Hey ! J'espère que vous allez bien ? ça change n'est-ce pas de devoir attendre deux semaines pour avoir un chapitre ? Désolé mais je ne suis pas une machine (ça pourrait-être sympa d'un autre côté...).
Bon en tout cas voilà ENFIN le chapitre 10. Que dire de lui ? Difficile à écrire, énervant à s'en arracher les cheveux et... Cucul la praline. Si vous aimez la mièvrerie alors vous allez être servi (promis, ce sera le seul... avant les retrouvailles entre Harry et Lily !).
Comme d'hab' je vous remercie pour les nombreux commentaires et pour les vues, honnêtement ça me conforte dans l'idée que ce que je fais n'est pas complètement irréaliste (peut-être qu'un jour j'en ferai une autre se déroulant dans l'antiquité, pendant les croisades, la découverte des Amériques .. Encore faut-il parvenir à inclure Harry dedans u_u).
Vous allez sûrement me faire encore la remarque, mais WARNING : présence de nombreux pavés (que j'ai pourtant raccourci !). " La fourmi n'était pas préteuse, c'était là son vilain défaut "... Le mien serait peut-être celui-ci :s.
Bon sur ce, bonne lecture, et prévenez-moi si vous trouvez des fautes, des oublis ou même des phrases disparues : la relecture en diagonale n'est pas franchement recommandable.
Edit : Jonathan/Kathlerria/Alysses kheel : Merci pour vos commentaires ! J'espère moi aussi ne pas être guéri par cette étrange maladie qu'est " l'écriturinite compulsive ", mais bon : n'abusons pas des bonnes choses ! Concernant ta question Kathlerria, le faucon est son familier et le lien les unissant lui permet de pouvoir partager sa vision avec lui (sachant que ces oiseaux ont une excellente vision, ce doit être très pratique pour l'espionnage... de petite fille !). Quant à ta remarque Alysses, Hm... oui c'est dommage, mais d'un autre côté je ne pense pas que j'aurais fait un excellent prof (j'aurais tendance je pense à mettre des bonnes notes même à ceux qui n'en méritent pas... Mon bon coeur me perdra).
Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis la rencontre entre Harry et Mr Ollivander, presqu'un mois à dire vrai, mais Harry n'avait pas vu le temps passer. Entre ses entraînements ses cours de savoir-vivre, de langues et ses sorties en compagnie de Pauline dans le parc du château, ses journées étaient remplies d'activités toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Mais aujourd'hui n'était pas vraiment une journée ordinaire car contrairement aux autres matinées qu'il avait passé jusqu'à présent, les cours de magie qu'il pratiquait avec sa mère étaient annulés pour une raison inconnue. Apparemment Marie-Louise était occupée à mettre en œuvre un mystérieux projet dont personne n'avait eu vent, pas même sa tante.
Ces derniers jours, elle passait beaucoup de temps enfermée dans une pièce où il n'avait pas encore eu l'occasion de mettre les pieds, mais selon certains domestiques, il s'agirait d'un atelier dans lequel la princesse de Lamballe confectionnait ses potions à l'abri des regards indiscrets. Personne n'osait lui demander ce qu'elle faisait à l'intérieur, pas même lui ; chacun avait ses petits secrets après tout. Mais plutôt que de profiter de ce temps libre pour paresser bêtement dans sa chambre, Harry avait décidé d'aller faire un tour dans les cuisines en attendant que le déjeuner soit servi. Le château comptait en vérité deux salles servant de cuisines très grandes et spacieuses se trouvant à proximité de la cave à vins, un endroit dont il n'avait pour l'instant pas encore l'autorisation d'accéder.
« Que dirait-on de vous si l'on vous trouvait à proximité des meilleurs crus de la région ? Attendez donc d'être en âge de consommer pareilles boissons avant de songer à les déguster » lui avait intimé moqueusement Louise-Elisabeth un jour où il s'était aventuré dans cette partie du château.
De toute façon, les salles où étaient confectionnés les repas étaient bien plus distrayantes pour lui que cette longue pièce contenant d'énormes tonneaux remplis de vins, et c'était selon lui l'endroit le plus animé de tout le domaine. Pas moins de huit cuisiniers et cuisinières s'affairaient dans ces deux pièces à servir les mets les plus délicats et raffinés à des kilomètres à la ronde et pour le plaisir des papilles des maîtres du château. L'odeur s'y dégageant était également un régal pour son odorat, et le mélange des senteurs sucrées et salées le faisait chaque jour frémir d'excitation à l'idée des nouveaux repas qui seraient bientôt servis.
C'était par ailleurs un spectacle étonnant de voir des hommes et des femmes cuisiner des bons petits plats alors qu'il avait jusqu'à présent toujours vu des elfes de maison le faire. Harry savait que les êtres humains n'étaient pas à ce point paresseux ou incapable de faire par eux-mêmes leur nourriture, mais il n'avait encore jamais eu l'occasion d'en voir à l'œuvre. Lily et James avaient pris l'habitude de déléguer cela à leurs elfes de maison bien que sa mère ait exprimé longtemps l'envie de s'adonner également à cette tâche, mais James ne le souhaitait pas car cela ne convenait pas à son statut de Lady. Tout juste avait-elle le droit de leur faire un bon chocolat chaud lorsqu'il faisait le même temps qu'aujourd'hui, c'est-à-dire de la neige en abondance et des températures glaciales bien en dessous de 0°. Harry aurait bien aimé en profiter pour utiliser la montagne de neige s'offrant à lui mais Marie-Louise le lui avait interdit, une interdiction qui faisait suite à de nombreuses autres. Plus le temps passait, et plus celle-ci se conduisait en véritable mère pour lui, et ce genre d'interdiction aurait bien été l'une des restrictions que Lily lui aurait donné.
Mais aujourd'hui était une journée spéciale pour tout le monde puisque le soir même, pas moins de trois messes auraient lieu pour fêter Noël, une fête qu'il ne connaissait jusqu'alors que de nom, et mieux valait pour lui ne pas attraper froid si il souhaitait y participer. Apparemment cette fête permettait de célébrer la naissance de Jésus, le fils de Dieu et précurseur de la religion catholique, et cela nécessitait beaucoup de travail et un dîner somptueux pour les nombreuses personnes assistant aux messes dans la chapelle du château. Son ventre se mit soudainement à gargouiller, mettant ainsi fin à la longue réflexion dans laquelle il était plongé. La cuisine avait beau être l'endroit où l'on pouvait facilement trouver de quoi grignoter, rien d'intéressant ne se trouvait pourtant dans les environs, et il eut beau chercher du regard la moindre petite sucrerie susceptible d'apaiser son appétit en attendant le repas, rien ne vint. Harry ne voulait par ailleurs par déranger les commis et le chef de cuisine pour apaiser son estomac ; Le pauvre cuisinier en chef était déjà au bord de la crise de nerf devant la quantité faramineuse de nourriture à préparer pour ce soir, lui demander un peu de chocolat relevait du suicide.
C'est pourtant en regardant le chef s'afférer devant un fourneau qu'il trouva enfin l'objet tant convoité : le récipient pour le chocolat du gâteau du déjeuner. Bien qu'il ait appris depuis longtemps maintenant par sa tante qu'il fallait faire attention à ses manières en public, la vue de ce plat lui donna envie de se lécher les babines pour exprimer son désir, et moins d'une seconde plus tard, son doigt était pointé en direction du récipient qu'il convoitait avidement.
- Accio bol de chocolat.
Le petit récipient contenant le précieux liquide voleta jusqu'à lui sans éveiller l'attention du moindre cuisinier présent pour sa plus grande joie. De toute manière tout le monde était trop occupé à s'affairer en cuisine pour faire attention à lui, du moins c'est ce qu'il pensait. Ravi de pouvoir savourer son petit péché mignon, Harry attrapa en vol le bol et contempla de ces yeux émerveillés l'épais liquide brun qui ne demandait qu'à être mangé. Levant l'index pour le tremper dans le chocolat, il fut cependant arrêté net par l'une des cuisinières qui lui arracha d'un geste le récipient en le regardant sévèrement. De son côté, pris en faute et totalement à la merci du courroux qui allait s'abattre sur lui, Harry préféra regarder d'un air penaud ses mocassins sans oser lever les yeux vers elle.
- En voilà des manières Monseigneur, lança t-elle d'un ton sec en reposant le bol sur son emplacement d'origine. La gourmandise est un vilain défaut et tout ce que vous y gagnerez sera d'être malade pour avoir trop mangé de sucreries.
- Je suis désolé, marmonna t-il timidement en gardant les yeux baissés.
