Bonjour à tous ! Tout d'abord je souhaite de bonnes vacances de Toussaint à ceux qui pourront en profiter (pas sur que ce soit le cas ailleurs dans le monde…). Donc comme d'habitude, voilà le nouveau chapitre. Je fais enfin apparaitre mes premiers personnages réels qui comme vous le remarquerez seront français ! Du moins, presque tous…

Il y en aura d'autre, croyez-moi, et même des inattendus (vous n'avez qu'à penser aux plus célèbres de cette époque là : certains apparaitront dans mon histoire).

Je dois avouer que là on s'oriente vraiment vers un univers alternatif, mais vous n'êtes pas au bout de vos surprises : la vie d'Harry va être complètement à l'opposé de ce que l'on pourrait imaginer.

Par contre à titre indicatif, désormais cette histoire aura un chapitre toutes les deux semaines par manque de temps pour écrire à la fois pour elle et pour mon autre histoire. Ça ne signifie pas que je me lasse d'écrire, loin de là ! J'alternerai en vérité.

Bonne lecture !

Ps : For my foreign readers, In this chapter, I say a few times the word "mon a.m.i.e" : I don't know why google translate this into "my girlfriend", but for a better understanding, you must understand that It's just "my friend" ! Women who say this are not together! (Sorry if my sentence doesn't mean anything, I don't speak very well English :s)

Novembre arriva rapidement depuis cette journée, et l'été relativement clément du mois d'aout fit place à un climat beaucoup plus humide et froid. Le temps n'était pas vraiment aux promenades, et la chaussée encore imbibée d'eau de pluie et rendue ainsi glissante devenait par moment bien dangereuse pour les rares courageux bravant la froideur de l'automne. Pourtant un convoi faisait exception à cette règle et s'avançait tranquillement à travers les routes quasi désertes de Londres. Plusieurs hommes à cheval et en tenue militaire formaient une formation complexe autour d'un carrosse richement décoré et bordé de motifs et autres décorations sculptés de main de maitre et recouverts d'une fine couche d'or. Même le plus idiot des Hommes pouvait facilement comprendre que les personnes à l'intérieur n'étaient pas n'importe qui, d'autant plus que le blason incrusté dans les portières de la voiture ne laissait aucun doute quand à l'identité de l'une des personnes à l'intérieur. Ne pas reconnaitre les armoiries de la famille royale de Grande Bretagne constituait presque un sacrilège pour les sujets du roi. Pourtant ce ne devait pas être lui. Le régiment chargé de la protection de l'individu mystère dans le carrosse était certes important et constitué d'une dizaine d'hommes, mais les déplacements du roi George III ou même de son épouse la reine Charlotte demandaient davantage de soldats pour assurer leur protection.

En vérité, ce n'était nulle autre que la princesse royale Elisabeth de Hanovre, l'une des nombreuses filles du couple royal, qui se rendait en cette journée dans un orphelinat dans lequel ses parents avaient investi une certaine somme d'argent afin d'en améliorer les installations.

« Un geste pour se donner une excellente image auprès de la population » avait-elle rapidement compris en acceptant docilement cette requête.

Les temps étaient durs pour tout le monde, et en pareille crise, chaque petit geste comptait, et même ce genre d'idée pouvait servir pour ses parents. Du moins, ce devait plutôt être une idée de sa mère qui avait toujours aimé s'occuper des enfants. Son père le roi n'aurait jamais eu une idée pareille en ces temps de guerre que de se soucier du sort de quelques orphelins, d'autant plus que ces derniers temps, il était excessivement colérique et certainement pas concerné par le bien être de ces enfants. Malgré tout, ce fut finalement elle qui fut désignée comme représentante de la famille royale auprès de cet orphelinat, et à dire vrai, il fallait admettre qu'elle était plutôt jolie et par conséquent parfaite pour ce rôle.

La princesse était en effet une ravissante femme de vingt-sept ans aux longs cheveux bruns retenus en un chignon compliqué et à la peau aussi blanche que de la porcelaine. Pour l'occasion, Elisabeth s'était parée de ses plus beaux vêtements, pas forcément les plus couteux même si l'argent qu'elle possédait, provenant directement des impôts des sujets britanniques, lui assurait une rente conséquente. Sa robe en taffetas rouge écarlate aux divers motifs fleuris avait au moins le mérite de mettre en valeur son corps de jeune fille, surtout sa voluptueuse poitrine grâce à son corset. Même devant des orphelins, il fallait se montrer à son avantage.

Cette phrase aurait également pu être dite pour les deux femmes l'accompagnant. Bien qu'ayant passées depuis longtemps la quarantaine, elles gardaient néanmoins toute la fraicheur et la candeur de leurs jeunes années. Le seul détail qui rappelait qu'elles avaient déjà vécu davantage de choses dans leur vie qu'elle était peut être les robes qu'elles portaient toutes les deux et qui les faisaient légèrement ressembler à des meringues : Les robes à paniers aussi larges étaient depuis longtemps démodées. Même les perruques grises qu'elles portaient, pourtant encore en vogue il y a quelques années, n'étaient plus au gout du jour maintenant. On aurait pu aisément croire qu'elles avaient toutes les deux cessé d'évoluer depuis les années 1780, mais leur histoire commune en était peut être la cause.

- Vous me semblez pensive ma chère, lui lança d'ailleurs l'une des deux.

Tournant la tête en direction de son interlocutrice, elle la dévisagea quelques secondes avant de lui sourire aimablement pour dissiper l'inquiétude visible sur son visage.

- Ne vous en faites pas pour moi, la rassura t-elle dans un français presque parfait. Je réfléchissais simplement à la visite de cet orphelinat et à tout ce que cela implique pour mes parents.

- Ne craignez rien, tout va bien se passer. Vous verrez que ce n'est finalement pas si terrible que cela, et puis, Louise-Elisabeth et moi-même sommes là pour vous épauler.

L'autre femme, la dénommée Louise-Elisabeth, approuva les dires de son amie en souriant à son tour. Ce devait être vrai après tout : être accompagnée par une marquise et une princesse ayant déjà dû faire à de nombreuses reprises cette tâche lorsqu'elles vivaient au sein même de la cour royale de France ne pouvait lui être que bénéfique. Et puis, il ne risquait pas de lui arriver grand-chose : Les orphelins ne mordent pas et le bâtiment en lui-même dans lequel elle se dirigeait avait subit des transformations en assurant la sécurité de ses visiteurs. Et il ne fallait pas oublier qu'elle avait en sa compagnie l'une des meilleures sorcières de son temps : la princesse Marie-Louise de Lamballe.

La sorcellerie était bien un domaine qui lui était inconnu et qui en vérité était très mal considéré au sein de la population. Les ¾ de toute manière en niaient l'existence, et le quart restant constituait soit les familles sorcières vivant dans leur pays, soit les personnes ayant un membre de leur famille étant sorcier. Il n'y avait à vrai dire que la famille royale et ses ministres qui étaient au courant de l'existence des sorciers, mais tous durent garder le silence, sous la forme d'un quelconque sortilège leur empêchant de pouvoir divulguer quoi que ce soit sur eux en échange de beaucoup d'or de la part du ministre de la magie pour qu'ils gardent jusque dans leur tombe ce secret. De toute manière annoncer à ses citoyens que les sorcières et sorciers vivaient toujours parmi eux n'avait plus le même effet qu'autrefois, sauf de laisser les britanniques se questionner sur l'état de santé des personnes les gouvernant.

Il fallait admettre d'ailleurs que les sorciers n'étaient pas différents des personnes normales, la plupart vivaient même comme n'importe quel citoyen anglais. Certains étaient mêmes croyants et pratiquaient la religion comme les « moldus », comme Marie-Louise qui aux yeux d'Elisabeth étaient sans aucun doute l'une des plus ferventes catholiques qu'il lui ait été donné de voir.

- Il est amusant de vous voir vous interroger sur notre communauté dans une situation pareille, déclara Marie-Louise en la faisant sortir de sa rêverie.

- Qu… Comment le savez-vous ? Êtes-vous capable de lire dans l'esprit dans gens ? l'interrogea Elisabeth une fois le choc passé.

- La légilimencie n'est pas exactement le fait de lire dans l'esprit de quelqu'un. Cela s'avère bien plus complexe en vérité, mais vous expliquer cela me prendrait beaucoup de mon temps, et je ne suis pas certaine que nous ayons terminé les explications avant d'arriver à cet orphelinat, répondit-elle en esquissant un sourire amusé.

