaient l'habitude. Le reste de la famille avait maintenant pris place dans le carrosse et attendait patiemment que celle-ci se mette en route.
- Allez Huu ! lança à l'extérieur l'elfe de maison.
- C'est la première fois qu'on sort tous ensemble sans papa et Matthew ! s'exclama Rosie d'un air radieux. Ça va être super de passer un peu de temps tous les trois, hein Harry !?
- Oui, si tu le dis…, marmonna t-il indifférent en regardant par la fenêtre le paysage défilant.
Contrariée, Rosalyn s'apprêtait à lui demander de façon directe ce qui clochait chez lui depuis quelques jours, mais sa mère la dissuada d'un simple regard. Un autre froncement de sourcil de la part de Lily lui intima silencieusement l'ordre de ne pas chercher à lui faire sortir les vers du nez et de le laisser tranquille. Toutes les deux passèrent donc ainsi leur temps à discuter tranquillement de chose et d'autre, non sans lancer de temps en temps des coups d'œil discrets en direction d'Harry. Son comportement les troublait vraiment, mais dans l'esprit de Lily, si quelque chose n'allait pas chez son fils, peut être finira t-il par le dire de lui-même. Elle espérait néanmoins qu'il lui avouerait cela avant qu'elle ne l'abandonne. C'est ainsi que se passèrent les trois premiers jours, trois jours durant lesquels tous les trois passèrent d'agréables journées à se balader et à profiter du paysage extérieur à bord de leur voiture. Les chemins caillouteux qu'ils traversaient secouaient sans arrêt le carrosse, mais loin de déranger, cela amusa bien au contraire Rosie qui profitait de chaque instant pour s'amuser, contrairement à son frère. Chaque fois qu'une occasion se présentait, elle demandait la permission de s'arrêter quelques instants pour aller jouer dans les champs et prairies ou cueillir des fleurs pour sa mère. Harry et Lily l'avaient rarement vu aussi gaie depuis bien longtemps, même pendant les repas qu'ils dégustaient sur le bord de la route quand ils ne trouvaient pas une auberge. Heureusement que Gizmo était là pour leur faire à manger et trouver de quoi se nourrir dans les endroits où ils s'arrêtaient, autrement les quelques denrées qu'ils avaient emporté avant de partir aurait rapidement été épuisées.
Le seul qui ne semblait pas prendre part à la gaieté générale était bien évidemment Harry, qui depuis sa réponse à Rosie peu après leur départ, n'avait pas dit le moindre mot, ni même souri, du moins pas au début. L'apparition d'un paysan cependant le sortit de la torpeur dans laquelle il était. L'homme, un vieillard aux cheveux grisonnants et aux vêtements en lambeaux, peinait à tirer une lourde charrette transportant des outils agricoles. La saison était à la récolte des champs à présent, et bien que s'épuisant déjà la tâche sans même avoir commencé son dur travail, l'homme ne cessait de se départir de son sourire, surtout lorsqu'il vit Lily et ses enfants manger tranquillement.
- Bien l'bonjour ma p'tite dame ! dit-il en passant à côté d'eux. Vous avez bien raison d'profiter de c'temps, C'est pas tous les jours que l'on a un soleil pareil dins c'pays !*
- Où allez-vous comme ça, mon brave ? lui demanda poliment Lily en regardant le contenu de la charrette.
- J'men va récolter le fruit d'min labeur ! C'est qu'la mauvaise saison approche ! Ce serô dommage de gâcher mes belles pousses ! Eul' nourriture elle timbe pô du ciel, vous savez ?**
- Quel drôle d'accent vous avez là monsieur, ne put s'empêcher de lancer Rosie en réprimant un fou rire.
- Rosie, allons ! Ce n'est pas très poli de se moquer des personnes, jeune fille !
- ça m'déringe pô ma p'tite dame ! déclara le paysan en lançant un clin d'œil à Rosalyn. C'est vrai qu'j'ai l'accint du pays ! Mais in parlant d'ça, où une aussi charmante p'tite famille peut bien donc s'in aller ?***
- Nous nous dirigeons vers Londres pour y passer quelques temps, l'informa patiemment Lily. Des affaires d'ordre personnelles nous y attendent. Êtes-vous pressé, mon ami ?
- Pour sûr ! J'ai incôre une longue route à faire !****
- Ne pourriez-vous pas rester quelques instants pour nous tenir compagnie ? Nous avons suffisamment de nourriture pour subvenir à toute une armée, et nous pouvons si vous le souhaiter vous aider à tirer votre charrette jusqu'à votre champ ?
L'homme sembla quelques instants étonné par la proposition de Lily. Peut être croyait-il que toutes les grandes familles ne souhaitaient pas perdre leur temps avec un simple paysan, encore moins lui proposer de l'aider. Toujours est-il qu'avec le regard insistant de Lily, il finit par accepter joyeusement sa proposition et se joignit à eux pour savourer le festin de leur elfe de maison. Le repas fut depuis lors beaucoup plus animé, notamment grâce à leur nouvel invité qui s'avéra s'appeler - ironie de l'histoire - James. James n'était jamais avare d'histoire sur sa jeunesse et sur tout ce qu'il avait pu voir dans sa longue vie. Beaucoup d'anecdotes amusantes furent ainsi racontées, arrachant même à de nombreuses reprises des sourires de la part d'Harry. Leur invité se révéla même être très au courant de l'actualité européenne, notamment le conflit opposant actuellement le Royaume-Uni et une partie des autres royaumes d'Europe aux armées révolutionnaires françaises.
« J'vous in donnerô moi des révolutionnaires ! Eul' père Boris y'a perdu deux d'ses gosses à cause de s'foutu conflit ! Quelle idée d'aller guerroyer dins s'pays de vermines ! »*****
James n'aimait pas les français, et il le faisait bien savoir. Mais leur discussion ne s'orientait uniquement pas autour d'eux, mais également sur des sujets bien plus amusants. Le temps passa étonnamment vite, et bientôt Lily proposa au vieil homme d'attacher sa charrette à leur carrosse afin de le conduire jusqu'à sa destination. Le trajet fut surement le plus agréable depuis leur départ du manoir, et Rosie qui s'était prise d'affection pour le vieil homme ne cessait de lui demander de nouvelles histoires. Il était difficile d'ailleurs de savoir si c'était les récits du paysan ou son accent qui l'amusait le plus. Malheureusement, toute bonne chose avait une fin, et vint le moment des adieux après une longue route. Le vieillard fut un excellent compagnon de route, aussi son départ les peina tous les trois légèrement. James leur assura néanmoins que la porte de sa masure leur serait toujours ouverte, et qu'il serait ravi de les revoir plus tard si l'occasion se présentait, en promettant même à Rosie de lui enseigner quelques jurons locaux pour « sa culture personnelle ».
