Salut ! Bon avant de commencer, je dois vous avouer que ce chapitre m'a donné bien des difficultés... je l'ai fini il y a seulement 30 minutes et honnêtement, j'en suis pas à 100% satisfait.
Pour l'instant ce chapitre est une transition entre deux évènements plus importants. Comme on me l'a déjà dit dans le chapitre précédent, ça ne m'étonnerait même pas que vous passiez certains passages (j'ai inséré beaucoup de blabla, je dois l'admettre...). Au moins, vous en saurez un peu plus sur la situation d'Harry !
Je vais commencer bientôt à faire des chapitres centrés respectivement sur Rosie, Lily, Daphné etc... Je n'ai pas l'intention de les mettre de côté celles-là !

Bon sur ce, bonne lecture !

ps : comme d'habitude, et vu le peu de temps que j'ai eu pour le faire, la correction a vraiment été minimaliste. Je m'excuse d'avance pour les fautes que vous pourriez voir :/

L'heure du départ était finalement arrivée, et une certaine impatience planait dans l'air tandis que les dernières malles étaient chargées sur le toit et dans le coffre de la turgotine. Marie-Louise et Louise-Elisabeth donnaient leurs dernières recommandations aux hommes ayant gracieusement proposé leur aide pour soulever les lourdes valises transportant pour certaines des objets fragiles qu'il fallait manier avec précaution, pendant que Harry lui caressait tranquillement l'un des six chevaux attelé à leur voiture en compagnie de Pauline qui se faisait une joie de lui traduire en français tout ce qu'ils voyaient. La fille de sa tante lui avait plu dès le départ, et malgré la différence d'âge conséquente entre eux, Harry pouvait aisément la considérer comme une amie ou une cousine à défaut de se sentir suffisamment proche d'elle pour voir en elle une grande sœur. Pauline était une personne très curieuse comme il s'en rendit compte très rapidement, et elle ne put s'empêcher de lui poser de nombreuses questions traitant de sa vie aussi bien avant l'orphelinat que sur les quelques mois qu'il avait vécu là-bas. Bien qu'ayant parlé de cela quelques heures plus tôt, il s'y plia de bonne grâce et répondit à chacune de ses questions tant qu'elles ne devenaient pas trop intimes : Elle n'avait pas besoin de savoir que James le battait ou que son petit frère était un petit prétentieux de la pire espèce. Il se surprit à apprécier toute cette attention et l'intérêt que lui portait Pauline, une situation changeant totalement du comportement du personnel et des enfants de l'orphelinat qui l'ignoraient à défaut de se montrer méprisant avec lui.

Malgré tout leur discussion dut se finir rapidement car Marie-Louise décréta qu'il était temps pour eux de se reposer en vue du départ imminent aux premières aurores de la matinée. Harry avait été mis au courant de leur voyage à destination de la France et s'était étonnamment montré très enthousiaste d'en faire partie à présent. Lui qui n'avait jamais eu la possibilité de voyager, voilà que l'occasion se présentait à lui, et il n'avait pas l'intention de la laisser filer. Aussi se coucha t-il sans attendre après que sa nouvelle mère ait transformé l'une de ses propres robes de chambre en un pyjama pour un garçon de son âge d'un coup de baguette magique.

- Il vous faudra de nouveaux vêtements lorsque nous serons de retour en France, déclara t-elle par ailleurs déclaré en fouillant la malle de son fils à la recherche d'un vêtement ayant survécu aux assauts des orphelins.

Il fallait avouer que les rares habits lui restant n'avaient plus l'aspect propre et soigné d'autrefois, et qu'il en avait fallu de peu pour qu'ils finissent comme ses autres affaires dans les conduits d'évacuation des toilettes. Ceux qui lui restait avaient déjà suffisamment soufferts comme ça, et à côté des magnifiques robes de sa mère adoptive et de sa tante, il faisait négligé.

L'état de ses vêtements ne fut pas la seule chose sur laquelle il s'interrogea cette nuit là. Le fait de dormir dans le même lit qu'une femme de près de cinquante ans devenu en l'espace de deux heures sa deuxième mère était une nouveauté à laquelle il n'aurait jamais songé. En moins de temps qu'il ne lui aurait fallu, le voilà avec une nouvelle famille, qu'il ne connaissait pas il y a encore deux jours. Autre nouveauté de taille : le voilà à présent avec deux femmes en guise de mère et un père qu'il haïssait. Sa vie de famille était décidemment bien étrange. Si la possibilité lui aurait été offerte, il aurait échangé rapidement James pour Marie-Louise pour le rôle de père, mais voilà : Marie-Louise était une femme, et savoir qu'à présent il avait deux mères lui procurait une étrange sensation d'inconfort, comme si il était devenu un être hors catégorie. La princesse de Lamballe et lui ne partageaient pas le même sang, mais appeler une femme dont il n'avait aucun lien de parenté mère le mettait mal à l'aise vis-à-vis de Lily.

Longtemps cette soirée là, il se questionna sur la relation nouvelle qu'il aurait avec cette française et comment pourrait réagir sa mère biologique, mais ses appréhensions tournèrent court lorsque Marie-Louise, peut-être dans son sommeil comme il l'imagina sur le moment, le serra contre elle de la même manière qu'une mère pour son enfant.

Omettant le fait qu'il avait à présent la tête comprimée sur la poitrine de la princesse de Lamballe, cette situation l'apaisa et lui permit de se laisser aller dans les bras de Morphée, et ce sans se douter un seul instant que durant tout ce temps, sa mère avait feint son état de fatigue et n'avait eu de cesse de plonger dans son esprit pour voir ainsi tous les doutes qui l'animaient.

- Si vous saviez Harry. Cette situation me dépasse également, mais avec le temps, nos appréhensions disparaitront. J'espère simplement que vous aurez assez de place dans votre cœur pour une deuxième mère, murmura t-elle au creux de son oreille tout en lui embrassant tendrement le haut de sa tête avant de se laisser aller à son tour à un repos bien mérité.

Ses espoirs commencèrent déjà à voir le jour car Harry se montra très proche d'elle dès le lendemain en restant collé à elle malgré le fait d'être réveillé depuis longtemps. Marie-Louise n'était pas Lily, mais cette femme commençait lentement mais surement à devenir une deuxième figure maternelle pour lui. Toute la matinée jusqu'à l'heure du départ, Harry décida de passer du temps avec elle et de se montrer sous son meilleur jour pour ne pas lui faire regretter sa décision de l'adopter, en lui parlant de tout et de rien et en la questionnant sur ses habitudes, ce qu'elle aimait faire et ce qu'elle détestait. Découvrir qu'ils avaient de nombreux points communs comme le jardinage fut une agréable surprise pour lui : au moins pourra t-il partager quelques moments d'intimités avec elle pour développer au mieux leur relation mère-fils.

Il ne fallut que l'aide de Pauline pour détourner Harry de sa nouvelle mère et permettre à Marie-Louise de pouvoir se préparer tranquillement sans se soucier des nombreuses questions qu'il lui posait. Un rien semblait intéresser Harry, et même les harnais reliant les chevaux à leur turgotine le passionnait. Il faut dire que Pauline était une excellente enseignante et savait se montrer captivante, même pour traduire dans sa langue des objets de la vie de tous les jours. La curiosité de son désormais fils amusa Marie-Louise qui ne ratait rien de la scène se déroulant sous ses yeux, et ce malgré les deux cochers qui tentaient vainement de faire monter le prix de la location de moyen de transport.

- … Et ça, c'est une selle, lui expliqua Pauline en désignant du doigt l'objet en cuir sur lequel était assis l'un des cochers.

- Une selle, ça ressemble presque à l'anglais !

- Tu verras au fil du temps que beaucoup de mots se ressemblent même si la langue est différente, déclara t-elle en souriant d'un air amusé.

- J'espère apprendre rapidement dans ce cas, Marie-Louise serait très contente de moi.

- Déjà soucieux de plaire à votre mère, Harry ? le questionna Pauline en le regardant fixement.

- Les enfants ! Il est temps de partir ! les appela Louise-Elisabeth depuis la portière de la turgotine qu'elle tenait encore ouverte pour eux.

Harry acquiesça en soupirant au passage pour la diversion crée par sa tante. Alors qu'il était sur le point de se préparer à marcher vers elle, son bras se fit soudainement attraper par la main de Pauline qui ne perdit pas de temps pour s'accrocher à lui. Celle-ci lui lança un coup d'œil mi-sérieux, mi-amusé, comme si l'avoir interrompu dans sa course était gratifiant pour elle.