Bien que voulant se montrer ferme avec lui, la cuisinière ne pouvait s'empêcher d'être irrémédiablement attendrie par l'air gêné et embarrassé de son jeune seigneur, et bien qu'elle se demandait si celui-ci le faisait exprès, cette attitude la faisait à chaque fois flancher. Personne n'arrivait à se montrer en colère contre lui car tout le monde était tombé sous son charme, y comprit le cuisinier en chef Giuseppe, un italien extravagant passant le plus clair de son temps à crier et à inventer de nouvelles recettes toutes aussi originales les unes que les autres.
- N'avez-vous rien de mieux à faire que de venir ici Monseigneur ? lui demanda t-elle gentiment en se penchant vers lui.
- Je… J'aime beaucoup être ici, ça sent bon…
- Vraiment ? Vous préférez sentir l'odeur du poisson plutôt que… Je ne sais pas, écrire à votre fiancée par exemple ?
Harry, comme il était d'usage lorsque ce sujet venait dans une conversation, se mit à rougir légèrement en bougeant nerveusement sur sa chaise. Ses fiançailles qui devaient être au départ un sujet seulement connu de lui et de sa mère devinrent rapidement LE sujet de prédilection des domestiques chaque fois que l'un d'eux s'adressait à lui. Tout le monde désirait en apprendre encore davantage sur cette mystérieuse jeune fille mais plus par envie de taquiner leur jeune maître « Son amoureuse » comme avait été surnommé Daphné devait certainement avoir les oreilles qui sifflaient tant il ne se passait pas une journée sans que quelqu'un ne mette dans une conversation ce sujet.
- Vous êtes tellement adorable quand vous rougissez Monseigneur, roucoula la cuisinière en piochant dans un saladier une belle pomme qu'elle lui tendit. Vous pouvez manger ceci, bien que je doute que votre mère soit d'accord pour que vous vous gaviez avant les repas. Mais ne le dites à personne, ce sera notre petit secret !
- Merci Marthe !
Marthe était la femme d'Antoine Letimonier, le cocher personnel de sa mère. De tous les cuisiniers, c'était sans doute celle qu'il préférait, bien que contrairement à beaucoup de domestiques, elle était l'une des rares à lui mettre des barrières pour l'empêcher de profiter un peu trop de son statut. C'était une femme sévère mais juste qui prenait autant à cœur que Marie-Louise ou Louise-Elisabeth l'éducation de son jeune prince. Comme tous les serviteurs travaillant dans le château, elle n'était pas une sorcière, mais cela ne l'empêchait pas d'aider Harry dans ses travaux magiques et au passage de s'extasier sur les prouesses qu'il pouvait faire avec une simple baguette.
- Marthe ! l'appela soudainement avec son accent italien le cuisinier en chef. Mais que faites-vous ? Les plats ne vont pas se préparer tout seuls ! Hop hop !
- à vos ordres, espèce de bourreau, marmonna t-elle en roulant des yeux.
- Que dites-vous ? Je né suis pas sûr d'avoir compris vos paroles.
- J'ai dis que j'avais hâte de finir le gâteau ! dit-elle rapidement en s'éloignant vers sa table de cuisine. Il ne manquait plus que le chocolat !
- Ah si si, un bon gâteau de chocolat ! Il n'y a rien dé mieux pour terminer en beauté un repas !
- Vous devriez retourner dans la salle à manger Monseigneur, l'informa discrètement Marthe en reprenant son travail. Madame doit déjà vous attendre, et le repas est presque fait.
L'horloge accrochée dans la pièce affichait effectivement dix heures et quart, et connaissant la ponctualité légendaire de sa nouvelle famille, il y avait peu de chance qu'elles ne soient pas déjà attablées. Remerciant d'un simple sourire la cuisinière, Harry sortit précipitamment de la cuisine sans pour autant courir et briser au passage l'attitude noble et distinguée qu'il commençait à se forger. Un noble ne courait pas, du moins pas en public, et le château n'était jamais vide. Mangeant rapidement la pomme que lui avait donnée Marthe, il fit disparaitre le trognon d'un coup de baguette afin de faire disparaitre les preuves de sa gourmandise, mais également pour le simple plaisir de la voir à l'œuvre.
La distance entre la pièce qu'il venait de quitter et la salle à manger était énorme et lui laissait largement le temps de mettre en application son plan, puis lorsque son forfait fut exécuté, il repartit aussitôt en essayant d'effacer au mieux les possibles traces sur son visage ou ses mains. Deux précautions valent mieux qu'une comme on dit. Comme il s'y attendait, tout le monde était déjà là, même Marie-Louise, mais les heures de repas suivaient une ligne directive à ne pas rompre, et arriver en retard était très mal vu comme il le comprit facilement en voyant le regard de sa tante. Les trois femmes avaient pris place autour de la grande table de forme ovale sur laquelle reposaient des dizaines de couverts et autant de plats n'attendant que d'être mangés.
- Vous êtes en retard Gabriel, dit-elle en lui désignant d'un geste la chaise à côté d'elle.
Le respect des horaires était apparemment un sujet avec lequel il ne fallait pas plaisanter, car l'expression sévère qu'elle affichait était presque effrayante. Harry était sûr de ne l'avoir encore jamais vu avec ce visage jusqu'à présent.
- Rappelle-moi de te remercier plus tard, lui murmura Pauline lorsqu'il eut pris place à table. J'ai volontairement raté l'une de ses assommantes leçons de couture, et avant que tu ne sois en retard pour ce repas, ma mère me faisait l'un de ses habituels sermons pour mon manque de sérieux dans mon travail.
- Je ne voulais pas l'être, dit-il en baissant les yeux sur son assiette vide pour l'instant. Je n'ai pas vu le temps passer dans les cuisines. Et puis je me suis entraîné avec ma baguette…
- Que vous n'avez pas le droit de tenir à table Gabriel, lui rappela sa mère face à lui. Vous ne pouvez pas laisser plus de trente secondes votre baguette seule ? lança t-elle en regardant avec une légère pointe de désapprobation son fils adoptif tenir dans sa main le dit-objet. Elle ne va pas disparaître vous savez mon chéri.
- Je suis désolé mère, s'excusa t-il timidement en la rangeant dans l'étui qu'il tenait sous sa manche de chemise.
Celle-ci hocha simplement sa tête avant de faire signe aux deux serviteurs présents de soulever les couvercles des différents plats et de leur montrer ainsi les mets savoureux déjà cuisinés. La pièce fut aussitôt remplie des délicieuses odeurs, bien que comme le lui signala sa mère, les plats avaient sans doute déjà légèrement refroidis du fait de son absence. Aussi Harry préféra excuser ses écarts en ne mentionnant plus l'existence même de sa baguette, bien que cela fût difficile pour lui. Il était vrai qu'il passait énormément de temps si ce n'est tout son temps libre avec cette baguette en main, mais de son propre aveu, il en était tombé complètement fou amoureux.
Sa baguette était devenue comme la huitième merveille du monde pour lui, une merveille qu'il chérissait et protégeait des possibles menaces qui pourraient apparaître Ce trésor inestimable pour lui était aisément comparable au Graal que convoiterait n'importe quel aventurier en quête de sensation forte ou la toison d'or qu'un héros grec en mal de défi volerait des griffes d'un dragon. Mais qui lui en voudrait après tout ? La baguette suivait toute sa vie son acquéreur et celle-ci lui convenait parfaitement et sur tous les points. Aucun détail n'avait été oublié, et les mesures qu'avait prises Ollivander sur toute la surface de son corps pouvaient en témoigner. Il semblait apparemment évident pour le vieux fabricant que la taille de son petit orteil et la baguette qu'il allait sculpter pour lui se complètent admirablement bien.
- Que faisiez-vous Gabriel pour être aussi peu ponctuel ? lui demanda Louise-Elisabeth en se tournant vers lui.
- Je… J'étais dans les cuisines pour voir ce qu'allaient préparer aujourd'hui les commis.
- Vous n'avez pas déjà mangé j'espère ? s'enquit sa mère en faisant signe à l'un des serviteurs de lui amener un plat.
Malgré toutes les précautions qu'il avait prises pour lui cacher sa gourmandise, Harry fut totalement désarçonné par le regard insistant que lui lançait Marie-Louise et perdit totalement ses moyens. Merlin, cette femme semblait être impossible à duper.
- Une simple pomme, avoua t-il sans lever les yeux de son assiette.
- Que cela ne se reproduise plus Gabriel, dit-elle sans élever la voix. Vous commencez avec une pomme et vous finirez aussi impotent que la princesse Palatine. Sa gourmandise était légendaire et cela lui coûta bien plus que sa santé physique… Je suppose que vous n'avez pas oublié ce à quoi nous allons assister ce soir ? l'interrogea t-elle en se servant elle-même dans les plats.