Leur route jusqu'à Londres put enfin reprendre, et avec elle, la morosité dont faisait preuve depuis le départ Harry. Son brusque changement de comportement intrigua de nouveau sa mère et sa sœur. Lui qui s'était montré très amical et joyeux en compagnie du vieux James, le voilà qui recommençait à se montrer maussade et peu amical envers elles.
La raison du silence d'Harry lui fut finalement révélée le lendemain, alors qu'ils déjeunaient dans une auberge du nom de « Porte d'Edimbourg ». L'endroit était très pittoresque est boisé du sol au plafond. Beaucoup de gens se trouvaient là, en grande partie des paysans et quelques notables, qui discutaient à voix haute sans se préoccuper du reste des clients pouvant entendre leurs conversations. La salle en elle-même était néanmoins très accueillante, avec de nombreuses tables carrées alignées face aux fenêtres et un comptoir derrière lequel une ravissante serveuse servait d'excellentes pintes de bière. Dommage que la nourriture provenant des cuisines n'était pas aussi délicieuse, comme le pensèrent les trois Potter en jouant avec les légumes nageant dans une soupe au goût pour le moins étrange. Et dire qu'ils avaient voulu essayer la cuisine locale… leur elfe faisait de biens meilleurs plats avec beaucoup moins d'ingrédient.
- Maman, est-ce que ça se mange ça ? demanda Rosie d'un air intrigué en lui montrant un légume trop cuit.
- Laisse le de côté et finis ton assiette, lui dit-elle en ayant elle-même du mal à la finir. Est-ce que ton repas te plait Harry ?
Harry, assis juste en face d'elle, fit comme à son d'habitude et ne lui répondit pas, gardant les yeux baissés sur son assiette de soupe, l'air absent. Son attitude commençait bien malgré elle à l'énerver, et ce dès le départ. Plus d'une semaine maintenant qu'il ne pipait le moindre mot, et sans raison évidente. La peine faisait à présent place à la colère, et sans le vouloir, elle la laissa échapper.
- Bon Harry, je commence à en avoir plus qu'assez de ton comportement ces derniers temps ! Tu ne parles plus, tu ne manges même plus si on ne t'y force pas ! Tu ne fais rien à part regarder le paysage et dormir ! J'exige de savoir ce que tu as !
- Comme si cela t'intéresse…, marmonna t-il sans lever les yeux vers elle.
- Bien sur que ça m'intéresse, je suis ta mère ! Je me préoccupe de ton bien être ! Quand tu ne vas pas bien, j'aimerais le savoir pour pouvoir t'aider à surmonter tes angoisses !
- Et que pourrais-tu faire pour m'aider alors que si je me trouve dans cette situation, c'est uniquement par ta faute !?
- Que… Que veux-tu dire ? demanda t-elle sans comprendre.
Harry leva finalement les yeux vers elle, mais le regard qu'il lui lançait la désarçonna complètement. Jamais encore il ne l'avait regardé avec un visage aussi… haineux.
- Tu nous mens depuis le début, et je le sais. Cette sortie, ce voyage soit disant pour se ressourcer et aller visiter Londres, ce temps que l'on passe en famille pour profiter de chacun sans se soucier des disputes entre toi et James… Quand allais-tu te décider à m'avouer la vérité ? Lorsque tu m'auras déposé devant leur porte comme une voleuse ?
Sa remarque eut le don de faire glacer aussitôt le sang de Lily. Ainsi il savait… il savait ce qui allait se passer le concernant. Il savait qu'elle avait accepté l'idée de James bien qu'à contre cœur. Son attitude était par conséquent évidente, et dans la logique d'un enfant de huit ans, avoir fait cela devait lui donner l'impression de l'abandonner à son tour, de le délaisser et s'avouer vaincue. Bien malgré elle, les larmes vinrent à ses yeux, et dans un geste presque désespéré, elle tenta de lui prendre la main pour lui montrer qu'elle était toujours là pour lui. Mais Harry en anticipant son geste la retira aussitôt sans cesser de la fusiller du regard.
- Oh Harry, je… je suis tellement désolée. Tout ceci n'aurait jamais dû arriver, dit-elle en enfouissant son visage dans ses mains pour masquer ses larmes. Je n'ai pas su leur tenir tête et voilà que maintenant tu me hais également…
Harry, qui pourtant en voulait énormément à sa mère, s'en voulait à présent de la faire pleurer. Son comportement lui parut soudainement totalement puérile et immature, bien loin de celui qu'il avait d'habitude. Sa petite sœur elle les regardait interagir, sans comprendre le moins du monde leur conversation.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda t-elle d'une petite voix.
- Rien Rosie. Termine ton assiette ma chérie…
- Maman, fais preuve au moins une fois de courage et dis-lui ce qui va se passer lorsque nous arriverons à Londres, lui ordonna d'une voix dure Harry.
- Comment as-tu su, Harry ? Nous avions parlé de ça tard cette soirée là…
- J'ai été réveillé par les cris de Sirius, et je suis descendu au rez-de-chaussée pour voir ce qui pouvait bien se passer, raconta t-il en buvant tranquillement le contenu de son verre. Je n'ai pas suivi le début de votre conversation, mais j'ai pu en entendre suffisamment pour savoir de quoi il était question : moi évidemment, et ce que ma présence au sein da la famille causait à votre couple et à Matthew…
Au fil de son récit, Lily put aisément comprendre pourquoi son fils avait tant de ressentiment envers elle. Malgré son jeune âge, il avait parfaitement compris les moindres paroles de Dumbledore et James, et également la proposition faite par le directeur le concernant. Utiliser des mots d'enfant pour raconter cette conversation qu'il n'aurait pas dû entendre lui fit d'autant plus mal qu'elle se rendit compte que son fils avait accepté avec fatalité le choix fait par ses parents, et ce, sans essayer de l'en empêcher ou même de s'enfuir. Non, il avait simplement préféré orienter toute sa colère et sa tristesse contre elle et James.
- Savoir que pour James, je ne suis qu'un bon à rien, un fils inutile dont il serait ravi de se débarrasser, je peux aisément m'en rendre compte. Mais que tu approuves ses paroles en acceptant la proposition du vieux fou… ça m'a profondément blessé.
- Quelle proposition ? s'enquit avec inquiétude Rosalyn. Maman, mais qu'est-ce qui se passe ?