- Allons Harry, ne sais-tu pas qu'un gentilhomme qui se respecte accompagne toujours une dame à sa voiture ?

- Pardonne-moi Pauline, mais je ne vois absolument pas de quelle dame tu peux bien parler. Il n'y a que nous deux à côté de ce cheval…

Un instant plus tard, Harry se prit une légère tape derrière la tête administrée par son amie qui le tira au passage légèrement vers leur voiture non sans lui murmurer au passage un « petit insolent ». Harry se laissa trainer, amusé par la réaction de Pauline qui elle-même devait se retenir pour ne pas sourire également.

- Dépêchez-vous jeunes gens, leur lança la mère de Pauline une fois arrivés auprès d'elle.

Aidés par l'autre cocher, Harry et Pauline gravirent rapidement le petit escalier permettant d'entrer à l'intérieur et s'installèrent tranquillement sur les sièges confortables recouverts de velours rouge. Marie-Louise lui fit signe de s'asseoir devant elle d'un geste de la main alors que Pauline prit rapidement place à côté de lui.

La porte se referma derrière elle, et après une légère secousse annonçant que le cocher était remonté sur son siège, un coup de fouet cingla l'air et leur voiture roula aussitôt sur la chaussée londonienne, à destination de la petite ville de Douvres. Dans un coin de sa tête, Harry comprit alors qu'il voyait peut être pour la dernière fois avant très longtemps cette ville qui, au final, ne lui laissait que des mauvais souvenirs.

L'idée qu'il laissait derrière lui sa mère et sa sœur faisait également son chemin dans son esprit, et ce fut ce qui le bouleversa plus qu'autre chose. La distance serait énorme entre eux, et pas seulement d'un point de vue géographique : Peut être que l'enseignement de Marie-Louise allait le transformer en une tout autre personne n'ayant plus aucun rapport de près ou de loin avec Lily.

- Vous ne vous sentez pas bien, Harry ? lui demanda sa mère en constatant son air renfrogné.

- Je vais bien mère, tenta t-il de la rassurer. C'est juste que j'espère que mon autre maman comprendra mon choix et que l'on pourra plus tard se revoir comme avant.

-J'ai fait ce que je pouvais pour que Mme Potter puisse vous contacter le plus rapidement possible, lui dit-elle en lui caressant tendrement la joue. Il faut à présent qu'elle vienne rapidement à l'orphelinat pour découvrir votre nouvelle situation.

Harry hocha simplement sa tête, bien que les paroles de Marie-Louise ne le rassurèrent pas vraiment. Sa mère pouvait très bien venir aujourd'hui même à l'orphelinat et le rater de peu comme elle pouvait tout aussi bien venir le chercher au terme des trois années qu'il aurait dû effectuer dans ce sinistre endroit. Il espérait que d'une manière ou d'une autre, le temps où ils seront séparés l'un de l'autre serait abrégé.

- Ne t'en fais pas Harry, avec toutes les activités et les cours que tu auras, tu ne verras même pas le temps passer !

- Peut-être oui, mais je ne sais justement pas de quels cours exactement tu parles pauline.

- Je vous expliquerai cela plus tard, Harry, lui indiqua Marie-Louise. Mettons pour l'instant de côté les sujets fâcheux et profitons de ce trajet très relaxant où nous pourrons en apprendre encore davantage les uns sur les autres et apprécier simplement de la présence des personnes qui nous sont chères.

Contrairement au trajet du manoir Potter jusqu'à Londres qui fut volontairement long, celui pour Douvres fut extrêmement court et entrecoupé d'un seul arrêt dans un petit restaurant au bord de la route pour se ressourcer et se reposer en toute quiétude. Le temps à l'extérieur ne permettait pas de pouvoir s'amuser à l'extérieur, et Harry et sa nouvelle famille durent se contenter d'observer les landes anglaises magnifiques en cette saison. La nature mourante les entourant aurait pu donner de l'inspiration à n'importe quel artiste voulant reproduire un paysage d'automne. L'occasion était belle pour lui d'en apprendre encore davantage sur les trois femmes faisant route avec lui, et en particulier sur la princesse de Lamballe dont il était devenu le fils adoptif.

En plus de découvrir qu'elle avait été durant quelques temps une femme très importante dans la cour royale de France, il sut également les raisons pour lesquelles elle avait décidé soudainement de fuir son pays et la situation politique que connaissait sa patrie. Ce sujet semblait l'attrister particulièrement, surtout lorsqu'elle lui parla des soit disant mœurs intimes que certaines personnes avaient laissé entendre entre elle et la reine de France et qui avaient longtemps entaché son nom aux yeux de certaines personnes.

Il découvrit également l'histoire de sa famille remontant à plusieurs siècles ainsi que les divers faits d'armes des ancêtres de Marie-Louise : Apparemment, bien des hommes étaient devenus des militaires à haute responsabilité, même dans la famille de celui qui aurait pu devenir son beau-père, et la possibilité qu'il suive le même chemin était grande. Servir au sein de l'armée moldu ne l'aurait jamais effleuré, lui qui pensait plutôt suivre une scolarité au sein d'une école de magie comme Poudlard et plus tard entamer une carrière au sein d'un quelconque département du ministère de la magie, mais commander des hommes et se battre sur un champ de bataille avaient en soit quelque chose d'exaltant.

« J'ai dans l'idée de faire de vous un grand sorcier, peut être même le meilleur de tous, mais également un homme politique et militaire de renom ».

Ces paroles prononcées la veille par sa nouvelle mère prenaient soudainement tout leur sens en l'écoutant parler de sa famille. Lui pouvait devenir grâce à son enseignement l'un des meilleurs sorciers tandis que de son côté, Marie-Louise pouvait grâce à lui redorer le blason de sa famille et apporter la renommée et la gloire qu'elle avait perdu quelques années plus tôt. Etudier à Poudlard lui semblait soudainement impossible, mais rien ne disait qu'il n'irait pas un jour dans cette école parfaire son entrainement. L'avenir était bien une science difficile à connaitre, mais il était au moins sûr d'une chose : James et Dumbledore seront bien surpris par la vie qu'il aurait à partir de maintenant.

- Maintenant Harry, il est temps pour vous de savoir ce qui arrivera lorsque nous serons arrivés dans ma résidence et également mettre quelques petites choses au point avant d'y être, lui dit soudainement sa mère en le sortant de ses pensées. Tout d'abord, sachez que mon château est placé sous divers sortilèges permettant une protection parfaite pour toutes les personnes y résidant. Je ne vous interdis pas de sortir des limites que j'ai mises en place, mais je souhaiterais que vous soyez accompagné chaque fois que vous voulez en sortir. Les forêts avoisinant le château de Lamballe ne sont pas aussi sûres qu'elles ne le paraissent, et les mauvaises rencontres sont toujours possibles. Aux yeux des moldus, mon château n'existe tout simplement pas, mais vous rencontrerez quand même de nombreuses personnes sur mon domaine avec lesquelles vous pourrez tout à votre guise vous lier d'amitié ou non.

- Ces personnes sont des sorciers ? la questionna t-il.

- Presque tous. En vérité, le village avoisinant mon domaine est un village de sorcier, le plus grand d'Europe bien qu'il soit connu également de la population moldu contrairement à d'autres. Tous les habitants peuvent à leur guise se promener sur mes terres par le biais d'un sortilège que j'ai placé sur eux et qui les empêche de pouvoir dévoiler à qui que ce soit mes secrets, et notamment l'existence de mon château. De toute manière, je suis en très bon terme avec chacun d'eux, notamment depuis que je leur ai permis d'avoir certaines installations leur facilitant la vie et des terres cultivables en échange d'une partie de leur production agricole. Les moldus eux sont pour la plupart des personnes ayant épousé des sorciers et travaillent au sein même de mon logis.

- Et qu'est-ce qu'ils font ?

- Des tâches domestiques comme l'entretien de mon jardin, le nettoyage des pièces de mon château, les repas ou encore la gérance de mes terres agricoles et de certaines de mes installations, expliqua t-elle en énumérant les tâches avec ses doigts. Certains seront sans doute chargés de veiller à ce que vous ne manquiez de rien et se plieront au moindre de vos désirs, mais montrez-vous respectueux avec eux. Ce sont peut-être des serviteurs, mais ce sont avant tout des êtres humains qui méritent tout autant que nous un certain respect.