- Vous alors, soupira Louise-Elisabeth. Vos capacités m'étonneront toujours, même si elles se sont révélées être déterminantes pour notre survie.

Ça pour être déterminante, elles le furent, et ce n'est surement pas Marie-Louise qui lui dirait le contraire. Qui sait ce qui aurait pu leur arriver si elle n'avait pas été une sorcière ? Elles seraient certainement mortes, comme le fut leur amie la reine de France. Etre amies avec cette charmante dame leur aura au final attiré bien des ennuis. Fuir la France pour échapper à la répression sévissant contre la noblesse, notamment contre ceux ayant été proches du couple royal que furent Louis XVI et Marie-Antoinette fut sans doute son acte le plus lâche de toute sa vie, mais si elle ne l'avait pas fait, elle aurait pu finir sur l'échafaud comme tant d'autres : Les révolutionnaires ne se montraient pas indulgents, même avec les femmes. Finir la tête décapitée et le corps enseveli dans une fosse commune n'était certainement pas la fin qu'elle imaginait pour sa longue vie.

Son amie Louise-Elisabeth de Tourzel aurait peut être elle aussi subi le même sort si elle n'avait pas décidé cette nuit du vingt aout 1792 de prendre la poudre d'escampette en sa compagnie en stupefixant discrètement le garde chargé de leur surveillance pour venir trouver refuge ici même à Londres. Déjà cinq ans maintenant qu'elle faisait la navette entre son château de Bretagne et le Royaume-Uni ; cinq ans qu'elle vivait comme une vagabonde, à continuellement se cacher pour ne pas être repérée par les républicains et autres alliés du gouvernement provisoire de son pays natal… Ce n'était pas une vie plaisante, ce n'était même pas une vie du tout. Elle n'avait plus d'objectif désormais, plus rien d'intéressant à faire si ce n'est à accompagner une princesse pour la visite d'un orphelinat. Dieu que ce train de vie était ennuyant… Si au moins elle avait une seule raison pour redonner un peu d'énergie dans sa morne existence, peut-être que cela l'aiderait pour troubler la monotonie de sa vie d'errance.

Elle n'eut cependant pas le loisir de s'interroger davantage sur la vie qu'elle menait car le carrosse, qui n'avait de cesse depuis leur départ de les ballotter continuellement s'était finalement arrêté après une énième secousse. Juste à quelques mètres sur leur gauche derrière un immense portail se trouvait l'objet de leur déplacement, le Wool's orphanage, et tout comme un petit garçon de huit ans quelques mois plus tôt, Marie-Louise trouva l'endroit froid et bien peu accueillant.

« L'argent versé par la monarchie anglaise aurait tout de même pu servir à rénover la façade de ce sinistre endroit » se dit-elle en examinant d'un œil morne l'endroit.

La porte de leur voiture s'ouvrit, et l'un des militaires chargé de leur protection les attendait sur le trottoir, tendant déjà sa main pour les aider à descendre. L'atmosphère emmitouflée du carrosse fut rapidement remplacée par la froideur du mois de Novembre, et le froid soufflant sur les rares endroits où sa peau apparaissait la poussa à resserrer son manteau contre elle pour garder un peu de chaleur. Ce n'était décidemment pas un temps à mettre un pied dehors, et même son ombrelle ne parvenait pas à arrêter les quelques gouttes tombant sur son épaisse chevelure. A quoi bon avoir prit cet objet dans ce cas ? C'est la question qu'elle se posait tandis que d'une main, elle tentait vainement de soulever les pans de sa robe pour éviter que celle-ci ne glisse sur le sol sale et mouillé de la rue.

Malgré tout son attention fut brusquement attirée par une étrange sensation provenant du premier étage de l'imposante bâtisse devant elle, une sensation qu'elle n'aurait jamais imaginé ressentir dans un endroit pareil. A dire vrai, personne d'autre ne pouvait savoir de quoi elle parlait, à moins d'être un véritable expert en matière de magie comme elle l'était. Ses deux amies étant toutes les deux des moldues, elles ne lui étaient d'aucun secours malheureusement. Pourtant un niveau pareil de magie dans l'air, c'était tout à fait étonnant. On aurait dit que l'endroit avait été construit sur un emplacement duquel s'échappait une quantité importante de résidus magiques. Cependant tout résidu provenait forcément d'une source, et en l'occurrence, celle-ci devait être une personne présente à l'intérieur de l'orphelinat. Un enfant peut être ? L'idée lui parut saugrenue, surtout qu'un enfant ne pouvait pas atteindre un tel niveau en matière de concentration magique. Ses réflexions furent toutefois interrompues par la main de Louise-Elisabeth qui lui secouait légèrement l'épaule.

- Oh, pardonnez moi, je pense que mon esprit vagabondait ailleurs, s'excusa t-elle platement. Vous me disiez ?

- Je vous demandais si vous alliez vous décider à nous accompagner jusqu'à la porte de cet orphelinat ou si vous aviez l'intention de prendre racine au beau milieu de cette route ?

- Je préfère la première possibilité. Rappelez-moi de vous remercier un jour d'avoir eu la brillante idée d'accompagner Elisabeth par un temps aussi capricieux…, pesta t-elle sombrement à l'encontre de son amie. Sans vouloir vous offenser bien entendu ma chère, ajouta t-elle pour la princesse d'Hanovre.

Louise-Elisabeth se contenta de lui sourire moqueusement avant de s'avancer dans la cour d'entrée de l'orphelinat, les gardes anglais sur les talons. Le bruit des talons de leurs souliers et des sacoches des militaires transportant quelques cartouches à fusil fut le seul bruit que l'on pouvait distinctement entendre tandis qu'elles avançaient en silence. L'un des gardes les précéda en accélérant l'allure et tapa fortement sur la porte d'entrée avant d'entrer à l'intérieur sans attendre la permission. De là où elle était, Marie-Louise put le voir se tenir droit comme un I juste à côté de la porte en gardant celle-ci ouverte pour les laisser entrer.

- Sa majesté la princesse royale Elisabeth de Hanovre ! lança t-il fortement pendant que la dénommée princesse entra d'un pas assuré dans le batiment, Marie-Louise et Louise-Elisabeth à sa suite.

Le garde scanda également leurs noms et les titres se rattachant à elles, mais les orphelins, rangés en quatre lignes parfaites, n'avaient déjà d'yeux que pour leur princesse. A vue d'œil, Marie-Louise put en compter une cinquantaine, de tout âge et de toute condition. Les haillons côtoyaient les tenues plus fringantes et filles et garçons étaient mélangés en ordre de taille, les plus petits devants et les adolescents en retrait.

Une vieille dame à l'apparence stricte, de par sa robe noire au col haut et lui tombant jusqu'au pied la faisant ressembler à une veuve et son visage émacié lui donnant l'air d'un oiseau de proie fondant sur son prochain repas, les aborda dès qu'elles apparurent et intima au passage aux enfants dont elle avait la charge de s'incliner respectueusement devant des femmes aussi prestigieuses qu'elles. Son ton n'était vraiment pas amical, et la demande qu'elle avait formulée ressemblait davantage à un ordre de sa part. Les enfants eux s'y plièrent de bonne grâce, et peut être même avec une once de peur.

- Votre altesse, la salua t-elle en s'inclinant à son tour, je suis plus qu'honorée que vous nous fassiez l'immense honneur de votre présence en ces lieux. N'est-ce pas les enfants ?

- Oh oui Ms Cole ! répondirent aussitôt en chœur les orphelins.

- J'espère que votre trajet pour venir jusqu'ici s'est déroulé sans encombre ? lui demanda t-elle d'un ton mielleux horrible à entendre.

- Sans la moindre difficulté rassurez-vous, lui affirma Elisabeth. Ma mère s'excuse encore une fois de ne pas avoir pu venir découvrir par elle-même les derniers aménagements fait dans votre orphelinat. Soyez certaine qu'elle porte toujours les intérêts et le bien être de vos petits résidents à cœur.