- Rosie… Ton frère va… va aller vivre quelques temps à Londres.
L'expression choquée sur le visage de Rosie faisait presque aussi mal que les paroles blessantes d'Harry. En voyant les yeux de sa fille se remplir de larmes en comprenant que cela signifiait qu'elle ne verrait plus son frère durant une certaine période lui donna elle-même l'envie de fondre également en pleurs. Mais il fallait rester forte, malgré tout.
- Qu-quoi !? s'exclama tristement Rosie en faisant tourner au passage quelques regards vers elle. Tu mens maman, ce n'est pas vrai ! Harry ne peut pas s'en aller !
- Je vais m'en aller et même toi ne peut rien y changer Rosie, l'informa sèchement Harry. Mes chers parents ont décidé que je n'étais plus nécessaire dans leur maison et ont choisi de me donner en cadeau à la sœur de maman. Matthew pourra avoir ses parents auprès de lui alors que moi je serai chez Petunia Dursley, la femme dont maman ne cesse de dire des horreurs sur la façon dont elle la traitait. Merveilleux n'est-ce pas ? Je savais bien que je n'étais pas aimé, mais je dois avouer que comme preuve d'amour, vous avez rarement fait pire !
- Je ne te hais pas Harry ! hurla presque Lily en se levant furieusement de sa chaise. Si tu crois que cette situation m'enchante, tu as complètement faux !
- Si vraiment tu ne voulais pas m'envoyer là-bas, alors tu aurais dû tout faire pour l'en empêcher ! En plus, c'est toi qui a proposé que l'on m'envoie chez elle !
Sur ce point là, Harry avait tout faux, mais à huit ans, on n'entendait que ce que l'on souhaitait entendre. Lily ne l'avait proposé mais avait simplement énuméré ses proches encore vivants, et Petunia était en tête de liste.
- C'est la pire chose que tu m'ais jamais faite ! Je te déteste !
CLAC.
La gifle partit sans même qu'elle ne s'en rende elle-même compte. Le bruit se répercuta en écho dans toute la salle, alors que celle-ci était plongée pour la première fois dans le silence. Même la serveuse avait arrêté d'essuyer ses verres pour regarder la dispute qui se déroulait à quelques mètres d'elle. Harry lui était pour le moins choqué. Ce devait sans doute être la première fois que sa mère levait sa main sur lui. Il n'y était pas habitué, mais sa joue brulante lui remémora les innombrables baffes données par James. Sans plus attendre, sa mère le prit brusquement par la manche de sa veste et le tira vers la sortie, Rosie sur les talons.
Les gens s'écartaient sur son passage, de peur peut être de subir les foudres d'une sorcière furieuse, et il y avait de quoi. Lily était particulièrement effrayante quand elle était énervée, tellement que la porte d'entrée s'ouvrit d'elle-même pour la laisser sortir. Une fois dehors, elle traina son fils à l'écart, derrière l'auberge, et lorsqu'elle fut certaine qu'ils se trouvaient à l'abri des regards indiscrets, elle se retourna vers lui et le prit par les épaules pour lui faire face.
- Maintenant tu vas m'écouter, Harry. Cette décision a été prise par ton père et Dumbledore, pas par moi ! Je n'ai jamais voulu que tu ailles dans cet endroit horrible, ni même que tu quittes la maison ! Si cela avait été moi, tu aurais été dans un foyer bien plus accueillant, mais l'opinion d'une femme n'est jamais prise en compte, même à notre époque…
- Alors pourquoi ne pas me confier à Remus ou même aux Greengrass ?
- Laisse moi finir ! répliqua t-elle durement. J'allais y venir. Te laisser à Remus aurait pu être extrêmement dangereux pour toi étant donné la lycanthropie de ton parrain. Remus lui-même aurait sans doute refusé pour assurer ta sécurité et éviter tout débordement. En plus de ça, il fait partie de l'ordre du phœnix et est donc en relation avec ton père et Dumbledore. Si jamais ces deux là apprenaient que je t'avais confié à lui, Toi, Remus et même moi aurions eu des problèmes ! Quant aux Greengrass, il en va également de leur sécurité ! James pourrait très bien utiliser ça pour faire croire à la population qu'ils t'ont enlevé. Tu sais à quel point il les déteste !
Ses arguments étaient pour le moins convaincant et balayèrent d'un geste tout ce qu'il aurait pu dire pour affirmer qu'il aurait été mieux chez son parrain ou la famille Greengrass. Le seigneur Greengrass avait déjà bien des difficultés à faire taire les rumeurs le concernant en essayant de prouver qu'il n'était pas un serviteur du seigneur des ténèbres, alors donner en plus l'opportunité à James de le voir finir dans une cellule d'Azkaban lui et sa femme pour un faux Kidnapping n'était pas envisageable. Cela aurait été de plus préjudiciable pour Daphné et Astoria, et c'était bien là quelque chose qu'il ne voulait pas. Daphné était sa fiancée après tout bien que sur papier pour l'instant, mais il l'aimait déjà beaucoup. Quel drôle de cadeau lui aurait-il fait là.
- Alors… Je suis condamné à passer les trois prochaines années chez la tante Petunia ? marmonna t-il piteusement.
- Tu n'iras pas chez ta tante.
Son affirmation lui fit relever la tête et écarquiller les yeux. Il n'allait pas chez les Dursley ? Mais pourtant, c'est ce qu'il avait bien cru entendre ce soir là. Sa mère lui mentait-elle une nouvelle fois ? Difficile à dire… Jamais elle n'inventerait quelque chose d'aussi gros dans le simple but de dissiper ses certitudes. Lui qui s'était fait une raison depuis plus d'une semaine maintenant, voilà qu'on lui lançait en pleine figure que tout ce qu'il croyait était faux.
- Je… Je ne vais pas chez elle ? répéta t-il presque craintivement, comme n'arrivant toujours pas à y croire.
- Non. Moi vivante, jamais je ne te laisserai aux mains de cette femme, déclara sa mère fermement.
- Mais… Où vais-je aller alors ?
- à l'orphelinat.
Si entendre qu'il n'irait pas chez les Dursley avait déjà été un choc pour lui, découvrir que maintenant il irait dans un orphelinat fut encore pire. L'orphelinat était pour lui l'endroit où les parents se débarrassaient de leurs enfants quand ils n'en voulaient plus, ou quand ils n'avaient pas de quoi les nourrir. Parfois même les enfants n'avaient plus de parent et tombaient là-bas car ils ne trouvaient aucune autre solution pour survivre. Etre entouré d'enfants n'était pas ce qui l'effrayait le plus, mais la perspective de passer plusieurs années dans un endroit lui étant complètement étranger et sans sa famille lui était difficile à supporter.