Harry hocha de la tête à ses paroles non sans se questionner sur la raison pour laquelle Marie-Louise préférait avoir en guise de serviteurs des êtres humains plutôt que des elfes de maison, sachant que ces derniers possèdent des pouvoirs magiques que même certains sorciers rêveraient d'avoir. Sa curiosité le poussa à lui demander pourquoi, mais contrairement à ce qu'il pensait, sa mère adoptive gloussa de bon cœur, rapidement rejointe par Louise-Elisabeth.

- Les elfes de maison sont peut être très obéissants, mais vous devrez admettre Harry qu'ils n'ont pas vraiment le physique adapté pour être présentés à des personnes non magiques. La première fois que j'ai fait découvrir mon domaine à votre tante et au reste de sa famille, la plupart de ses enfants ont eu peur de ces créatures et ont refusé même de poser un pied à l'intérieur de mon château. Si mes souvenirs sont bons, Pauline s'est d'ailleurs montrée très imaginative en allant se cacher dans mes écuries à proximité d'un tas de crottin dont elle eut le malheur de croiser la route…

- Il vous a fallu si longtemps pour vous débarrasser de cette odeur nauséabonde ma chère, la taquina sa mère en souriant avec amusement. Personne n'osait vous approcher à moins de cinq mètres avant que je ne décide de vous donner un bon bain.

Sa fille la foudroya du regard avant de détourner sa tête vers le paysage défilant au-delà des fenêtres, la mine boudeuse. Sa réaction ne fit qu'accentuer les gloussements des deux femmes présentes dont le souvenir de cette journée semblait encore beaucoup les amuser.

- à présent, j'aimerais discuter avec vous de ce qui va se passer vous concernant lorsque nous serons de retour sur mes terres. Comme vous le savez, si je vous ai demandé de vous joindre à moi, c'est tout simplement parce que je peux aisément ressentir en vous une puissance magique comme l'on en fait que très rarement au cours des siècles. Je ne serais pas étonnée si vous atteignez le talent de Merlin lorsque vous serez adulte, mais nous avons encore le temps pour ça. En attendant, vos journées seront presque exclusivement concentrées sur votre apprentissage de la magie, mais également sur d'autres leçons plus traditionnelles que chaque enfant issu d'une famille noble est dans l'obligation de suivre. Comme je vous l'ai dit hier, je vais faire de vous un gentilhomme, un homme cultivé et instruit, soigneux et propre, bien élevé et respectueux. Vous suivrez par conséquent les mêmes leçons que les moldus de votre âge, bien que les vôtres seront bien plus poussées.

- Vous m'enseignerez tout ceci ? lui demanda t-il en appréhendant à présent toute cette charge de travail.

- Je me contenterai uniquement de vos leçons magiques, répondit-elle en regardant du coin de l'œil son amie. Votre tante elle s'occupera de vos cours sur l'étiquette, le savoir-vivre, les bonnes manières, mais également vous apprendra des matières plus conventionnelles comme les mathématiques, l'histoire ou encore certaines langues étrangères. J'hésite encore à vous donner un maitre d'armes pour vous enseigner le maniement de certaines épées et des armes à feu, mais nous verrons cela en temps et en heure. Par ailleurs, Pauline a formulé l'envie de vous apprendre à monter à cheval, et je n'y vois aucun inconvénient.

La concernée tourna son visage vers lui et esquissa un petit sourire se voulant rassurant. Harry cependant n'avait aucun souci à imaginer la jeune fille à côté de lui devenir pour un temps l'un de ses professeurs, d'autant plus qu'apprendre à monter à cheval était bien l'une des choses qu'il souhaitait depuis longtemps apprendre : Les Potter avaient deux chevaux mais ces derniers n'étaient pas vraiment adaptés pour la montée et se cantonnaient au poste de cheval de trait. Cela ne le dissuadait cependant pas de s'extasier sur eux en espérant un jour pouvoir monter sur le dos de l'un de leur congénère… la possibilité lui était enfin offerte. Merlin, Rosie serait morte de jalousie si elle savait cela.

- En parlant de langue étrangère, étant donné qu'aux yeux de bien des gens, vous serez mon fils légitime, il vaut mieux non seulement pour vous mais également pour moi que vous appreniez rapidement ma langue et mieux vaut commencer le plus tôt possible. Vous devez rapidement assimiler les moindres aspects de notre langue et faire disparaitre votre accent dès que possible, surtout lorsque nous serons amenés à côtoyer des français avec lesquels je ne suis pas vraiment en bon terme et qui se feraient une joie de m'accuser des pires maux de la terre en découvrant votre véritable nationalité.

Fouillant machinalement dans son sac à main, elle en ressortit quelques instants plus tard un épais livre à la couverture brune sans le moindre dessin et n'ayant pour unique inscription qu'une courte phrase « La sainte bible ».

- Ceci est ma bible personnelle et écrite en français, expliqua t-elle en lui tendant son livre. Normalement elles sont écrites en latin, mais il est bien plus agréable de pouvoir de temps à autre lire quelque chose sans avoir besoin de traduire chaque mot. Cependant vous n'échapperez pas à cela jeune homme. J'espère que cela vous permettra d'apprendre quelques bases de français. De toute façon, vous connaissez déjà ce livre n'est-ce pas ? Vous n'aurez qu'à essayer de vous remémorer certaines phrases…

Le regard confus de son fils lui certifia néanmoins que quelque chose n'allait pas dans son argumentation.

- Auriez-vous un problème, Harry ? Quelque chose que vous n'auriez pas compris ?

- Hé bien pour tout vous dire, je n'ai jamais lu ce livre, même en anglais. Je ne sais absolument pas de quoi il parle…

Une légère pointe de surprise passa à travers son regard tandis qu'elle regardait Harry d'une étrange manière. La religion était tout pour elle, l'appui sur lequel tenait toutes ses certitudes et ses idéaux, la pierre faisant tenir tout l'édifice qu'était sa vie. Baigner depuis toute petite dedans y était sans doute pour beaucoup, mais imaginer un seul instant vivre sans lui semblait totalement impossible.

- Vous n'êtes donc pas un chrétien, et n'avez par conséquent jamais été baptisé ni même assisté à un quelconque séminaire ou assemblée religieuse jusqu'à présent ?

- Non pourquoi ? Cela vous gêne t-il ?

- Pas exactement. Disons que depuis le commencement même de la lignée des seigneurs de Savoie dont je suis l'une des représentantes, il est de coutume de vouer notre vie à Dieu et de suivre ses préceptes pour mener une vie de piété en accord avec ses principes.

- Je vois… Vous voulez que je fasse comme vous ? lui demanda t-il nerveusement.

- Le choix est vôtre, Harry. Se convertir à une religion n'est pas un choix aussi simple que de déterminer le menu du repas que vous dégusterez le jour-même. C'est une décision qui vous suivra toute votre vie et à laquelle vous ne pourrez pas vous soustraire. Vos parents ne l'étaient pas non plus ?

- Ma mère est croyante et souhaitait que l'on devienne également des chrétiens, mais mon père s'y refusait. Selon lui, la religion n'est qu'une sottise derrière laquelle les gens crédules se cachent pour échapper aux malheurs de la vie en laissant tout le poids des difficultés sur les épaules d'un être imaginaire. Il a dit aussi qu'il n'y avait pas de religion chez les sorciers, et que de toute façon, la sorcellerie était déjà considérée comme quelque chose de néfaste dans certaines religions, alors il ne voyait pas l'intérêt de rejoindre ce qu'il considère comme une secte.

Il s'interrompit brusquement en constatant la petite moue de colère de sa mère qui donnait l'impression d'être sur le point d'exploser face à ces paroles. Harry souhaita intérieurement à son père de ne jamais croiser la route de cette femme, autrement l'éclat meurtrier qu'il pouvait voir dans ses yeux serait sans doute cent fois pire si il se trouvait en cet instant en leur compagnie. Les minutes suivantes, Marie-Louise polémiqua longuement sur les origines même de la création du monde dans lequel ils vivaient et la création de la vie et de l'Homme en se basant sur plusieurs passages de la bible, avec de temps à autre des commentaires de Louise-Elisabeth afin de lui expliquer au mieux la vision qu'avait l'église chrétienne sur toutes ces questions.