- Ne vous inquiétez pas pour cela votre majesté. Je sais pertinemment que les journées de votre mère la reine sont très chargées et que des choses bien plus importantes que la visite d'un orphelinat lui prennent une bonne partie de son temps libre. Si vous voulez bien me suivre à présent que je vous présente à tous nos résidents et nos membres du personnel…

Les deux françaises remarquèrent sans aucun mal que la directrice de l'établissement les ignorait royalement. Elle n'avait après tout salué qu'Elisabeth sans même se tourner vers elles. Peut être avait-elle cru que la princesse anglaise viendrait seule pour cette visite et qu'elle pourrait tout à sa guise discuter avec elle de chose et d'autre dans le but de bien se faire voir auprès de la cour ? Dans ce cas c'était raté. Son attitude mielleuse avec elle déplut fortement à Elisabeth qui remarqua l'hypocrisie de Ms Cole. Se faire complimenter toutes les dix secondes était plaisant au départ, mais au bout de dix minutes, cela devenait très agaçant. Les pauvres enfants en pâtirent fortement, comme si Ms Cole souhaitait absolument écourter au plus vite les salutations entre elle et les orphelins.

Les poignées de main et les baisemains furent très courts et seules quelques petites phrases de politesse furent échangées, juste le temps à vrai pour Elisabeth de constater quelques petites choses étranges chez certains garçons. Beaucoup portaient des vêtements tout ce qu'il y avait de plus basique, mais certains avaient décidé de mêler les leurs avec des chemises dont les manches se finissaient par des ornements de soie et par un jabot de dentelles au niveau du col ou des pantalons tout aussi élégants. Cela ne l'aurait pas étonné outre mesure si ces vêtements n'étaient pas trop petits ou trop grands pour eux selon l'âge de l'enfant les portant. On aurait dit qu'un garçon d'une famille bourgeoise avait été dépouillé de ses affaires par les autres.

- Suivez-moi à présent, les invita Ms Cole en les conduisant vers le réfectoire.

La visite se poursuivit dans un silence paisible, seulement troublée par les élucubrations de la directrice qui ne ratait pas une occasion pour discuter avec Elisabeth, au grand dam de cette dernière. Les orphelins eux furent gentiment invités au passage par leur matrone à aller voir ailleurs pour ne pas troubler cette visite, de préférence à l'extérieur de l'orphelinat.

- Cette femme nous ignore totalement, déclara silencieusement la marquise de Tourzel en fronçant ses sourcils. Son attitude me déplait fortement !

- À qui le dites-vous ? soupira Marie-Louise en gardant malgré tout contenance. Je me demande bien ce que nous avons bien pu lui faire pour mériter un tel traitement. Peut-être est-ce dû à nos origines ? Les anglais ont un sentiment très négatif vis-à-vis des français.

- Peut être oui, marmonna son amie en analysant d'un œil avisé le comportement de la directrice à quelques mètres devant elles. Il faut dire que tous ces siècles de conflit entre nos deux nations n'arrangent en rien nos affaires.

Et c'était peu dire. Ms Cole faisait comme si elles n'existaient pas et ne prenait même pas la peine de vérifier qu'elles étaient toujours derrière elle. Il n'y avait que lorsque qu'Elisabeth lui intimait l'ordre d'attendre ses amies qu'elle consentait à faire attention à elles. La visite de l'orphelinat se passa dans cette étrange atmosphère de tension ouverte et de regards noirs, et tout y passa : le réfectoire puis la cour intérieur où elles eurent la désagréable surprise de voir une fosse à purin servant autrefois de latrine pour les enfants. Autant dire que la petite inspection commençait mal tant les mesures d'hygiène n'étaient pas respectées. Vinrent ensuite les autres pièces du bas, notamment la salle faisant office de classe, la bibliothèque s'apparentant davantage à un débarras ou étaient entreposés pêle-mêle les livres ou encore les appartements du personnel entièrement neufs. L'argent devait avant tout servir au bien être des orphelins. Or, il semblait qu'il était purement et simplement détourné pour le confort et le bien être des adultes travaillant ici. Les appartements de la directrice en particulier respiraient la richesse à plein nez.

« Tout ceci m'appartenait déjà avant que je ne prenne la direction de cet établissement ! » avait-elle rapidement déclaré en souhaitant éviter les possibles doutes.

Bien mal lui en a pris, la plupart des meubles de la pièce semblaient trop neufs pour être des souvenirs de famille, comme elle l'avait si longuement assuré. Dans sa tête, Elisabeth se promit d'en parler le plus vite possible à ses parents pour lancer une procédure judiciaire contre les pratiques illégales de la directrice. Le premier étage succéda finalement au rez-de-chaussée, et c'est par le même escalier emprunté par un certain garçon aux yeux verts quelques mois plus tôt que Marie-Louise et les autres y montèrent.

Au fur et à mesure qu'elles progressaient toutes les quatre dans l'escalier, la seule sorcière du groupe pouvait sentir de plus en plus intensément la magie émanant de la personne logeant dans l'étage supérieur de l'orphelinat ainsi que la fumée blanche présente partout. Cette personne en possédait énormément mais de toute évidence ne semblait pas savoir comment la camoufler aux yeux des sorciers expérimentés ou la contenir en elle pour éviter de la gaspiller inutilement. N'importe qui ayant des bases dans la perception des résidus magiques aurait pu la découvrir et venir se renseigner sur elle pour de mauvaises raisons.

- N'avez-vous pas l'impression que l'air se rafraichit encore davantage plus nous montons cet escalier ? lui chuchota discrètement Louise-Elisabeth.

- C'est exact, approuva t-elle en se demandant si ceci n'était pas dû à la concentration magique qui grossissait au fur et à mesure.

C'était en effet difficile de ne pas remarquer les volutes de fumées blanches et vaporeuses qui se répandaient partout sur leur chemin. Elle était malgré tout la seule à pouvoir les remarquer, les autres ne ressentant sans doute que la fraicheur de celles-ci lorsqu'elles se frottaient à elles. L'énergie présente dans l'air était on ne peut plus agréable et délicieusement réconfortante, un peu comme un cocon de soie les englobant et dans lequel n'importe qui aimerait se laisser dorloter. Même l'étreinte d'une mère ne faisait pas autant d'effet.

- Voici les toilettes, les informa brusquement Ms Cole en mettant par la même occasion un terme à son sentiment total de plénitude. Une grosse partie de l'argent que votre père le roi George III nous a donné a servi dans cette pièce. Les enfants et le personnel ne cessent de louer l'extrême bonté dont il a fait preuve pour que l'on puisse s'offrir ce petit luxe !

Les toilettes n'avaient cependant pas l'aspect que l'on pourrait espérer. Mal entretenus, sales, abimés, bouchés avec de vieux chiffons… Les enfants semblaient davantage se donner à cœur joie pour détruire ce qui avait été construit qu'à remercier Dieu pour le don fait par le roi lui-même. La moue contrariée d'Elisabeth exprimait parfaitement la réaction qu'aurait son père en voyant cela, même si la sienne serait certainement cent fois pire.

- Oh il ne faut pas faire attention aux quelques petits problèmes que vous pouvez voir, tenta de la rassurer Ms Cole en souriant nerveusement. Vous savez comment sont les enfants ! Ça ne peut pas s'empêcher de faire quelques bêtises !

- Quelques bêtises, dites-vous ? répéta la princesse en réprimant l'envie d'hurler sur elle. Tâchez de résoudre ces « bêtises » très bientôt, où je pourrais informer mon père de la façon par laquelle sont traités les travaux dont il a financé la mise en œuvre. Allons, conduisez-moi ailleurs, ce spectacle m'insupporte.

Désireuse de rattraper ce petit désagrément, Mc Cole ne se fit pas prier deux fois et la conduisit dans les autres pièces de l'étage, de préférence celles dont elle était certaine qu'il n'y avait pas d'autres mauvaises surprises à l'intérieur. Même un placard à balai faisait l'affaire, bien que cela n'intéressa absolument pas les trois dames l'accompagnant. Vint finalement en dernier la porte du dortoir où dormaient les enfants. C'était par ailleurs derrière cette porte que Marie-Louise pouvait ressentir l'origine de toute cette activité magique. Le mystère allait bientôt être résolu.

- Voici le dortoir, leur annonça inutilement la directrice avant d'ouvrir la porte. Nous avons rebouché les quelques fissures existantes et acheté des lits supplémentaires pour accueillir de nouveaux enfants. Mis à part cela, il n'y a rien eu d'autre dans cette pièce, mais je vous laisse le découvrir par vous-même.

Elle s'exécuta aussitôt et ouvrit la porte pour laisser passer uniquement Elisabeth. Il ne faisait plus guère de doute que Ms Cole avait une dent contre les deux autres pour leur couper purement et simplement la route afin d'entrer juste après la princesse anglaise. Mais les deux françaises n'y firent pas attention, les manigances d'une vieille folle ne les intéressant pas. Ce qu'il y avait derrière cette porte désormais ouverte était bien plus important aux yeux d'une certaine sorcière. En entrant dans le dortoir, Marie-Louise eut l'étrange surprise de découvrir que celui-ci n'était pas vide, et par la même occasion de découvrir l'identité de la personne possédant l'énorme source de magie qu'elle avait pu ressentir plus tôt.