C'était pourtant la seule solution qu'avait trouvé Lily pour lui épargner la présence de la famille de sa tante. Rien ne pouvait être pire que ça, et du peu qu'elle en avait vu en transplanant discrètement à l'intérieur de la taverne tenu par Vernon Dursley, la vie familiale à l'intérieur n'était jamais rose à l'intérieur. Au moins elle était certaine qu'être éloigné quelques temps de Dumbledore et James serait une tâche facile en le plaçant dans un orphelinat. Jamais le directeur de Poudlard n'irait mettre les pieds dans un endroit pareil. Et puis, elle pourra toujours revenir le chercher lorsqu'il aurait onze ans pour commencer sa scolarité à Poudlard.
- à l'orphelinat ? répéta encore une fois Harry alors que sa petite sœur plaquait une main sur sa bouche, elle-même choquée par la tournure des évènements.
- C'est la seule solution que j'ai trouvé, avoua t-elle nerveusement. Le mieux est que tu sois éloigné quelques temps du monde magique pour ta sécurité, et comme je n'ai aucun lien de parenté ni même des amis dans le monde moldu, je n'ai au final que cette idée pour te protéger.
- M-mais… ce n'est pas là-bas que l'on envoie les enfants abandonnés ?
- Je suis déjà allé dans cet orphelinat pour expliquer la situation à la personne le dirigeant. Elle a accepté de te prendre pour les trois prochaines années, moyennant une certaine somme d'argent. Par conséquent, contrairement aux autres enfants, tu ne seras pas un candidat à l'adoption mais un simple… comment dire… locataire en quelque sorte.
Un silence s'installa finalement entre eux, contrastant avec la conversation explosive qu'ils avaient eue quelques minutes plus tôt. Lily profita de cet instant pour caresser tendrement la joue de son fils dont elle pouvait voir aisément l'appréhension se lire à travers son visage.
- Crois moi Harry, cette situation ne me plait pas autant que toi, mais je n'ai trouvé que ça pour te donner une vie normale, loin de tous les tracas causés par ton petit frère et ton père. Profite de cette liberté pour t'ouvrir un peu plus au monde et pourquoi pas te faire des amis. Dieu sait que tu as du mal à te lier avec d'autres personnes… Considère cela comme un enrichissement personnel qui te permettra de t'éveiller au monde extérieur.
- M-mais maman, je… Tout sera si difficile loin de toi et Rosie…
- Je sais, mais tu verras que le temps te semblera moins long en t'occupant. Instruis-toi, amuse-toi, émerveille-toi de toutes les richesses que nous offre le monde, jusqu'à ce que tu reçoives ta lettre de Poudlard. A ce moment là, je reviendrai te chercher et tu pourras revenir à la maison.
- Mais si papa ne le veut plus ? Et si… si il voulait que je reste là-bas et que je ne revienne plus ?
C'était une éventualité qu'elle avait elle-même envisagé, mais aucun cas de figure ne lui permettait de faire quoi que ce soit si James voulait faire cela. La seule possibilité aurait pu être de s'enfuir avec Harry et Rosie, mais cela les aurait laissé sans argent ni logement. Une situation qui l'effrayait bien malgré elle.
- Quoi qu'il arrive Harry, je serai toujours avec toi, peu importe ce que dira ton père, dit-elle en tentant de le rassurer.
- Pourquoi ne peut-on tout simplement pas partir et ne jamais retourner à la maison, maman ? lui demanda Rosie en s'immisçant dans la conversation.
- C'est impossible, ma chérie. Ton père contrôle toutes les voutes et les biens mobiliers que nous possédons car la loi magique le lui permet. Je n'ai aucun contrôle sur notre fortune et ne peut retirer de l'argent qu'avec le consentement de ton père. Si jamais je partais, je n'aurais par conséquent pas la possibilité de me servir dans notre coffre fort pour subvenir à nos besoins.
- Et si tu… Heu… c'est quoi déjà le mot Harry ? Tu sais quand deux personnes ne s'aiment plus et se séparent ?
- Divorcer ? proposa Lily. C'est une pratique très mal vue, Rosie, même chez les moldus. En cas de divorce, l'époux récupère l'intégralité de la richesse du couple ainsi que les meubles et même les enfants. Je n'aurais strictement rien en retour, pas même une simple noise. Je serai comme ces personnes à qui l'on distribue de la nourriture, tu te rappelles ?
- Alors il… Il n'y a rien qu'on puisse faire pour éviter ça ? hoqueta sa fille en commençant de nouveau à pleurer. Je… je vais être séparé d'Harry à-à cause de la popularité de Matthew et parce que papa est un idiot ?!
Lily se contenta d'acquiescer tristement, avant de prendre Rosie dans ses bras pour la bercer tandis qu'elle pleurait sur son épaule. Harry restait à côté d'eux, perdu dans ses pensées. Quoiqu'il fasse, il n'y avait plus aucune possibilité de faire machine arrière, et de toute façon, sa mère avait elle-même dit avoir pensé à cela toute la semaine. Merlin savait à quel point quand Lily se lance dans quelque chose lui tenant à cœur, elle s'y donnait corps et âme. Si elle n'avait rien trouvé, alors c'est qu'il n'y avait rien à faire. Et dire qu'il l'avait hais pour ce qui lui arrivait, alors qu'au final elle était elle-même une victime. Il se dégoutait.
- Maman, je… je suis désolé.
- Ce n'est pas grave Harry, le rassura t-elle en continuant de réconforter sa fille. Je sais que ça a dû être difficile pour toi d'apprendre ce qui allait t'arriver. J'aurais surement réagi de la même façon si cela m'était arrivé.
- Non, mon attitude envers toi et Rosie est impardonnable… J'aurais dû me montrer plus ouvert et te parler directement de ce sujet précis, au lieu de m'apitoyer sur mon sort et passer mon temps à vous éviter. Je vous ai fait du mal en agissant ainsi, et je le regrette.
Les larmes commençaient encore une fois à couler le long de ses joues, et Lily le remarqua peut être avant même qu'elles ne le commencent car moins de dix secondes plus tard, Harry se retrouvait à son tour dans ses bras dans une étreinte si apaisante.