Harry les écouta sagement, très intéressé à l'idée d'entendre un nouveau point de vue sur ces sujets auxquels lui-même s'était parfois questionné en lisant les livres de la bibliothèque des Potter écrits par de nombreux savants moldus, tandis que Pauline qui elle-même avait été depuis longtemps initié à ces conversations se contenta de lire un livre en approuvant à quelques reprises d'un petit hochement de tête distrait les paroles de sa mère et de sa tante. Les heures suivantes furent consacrées à la lecture de ce livre dont il ne comprenait pas grand-chose, mais comme Marie-Louise le lui avait dit, il put clairement reconnaitre certains mots et ainsi développer très légèrement son vocabulaire. Traduire des phrases entières et aligner des mots pour dire quelque chose de sensé étaient encore un peu trop difficiles pour lui, mais l'aide fournie par Pauline pour lui expliquer certains mots compliqués était plus que bienvenue.

Il ne lâcha que tard le soir cette bible, après que sa mère ait insisté pour qu'il dorme et qu'il évite par conséquent la douche froide le lendemain si il s'adonnait à la grasse matinée. Encore une fois, il s'endormit dans le même lit que Marie-Louise car le petit logis dans lequel ils avaient loué une chambre ne leur offrait pas le luxe de pouvoir se reposer séparés l'un de l'autre. Tout comme la nuit dernière, sa mère se permit de le serrer contre elle comme si elle ne voulait pas qu'il disparaisse, le bras autour de sa taille et sa tête posée sur le sommet de son crâne qu'elle caressait distraitement, les yeux dans le vague. Son attitude n'échappa cependant pas à son amie qui ne ratait rien de la scène grâce à un mince faisceau de lumière émise par la lune.

- Dormirez-vous dans le même lit lorsque vous serez de retour chez vous, ou devons nous prévenir vos domestiques de préparer une deuxième chambre dès maintenant ? chuchota t-elle d'un ton légèrement moqueur.

- Continuez à vous esbaudir comme cela et vous dormirez dans les écuries, lui assura Marie-Louise en rabattant sèchement ses couvertures sur eux.

Satisfaite d'avoir embarrassé son amie, Louise-Elisabeth gloussa discrètement avant de s'endormir paisiblement sans penser un seul instant à la journée du lendemain qui s'annonçait particulièrement éreintante. Leur auberge ne se trouvait qu'à quelques kilomètres de leur ville de départ, et c'est après un repos bien salvateur qu'ils reprirent la route pour arriver en moins d'une heure au cœur de la ville.

Douvres ressemblait à n'importe quelle ville anglaise que l'on pourrait trouver sur les côtes : Des habitations grisonnantes d'un ou deux étages se terminant par un toit de chaume ou de bois le long des sentiers en terre battue où s'agglutinaient de nombreux pêcheurs essayant de vendre leurs marchandises à des villageois soucieux de se préparer un bon repas de fruit de mer et de poisson bien frais pour nourrir leurs petites familles. La seule différence notable avec Londres était certainement le nombre bien moins important de personnes dans les rues, même si les stands de nourriture avaient attiré bien des acheteurs venant des régions et villages avoisinants, et peut-être aussi le fait que les champs à présent nus de leur culture s'étendaient à perte de vue.

- Quelle odeur répugnante ! ne put s'empêcher de pester Pauline en remontant le col de son manteau sur son nez. Les gens n'ont pas idée de vendre des poissons sentant mauvais aussi tôt le matin !

- Ces gens comme vous dites se tuent au travail pour apporter aux autres les produits de la mer qu'ils ont pêchés à la sueur de leur front, lui rappela sévèrement sa mère en la pointant d'un air accusateur avec son éventail. Les personnes mourant de faim n'ont que faire d'une odeur pestilentielle tant qu'ils ont de la nourriture dans leurs assiettes.

Harry suivit leur échange sans dire un mot. De toute manière il n'y avait strictement rien compris. Sa nouvelle famille avait parfois tendance à parler français sans se rendre compte qu'il ne pouvait pas participer à leur conversation. Malgré tout, sa mère s'adressa finalement à lui en ignorant la discussion en cours entre son amie et sa fille : Parler de poisson était bien l'une des dernières choses à laquelle elle songerait pour l'instant.

- Avant que nous arrivions au bateau, il faudrait que l'on réfléchisse à un prénom vous faisant passer beaucoup plus aisément pour mon fils. Sans vouloir vous offenser Harry, votre prénom sonne un peu trop anglais, et pour des raisons qu'il vaut mieux que vous ne sachiez pas encore, cela pourrait s'avérer dangereux pour nous. Il serait d'ailleurs préférable que vous gardiez cette nouvelle identité dès lors que vous poserez le pied dans cet autre pays. Avez-vous une idée à me soumettre ?

La suggestion de sa mère le prit totalement au dépourvu. Jamais il n'aurait imaginé devoir abandonner son identité pour devenir un autre, et se voir dépourvu de son prénom lui donnait l'amer sentiment de s'éloigner un peu plus de son ancienne famille. Néanmoins Marie-Louise avait sans doute ses raisons et même si cela ne l'enchantait guère, il jugea préférable d'obéir à sa recommandation. Une nouvelle vie méritait une nouvelle identité après tout ? Regardant machinalement la page du livre qu'il tenait dans ses mains, plusieurs prénoms lui sautèrent aux yeux, mais un en particulier attira son attention.

- Gabriel…

- Gabriel ? répéta t-elle en se tournant vers son amie comme pour lui demander silencieusement conseil concernant ce choix. Comme l'archange Gabriel ?

- Oui enfin, c'est ce que j'ai cru comprendre en lisant ce verset. Apparemment il était porteur d'un message annonçant à cette Marie l'arrivée prochaine du fils de Dieu qu'elle enfantera. Je ne dis pas que je suis moi-même une divinité ou quoi que ce soit s'y approchant, mais la situation dans laquelle nous nous trouvons me donne un peu l'impression d'arriver dans votre vie de la même façon que Jésus, apportant avec moi une sorte de message d'espoir pour vous d'être le fils que vous aimeriez avoir.

- C'est si gentil de votre part de penser à moi pour vous choisir un prénom, déclara tendrement sa mère en prenant ses mains dans les siennes qu'elle caressa délicatement. Qu'en pensez-vous Louise ?

- C'est un bon choix je dois le concéder, répondit-elle tandis que sa fille approuvait également à voix haute la proposition d'Harry. Alors vous voilà donc devenu Gabriel de Savoie, Prince de Lamballe, et très probablement futur duc de Penthièvre, de Carignan et de Châteauvillain si votre tante Marie-Adélaïde accepte d'abandonner certains de ses titres de noblesse en votre faveur.

- Elle y serait bien obligée puisque les droits de succession font de lui le bénéficiaire de ces privilèges, ajouta Marie-Louise en commençant à transformer de simples feuilles de papier en papier d'identité pour son fils adoptif. Mais je n'ai pas l'intention d'ôter à ma belle sœur tous ces titres. J'ai d'excellentes relations avec elles, et je n'ai pas envie de me mettre à dos une femme de si bonne compagnie.

Harry de son côté les regarda discuter, une nouvelle fois sans comprendre le moindre mot à ce qu'elle pouvait bien dire. La barrière linguistique était vraiment un obstacle dans la relation qu'il avait avec elles, mais il se promit de la franchir rapidement pour ne plus à l'avenir avoir la désagréable impression d'être mis à l'écart.

- Voilà qui est fait, dit-elle en rangeant les papiers d'identité dans un petit sac. Passons à votre apparence jeune homme.

Avant même qu'il ne s'y prépare, Marie-Louise pointait déjà sa baguette vers lui et marmonnait des sorts lui étant totalement inconnus, contrairement à la sensation de chaleur qu'il pouvait sentir sur son visage et jusque dans ses cheveux. Il ne pouvait malheureusement rien voir, mais parvenait malgré tout à ressentir quelques changements sur son anatomie faciale, notamment son nez qui avait l'air de s'être brusquement affiné.

Puis tout aussi vite qu'elle entama sa métamorphose, Marie-Louise s'arrêta au bout d'une minute environ avant de contempler d'un air satisfait le résultat de son travail. Les deux autres femmes dans la turgotine firent de même, et vu les regards curieux qu'elles lui lançaient, sa transformation devait être tout à fait étonnante.

- Pourriez-vous faire la même chose avec moi ma tante ? lança Pauline en examinant minutieusement le visage d'Harry. J'ai toujours trouvé mon visage trop joufflu.

- Ce n'est que temporaire, lui répondit Marie-Louise en faisant apparaitre un miroir qu'elle tendit à Harry. Comment vous trouvez-vous Gabriel ?

