Salut ! J'espère que vous êtes en forme ? En tout cas je l'ai été moi-même suffisamment pour vous concocter un nouveau chapitre !

C'est drôle, mais plus le temps passe et plus j'ai des difficultés à la rendre en temps et en heure… Je devrais peut-être faire une petite pause.

Bon comme promis ce chapitre est en partie consacré à Lily, Rosie et Remus ! En fait il se divise en deux parties je dirais, et la deuxième devrait vous étonner je pense. « Mon petit doigt » me dit que l'entrainement d'Harry vous semblera peut-être original ^^.

Sinon avant d'oublier, Je vais à partir de maintenant faire de longues recherches à chacun de mes chapitres car cela me sera nécessaire pour la suite de mon histoire (des recherches historiques bien évidemment), donc il pourrait être fréquent que quelques semaines séparent chaque chapitre. D'autres personnages historiques devraient d'ailleurs faire leur apparition (Pourquoi pas Napoléon ?).

Bref, j'espère en tout cas que ce chapitre vous plaira, personnellement je le classe dans ceux qui m'ont le plus donné de mal (et qui m'ont bien énervé également).

Bonne lecture !

Braled : Merci pour ton commentaire, mais pour répondre à ta demande, la rencontre entre Daphné et Harry devrait mettre quand même un petit bout de temps avant de se faire. Je parle pour moi, mais je n'aime pas trop quand tout s'enchaîne trop rapidement et les évènements se succèdent trop vite. Mais promis, elle arrivera quand même avant les onze ans d'Harry !

Nepharia4 : Merci pour ton commentaire !

Alysses Kheel : Merci pour ton commentaire (Et le musée était effectivement passionnant, dommage qu'on ne puisse pas mettre des photos sur ce site ^^) ! On verra bien pour professeur particulier, pour l'instant j'espère pouvoir intégrer prochainement une faculté d'histoire pour me réorienter complètement (et pourquoi pas devenir prof ^^). En tout cas j'espère que l'arrivée de Remus t'aura plu, par contre je ne sais pas quand faire de même avec tes autres "favoris". Azkaban est trop bien protégée pour pouvoir les laisser sortir librement.

Le mois de janvier venait finalement de faire son apparition, et l'année 1798 commençait fort avec des températures clémentes contrastant avec les giboulées de neige tombées le mois passé. Le temps était pour le moins agréable, quoiqu'encore un peu frais et propice aux déjeuners en plein air sur les terrasses. Bien que chaudement vêtu et frissonnant de temps à autre du fait du froid hivernal, chacun pouvait aisément profiter de cette accalmie dans la météo pour savourer un bon chocolat chaud tout en vaquant à ses occupations. Lily était de celles ayant eu cette idée, surtout après que sa fille ait si longuement exprimé son envie d'aller jouer dehors plutôt que de rester enfermer dans le manoir.

Humant la délicieuse odeur du cacao s'échappant de son bol, elle profitait pleinement de cette journée qui s'annonçait sous de bons auspices. Le calme était omniprésent dans l'atmosphère et la quiétude prédominait sur le reste, et par ce temps, dévorer du regard une énième comédie de Marivaux dont elle était une grande lectrice était une excellente idée. Les pièces de théâtre qu'il écrivait étaient tellement douces et légères bien que donnant une analyse très juste et détaillée des sentiments et relations amoureuses de ses contemporains qu'elles en devenaient un véritable régal pour les yeux. L'approche de cet auteur était très subtile entre les relations homme-femme et la société actuelle et les difficultés pour deux personnes de s'aimer, et intérieurement, Lily songea que cet homme aurait peut-être pu lui prodiguer quelques conseils quant à la relation actuelle qu'elle avait avec son mari.

- BEKKY ! APPORTE-NOUS IMMEDIATEMENT DES COLLATIONS !

James avait le chic pour se faire entendre, et même l'épais mur du manoir ne parvenait pas à faire taire ses hurlements. Hurler sur son elfe de maison n'était par ailleurs pas très respectable aux yeux de Lily pour un homme se prononçant ouvertement comme faisant partie du côté du bien et défenseur de toutes les espèces vivantes sur cette planète. Mais James n'était pas connu pour son sens de la logique, et entre les paroles et les actes, le fossé était plutôt large chez lui. Jamais il ne militerait de toute manière pour le droit aux elfes à des conditions de travail décentes, et encore moins à leur émancipation. Comme bien des moldus avec leurs esclaves noirs, certains sorciers seraient incapables de survivre sans l'aide de leurs petits serviteurs, et James était de ceux-là.

- TU AS VU ÇA TORY ?! C'EST INCROYABLE !

Voilà l'une de rares choses que Rosie tenait de son père sans même s'en rendre compte : sa capacité à crier sans arrêt. On aurait presque pu croire que tous les deux avaient lancé un concours afin de déterminer celui qui se ferait entendre plus fort que l'autre et à ce jeu là, Rosalyn pouvait aisément prétendre à la première place.

D'ordinaire sa fille était pourtant plutôt calme, mais aujourd'hui différait légèrement des journées habituelles car pour l'occasion, Astoria Greengrass lui avait fait l'honneur de sa présence, et lorsque toutes les deux étaient réunies, les oreilles des personnes à proximité avaient tendance à les faire souffrir douloureusement. Lily n'avait bien évidemment rien contre la meilleure amie de sa fille, bien au contraire : Sa présence avait au moins le mérité de faire oublier à Rosie l'absence de son frère ainé.

Inévitablement, ses pensées s'orientèrent aussitôt vers lui, son fils bien aimé Harry. Déjà près de cinq mois maintenant qu'il était parti du manoir pour cet orphelinat, et cinq mois durant lesquels elle n'eut aucune nouvelle de lui. Harry ne pouvait de toute façon pas prendre le risque de lui écrire et il aurait fallu un miracle pour qu'il puisse envoyer une lettre à elle ou Rosie en utilisant un hibou ou une chouette, même auprès de la poste du chemin de Traverse. Elle-même n'avait pas eu le courage jusqu'à présent d'aller s'enquérir de quelques nouvelles le concernant, mais l'envie se faisait tout de même présente en elle. Dumbledore et James se montraient cependant toujours aussi cruels avec lui et lui interdisait tout contact, que ce soit avec elle, Rosie, ou Remus. Le directeur de Poudlard et son mari croyaient toujours qu'Harry se trouvait chez les Dursley, et par chance, aucun des deux n'avait pris la peine d'aller vérifier.

James faisait tout simplement comme si il n'existait plus, et à la plus grande surprise de Lily, sa volonté de faire disparaitre son fils ainé était telle qu'il en avait été jusqu'à détruire le mur séparant la chambre de ses deux fils pour n'en faire plus qu'une seule appartenant bien évidemment à Matthew.

« C'est simplement pour qu'il puisse s'épanouir plus librement dans un environnement qui lui permettra un temps d'oublier tous les soucis que lui cause son statut de sauveur » lui avait expliqué ce jour là James en faisant exploser la cloison séparant les deux pièces. « Et puis, Dumbledore est d'accord avec ça ».

Sauf que Dumbledore n'avait rien à dire sur leur vie de famille et la manière dont elle devait être dirigée, du moins jusqu'à nouvel ordre. Par moment Lily avait l'impression que l'avis du directeur de Poudlard était plus important que le sien, et que James ne vivait plus que pour satisfaire les désirs de ce vieillard.

