Hello ! Ravi de vous revoir, j'espère que vos vacances se passent bien ? (et bon courage à ceux qui n'en ont pas malheureusement). Voilà donc le nouveau chapitre de cette fiction.
Je sais : j'avais pourtant dit que je le posterai dans deux semaines, mais je n'ai pas pu résister à la tentation de l'écrire et au final, il m'a fallu seulement deux jours pour le faire !
Encore merci pour vos nombreux commentaires, je dois avouer que j'appréhendais un peu vos réactions concernant mes personnages historiques. Mais bon, apparemment vous appréciez !
Dans ce chapitre, Hé bien il y aura une surprise de taille pour Harry. Peut être que certains d'entre vous ont déjà imaginé la scène que j'ai écris dans ce chapitre ? En tout cas sa vie comme annoncé il y a quelques temps va prendre un virage à 180°... pour le mieux.
POST SCRIPTUM : J'ai remarqué une énorme erreur concernant les âges et date de naissance d'Harry et de ses frère et soeur. Par conséquent, Harry est né en 1789 et pas 88 comme annoncé auparavant, et l'attaque ayant eu lieu chez lui par Voldemort s'est passée en 1792. Ce n'est peut être qu'un détail pour vous, mais son âge sera plus important que vous ne le croyez.
Dans une petite auberge à proximité du quartier de Westminster, une certaine agitation régnait dans l'une des chambres juste sous les combles du toit. La journée pluvieuse qu'avaient subit tous les londoniens avait laissé place à une nuit relativement calme, quoique légèrement fraiche, donnant l'occasion à tous les gens de passage résidant dans la dite auberge de se lover bien au chaud et confortablement dans les couvertures des lits mis à leur disposition. Minuit était passé depuis bien longtemps, mais malgré l'heure tardive, beaucoup de bruits étaient encore perceptibles dans les rues, notamment le plus souvent des chansons d'ivrognes et des gloussements aigus de femmes proposant leurs services contre un peu d'argent. Un travail ordinaire en soit, pour ne pas citer le plus vieux métier du monde qu'elles pratiquaient. La chambre nommée précédemment était elle aussi le théâtre d'une certaine activité, beaucoup plus pondérée qu'à l'extérieur, même si les allers et venus de la responsable dans la pièce empêchaient les autres occupants de dormir.
- Marie-Louise… Allez-vous songer bientôt à vous coucher ? maugréa Louise-Elisabeth en regardant d'un air contrarié malgré la quasi obscurité de la pièce son amie.
- Je n'arrive pas à dormir…, pesta t-elle sans cesser de marcher à travers la pièce. À chaque fois que je ferme les yeux, je n'arrête pas de repenser à ce garçon…
- Vous allez finir par réveiller Pauline avec le bruit que vous causez !
La princesse de Lamballe consentit à arrêter son manège et à s'asseoir sur son lit, les yeux dans le vague. Rien dans la pièce n'aurait pu la distraire de ce qui la préoccupait : La chambre qu'elles avaient louée pour la soirée n'avait rien de particulier : Deux lits pour elle, Louise-Elisabeth et sa fille, une simple commode grossièrement sculptée, un bureau tout aussi dépourvu de la moindre décoration, une table sur laquelle reposait une lampe à huile encore allumée et deux chaises de paille sur lesquelles reposaient leurs vêtements. Leurs malles trainaient près de l'entrée, attendant d'être chargées le lendemain lorsqu'elles prendront la turgotine* les amenant directement à Douvres où elles vogueront par la suite un bateau les amenant en France, plus précisément au port de Brest.
D'un commun accord, toutes les deux s'étaient mises d'accord quelques semaines plus tôt qu'il était peut être temps de retourner dans leur pays natal : le régime de Terreur imposé par Robespierre et ses sbires était terminé depuis longtemps, et même si la menace du couperet planait toujours au dessus de leur tête, les condamnations à mort étaient devenues bien plus rares depuis quelques temps. Du moins, c'est ce qu'elles espéraient. Même leurs fausses pièces d'identités avaient déjà été créées : Peu de gens risquaient de la reconnaitre de toute manière.
Malgré tout, elle ne pouvait s'empêcher d'appréhender ce contact avec la population qui avait mis la monarchie française à terre. Si au moins elle n'avait pas eu dans l'idée de prendre autant de vêtements pour elle et ses deux accompagnatrices, elle aurait pu facilement retourner chez elle directement en transplanant et éviter ainsi de devoir parcourir les villes et campagnes au risque d'être vue. Mais voilà, le transplanage était épuisant, surtout sur de longues distances, et en faire une dizaine simultanément lui faisait courir le risque d'apparaitre au beau milieu de la Manche, ou pire : sur un bateau de pêche. Ce n'était pas la seule raison qui empêchait Marie-Louise de fermer l'œil pour la nuit. Sa visite aujourd'hui à l'orphelinat et la rencontre avec Harry l'avait profondément chamboulé plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Ses yeux verts mystérieux et son petit air à la fois candide et triste l'avaient touché et rien ne lui permettait de chasser de sa tête le souvenir de ce garçon qu'elle trouvait déjà « mignon et absolument adorable ».
- Ce garçon ? s'étonna son amie d'un air pensif avant de comprendre de qui elle pouvait parler. Oh, vous parlez du jeune Harry n'est-ce pas ?
- En effet, avoua t-elle distraitement. Ce doit être la première fois qu'une rencontre me perturbe à ce point, bien que généralement je ne rencontre pas de gens ayant des capacités magiques aussi grandes. A croire que la magie émanant de lui voulait que nos chemins se croisent, autrement je n'aurais sans doute jamais fait attention à lui.
Il est vrai que toute l'énergie dégagée par le petit garçon qu'elle avait vu ce jour là la troubla fortement. Jamais encore elle n'avait ressenti quelque chose de pareille, pas même lors de son duel contre Dumbledore. Le fait qu'elle n'ait même pas ressenti le potentiel d'Harry durant ce tournoi l'étonna également : La magie n'était pas une entité indépendante du corps d'un individu, et ne pouvait donc pas agir indépendamment de lui. Mais le noyau magique d'Harry semblait différent, comme si il émettait des signaux en rejetant un peu de résidus selon son envie pour se faire connaitre. De là à penser qu'il avait pu la reconnaitre et l'attirer jusqu'à son propriétaire, il n'y avait qu'un pas. Cette possibilité avait toute la journée fait son chemin dans son esprit, et selon elle, si tel était vraiment le cas, alors le jeune Harry Potter pouvait réellement devenir l'un des meilleurs si ce n'est le meilleur sorcier jamais vu depuis Merlin.
L'idée qu'elle lui avait proposé de lui laisser l'opportunité de le former elle-même lui avait paru au départ un peu précipité, mais avec du recul, elle considéra qu'il était de son devoir de veiller à ce que son possible élève développe au maximum ses capacités. Même ses réticences concernant les dangers qu'il encourait à l'accompagner jusque chez elle lui parurent dérisoires au bout du compte : Son château était tout de même protégé par les meilleurs sortilèges existants, et personne depuis plus d'un siècle, hormis les habitants du petit village de Lamballe l'avoisinant, n'en connaissait l'existence. Une rumeur courant au sein du monde moldu disait même qu'il avait été détruit en 1626.
A vrai dire, beaucoup des Lamballais travaillaient dans son domaine, en échange de quoi elle leur fournissait du matériel et des équipements pour leur permettre de vivre convenablement comme un moulin, un pressoir, des fours publics et même quelques terres cultivables, et tous l'appréciaient à sa juste valeur. Presque tous les habitants étaient en vérité des sorciers, et Lamballe pouvait même être comparé à juste titre au village sorcier des anglais : Pré-Au-Lard. Les rares moldus présents étaient également au courant de la véritable nature de la princesse et des ¾ de la population, et s'en accommodèrent bien. Ils étaient même devenus les serviteurs de cette grande dame qui les payait bien en échange de leur service pour l'entretien du château. Le seul problème en vérité était d'expliquer aux autorités si un jour elle décidait de refaire parler d'elle la manière dont elle s'était échappée de la prison de la Force et ce qu'elle avait fait depuis lors. S'inventer un passé était néanmoins beaucoup plus facile qu'avoir assez de courage pour vouloir prendre sous son aile un jeune sorcier ne demandant que cela.