Un petit garçon de moins de dix ans aux cheveux noirs et ébouriffés et aux yeux vert envoutants lisait tranquillement un livre allongé sur son lit. Du moins, c'est ce qu'il faisait avant de voir entrer dans la pièce quatre femmes dont la terrible Ms Cole. Cette femme ne lui avait jamais plu, et ce dès le premier jour. Mais là où il avait vu une femme autoritaire au premier abord, il s'était rapidement rendu compte qu'elle ne l'était pas seulement. Tyrannique, antipathique, colérique à souhait et surtout médisante, elle faisait régner la terreur parmi les orphelins de l'orphelinat. Quiconque outrepassait les règles qu'elle avait instaurées dans son institut encourait de sévères sanctions. Jamais elle ne levait la main sur eux, fort heureusement. Mais son sadisme la poussait à concevoir de terribles plans pour se faire respecter. Les privations de nourriture étaient courantes, mais il arrivait également qu'elle fasse dormir un enfant directement dans la cour intérieur de l'orphelinat, même par temps de pluie. Elle enfermait également les plus récalcitrants dans des armoires cadenassées ou dans la cave humide de l'établissement et ne les libérait que bien plus tard, parfois jusque vingt-quatre heures après le délit commis par le malheureux orphelin. Les tâches ménagères étaient également une punition, mais nettoyer une pièce aussi immense que l'était le dortoir se révélait être une tâche quasi impossible, surtout lorsqu'elle ne donnait que deux heures pour le faire.

« Et que je puisse voir mon reflet à travers le carrelage ! » criait-elle bien souvent pour motiver les bougres s'attenant à cette tâche.

Personne n'osait lui rappeler que le carrelage n'était pas adapté pour servir de miroir. Les gens aussi bien du personnel que les enfants avaient en vérité peur d'elle. Harry lui fut relativement épargné par ses méchancetés, bien qu'à quelques reprises il fut privé de nourriture pour être arrivé en retard à un repas. Mais Ms Cole n'était pas davantage sympathique avec lui qu'avec un autre, et son machiavélisme la poussa à laisser aux autres la tâche de faire de la vie d'Harry un enfer. Il faut dire que voir arriver un petit garçon bien habillé et à l'apparence soignée en motiva plus d'un, notamment chez les camarades de dortoir d'Harry.

Dès le premier jour, certains garçons voulurent en découdre avec lui et montrer au « fils de bourge » qui étaient les patrons ici. Harry ne manquait certes pas de courage, mais se mesurer à des garçons ayant parfois jusqu'à cinq ans de plus que lui relevait du suicide. Quant à utiliser la magie, il en était hors de question : Il ne manquait plus que quelqu'un découvre qu'il était un sorcier pour l'envoyer directement auprès des autorités moldues et subir les pires tortures imaginables.

Rapidement, il fut dénigré par les autres enfants pour ses vêtements couteux et la richesse évidente que sa famille devait posséder. Les coups plurent au bout d'une semaine à peine, alors que la plupart de ses vêtements finirent en lambeaux. La petite bande l'ayant pris pour leur souffre-douleur faisait de toute évidence régner la terreur parmi les autres enfants car aucun n'essaya de se lier d'amitié avec Harry, pour son plus grand malheur.

« C'est trop dangereux » lui avait déclaré un des garçons de son âge en regardant dans toutes les directions durant leur conversation pour voir si personne ne l'avait repéré en sa compagnie.

Il avait par conséquent pris la décision de passer le plus clair de son temps dans les rues de Londres comme le lui avait proposé sa mère, ne rentrant que pour les repas ou lorsque la nuit approchait. La ville avait bien plus de choses intéressantes à découvrir que l'orphelinat, bien que certains quartiers dans lequel il s'aventura sans en connaitre l'histoire se révélèrent être bien peu fréquentables. Il était par ailleurs parvenu à aller vagabonder sur le Chemin de Traverse en utilisant les indications fournies par Lily. L'allée marchande était toujours pleine de gens et bruyante, mais sans argent, il n'y avait pas grand-chose à faire.

Il passait par conséquent le plus clair de son temps à Fleury et Bott pour bouquiner et s'informer sur les dernières nouveautés du monde magique ou tout simplement à flâner dans les boutiques pour le simple plaisir des yeux. Sans Matthew dans les pattes, il lui était bien plus facile d'entrer dans les commerces où son frère ne mettrait jamais les pieds, notamment l'herboristerie dont les centaines de plantes entreposées dégageaient un parfum exquis pour tous les clients s'y promenant. Malgré les nombreuses fois où il y était allé, il ne put jamais trouver sa mère et encore moins sa sœur dans les parages, ce qui le peina légèrement.

Par contre, il put clairement voir Matthew et James à plusieurs reprises dans la boutique de Quidditch en train de s'extasier sur le dernier modèle de balai de course. Son absence ne les dérangeait absolument pas apparemment. Par chance, aucun des deux ne le remarqua, trop occupé à répondre aux questions des journalistes qui formaient autour d'eux un véritable essaim prêt à fondre sur leur proie favorite.

Il eut par contre l'immense joie de voir Daphné en compagnie de sa petite sœur et sa mère un jour de septembre. Leur conversation par lettre lui manquait, et ne plus passer ses mercredi après-midi en tête à tête avec elle également. Peut-être était-ce son imagination, mais il trouva ce jour là que Daphné paraissait moins joyeuse que d'ordinaire, elle qui d'habitude ne cessait de sourire continuellement. Il n'eut pas à imaginer bien longtemps ce qui pouvait la mettre dans cet état lorsqu'elle passa à quelques mètres à peine de lui tandis qu'elle discutait avec sa mère sans se préoccuper des gens l'entourant :

« …Madame Potter ne t'a-t-elle pas dit quand Harry reviendra ?

- Désolé ma chérie, mais elle préfère garder tout ceci secret pour l'instant, lui répondit tristement sa mère.

- Il me manque…, marmonna sa fille d'un air abattu. J'aurais aimé pouvoir continuer à lui écrire et lui montrer mes progrès en magie.

- Tu pourras lui montrer quand il sera de retour auprès de sa famille. Il sera surement heureux de découvrir que tu as pu lancer un sort avec la baguette de ton père ! »

Cette perspective sembla lui redonner un peu de joie de vivre, alors que pour Harry, savoir qu'il lui manquait autant qu'elle pour lui fut un excellent remède pour tenir durant les semaines suivantes, et même davantage. Le souvenir de son adorable petite fiancée de six ans lui permit de résister à l'envie de fondre en larmes chaque fois qu'il repensait à sa mère, à sa sœur, aux remontrances de Ms Cole à son égard, aux actes injurieux de ses camarades de dortoir. Quelque part en Grande Bretagne, une petite fille pensait toujours à lui et malgré toutes les méchancetés dites à son égard depuis son arrivée à l'orphelinat, cette pensée le réconfortait bien plus qu'il ne fallait quand ce n'étaient pas les livres qu'il dévorait des yeux à longueur de journée qui le lui permettaient.

Aujourd'hui encore, il avait choisi cette solution pour combler la monotonie de l'orphelinat, étrangement calme pour une fois. La visite d'une femme importante en état la cause selon les propos de Ms Cole quelques jours plus tôt, et les orphelins avaient été informés que leur présence était requise dans le hall d'entrée pour montrer une excellente image de l'établissement en affichant leurs mines heureuses dès que cette princesse anglaise mettait les pieds ici. Lui avait été gentiment convié à se faire oublier et à ne pas se montrer en public durant sa présence.

Autant dire que la voir apparaitre en compagnie de la directrice et de deux autres femmes qu'il ne connaissait pas le désarçonna légèrement. Que devait-il faire maintenant ? Se cacher en attendant qu'elles disparaissent ? Se faire aussi petit que possible pour ne pas se faire remarquer ? À peine décida t-il de se glisser sous son lit qu'il était déjà trop tard : toutes les quatre l'avaient déjà repéré. Rien que le regard que lui lançait la directrice lui certifia qu'il venait de commettre une grosse bêtise, même si cela n'avait pas été son intention de départ. Comment pouvait-il savoir après tout qu'elle allait leur faire visiter également le dortoir ? Il n'allait quand même pas rester caché toute la journée !