Selon Dumbledore, Matthew devait ressentir tout l'amour que ses parents avaient pour lui, peu importe la manière, et lui offrir des cadeaux continuellement semblait être la meilleure façon pour lui de le savoir. Le meilleur exemple fut certainement le jour de noël que pourtant personne ne fêtait dans la famille : Le simple fait de savoir que cette fête chrétienne permettait d'offrir des cadeaux aux autres avait suffit à son mari pour en offrir par dizaines à Matthew, sans en faire de même avec elle ou même Rosie. Utiliser cette fête à des fins personnelles était déjà un sacrilège, mais en plus de ça ne rien offrir à sa propre fille et la laisser regarder tristement la pile de cadeaux de son frère était au dessus de tout en matière d'horreur.

Autant dire que la dispute qui s'ensuivit fit trembler les murs de tout le manoir, et James n'en mena pas large face à la véritable crise de furie de sa femme. Même Matthew n'osa rien dire pour défendre son père et préféra s'éclipser dans sa chambre en emportant bien évidemment les présents qu'il avait eus. Les enfants n'avaient ainsi pas eu le loisir de la voir administrer une baffe magistrale à leur père, et encore moins l'invectiver de tous les noms d'oiseaux possibles.

- J'aurais dû lui donner cette gifle bien avant cela, marmonna t-elle avant de boire une gorgée de son chocolat. Peut-être que cela lui aurait permis d'avoir les idées plus claires bien avant.

Ce souvenir lui fit également esquisser un léger sourire en se remémorant le choc visible sur le visage de son mari, choc accentué lorsqu'elle lui avait annoncé vouloir désormais dormir dans une autre chambre que la sienne tant qu'il ne changerait pas de comportement. Lily savait que James pouvait faire usage de son droit sur elle et lui ordonner de faire le contraire, et la loi était de son côté. Mais étrangement, celui-ci ne fit rien et consentit même à lui donner la plus grande chambre après celle de Matthew.

Depuis lors, tous les deux dormaient dans des lits séparés, et bien que leur relation était redevenue à peu de choses près normale, Lily ne pouvait toujours pas lui pardonner ce qu'il avait fait et continuait à refuser le lit conjugal. James était toujours aussi amoureux d'elle, sûrement même encore plus qu'à l'époque où ils étaient tous les deux élèves à Poudlard, et l'imaginer un seul instant l'obliger à dormir avec lui voir à user encore davantage de son droit sur elle n'était pas imaginable, du moins selon elle.

D'un autre côté, être capable d'abandonner son fils et de favoriser l'autre par rapport au reste de ses enfants n'était pas non plus quelque chose qu'elle aurait imaginé avant la nuit où Matthew avait soit disant sauvé le monde magique, mais les faits le prouvaient désormais : Rien n'est impossible. Le dernier numéro de la gazette du sorcier, posé à quelques mètres à côté d'elle sur la table pouvait en témoigner, son fils et son mari donnaient l'impression d'être des anges en lisant les articles sur eux, mais la réalité était tout autre.

- Et cela ne va pas s'arranger avec le temps, ajouta t-elle en baissant à nouveau les yeux sur son livre.

- Maman ! Maman regarde ce que je sais faire !

Sa fille, toujours aussi exubérante et pleine de vie, accourait jusqu'à elle aussi vite qu'elle le pouvait, un immense sourire sur le visage alors que juste derrière elle, Astoria tentait vainement de suivre le rythme malgré le lourd manteau d'hiver qui la ralentissait. Quoique souhaitait lui montrer Rosie, cette découverte semblait apparemment très importante pour prendre le risque de faire du bruit et de provoquer ainsi la colère de James, actuellement dans la cave du manoir à enseigner un nouveau sortilège à Matthew.

Rosie arriva finalement juste devant elle en essayant de reprendre son souffle pendant que Lily s'affairait à nettoyer d'un coup de baguette magique les vêtements salis par la boue des deux petites filles. Tous son corps fut passé à la loupe bien que Rosie s'entêta à refuser de permettre à sa mère de nettoyer la paume de sa main gauche pour une raison qu'elle ignorait, mais peu importait. Un sortilège de réchauffement plus tard pour leur éviter d'attraper froid, et Lily dut faire face à un nouveau problème jusqu'alors ignoré : l'excitation de sa fille qui n'arrivait pas à rester en place plus de deux secondes sans sautiller comme une sauterelle. Essayer de contenir toute cette énergie relevait presque à tenter de calmer un hyppogriffe déchainé, impossible. Qui plus est, Rosie ne cessait de se débattre pour échapper à l'inspection de sa mère qui persistait à vouloir faire disparaitre la moindre tâche de boue sur son manteau.

- Maman mes vêtements sont justes un peu humides ! Tu n'as pas besoin de chercher sur tout mon corps la moindre saleté !

- Je sais, mais je voulais simplement te mettre dans l'embarras, dit-elle en lançant un coup d'œil amusé à sa fille. Si je ne m'abuse, tu t'es ouvertement moquée d'Astoria la dernière que vous vous êtes trouvées dans cette situation et que sa mère a exactement fait la même chose que moi. Disons que je te rends la monnaie de ta pièce.

Sa fille la regarda avec indignation tandis que derrière elle Astoria pouffa ouvertement de rire en essayant de cacher son visage entre ses mains. Lily elle-même résista à l'envie de la rejoindre, mais connaissant Rosie, sa fille risquait de mal le prendre. Se moquer d'elle était l'une des choses qu'elle n'appréciait pas et le plus souvent, Rosie terminait sa journée dans sa chambre à pester sur la personne s'étant moquée d'elle. Sa mère préféra ne pas en arriver là en sachant pertinemment qu'il serait presque impossible de la faire sortir de la pièce dans laquelle elle se refugierait, et batailler pour la mettre à table n'était pas vraiment très tentant .

- Alors, de quoi voulais-tu me parler pour te mettre dans un état pareil ? demanda t-elle pour changer rapidement de sujet.

- Maman regarde un peu ! Tu ne vas pas en revenir !

Son poing finalement ouvert, Lily put enfin voir ce que lui cachait sa fille et découvrir que le mystérieux objet était en fait… une feuille morte. Levant les yeux pour regarder Rosie en arquant au passage un sourcil pour montrer son incrédulité, Lily tenta de vérifier si sa fille ne lui jouait pas un mauvais tour ou s'était mise en tête d'inventer une quelconque fable traitant de cette feuille morte, mais Rosie gardait toujours ce même air heureux et émerveillé comme si elle venait de faire la plus grande découverte du siècle. Soit quelque chose lui échappait, soit sa fille était une très bonne comédienne.

- Je suis désolée ma chérie, mais je ne vois pas où tu veux en venir, l'informa doucement Lily en ne voulant pas la blesser.

Loin de se montrer abattue par la perplexité de sa mère, Rosie ferma soudainement les yeux et prit une mine sérieuse déroutant totalement sa mère. Rarement sa fille prenait cet air concentré avec elle, du moins pas depuis ces derniers mois et encore moins lorsqu'elle étudiait. Rosie était certes studieuse, mais le départ d'Harry avait comme brisé son envie d'apprendre et de plancher sur toutes les facettes du monde qui l'entourait.