- Un enfant est une personne tout à fait fascinante…, déclara distraitement Louise-Elisabeth en caressant tendrement la chevelure brune de sa fille dormant à côté d'elle. C'est un être à la fois si petit et fragile que l'on aimerait garder auprès de soi éternellement pour protéger toute son innocence du monde dans lequel il vit, mais en même temps une source intarissable de curiosité et d'envie d'apprendre que l'on peut façonner à sa guise. Elever un enfant est une tâche lourde mais tellement gratifiante lorsque l'on voit ce qu'il devient en grandissant, ce que notre patience et notre travail ont accompli durant toutes ces années où l'on est resté continuellement auprès de lui, à répondre à ses questions lorsqu'il ne comprenait pas quelque chose, à le voir sourire quand il s'émerveille pour des choses insignifiantes, à la réconforter lorsqu'il est triste et même à se montrer sévère lorsqu'il est insolent. Être une mère est un travail bien compliqué, mais au bout du compte si merveilleux.
- Pourquoi me dites-vous tout cela ? lui demanda son amie, l'air confus.
Louise-Elisabeth se contenta d'esquisser un sourire plein de sous-entendu tout en affichant une légère moue moqueuse à son encontre.
- Vous ne comprenez vraiment pas ? Ou fermez-vous les yeux devant le fait accompli ?
Marie-Louise savait pertinemment de quoi elle parlait, mais se refusait à l'admettre. Avait-elle vraiment besoin d'un enfant dans sa vie ? Était-elle prête à passer ses journées en sa compagnie et à l'éduquer ? Serait-elle tout simplement une bonne mère ? Tant de questions dont elle n'avait pas la réponse, bien qu'elle souhaitait du plus profond d'elle-même que chacune de ses interrogations ait une réponse positive. Et puis d'un autre côté, Harry avait déjà une famille. N'était-ce pas mal de le retirer à la garde de sa véritable mère qui prenait tant de risques pour le protéger ? N'était-ce pas dans un sens du vol ou même un enlèvement ? Encore fallait-il qu'Harry accepte de la suivre…
- Vous vous êtes entichée de ce garçon, n'est-ce pas ? lui demanda Louise-Elisabeth en souriant.
- Je… Peut être oui…
- Allons, je vous ai regardé aujourd'hui lorsque vous discutiez avec lui. J'ai bien vu que vous vous intéressiez à lui plus qu'à un autre. Le regard que vous aviez quand il expliquait la façon dont il était traité par son père, les problèmes qu'il avait dans cet orphelinat et la façon dont il occupait ses journées ne laissait guère de doute sur vos sentiments par rapport à tout ceci. Je n'ai peut être pas votre talent pour discerner les pensées et les émotions des gens grâce à la magie, mais j'ai bien vu dans vos yeux cette petite étincelle que vous avez d'ordinaire lorsque vous discutez avec Pauline ou avec n'importe lequel de mes autres enfants. Vous avez beaucoup d'amour et de tendresse à donner, et peut être serait-il temps de songer à avoir un enfant, vous ne croyez pas ?
- J'y ai pensé…, avoua t-elle nerveusement. Avoir un enfant a toujours été la chose que je souhaitais le plus au monde, mais malheureusement j'en étais incapable, comme vous le savez. Peut-être est-ce pour cette raison que mon époux avait tant besoin d'aller voir ailleurs… Je n'ose imaginer tous les enfants qu'il ait pu avoir avec ces femmes, alors que moi je me morfondais seule dans notre résidence ou à Versailles en sachant qu'il me trompait ouvertement et que cela ne semblait pas le déranger. Je mentirais en vous disant que sa mort m'a affecté, et pour tout vous dire j'en suis quelque part la première responsable. A force d'aller voir ces dames de petites vertus, il fallait se douter qu'il finirait par attraper une maladie vénérienne, et je n'ai absolument rien fait pour le soigner alors que des potions auraient pu le guérir. Pire encore, je l'ai laissé mourir sans réagir, par simple vengeance. J'ai tué un homme Louise-Elisabeth, et j'ai beau demander grâce au ciel depuis huit ans maintenant, je ne peux m'empêcher de me sentir monstrueuse rien qu'en y repensant. Alors me voyez-vous vraiment m'occuper d'un petit garçon alors que j'ai été capable de commettre un acte pareil ?
- Votre mari n'a eu que ce qu'il méritait, répliqua t-elle un peu plus sévèrement. Si le seigneur dans sa miséricorde devait pardonner les péchés de quelqu'un, ce serait bien les vôtres et non ceux de ce débauché. Vous avez accepté sans broncher ses nombreux écarts de conduite durant toutes ces années, sans jamais vous plaindre à qui que ce soit et en lui pardonnant sans cesse ses erreurs. Oui vous ne pouvez pas avoir d'enfant, mais cela lui donnait-il le droit de vous tromper de la sorte ? Les nombreuses tentatives ratées que vous avez eues tous les deux ne signifient pas forcément que vous êtes la personne incapable de donner la vie. A ma connaissance le prochain duc de Penthièvre n'a jamais eu un seul enfant, et personne n'est venu le voir pour lui réclamer une pension. Le problème venait peut être de lui. Maintenant pour répondre à votre question, oui je vous vois vous occuper d'un enfant. Je peux aisément le dire quand je vois la façon avec laquelle vous vous occupez déjà de Pauline, et je pense même qu'avoir un fils serait une bonne chose pour vous. J'ai remarqué à quel point ces années d'errance vous ont fortement atteint. Vous continuiez à vivre comme une âme en peine, sans but précis. Vous avez là l'occasion d'en avoir un, mais la décision vous revient.
Son amie marquait un point important selon elle : La vie d'errance qu'elle menait actuellement ne pouvait continuer comme cela, et à force, son humeur et même sa santé risquaient d'en pâtir. Le temps était peut être venu de revenir définitivement chez elle et de se trouver une occupation à plein temps : l'éducation d'un enfant. Mais plusieurs problèmes d'ordre juridiques et même financiers risquaient de voir le jour, notamment par rapport à la réaction qu'auraient ses amis restés en France en découvrant un petit garçon de huit ans qu'elle annoncerait comme le sien et par conséquent celui de son défunt mari, ainsi que l'héritage qu'obtiendrait Harry si jamais la rumeur se rependait que le Duc de Penthièvre avait eu un petit-fils peu avant sa mort : La supercherie lui couterait cher, et bien plus que sa fortune personnelle. Son défunt beau-père était tout de même l'un des hommes les plus fortunés d'Europe, et la mort de son fils faisait automatiquement d'Harry son héritier. Beaucoup de difficultés risquaient d'arriver en prenant à sa charge Harry, mais étrangement, cela ne l'effraya pas plus que cela. Elle pourrait toujours se mettre d'accord concernant les titres de noblesse et la fortune de sa belle-famille avec la soeur du prince de Lamballe avec qui elle avait toujours été étroitement proche.
- Mais comment expliquer à nos amis la soudaine apparition d'Harry dans ma vie ? Sans compter que les gens en entendant son prénom se diront aussitôt que son père devait être anglais, et je serais par conséquent accusé de collaboration avec l'ennemi !
- Vous dramatisez mon amie ! Allons, Harry a huit ans n'est-ce pas ? Il est par conséquent né en 1789. Or, rappelez-vous ce propos moqueur tenu par la duchesse de Polignac sur votre tour de taille qui avait beaucoup fait jaser la cour cette année là. Vous pourriez aisément prétendre que vous étiez enceinte et que vous avez caché l'existence de votre enfant en attendant que les choses se calment. Quant à son prénom, rien ne vous interdit de le modifier une fois de retour chez vous. Il faut après tout que vous inscriviez votre fils dans le registre des naissances et de l'état.