- Hé bien, c'est comme ça que tu accueilles des personnes importantes ? le sermonna Ms Cole en le fusillant du regard. Tes parents ne t'ont pas appris les bonnes manières peut-être ?

- P-pardonnez-moi, Ms Cole, dit-il rapidement en se levant de son lit. Je vous présente mes excuses les plus sincères pour mon manque de respect envers vos hôtes.

La directrice son contenta de lui lancer un regard noir avant de se détourner de lui et de converser de nouveau avec ses trois invités, du moins avec l'une d'elles. Tandis que Marie-Louise, Louise Elisabeth et Elisabeth marchaient toutes derrière Ms Cole pour écouter ses explications sur les travaux apportés au dortoir, la princesse de Lamballe elle n'arrivait malgré tout pas à détacher ses yeux du petit garçon présent dans la pièce. Celui-ci était resté debout face à son lit et ne savait pas vraiment quoi faire pour s'occuper le temps que leur rapide inspection se finisse. Il se contentait de triturer nerveusement les manches de sa veste dont elle put remarquer en s'approchant les déchirures visibles à certains endroits. Soit ce garçon ne savait pas soigner ses affaires, soit il lui était arrivé quelque chose bien fâcheux. Son apparence aurait pu être celle d'un enfant de la haute société anglaise sans ces quelques défauts.

En vérité, il était clair dans son esprit que les vêtements chics qu'elle avait vus plus tôt sur d'autres enfants devaient sans doute lui appartenir, et qu'il ne les avait sans aucun doute pas donné de bonne grâce. Elle ne put s'empêcher de soupirer face à ce triste spectacle : la nature humaine était décidemment bien cruelle parfois. Délaissant ses accompagnatrices, elle se posta dès qu'elle le put face à Harry qui de son côté se demandait bien ce que cette dame pouvait bien lui vouloir, sans se douter un seul instant que c'était sa magie qui avait fini par mettre sur son chemin cette princesse française.

- Bonjour mon jeune ami, lança t-elle en anglais pour engager la conversation. Dites-moi : Que lisiez-vous avant que nous interrompions votre lecture par notre soudaine arrivée ? lui demanda t-elle poliment en souriant.

- Le Chat botté de Charles Perrault madame, répondit-il timidement en évitant de la regarder. C'est l'une des mes histoires favorites…

- Il est vrai que cette histoire possède un certain charme, approuva t-elle en prenant sur le lit le petit livre donc elle examina la couverture. Lisez-vous d'autres ouvrages de ce genre ?

- Oui madame, quand je le peux. Mais il n'y a ici que des manuels pour apprendre à lire. Ce livre est l'un des seuls que j'ai pu trouver.

- Que faites-vous donc Marie-Louise? l'interpella en français Louise-Elisabeth en s'approchant à son tour d'eux. Vous adonneriez-vous à la lecture enfantine en me laissant seule pour affronter cette directrice ?

- Bien que je préférerais de loin lire ce livre plutôt que de passer encore mon après-midi en compagnie de cette sorcière, je n'ai malheureusement pas le temps pour cela. Non je questionnais plutôt ce jeune homme sur ses lectures…

Harry, qui ne comprenait strictement rien à leur langue et par conséquent à leur discussion, regardait d'un air intrigué les deux femmes discuter joyeusement d'un sujet qui lui échappait. Ce qui ne lui échappa pas cependant, ce furent les regards qu'elles lui lancèrent de temps à autre, ainsi que les sourires qui lui étaient adressés. Se moquaient-elles de lui en parlant dans cette langue étrangère ou étaient-elles réellement amicales envers lui ? Difficile à savoir…

- Quel adorable petit garçon nous avons là, minauda joyeusement la marquise de Tourzel en caressant tendrement le menton d'Harry. Vous devez certainement avoir une ribambelle de prétendantes vous courant après, n'est-ce pas ? Oh, mais j'en oublie les bonnes manières, pardonnez-moi. Je m'appelle Louise Élisabeth de Croÿ, marquise de Tourzel. Je vous ferai grâce des nombreux autres prénoms et titres que mes parents et mon défunt mari ont eu la bonté de me donner.

- Marquise… ça veut dire que vous êtes une grande dame ? lui demanda innocemment Harry en la regardant avec curiosité.

- En quelque sorte oui, lui répondit-elle sans se départir de son sourire.

- Je savais bien que j'oubliais quelque chose…, Soupira Marie-Louise en secouant sa tête. Seigneur, ma mère m'aurait sermonné pour ne pas m'être présentée. Je m'appelle Marie Thérèse Louise de Savoie, titrée Mademoiselle de Carignan et princesse de Lamballe, mais je préfère que l'on m'appelle simplement Marie-Louise.

- Je suis vraiment enchanté de vous rencontrer mesdames, leur répondit Harry en leur faisant à chacune un baisemain, marque de politesse que lui avait appris à sa mère.

Néanmoins, son attention se porta sur le visage de la princesse de Lamballe, un visage qui lui semblait étrangement familier… Ce visage fin marqué par quelques légères rides au coin des yeux, ce teint d'ivoire presque pâle, ces yeux bleus en amandes, ces pommettes saillantes et surtout cette étrange et épaisse coiffure aux cheveux gris poudrés… Harry était sur de l'avoir déjà quelque part, mais où ?

- ça va peut être vous paraitre étrange madame, mais j'ai comme l'impression de vous avoir déjà vu…

- Cela se pourrait, affirma Marie-Louise. Il faut dire que je me balade fréquemment dans les rues de Londres ces temps-ci. Peut être m'avez-vous déjà rencontré au détour d'un chemin ?

- Non, je ne suis ici que depuis près de trois mois maintenant, mais je suis persuadé de vous avoir déjà rencontré bien avant…

Puis comme un déclic, la vérité éclata dans son esprit. Cette femme, cette princesse… C'était celle qui avait vaincu Dumbledore au tournoi international de duel ! Comment avait-il pu ne pas la reconnaitre immédiatement ? Elle lui avait pourtant donné l'occasion de pouvoir se moquer du vieux directeur et avait d'ailleurs montré ses impressionnantes capacités en duel ce jour là. Et puis une beauté comme la sienne… Cela ne s'oubliait pas.

- Ne seriez-vous pas par hasard cette dame ayant battu aisément le professeur Dumbledore il y a de cela un an dans un tournoi ? lui demanda t-il tout de même pour dissiper les possibles malentendus.

Ce fut à présent le tour de Marie-Louise d'être surprise. Comment un petit garçon de moins de dix ans pouvait-il être au courant ? Le fait qu'il soit un sorcier ne faisait aucun doute pour elle. Elle avait pu facilement sentir son noyau magique en arrivant dans cet orphelinat. Mais le tournoi dont il faisait mention n'était réservé qu'aux familles les plus fortunées du continent Européen. Peu de gens pouvaient donc s'offrir l'honneur d'y assister et encore moins d'y participer. Ce garçon faisait donc partie d'une famille importante de Grande Bretagne ? Voilà qui était étonnant. Que faisait donc un garçon comme lui dans un orphelinat ?

- C'est… c'est exact oui, avoua t-elle tandis qu'Elisabeth et Ms Cole, qui s'étaient entre temps rendues compte que les deux françaises ne les suivaient plus et conversaient avec Harry, s'échangèrent un regard, toutes les deux confuses. Comment savez-vous cela ?

- J'y suis allé avec ma famille, répondit Harry en agitant nerveusement ses mains. Je n'avais jamais rien vu de tel auparavant, vous êtes vraiment forte !

La princesse de Lamballe ne put s'empêcher de lui sourire en remerciement pour son compliment, mais ce bref échange fut stoppé par la directrice de l'orphelinat qui commençait à s'impatienter.

- Je ne voudrais pas paraitre désobligeante, mais nous ne comprenons strictement rien à votre conversation ! Je vous rappelle que nous avons encore de nombreuses pièces à visiter, et que nous n'avons pas de temps à perdre en bavardages inuti…

Moins d'une seconde plus tard, Ms Cole gisait inconsciente sur le sol du dortoir, foudroyé par un stupefix envoyé par Marie-Louise. Harry ne l'avait même pas vu porter la main à un quelconque endroit de sa robe ou de son sac. Sa vitesse était vraiment impressionnante, même si il fallait admettre qu'elle n'avait comme cible qu'une simple moldue.