Un point qui l'avait étonné lorsqu'il était arrivé ici était le fait que les français avaient tendance à se servir eux-mêmes dans les plats, contrairement aux anglais qui préféraient plutôt se faire servir par leurs domestiques. Les elfes de maison des Potter devaient également faire cela, malgré les protestations de Lily, et Harry avait dû apprendre à calculer par lui-même les portions de nourritures qu'il mangerait.
- Assurément, et tante Louise m'a expliqué le déroulement de cette fête dans ses grandes lignes.
- Très bien, parce que je tenais à vous informer que cette messe se déroulera en présence de l'évêque de Saint-Brieuc qui nous fera l'immense honneur de sa présence. La chapelle sera par conséquent un lieu de rassemblement regroupant bien des habitants de Lamballe, alors faites attention à votre comportement et montrez-vous digne de votre rang. Il n'y a rien de plus irrespectueux que de se montrer impoli devant un homme d'église, et ne parlons pas des ragots qui pourraient voir le jour au sein de la population du village…
Il fallait avouer que les ragots étaient bien le cœur du village alimentant les conversations des gens, peu importe leur statut social et leur sexe. En plus d'un mois à présent, Harry avait eu l'occasion de découvrir que les Hommes fonctionnaient ainsi, vilipendant des rumeurs et des histoires sur telle ou telle personne qu'elles soient positives ou négatives pour la dite-personne, et lui-même était le principal sujet de bon nombre de discussions. Tout le monde souhaitait le voir et le connaitre pour ensuite s'en vanter auprès de ses amis, et il serait malhonnête de dire que cette soudaine popularité ne lui avait pas été inutile : Sa personnalité avait lentement évolué grâce à cela, et du petit garçon timide à son arrivée, il était devenu bien plus confiant et communicatif avec les personnes qu'il côtoyait, en particulier avec certains adultes pour qui il s'était pris d'affection et même avec certains enfants qui furent ravis de pouvoir jouer avec lui. Ce n'était pas tous les jours après tout que l'on pouvait s'amuser avec un prince, et les candidats pour ce poste furent très nombreux.
Au départ Harry dût subir pendant un certain temps les regards curieux des habitants de Lamballe et leur insistance à vouloir voir de plus près le fils adoptif de leur maîtresse bien aimée, mais au fil du temps, cette curiosité fit lentement place au même respect qu'ils avaient pour Marie-Louise, et Harry dût s'habituer à voir des hommes et des femmes bien plus vieux que sa propre mère s'incliner respectueusement devant lui. Le comble fut sans doute durant l'une de leur sortie dans la ville même de Lamballe lorsque presque tout le village s'était réuni sur la place de la mairie pour accueillir la princesse de Lamballe et sa suite.
Par chance les autorités moldues n'avaient pas été mises au courant de cette arrivée, autrement Marie-Louise aurait été dans une situation bien fâcheuse pour elle. Une simple sortie pour acheter des ingrédients de potions s'était transformée en un parcours du combattant pour quitter le village et revenir au château. Autant dire que la même agitation risquait de voir le jour ce soir, et que sa présence pouvait être l'occasion pour de nombreux religieux de l'épier sans le moindre scrupule.
- J'ai fait venir de Paris une tenue spécialement pour cette occasion, l'informa Marie-Louise sur le ton de la conversation. La mode a beaucoup évolué depuis la fin de la monarchie, vous auriez dû voir un peu les tenues extravagantes que cette couturière m'a montré. La tendance serait à l'antiquité apparemment…
- J'ai entendu dire que c'était du fait de la découverte de cette ville italienne… Pompéi si je ne m'abuse, ajouta pensivement Louise-Elisabeth. Je ne pense pas que ces robes me siéraient mais je serais très curieuse de découvrir ces nouvelles créations.
La discussion comme il était de coutume se porta en partie sur cela, mais on ne pouvait pas leur en vouloir : les vêtements étaient un sujet de prédilection des femmes quelque soit leur âge. Toutes les deux étaient après tout très coquètes, et de l'avis d'Harry, Pauline semblait prendre le même chemin qu'elles bien que celle-ci affirmait le contraire. La seule chose qu'il regrettait à ce moment là était que la magie n'était pas un sujet de conversation très apprécié à table, un souhait de sa mère qui voulait juste pour un petit moment oublier son statut de sorcière et laisser place à celle qu'elle était aux yeux des moldus, et de ce fait, il n'était pas rare pour lui qu'il se sente légèrement mis de côté pendant les repas. Avec le temps peut-être, cela changerait, et s'intéresser au monde moldu pourrait lui être bénéfique dans ses futures conversations mondaines.
- Mais ça ne vaudra jamais la magie, murmura t-il pour lui-même sans se rendre compte que les trois autres l'avaient entendu.
Plusieurs heures plus tard, et après une folle soirée pleine de surprises, Harry, l'estomac plein et des étoiles encore plein les yeux, était allongé dans son lit avec son manuel de sortilèges ouvert devant lui. Malgré l'heure plus que tardive, le jeune prince ne parvenait pas à dormir à cause des images qui lui traversaient encore l'esprit. Jamais encore il n'avait assisté à quelque chose d'aussi incroyable, et les chants latins chantés dans l'immense chapelle du château se répercutaient encore dans ses oreilles lui donnant l'impression de toujours se trouver là-bas. Assister à une messe était déjà étonnant, mais trois… les messes « des anges », « des bergers » et du « Verbe Divin » n'avaient pas leur pareil pour émerveiller un enfant de huit ans.
Cette soirée resterait en tout cas longtemps gravée dans son esprit, mais pour l'instant Harry préférait utiliser son temps d'insomnie pour faire quelque chose d'utile plutôt que de ressasser les bons souvenirs. Voilà pourquoi il se trouvait là à lire des lignes et des lignes de sortilèges et d'explications sans en comprendre totalement le sens, mais les illustrations sur chaque page lui permettaient quand même d'y voir davantage plus clair. Les livres qu'il devait lire se comptaient par dizaines, mais Harry n'était pas du genre à baisser les bras devant une telle charge de travail. À vrai dire, ce serait même le contraire car cela lui permettait de pouvoir tout à sa guise s'adonner à son activité favorite : la lecture.
En plus d'un mois maintenant de travail acharné, Harry avait fait d'énormes progrès dans tout ce qui concernait la magie, et en particulier par rapport à son petit problème de résidus magiques s'échappant un peu trop souvent de son noyau. Ses défenses étaient encore faiblardes et fragiles, mais il était parvenu à un résultat plutôt satisfaisant au point que la puissance de ses sorts s'en ressentait, pour le meilleur comme pour le pire. En plus de tout ceci, Harry avait également commencé à apprendre l'occlumancie qui n'était en vérité pas différent de ce qu'il faisait déjà avec son noyau. La seule difficulté était de parvenir à repousser sa mère lors de ses intrusions dans sa tête et surtout de ressentir sa présence car Marie-Louise avait la fâcheuse tendance à le surprendre à n'importe quel moment de la journée sans même le prévenir de ses petites manigances.
« Votre adversaire ne vous préviendra pas lorsqu'il vous jettera un sort Gabriel » lui avait-elle rappelé un jour où il s'était plaint de cela. « N'importe qui ayant un minimum de connaissance en légilimencie peut s'en servir pour vous soutirer des informations vitales sur vous et sur les personnes que vous aimez. »
Autant redoubler d'effort dans ce cas, d'où la raison pour laquelle il pratiquait la magie même lorsque toute le monde dormait dans le château. Ce soir, pas d'occlumancie non mais simplement quelques essais pour mettre à profit tout ce qu'il avait appris du sortilège de désarmement. Il n'y avait malheureusement pas de baguettes dans les environs hormis celle qu'il tenait dans sa main, mais peut-être qu'un autre objet pourrait faire l'affaire. Regardant furtivement dans sa chambre à la recherche d'une cible potentielle, son choix se porta sur un petit objet de décoration dont il se souciait peu.
- Expelliarmus ! s'exclama t-il en pointant sa baguette sur lui.
Un rayon de lumière s'échappa de sa baguette pour venir frapper le petit bibelot de porcelaine posé sur la commode de sa chambre, mais plutôt que de le faire sauter comme une baguette magique jusque dans sa main, le petit objet fragile explosa littéralement en dizaines de morceaux, à sa plus grande horreur. Sa précision était bonne apparemment, mais pour ce qui était de la quantité de magie utilisée, il avait encore des progrès à faire.