Ce qu'elle s'apprêtait à lui montrer devait certainement lui demander beaucoup d'effort, et le moins que pu dire Lily quelques secondes plus tard, c'est que le résultat valait vraiment le travail qu'elle effectuait sur elle-même. La feuille morte se mit à bouger, comme prise de légers soubresauts, avant de subitement se plier en deux en son milieu et de s'élever lentement dans les airs. Les deux parties battirent quelques secondes plus tard comme des ailes, et bientôt la feuille voleta tel un papillon autour d'eux avant de s'éloigner en direction de la forêt. Lily regarda ce spectacle bouche-bée, incapable de prononcer le moindre mot. Sa fille venait sous ses yeux de faire de la magie accidentelle, à seulement cinq ans !

Evidemment, Harry restait le plus précoce de ses trois enfants dans ce domaine puisque ses premières traces de magie avaient vu le jour alors qu'il n'avait que deux ans, mais quand même, faire de la magie à cet âge était plutôt rare. Elle-même avait eu ce genre de résultat au même âge que son fils ainé actuellement, et encore : sa magie accidentelle lui avait seulement permis de pouvoir plier et déplier les pétales d'une fleur.

Ce que venait de faire sa fille lui donna un étrange sentiment de honte en songeant que deux de ses enfants montraient d'étonnantes capacités magiques largement équivalentes aux siennes lorsqu'elle était une petite fille, mais la honte fit bientôt place à la fierté, et un sourire sincère à l'encontre de Rosie s'esquissa sur son visage alors qu'elle se mit joyeusement à l'applaudir pour son exploit.

- Est-ce que tu as déjà eu l'occasion de faire ce genre de choses auparavant ? lui demanda t-elle tout de même pour vérifier le degré d'avance qu'avait sa fille sur les autres.

- Non, c'est la première fois ! s'exclama Rosie sans cesser de sourire. On jouait dans les tas de feuilles mortes au bout du jardin et c'est en voulant en lancer une poignée sur Tory qu'elles se sont mises à voleter autour de moi ! Tu aurais dû voir ça maman, j'ai eu l'impression d'être au beau milieu d'un essaim de papillons !

- J'aimerais bien que ça m'arrive à moi aussi, souffla tristement Astoria en s'asseyant sur l'une des chaises entourant la table de jardin. Daphné n'a même pas encore eu de magie accidentelle mais elle sait déjà utiliser le sort pour faire léviter des objets. C'est pas juste !

- Allons Astoria, tu n'as encore que quatre ans, il te faut encore un peu patienter, l'informa Lily.

- Je suis plus proche d'en avoir cinq maintenant ! persista t-elle en se mettant à compter sur ses doigts. Dans… deux mois !

- Tu seras toujours plus petite que moi Tory ! lança moqueusement Rosie en s'asseyant à côté d'elle. Maman dit toujours qu'il faut respecter les gens plus vieux que soi !

- Jamais !

Toutes les deux partirent au bout du compte dans une joute verbale afin de déterminer qui était la plus mature des deux, sous les yeux de Lily qui secoua sa tête en soupirant devant ce spectacle à la fois amusant et terriblement familier. Rosalyn et Astoria avaient beau être les meilleures amies du monde, ce genre de dispute était très fréquent lorsqu'elles étaient ensembles, mais n'allait généralement pas plus loin que les enfantillages de petites filles de cinq ans à peine. La seule manière pour les faire rapidement cesser de se disputer était de leur donner à manger, mais malheureusement rien de comestibles n'était à portée de main, hormis son bol de chocolat qu'elle gardait jalousement.

- Gizmo ? dit-elle soudainement en se tournant légèrement vers la porte de la cuisine.

À peine deux secondes plus tard, l'elfe de maison qui avait depuis longtemps repris sa forme d'origine depuis le mois d'aout apparut dans un « Pop » sonore interrompant au passage la dispute des deux petites filles. La petite créature à peau grise, aux yeux globuleux et portant un tablier sur lequel étaient dessinées les armoiries des Potter s'inclina aussitôt devant sa maîtresse au point que son nez toucha le sol froid de la terrasse. Lily le regarda faire sans rien laisser paraitre même si intérieurement, avoir des serviteurs soumis au point d'en être réduit à un état proche de celui des esclaves ne lui plaisait pas du tout.

- Maîtresse Lily a appelé Gizmo ? lui demanda de sa petite voix aigu l'elfe de maison. Que peut bien faire Gizmo pour satisfaire les désirs de sa maîtresse ?

- Serait-il possible que tu apportes à ces deux demoiselles un chocolat chaud et quelques pâtisseries ? Rien de tel pour apaiser les esprits échauffés.

- Bien sûr maîtresse ! Gizmo est ravi de pouvoir se rendre utile pour une si bonne dame !

L'elfe de maison disparut aussitôt de la même façon qu'il était arrivé, laissant derrière lui deux jeunes filles laissant exprimer leur joie à l'idée de manger quelques bonnes sucreries et une femme soupirant devant tant de servitude. Merlin, elle qui pendant longtemps avait été fille de paysanne devant aider ses parents pour les récoltes pendant les vacances d'été, voilà qu'elle avait à présent plusieurs elfes à son service, et contrairement à bien d'autres, profiter de ce nouveau statut n'était pas son genre, loin de là.

- Dis maman, tu crois que si je racontais à papa que j'ai fait voler des feuilles, il serait fier de moi ? la questionna soudainement Rosie en la regardant d'un air soucieux.

Au plus profond d'elle-même, Lily était persuadée que non, James ne féliciterait pas sa fille pour ce qu'elle avait fait. Pire encore, il pourrait trouver le moyen de dire que ce n'était que des racontars de la part d'une petite fille en quête d'attention. Maintenant qu'Harry était parti, la paranoïa de son mari s'était orientée contre elle et James voyait en Rosie une nouvelle source de problèmes. Par chance il n'en était pas encore venu aux mains avec elle, mais avec le temps, Lily craignait que cela n'arrive, et cette perspective ne l'enchanta pas le moins du monde. Elle avait déjà eu à se séparer de son fils ainé, faire de même avec sa propre fille était au dessus de ses forces.

Au diable l'argent et la renommée, jamais elle ne permettrait cela, et dormir sous les ponts était encore une solution préférable à gâcher l'enfance de deux de ses enfants, en particulier si les deux enfants nommés étaient auprès d'elle. C'était peut-être égoïste de sa part, mais intérieurement, Lily savait pertinemment que Matthew ne quitterait jamais son père pour vivre avec elle, et encore moins abandonner tous les privilèges que lui cédait James, et quitte à partir, Elle abandonnerait volontiers son fils cadet pour les deux autres même si elle l'aimait tout autant. Plus le temps passait et plus Matthew se comportait comme un tyran, et de son propre aveu, ce comportement lui nuirait tôt ou tard. Heureusement que sa fille, qui attendait en ce moment même une réponse de sa part en la regardant toujours de ce même air soucieux, ne suivrait pas ses traces, autrement sa santé mentale ne tiendrait pas le coup.

- Je suis persuadée qu'il le sera, lui mentit t-elle en se voulant malgré tout convaincante. Mais peut-être devrais-tu encore attendre un peu avant de lui en parler. Tu sais à quel point il est concentré sur la formation de ton grand frère.

- ça c'est sûr, on ne peut pas l'oublier, dit-elle en soufflant de dépit. Il passe sa journée à vanter les mérites de Matthew sans faire attention à ce qui l'entoure. Peut-être qu'en lui disant ce que j'ai fait, il fera preuve de plus d'attention sur moi !