Il fallait avouer que son amie la marquise de Tourzel avait un excellent don pour trouver très rapidement des solutions aux problèmes. Le seul auquel elle ne pourrait cependant rien était éventuellement l'apparence d'Harry. Il avait les yeux de la même couleur émeraude que son défunt mari, mais autrement, il ne leur ressemblait pas du tout. Le pire était sans doute pour les cheveux : Ni son mari ni elle n'avaient les cheveux aussi noirs ; La supercherie serait rapidement découverte.
- Il reste le problème de son apparence, déclara t-elle pensivement. Peut-être qu'un charme pour lui modifier son visage serait utile, mais le problème est qu'il ne dure pas indéfiniment et qu'il faut sans cesse le refaire. Je pourrais éventuellement lui faire boire un filtre d'adoption par le sang, mais la transformation est définitive, et surtout qu'il accepte de s'y plier, ce dont je ne suis pas certaine. Si en grandissant, les gens se rendent compte que nous sommes différents, je n'imagine même pas le scandale que cela pourrait avoir sur nos vies.
- Cessez de vous torturer l'esprit, soupira la marquise de Tourzel. Vous n'avez pas encore besoin de l'exhiber devant toutes nos amies une fois de retour en France ! Ce pauvre garçon ne saurait même plus où donner de la tête !
Voyant qu'elle n'avait plus rien à proposer pour repousser encore l'adoption d'Harry, Louise-Elisabeth lança un coup d'œil appuyé sur son amie pour lui demander silencieusement ce qui allait se dérouler à présent. Mais voyant que celle-ci n'avait aucune réaction, elle prit les devants et lui posa la question tant attendu :
- Alors, qu'attendons-nous ? demanda t-elle d'un ton presque impatient.
- Mais… Il est tard, et je doute que l'orphelinat soit encore ouvert à cette heure-ci, bien qu'avec une directrice pareille, je n'en serais pas étonné.
- N'êtes vous pas une sorcière, il me semble ? N'avez-vous pas quelques sortilèges vous permettant d'outrepasser les obstacles que cette bonne femme peut mettre sur votre chemin ?
Marie-Louise ne put s'empêcher de rougir de honte. Voilà qu'elle en oubliait ses pouvoirs magiques ! Une grille ou une porte fermée ne pourrait résister à sa baguette, et quant à réveiller une directrice complètement sénile, ce n'était qu'une formalité. D'un hochement de tête, elle invita son amie à se lever et à s'habiller rapidement en même temps qu'elle. Celle-ci s'éxecuta aussitôt, non sans faire attention en se levant de son lit à ne pas réveiller sa fille. Mais fort heureusement, Pauline se contenta de grogner légèrement en remuant sur le lit. Pour aller plus vite, Marie-Louise utilisa sa baguette pour se vêtir et aider Louise-Elisabeth : Lasser un corset prenait énormément de temps, sans compter les nombreux vêtements à porter avant la robe.
-Mettons-nous également nos perruques ? lui demanda la marquise en passant distraitement sa main dans ses cheveux courts.
- Ne nous préoccupons pas de cela, lui répondit-elle en appliquant rapidement un produit dans ses cheveux châtains également courts. Faites comme moi et nous pourrons y aller. Faites attention à n'en utiliser qu'une infime partie, autrement vos cheveux risqueraient de s'allonger jusqu'à vos pieds.
A peine eut-elle donnée la petite fiole contenant le mystérieux produit à son amie que ses cheveux se mirent à pousser légèrement, lui tombant jusqu'aux épaules. Son amie eut exactement le même résultat, et une fois qu'elles eurent chacune une coupe de cheveux convenables, toutes les deux s'attelèrent à trouver rapidement un manteau épais dans leurs malles pour affronter la rudesse du climat. C'était néanmoins sans compter un imprévu de taille…
- Mère, je veux venir moi aussi !
Les deux femmes eurent la surprise de découvrir que la plus jeune fille de Louise-Elisabeth, celle dont elles pensaient toutes les deux qu'elle dormait paisiblement dans l'un des lits, se tenait debout sur son matelas en chemise de nuit, les mains sur les hanches et une moue contrariée sur le visage. Pauline de Tourzel ressemblait énormément à sa mère d'un point de vue physique : les mêmes petits yeux perçants, la même bouche fine, le même nez fin et pointu… Mais au niveau du caractère, elle tenait davantage de son père. Lorsque mademoiselle voulait quelque chose, elle s'y obstinait fermement et il était très difficile de la dissuader. Peut-être que l'adolescence y était également pour quelque chose ; les enfants étaient parfois bien difficiles durant cette période.
- Depuis quand êtes vous réveillée jeune fille ? lui demanda d'un air sévère sa mère.
- Depuis le début de votre conversation, dit-elle tranquillement sans cesser de fixer intensément les deux femmes lui faisant face. J'ai tout entendu, et je suis ravie pour vous tante Marie que vous vous décidiez à avoir votre propre enfant ! Permettez-moi de vous accompagner, s'il vous plait !
- Non pauline ! Il est déjà tard et nous partons demain matin aux premières lueurs de l'aurore ! Alors si vous ne vous rendormez pas bientôt, je peux vous assurer que vous me copierez plusieurs versets de la bible lorsque nous serons de retour en France !
- Mais mère ! Je veux voir ce garçon ! plaida t-elle tristement. Je m'ennuie tellement ici loin de mes frères et sœurs ! Je n'ai même pas pu vous accompagner aujourd'hui pour rendre visite à ces orphelins, vous pourriez vous montrer clémente et me laisser le rencontrer en personne !
- Vos frères et sœurs comme vous dites sont déjà mariés et n'ont depuis bien longtemps plus assez de temps pour jouer avec vous, alors ne mentez pas jeune fille. Et si je ne m'abuse, les rares fois où vous vous trouvez en leur compagnie, cela se finit toujours en dispute. Je vous rappelle par ailleurs que vous allez bientôt suivre le même chemin qu'eux, et je ne pense pas qu'un homme voudra un jour d'une femme sautant sur le matelas de son lit parce qu'elle n'a pas ce qu'elle veut !
L'adolescente de seize ans pesta fortement en se rallongeant sur son lit tout en remontant les couvertures jusqu'à son visage. Amusée par le comportement de sa fille, Louise-Elisabeth ne put s'empêcher de la taquiner encore davantage en s'asseyant sur le côté libre du lit.
- Quelle image vous allez donner à ce garçon lorsqu'il vous verra bouder comme une petite demoiselle dans votre lit !
- Hmpf.
- Je suis peinée de voir que vous le prenez de la sorte. Moi qui pensais vous confier ses leçons d'équitation, je pense que j'attribuerai cette tâche à quelqu'un faisant preuve de plus de maturité.
- Oh non mère, laissez moi lui apprendre ! Il ne trouvera pas meilleure enseignante que moi dans toute l'Europe ! Père disait lui-même que j'étais très douée ! Je pourrais également lui apprendre d'autres choses comme jouer d'un instrument ou même la valse ! Et pourquoi pas lui apprendre la couture !
- C'est un garçon ma chère, lui rappela en ricanant sa mère. Je doute qu'il se montre réceptif pour la couture.
- Oh, j'avais oublié ! Hé bien… pourquoi pas les langues ? Je doute qu'il sache parler une autre langue que l'anglais !
- C'est une possibilité, mais nous verrons cela plus tard avec sa mère si vous le voulez bien. En attendant, reposez-vous Pauline.
- Bien mère. Mais je suis tellement impatiente à l'idée de le rencontrer que je doute de pouvoir fermer l'œil durant votre absence !