Légèrement troublé par le fait d'être déjà appelé autrement, Harry prit tout de même l'objet et regarda son reflet avec une pointe de crainte. Qu'elle ne fut pas sa surprise de découvrir un visage lui étant presque complètement étranger, et bien des caractéristiques qu'il partageait avec James avaient tout bonnement disparu. La plus notable était sans doute ses cheveux autrefois en bataille qui étaient à présent parfaitement lisses et avaient pris une couleur plus claire presque châtain. Son nez, ses joues, son menton… même la forme de ses yeux avaient été modifiées ; seule la couleur émeraude de ses iris était restée la même à son grand soulagement. Il n'y avait bien que ses lunettes pour lui rappeler que cet étranger qu'il voyait dans ce miroir était bien lui. Un léger sourire éclaira son visage tandis qu'il se voyait pour la première fois sans la moindre similitude avec son père biologique.

- Qu'est-ce qui te faire sourire ainsi ? lui demanda Pauline en remarquant son rictus.

- Pas grand-chose, sauf que je ne ressemble presque plus à mon père ! répondit-il joyeusement.

Sachant la manière avec laquelle James s'occupait de lui, les trois autres comprirent aussitôt l'origine de cette joie soudaine et au fond d'elles-mêmes, il y avait de quoi être heureux. Qui aurait envie de ressembler à un bourreau d'enfant ?

- Est-ce nôtre bateau, mère ? demanda soudainement Pauline en passant sa tête à l'extérieur de leur voiture.

- Voyez-vous d'autres bateaux amarrés sur le port, Pauline ?

- Mis à part des bateaux de pêche, non.

- Alors c'est certainement le nôtre.

Curieux, Harry regarda également ce qui serait pour les prochaines heures son moyen de transport, lui qui n'avait d'ailleurs jamais eu l'occasion de voir le moindre bateau. Autant dire que ce qu'il eut sous les yeux l'émerveilla énormément. Un magnifique trois mâts les attendait sur le quai du port, ses immenses voiles blanches se gondolant au grès des vents alors que la charpente craquelait au moindre mouvement de l'eau autour d'elle. Le bateau devait bien faire une dizaine de mètres au dessus du niveau de la mer, et sans compter bien sûr les mats se dressant fièrement sous leurs yeux comme trois arbres déchirants le ciel de leurs cimes pointues. Les membres d'équipage s'affairaient déjà sur le pont à effectuer les derniers réglages avant le départ imminent, tandis que d'autres tiraient depuis le quai de lourdes malles et de grosses caisses en bois à l'intérieur desquelles devaient se trouver des victuailles et d'autres produits de première nécessité facilitant le confort des passagers montant à l'intérieur.

Une petite foule d'ailleurs s'amassait autour d'un homme d'équipage placé à côté d'une passerelle permettant l'accès au bateau, alors que la turgotine terminait enfin sa course à proximité du quai et s'arrêtait pour la dernière fois de leur voyage. Lentement, tous les quatre descendirent de leur voiture avec l'aide des deux cochers qu'ils saluèrent une dernière fois non sans leur donner au passage un pourboire pour l'excellent professionnalisme qu'ils avaient eu durant le voyage et surtout pour être arrivés en temps et en heure à destination.

- Qu'en est-il de nos bagages ? leur demanda Harry en regardant la pile de valises entreposées sur le toit de leur voiture.

- La réponse à cette question s'approche de nous, lui certifia Marie-Louise en désignant d'un mouvement de tête plusieurs hommes s'approcher d'eux.

Après s'être assurée que les marins les abordant étaient venus à leur rencontre pour transporter les bagages jusqu'à leurs cabines, la princesse de Lamballe ouvrit la marche et s'approcha de l'homme posté juste à côté de la passerelle. De toute évidence, il servait de contrôleur et s'assurait que les personnes souhaitant monter sur la goélette étaient bien sur la liste des passagers car au fur et à mesure qu'il se rapprochait, Harry pouvait clairement l'entendre demander aux personnes se postant devant lui leurs noms de famille.

- à partir de maintenant, ne parlez plus anglais Harry, lui chuchota sa mère sans se retourner.

Harry acquiesça, bien que ce fût tout à fait inutile car elle ne le remarqua même pas. Pour faire bonne mesure et donner l'image d'une famille parfaite se connaissant depuis toujours, il prit la main que lui tendait sa tante et essaya tant bien que mal d'imiter leur manière gracieuse de marcher, bien que le résultat était très laborieux et lui donnait plus l'air de parader que de marcher normalement.

- Nom ? leur demanda d'un ton froid le français sans lever les yeux de sa feuille une fois qu'ils arrivèrent devant lui.

- Marie-Louise de Savoie, princesse de Lamballe, répondit-elle sans se laisser impressionner par l'animosité évidente de l'homme d'équipe. Je suis accompagné de mon fils, Gabriel de Savoie, de mon amie Louise-Elisabeth de Tourzel et de sa fille Pauline. Nous avons déjà réservé deux cabines il y a quelques semaines à bord de cette goélette.

- Hm… Il n'est inscrit nul part que vous avez l'intention de voyager avec votre fils, dit-il en la regardant d'un air soupçonneux. Pourrais-je avoir vos passeports ?

Loin d'être déstabilisée, Marie-Louise lui tendit rapidement leurs papiers d'identité de même que Louise-Elisabeth quelques secondes plus tard. L'homme examina minutieusement les passeports, cherchant peut-être la moindre preuve pouvant lui permettre de mettre en doute la parole de la femme devant lui. Mais près de cinq minutes plus tard, après avoir regardé sous toutes les coutures les papiers dans sa main, il dut admettre sa défaire et les leur rendit.

- Vous devrez payer un supplément pour votre fils madame, annonça t-il sans se départir de son ton peu amical.

- Et de combien se chiffre ce supplément ?

- Cinquante francs.

- Cinquante ? Mais c'est bien plus cher que le prix de la cabine que j'ai réservé !

- C'est pas moi qui fixe les prix madame. Je ne fais que respecter les consignes du capitaine, et l'une d'elles et que les passagers de dernière minute payent le double de la somme demandée, qu'ils soient majeurs ou non.

La mère d'Harry obtempéra, non sans marmonner un vague « voleur » du bout des lèvres que l'homme n'entendit pas. Comme avec Ms Cole, Marie-Louise se retourna quelques secondes pour semble t-il fouiller dans le même sac que la veille avant de tendre au marin la somme réclamée. Durant cet échange, Harry jura l'avoir vu ranger rapidement sa baguette dans sa manche de robe après l'avoir de toute évidence utilisé sur la monnaie qu'elle tenait dans sa main.

- Le compte y est, déclara t-elle en lui donnant l'argent. Vous pouvez compter par vous-même si vous jugez que ma parole n'est pas digne de confiance.

- Je peux bien vous faire confiance pour ça, affirma l'homme en rangeant les pièces d'argent dans un sac prévu à cet effet. Votre cabine est la deuxième après avoir descendu l'escalier, quant à la vôtre, ce sera celle juste en face. Passez un excellent voyage mesdames et monsieur.

Un bref hochement de tête plus tard, et Marie-Louise ouvrit la marche vers la passerelle qu'elle fut la première à utiliser, Harry sur ses talons. Son fils ne put s'empêcher de constater que sa nouvelle mère avait une démarche absolument parfaite et gracieuse, montrant à toutes les personnes aux alentours toute la noblesse dont elle était issue et la prestance due à son rang social. Sa façon de se déplacer avait dû lui prendre beaucoup de temps et d'effort, mais le résultat était là : Il n'y avait qu'une reine pour marcher aussi bien qu'elle.

- Dites-moi mère…

- chuchotez Gabriel, le coupa t-elle brusquement en gardant malgré tout son calme. Vous entrez à présent en territoire français, et mieux vaut pour vous vous adresser à moi dans cette langue même si vous ne connaissez que peu de mot.

- Pardonnez-moi, s'excusa t-il platement en se souvenant de ses propos concernant l'animosité entre les peuples anglais et français. Je voulais vous demander : Tout à l'heure, je vous ai vu utiliser votre baguette sur le sac contenant les pièces que vous avez donné à Ms Cole et à cet homme. Pour quelle raison ?

- Mon sac me permet de pouvoir puiser directement dans mes voutes et ne pas avoir besoin par conséquent d'aller continuellement à Gringotts me servir dans mes réserves d'argent, expliqua t-elle à voix basse tandis qu'ils se trouvaient à présent sur le pont du bateau.