Par chance, l'arrivée de Gizmo permit à Lily d'esquiver la question, et par la même occasion de détourner l'attention des deux jeunes filles de ce sujet de conversation si déprimant. Leur mine ravie faisait vraiment plaisir à voir, comme si la simple vue de deux bols de chocolat chaud et des biscuits à tremper dedans suffisait à illuminer une journée.

- Merci Gizmo ! lança joyeusement Rosie en prenant le bol que lui tendait l'elfe de maison. Tu es vraiment le meilleur elfe que l'on puisse espérer avoir !

Bien qu'un elfe de maison ne puisse normalement pas rougir, Lily était certaine d'avoir vu l'espace d'un instant la peau grise de Gizmo s'assombrir légèrement au niveau des joues. Ces petites créatures avaient tendance à exprimer leurs émotions d'une toute autre manière et de manière bien plus forte que les êtres humains, et comme elle s'en rendit compte rapidement, son elfe ne dérogeait pas à la règle car celui-ci se mit aussitôt à fondre en larmes.

- Maitresse Rosie est tellement bonne avec ce pauvre Gizmo ! balbutia t-il entre deux sanglots. Gizmo est tellement fier de servir fidèlement des maitresses aussi bonnes et magnanimes qu'il n'échangerait pour rien au monde sa place avec un autre elfe !

Sa crise de larmes dura étonnamment longtemps, avant que Lily, prise de pitié et au fond d'elle-même agacée par le tintamarre qu'il causait, ne lui demande de bien vouloir retourner en cuisine aider les autres elfes de maison dans leur travail.

- Comment va ta famille ces temps-ci Astoria ? demanda t-elle à la petit brune jouant tranquillement avec un biscuit.

- Comme d'habitude. Père est occupé toute la journée au ministère pour son travail, mère elle passe son temps à nous apprendre ce qu'il faut savoir pour être de bonnes épouses et Daphné continue à jouer avec ses poupées quand ce n'est pas à être la prochaine madame Potter. Rien de bien inhabituel en somme.

- Ta vie de famille est vraiment riche en découverte Tory, ironisa Rosie en souriant avec amusement. Il ne se passe pas une journée sans que quelque chose d'inhabituel ait lieu.

- Rosie, l'avertit sévèrement sa mère en fronçant ses sourcils. Ne te moques pas de ton amie comme ça, autrement tu ne pourras pas voir Harry lorsque nous irons le voir la prochaine fois.

L'effet fut immédiat et le sourire qu'arborait il y avait encore quelques secondes sa fille disparut alors qu'elle adoptait aussitôt une attitude penaude vis-à-vis d'Astoria. Lui interdire de voir son frère était la meilleure menace qu'elle connaissait pour l'instant sachant l'immense envie de Rosie de revoir Harry et de le serrer dans ses bras. Pas une journée ne passait sans que sa fille ne lui demande des nouvelles de son frère ou ne lui pose des questions sur les potentielles lettres qu'il aurait pu écrire ou même les dates que Lily choisirait pour aller lui rendre visite.

L'absence de son frère était vraiment difficile pour elle, et le moment le plus gênant où elle l'exprima ouvertement à tout le monde fut certainement le jour de son anniversaire lorsqu' elle demanda à ses parents comme cadeau de ramener Harry au manoir, en proposant même à James de partager sa chambre avec lui pour ne pas déranger Matthew. Peine perdue, son père resta de marbre face à ses supplications et refusa fermement sa demande. Cette journée marqua d'ailleurs une fracture dans la relation père/fille, et il n'était pas rare de voir Rosalyn appeler James par son prénom pour le désigner. Le titre de père serait difficile à récupérer à ses yeux, et son mari ne faisait de toute manière rien pour se rapprocher de sa fille.

- On dirait que tu as soudainement perdu ta langue Rosie, lança Astoria en se moquant à son tour de son amie. Tu fais moins la fière j'ai l'impression !

- Ce n'est pas vrai ! Tu vois, je peux encore parler ! Et je peux même te la tirer !

- Rosalyn Dorea Potter ! s'insurgea Lily en voyant sa fille mettre à exécution ses menaces. Surveillez votre comportement jeune fille !

La sonnette de la porte d'entrée sonna soudainement, interrompant la maitresse de maison dans sa réprimande. Loin de s'inquiéter de cette arrivée subite, Lily garda parfaitement son calme en sachant pertinemment qu'il n'y avait que les personnes les plus proches de sa famille qui soient capables de pouvoir apparaitre face au manoir et utiliser la porte pour y entrer. Les défenses de leur maison, bien que datant de plusieurs années maintenant, étaient restées parfaitement en état et protégeaient la maison des visiteurs gênants pour la protection de Matthew. Il n'y avait bien que pendant les anniversaires ou celles-ci étaient abaissées pour accueillir les invités, autrement le reste du temps, personne n'y avait accès. Même les moldus du village le plus proche n'avaient pas connaissance de ce manoir perdu au beau milieu de nulle part. Soit le nouvel arrivant était un proche de la famille, Sirius ou même Remus, soit cela ne pouvait être que Dumbledore lui-même, et dans ce dernier cas, Lily n'avait pas le moins du monde envie d'aller lui ouvrir.

- Daphné voudrait-elle se joindre à nous la prochaine fois ? demanda t-elle à Astoria pour oublier cette arrivée impromptue. Je ne l'ai que très peu revu depuis… depuis le départ d'Harry. Peut-être que passer quelques heures ici pourrait lui changer les idées…

- Oh vous savez madame Potter, je doute qu'elle ait besoin de ça pour l'instant. En fait elle est très bizarre ces derniers temps : Elle n'arrête pas de sourire et de s'enfermer dans sa chambre pour faire je ne sais quoi. Maman non plus ne sait pas ce qui lui arrive mais elle est heureuse de la voir comme ça. Je suis sûre qu'elle nous cache quelque chose mais elle ne veut rien nous dire. Le seul indice que j'ai pu obtenir c'est un bout de parchemin brûlé dans la cheminée qui était signé par « G. d. S. », mais à part ça je n'ai rien pu trouver. Apparemment elle a un correspondant secret mais nos parents ne sont pas encore au courant.

- Tu devrais la faire chanter et lui ordonner de t'avouer ce qu'elle cache où tu racontes tout à tes parents ! lui conseilla Rosie en souriant malicieusement à cette idée.

- Ou alors vous laissez tranquille cette jeune fille et ne fouinez pas dans sa vie privée, ajouta Lily. Est-ce que vous aimeriez que Daphné ou même Harry lisent vos courriers ? Ce n'est pas très gentil de faire cela à quelqu'un vous savez ?

- Harry me laissait bien lire les lettres que lui envoyait Daphné lui, ça ne le dérangeait pas, affirma sa fille en prenant un air sérieux.

Lily s'apprétait à lui répondre qu'elle doutait que son fils puisse la laisser lire librement son courrier, mais un nouvel elfe de maison l'interrompit en apparaissant sur le perron de la porte. La nouvelle créature, une femelle du nom de Twinky si ses souvenirs étaient justes, s'inclina comme son prédécesseur devant elle en croisant son regard avant de s'adresser à elle de cette manière craintive qu'avaient l'habitude de prendre les elfes avec eux.

- Maitresse Lily, un visiteur souhaiterait vous rencontrer.