- Mince ! J'ai mis trop de puissance dans mon sort ! pesta t-il en se levant de son lit pour admirer les dégâts.
L'objet était effectivement en piteux état, mais pas irréparable. Un simple « reparo » ferait l'affaire même si il n'avait encore jamais eu l'occasion d'utiliser ce sort. Tournant fébrilement les pages de son manuel à la recherche de ce sort, il tomba finalement dessus en toute fin de livre et s'empressa aussitôt de mémoriser les mouvements à accomplir pour l'utiliser.
- Reparo, dit-il après de longues minutes de lecture.
La petite vasque se reforma immédiatement mais quelques fissures étaient encore visibles sur sa surface.
- Ce n'est pas trop mal, dit-il en examinant du regard le résultat de son travail.
Plusieurs coups furent donnés soudainement sur sa porte avant que celle-ci ne s'ouvre légèrement, sans toutefois laisser entrevoir la personne troublant le calme de cette nuit d'hiver. Harry par peur d'être pris en train de faire de la magie plutôt que de dormir, jeta précipitamment sa baguette sur le fauteuil le plus proche tandis qu'il refermait le manuel qu'il tenait dans les mains.
- Gabriel ? l'appela sa mère depuis l'autre côté de la porte. Êtes-vous décemment vêtu ?
- Mère ? Oh… Oui, vous pouvez entrer.
La porte s'ouvrit finalement complètement et Marie-Louise pénétra dans sa chambre en se guidant grâce à la petite coupelle tenant une bougie qu'elle tenait entre ses doigts. L'heure était tardive et Harry remarqua qu'elle n'avait pour vêtement qu'une simple chemise de nuit par-dessous une robe de chambre. Son étrange coiffure grisâtre avait été enlevée et ses véritables cheveux étaient recouverts par un petit bonnet de nuit qu'elle essayait de placer correctement de son autre main.
- J'espère ne pas vous déranger ? Peut-être aurais-je dû venir vous voir demain matin au lieu de venir vous interrompre dans ce que vous faisiez…
- Ne vous inquiétez pas mère, je venais de terminer de me préparer pour aller me coucher, dit-il rapidement en rangeant d'un coup de pied discret le manuel qu'il lisait auparavant sous sa commode. Vous ne me dérangez absolument pas.
Sa mère lui sourit et vint s'asseoir sur son lit tout en posant sa petite coupelle sur le bord de sa table de nuit. D'un geste de la main, elle l'invita à faire de même et Harry la rejoignit rapidement en prenant place à côté d'elle.
- Comment avez-vous trouvé cette soirée ? lui demanda t-elle pour interrompre le moment de silence qui s'était installé.
- Très intéressante je dois dire, avoua t-il en se remémorant la fabuleuse messe à laquelle il venait de participer. Je n'aurais jamais imaginé jusqu'à il y a quelques semaines que vous faisiez ce genre de cérémonie pour célébrer des moments importants écrits dans la bible. Maman n'a pas l'occasion de le faire à la maison parce que Ja… mon père ne le souhaitait pas, mais je trouve que ça aurait pu être une bonne idée.
- Nous aurons encore l'occasion d'assister à de nombreuses autres cérémonies de ce genre, surtout lorsque les problèmes que nous rencontrons avec les autorités moldues seront résolus. Il faudrait notamment réfléchir à une date pour votre baptême dans le cas où vous accepteriez de vous ouvrir à Dieu. J'imagine parfaitement comment cela se déroulerait…
Les minutes suivantes furent le théâtre d'un long monologue sur la façon dont se déroulerait la cérémonie, les personnes à inviter et les tenues que chacun porterait. Harry la laissa parler sans oser la couper, approuvant d'un simple hochement de tête les rares fois où elle lui demandait son opinion sur un sujet précis et le reste du temps regardant la flamme vacillante de la bougie posée sur sa table de chevet.
- Vous n'êtes pas venu ici pour me parler de mon baptême, je me trompe ? lui demanda t-il finalement lorsqu'elle se tut enfin.
- Non, en vérité si je suis venue ici vous importuner c'est pour une raison très précise…
- Et qu'elle est-elle ? s'enquit-il en la regardant curieusement.
- J'aimerais vous faire un cadeau disons… particulier.
De sa robe de chambre, Marie-Louise sortit quelques secondes plus tard deux petites fioles qu'elle plaça entre les mains d'Harry. Curieux, Harry les observa longuement sous les moindres coutures, de la forme du verre les contenant jusqu'à la couleur de chacune des potions à l'intérieur. La première était d'un rouge écarlate et légèrement plus épaisse que de l'eau, un peu comme du sang tandis que la deuxième était bleutée avec des nuances de gris et donnait l'impression d'être de l'eau en bouteille, une eau particulièrement pure.
- Qu'est-ce que c'est ? lui demanda t-il en reportant son attention sur elle.
- Comment vous dire… J'ai beaucoup réfléchi ces derniers temps sur vous et sur l'effet qu'a eu votre arrivée dans ma vie. Jusqu'à il y a encore deux mois, je m'imaginais devenir une vieille dame âgée terminant mes jours dans ce vieux château et regrettant amèrement de ne pas m'être donnée la possibilité de donner un sens à ma vie. Jusqu'à présent mon existence était toute tracée par mes parents et tournait exclusivement autour de mon mari et des fastes de la cour, mais je sentais malgré tout au fond de moi qu'il manquait quelque chose pour me rendre pleinement heureuse, chose que j'ai découverte depuis votre arrivée ici-même dans ce château. Peut-être trouverez-vous cela gênant à entendre puisque vous êtes après tout un homme, mais je vous aime beaucoup Gabriel, et en votre compagnie j'ai pu enfin tout à loisir mettre à profit mon savoir sur ce rôle de mère qui m'échappait jusqu'alors. Désormais je ne pense plus seulement à ma personne lorsque je prends une décision mais à nous deux car nos destins sont désormais liés l'un à l'autre et je l'espère pour longtemps.
Les paroles de sa mère le touchèrent énormément, d'autant plus que lui-même ressentait la même chose de son côté. Mais son intuition lui soufflait que Marie-Louise ne lui disait pas tout et qu'il fallait gratter un peu la surface pour mettre à jour la raison pour laquelle elle était venue le voir à une heure aussi tardive.
- Où voulez-vous en venir ? lui demanda t-il avant de pester intérieurement sur son manque de tact.
- Je veux vous adopter et faire de vous mon fils.
Harry fronça aussitôt ses sourcils en la dévisageant curieusement. Quelque chose lui échappait apparemment…
- Mais ne le suis-je pas déjà ? s'enquit-il en se demandant silencieusement si il ne s'était pas trompé jusqu'à présent et ne s'était pas un peu trop emporté par l'allégresse en l'appelant mère depuis près de deux mois.
- Non, enfin oui, balbutia t-elle d'un air gênée. Mais je voulais dire mon fils d'un point de vue… biologique.
Là, Harry ne pouvait qu'admettre qu'il était on ne peut plus dépassé par cette proposition. Comment pouvait-il le devenir ? Un enfant ne pouvait pas avoir trois parents du moins biologiques après tout. Marie-Louise se moquait-elle de lui ? Était-elle en train de lui faire une mauvaise blague pour fêter noël ? Drôle de manière pour fêter un évènement pareil en tout cas. Mais son air sérieux qu'elle arborait semblait pourtant lui intimer le contraire. Personne ne blaguerait en tout cas sur un sujet aussi important.
- Pour quelles raisons ? demanda t-il simplement en la regardant d'un air perplexe.