Sa mère se contenta de lui sourire tendrement avant de lui baiser le front pour lui souhaiter une bonne nuit. Les deux femmes se dirigèrent ensuite vers la sortie de la chambre en éteignant au passage la lampe en plongeant ainsi la pièce dans l'obscurité la plus totale. Entre le début de leur discussion et leur départ pour l'orphelinat, plus d'une heure s'était écoulée. Le plus difficile fut sans doute de réveiller le propriétaire de l'auberge et de lui demander de les conduire jusqu'à l'orphelinat. Autant dire qu'il ne fut pas du tout disposé à les aider, et les invita même à y aller à pied si c'était si important pour eux.
« On ne réveille pas les gens à une heure pareille ! » tempêta t-il durant de longues minutes.
Malgré tout, il se montra bien plus agréable lorsque Marie-Louise lui tendit une bourse contenant quelques pièces d'or. Bien que toujours maugréant contre elles, il accepta finalement de les conduire au lieu-dit en faisant atteler son carrosse personnel. Le confort était très rudimentaire, mais il n'était pas encore temps de polémiquer là dessus. Le trajet leur prit également un certain temps, surtout que certaines rues n'étaient pas très rassurantes en cette soirée. Bien des ivrognes dormaient à même le sol, et des individus à l'air suspect et conversant entre eux dans certaines ruelles n'inspiraient pas du tout confiance. Aussi Marie-Louise intima l'ordre à leur cocher d'accélérer l'allure et de quitter rapidement ces endroits malfamés. Même si elle était une sorcière, le danger pouvait quand même être là.
L'orphelinat était encore plus sinistre de nuit que de jour, même avec la faible luminosité de la lune et des rares lanternes allumées que l'on pouvait voir à travers certaines fenêtres des habitations environnantes qui ne permettaient pas de distinguer quoi que ce soit. Les deux françaises descendirent de leur carrosse rapidement et sans l'aide du cocher qui de toute évidence n'arrivait toujours pas à accepter d'avoir été réveillé aussi tardivement. Ses ronchonnements étaient d'ailleurs la seule source de bruit perceptible à des mètres à la ronde. Pas une personne ne semblait vouloir s'aventurer dans ce quartier aussi bien la nuit que le jour, ce qui ne les rassura pas le moins du monde.
- J'dois vous attendre encore combien d'temps ? maugréa l'homme dans sa barbe.
- Je n'en ai aucune idée, s'excusa platement Marie-Louise. Mais au plus vous attendrez, plus l'argent que je vous donnerai sera conséquent.
-M'ouais…
Sans attendre, toutes les deux se dirigèrent vers la porte de l'orphelinat en passant par la grille d'entrée dont elles s'étonnèrent de la voir toujours ouverte. Mais il n'était pas encore temps pour se questionner sur ce détail, et c'est d'un pas plus pressé qu'elles arrivèrent jusque la porte.
- Misère… elle est fermée !
- Il n'y a que ce heurtoir pour annoncer notre présence, mais je doute que quelqu'un nous entende. Les appartements du personnel se trouvaient de l'autre côté de ce bâtiment. Il n'y aurait éventuellement que la directrice qui loge près du réfectoire qui pourrait nous venir en aide.
- C'est justement cette charmante dame que j'aimerais rencontrer. Attendez, je crois que j'ai trouvé la solution…
La princesse de Lamballe sortit rapidement sa baguette magique dont elle tapota le bout sur le heurtoir de la porte tout en marmonnant discrètement un « Alohomora ». Le panneau de bois s'ouvrit aussitôt, et toutes les deux purent s'engouffrer rapidement dans l'orphelinat.
- Très ingénieux, souffla son amie. Cette situation est terriblement stressante tout de même. Je ne pense pas avoir été aussi anxieuse depuis notre évasion de la prison de la Force.
- Moi aussi, mais il faut avouer que tout ceci est follement excitant !
Se déplacer dans une pièce complètement plongée dans l'obscurité ne fut pas une mince affaire, mais après avoir tâtonné de longues secondes dans le noir, toutes les deux arrivèrent au bout du compte juste devant le bureau d'accueil, celui là même où Ms Cole avait l'habitude de se poster à longueur de journée. Allumant discrètement le bout de sa baguette magique, Marie-Louise trouva sur le comptoir deux lampes à huile qu'elle entreprit aussitôt d'allumer. La lumière émise fut des plus rassurantes, même si les ombres du mobilier de la pièce et les fenêtres au-delà desquelles la noirceur de la nuit était toujours visible restaient inquiétantes.
- Et maintenant ? lui demanda Louise-Elisabeth.
- Faisons venir à nous la personne désirée, déclara t-elle en pointant du doigt deux petites clochettes retenues entre elles par un petit fil servant apparemment à appeler un membre du personnel.
Elles s'exécutèrent aussitôt et passèrent de longues minutes à secouer les grelots dans le vide. Rien ne se passa au départ, puis le grincement d'une porte se fit entendre derrière laquelle émergea une Ms Cole en robe de chambre par-dessus une chemise lui tombant jusqu'aux chevilles et à la mine particulièrement sinistre en cette soirée. Elle n'était apparemment pas elle non plus une femme d'humeur joyeuse quand on la réveillait. D'une main tremblante, elle tenait une petite coupelle dans laquelle se trouvait une petite bougie afin de se repérer dans l'obscurité et surtout d'exprimer sa manière de penser aux visiteurs tardifs. Qu'elle ne fut pas sa surprise de découvrir les deux françaises dans son établissement, et de surcroit en dehors des horaires d'ouverture : Le respect des règles ne semblait pas faire partie de leur éducation.
- VOUS ?! Mais que faites-vous ici ! Il est plus de deux heures du matin ! Sortez immédiatement de cet orphelinat avant que je ne prévienne les autorités !
- Allons madame, calmez-vous ! Nous ne sommes pas là pour vous causer du tort et vous prions sincèrement de bien vouloir nous excuser pour le dérangement causé, mais si nous sommes ici, c'est pour une raison de la plus haute importance ! plaida Louise-Elisabeth d'un ton courtois.
- Peu m'importe, je ne veux rien avoir à faire avec vous ! cracha la directrice d'un air mauvais. DEHORS !
Fatigué de l'hostilité évidente qu'avait pour eux Ms Cole, Marie-Louise s'avança et lui administra sans plus de cérémonie une gifle magistrale dont le bruit se répercuta en écho dans la pièce.
- Je ne sais pas ce que nous avons bien pu vous faire pour que vous nous haïssiez à ce point madame, mais je commence à en avoir plus qu'assez du ton dédaigneux avec lequel vous vous adressez à nous et de vos regards méprisants.
La directrice, encore choquée par son geste, se frottait la joue là où le coup l'avait touché, sans cesser toutefois de regarder furieusement la femme lui faisant fasse.
- J'ai perdu mon fils et mon mari durant la guerre d'indépendance des Etats-Unis, voilà ce qui m'arrive ! Tous les deux servaient dans la marine anglaise à bord du « HMS Resolution » et se sont vaillamment battus contre votre flotte durant la bataille de la baie de Chesapeake ! Ils sont morts ce jour là, morts à cause de la décision de votre roi d'intervenir en faveur des colons américains ! Si votre pays ne s'était pas mêlé de ce qui ne le regardait pas, je les aurais toujours auprès de moi et je ne serai pas obligé de tenir cet endroit pour survivre !
- Sauf qu'en rejetant la faute sur des personnes complètement étrangères à vos problèmes, vous agissez de manière particulièrement immature pour votre âge, rétorqua Louise-Elisabeth. Quant à votre survie, ne me faites pas croire que la pension que l'on vous verse pour la mort de votre époux ne vous y permet pas.
- Je me fiche de ce que vous pensez ! Maintenant sortez d'ici avant que je n'appelle quelques personnes qui se feront une joie de vous renvoyer d'où vous venez !
- Je n'ai absolument pas l'intention de partir. Je suis venue ici pour une raison bien spécifique, et je ne repartirai pas sans.