- Je commençais à en avoir assez de cette bonne femme, souffla t-elle en rangeant sa baguette dans la manche de sa robe.

- Rappelez-moi de vous remercier d'une quelconque manière, lui demanda Elisabeth en poussant un soupir de soulagement. Cette femme est vraiment insupportable…

Marie-Louise acquiesça d'un air amusé avant de faire face à la mine contrariée de son autre amie.

- Aviez-vous vraiment besoin de l'assommer de cette façon ? la sermonna légèrement Louise-Elisabeth. Et si quelqu'un vous avait vu ?

- Qui donc aurait bien pu me voir ? Vous avez bien entendu les dires cette femme tout à l'heure mon amie : Les autres enfants sont en train d'étudier ou de vagabonder dans les rues. Il faudrait d'ailleurs songer à changer de directrice pour cet orphelinat, ajouta t-elle en regardant son autre accompagnatrice. Il faut être vraiment sotte pour laisser des enfants en bas âge se promener dans les rues de Londres tout en sachant les dangers qu'ils peuvent encourir. Cette dame n'a de toute évidence aucune notion quant au bien être des enfants dont elle a la charge.

- Je ne manquerai pas d'en informer ma mère, approuva Elisabeth d'un hochement de tête. Il y a de toute façon beaucoup de choses étranges se déroulant dans cet orphelinat.

- Cela n'explique pas pourquoi vous avez cru bon d'étourdir cette femme, lui rappela la marquise de Tourzel.

- J'ai cru bon de l'étourdir pour éviter qu'elle n'entende des informations qu'elle ne devrait pas connaitre. Le simple fait que notre jeune ami ici présent me connaisse était déjà troublant pour elle, alors découvrir que je suis une sorcière et que je rivalise d'adresse dans mes duels contre des vieillards m'aurait conduite tout droit au bûcher. Maintenant, revenons-en à vous, jeune homme.

D'un pas léger, elle tenta de se frayer un chemin entre le lit d'Harry et celui juste à côté du sien pour venir s'asseoir sur celui-ci, même si son épaisse robe rendait sa progression plus difficile. Elle y parvint malgré tout, non sans jurer au passage non pas sur son vêtement trop large mais sur la disposition des lits dans la salle.

- Bien, alors j'aimerais savoir comment vous avez pu me voir ce jour-là dans ce tournoi alors que celui-ci était strictement réservé aux concurrents et aux riches familles européennes. Dieu sait à quel point j'ai eu du mal à vous en donner l'accès Louise-Elisabeth, soupira t-elle en esquissant un sourire amusé à l'encontre de son amie. Vous devez être la première moldue à assister à un tournoi de cet acabit.

- Ma famille a payé l'entrée à ce tournoi, lui répondit simplement Harry. Mes parents venaient soutenir le professeur Dumbledore, du moins mon père était venu dans cette idée là.

- Vous êtes un sorcier donc, affirma t-elle. Je me disais bien que la puissante source d'énergie que je pouvais sentir en vous m'était coutumière. Oh mais je viens de me rendre compte queje ne sais toujours pas comment vous vous nommez ! Pardonnez-moi mon enfant, mais quel est votre nom ?

- Harry, madame. Harry James Potter.

Harry s'attendait à la voir s'exclamer haut et fort sur son désormais célèbre frère et sur le lien de parenté qu'il avait avec lui. Peut être même lui demanderait-elle des informations sur lui comme tous les adultes qu'il avait pu rencontrer. Ce dont il ne s'attendait pas cependant était l'air pensif qu'elle arborait, comme si ce nom ne lui était pas coutumier.

- Potter… Je crois avoir déjà entendu ce nom là quelque part, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus, dit-elle en regardant distraitement par-dessus la tête d'Harry pour se remémorer ses souvenirs.

- Vous devez peut être connaitre mon frère, Matthew Potter ? lui demanda t-il.

Sa question n'eut pas l'effet escompté, et Marie-Louise restait là à chercher dans sa mémoire où elle avait bien pu entendre ce nom. Harry lui était pour le moins choqué. C'était bien la première fois qu'il rencontrait une personne ne connaissant pas son frère et son histoire à propos de Voldemort. L'espoir était permis : la renommée de son frère avait ses limites.

- Oh mais je sais où vous avez pu entendre ce nom mon amie, l'interpella Louise-Elisabeth en s'asseyant également sur le lit à côté d'elle. Rappelez-vous tous ces journalistes lors de ce tournoi. Ils en avaient après un petit garçon ayant semble t-il vaincu un certain Lord Voldeporc…

- Voldemort madame, la corrigea Harry en retenant le fou rire qui menaçait d'arriver en entendant le nouveau surnom trouvé par la marquise de Tourzel.

- Ah oui, cela me revient ! s'exclama Marie-Louise. Il y avait tellement de gens venus admirer ce petit garçon que le tournoi avait bien failli être éclipsé par sa venue. Je suis étonné de vous voir ici Harry, ajouta t-elle en reportant son attention sur lui. Ne devriez-vous pas être avec votre famille en ce moment même ? Leur est-il arrivé quelque chose ?

- Non madame, marmonna t-il en se renfrognant. J'ai… J'ai été abandonné par mes parents.

L'expression qu'affichèrent les trois femmes étonna pour le moins Harry. Chacune arborait à la fois un air confus et colérique, voir même pour la princesse de Lamballe une moue de contrariété. Avait-il dit une bêtise ? Toutes les trois allaient-elles faire comme les autres et se mettre à l'ignorer pour avoir critiqué sa famille ? Une voix dans tête, peut être sa conscience, lui soufflait cependant le contraire. Il y avait une chance pour que ces trois dames se soucient de lui et soient peinés par ce qui lui arrivait. Cette probabilité était la plus proche de l'état d'esprit des femmes dans la pièce. Abandonner un enfant était une chose terrible pour elles, notamment pour Marie-Louise qui n'avait jamais pu en avoir un et pour Louise-Elisabeth qui elle enchainait les grossesses depuis toute jeune par amour pour eux.

- Vos… Vos parents vous ont abandonné ? répéta t-elle tristement. Pour quelle raison ?

- Hé bien… Selon mon père, je suis une charge pour lui et la famille. Mon frère est destiné à vaincre définitivement le seigneur des ténèbres lorsqu'il reviendra, et pour se faire, lui et Dumbledore entrainent continuellement Matthew pour qu'il soit prêt à cela. Mon père ne cesse de couver mon frère de cadeaux, d'amour et surtout passe le plus clair de son temps avec lui en me délaissant moi ainsi que ma petite sœur. Les seules fois où il s'intéressait à moi, c'était pour me donner des corrections et me dire que j'étais une honte pour lui.

Là encore, il put clairement voir la colère dans chacun de leurs traits de visage. Abandonner un enfant les avait déjà profondément mis en colère, mais entendre que celui-ci était auparavant battu par son propre père les mis hors d'elles. Toute cette compassion pour lui l'intriguait fortement : Il n'y était pas habitué de la part d'étrangères.

- Il y a quelques mois, Dumbledore est venu chez nous après une énième dispute entre mes parents pour essayer de calmer les choses. Ce qui est ressorti de sa discussion avec eux est que l'avancée de Matthew dans son apprentissage n'était pas suffisamment rapide pour lui, et que j'en étais en partie la cause parce que je perturbais constamment le temps libre de mon frère par mes bêtises, surtout que je n'en faisais jamais, termina t-il en soupirant.

- Vous voulez dire que vos parents vous ont laissé ici pour pouvoir pleinement être au service de votre frère ? lui demanda Marie-louise.

- Entre autre. D'après Dumbledore, mon frère a besoin de toute l'attention possible et de tout leur amour pour pouvoir grandir selon ses espérances et devenir le combattant qu'il souhaite, et moi et ma sœur ne faisons pas partie de ses plans. Selon lui l'amour de mes parents peut renforcer son noyau magique et lui procurer la puissance nécessaire pour vaincre Voldemort, comme il la fait en étant petit…

- Ridicule ! le coupa t-elle en ricanant légèrement. L'amour n'est qu'un sentiment humain que l'on éprouve vis-à-vis d'une personne, voir d'une chose nous poussant à rechercher la proximité physique avec, et non pas une énergie quelconque permettant d'enrichir ou de renforcer un noyau magique ! L'amour peut pousser certaines personnes à entreprendre des choses qu'elles ne feraient pas d'ordinaire, donne du courage et la motivation de repousser ses limites, mais cela s'arrête là. Le bonheur, la haine, la tristesse ou même tout simplement la passion sont également des émotions, mais n'ont pas davantage d'emprise sur notre magie que le reste. Elles n'influencent simplement que notre perception d'une situation dans laquelle vous vous trouvez et peuvent vous faire agir en conséquence. Je vois que ce vieil imbécile n'a certes plus les compétences requises pour être un excellent duelliste, mais n'a pas perdu son talent pour raconter des inepties aux gens !