- Je ne douterai plus jamais de toi, maman, jura t-il entre deux reniflements. Tu es si bonne avec moi, j'ai été idiot de penser que tu pouvais prendre le parti de Dumbledore…
- C'est que tu ne connais pas le lien indéfectible qui relie une mère à ses enfants, Harry. Les dires d'un vieillard sénile comme Dumbledore ne peuvent rien contre cela.
Après encore une minute de silence, Lily se releva et pour la première fois depuis leur discussion, un sourire sincère s'afficha sur son visage.
- Cela vous dirait de repartir dès à présent et de profiter enfin tous les trois de cette merveilleuse ballade ?
Deux hochements de tête plus tard, et mère et enfants reprirent la route dans une bonne humeur retrouvée. Leur voyage depuis cette journée fut bien plus agréable pour tous les trois. Harry avait finalement mis de côté toute la rancune qu'il avait enfoui en lui et passait le plus clair de son temps à jouer avec sa sœur et sa mère, comme pour profiter des derniers instants en leur compagnie. Merlin, et dire qu'il avait l'intention au départ de se priver de cela. Quelle triste image il allait leur laisser. Sa mère avait voulu emmener avec elle Rosie pour qu'ils passent leur temps ensemble, et il avait bien failli gâcher cela à cause de sa bêtise. Il s'en voulait, et fit de son mieux pour rattraper le temps perdu. Lily elle-même décida d'allonger encore un peu ses moments intimes en empruntant un itinéraire beaucoup plus long pour aller jusque Londres en empruntant des sentiers contournant aisément la ville et sa périphérie.
James pouvait bien aller au diable, leurs vacances, puisqu'elle considérait cela comme tel, était tellement plus relaxante, bien loin des soucis causés par son mari.
Mais il fallait bien mettre un terme un jour à leur balade, et déjà les premiers bourgs précédant la capitale du Royaume-Uni apparaissaient sur leur trajet. A mesure qu'ils progressaient, la foule se faisait de plus en plus conséquente, et Harry dut admettre qu'il n'avait encore jamais vu autant de gens, encore moins des moldus. Toutes les catégories sociales se mêlaient entre elles, formant un véritable arc en ciel de couleur où les plus belles étoffes côtoyaient les haillons. Paysans et personnages de la haute noblesse anglaise défilaient sous leurs yeux, chacun s'affairant à leurs petites affaires. A mesure qu'ils progressaient au cœur même de Londres, Harry put aisément remarquer de nombreux hommes portant un uniforme de couleur rouge et tenant tous un long fusil au bout duquel se tenait une baïonnette. Des soldats sans doute.
- Le vieux James n'avait pas tort concernant cette guerre en cours, commenta Rosie en regardant elle aussi les régiments de soldat sur leur route. Les sorciers ont-ils aussi une armée maman ?
- Je ne crois pas que nous en ayons une, répondit-elle en regardant curieusement elle aussi les militaires. Nous avons les Aurors pour assurer notre sécurité, mais c'est vrai que quelques soldats en cas de conflit avec une autre nation ne seraient pas de refus. Je doute cependant qu'une telle chose puisse arriver, nous ne sommes pas suffisamment nombreux pour nous permettre ce genre de fantaisie.
Les soldats anglais avaient au moins comme mérite d'égayer un peu la ville de Londres, qui était très pittoresque, bien loin de l'idée que s'était fait Harry d'une ville aussi prestigieuse. La légende selon laquelle cette ville était continuellement sous un ciel nuageux n'était peut être pas si dénuée de bon sens, puisqu'eux-mêmes subirent un temps similaire. Les nuages au dessus de la ville étaient gorgés de pluie et menaçaient à tout instant de déverser sur la foule en bas des litres d'eau. Cela n'aurait de toute façon pas fait de différence étant donné que les maisons et autres bâtiments formant les rues de Londres étaient tout aussi ternes que le ciel au dessus d'eux. Peut être même auraient-ils permis de nettoyer un peu la crasse incrustée sur certains. Les routes de la capitale étaient larges et pavées, mais très sales et bien des miséreux y avaient élus domicile. La Tamise en elle-même à côté de laquelle ils passèrent ressemblait plus à un égout à ciel ouvert qu'à un fleuve, et à quelques reprises, Harry crut voir à quelques reprises des corps sans vie le long des quais. L'impression que lui donnaient par ailleurs les chemins qu'ils empruntaient était loin d'être bonne.
A dire vrai, il aurait plutôt tendance à trouver l'atmosphère à l'intérieur du Londres moldu inquiétante voir angoissante. Mieux valait ne pas trainer en pleine nuit dans ses ruelles. Les gens qu'ils croisaient ne semblaient pas particulièrement joyeux, affichant pour la plupart des mines résignées voir maussades pour une raison quelconque. Les seuls endroits où d'importantes activités avaient lieu étaient le marché où chaque commerçant ambulant rivalisait avec les autres pour attirer un maximum d'acheteurs et l'hôpital militaire d'où ils purent avoir un aperçu des terribles blessures provoqué par les balles ennemies. Harry dut notamment boucher la vue de sa sœur en voyant les membres amputés de certains blessés qui lui donnaient lui-même la nausée.
- Bien pensé Harry, le complimenta sa mère en détournant le regard face à ce triste spectacle.
L'image des survivants de « la bataille du cap Saint Vincent » resta gravée longtemps dans leur mémoire, mais tous les trois eurent l'occasion de chasser cet horrible souvenir de leur mémoire quelques minutes plus tard. Le carrosse s'était finalement arrêté au beau milieu d'une rue étonnamment déserte, et Harry put contempler de la fenêtre le vaste bâtiment derrière une grande clôture en fer forgé qui dominait de toute sa hauteur les autres habitations et commerce alentours.
- C'est ici, l'informa Lily comme pour répondre à sa question.
Merlin, cet endroit était un orphelinat ? Il aurait en tout cas était parfait pour servir d'inspiration pour un château des horreurs. Le « Wool's orphanage », puisqu'il figurait ce nom au dessus de la grille d'entrée, était un vieux bâtiment à l'aspect délabré par le temps et les conflits. Les pierres autrefois rouge de l'édifice étaient à présent un amas de couleur allant du verdâtre au noir en passant par le gris et le rouge délavé. Trois immenses fenêtres faisaient face à la petite cour séparant le portail d'entrée à la porte principale, et les carreaux de chacune d'entre elles étaient tout aussi sales que le reste du bâtiment.
Regardant du coin de l'œil Rosie descendre également du carrosse, il put voir tout comme chez lui le même regard d'effarement sur son visage, sans doute dû à la seule pensée que son grand frère puisse passer trois ans dans cet endroit. Une petite voix dans sa tête lui hurlait de ne pas mettre les pieds dedans et de trouver refuge ailleurs, mais ce serait suicidaire de sa part, sans compter que selon sa propre mère, l'endroit était le meilleur orphelinat de Londres.