Sortant de nouveau sa baguette magique, elle pointa directement la directrice en pleine figure. Celle-ci regardait d'un air interloqué le bout de bois que tenait son interlocutrice en se demandant bien qu'elle idée elle pouvait bien avoir derrière la tête, et surtout comment un morceau de bois pourrait s'avérer dangereux pour elle. Comme si un simple bâton pouvait lui causer du tort…
- Impero.
Rien ne se passa, mis à part un léger souffle de vent qui vint caresser le visage des trois femmes présentes. On aurait pu aisément croire que le sortilège n'avait pas fonctionné si l'on ne regardait pas de plus près le regard de Ms Cole. Celle-ci était soudainement devenue atone, les yeux ne reflétant rien et son visage n'exprimant aucune émotion. Elle se contentait de se tenir droite comme un I, sans bouger ne serait-ce que son petit doigt pour certifier avoir toujours le contrôle de son corps et de son esprit. Même un mort-vivant était plus expressif qu'elle en cet instant.
- Nous avons déjà assez perdu de temps comme cela, alors allez immédiatement chercher Harry et amenez-le moi le plus vite possible, lui ordonna Marie-Louise en la pointant toujours avec sa baguette.
La directrice s'exécuta aussitôt, mais contrairement à ce qu'elle aurait cru, Ms Cole ne se dirigea pas vers le premier étage où dormaient normalement les enfants mais vers la porte derrière elle menant à la cave.
- Elle n'a tout de même pas osé faire cela ? marmonna furieusement Marie-Louise en voyant Ms Cole disparaitre derrière la porte.
- Vous croyez que cela à un rapport avec ce qui est arrivé aujourd'hui dans ce dortoir ? lui demanda d'un air choqué Louise-Elisabeth tout aussi alarmée qu'elle.
Les minutes s'écoulèrent dans un silence angoissant. Les deux françaises appréhendèrent ce qu'elles allaient voir d'ici peu. Bien que se refusant à l'admettre, toutes les deux savaient que si la directrice s'était dirigée dans cette direction, c'est qu'Harry y était réellement, et l'idée qu'il ait pu dormir dans une cave humide et malodorante les horrifia. Des bruits de pas se firent entendre au bout d'un certain temps, et Ms Cole fit son retour dans la pièce, trainant derrière elle un petit garçon de huit ans apeuré et se demandant ce que pouvait bien lui vouloir la directrice à une heure pareille. Déjà que la dernière qu'il l'ait vu, elle était dans une rage folle contre lui… Mais là, elle ne parlait même pas et se contentait de le tirer vers les deux françaises qu'il vit enfin. Qu'elle ne fut pas sa surprise de les voir en cette soirée les attendant dans le hall d'entrée. Quelque chose se tramait…
- Marie-Louise ? Mais… Que faites-vous ici ?
- Je vous expliquerai plus tard la raison de ma venue, Harry. Je suis vraiment ravie de vous revoir soit dit en passant !
La visant de nouveau avec sa baguette magique, elle libéra Ms Cole du sortilège, puis entraina Harry dans une étreinte avec laquelle elle espérait transmettre toutes ses émotions. Ce garçon allait devenir son fils, coute que coute, et pour la première fois de sa vie, elle aurait quelqu'un à qui donner ce genre de marque d'affection. Harry lui bien qu'aimant cette sensation de confort était néanmoins gênée par son geste : Il n'y avait bien que sa mère qui lui faisait ce genre de scène.
- Maintenant vous allez calmement m'expliquer ce que faisait Harry dans votre cave, dit à Ms Cole Marie-Louise d'un ton clairement menaçant tandis qu'Harry saluait la marquise de Tourzel.
La directrice déglutit fortement, mais soutint le regard insistant de Marie-Louise. Un combat de regard eut rapidement lieu, chacune défiant l'autre sans même prononcer le moindre mot afin de prendre le dessus et la déstabiliser son adversaire. Les deux autres restèrent là à les observer avec étonnement, ne sachant pas quoi faire. Ce fut malgré tout la princesse de Lamballe qui la première, mit fin à cette bataille en fermant les yeux, mais la moue moqueuse qu'elle affichait ne signifiait rien de bon pour Ms Cole.
- Inutile de me donner vos raisons finalement, je n'en ai pas besoin. La légilimencie m'a encore une fois été très utile.
- La légili… Quoi ?
- Passer vos nerfs pour une visite qui vous a semblé ratée sur un enfant totalement innocent à cela est bien l'une des choses les plus pitoyables que vous ayez montré jusqu'alors, reprit-elle sans cesser de sourire.
- C'est de sa faute si rien ne s'est passé comme je le souhaitais ! s'emporta soudainement Ms Cole sans se demander un seul instant comme son interlocutrice pouvait être au courant. La princesse a eu pitié de son sort et par je ne sais quel procédé, il est parvenu à lui dire des choses méprisables à mon encontre ! J'ai reçu en début de soirée une missive m'informant de l'ouverture d'une enquête contre moi pour mauvais traitements et détournement d'argent ! La seule personne autre que moi avec qui elle a pu discuter de ces soi-disant mauvais traitements ne peut être que lui !
- Et avez-vous des preuves pour étayer vos affirmations ? s'enquit Louise-Elisabeth en fronçant ses sourcils.
De toute évidence, Ms Cole n'avait en vérité rien pouvant certifier ses propos, comme le remarquèrent les deux autres femmes d'un simple regard et par le long mutisme dans lequel s'était plongée la directrice.
- C'est bien ce qu'il me semblait. Et pour ne rien arranger à vos affaires, vous avez eu dans l'idée d'enfermer ce pauvre garçon dans votre cave ? Mon dieu mon dieu mon dieu… Comme je vous plains.
- Je me fiche de la sollicitude de deux françaises ! Vous devriez finir comme tous vos semblables : au fond d'un canal !
- Parlons de la rivalité existant entre nos deux nations plus tard si vous le voulez bien. Pour l'instant je souhaiterais plutôt traiter avec vous d'une affaire bien plus importante.
- Et quelle est t-elle ? lui demanda du même ton méprisant Ms Cole en la toisant du regard.
- Une adoption.
Là, la directrice ne put s'empêcher de s'esclaffer bruyamment au risque de réveiller le reste des pensionnaires. Harry lui se demandait bien pour quelle raison Marie-Louise venait en pleine nuit adopter un enfant alors qu'elle les avait déjà vus plus tôt dans la journée. L'idée qu'elle soit là pour lui ne l'effleura même pas.
- Une adoption ? Vous ? Et qui est donc l'heureux élu ? lui demanda narquoisement Ms Cole. Je n'aurais jamais imaginé que le peu de temps que vous avez passé avec nos orphelins vous ait permis de vous enticher de l'un d'eux !
- Ce n'est pas un orphelin que je souhaiterais adopter mais le jeune garçon présent parmi nous.
Tous les regards convergèrent aussitôt vers Harry qui fut pour le moins choqué par la dernière phrase de la princesse de Lamballe. Cette femme ? L'adopter ? Mais il n'était même pas ici pour ça ! Non pas qu'il trouvait Marie-Louise désagréable, il s'était même surpris à l'apprécier. Mais de là à partir avec elle pour une destination inconnue, il y avait un boulevard. Partir avec une femme dont il ne connaissait rien lui semblait complètement fou, même si la dite femme lui avait déjà proposé de venir à certaines occasions chez elle pour perfectionner ses aptitudes pour la magie. Mais même là, il n'était pas certain de vouloir y aller. L'impression d'être un fardeau pour son père était déjà grande, il n'avait pas non plus envie que cette charmante femme finisse par en penser de même. Mais d'un autre côté, accompagner la princesse de Lamballe lui permettrait d'échapper à cet orphelinat horrible où personne ne lui témoignait la moindre affection. Elle avait été la seule à lui en témoigner ainsi que la marquise de Tourzel, et son intuition lui disait que ces femmes n'avaient pas joué un rôle à ce moment là. Il se dégageait d'elles une impressionnante aura de douceur et de gentillesse qu'il n'avait ressenties qu'en présence de Lily. Non, ces femmes n'étaient pas cruelles, et peut être qu'en acceptant l'offre de Marie-Louise, il pourrait enfin gouter au bonheur qu'il espérait tant.