Dit comme cela, il fallait admettre que ce qu'elle disait était vrai. Après tout, James ne tarissait pas d'éloges pour son fils cadet et le couvrait de présents pour lui montrer toute l'affection qu'il éprouvait pour lui. Or, Matthew n'avait pas été davantage performant dans la pratique des sortilèges que Dumbledore et son père essayaient de lui apprendre. Il en était resté au même point à vrai dire.

- Avez-vous déjà entrepris de ressentir la magie émanant de vous, Harry ? Lui demanda Marie-Louise d'un air curieux. Je n'ai jamais rien vu de tel, vous pouvez me croire. Peu de gens sont capables de ressentir la magie des autres sans utiliser des sortilèges pour y parvenir, mais j'ai pu remarquer la vôtre depuis la grille d'entrée de cet orphelinat. Je suis étonnée de constater que Dumbledore n'a pas été capable d'en faire de même, autrement il aurait vu à quel point vous pourriez devenir un brillant sorcier. Avez-vous déjà effectué de la magie accidentelle ?

- Oui madame, et je suis même parvenu à la contrôler, lui assura Harry d'un air sérieux.

Comme pour prouver ses dires, Harry pointa du doigt son oreiller et effectua le même geste qu'il avait fait devant Matthew quelques mois plus tôt. Le coussin s'envola aussitôt et s'approcha de lui lentement avant de retomber sur ses genoux. Les trois femmes dans la pièce le regardèrent faire avec étonnement, surtout Elisabeth qui n'avait pas pour habitude de voir souvent de la magie à l'œuvre.

- Impressionnant…, commenta Marie-Louise en regardant pensivement Harry remettre son oreiller en place. Vous savez faire cela depuis quand ?

- Je ne sais pas vraiment, avoua Harry en passant nerveusement sa main dans ses cheveux. Je n'ai jamais eu de problème pour la contrôler à vrai dire. Ma mère m'a raconté une fois que lorsque j'avais trois ans, j'ai apporté le biberon de mon frère en le faisant léviter, mais je ne m'en rappelle pas.

- N'est-ce pas habituel dans votre… communauté Marie-Louise ? lui demanda Elisabeth.

- Pas vraiment. La quasi-totalité des sorciers se servent d'une baguette magique pour effectuer des sorts et des enchantements. Il n'existe que très peu de sorciers capables de ce genre de prouesse. Je suis parvenu à faire cela moi-même bien après la fin de mes études, et après de longues heures d'entrainement pour découvrir les secrets de la magie accidentelle.

La colère qui émanait d'elles auparavant avait à présent fait place à de la curiosité pure et simple. Harry fut très gêné d'être le centre de l'attention et baissa timidement son regard sur ses souliers. Apprendre de la bouche d'une experte en magie que ses capacités étaient hors du commun avait néanmoins quelque chose de très… exaltant. Oui le terme était juste. Son habileté à utiliser la magie sans baguette le mettait dans un autre registre que celui où se trouvaient généralement les sorciers. Il était dans une tout autre classe, comme dans un autre monde… un endroit où son frère n'avait de toute évidence pas sa place.

- Cela n'explique pas pourquoi vous vous retrouvez ici, jeune homme, intervint Louise-Elisabeth en se questionnant toujours sur le pourquoi ses parents l'avaient abandonné.

- Dumbledore a dit à mes parents que je devais être envoyé ailleurs pendant quelques temps afin que l'entrainement de mon frère se passe le mieux possible. Au départ je devais aller chez ma tante Petunia, mais d'après ma mère, c'est une femme horrible qui m'aurait plus fait de mal qu'autre chose.

- Jai tendance à croire que votre situation n'est pas mieux ici, marmonna plus pour elle-même la princesse de Lamballe.

- Elle a pensé que ce serait mieux si je partais pendant quelques temps du monde magique afin de me faire oublier. Comme elle n'a pas d'amis dans le monde moldu, elle m'a envoyé ici pour les trois prochaines années…

Le laisser ici trois ans ? Marie-Louise ne put s'empêcher d'exprimer sa perplexité par un « Hmpf » sonore. L'état dans lequel se trouvaient les vêtements du jeune garçon devant elle laissait présager que les autres enfants s'en prenaient à lui, et l'air triste qu'il affichait continuellement prouvait qu'il n'était pas vraiment heureux ici. Ses boucliers occlumancie étant quasi inexistants, elle se permit d'explorer sa mémoire pour collecter quelques informations sur les derniers mois qu'il a passé ici et découvrir un peu la vie qu'il menait dans cet endroit sinistre. Autant dire que ce qu'elle vit ne lui plaisait absolument pas. L'espace d'un instant, elle s'imagina de retour dans son domaine en compagnie d'Harry, non seulement pour le sortir de la misère dans laquelle il était plongé, mais également pour rompre la monotonie de sa vie. Avec un mari mort et aucun enfant dont elle pouvait s'occuper, ses journées étaient extrêmement longues et ennuyantes. Elle pourrait s'occuper personnellement de la formation du prodige qu'elle avait face à elle, et… éveiller ses instincts maternels peut-être par la même occasion.

Mais la réalité la rattrapa aussitôt en songeant que les évènements se déroulant actuellement en France n'étaient pas propices à élever un enfant, surtout au vue de son passé d'amie de la reine Marie-Antoinette. Harry pouvait être en danger, et bien qu'elle ne le connaisse que depuis quelques minutes maintenant, elle ne souhaitait pas lui causer du tort. De toute manière elle n'était pas de ce genre là. De son côté, Harry, qui observait en silence Marie-Louise en attendant sa réponse concernant la raison pour laquelle il avait été envoyé ici, ne se rendit pas compte que sous l'effet de la nervosité, il ne cessait de frotter la cicatrice qu'il avait au poignet, souvenir de cette journée où lui et Daphné étaient devenus fiancés. Cependant, ce détail n'échappa pas à la femme devant lui qui écarquilla les yeux à cette vision.

- Dieu du ciel, mais comment vous êtes vous fait cela ? s'écria t-elle en prenant le poignet d'Harry pour l'examiner. Avez-vous des… tendances suicidaires ?

- Pardon ? Oh ! Non, c'est mon père qui m'a fait ça…

Là encore, leur humeur devint de nouveau sombre, sauf que cette fois-ci la cause de la blessure d'Harry fut trop difficile à avaler pour elles.

- Bonté divine ! Où loge donc ce bourreau d'enfant que je m'en aille immédiatement lui faire regretter le jour où il est venu au monde ?! Cet immonde et répugnant petit pourceau ne mérite certainement pas le titre de père !

- Voyons Marie-Louise, calmez vous donc ! l'intima son amie malgré qu'elle aussi aurait bien voulu exprimer sa manière de penser au père d'Harry.

- Mais enfin ! Comment peut-on faire ça à un enfant ? Jamais de ma vie je n'ai vu une chose pareille !

Même Elisabeth fut d'accord avec elle et déclara que le ministre de la magie, le seul représentant du monde magique que son père tolérait, sera certainement mis au courant de cette affaire. Du moins, c'était avant qu'Harry ne le supplie de ne pas la faire, à leur grand étonnement.

- Pourquoi donc ? lui demandèrent-elles en même temps.

- Si mon père apprend que je suis ici et non pas chez ma tante, il pourrait s'en prendre à ma mère et je n'ai pas envie qu'il lui fasse du mal…

- Mais nous pouvons toujours dire que l'on vous a découvert dans cet état quelque part dans Londres ! proposa Marie-Louise.

Mais les larmes qui débordaient à présent des yeux d'Harry à la seule pensée de ce que pourrait faire James contre Lily suffirent à la dissuader de faire quoi que ce soit. Elle se contenta donc de prendre Harry dans ses bras pour le laisser pleurer sur son épaule et évacuer ainsi toute sa peine.