- Je dois reconnaitre que son aspect extérieur n'est pas très reluisant, avoua Lily en regardant les mines affichées par ses deux enfants, mais la propriétaire des lieux m'a assuré qu'il n'y avait rien de mieux dans toute la ville. Je n'ai pas eu le courage de vérifier ses dires.
Gizmo interrompit leur discussion en claquant plus violemment qu'il ne fallait la malle d'Harry sur la chaussée, causant ainsi un sursaut général de la part des trois Potter.
- Pardonne-moi maitresse Lily ! s'exclama t-il aussitôt en se prosternant devant eux au beau milieu de la route. Gizmo est un mauvais elfe de maison incapable de soulever une malle ! Gizmo doit se punir !
- Gizmo, je t'en prie, arrête ! l'implora Lily en le voyant commencer à se taper le front sur la pierre froide de la rue. Ce n'est pas la peine d'agir ainsi !
Heureusement que personne ne se trouvait dans la rue, autrement le spectacle que faisait Gizmo en aurait étonné plus d'un. Il finit par cesser son auto-flagellation et traina la malle d'Harry jusqu'au portail, l'air légèrement sonné. Pendant ce temps, les trois Potter commençaient déjà leurs adieux, du moins chacun regardait dans les yeux de l'autre comme pour savoir lequel finirait par ouvertement dire au revoir à l'autre.
Ce fut finalement Rosalyn qui mit un terme à cette bataille de regard en se jetant littéralement pour le serrer dans ses minuscules bras. Elle ne semblait pas vouloir le lâcher, se cramponnant désespérément à sa veste, tout en sanglotant sur lui. Harry lui caressa maladroitement les cheveux pour essayer de la consoler sans pour autant lui faire cesser ce qu'elle faisait. Lui-même était touché par son geste et sa volonté de ne pas vouloir l'abandonner, mais malheureusement pour eux, il le fallait.
- Allons Rosie, ce n'est que pour trois ans ! la rassura t-il maladroitement pour essayer lui-même de se donner du courage. Sois une grande fille s'il te plait…
- Mais c'est tellement dur, couina t-elle en enfouissant son visage dans le torse de son frère. Ne pas t'avoir avec moi pendant tout ce temps, savoir que tu seras seul dans cet endroit sinistre à cause de Matthew et papa… C'est eux qui devraient partir et nous laisser en paix !
- Ne dis pas… Ils… Ils font ce qu'ils croient être juste, tout simplement. Mais quand je reviendrai, plus jamais nous ne serons séparés, et nous pourrons recommencer à faire ce que nous faisons tous les deux, comme avant.
- Tu me le promets ?
- Promis, et je ne reviens jamais sur ma parole.
Sa sœur acquiesça et consentit à le relâcher, sans pour autant cesser de pleurer. Vint ensuite le tour de sa mère, mais cette fois-ci, ce fut Harry qui prit les devant et lui enserra la taille dans une étreinte à rendre jaloux un serpent. Ce sera peut être la dernière fois avant longtemps qu'il la verrait, aussi voulait-il dans ce geste lui montrer tout l'amour qu'il avait pour elle, mais aussi mémoriser cette scène pour supporter les prochaines années.
- Prends soin de toi Harry, marmonna sa mère la tête sur son épaule. Sois sage et ne fais pas de bêtises…
- Ce n'est pas mon genre, maman, ne put-il s'empêcher de lâcher. Je laisse cela à James et Matthew.
Lily gloussa très brièvement et desserra légèrement son étreinte pour le fixer de longues secondes dans les yeux. Elle-même voulait mémoriser le visage de son fils ainé sous toutes les coutures, pour ne pas oublier le moindre détail.
- Si jamais tu as le moindre problème et que tu souhaites m'en parler, n'hésite pas à m'envoyer une lettre en utilisant le courrier postal du chemin de Traverse. Le chaudron baveur se trouve sur Charring Cross Road, tu ne pourras pas le rater. N'oublie pas de te brosser les dents matin, midi et soir, de manger proprement et sans tâcher tes vêtements. Dieu merci, tu n'as pas hérité de ton père ses manières de table. Sois poli avec les autres, et ne te dispute pas sauf si tu trouves cela justifié. Ne…
Ses recommandations durèrent très longtemps, même pour Harry, mais il savait qu'elle n'agissait que comme toutes les mères après tout. Il avait d'ailleurs pu le remarquer les rares fois où il avait assisté à ce genre de scène d'adieu entre mères et enfants avant leurs départs vers Poudlard. Dans un sens, c'était comme si lui-même y allait, sauf que son absence durerait plusieurs années.
- Bon hé bien, je crois que je t'ai tout dit…, marmonna Lily d'une voix triste.
Quelques secondes passèrent, avant qu'elle ne l'enlace de nouveau, rapidement rejointe par Rosie.
- Au revoir, Harry… Je t'aime mon trésor, murmura t-elle tendrement en lui embrassant le front.
- à bientôt, maman. Je t'aime tellement…
Aussi soudainement qu'elle l'avait enserré, Lily le libéra et se remit debout. Leur dernier geste envers l'autre se terminait ainsi, et après un dernier regard où Harry put clairement lire toute la détresse qu'il y avait au fond d'elle, Lily entra dans le carrosse en forçant légèrement Rosie qui ne voulait pas abandonner son frère. Gizmo lui-même fit ses adieux à son jeune maitre en lui baisant les pieds tout en marmonnant des « Adieu, mon bon maitre Harry ! Vous allez tant manquer au pauvre Gizmo ! Un maitre si noble que vous ne mérite pas de vivre cela ! », avant de remonter sur la banquette du conducteur et de faire avancer les deux chevaux d'un claquement de fouet. Le carrosse s'ébranla et démarra sa course à destination du manoir Potter, avec un passager en moins. Harry regarda la voiture de ses parents s'éloigner avec une tristesse sans nom. Sa sœur avait par ailleurs fait passer sa tête à travers l'une des fenêtres et secouait frénétiquement sa main pour le saluer, les yeux ruisselant de larmes.
- Je t'aime grand frère ! Ne m'oublie pas !
- Jamais !
La silhouette du carrosse devint de plus en plus petite, pour au final disparaitre dans un virage, laissant la rue à présent totalement déserte. Seul. Il était pour la première fois de sa vie livré à lui-même, dans une ville qu'il ne connaissait pas, avec pour seul bagage une malle pleine de vêtement et sans personne à qui confier son mal-être. Mais le temps n'était pas encore à la déprime et les pleurs viendront plus tard.