- Vous… Vous voulez m'adopter ? demanda t-il timidement comme si il n'y croyait pas.
- Sauf si vous ne le voulez pas, lui répondit Marie-Louise en souriant.
- Vous ne pouvez pas le faire ! s'exclama furieusement la directrice en tirant vers elle Harry. Sa mère nous a de toute manière donné de l'argent pour son séjour ici et pour qu'il ne se fasse pas adopter !
- Et je suppose que cet argent servait à lui assurer un certain confort et quelques privilèges que les autres enfants n'ont pas. Or, du peu que j'ai pu voir jusqu'à présent, il me semble que vous ne vous conduisiez pas davantage courtoisement avec lui qu'avec un autre. J'aimerais beaucoup savoir ce qui est advenu de cet argent. Peut être vous en êtes-vous servi pour vous procurer d'autres meubles ?
- Ce sont de graves accusations que vous portez-là ! Encore un mot de plus et je m'en vais dès demain à la première me plaindre de vos propos auprès des autorités compétentes ! Nous sommes des gens honnêtes ici, et l'argent que l'on nous confie va directement dans des travaux afin d'assurer la sécurité et le confort de nos résidents !
- Vous ne bernez personne, madame, répliqua la princesse de Lamballe d'un ton froid. Les meubles dans votre chambre dont vous vous targuez d'en être l'acquéreuse grâce à vos ancêtres sont des biens que j'ai déjà eu l'occasion de voir par moi-même auparavant. Avant d'acheter des meubles, renseignez-vous sur leur provenance, et surtout enlevez les écussons que l'on peut voir sculptés dans le bois. Je suis curieuse de savoir comment des chaises provenant du petit Trianon du château de Versailles ont pu atterrir dans vos appartements ?
La directrice fut pour le moins choquée par ce revirement de situation. Ses malversations étaient maintenant mises à jour, et elle pesta intérieurement contre ce marchand de meubles qui lui avait si gracieusement vendu ces chaises pour un prix dérisoire. Sa crédulité l'horrifiait.
- Nous avons perdu assez de temps comme ça. Impero !
Pour la deuxième fois de la soirée, Ms Cole fut immédiatement aussi docile qu'un elfe de maison, et attendit en silence les prochaines consignes de celle qui possédait son esprit.
- Allez dans le dortoir d'Harry et apportez avec vous ses effets personnels. N'oubliez absolument rien, lui ordonna t-elle de nouveau d'un ton ferme.
Sagement, la directrice s'éloigna en direction cette fois-ci de l'étage supérieur de l'orphelinat, laissant deux femmes et un enfant en bas âge seuls dans le hall d'entrée. Marie-Louise attendit que Ms Cole disparaisse dans l'escalier pour reporter son attention sur Harry, mais comme elle le remarqua aussitôt, Harry s'était soudainement écarté d'elle et l'observait avec une crainte non dissimulée.
- Que vous arrive t-il Harry ? Lui demanda t-elle d'un ton inquiet en tendant déjà le bras pour l'attirer près d'elle.
- V-vous avez utilisé un sortilège impardonnable ! Ma mère m'a toujours dit que c'était les serviteurs du seigneur des ténèbres qui l'utilisaient ! C'est mal de l'employer contre quelqu'un d'autre !
Comprenant finalement ce qui lui faisait peur, sa nouvelle mère se contenta de lui sourire pour le rassurer puis de se mettre à sa hauteur en se penchant légèrement.
- Je vais vous poser une question Harry, et vous devrez y répondre en me donnant une réponse reflétant ce que vous en penserez vraiment. C'est d'accord ?
Harry hocha nerveusement la tête, appréhendant par la même occasion la question de la femme devant lui.
- Si jamais j'employais ce sortilège sur une personne se préparant à se jeter du haut d'une falaise pour l'empêcher de commettre cet acte, ou alors sur quelqu'un s'apprétant à boire dans un verre où un individu mal intentionné aurait placé un quelconque poison, est-ce mal ?
La question le prit totalement au dépourvu. Vu de cette manière, l'impérium n'était pas dangereux, bien au contraire. Sauver la vie d'une personne n'était pas une mauvaise action, même si le sortilège en lui-même était considéré comme dangereux.
- N-non puisque l'on sauve une vie, répondit-il pensivement.
- Voyez-vous, Harry, il n'existe en vérité pas de sortilège de magie blanche ou de magie noire. Il n'y a que son utilisation et la raison pour laquelle une personne peut l'utiliser qui le rend mauvais. On pourrait parler ici de magie grise ou neutre. Prenons un autre exemple, voulez-vous ? Le sortilège doloris est également un sortilège impardonnable, n'est-ce pas ? Mais saviez-vous que les secousses qu'il cause sur le corps peuvent relancer le cœur d'un individu faisant un arrêt cardiaque ? Les convulsions sont telles qu'elles permettent à l'organisme de se relancer par lui-même et empêcher la mort par manque d'oxygène et de sang dans le cerveau. Est-ce mal là encore ?
- Non pas du tout, dit-il en voyant où elle voulait en venir.
- Vous comprenez à présent ? Et que dire des sortilèges stupefix et reducto ? Tous les deux servent généralement à se protéger voir à répliquer face à une attaque, mais le reducto ne peut-il pas éventrer une personne ? Imaginez que sous la colère, vous utilisiez ce sort sur l'un de vos amis ou même sur un membre de votre famille, ne prenez-vous pas le risque de tuer cette personne ? Pourtant il est considéré comme un sortilège de magie blanche…
Le fossé séparant la magie blanche et la magie noire n'existait finalement pas, comme le comprit Harry grâce aux explications de Marie-Louise. Même le sortilège de la mort, pourtant considéré comme le pire de tous, pouvait éventuellement ôter la vie d'une personne souffrant le martyre et désirant abréger ses souffrances. Ce n'était pas non plus mal dans cette situation, au contraire. On rendait au bout du compte service au mourant.
- Vous avez raison, soupira t-il en s'approchant à nouveau d'elle. Je me demande pourquoi le professeur Dumbledore dit à tout le monde que ce sont des mauvais sorts alors qu'il doit savoir lui aussi les différentes façons que vous avez dites pour les utiliser.
- Dumbledore a sans doute persuadé les sorciers de ce pays que ce sont des sortilèges de magie noire pour bien le différencier de ce Lord Voldemort, lui déclara t-elle en prenant la main que lui tendait Harry. Mais au final, tous les deux éliminent les partisans de l'autre, peu importe la manière employée. Ils se ressemblent tous les deux dans un sens : chacun utilise les possibilités qui s'offrent à lui.
- Alors c'est vrai ? Vous voulez vraiment m'adopter ? demanda t-il à nouveau en regardant plein d'espoir sa nouvelle mère. Pourquoi ?
- J'ai dans l'idée de faire de vous un grand sorcier, peut être même le meilleur de tous, mais également un homme politique et militaire de renom. Votre potentiel magique est vraiment immense, et il serait vraiment dommage que vous le gaspilliez en restant ici dans cet endroit où vous n'apprendrez strictement rien. J'ai toujours eu une bonne intuition, et elle ne m'a jamais trompé. Je suis certaine qu'en vous formant, je pourrais vous permettre d'atteindre votre pleine puissance, et par la même occasion je pourrais tout à loisir léguer mes connaissances et ma fortune à une personne dont j'aurai entièrement confiance.