- Allons jeune homme, calmez-vous, murmura t-elle doucement au creux de son oreille. Je vous promets que nous ne dévoilerons rien de ce que nous avons pu voir ici à votre famille ou à qui que ce soit d'autre, même si je dois avouer que ce que j'ai pu voir jusqu'à présent me pousserait à faire le contraire. Pourriez-vous nous en dire plus sur votre situation familiale ? s'enquit-elle une fois qu'elle l'eut relâché. J'ai comme l'impression que ce ne doit pas être tous les jours joyeux chez vous…

Leur conversation dura excessivement longtemps, bien plus qu'il n'était nécessaire en vérité. Harry fut longuement interrogé sur sa vie familiale, en particulier à propos de la relation très proche qu'il avait avec sa mère et sa sœur et la façon dont la monde magique se souciait peu de lui, ainsi que sa vie dans l'orphelinat, sur ses habitudes quand il se baladait à Londres... Il en profita au passage pour donner à la princesse de Hanovre quelques petits points négatifs sur l'orphelinat en guise de vengeance envers Ms Cole qui, par ailleurs, resta au final inconsciente pendant près d'une heure. Mais toutes les bonnes choses avaient une fin, et celle-ci eut finalement lieu lorsqu'Elisabeth se souvint d'un diner important en compagnie de sa mère et ses sœurs auquel elle était également conviée. Personne n'avait en vérité vu le temps passer, et Marie-Louise se surprit à regretter que leur entrevue s'achève aussi rapidement. Le garçon devant elle était poli, courtois, intelligent et instruit… Il était en fait très agréable de discuter avec lui.

- Hé bien, j'ai été ravi de vous rencontrer Harry, lança t-elle finalement en se levant du lit. Je suis persuadée que nos chemins se rencontreront de nouveau un jour, et je serai ravie ce jour là de voir ce que vous êtes devenu entre temps. Si jamais l'envie vous prenait de vouloir en savoir plus sur vos capacités magiques et pourquoi pas vous perfectionner dans cet art, n'hésitez pas à venir me rendre visite dans mon château en France. Vous n'aurez qu'à utiliser la poudre de cheminette et dire « cheminée du salon Junon du château de Lamballe » pour y accéder. C'est d'accord ?

- Oui madame, lui assura Harry avant de lui faire un autre baisemain. Je serai honoré de vous revoir un jour dans d'autres circonstances. Ma mère m'a toujours dit de me montrer gentil avec les gens que l'on aime, et je vous apprécie beaucoup.

Marie-Louise se contenta de lui sourire poliment avant de s'écarter pour laisser la place à Louise-Elisabeth qui eut également droit au baisemain et à la révérence. Malgré le cours temps durant lequel toutes les trois avaient discuté avec Harry, chacune s'était prise malgré tout d'affection pour ce petit garçon si mignon et déjà si durement touché par la vie. La marquise se permit même un petit baiser sur le front d'Harry, comme pour lui souhaiter bon courage pour la suite. Elisabeth termina le bal des adieux de la même manière que les autres, en remerciant au passage Harry pour ses informations concernant la manière dont était dirigé l'orphelinat et le despotisme dont faisait preuve Ms Cole au sein de l'établissement.

- Il est temps maintenant de réveiller notre chère guide, soupira Marie-Louise d'un air résigné. C'est dommage, je la préfère comme ceci…

Se penchant lentement sur le corps inconscient de Ms Cole, elle l'examina minutieusement des yeux, comme pour chercher un indice lui permettant de la ranimer. Puis, à la surprise des autres, elle lui asséna une violente gifle sur la joue, sans raison apparente. Tandis que ses deux amies furent choquées par son geste, Harry lui se retint d'éclater de rire en enfonçant sa tête dans son oreiller.

- Mais que faites-vous donc !? s'exclama Louise-Elisabeth d'un air alarmé. Avez-vous perdu l'esprit ?

- Non, je souhaitais simplement voir si elle retrouvait le sien de cette façon, mais de toute évidence cela ne fonctionne pas, répondit-elle avec amusement. Enervatum ! dit-elle en pointant sa baguette magique sur elle.

La directrice fut parcourue de légers soubresauts avant de finalement papillonner des yeux en reprenant conscience. Son visage confus tomba alors sur le regard faussement inquiet de la sorcière devant elle et de ses deux accompagnatrices tandis qu'elle s'interrogeait sur la raison pour laquelle elle se trouvait à terre.

- Que… Que m'est-il arrivé ? marmonna t-elle en se massant la nuque d'un air troublé.

- Il semblerait que vous ayez fait un malaise, lui mentit Marie-Louise en lui souriant aimablement. Vous vous êtes soudainement effondrée au beau milieu de cette allée, n'est-ce pas mesdames ?

- Oh oui, tout à fait ! lancèrent les deux autres en réprimant leur envie de rire.

- La fatigue sans doute, déclara Ms Cole en prenant appui sur un des lits pour se relever. Je n'ai pas bien dormi cette nuit à vrai dire…

- Il est temps de mettre un terme à cette visite dans ce cas ! Mieux vaut pour vous que vous preniez un peu de repos, vous êtes fort pâle…

Gentiment poussée des épaules par Marie-Louise en direction de la sortie, Ms Cole ne fit pas du tout attention à Harry, comme si elle avait oublié l'espace d'un instant qu'il était toujours là. Les autres femmes la suivirent, non sans saluer une dernière fois Harry d'un hochement gracieux de la tête avant de disparaitre derrière la porte du dortoir. Harry lui resta assis sur son lit, son regard toujours orienté sur cette porte désormais close, un sourire aux lèvres : La journée n'avait pas été si difficile que ça finalement.

A/N : Donc voilà ! Trois personnes pour l'instant mais Elisabeth d'Hanovre n'aura pas un rôle très important dans mon histoire. Je rappelle au passage que je n'invente rien sur leur titre, leur nom etc...
Sinon pour ceux que ça intéresse :

- La princesse de Lamballe était une proche amie de Marie-Antoinette, voir même à un moment sa meilleur amie et confidente. Elle est titrée princesse de par son père (le prince de Carignan) et également grâce à son mari (le duc de Penthièvre, mort dans ma fiction en 1789 et non pas en 1768) qui descend d'une lignée bâtarde de Louis XIV. C'était apparemment une femme d'une grande beauté (du moins selon les critères de l'époque) et par conséquent très courtisée. Elle n'aura cependant jamais d'enfant et son mari meurt alors qu'elle n'a que 19 ans. Je vais éviter de faire un pavé sur elle, mais normalement elle meurt en 1792 dans d'atroces souffrances après avoir refusé de divulguer des informations sur la reine et ses possibles trahisons. Je vous épargnerai également la façon dont elle meurt (vraiment ignoble), mais vous comprendrez que j'ai modifié l'histoire en la laissant vivre et en lui attribuant des pouvoirs magiques (Merci les fictions !). En vous basant sur ce que je vous ai dit quelques chapitres plus tôt, vous comprendrez qu'elle jouera un rôle important pour Harry.

- La marquise de Tourzel était également une amie de Marie-Antoinette, mais pas que : c'était aussi la gouvernante des enfants du roi et de la reine. Elle s'est donc occupée de l'éducation du dauphin Louis XVII et de la princesse Marie Thérèse. Pendant la révolution, elle restera proche du roi et de la reine et participera même à leur célèbre " fuite de Varennes ". Arrêtée comme les autres, elle passera les années suivantes en prison ou en résidence surveillée, et échappera par la même occasion à la guillotine. Là encore je vous évite le pavé ennuyant à lire, même si son histoire est intéressante quand on s'y penche de plus près. Dans ma fiction, elle aura comme rôle l'éducation d'Harry non pas d'un point de vue magique ou même physique mais plus dans la pure tradition royale (en faire un gentilhomme quoi). Je ferai également apparaître ses enfants de temps à autre, notamment sa plus jeune fille qui sera pour Harry comme une grande soeur.

- Maintenant pour Elisabeth de Hanovre, pas trop d'infos sur elle malheureusement. Je sais simplement qu'elle sera la maîtresse du futur Louis-Philippe Ier, roi des français, mais qu'ils ne se marieront jamais. Même chose pour ses parents, on ne les verra sans doute jamais mais ce que j'ai dit à propos du caractère difficile de son père est vrai : apparemment sur la fin de sa vie, il était devenu vraiment colérique à la limite de la folie.La semaine prochaine, hé bien... Non pour une fois je ne vais rien vous dire (Niark !). Sachez juste que les évènements s'enchaîneront rapidement. Daphné et Lily feront leur réapparition dans la fiction d'ici peu, aux alentours du chapitre... 8 ou 9 (les retrouvailles ? Peut être...).
D'ici là, soyez patient !à bientôt !