C'est d'un pas décidé qu'il franchit le portail de l'orphelinat pour se diriger vers la porte d'entrée. Ses pas se répercutaient en écho dans le silence assourdissant de la cour, lui donnant l'espace d'un instant la drôle d'impression d'être un bagnard conduit à l'échafaud. Sa malle pesait une tonne, mais peu lui importait. Mieux valait entrer au plus vite dans cet endroit plutôt que de continuer encore longtemps à supporter ce calme angoissant. Mais le peu de courage qu'il avait s'estompa rapidement lorsqu'il se retrouva face à la porte en bois écaillé de l'orphelinat.
« Tu peux le faire Harry, ce n'est qu'une porte… Tu ne pourras pas rester indéfiniment devant elle pendant trois ans… »
Soufflant un bon coup, il se décida à l'ouvrir, non sans au passage pousser de toutes ses forces la porte qui se mit aussitôt à grincer, et put enfin avoir sous les yeux l'intérieur du bâtiment dans lequel il passera ses prochaines années. L'endroit était vaste et lugubre. La pièce ne servait pourtant que de hall d'accueil, mais elle faisait bien deux fois la taille du salon du manoir Potter. Il n'y avait pas le moindre meuble en vue, hormis un guichet derrière lequel une vieille femme à la peau ridée et à l'air sévère recoiffait ses cheveux en un chignon serré. Les murs de la pièce autrefois blanc avait depuis longtemps pris une couleur sale et grise. La charpente ornant les coins des murs, le plafond et les plinthes était d'une couleur très sombre, presque noir, tandis que le sol était composé uniquement d'un carrelage noir et blanc, seule touche de décoration de la salle. Un immense escalier se trouvait sur sa droite, juste à côté du guichet. De là où il se trouvait, Harry ne pouvait rien distinguer en haut, mais l'obscurité qui augmentait au fil des marches ne présageait rien de bon pour toute personne craignant le noir. Deux portes étaient présentes dans la pièce : l'une derrière la guichetière servant peut être de bureau ou de salle pour les employés, et une autre sur gauche de la porte d'entrée au-delà de laquelle Harry pouvait entendre le bruit de couverts s'entrechoquant dans des assiettes.
« Surement le réfectoire » songea t-il en s'approchant du guichet.
Trainant sa lourde valise derrière, il prit le temps d'avancer prudemment vers la vieille dame, qui ne semblait d'ailleurs pas avoir remarqué son arrivée. A dire vrai, elle n'avait même pas remarqué sa présence dans la pièce, et continuait distraitement de terminer son ouvrage avec ses cheveux. Peut être était-elle sourde ? Ce fut ce qu'il pensa lorsqu'après s'être raclé à trois reprises la gorge, son interlocutrice n'avait pas levé les yeux sur lui.
- Excusez-moi ? Vous m'entendez ?
Constatant que malgré ses efforts, rien n'y faisait, il passa au plan B : utiliser la sonnette placé en évidence sur le comptoir. Pour faire bonne mesure, il appuya fortement dessus et le bruit causé par le petit objet provoqua un vacarme du tonnerre faisant sursauter la vieille dame de son siège. D'abord choquée, celle-ci regarda enfin Harry, mais son visage était loin d'être amical comme il le remarqua rapidement.
- N'avez-vous pas honte de faire peur comme cela à une vieille femme, jeune homme ? Cela vous amuse peut-être !?
- Pardonnez-moi, madame, mais j'ai eu beau vous appeler, vous…
- Que dites-vous ? l'interrompit t-elle d'une voix dure. Parlez plus fort, je n'entends rien !
Sa première impression se confirma la concernant : elle était bel et bien sourde.
- J'ai dis que j'ai eu beau vous appeler à maintes reprises, vous ne faisiez pas attention à moi ! s'exclama t-il en haussant légèrement le ton.
- Vous dites !? Vous voulez du chocolat !?
Pour éviter de laisser échapper la frustration qui commençait à apparaitre en lui, Harry préféra sortir la lettre que Lily lui avait donnée plus tôt et la tendit à la vieille femme qui s'empressa aussitôt de la lire. Les minutes passèrent, et Harry se demanda l'espace d'un instant si elle savait lire. Après tout, il n'était pas rare en cette époque de rencontrer des gens ne sachant ni lire ni écrire. Son interlocutrice parcourait néanmoins des yeux le parchemin ligne après ligne. Au moins savait-elle déchiffrer l'écriture soignée de sa mère. Au bout d'un certain temps, elle reposa la feuille sur son comptoir et darda un bref regard sur Harry avant de reposer sa paire de lunette dans son étui.
- Vous êtes donc le fils de cette charmante femme venue la semaine passée pour nous informer qu'elle souhaitait nous confier votre garde durant une certaine période ? demanda t-elle à Harry qui approuva d'un hochement de tête pour éviter d'avoir à parler. Votre mère a déboursé une importante somme d'argent pour payer votre séjour parmi nous. Vous n'aurez donc pas besoin d'effectuer les mêmes corvées que les autres enfants, ni même de travailler.
- Oh, mais cela ne me dérange pas vous savez ! intervint t-il précipitamment en voyant là une occasion pour se lier d'amitié avec d'autres enfants.
- Vous serez cependant logé et nourri à la même enseigne que les autres, ajouta t-elle sans prendre en compte sa remarque. Vos privilèges s'arrêtent là. Il n'y a de toute manière pas de chambre privée, sauf pour les membres du personnel. Vous dormirez par conséquent dans le même dortoir que les autres enfants et dinerez en même temps qu'eux. Est-ce clair ?
Harry approuva de nouveau d'un hochement de tête. Cette femme ne semblait pas très commode. Aussi valait-il mieux faire profil bas et ne pas contester sa parole.
- Je suppose que vous savez déjà lire et écrire ? demanda t-elle subitement en jetant un coup d'œil aux vêtements d'Harry. Je n'ai pas pour habitude de voir des enfants venir dans mon institut habillés de la sorte. Mais n'en profitez pas pour fanfaronner auprès des autres parce que vous faites partie d'une grande famille, jeune homme.
- Ce n'était pas mon intention…
- Nous permettons à nos orphelins de pouvoir suivre quelques cours de lecture, de mathématique, d'histoire et quelques autres matières que nous enseignons de temps à autre. Vous pouvez bien évidemment y participer. Avez-vous des questions ?