- Pourquoi ne lui dites-vous tout simplement pas que vous l'appréciez beaucoup et que vous aviez toujours eu l'envie d'avoir un jour un enfant, plutôt que de tourner autour du pot ? lui demanda d'un air amusé Louise-Elisabeth.
- Hé bien, oui bien entendu ! lança t-elle en se grattant nerveusement la nuque. Mon château est plutôt vaste et la compagnie d'une personne autre que celle d'un de mes serviteurs serait la bienvenue.
Harry n'eut pas besoin d'en entendre davantage qu'il se jeta littéralement sur elle pour lui enserrer le corps. Enfin, il pouvait quitter cet endroit sinistre sans avoir de regret ; enfin il pourrait exploiter à sa guise ses talents magiques sans avoir peur de subir la colère de son père ou d'effrayer les autres, et surtout, il retrouvait finalement une nouvelle famille, qu'il ne connaissait pas certes, mais dont il serait ravi d'en apprendre plus. Mais la réalité le rattrapa aussi vite qu'un attrapeur pourchassant un vif d'or, et le visage de sa véritable mère et de Rosie s'immisça dans ses pensées. Qu'allaient-elles dire en découvrant ça ? Penseront-elles qu'il les trahit, qu'il les abandonne ? La simple idée que sa mère lui en veuille l'horrifia, et l'espace d'un instant, il pensa à refuser la proposition de la princesse de Lamballe.
- Est-ce… Est-ce que je pourrais voir ma maman ? lui demanda t-il tristement en levant les yeux vers elle.
- Pourquoi ne pourriez-vous pas ? s'étonna t-elle en constatant la mine renfrognée de son fils adoptif. Je suis certaine qu'elle serait ravie d'avoir des nouvelles de votre part !
- Oui mais… Et si elle m'en veut pour avoir accepté d'être votre fils adoptif ? Vous croyez qu'elle me détesterait ?
Voilà donc ce qui perturbait autant le jeune garçon dont elle espérait la garde. Marie-Louise ne put s'empêcher de soupirer tristement. Elle-même aurait sans doute eu la même réaction si une personne qu'elle ne connaissait que depuis quelques heures voulait l'arracher de tous ses repères. Pour Harry, l'orphelinat était l'endroit où il était certain de revoir un jour sa mère, et l'éloigner d'ici signifiait pour lui ne plus pouvoir la retrouver avant longtemps. De plus, à cet âge, n'importe lequel de nos choix nous faisait réfléchir sur l'opinion qu'auraient nos parents par rapport à cela. Harry était paniqué en vérité, et imaginer que partir avec une étrangère pourrait décevoir sa mère lui était tout à fait plausible, et surtout horrible. Mieux valait par conséquent le rassurer du mieux qu'elle le pouvait.
- Peu importe ce que peut faire ou fera son enfant, les choix et décisions qu'il prendra au cours de sa vie et les faits qu'il accomplira, une mère l'aimera toujours. L'amour d'une mère pour sa progéniture est indicible tant il est grand, et rien ni personne ne peut le briser par les mots ou les actes. Que vous dit votre cœur, Harry ? lui demanda t-elle en posant sa main sur la poitrine de son fils adoptif.
- Qu'elle continuera de m'aimer, dit-il lentement.
- Exactement, et croyez moi : Si j'étais à sa place, je ne souhaiterais que le meilleur pour vous. Pensez-vous que je serai pire que cette Ms Cole ? Trouvez-vous que j'ai l'air d'une bourrelle d'enfant ?
- Bien sur que non, lui répondit-il sincèrement.
- En tout franchise, ce n'est pas de moi dont vous devriez vous méfier mais bien de Louise-Elisabeth, dit-elle en lui murmurant au creux de l'oreille. Elle n'en donne pas l'impression, mais c'est en vérité une méchante sorcière engraissant les enfants dans les caves de son château avant de les manger. Son appétit est immense ! Si je ne lui donnais pas quelques potions pour lui faire perdre ses kilos, elle s'approcherait du poids d'un baleineau à présent !
- Excusez-moi !? s'exclama d'un air outré la concernée. Que vous prend t-il de dire des inepties pareilles !?
Son visage choqué eut au moins le mérite de faire glousser les deux autres. L'atmosphère se détendit énormément suite à la petite histoire de la princesse de Lamballe, et leur discussion fut bien plus animée, même si les chuchotements étaient de rigueur. Mieux valait ne pas réveiller tout l'orphelinat.
- Je me demandais… Est-ce… Est-ce qu'il serait possible que je parle avec ma maman lorsque je serai chez vous ? l'interrogea timidement Harry.
- Je ne sais pas Harry. Je n'y vois aucun inconvénient, mais je m'inquiète davantage pour la réaction qu'aurait votre père si jamais il apprenait que votre mère est en contact avec vous et que vous n'êtes pas à l'endroit où il espérait que vous alliez.
- Mais comment est-ce qu'elle saura que je ne suis plus ici ?
- Laissez moi réfléchir… il faudra faire attention à ce que votre père et Dumbledore ne soient au courant de rien, et comme votre mère est sans doute constamment auprès d'eux, entrer en contact avec elle ne sera pas chose aisée. D'un autre côté, je suis certaine que cela ferait plaisir à ce James Potter de savoir qu'il n'aurait plus aucune autorité sur vous et qu'il soit ainsi débarrassé de la personne qui le gênait. Mais mieux vaut faire profil bas et ne pas les alerter de votre changement de situation, du moins pour l'instant. Il faudrait néanmoins mettre au courant votre mère d'une certaine manière pour qu'elle soit la seule à savoir où vous êtes et avec qui vous vivez.
Marie-Louise se tapota distraitement le menton, cherchant une solution à ce problème épineux. Mais elle n'eut cependant pas longtemps à réfléchir car celle-ci lui arriva rapidement.
- Je pense avoir trouvé. Etant donné que votre mère est la seule à savoir que vous avez logé dans cet orphelinat, je suis certaine qu'elle y passera un jour pour vérifier que vous vous portez bien. J'ai dans l'idée de laisser une lettre ici afin de lui expliquer en détail ce qui vous est arrivé et par quel moyen elle peut communiquer avec nous. Cela vous convient ?
- C'est parfait. Merci… mère.
Pas habituée à être appelée ainsi, Marie-Louise se mit à rougir légèrement non sans sourire tendrement à son désormais fils à qui elle caressa délicatement le sommet du crâne. Son amie qui ne ratait rien de cette scène touchante fut heureuse de voir le bonheur visible sur son visage, elle qui le méritait depuis si longtemps…
- Et comment dois-je vous appeler ? lui demanda soudainement Harry en tournant sa tête vers elle. Louise-Elisabeth ? Madame ?
- Hé bien… Que diriez-vous de ma tante ou tante Louise ? Mes enfants appellent déjà ainsi votre mère, alors je pense que vous en avez également le droit. D'ailleurs je pense que vous vous entendrez très bien avec ma dernière fille, Pauline. Elle qui rêve d'avoir un enfant plus jeune qu'elle avec qui jouer…
Un brusque choc les interrompit dans leur conversation, tandis que Ms Cole, toujours sous l'emprise du sortilège, trainait derrière elle la malle renfermant les affaires d'Harry. Le bruit qu'elle causait aurait pu réveiller n'importe qui dans l'orphelinat, mais personne ne s'en souciait. La vieille dame une fois en bas s'approcha d'eux et traina la malle jusqu'à Harry avant de se mettre au garde à vous près de Marie-Louise, attendant sans doute les prochaines instructions.
- Je crois que l'on peut vous libérer à présent de ce sortilège, déclara la princesse de Lamballe en faisant aussitôt ce qu'elle dit. Cependant, il est maintenant dangereux pour nous que vous vous rendiez compte de ces quelques moments d'égarements. Autant vous effacer complètement la mémoire. Oubliettes !
Le sortilège, d'une couleur gris pâle, frappa de plein fouet la directrice qui resta quelques instants complètement amorphe, le regard vide. Puis aussi soudainement que Marie-Louise avait envoyé ce sortilège, elle y mit fin d'un coup de baguette magique et rangea précipitamment sa baguette dans l'une de ses manches.