Harry était sur le point de lui demander comment diable pouvait-elle avoir un compte dans cette banque qu'il pensait exclusivement britannique, mais sa mère le fit taire d'un geste en plaçant son index sur sa bouche tout en marmonnant un « plus tard » si discret qu'il crut au départ ne pas l'avoir entendu. L'espace d'un instant, il pensa que ses capacités de legilimens lui permettaient de pouvoir lire dans l'esprit d'un individu sans même établir le contact avec lui, ce qui expliquait peut être pourquoi elle avait su qu'il s'apprêtait à lui poser une question. Mais en voyant la foule s'amassant sur le pont du navire, il comprit qu'il valait mieux ne pas attirer l'attention sur eux, et que les questions pouvaient attendre.

Un homme d'équipage plutôt jeune et au sourire charmeur vint aussitôt les aborder et leur proposa gentiment de les accompagner jusqu'à leur cabine non sans au passage tenter ouvertement de séduire Marie-Louise en la louant sur sa beauté et la complimenter sur la belle toilette qu'elle portait. Mais malgré ses efforts, cela n'eut pas l'effet escompté et il en fallut de peu pour que le marin ne se prenne pas quelques coups bien placés sur son anatomie lorsqu'il se montrait un peu trop entreprenant avec elle. L'homme semblait avoir complètement oublié la présence d'Harry jusqu'à ce que perdant patience, Marie-Louise le mit en évidence en plaçant l'un de ses bras autour des épaules de son fils. Voir que la femme qu'il tentait de séduire avait déjà un enfant sembla calmer les ardeurs du marin qui depuis lors se contenta de les conduire en silence jusqu'à la porte de leur cabine avant de partir sans demander son reste.

- Il serait temps que je cesse de prendre ces potions de jeunesse, soupira t-elle en ouvrant la porte de leur cabine. Bien qu'être courtisée par des hommes bien plus jeunes que moi soit valorisant, je ne me verrai jamais m'enticher d'un homme qui pourrait avoir l'âge d'être mon fils.

Celle-ci était en elle-même était tout ce qu'il y avait de plus simple et sans la moindre fioriture montrant un quelconque signe de richesse. Tout était en bois, mais on ne risquait de toute façon pas de trouver autre chose sur un bateau. L'endroit était plutôt sombre à cause de la boiserie foncé utilisée pour la charpente de la goélette, et le temps gris au-delà des nombreuses fenêtres sur le mur en face de la porte d'entrée n'arrangeait en rien la luminosité de la pièce. La cabine était composée d'un lit à baldaquin suffisamment large pour deux personnes, d'une armoire pour l'instant vide, d'une petite table ronde par-dessus un tapis de la même forme autour de laquelle étaient disposées quelques chaises et d'un bureau juste sous les fenêtres dont la vision donna à Harry l'impression d'être convié à l'utiliser le plus tôt possible.

- Cela vous plait-il, Gabriel ? lui demanda sa mère en parcourant des yeux l'endroit et en s'attardant sur les quelques toiles accrochées aux murs.

La voix de Marie-Louise le sortit de sa contemplation tandis qu'il chercha rapidement une réponse courte et en français pour répondre à sa question. Bien qu'il n'en ait pas complètement compris le sens, il se devait de donner le change et d'entamer une discussion avec elle comme si c'était tout à fait normal pour lui.

- Oui, c'est très beau, répondit-il en accentuant sa réponse par un hochement de tête affirmatif.

A peine deux secondes plus tard, les premiers membres d'équipage arrivèrent dans leur chambre et y déposèrent la plupart de leurs malles à proximité de l'armoire. Soupirant de soulagement, Harry ne put s'empêcher de penser qu'il avait par chance échappé aux regards interrogatifs des marins qui auraient pu entendre parfaitement son petit accent anglais très prononcé.

- Assurdiato, lança sa mère en pointant la porte avec sa baguette magique une fois que les marins eurent tous prit la poudre d'escampette. Nous allons pouvoir discuter plus tranquillement et sans nous soucier des…

Trois coups furent soudainement portés à sa porte, et après qu'elle eut intimée l'ordre à la personne souhaitant entrer de le faire rapidement, la tante d'Harry et sa fille s'invitèrent rapidement dans leur cabine en prenant soin de refermer la porte derrière elles.

- Je savais que vous ne pourriez pas résister à l'occasion de venir nous rendre une petite visite, soupira t-elle en lançant à nouveau le sortilège de mutisme en plus d'un « Collaporta ».

- Votre cabine est légèrement plus grande que la notre, déclara Pauline en regardant les moindres recoins de la pièce. Oh, votre vue sur la Manche est vraiment parfaite ! Nous pouvons presque voir le cap Gris-Nez d'ici !

Son observation néanmoins coupa court lorsque Marie-Louise en vint à expliquer à Harry la démarche qu'elle s'apprêtait à faire auprès des autorités moldues de son pays concernant sa situation et la sienne.

- Lorsque je serai certaine que notre vie ne sera pas en danger, nous irons à Paris auprès des autorités françaises afin de clarifier notre situation et m'acquitter de tous les maux dont on m'accuse. Je n'aurais jamais songé à faire une chose pareille, mais si cela me permet de m'assurer de ma survie et de la vôtre et de pouvoir enfin vivre une vie convenable où nous n'aurons pas à nous cacher sans craindre d'être à nouveau pourchassés par la justice, je suis prête à leur donner les informations qu'ils souhaitent lors de mon procès, quitte à dévoiler quelques secrets concernant ma regrettée amie. De cette façon notre nom sera blanchi et nous pourrons nous déplacer librement dans le pays. En attendant, nous resterons cloitrés dans mon château le temps que les choses se

calment et que je vous considère comme digne de pouvoir m'accompagner sans risque.

Harry approuva ses paroles bien qu'il n'en comprit que la moitié. Ce sujet était particulièrement compliqué à comprendre pour lui du haut de ses huit ans, d'autant plus qu'il concernait davantage la situation de sa mère auprès de la justice de son pays que la sienne, bien qu'en acceptant de devenir son fils, il avait également accepté tous les soucis s'y ajoutant et le mêlant par la même occasion.

Le trajet dans la goélette dont il apprit plus tard qu'elle se nommait « l'insubmersible » fut calme et lui fit oublier tous ses problèmes, même si comme il le découvrit rapidement, il n'avait de toute évidence pas le pied marin. Le temps était pourtant au beau fixe et pas une seule tempête ne vint troubler leur voyage, même si le vent marin apportant avec lui une odeur pestilentielle de poisson donnait la nausée à toute personne n'étant pas habituée. Harry lui-même ne supporta pas longtemps cette puanteur, et ajouté à cela les va-et-vient du bateau secoué par la houle, il tomba rapidement malade et passa son temps à rendre ses repas la tête penchée par-dessus la rambarde de la goélette. Jamais il n'avait été malade comme ça, et même les remèdes contre le mal de mer de Marie-Louise ne l'aidèrent pas vraiment. Le seul endroit où il se sentait beaucoup mieux et loin des émanations de la mer fut dans sa cabine, bien que les mouvements du bateau sur lequel venait s'écraser les vagues l'empêchèrent de se reposer tranquillement. Par chance, il ne leur fallut que deux jours pour relier Douvres à Brest et tous les quatre accueillirent les contours de la ville avec soulagement.

- Prêt à faire vos premiers pas dans notre beau pays, Gabriel ? lui demanda en souriant sa tante.

- Du moment que je quitte rapidement ce bateau, l'endroit ou je poserai mes pieds m'importe peu, répondit-il en essayant tant bien que mal de retenir ses haut-le-cœur.

Les trois autres gloussèrent légèrement avant que Marie-Louise ne décrète qu'il était temps d'aller ranger les rares affaires qu'ils avaient ressorties des malles. Tout en pliant soigneusement ses chemises, Harry songea que dès qu'il toucherait le sol de cette ville, sa nouvelle vie allait véritablement commencer. Loin de sa terre natale, ses repères étaient totalement bouleversés. Un nouveau pays, une nouvelle langue, des nouvelles personnes qui lui semblaient tellement différentes… Une certaine appréhension le gagna tandis qu'il s'imaginait ne pas parvenir à s'acclimater à ce nouvel environnement.

- N'ayez crainte Harry, je serai là pour vous épauler et vous aider à vous habituer à tous ces changements dans votre vie, déclara sa mère d'un ton apaisant en posant une main ferme sur son épaule.

- V-vous… Comment savez-vous ? s'étonna t-il en se tournant vers elle.

- Je suis pleine de surprise, n'est-ce pas ? dit-elle avec tendresse. Je vous apprendrai plus tard la légilimancie et l'occlumancie pour que vous puissiez également lire dans l'esprit des gens. Cette capacité vous sera très utile pour déterminer les sentiments et les pensées des personnes que vous rencontrerez, et cela vous évitera peut-être de vous lier à des individus ne souhaitant que votre perte.