- Invitez-le à nous rejoindre dans ce cas, et préparez un peu de thé s'il vous plait. Je doute que cette personne apprécie le chocolat chaud.

L'elfe s'inclina une nouvelle fois et fit signe à quelqu'un de s'approcher. Tandis que la petite créature disparut en direction des cuisines, l'étranger lui s'était rapproché de l'endroit où toutes les trois se trouvaient d'une démarche légèrement hésitante si l'on se fiait au bruit de ses pas. Un homme à l'allure misérable, portant de vieux vêtement élimés par endroit et l'air passablement fatigué apparut finalement dans l'embrasure de la porte de la cuisine, et chacun put reconnaitre en lui un visage très familier.

Le nouvel arrivant était un homme semblant avoir à peu de choses près la trentaine, bien que son aspect visuel lui donnait davantage l'impression d'être un adulte de quarante ans. Ses cheveux bruns mal coiffés, les cicatrices qu'il affichait sur son visage et son air mélancolique lui donnait l'allure d'un pauvre homme ayant vécu une vie de misère l'ayant marqué bien plus profondément que par des coupures sur la figure. Pour quelqu'un qui ne le connaitrait pas, l'homme pourrait très bien être pris pour un sans domicile, un vagabond ou même un bandit, mais Lily savait pertinemment qui il était et ne se souciait pas de sa présence parmi eux.

- Oncle Lunard ! s'écria Rosie en se précipitant vers lui pour l'enserrer dans ses petits bras. Quelle joie de te revoir ! Ça faisait longtemps !

- Très longtemps, affirma t-il en soulevant la petite fille pour la mettre au niveau de son visage. Par Merlin, est-ce vraiment la petite Rosie Potter ? Il me semblait qu'elle était plus petite et moins lourde la dernière fois que je l'ai vu…

- Je ne suis pas lourde ! répliqua Rosalyn en croisant les bras. Et toi tu as l'air plus vieux et maigre !

- Rosalyn…, commença Lily mais le dit Lupin l'interrompit d'un geste de la main en gloussant de bon cœur à sa remarque.

- Ne t'en fais pas Lily, cette charmante petite demoiselle est encore trop jeune pour se rendre réellement compte de ce qu'elle dit et encore moins de la portée de ses mots. Et puis il faut admettre que je n'ai pas vraiment eu l'occasion de me voir dans un miroir dernièrement. Je ne suis pas plus séduisant comme ça, Rosie ?

Pour toute réponse, la fille de Lily mima le geste d'une personne prise de vomissements qui firent aussitôt rire de nouveau l'homme qui la tenait. Remus Lupin de son vrai nom était de loin l'homme qu'elle appréciait le plus au monde, peut-être même davantage que son propre père. Il fallait avouer que tout l'opposait à James : Patient, calme, réfléchi, cultivé et tout simplement sympathique, Remus pourrait être l'exact opposé de son ami, comme un miroir reflétant l'inverse de notre personnalité. La seule fausse note était la lycanthropie dont il souffrait et l'empêchait de pouvoir vivre une vie décente. Personne ne souhaitait embaucher un loup-garou, peu importe l'activité, et Remus se cantonnait par conséquent à des tâches pour l'ordre du phœnix et Dumbledore qui lui prenaient énormément de son temps. C'était d'ailleurs la principale raison pour laquelle il était très peu présent dans la vie d'Harry et Rosie malgré son statut de parrain pour le premier. À croire que Dumbledore souhaitait justement éviter les rencontres entre ces deux là…

- Alors mademoiselle, lança t-il en s'asseyant sur la première chaise s'offrant à luiaprès avoir salué les deux autres personnes présentes, que faites-vous de beau en une pareille journée ?

- On joue aux sorcières ! annonça fièrement Rosie. D'ailleurs j'ai fait ma première magie accidentelle !

- Vraiment ? demanda t-il en arquant un sourcil perplexe. Mais tu n'as que cinq ans…

- Maman pourra témoigner, je l'ai fait devant elle !

Pour approuver ses dires, Lily hocha simplement sa tête en faisant au passage disparaitre son livre qu'elle gardait toujours en main. Remus la regarda du même air étonné qu'il avait eu face aux propos de Rosie avant finalement d'accepter cette étonnante vérité et de secouer fièrement les cheveux de la jeune fille assise sur lui.

- Hé bien ça alors ! On dirait que vous êtes plutôt précoce dans votre famille !

- Et tu n'as encore rien vu ! Dans quelques années je serai aussi forte que toi, et Harry et moi nous formerons un duo de choc contre Dumbledore et Matthew ! On va leur botter les…

- Je vous conseille de ne pas terminer cette phrase jeune fille, l'avertit sa mère en la fusillant du regard.

Rosie préféra obéir à sa mère en enfournant rapidement un biscuit alors que de son côté, Remus se mit à rire ouvertement devant son comportement. Lily de son côté observa attentivement son ami rire, un ami qui lui avait étonnamment manqué. Ses missions étaient bien évidemment la cause principale de cette absence, mais pas seulement. Remus aurait eu beaucoup d'occasion de venir au manoir ces derniers mois, mais la décision de James et Dumbledore concernant Harry avait comme jeté un froid dans la relation les liant. Remus n'acceptait absolument pas cette décision et l'avait bien fait savoir à James en lui assénant ce jour-là un coup de poing retentissant. La relation difficile entre le père et le fils étaient bien connu de tout le monde, du moins des personnes proches de la famille Potter, mais ce choix de faire partir Harry loin de sa famille était trop ahurissant pour son parrain pour laisser passer cela.

La confiance de Remus en eux était depuis ce moment là brisé, et même si il continuait à suivre les recommandations de Dumbledore pour l'ordre du phœnix, une rancœur tenace persistait en lui, et les instincts du loup sommeillant en lui l'empêchaient de pouvoir un jour leur pardonner. Son comportement ressemblait beaucoup à une louve et son louveteau, un louveteau qui lui aurait été arraché sans qu'il ne puisse rien faire sauf s'en prendre à ceux qui ont commis pareil acte.

La seule façon qu'avait Remus pour exprimer toute la colère qui émanait de lui était de bouder purement et simplement le manoir et limiter ses visites. Les seules personnes qu'il venait voir d'ailleurs n'étaient que Lily dont il avait était mis au courant de la décision de placer Harry dans un orphelinat et Rosie qu'il aimait comme sa propre filleule. Matthew et James eux passaient au second plan, et de toute manière, saluer un petit garçon de six ans l'ayant traité à quelques reprises d'hybrides sans que son père ne le reprenne ne faisait pas partie de ses plans.

Lily n'avait pas à lui en vouloir pour son absence car chacune de ses réapparitions était comme une journée de fête pour elle et sa fille, bien loin des allers et venues de Sirius et de son comportement immature à longueur de journée. Oui sa présence lui avait manqué, et le voir à côté d'elle souriant et s'amusant avec Rosie faisait plaisir à voir.

- Et si vous alliez jouer maintenant les filles ? leur proposa t-il soudainement en fouillant dans l'une de ses poches. J'ai justement quelque chose qui pourrait vous intéresser.

Quelques secondes plus tard, le parrain d'Harry ressortit une petite balle dorée possédant deux ailes ressemblant à celles des libellules qu'il relâcha aussitôt dans les airs.

- Un vif d'or ! s'exclama Rosie en regardant la petite boule d'un air émerveillé. Matthew ne me laisse jamais jouer avec le sien !