- Il y a plusieurs raisons expliquant cette volonté qui m'anime pour tout vous dire, mais je vais tâcher de faire simple. Tout d'abord parce que ma fortune personnelle se chiffre à plusieurs millions de gallions et de francs et qu'à ma mort, cette fortune serait attribuée à des personnes sans scrupules qui n'auraient rien fait pour la mériter. Je veux vous dire par là que des frères et sœurs, des cousins et cousines, des neveux et nièces que je n'ai pas vu depuis fort longtemps pourraient du jour au lendemain se voir hériter de ce que je possède, et je n'ai pas envie que tout ce que j'ai tombe entre les mains de vautours ne pensant qu'à mon argent. Ma fortune vous reviendra de droit et je préfère vous la confier en sachant qu'elle sera entre de bonnes mains. Il y a également le fait que j'entretiens d'excellentes relations avec les gobelins et que je serai fort peinée de voir ces siècles d'ententes entre ma famille et ces charmantes créatures réduits à néant. J'ai besoin de quelqu'un pour poursuivre mon œuvre et les affaires que j'ai mises en place avec eux, en particulier mes investissements auprès des inventeurs et autres grands médecins. Par ailleurs mes voûtes ne s'ouvrent que pour une personne possédant le même sang que moi. Pour ce qui est du monde moldu, le nom des Savoie a toujours été très respecté dans les gouvernements d'Europe, en particulier dans les cours royales. Si vous n'étiez pas déjà fiancé, je n'aurais pas été étonné de voir des dizaines de prétendantes s'éprendre de vous, même des princesses. Il vous faudra donc faire perdurer notre influence aux yeux du monde et utiliser la puissance que vous procurer ce nom pour vous faire une place auprès de nos gouvernants. Enfin, et ceci est bien plus personnel, je vous avouerai que j'ai toujours voulu avoir un fils, et savoir que vous possédez en vous le même sang que le mien me donnerait le sentiment d'être pleinement votre mère et non pas simplement votre mère adoptive. Certaines personnes ne font pas la différence entre ces deux statuts, mais ceci est bien plus difficile pour moi à accepter. Un caprice me direz-vous, mais vous n'êtes pas loin de la vérité à vrai dire…
Harry comprenait enfin ses motivations bien que l'idée même d'accepter sa proposition n'arrivait pas encore à faire son chemin dans son esprit. Ce choix serait peut-être le plus important de sa vie, et il n'était pas sûr de vouloir choisir, du moins pour l'instant.
- Cette potion, ajouta Marie-Louise en pointant la petite fiole contenant le liquide rougeâtre sans remarquer son changement d'humeur, est un filtre d'adoption par le sang qui fera de vous mon fils de la même façon que si je vous avais vraiment eu il y a de cela huit ans. Mon sang coulera ainsi dans vos veines et vous serez un membre de la famille royale de Savoie à part entière.
- Vous voulez dire que le sang que je possède déjà sera remplacé par le vôtre ? Mais n'est-ce pas dangereux ?
- En vérité, ce sera bien compliqué que vous ne pouvez l'imaginer. Le sang contient en vérité ce que l'on appelle communément des gênes provenant à la fois du père et de la mère, et ces gênes auraient une incidence sur l'apparence et la personnalité que chaque personne développe. Ce serait pour cela par exemple que vous possédez les yeux de votre mère ou que j'ai hérité des cheveux châtains de la mienne. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, personne ne pensait que ces similitudes entre un enfant et ses parents provenaient du sang même coulant dans ses veines, mais des sorciers travaillant spécialement sur cela ont mis à jour cette découverte très récemment. J'ai moi-même financé en partie ces recherches et fut d'ailleurs la première à mettre au point certaines potions encore jamais observées ailleurs dans le monde. Celle-ci est d'ailleurs unique en son genre.
- Qu'a-t-elle de spécial ? l'interrogea t-il en refermant son emprise sur les deux fioles dans sa main.
- Le sang se divise en deux catégories de gênes : ceux du père et de la mère. La potion d'adoption par le sang existe elle-même depuis très longtemps, plusieurs siècles même, mais la mienne est différente car elle supprime une partie du patrimoine génétique d'une personne. Si mon mari avait été vivant, je vous aurais donné à boire la première, mais étant donné que je suis la seule personne à vous avoir adopté, j'ai dû me résoudre à vous donner sa forme modifiée.
Harry ne savait pas quoi penser de cette annonce car cela signifiait apparemment se séparer du patrimoine que sa mère lui a légué ou celui de son père. De toute sa vie, il n'aurait jamais pensé à prendre une décision pareille et encore moins accepter cette proposition de la part d'une femme qu'il ne connaissait pas il y a encore deux mois.
Par ailleurs découvrir que le sang pouvait permettre de réaliser ce genre d'exploit l'étonna énormément : Jusqu'à présent, il ne s'était jamais intéressé à cette branche de la magie que bien des gens affiliait à la magie noire, Dumbledore le premier. Mais la femme assise à côté de lui contredisait parfaitement les idées préconçues car il ne pouvait y avoir plus gentille et juste personne sur cette Terre que la princesse de Lamballe. La magie du sang n'était pour l'instant pas une matière que Marie-Louise avait prévu de lui enseigner, encore moins de lui montrer, mais les prouesses possibles étaient pour le moins intéressantes. Qui sait ce qu'il pourrait faire avec son propre sang ? Sa mère avait déjà donné le sien pour renforcer la puissance de sa baguette en prétextant une tradition familiale, alors pourquoi ne pourrait-il pas en faire de même ? D'ailleurs en y repensant, Harry avait déjà eu l'occasion il y a quelques semaines de donner son sang à sa mère pour une raison obscure… Se pourrait-il qu'elle l'ait utilisé pour s'en servir d'une toute autre manière comme pour… cette potion ?
- Attendez, dit-il pour confirmer l'intuition qu'il venait d'avoir, cette journée où vous m'avez pris un peu de sang en prétextant que cela serait utile pour ma baguette… C'était en vérité pour l'étudier et concevoir cette potion, n'est-ce pas ?
- On ne peut rien vous cacher Gabriel, dit-elle en souriant d'un air coupable. Effectivement, j'avais comme je vous l'ai dit cette idée en tête depuis longtemps maintenant, et j'ai en quelque sorte anticipé votre décision en préparant à l'avance cette potion. J'ai également supposé que le choix du patrimoine génétique que vous aimeriez abandonner était couru d'avance si je me basais sur la relation que vous aviez avec vos parents.
- Vous voulez dire que… Je n'aurais plus aucun lien avec les Potter si je bois votre potion ? demanda t-il d'une voix tout à coup inquiète.
- Avec eux et toutes les familles s'étant de près ou de loin liées à eux ces derniers siècles. Vous obtiendrez en contrepartie le patrimoine de ma famille et celles faisant partie de mes ancêtres, et croyez-bien qu'en faisant ce choix, vous pourriez être apparenté à plusieurs dynasties de rois européens. Pour vous donner une image, dites-vous que vous seriez en quelque sorte le fruit de l'union entre Lily Potter et moi-même.
Bien que ne sachant pas encore d'où venaient les enfants et croyant toujours aux vieilles histoires des garçons naissant dans les choux et les filles dans les roses, Harry savait malgré tout que les parents y étaient pour quelque chose même si le concept même de la création d'un enfant était encore trop complexe pour lui. Alors imaginer Lily et Marie-Louise le créer était relativement facile à entreprendre, d'autant plus que James ne faisait pas partie du tableau désormais. Mais une autre réalité le rattrapa soudainement : abandonner le patrimoine génétique de la famille Potter signifiait ne plus avoir de lien de parenté avec James et… ses grands parents. Pour ce qui était de son père, il en était plus que ravi : Cette homme n'avait jamais rien fait de bon pour lui et n'avait fait que le rendre haineux à son égard en le rabaissant et en le brutalisant continuellement.
Mais concernant Charlus et Dorea Potter, ses sentiments étaient totalement opposés. Ses grands parents avaient été merveilleux avec lui, à l'écoute de ses problèmes, patients pour lui expliquer diverses choses le concernant, soucieux de son bien être et surtout aimants. Ils avaient été les seuls avec Lily, Remus puis par la suite les Greengrass à lui souhaiter son anniversaire et à tout simplement reconnaître son existence. Personne pouvait lui en vouloir après tout de penser que ce qu'il pourrait faire ressemblait presque à de la trahison, pas même Marie-Louise qui utilisait discrètement sur lui la légilimencie pour connaitre ses impressions par rapport à sa proposition.
Ce qu'elle voyait pour l'instant n'augurait rien de bon pour elle, et c'est avec une légère pointe de regret qu'elle mit fin à la lecture de l'esprit de son fils. Harry n'avait apparemment pas très envie d'être adopté biologiquement parlant, et son rêve de voir un jour un enfant possédant le même sang qu'elle s'effondrait avec ce refus. Il ne fallait de toute façon pas être un grand sorcier pour se rendre compte des émotions se confrontant à l'intérieur de lui, son visage le montrait parfaitement bien. Ses yeux eux-mêmes commençaient à se remplir de larmes à mesure que le temps passait alors que son corps était parcouru de légers soubresauts dus à ses émotions.
- Je suis désolée Gabriel, s'excusa t-elle nerveusement en le berçant doucement. Je n'aurais pas dû vous proposer cette offre, je ne sais pas ce qui m'a pris de vous donner ce choix et de vous voler une partie de votre vie de la sorte. Ce n'était pas correct de ma part de venir vous voir pour satisfaire un de mes désirs personnels…
- Ce n'est pas ça, c'est juste que… accepter votre offre voudrait dire abandonner les liens familiaux que j'avais avec mes grands parents, et je les aimais beaucoup, dit-il pour la rassurer. Mais vous avez été merveilleuse avec moi depuis que je vous ai rencontré et être votre fils est l'une des plus belles choses qui me soit jamais arrivé. Mon grand père Charlus me disait souvent que ce n'est pas par le sang ou par son nom de famille qu'un homme forge sa renommée mais par ce qu'il a accompli durant toute sa vie. Les hommes ne se rappellent que de ceux qui ont marqué l'histoire par leurs exploits et pas par leur nom ni leur titre.