- ça alors… Mais… Que fais-je ici ? demanda t-elle, le regard perdu.
- Vous vous apprêtiez à nous donner les papiers concernant l'adoption d'Harry Potter quand vous avez soudainement eu un moment d'égarement, lança Louise-Elisabeth. Nous avons bien cru que vous alliez une nouvelle fois vous évanouir…
- Je… Je n'arrive pas à me rappeler de quoi que ce soit…, marmonna la directrice. Une adoption dites-vous ?
- Oui, et d'ailleurs Harry a gentiment été chercher sa malle et ses affaires. Nous n'attendions plus que votre accord pour finaliser tout ceci.
- Ce garçon n'est pas à adopter, répéta t-elle sans le savoir. Sa mère nous la laissé ici en payant au passage une certaine somme pour s'assurer de son bien-être.
Marie-Louise ne répondit rien et lui tourna le dos quelques instants, lui cachant ainsi ce qu'elle s'apprêtait à faire. Quelques secondes plus tard, elle se retourna de nouveau vers elle, un petit sac dans le creux de la main à l'intérieur duquel des cliquetis pouvaient être entendus.
- Je vous donne le triple de la somme qu'elle vous a donné, déclara t-elle fermement en plongeant déjà la main dans son sac. Combien a-t-elle laissé au juste ?
- Tr-trois milles £, balbutia Ms Cole en lançant des coups d'œil furtifs en direction du sac.
- neuf milles donc ? C'est raisonnable.
Les premières pièces tombèrent rapidement sur le comptoir du bureau et bientôt un amas de monnaie d'une taille conséquente apparut sous leurs yeux. Trop occupée à admirer l'or qui allait lui appartenir, Ms Cole ne remarqua même pas qu'il était impossible de sortir autant d'argent d'un si petit sac. Elle fut même très enthousiaste tandis qu'elle cherchait dans les tiroirs de son bureau les papiers administratifs utilisés pour les adoptions.
- Je vous en prie, remplissez ces quelques documents et ce garçon sera entièrement à vous ! la pria t-elle aimablement en lui tendant également un encrier et une plume.
Seulement éclairée par la lampe à huile posée à quelques centimètres de là, la princesse de Lamballe obtempéra et fit ce qui lui était demandé. Harry ne la quittait pas d'une semelle, anxieux à l'idée que tout ceci ne pouvait être qu'un beau rêve et qu'il risquait de se réveiller s'il lui lâchait la main. Son autre main elle avait élu domicile dans celle de sa nouvelle tante qui la lui caressait du pouce pour le rassurer. Les évènements se précipitaient après tout, et tout ceci allait peut être trop vite pour lui, comme elle le pensait. L'esprit d'un enfant de huit ans était bien indéchiffrable pour une personne de quarante ans passé.
- J'aimerais avoir une autre feuille s'il vous plait ainsi qu'une nouvelle plume et une enveloppe, demanda Marie-Louise une fois les fiches remplies. Transmettez également le plus rapidement possible ces feuilles aux autorités compétentes dans ce type d'affaire. Le plus tôt sera le mieux. Je ne tiens pas à ce que le gouvernement anglais m'accuse de l'enlèvement de l'un de ses ressortissants.
- Bien entendu ! Je les enverrai dès la première heure demain matin ! s'exclama joyeusement Ms Cole en fouillant de nouveau dans ses affaires.
En dix minutes, la lettre qu'elle laissa à Lily lorsqu'elle reviendrait à l'orphelinat pour prendre des nouvelles d'Harry fut terminée et précautionneusement mise dans l'enveloppe qu'elle referma avec un peu de cire.
- Vous donnerez cette enveloppe à Madame Potter lorsqu'elle viendra ici pour son fils. Ne la donnez à personne d'autre et faites en sorte qu'elle ne tombe pas entre de mauvaises mains. Si vous faites ce que je vous demande, vous aurez en retour une coquette somme d'argent.
Ms Cole ne fonctionnait en vérité qu'à l'argent comme elle l'avait finalement compris, et vu l'air joyeux qu'affichait la désormais ex-directrice d'Harry à l'évocation de cette nouvelle rentrée d'argent, il ne faisait guère de doute qu'elle suivrait à la lettre les recommandations de sa généreuse donatrice.
- Je me ferai une joie de respecter à la lettre vos recommandations, minauda la directrice en se mettant à compter une à une les pièces posées sur le comptoir qu'elle rangeait joyeusement dans un sac. Je mettrai cette lettre dans le dossier de ce garçon dès que j'en aurai terminé avec ceci.
- Bien, alors il est temps je crois pour nous de vous laisser, répondit Marie-Louise en prenant congé d'elle. Je ne vous dérangerai pas plus longtemps, et je m'excuse encore de vous avoir réveillé aussi tardivement.
- Ne vous en faites pas, de toute manière je ne dormais même pas !
Il était en tout cas sur qu'elle ne fermerait plus l'œil de la nuit. Rien que le regard émerveillé qu'elle avait en examinant le monticule de pièces devant elle en disait long sur son état. Les deux françaises espéraient pour elle qu'elle connaissait une bonne cachette pour entreposer cet argent. Vu les infractions qu'elle avait volontairement commise, il ne faisait guère de doute que d'ici peu, sa place au sein de cet établissement risquait de sauter. Mais ce n'était pas leur affaire. Pointant discrètement sa baguette sur la malle d'Harry, la princesse de Lamballe l'ensorcela pour qu'elle soit aussi légère qu'une plume, et par conséquent plus facile à transporter. De toute manière, même si elle la faisait léviter, Ms Cole ne l'aurait surement pas remarqué.
- êtes-vous prêt à partir, Harry ? lui demanda t-elle en prenant d'une main l'une des poignées de la malle.
- Je crois que je n'ai jamais été aussi prêt que ce soir mère, lui répondit-il en lui prenant son autre main.
Sa deuxième main tenant celle de sa nouvelle tante, la nouvelle petite famille sortit d'un pas léger de l'orphelinat, dont chacun espérait que ce serait la dernière fois qu'il le verrait. Pour la première fois depuis bien longtemps, Harry se sentit très heureux, peut être même plus que lorsqu'il avait passé ses merveilleuses vacances en compagnie de sa mère et de sa petite sœur. L'avenir semblait enfin lui sourire, et il n'allait pas s'en plaindre.
Hé voilà ! Harry est finalement adopté par Marie-Louise ! Sa vie de "prince" va commencer dès à présent, et il faut bien l'avouer : il aura la belle vie, même si la plupart du temps, ses journées tourneront autour d'entraînements intensifs.
Harry deviendra légalement son fils, et obtiendra par conséquent des titres de noblesse comme "Prince de Lamballe, de Carignan et de Savoie" entre autre, mais pas seulement (je n'ai pas non plus l'intention d'en faire un type archi-titré, même si ceux qu'il possédera déjà lui permettraient de pouvoir entrer dans n'importe quel cour royale d'Europe).
Par contre étant donné que sa mère adoptive le fera passer pour le fils de son défunt mari, il sera considéré comme un Bourbon et donc un prétendant au titre de roi de France (ce qu'il ne sera pas, rassurez-vous).
J'espère en tout cas que les explications de la princesse de Lamballe vous auront convaincu à propos des sortilèges impardonnables, ça m'a semblé logique sur le moment.
Le prochain chapitre sera posté la semaine prochaine (honnêtement, je meurs d'envie de commencer dès maintenant son écriture), et tournera en partie autour de leur voyage de retour en France et le déroulement des leçons d'Harry ainsi que son entrée dans le monde de la noblesse française. D'ici là, soyez patient !
À bientôt !
Turgotine : Pour ceux qui ne chercheront pas, c'est simplement un carrosse bien plus spacieux tiré par six chevaux.