- Hé bien considère cela comme ton cadeau d'anniversaire en retard. J'ai d'ailleurs gravé ton nom sur sa surface pour ne pas que ton frère se l'attribue.

- Merci Lunard ! Viens Tory, la première qui l'attrape pourra donner un gage à l'autre !

Les deux filles partirent rapidement à la suite du vif d'or en gloussant joyeusement sans se soucier des remarques que pourrait dire le père de Rosie. Les deux adultes présents les regardèrent s'amuser sans parler, chacun appréciant ce petit moment de bonheur si rare ces derniers temps. Malgré tout, une petite voix dans la tête de Lily lui soufflait que Remus n'était pas uniquement venu s'enquérir des nouvelles de sa famille, autrement il aurait annoncé sa présence à James et n'aurait pas fait partir aussi rapidement Rosie.

- Alors, quelle est la véritable raison de ta visite ? lui demanda t-elle finalement lorsque les filles étaient suffisamment éloignées.

Remus ne répondit pas tout de suite, trop occupé à boire dans la tasse apparue quelques secondes plus tôt devant lui en prenant soin de regarder ailleurs sauf vers elle. Finalement lorsqu'il ne put échapper plus longtemps à cette question, il reposa sa tasse sur la table en poussant un soupir à la fois de contentement pour le délicieux nectar et de dépit pour le sens inné de son amie pour dénicher les secrets enfouis des gens qu'elle côtoyait.

- On ne peut rien te cacher, dit-il en s'affalant sur son siège. Je ne suis bien évidemment pas venu ici seulement pour prendre de vos nouvelles, j'avais absolument besoin de te parler en vérité.

- Ce doit être important pour ne pas vouloir me raconter cela devant James. Je dois avouer que j'étais légèrement étonnée de constater que tu ne m'as pas posé une seule question sur lui et sur ce qu'il fait actuellement.

- Inutile, je sais pertinemment qu'il est avec Matthew pour l'entrainer et suivre les plans de Dumbledore. Merlin, cette situation me dépasse complètement. James me donne vraiment l'impression d'être un chien à la solde de ce vieillard. Il n'était pas comme ça lorsque nous étions étudiants à Poudlard, et je dois avouer que ça m'inquiète...

Lily hocha sa tête pour approuver ses dires, elle-même imaginant souvent James affublé d'un collier et d'une laisse et obéissant aveuglément à son maître.

- En fait, j'ai passé quelques jours dans le Londres moldu afin de me ressourcer et d'oublier le temps d'un moment ma condition de loup-garou et toutes les difficultés que je rencontre dans ma vie ces derniers temps. Cela m'a permis de réfléchir longuement à certaines petites choses qui me trottaient en tête, en particulier par rapport aux tâches que Dumbledore m'attribue. La dernière mission qu'il m'a confiée a bien failli me couter la vie, mais j'ai préféré ne pas en parler devant les filles.

- Que t'es t-il arrivé ? le questionna t-elle en haussant un sourcil.

- J'ai rencontré de nombreuses meutes de loups-garous au cours de mes voyages pour le compte de Dumbledore et de l'ordre du phoenix, mais la dernière en date est certainement la pire qu'il m'ait été donné de voir. Je ne sais pas ce qui a pris à Dumbledore de vouloir créer une alliance avec eux, mais ils n'étaient pas vraiment réceptifs aux avances de notre cher directeur.

Remus releva subitement les manches de sa redingote pour exhiber ses avant-bras, et Lily ne put s'empêcher d'haleter d'horreur en voyant les nombreuses cicatrices présentes sur la peau de son ami. C'était comme s'il avait servi à aiguiser des couteaux de boucher, et ses bourreaux s'étaient apparemment donnés à cœur joie pour marquer le moindre centimètre de peau.

- Je n'ai en vérité pas eu énormément de mal à les trouver, les villageois de Kyoto m'ont longuement indiqué une vallée où personne n'osait s'approcher car d'étranges disparitions avaient lieu là-bas. Les membres composant la meute n'étaient pas des tendres, et beaucoup d'entre eux pratiquent la magie noire sans la moindre once de remords, en particulier quand cela inclut des sacrifices humains. Tu n'imagines même pas ce que j'ai pu voir, mais à côté d'eux, Fenrir et sa propre meute passeraient pour des agneaux. Autant dire qu'ils n'ont pas été très réceptifs à mes propositions d'alliance, et j'ai bien failli y rester.

Remus s'interrompit quelques instants, le regard perdu dans le vague alors qu'il jouait nerveusement avec un fil s'échappant de sa redingote. Lily eut l'impression en le voyant d'avoir à côté d'elle un homme ayant vécu trop de choses pour son âge, et l'impression qu'avait eu Rosie en le voyant n'était pas si loin de la réalité : Son ami semblait avoir pris dix ans.

- Je tenais à te conseiller de faire attention à Dumbledore. Peut-être que je me fais des idées, mais j'ai l'impression que son envie que je rencontre cette bande de cinglés n'était pas anodine. Je me suis déjà longuement questionné sur le fait que je suis et de loin celui qui travaille le plus pour l'ordre contrairement à d'autres comme Sirius qui ne font strictement rien, que je suis celui qui prend le plus de risque bien que ma condition favorise le dialogue avec les autres meutes de loups-garous, mais cette fois-ci cet incident était l'incident de trop. Dumbledore ne pouvait pas ne pas connaitre le danger de cette dernière mission puisqu'il se renseigne au préalable sur les individus que je dois rencontrer. Les rumeurs propagées dans ce pays auraient dû l'avertir de la dangerosité de ma tâche, mais soit il n'en a pas tenu compte, soit il n'était pas au courant et cela signifierait qu'il n'effectue pas lui-même son travail correctement.

- Tu… Tu veux dire que tu le soupçonnes de vouloir t'éliminer ?

- C'est l'impression que ça me donne en tout cas.

Pour le coup, Lily ne sut quoi dire aux propos de Remus. Dumbledore n'était pas quelqu'un qu'elle appréciait, surtout depuis qu'il s'immisçait dans la vie de sa famille, mais de là à le soupçonner de vouloir éliminer une personne aussi admirable que Remus… Il y a encore quelques années, elle aurait immédiatement contesté les dires de son ami, mais là, sa supposition ne lui était étrangement pas complètement folle. Le directeur de Poudlard était un personnage après tout très complexe et faisant preuve à l'occasion d'autorité pour parvenir à ses fins, notamment en influençant le magenmagot pour faire passer des lois lui étant favorables ou annulant des décisions qui nuiraient à son entourage. Le cas d'Harry faisait partie de ces magouilles, et la perte du titre de futur Lord de son fils n'était qu'une goutte d'eau dans l'océan de manipulation de Dumbledore. Bien que les raisons pour lesquelles il tenterait d'assassiner Remus lui échappaient encore, Lily était persuadée au fond d'elle-même qu'il en était capable.

- En tout cas je te le redis encore une fois : méfies-toi de lui. Il pourrait très bien tôt ou tard s'en prendre à toi ou même à Rosie. Je ne me fais pas de soucis pour Matthew et James, ils sont déjà tous les deux sous sa coupe et Dumbledore ne prendrait pas le risque de perdre ses deux pions favoris. Harry a été le premier dont il a voulu se débarrasser, mais il ne sera sûrement pas le dernier.