- Votre grand père semblait être un homme fort sage, affirma sa mère en caressant distraitement ses cheveux. Il est dommage qu'un homme de cet acabit ait si tragiquement terminé sa vie. Je comprends mieux pourquoi vous souhaitez garder un lien avec lui…
- Non justement… Mon grand père voulait ce qu'il y avait de mieux pour moi, et je suis certain que de là où il est il approuverait le choix que je fais.
Avant même que sa mère puisse l'en empêcher, Harry dévissa le bouchon de la petite fiole et but d'une traite la potion écarlate changeant à jamais le cours de sa vie. Le filtre n'avait pas un gout très désagréable même si le sang qui tenait apparemment une grande place dans sa composition se faisait quand même sentir et donnait au liquide un gout amer.
- C'est dommage que les potions n'aient toutes le gout du chocolat ou du jus d'orange…, maugréa t-il en arborant une moue dégoûtée.
Mais Marie-Louise ne fit pas attention à ce qu'il dit, encore trop choquée pour même dire quoi que ce soit. Avait-elle rêvé ? Le garçon à côté d'elle venait vraiment d'avaler une potion la liant à elle éternellement ?
- G-Gabriel vous… Vous n'étiez pas obligé de le faire…
- Je le voulais, et je suis ravi de l'avoir fait, déclara t-il solennellement. Mes grands parents et moi-même n'auront peut-être plus le même sang, mais je n'ai pas besoin de ça pour me sentir lié à eux. Tant que je les garde là, que leur souvenir restera gravé en moi, alors ils seront toujours ma famille.
Harry avait durant son petit discours posé son poing sur le côté gauche de sa poitrine comme pour lui montrer qu'il gardait une place pour eux dans son cœur. Marie-Louise le regarda fixement en haussant ses sourcils, toujours étonnée de la maturité qu'avait pour son âge le jeune garçon assis à côté d'elle. Peut-être que ce qu'il avait vécu jusqu'à présent avait réussi à lui forger avant l'âge adulte une philosophie et un raisonnement que bien des hommes d'âge mûr seraient incapables d'avoir. Malgré tout ceci, la seule pensée qui lui venait en tête actuellement était qu'Harry venait de lui faire le plus beau cadeau qu'elle ait jamais eu pour les fêtes de noël : Une vraie famille. Ses barrières d'occlumancie avaient beau être très résistantes, elle eut bien du mal à ne pas fondre en larmes face à ce cadeau qu'elle n'espérait plus, mais elle ne se refusa pas le droit et le plaisir d'exprimer toute sa reconnaissance à son fils en le serrant contre elle fermement.
- Merci Gabriel, bredouilla t-elle au creux de son oreille. Vous n'imaginez pas à quel point vous me comblez de joie.
- Je vous devais bien ça, dit-il en répondant à son étreinte. Ce n'est qu'une manière comme une autre de vous remercier pour ce que vous avez fait pour moi. Et de cette façon je pourrais vraiment vous appeler « mère » sans penser intérieurement au fait que nous n'ayons pas de lien de parenté.
Sa désormais mère biologique esquissa un immense sourire lui barrant la visage en entendant cela avant de relâcher finalement Harry qui semblait également tout à fait rayonnant. Cette soirée se déroulait finalement sous de bons auspices.
- Le processus de métamorphose devrait être assez douloureux pour vous, alors prenez également cette potion de sommeil sans rêve pour ne pas avoir à souffrir durant la nuit.
Harry fit ce qu'elle lui demanda, et quelques instants plus tard, il tenait à présent deux fioles complètement vides que Marie-Louise s'empressa de remettre dans sa poche. La potion fit rapidement et effet, et en moins de trente secondes, Harry commença à ressentir la fatigue le gagnant petit à petit. Ses paupières commençaient à devenir lourdes alors que sa vue se troublait malgré ses lunettes.
- Cette potion est… incroyable…, marmonna t-il pendant que sa mère l'aidait à s'allonger sous les couvertures. Je me sens si… Fatigué…
- Une fiole de cette taille serait capable d'endormir un cheval aussi vite qu'une balle de mousquet, expliqua t-elle en lui enlevant ses lunettes. Ne devenez pas friand de ce filtre car vous n'en tirerez rien de bon sauf une dépendance maladive pour lui.
- Je doute que la fatigue puisse… arriver aussi vite que vous le prétendez mère… Rien ne peut être aussi endormant qu'un discours de Dum…Dumbledore sur ses théories du « plus grand bien »…
Marie-Louise était bien tentée de proposer quelques objections à son affirmation, mais le temps ne lui permit malheureusement pas s'étaler sur le sujet car Harry s'endormit peu après. La pièce était de nouveau silencieuse du moins presque : le vent violent soufflant dehors ressemblant à des hurlements de fantômes troublait malgré tout la quiétude qui s'était installé. La mère adoptive d'Harry resta longuement à la regarder dormir, caressant de temps à autre délicatement son visage sauf lorsqu'elle voyait d'étranges bosses apparaître puis disparaître sur sa peau pour les examiner minutieusement. La potion commençait déjà à faire effet, mais l'heure plus que tardive ne lui permettait pas de pouvoir rester ici à attendre la fin de la métamorphose physique de son fils.
- La surprise attendra demain, souffla t-elle en embrassant tendrement le front d'Harry. Dormez bien Gabriel.
Puis d'un claquement de doigt, toutes les lumières de la chambre s'éteignirent aussitôt, laissant le jeune propriétaire de la salle se reposer paisiblement sans se douter des importants changements opérant chez lui.
La première chose qui étonna Harry le lendemain lorsqu'il se réveilla fut le fait qu'il voyait parfaitement bien les rideaux tombants autour de son lit et jusque dans les moindres détails les motifs cousus dans les tissus. L'espace d'un instant, il pensa avoir oublié d'ôter ses lunettes la veille et de s'être couché avec en prenant le risque de les casser, mais une rapide inspection de son visage avec ses deux mains lui assura qu'il ne les portait pas. Se levant légèrement pour être plus à l'aise, il cligna des yeux pour vérifier que cette soudaine visibilité n'était pas que passagère et se rendit compte qu'il parvenait même à voir l'heure sur l'horloge posée à plusieurs mètres devant son lit.
- neuf heures vingt-sept… Waw, je ne suis même pas sûr de pouvoir la lire avec mes lunettes de là où je suis…
Pris d'une irrésistible envie, Harry les essaya aussitôt et se rendit compte que les verres de ses lunettes lui faisaient soudainement mal aux yeux. Il ne pouvait y avoir qu'une seule conclusion à ce phénomène : Ses lunettes ne lui allaient plus et sa vue était redevenue parfaite. Un immense sourire apparut aussitôt sur son visage en songeant que désormais, il n'aurait plus besoin de porter cet horrible objet qui lui rappelait tellement… James Potter. Comme si les rouages de son cerveau s'étaient mis en marche à cette pensée, Harry se remémora rapidement les évènements de la veille et en particulier la décision qu'il avait prise avant d'aller se coucher. Si il ne partageait désormais plus sa vue avec James, cela signifiait certainement que d'autres changements avaient dû intervenir chez lui. La potion avait en tout cas bien fonctionné.
Une autre preuve de ce qu'il avançait était la mèche de cheveux châtains lui tombant devant l'œil gauche qu'il examina longtemps du bout des doigts comme si il n'y croyait toujours pas, que tout ceci n'était qu'un rêve. Mais non, la mèche qu'il tenait était bien réelle et surtout lui appartenait comme il s'en rendit compte en tirant légèrement dessus. Harry était bien tenté de renouveler l'expérience et de tirer chaque centimètre de cheveux qu'il avait sur le haut du crâne, mais alors qu'il s'apprêtait à mettre ses doigts dans son cuir chevelu, plusieurs coups furent frappés à sa porte.
- Ce doit être Françoise et Martine, dit-il en se rallongeant rapidement sous ses couvertures. Merlin, je ne comprendrais jamais pourquoi elles veulent absolument me servir le petit déjeuner dans le lit. Entrez !