- J'ai hâte de maitriser cette branche de la magie dans ce cas, déclara t-il en souriant.

Une vingtaine de minutes plus tard, L'insubmersible amarra finalement le long du quai du port, et presque immédiatement tous les passagers en descendirent, la plupart heureux de faire disparaitre au plus vite leur mal de mer. Harry se joignit à eux tandis qu'il tirait derrière lui sa malle rendue légère par sa mère en souhaitant ne plus avoir à remontrer sur un navire avant très longtemps. Plusieurs carrosses les attendaient sur le quai du port, mais l'un d'entre eux attira particulièrement son attention. Garnis de décorations sculptées dans le bois et de symboles en lettres d'or, il était sans aucun doute le plus beau qu'il ait jamais vu, et même les chevaux le tirant dégageaient une aura de richesse grâce aux équipements fixés sur eux bien plus fringuant que les autres. Harry remarqua que sur la portière permettant de grimper à l'intérieur, un blason familial avait été placé sur elle et représentait de toute évidence les armoiries d'une noble personne, impression accentuée par la couronne surmontant les deux boucliers gravés dans le bois.

Il ne mit pas longtemps à comprendre que cette voiture était surement la leur, et voir sa mère s'approcher d'elle confirma son intuition. Un homme de grande taille et à l'apparence soignée était nonchalamment appuyé sur l'un des flancs du carrosse et sifflotait distraitement en regardant la foule s'amasser sur le quai. Un faucon de taille moyenne se trouvait également sur le toit et chantait également en poussant des piaillements très aigus au grand amusement des quelques enfants présents. Leur chanson s'arrêta cependant lorsque l'homme aperçu Marie-Louise, et presque immédiatement il reprit une position droite et formelle.

- Madame ! s'exclama l'homme en les voyant s'approcher. Quelle joie de vous revoir !

- Antoine, le salua t-elle tandis qu'il se mettait à lui embrasser respectueusement la main en s'inclinant. Votre trajet s'est bien déroulé ?

- On ne peut mieux madame ! Nous avons reçu votre message il y a près d'une semaine et je me suis mis aussitôt en route ! Ma femme a manqué de s'évanouir de peur en voyant Archimède fondre dans les cuisines du château pour nous apporter votre message !

Le faucon installé sur le toit du carrosse se mit à pousser des petits cris aigus à intervalles réguliers comme pour ricaner, sous le regard amusé de sa maitresse qui tendit aussitôt le bras pour qu'il vienne se poser sur celui-ci. Le dénommé Antoine lui salua tour à tour Louise-Elisabeth et Pauline de la même manière qu'avec Marie-Louise, avant de se rendre compte de la présence d'Harry qu'il regarda avec étonnement.

- Bonjour jeune homme, tu n'es pas avec tes parents ? lui demanda t-il.

- Il l'est, lui affirma Marie-Louise en posant sa main sur l'épaule d'Harry. Antoine, j'aimerais vous présenter mon fils, Gabriel de Savoie. Gabriel, voici Antoine Letimonier, mon cocher et également mon dresseur de chevaux.

- Enchanté monsieur, répondit-il maladroitement en pestant sur son français approximatif.

Malgré tout, le cocher ne répondit pas à son salut, trop choqué de la découverte du fils caché de sa maitresse. Pour une surprise, c'en était une ! Personne n'était au courant de l'existence de ce garçon, et Maire-Louise n'avait jamais indiqué avoir un fils, même à ses serviteurs les plus proches. Quelque chose clochait…

- V-votre fils ? répéta t-il sans quitter des yeux le petit garçon devant lui. Mais…

- Il ne l'est pas vraiment, avoua t-elle rapidement pour dissiper le malentendu. A vrai dire, Gabriel est mon fils adoptif, mais considérez-le comme ma chair et mon sang et traitez de la même façon que pour moi.

- ça pour une surprise… Les autres vont être absolument ravis pour vous madame ! Depuis le temps que les villageois rêvent de voir un petit seigneur entre les murs du château ! Mais pour quelle raison avez-vous décidé d'adopter un enfant ?

- C'est une longue histoire, soupira t-elle avant de se diriger vers la voiture. Je vous expliquerai la raison pour laquelle j'ai adopté cet enfant lorsque nous serons tous de retour au château. Venez Gabriel, nous avons encore une longue route à faire.

Harry hocha sa tête et se prépara à la suivre, mais soudainement l'homme lui faisant face s'inclina tellement bas que sa tête arrivait à sa hauteur, avant de lui embrasser à son tour la main. Dire qu'il était troublé serait un euphémisme : jamais encore quelqu'un ne l'avait traité de cette façon. Même les anglais ne s'abaissaient pas à saluer Matthew de cette façon, même si selon lui, son petit frère ne demanderait qu'à être respecté de cette manière.

- Monseigneur, je suis plus qu'honoré de vous rencontrer, déclara Antoine en lui souriant. Permettez-moi de vous conduire jusqu'à votre voiture.

Le poussant gentiment avec sa main vers la voiture, le cocher ne cessait d'observer Harry qui de son côté préférait regarder ses pieds plutôt qu'affronter le regard curieux de son guide. Antoine lui proposa sa main pour l'aider à monter à l'intérieur du carrosse, avant de faire monter sur le toit les nombreuses malles de sa maitresse et de son amie en utilisant discrètement sa baguette magique pour les alléger encore davantage. Les rares personnes encore présentes à proximité furent étonnées de le voir soulever aussi facilement des valises sans la moindre aide des marins lui amenant les derniers bagages, et en remarquant les regards que lui lançaient les moldus près de lui, Antoine ne laissa rien paraitre et les salua tranquillement comme si tout ceci était normal. Malgré tout, mieux valait ne pas trainer longtemps ici, et en moins de dix minutes, il fit trotter les chevaux en direction de la sortie de la ville sans regarder derrière lui.

Harry lui découvrait pour la première fois le pays dans lequel il vivrait pour les prochaines années, et à première vue, rien ne semblait différent de ce qu'il avait connu jusqu'à présent. La campagne française n'avait en vérité aucune différence notable comparée à celle de son pays natal si ce n'est que le climat était légèrement plus doux et chaud. L'automne avait déjà aussi fait son chemin dans le pays, mais en définitive, les français qu'ils croisèrent sur les routes n'étaient pas différents de leurs homologues britanniques comme Harry se l'était imaginé un court instant peu avant leur départ de Douvres. Tous pestaient contre le mauvais temps et les feuilles mortes les giflant lorsqu'elles tombaient des arbres à cause d'une violente bourrasque.

Harry par ailleurs put facilement se rendre compte de ces similitudes en partageant la banquette d'Antoine qui se révéla être très sympathique avec lui. Le cocher s'était rapidement rendu compte qu'il ne parlait presque pas un mot de français et tout comme Marie-Louise et la famille de Tourzel, il profita du voyage pour lui apprendre quelques mots et lui montrer des endroits à visiter sur leur trajet lorsqu'il en aurait le temps, quand il ne donnait tout simplement pas les rênes des chevaux pour les guider. En même temps, il parla longuement avec sa maitresse des derniers évènements en cours en France, notamment certaines révoltes dans des régions assez proches de la région des côtes d'Armor dans laquelle ils se dirigeaient.

- Vous avez bien fait madame de ne pas vous arrêter près de Calais, les routes ne sont pas sûres dans ce comté depuis quelques temps. La révolte gronde chez les paysans.

- et la guerre vendéenne ? Est-elle terminée ? s'enquit la princesse de Lamballe depuis la fenêtre de sa voiture.

- Oh oui, depuis près d'un an maintenant. Dieu que ce conflit a été sanglant, on parle de plus de 100 000 morts depuis 1793. J'espère qu'ils n'auront plus dans l'idée de contester les décisions du pouvoir actuel, la région a déjà suffisamment souffert comme ça. Il y a d'ailleurs quelques nouvelles familles de sorciers qui sont arrivés à Lamballe à cause de ça. Vous pourrez peut-être leur trouver du travail pour les occuper.

- Nous verrons cela lorsque nous serons arrivés. J'aurais peut-être besoin de quelques dames de compagnie supplémentaires pour s'occuper de Gabriel.