- Que vas-tu faire alors ?

- Pour l'instant rien. Je ne l'ai pas encore informé de mon retour jusqu'à maintenant et je vais faire en sorte de l'éviter autant que je peux pour ne pas avoir à repartir en mission au péril de ma vie. Je vais également garder mes soupçons pour moi et faire profil bas malgré l'envie que j'aie de lui exprimer ma colère pour toutes ses décisions. Celle concernant Harry me reste encore en travers de la gorge.

- Tu n'es pas le seul, avoua Lily en baissant tristement les yeux sur son bol désormais vide. Plus le temps passe et moins je peux supporter cet homme.

- En fait, j'ai également une autre chose à t'annoncer, déclara Remus. Lors de mon séjour à Londres, je me suis renseigné sur les dernières annonces des journaux moldus, et une information en particulier m'a alerté. Cela concerne… l'orphelinat dans lequel tu as laissé Harry.

En moins d'une seconde, Le visage d'abord soucieux de Lily se transforma en une grimace d'horreur alors qu'elle regardait d'un air affolé Remus.

- Qu'est-ce qui se passe ? lui demanda t-elle d'une voix apeurée. Il est arrivé quelque chose à Harry ? Est-il blessé ?

- Non heureusement, autrement je serai venu bien plus tôt pour t'en avertir.

- Hé bien parle ! Que s'est-il passé pour que cela fasse la une des journaux moldus !

Malgré le ton alarmiste et dur de Lily, Remus garda parfaitement son calme. Il ne pouvait pas lui en vouloir après tout de s'inquiéter pour son fils, lui-même avait bien failli courir jusqu'à cet orphelinat pour prendre des nouvelles de son neveu lorsqu'il l'avait appris.

- Il semblerait que la femme qui tenait cet orphelinat a été arrêtée par les autorités moldues pour détournement de fonds et falsification de documents administratifs. Apparemment cette dame touchait des rentes grâce à des associations en leur fournissant de fausses informations sur sa vie privée. Elle aurait ainsi perçu deux pensions en tant que veuve en se faisant passer à la fois pour l'épouse de son mari, mais également pour celle de son propre fils. Par ailleurs elle aurait également détourné l'argent offert par la cour royale à des fins personnelles alors que cet argent était destiné à améliorer les conditions de vie de ses résidents. Les autorités ont ainsi constaté plusieurs problèmes dans son bâtiment et les conditions vétustes dans lesquelles vivaient les orphelins dont elle avait la charge. Il y a eu plusieurs autres preuves de malversation de sa part, mais celles-ci étaient apparemment les plus évidentes.

Bien qu'elle ne laissa rien paraitre, Lily ne pouvait s'empêcher intérieurement de se maudire pour ce qu'elle avait fait. Son manque de renseignement sur l'orphelinat dans lequel elle avait envoyé son fils aurait pu s'avérer plus grave si les accusations à l'encontre de cette directrice n'avaient pas été découvertes. Cette femme lui avait pourtant semblé polie et de bonne foi, du moins les deux fois où elle l'avait rencontré, alors imaginer cette vieille dame comme une criminelle était bien difficile. « L'habit ne fait pas le moine » comme on dit.

- Qu'en est-il de l'orphelinat ? Il a été fermé ? s'enquit-elle.

- Non mais cette Ms Cole a été bien évidemment arrêté. Apparemment quelqu'un d'autre prendrait sa place dans peu de temps mais je n'ai pas pu en savoir davantage. L'orphelinat lui-même est constamment investi par des commissionnaires envoyés par le gouvernement britannique pour relever d'autres problèmes au sein de cet établissement, et les visites sont par conséquent interrompues. Je ne sais pas ce que sont devenus les orphelins mais je suppose que le temps actuel ne leur permet pas de pouvoir sortir dehors.

- Il faudrait songer à aller le voir, marmonna Lily en regardant d'un air perdu le parc devant elle. Il est là-bas depuis plusieurs mois maintenant et personne n'est encore allé prendre de ses nouvelles. Il doit se sentir terriblement seul sans nous. J'espère simplement qu'il a su se faire quelques amis et qu'il n'est pas trop malheureux si loin du manoir…

- Nous pourrions prévoir une visite dans les prochains mois en profitant d'une journée où James et Matthew seraient absents. Ce ne serait pas compliqué en fait puisqu'ils sont continuellement invités par le ministre de la magie à des diners pour le compte du ministère. Fudge profite au passage de la renommée de Matthew pour briguer un nouveau mandat comme ministre de la magie. Tout le monde est content au final.

- Sauf qu'à ces diners, je me dois d'être présente au côté de mon mari pour afficher aux yeux de tous l'image de la petite famille parfaite, objecta t-elle en soupirant. Nous n'aurons qu'à réfléchir à cela plus tard, mettre en place ce genre de choses prend beaucoup de temps en préparation et organisation.

- Maman ! Le vif d'or s'est coincé dans un arbre ! s'écria au loin Rosie en lui faisant de grands signes. Tu peux venir nous aider ?!

- Un vif d'or… coincé dans un arbre ? Merlin, ta fille m'étonnera toujours ! gloussa Remus en se levant en même temps qu'elle de sa chaise.

- Tu n'imagines même pas toutes les idées farfelues qu'elle s'est mise en tête depuis la dernière fois que tu l'as vu. Savais-tu qu'elle voulait devenir la toute première ministre de la magie ? Je ne sais pas depuis quand elle a pensé à ce choix de carrière, mais elle me tance sans arrêt pour aller voir la directrice du département de la justice magique pour discuter de cela avec elle. Es-tu n'as même pas eu à subir sa phase « Je veux être la première personne à atteindre la lune en balai ». Il était absolument impossible de la faire descendre de son balai, même en lui expliquant qu'il ne pouvait pas aller à plus de cinq mètres en hauteur à cause du sortilège contraignant.

- Alors mieux vaut aller l'aider rapidement avant qu'elle ne se mette en tête de devenir une grimpeuse d'arbre renommée, proposa son ami en se dirigeant rapidement vers elles.

Sans se soucier désormais du bruit que causait Rosie et de la réaction qu'aurait probablement James le soir à table pour son comportement, Lily et Remus se dirigèrent ensemble vers elle, appréciant grandement la compagnie de l'autre et l'atmosphère joyeuse de cet après-midi de janvier. Oubliés les entrainements et la menace qui pesait sur leurs épaules concernant les plans de Dumbledore ; Oublié l'inquiétant silence dans lequel se terrait Voldemort et ses sbires ; Pour une fois dans leur vie, chacun profiterait de ce moment pour oublier leur souci et s'attèlerait aux difficultés du quotidien comme n'importe quelle famille.

Très loin de là à Valençay, la situation était totalement différente pour Harry. Lui n'avait que rarement l'occasion de pouvoir s'amuser, surtout en cet après-midi ou exceptionnellement, les cours de sa mère et de sa tante avaient été inversés. Cette charge quotidienne ne le dérangeait cependant pas vraiment bien que l'envie de jouer à des jeux en compagnie des enfants du village ou même tout simplement passer du temps avec Pauline se faisait quand même ressentir. Mais si il souhaitait que son objectif de devenir le meilleur sorcier au monde puisse être atteint, il fallait en passer par là, et Harry ne rechignait pas devant la charge faramineuse de travail que l'on lui donnait.