Comme d'habitude, Françoise fut la première à pénétrer dans son antre avec son éternel sourire aussi lumineux que le soleil, un sourire qu'elle ne cessait d'avoir depuis qu'Harry était arrivé ici. Servir un jeune prince était apparemment une tâche qu'elle appréciait plus qu'il ne fallait.
- Bon matin Monseigneur, lança t-elle en gardant la porte ouverte pour sa collègue. Nous nous demandions justement si vous étiez levé ? La soirée de la veille est très épuisante pour ceux qui n'ont pas l'habitude de se coucher tard… J'ai toujours dit que cette messe devait être raccourci, m'enfin on ne m'écoute jamais…
Son sourire disparut néanmoins lorsqu'elle découvrit le nouveau visage d'Harry, et la bonne humeur laissa rapidement place à une franche incrédulité.
- Par tous les saints… C'est… C'est incroyable !
Martine n'en menait pas large et le plateau qu'elle tenait menaçait à tout instant de chuter sur le plancher tant le choc était immense.
- Pincez moi je rêve ! Est-ce bien vous Monseigneur ?
- O-oui pourquoi ? Il y a quelque chose qui va pas ?
Pour toute réponse, Françoise repoussa les couvertures le recouvrant et l'habilla rapidement d'une robe de chambre avant de le conduire jusqu'à la salle de bain. Dirigé presque de force, Harry se demanda ce qui n'allait pas avec lui pour provoquer un tel comportement de la part de ses dames de chambre ? Peut-être que la potion avait raté et qu'il était devenu aussi hideux qu'un monstre ? Un troisième œil avait peut-être fait son apparition sur son front ? Son nez n'était peut-être plus à la bonne place ? Intérieurement, il pesta au passage pour ne pas avoir vérifié plus en détail son apparence lorsqu'il avait touché son visage tout à l'heure. Il espérait en tout cas qu'il n'était rien arrivé de trop fâcheux, autrement il n'oserait plus sortir de sa chambre jusqu'à la fin de sa vie.
- Vous risquez d'avoir un choc, l'avertit Françoise en le conduisant vers la coiffeuse de la salle de bain. La magie est vraiment fascinante, je n'aurais jamais pensé que ces changements pouvaient être à ce point impressionnant !
- Ma mère ne vous avait pas mis au courant ?
- Oh si ! Mais pour être honnête, nous pensions qu'elle nous faisait une bonne blague, bien qu'avec du recul il faut admettre que ce n'est pas son genre, dit-elle en l'aidant à s'asseoir. Je ne douterai jamais plus de sa parole… Alors, comment vous trouvez-vous ?
Harry n'avait pas eu besoin d'attendre qu'elle le lui demande pour s'admirer dans le reflet du miroir, et le moins qu'il puisse dire en se voyant était qu'il n'aurait lui-même jamais pensé que son apparence changerait à ce point. Devant lui se tenait un garçon aux cheveux châtains et légèrement ondulés lui tombant derrière la nuque qui le regardait également avec la même expression ahurie. Sa peau était d'une teinte oscillant entre le teint d'ivoire et diaphane lui donnant l'air d'être l'une des nombreuses poupées de porcelaine de Daphné. Son visage lui-même avait fortement évolué et bien des similitudes qu'il partageait avec James Potter avaient été remplacées par des traits s'apparentant davantage à Marie-Louise. En vérité, l'image qui ressortait du miroir lui donnait l'impression d'avoir sous les yeux une princesse de Lamballe ayant quarante ans de moins avec une silhouette masculine et possédant des yeux verts. Choqué de sa nouvelle apparence, Harry ne put néanmoins s'empêcher de s'observer sous tous les aspects en n'omettant aucun détail comme si il n'arrivait toujours pas à croire que le garçon face à lui n'était nul autre que son propre reflet. Sa taille en elle-même n'avait pas changé, mais il avait malgré tout l'impression que son corps était devenu plus athlétique et élancé tout en gardant son côté svelte. Merlin, s'il avait été une fille, il serait très certainement tombé amoureux du garçon devant lui.
- Est-ce… moi ? demanda t-il d'un air incrédule.
- Il semblerait, répondit Françoise en passant elle-même délicatement une main dans ses cheveux. Bonté divine, nous n'aurons plus à devoir vous mettre des dizaines de produits sur les cheveux pour les coiffer !
- C'est bien l'un des nombreux points qui ne me manquera pas, ajouta Martine en vérifiant de son côté la peau du dos de son jeune prince. Les marques ont même disparu ! C'est comme si son père ne l'avait jamais frappé !
Harry les laissa parler ensemble sans oser entrer dans leur conversation à cause de son niveau encore très limité de français. Mais les douces caresses qu'il pouvait sentir néanmoins dans son dos lui permirent de savoir qu'il n'avait plus ces horribles traces de ceintures. La légère déformation qu'il avait même à l'omoplate droite, héritage héréditaire des Potter, avait laissé place à un os en parfait état de fonctionnement.
- Il me tarde d'aller montrer ma nouvelle apparence à mère ! s'exclama t-il soudainement sans remarquer qu'il avait parlé en anglais à ses dames de chambre.
Toutes les deux ne comprirent bien évidemment pas ce qu'il avait dit, du moins pas dans les grandes lignes, mais le bonheur de leur petit prince leur chavira le cœur plus qu'il ne le fallait. Enfin, c'était avant de voir Harry se précipiter en robe de chambre dans sa chambre pour courir vers la sortie sans prendre le temps de déjeuner et de se laver.
- M-monseigneur ! Il faut vous habiller ! lança Martine juste avant qu'Harry ne disparaisse dans le couloir.
Mais son jeune maître n'en eut que faire et ne revint pas sur ses pas malgré ses appels. Dépitée, et surtout légèrement mécontente du comportement indigne d'Harry, Martine n'en démordit pas et s'apprêtait à se lancer à sa poursuite pour lui signifier sa façon de penser, mais le bras tendu de sa collègue s'interposa devant elle, l'empêchant de mettre en œuvre son plan.
- Allons Martine, pour une fois dans l'année, le prince Gabriel a bien le droit de déroger à certaines règles. Ne lui interdisez pas ces petits moments de bonheur, déclara Françoise en souriant légèrement.
- Mais… Que dira notre maîtresse en découvrant son accoutrement ? Il est indigne de se présenter aux autres en robe de chambre et même pas chaussé ! Je n'ose imaginer ce qu'elle nous dira en voyant ça ! Je ne serai pas étonnée qu'elle nous chasse du château à coup de bâton pour ne pas avoir correctement fait notre travail !
- L'avez-vous vu une fois dans votre vie frapper les gens avec un bâton ? lui demanda t-elle en secouant sa tête. Je doute même qu'elle le gronde pour ce qu'il vient de faire, elle sera trop heureuse par le magnifique cadeau qu'il lui présentera.
Loin de là à présent, et sans se soucier de son côté de la réaction qu'aurait sa mère pour son entrée fracassante dans sa chambre, Harry parcourait très rapidement le château en quête de la pièce où devait dormir actuellement Marie-Louise. Le château était on ne peut plus vide en cette matinée contrairement à d'habitude où une certaine agitation y régnait, mais peu lui importait : Il n'avait après tout plus besoin maintenant que quelqu'un l'aide à trouver son chemin, cet endroit lui était devenu à présent très familier. Mais le calme y régnant était légèrement angoissant, bien loin du tintamarre causé la nuit dernière par les chants religieux de la messe.
La chambre des maîtres se trouvait de toute façon dans le même étage que la sienne mais à l'autre bout de l'aile, et c'est à seulement quelques mètres de sa porte qu'Harry se rendit compte qu'il n'y était jamais entré. L'image d'une tanière dans laquelle se terrait une affreuse créature lui traversa l'esprit lorsqu'il empoigna la poignée de la porte alors qu'il regrettait soudainement de ne pas être venu accompagné. Comment réagirait-elle en le voyant entrer dans son intimité ? Serait-elle du genre violente et capable de lui donner une correction pour avoir impunément agi de la sorte ?
- Tu es un idiot Harry, cette femme serait bien la dernière personne que j'imaginerais capable de faire ceci, marmonna t-il en secouant sa tête pour chasser ses sombres pensées.
La chambre de sa mère n'était pas vraiment différente de la sienne si l'on exceptait les dizaines de vêtements et accessoires visibles un peu partout dans la pièce et la délicieuse odeur de parfum présente dans l'air. La pièce était pour l'instant presque plongée dans le noir, empêchant ainsi à tout visiteur de pouvoir s'attarder sur les détails et les peintures des murs et plafonds, mais cela pouvait attendre pour Harry. Ce qui ne pouvait le rester cependant était la réaction de Marie-Louise lorsqu'elle découvrirait son nouveau visage, et pour cela, les grands rideaux cachant les fenêtres devaient être tirés rapidement, ce qu'il fit de bonne grâce. Tâtonnant néanmoins dans la presque obscurité pour se repérer, Harry fit son chemin jusqu'aux immenses rideaux de velours vert bouteille qu'il s'empressa d'ouvrir en utilisant la corde le permettant.