Leur voyage dura encore moins de temps qu'Harry ne l'aurait cru et sans le moindre problème des autorités moldues. En moins d'une journée, ils étaient enfin arrivés dans ce qui allait être leur lieu d'habitation pour quelques temps, et pour Harry, le spectacle s'offrant à ses yeux lui coupa le souffle. Le château était absolument magnifique, bien qu'il ne puisse en voir que la façade principale pour l'instant. Un immense donjon aussi majestueux qu'imposant orné d'une couronne de mâchicoulis, de pilastres et de chapiteaux finement travaillés dans un pur style renaissance dominait de toute sa hauteur les alentours, et les deux ailes tout aussi hautes et grandes de chaque côté se terminait chacune par une tour au toit arrondi et sculpté dans le même style. La façade était faite de marbre blanc, et la toiture en tuiles noirâtres donnant un contraste saisissant entre les différents étages du bâtiment. Une cour tout aussi somptueuse, avec plusieurs parterres géométriquement séparés par des allées et délimités par des murs de buissons et des topiaires taillés, faisait face au corps du château, tandis qu'une allée plus large que les autres coupait en deux le parc et se terminait jusqu'au donjon dans lequel avait été creusé une petite galerie permettant de passer de l'autre côté en carrosse. Une dizaine d'hommes et de femmes s'attelaient dans les parterres à tailler et à cueillir les dernières fleurs plantées dans un ordre parfait de part et d'autres des carrés d'herbe.

- Par Merlin, vous vivez vraiment ici ? demanda Harry en écarquillant les yeux face à ce spectacle.

- Je possède quelques domaines ailleurs en France, mais celui-ci reste mon préféré et celui où j'aime me recueillir et me reposer sans me soucier des tracas de la vie, lui répondit sa mère amusée par son regard émerveillé.

Le carrosse roulait à présent sur l'allée principale et se dirigeait vers le cœur du château, alors que les serviteurs, se rendant compte de la présence de leur maitresse, accouraient près de leur voiture pour acclamer son retour ou simplement la saluer comme des vieux amis. Gêné par ce soudain intérêt pour eux, Harry se détourna de la fenêtre et se colla au dossier de son siège comme si il espérait pouvoir se fondre dans le velours de sa banquette. Sa mère elle saluait gracieusement de la main les villageois l'appelant et se réjouissant à voix haute de son retour.

- Est-ce que vous les payez ? la questionna son fils en essayant toujours de se cacher des regards curieux.

- évidemment. Et contrairement aux elfes de maison, cela ne les dérange pas. Voilà bien une chose sur laquelle ces créatures n'évolueront jamais : Toute peine mérite salaire, et recevoir en échange d'un service de l'argent ou de la nourriture n'est pas un mal en soit. Exploiter les elfes sans leur donner en retour le juste salaire de leur travail ne me plait absolument pas, voilà pourquoi j'ai choisi de prendre à la place des personnes humaines pour cette tâche.

Leur voiture passait désormais sous le donjon après avoir emprunté un petit pont séparant le parc du château, et le bruit des sabots des chevaux et des roues se répercutait en écho sur le mur de l'arche. En quelques secondes, ils arrivèrent de l'autre côté, et Harry put aisément remarquer que le château avait en vérité une forme en « L » ainsi qu'un muret comblant le vide entre les deux extrémités du bâtiment. La cour d'honneur était de forme carré et seulement composée d'un bassin en son centre suffisamment large pour occuper un espace important. Bien qu'il ne puisse pas le voir totalement, Harry vit également qu'au-delà du muret se trouvait un second jardin tout aussi immense que le premier, et une forêt entourait l'ensemble du domaine sur plusieurs hectares. Le carrosse commença à se diriger vers une grande porte vitrée située sur leur droite devant laquelle plusieurs dames portant des tabliers et d'étranges chapeaux blancs les attendaient patiemment sur le perron.

- Combien avez-vous de serviteurs ? s'enquit t-il en se remémorant rapidement toutes personnes qu'il avait vu de près ou de loin sur le domaine.

- Je n'en ai pas la moindre idée, répondit Marie-Louise. Une centaine je pense en comptant les personnes s'occupant de la ferme voisine, l'embellissement de mes terres et du bois les délimitant.

Une centaine !? Même les Potter n'avaient pas autant d'elfes de maison, et de loin. En y repensant, il n'était pas certain que Poudlard possédait également un si grand nombre de serviteurs.

- On dirait que tu as vu le diable en personne Gabriel, se moqua Pauline en voyant son air ahuri.

Il y avait de quoi tout de même. Sa mère adoptive avait décidemment le chic pour l'étonner, et son château, ses vêtements couteux et le nombre de ses serviteurs lui assurèrent intérieurement qu'elle devait être extrêmement riche. Voilà bien un point sur lequel il devrait la questionner. Elle ne pouvait quand même pas s'acheter tout ceci avec seulement de l'argent de sorcier, il devait y avoir autre chose… Pour la dernière de leur voyage, le carrosse s'arrêta définitivement et quelques secondes plus tard, Antoine leur ouvrit la portière et leur présenta sa main pour les aider l'un après l'autre à descendre. Harry fut le dernier à descendre, intimidé par tous ces gens qu'il ne connaissait pas et avec qui il devrait à présent cohabiter et vivre. L'intérieur du carrosse lui parut soudainement très agréable et l'envie d'y rester pour éviter les visages curieux des serviteurs de Marie-Louise le tiraillait. Mais le cocher dut comprendre son malaise car il lui fit un clin d'œil en souriant légèrement pour lui montrer qu'il n'y avait rien à craindre.

- Que faisiez-vous, Gabriel ? lui demanda sa mère en le voyant enfin descendre. Vous aviez oublié quelque chose ?

- Pardon mère, s'excusa t-il en faisant pour la première fois face aux nombreuses servantes agglutinées devant lui.

Voyant sur le visage d'Harry une légère pointe d'angoisse, Marie-Louise le prit par les épaules et se posta près de lui pour le soutenir dans cette nouvelle épreuve. Les femmes elles regardèrent avec un étonnement non dissimulé le petit garçon devant elles et surtout la façon qu'avaient leur maitresse d'être proche de lui.

- Mesdames, je vous présente mon fils : Gabriel de Savoie. Je l'ai légalement adopté dans son pays d'origine, mais il n'est pas exclu que je l'adopte également par le sang par la suite.

Par chance, Harry ne comprit pas le moindre mot de sa phrase, autrement imaginer qu'il partage un jour le même sang qu'elle et qu'il puisse ainsi avoir accès à ses voutes aurait pu le troubler voir l'effrayer.

- Traitez-le avec respect et gentillesse et considérez-le comme mon fils légitime, poursuivit-elle tandis que ses servantes acquiescèrent poliment. Gabriel, voici les femmes chargées de mon bien-être et par conséquent du vôtre. Vous comprendrez de quoi il en retourne très bientôt.

Puis en lui souriant avec tendresse, elle s'abaissa pour se mettre à son niveau et lui souffla au creux de l'oreille :

- Bienvenue chez vous, mon fils.

Donc voilà, Harry arrive enfin chez lui. Vous verrez son entrainement rapidement, notamment ses capacités magiques en duel et la façon avec laquelle il parviendra à canaliser sa magie. J'ai également dans l'idée de faire apparaître Daphné dans ce chapitre (la pauvre, on l'a pas vu depuis longtemps :(...).
J'expliquerai encore d'autres choses concernant Marie-Louise, la façon dont elle vit etc...
Pareil pour Harry, si vous avez bien fait attention, il se pourrait bien que les années qui viennent soient étonnantes pour lui !
Maintenant concernant deux petits points :
- Pour la religion, à l'époque, beaucoup de gens croyaient encore en Dieu si ce n'est pas la quasi totalité de la population européenne. J'aborderai très peu ce thème, mais je n'exclus pas de montrer quelques passages dans une chapelle ou lors d'une fête catholique... Désolé si ça en gêne certains.
- Le nouveau prénom d'Harry : J'ai finalement choisi ce prénom car j'ai une petite idée derrière la tête. N'y voyez là aucun caprice ou quoi que ce soit, mais ce sera un excellent moyen pour Harry de parler avec les gens qu'il aime sans dévoiler son identité (j'ai imaginé un petit stratagème bien sympa).
Pour ceux qui veulent voir à quoi ressemble son château... il n'existe pas ! Du moins, je me suis inspiré en grande partie du château de Valencay que j'ai eu l'occasion de voir il n'y a pas longtemps et qui m'a complètement scotché par sa beauté.
La semaine prochaine, ce sera mon autre histoire qui bénéficiera de mon temps pour avancer et avoir un nouveau chapitre ! Désolé pour le délai d'attente !

à bientôt !