- Non madame, j'ai parfaitement com…
- Que dites-vous ? l'interrompit-elle de nouveau en tendant l'oreille.
- J'ai dis que j'ai parfaitement compris ce que vous m'avez dit et n'ai pas de question !
- Très bien, alors je vais vous conduire à votre dortoir dans ce cas.
Se levant de son siège, elle contourna le comptoir en lui faisant signe au passage de la suivre. Harry la suivit docilement jusqu'à l'escalier qu'ils grimpèrent l'un à la suite de l'autre, dans un concert de craquements sinistres. L'argent versé par sa mère pourrait au moins servir à réparer certaines petites choses dans cette établissement se disait-il. Sa guide ne prit pas la peine cependant de l'aider à monter sa valise et le laissa effectuer cette tâche sans remord. Cette femme n'était décidemment pas très sympathique.
- Tout le monde est réveillé au plus tard à sept heures du matin, l'informa t-elle en le conduisant une fois en haut à travers un long corridor. La toilette se fait en commun dans cette pièce, indiqua t-elle en pointant du doigt une porte. Ici se trouve les sanitaires, un petit luxe que vous ne verrez jamais dans un autre orphelinat. Jusqu'à récemment encore, les enfants faisaient leurs commissions dans les latrines de la cour, mais la cour royale du Royaume-Uni a financé quelques travaux dans notre établissement. Une fois prêt, vous serez conduit jusqu'au réfectoire se trouvant en bas où vous dinerez bien évidemment avec le reste de nos enfants à charge. Tout enfant n'étant pas capable d'arriver à l'heure pour les repas en sera bien évidemment privé. Nous proposons par la suite certaines activités comme celles que je vous ai mentionné tout à l'heure.
Son discours continua longtemps, le temps qu'Harry comprenne que la journée s'orientait généralement autour de diverses tâches à accomplir dont il était dispensé du fait de l'argent que Lily avait versé et des visites des potentiels parents pour les jeunes orphelins de l'institut qu'elle tenait. L'un des seuls points positifs était les quartiers libres dont profitaient les enfants pour aller se balader tranquillement dans les rues de Londres jusqu'au couvre-feu. Au moins pourra t-il lui-même découvrir un peu cette ville dont il ne connaissait rien hormis le chemin de Traverse. Peut-être même se risquera t-il à s'y aventurer quelques fois, même si le risque était grand.
Son cœur se serra légèrement en songeant qu'il pourrait même croiser sa mère et Rosie là-bas, mais qu'il lui serait impossible d'entrer en contact avec elles. Le fossé les séparant lui apparut encore plus grand maintenant. Ses sombres pensées furent néanmoins interrompues par l'ouverture d'une porte dans un nouveau concert de grincement.
La pièce qu'il découvrit au-delà était très spacieuse et tout en longueur. Deux rangées de lits aux draps blancs se faisaient face, chacun placé juste en face d'une haute fenêtre. Chaque lit possédait d'un côté une petite table de chevet et une commode de l'autre, le strict nécessaire en somme. La plupart donnaient déjà des signes de vie avec les quelques jouets disposés sur elles et des manuels d'histoire et de littérature, mais tout était dans un ordre parfait. Rien ne trainait sur les lits et eux-mêmes étaient faits dans un ordre et un soin parfait. On ne pouvait pas faire mieux, sauf peut être dans l'armée. La pièce en elle-même était triste à en pleurer et ne dégageait aucune émotion, et les murs gris et par endroit fissurés n'arrangeaient pas les choses. Cet orphelinat était vraiment l'un des plus réputés d'Angleterre ? Quelques doutes subsistaient.
- Voilà l'endroit où vous dormirez, déclara son accompagnatrice en regardant du coin de l'œil sa réaction. L'argent que ma donné votre mère n'incluant pas comme service de devoir vous donner la main jusqu'à votre lit, je vais par conséquent vous laisser vous-même vous en charger. Vos camarades devraient bientôt avoir fini de diner, alors n'ayez crainte : vous ne serez bientôt plus seul.
Sans un mot de plus, la vieille femme se détourna et sortit de la pièce en claquant fortement la porte. Le bruit causé se répercuta en écho dans la pièce, pièce où il était totalement seul à présent. Merlin, les trois prochaines années risquaient de devenir pénibles à ce rythme là, et il en vint l'espace d'une seconde à regretter James et le confort du manoir tandis qu'il se mit à chercher un espace libre pour lui. Non, rien ne pouvait être pire que James et la tyrannie dont il abusait à longueur de temps. Pour sa mère, pour Rosie, et même pour Daphné, il tiendra le coup, et ce, quelque soit le prix à payer.
A/N : Et voilà ! Je vous ai bien eu, n'est-ce pas ? J'avais bien dit que Lily serait gentille dans l'histoire. Par moment j'ai quand même tendance à croire que j'écris du Mary-sue (Pouah :s).
Le prochain chapitre verra l'apparition des premiers personnages réels, notamment une qui s'avérera très importante pour la suite. Vous aurez également un rapide aperçu des conditions de vie d'Harry dans cet orphelinat. La gérante n'a d'ailleurs pas l'air très commode... L'histoire prendra un nouveau virage à 180° dans le chapitre 6, un virage qui pourrait vous surprendre.
Sinon à titre indicatif, les soucis que Lily pourrait connaitre pour son divorce ont vraiment éxistés : je m'inspire des lois existant déjà à l'époque. Une société très machiste en somme.Sur ce, à la semaine prochaine !
ps : pour mieux comprendre ce que le paysan dit, je me suis dit qu'il fallait une petite traduction ! (au passage, c'est un mélange de ch'ti et de français) :
* : Bien le bonjour ma petite dame ! dit-il en passant à côté d'eux. Vous avez bien raison de profiter de ce temps, C'est pas tous les jours que l'on a un soleil pareil dans ce pays !
** : Je vais récolter le fruit de mon labeur ! C'est que la mauvaise saison approche ! Ce serait dommage de gâcher mes belles pousses ! la nourriture elle tombe pas du ciel, vous savez ?
*** : ça m'dérange pas ma petite dame ! déclara le paysan en lançant un clin d'œil à Rosalyn. C'est vrai que j'ai l'accent du pays ! Mais en parlant d'ça, où une aussi charmante petite famille peut bien donc s'en aller ?
**** : Pour sûr ! J'ai encore une longue route à faire !
***** : Je vous en donnerai moi des révolutionnaires ! le père Boris a perdu deux de ses gosses à cause de ce foutu conflit ! Quelle idée d'aller faire la guerre à ce pays de vermines !