- Debout mère ! Le soleil brille, les oiseaux chantent ! Et c'est noël !
Sa mère adoptive se contenta de pousser un léger grognement indigne de sa condition en se détournant des fenêtres qui l'aveuglaient à présent en laissant entrer toute la luminosité extérieure. Harry eut beau s'époumoner pour l'aider à se réveiller, Marie-Louise se laissait aller comme il était de coutume à la paresse en poursuivant malgré tout son temps de sommeil.
- Mère ! l'appela Harry en faisant le tour du lit. Mère ! Réveillez-vous !
- Hm… Laissez-moi dormir encore un peu…, marmonna t-elle en se tournant de l'autre côté.
Loin de se décourager, Harry grimpa dessus et se mit à sauter joyeusement sur le matelas en intimant l'ordre à Marie-Louise de se réveiller. Il lui fallut tout de même près de cinq minutes avant que sa mère ne consente à ouvrir les yeux pour se retrouver face à un petit garçon sautillant devant elle.
- Que vois-je ? Je ne savais pas que mes domestiques avaient amené au château un petit singe sauteur pour me réveiller, dit-elle d'une voix pâteuse en souriant légèrement.
Harry finit par cesser son manège et se mit en position assise sur le lit pour lui laisser le temps de le dévisager. Mieux valait de cette façon lui montrer tout de suite les changements opérés chez lui puisque de toute manière il n'y avait aucune possibilité de pouvoir cacher son visage longtemps. Mais sa mère semblait encore trop fatiguée pour remarquer ce genre de détails, et malgré ses efforts, Harry dut se rendre à l'évidence : Marie-Louise n'était décidemment pas une personne matinale.
- Quelle heure est-il ? demanda t-elle d'une voix endormie en se frottant les yeux.
- Il doit être presque dix heures, répondit-il en la regardant avec curiosité. Pourquoi vous maquillez-vous-même lorsque vous allez vous coucher ?
- Pour garder un teint exceptionnel en toute circonstance, en particulier pour les visiteurs nocturnes. Il serait indigne de ne pas être présentable lorsque l'on vient s'enquérir de ma personne. Le blanc de céruse est particulièrement utile pour garder une couleur de peau diaphane.
- Ne sommes-nous pas en retard pour le déjeuner ? l'interrogea t-il en constatant que tous les deux étaient encore en tenue de nuit.
- C'est noël Gabriel comme vous me l'avez si bien rappelé. Ce doit bien être la seule journée de toute l'année où les règles d'usage sont proscrites pour faire place à une intimité plus familiale. La plupart des domestiques sont de toute façon chez eux à fêter en famille ce si bel évènement.
- Ne voyez-vous pas de changement sur moi ? demanda t-il finalement en constatant qu'elle n'avait encore rien remarqué.
Sa mère le regarda avec étonnement comme il le remarqua aisément, mais bientôt, ses yeux s'écarquillèrent et sa main se porta aussitôt à sa bouche qu'elle avait ouverte d'une manière assez comique lui donnant l'air d'un poisson sorti de son eau. C'était bien la première fois qu'il la voyait choqué à ce point, et l'espace d'un instant, il eut peur de lui causer un choc suffisamment fort pour la tuer. Une femme de près de cinquante ans n'avait pas le même cœur qu'une autre de vingt après ce à quoi il ne s'attendait pas, c'était de voir la femme devant lui qui paraissait d'ordinaire si forte et maitresse de ses émotions verser une simple larme en le regardant d'une manière si touchante que lui-même se sentit faiblir. Jetant fébrilement ses couvertures à côté d'elle, Marie-Louise le prit sans plus attendre dans ses bras dans une étreinte à lui broyer les os. Sa mère semblait sangloter à présent sur son épaule alors que de son côté, il n'était pas certain de savoir comment réagir face à cette réaction.
- M-mère ? marmonna t-il d'une voix tremblotante. Vous ne vous sentez pas bien ?
- Si rassurez-vous, dit-il en s'écartant légèrement de lui. Je ne me suis jamais sentie aussi bien depuis bien longtemps.
Son visage était encore plus rayonnant que la veille lorsqu'il avait bu cette potion, et en voyant cela, Harry songea qu'il aurait bien voulu la boire plus tôt simplement pour pouvoir voir sa mère adoptive si heureuse. Le 25 décembre était désormais une date à marquer au fer rouge, une date qui scellait définitivement sa vie et celles de nombreuses autres personnes.
- Joyeux noël mère, dit-il en souriant tandis qu'elle l'allongeait à côté d'elle.
- À vous aussi mon chéri. Maintenant profitons de cette journée pour passer une matinée rien que tous les deux dans ce lit, proposa t-elle en rabattant sur eux ses couvertures.
Certaines choses ne changeaient décidément pas, et il fallait bien qu'Harry reconnaisse un point essentiel de cette nouvelle vie : La paresse au lit ferait d'une façon ou d'une autre partie de son temps, alors autant s'y habituer.
Donc voilà, Harry est officiellement un " Français ". J'avais de toute manière décidé de ce choix depuis le tout début, alors je ne risquais pas de le modifier.
désolé pour les italiens ou ceux qui vont s'offusquer de l'horrible accent que j'ai donné à ce Giuseppe, mais personnellement j'ai toujours été "mdr" en entendant quelqu'un parler comme ça ! Après reste à savoir si c'est plus les espagnols ou les italiens qui s'expriment comme ça en français... Au passage je me suis inspiré de Marie-Antoine Carême, le pâtissier en chef de Talleyrand (le pauvre, je lui pique son château et son cuisinier) pour imaginer ce cuisinier un peu farfelu... J'ai en tête une scène ou deux avec incluant cette Diva des fourneaux ^^.
Quelques petits points TRÈS importants :
- Avant que vous ne me le demandiez ou me l'informiez, les gênes ont été découvert bien après 1798 par Mendel et Morgan dans les années 1800, donc oui, Marie-Louise est un peu en avance. Disons simplement que les sorciers l'ont découvert bien plus tôt et qu'ils ont gardé jalousement ce secret. (le terme en lui même de " gène " a été choisi en 1909). Mes connaissances en médecine et même dans cette branche de la science sont vraiment très limitées (jamais été un scientifique dans l'âme) donc je suis persuadé que ce doit être bien plus compliqué que ça ^^.
- Au départ je voulais parler de la messe de noël dans ce chapitre, mais au fil du temps j'ai eu l'impression de faire l'apologie de la religion catholique alors j'ai abandonné l'idée. Par ailleurs j'ai énormément eu de mal à trouver des informations sur elle et la dernière à laquelle j'ai assisté remonte à mes... 8 ans je crois : Dire que la tâche était difficile serait un euphémisme u_u.
- Pour la baguette et le fait qu'Harry ait changé de corps, cela n'aura pas d'incidence sur lui puisque comme mentionné dans le chapitre : les changements physiques ont été très limités. En plus de ça si je ne dis pas de bêtises, la baguette choisi son sorcier mais celui-ci peut en devenir le maître d'une autre manière comme en désarmant son ancien propriétaire (Merci Ollivander pour ces explications).
Maintenant pour la petite rubrique " anecdote historique ", nous allons parler aujourd'hui mesdames de la poudre de Céruse ! *Jingle d'émission*
Comme l'a mentionné Marie-Louise, cette poudre leur donnait ce teint blanchâtre que l'on peut voir sur tous les tableaux d'époques, mais les femmes en mettaient également dans les cheveux (là par contre je ne comprends pas cette envie d'avoir l'air plus vieille en ayant les cheveux gris). Ce qu'elles ne savaient pas par contre c'était que cette poudre était très toxique et les tuait à petit-feu... Comme quoi : se faire belle, ça peut être dangereux.
Dans le prochain chapitre, je reprends les entraînements avec une petite idée bien sympa que j'aimerais mettre dedans. Je pense également refaire apparaître Lily et Rosie voir Remus (le pauvre, on ne l'a même pas encore vu !). Soyez patients !
En attendant MOI, je vais aller faire un petit tour au musée du Louvre-Lens (j'habite à seulement 7 kilomètres ^^). Ce sera la première fois de ma vie que j'irai dans un musée... Bon il n'y a pas encore la Joconde, mais " la liberté guidant le peuple " et " Sainte Anne " feront l'affaire pour l'instant.
à bientôt mes amis !