Aussi l'après-midi était aujourd'hui consacrée à un petit cours pratique de magie sans baguette, un domaine sur lequel il travaillait depuis longtemps maintenant et qui faisait d'ailleurs partie de ses leçons favorites. Le stade de la lévitation avec ses doigts des objets l'entourant était depuis longtemps passé, et depuis peu, les sortilèges plus poussés faisaient partie des nouvelles compétences à savoir maîtriser.

Selon les propres dires de sa mère, les sortilèges qu'il apprenait actuellement était du niveau d'un étudiant de Poudlard de quatrième ou cinquième année, mais la politique de l'école voulait que ce genre de sortilèges ne soient enseignés que tardivement. Les années précédentes étaient consacrées à l'assimilation de sortilèges inintéressants et inutiles comme celui faisant pousser des cornes de cerf ou faisant couler du nez de la morve…

« Il ne faut pas s'étonner si le niveau des élèves de Dumbledore dans la défense contre les forces obscures est si catastrophique quand l'on entend les idioties qu'ils apprennent » avait d'ailleurs déclaré sa mère un soir en abordant le thème de l'enseignement à Poudlard.

Il y avait du vrai dans ce qu'elle racontait et Harry avait même peur de paraître trop avancé dans son niveau scolaire par rapport à ses futurs camarades, mais apprendre ces sorts n'étaient peut être pas si horrible par rapport à la demi-journée éreintante qu'il avait eu il y a un peu plus d'une semaine lorsque lui et Marie-Louise avaient longuement posé pour une peintre afin d'avoir leur premier portrait de famille.

Élisabeth Vigée Le Brun était une artiste de grand talent, ça Harry pouvait le reconnaître mais également une grande amie de Marie-Louise et une véritable pipelette. Cette dame avait apparemment peint les portraits de nombreuses personnalités, des simples bourgeois aux grands ducs en passant par les marquis et les rois. Toute l'Europe se l'arrachait, et se faire peindre par elle relevait d'un honneur sans nom. La plupart des tableaux du château avaient eux-mêmes était fait par elle, et malgré son peu de connaissance en ce domaine, son coup de pinceau et sa remarquable habileté à faire transparaître les émotions sur le visage de ses sujets étaient remarquables aux yeux d'Harry.

La seule ombre au tableau était sans doute les conversations qu'elle tenait et qui s'éternisaient sans cesse.

« Merlin, cette femme est un véritable moulins à paroles » avait-il marmonné en pensant ne pas être entendu.

Mal lui en a pris, sa mère, assise à côté de lui ce jour-là alors qu'il restait debout pour prendre la pause lui asséna un léger mais significatif coup de pied dans la cheville pour le sermonner. Ce n'était pas de sa faute après tout si Elisabeth Vigée ne cessait de répéter qu'elle était encore sous le choc de voir son amie mère d'un garçon de huit ans, mais cela Marie-Louise ne sembla pas le comprendre et encore moins comprendre son envie de voir cette journée se terminer rapidement.

La séance déjà longue avait était encore davantage rallongée du fait des longues conversations que toutes les deux tenaient pour se remémorer les bons souvenirs de la monarchie. Connaitre les mouvements de baguette pour enrhumer son adversaire n'était pas aussi horrible comparé à cela.

Seul le tableau terminé accroché au dessus de l'une des cheminées les représentant comme une vraie famille lui donna l'impression que ces heures pénibles n'avaient pas été aussi horribles, et le sourire rayonnant de Marie-Louise valait bien ce petit sacrifice.

Mais pour l'heure, la situation n'était pas à s'extasier devant un portrait mais à s'entraîner La pièce dans laquelle ils se trouvaient tous les deux était une vieille cave inoccupée faisant d'ordinaire davantage office de débarras que de pièce à vivre. Pourtant cette salle n'avait pas été oubliée par sa propriétaire qui en avait fait une salle d'entrainement adaptée aux cours qu'elle enseignait à Harry. Entre les étagères de livres sur les sortilèges défensifs et offensifs, les mannequins de bois ou de pailles servant de cibles, les bureaux et chaises utilisés pour les leçons de théorie et même les différents instruments servant aux leçons de botanique, d'astronomie ou encore d'arithmancie, la salle était on ne peut plus pratique pour eux. Vingt personnes pouvaient facilement s'affronter en duel dedans sans compter l'espace possible si l'on enlevait tout le mobilier de cette salle d'entrainement. Sa mère était actuellement en train de lancer quelques sortilèges visant à rendre leur petite séance complètement privée et à l'abri des regards indiscrets même si tout le monde au château était digne de confiance, pendant que lui la regarda faire tout en faisant des moulinets avec ses poignées pour s'échauffer. Rien ne valait un bon échauffement avant un entrainement épuisant, et c'était la première règle qu'il avait appris en côtoyant cette dame.

- Bien Gabriel, comme je vous l'ai annoncé hier, aujourd'hui nous ferons de nouveau de la magie sans baguette bien que cette séance sera très différente de ce que nous avons fait jusqu'à présent.

Malgré le fait qu'elle parlait dorénavant uniquement français en sa présence, Harry comprit dans sa globalité la phrase de sa mère, et ce pour une raison très simple : Son niveau en cette langue avait considérablement augmenté depuis près d'un mois. La raison ne venait pas des innombrables manuels qu'il avait lus depuis lors, mais d'une compétence employée par Marie-Louise pour lui apprendre beaucoup plus rapidement le français dans ses moindres détails : La légilimencie.

Qui aurait crû que pénétrer à l'intérieur de l'esprit d'une personne permettait également de lui donner en échange des connaissances que la dite-personne ne possédait pas ? Lui-même n'y aurait jamais pensé, jusqu'à ce que dès le lendemain où cette méthode fut employée, il se rende compte que son vocabulaire avait progressé.

En vérité la technique employée par sa mère était relativement simple et fonctionnait de la même façon que les souvenirs que les gens mettaient à l'intérieur d'une pensine pour pouvoir les réétudier plus tard. Marie-Louise pénétrait tout simplement à l'intérieur de son esprit et déversait en lui des bribes d'informations sur cette si difficile langue, en particulier des connaissances sur les nombreux temps de conjugaison qu'elle possédait. Le passé simple et le subjonctif n'avaient plus de mystère pour lui, mais beaucoup de choses lui échappaient encore. Sa technique aurait également pu lui apporter d'autres informations notamment sur certains sujets qu'il étudiait avec elle, mais sa mère avait refusé qu'il tombe dans la facilité et se contente d'attendre paresseusement et sans lever le petit doigt l'information tant désirée.

« Nous ne sommes jamais mieux servis que par nous-mêmes » lui répétait-elle souvent lorsqu'il lui demandait d'utiliser la légilimencie pour l'aider lorsqu'il ne parvenait pas effectuer correctement un mouvement de doigt ou de baguettes.

Il fallait avouer que rechercher une information dans un livre et persister dans ses efforts pour obtenir un résultat convenable était tout de même plus valorisant que d'attendre la réponse à sa question sur un plateau, et Harry le comprit au bout du compte en s'extasiant de joie chaque fois qu'il réussissait à lancer un sortilège, que ce soit avec ou sans sa baguette. Tout savoir sur tous les sujets finirait par être terriblement ennuyant et très rabaissant pour son amour propre en sachant qu'il n'avait strictement rien fait pour y parvenir.

- Jusqu'à présent, j'ai remarqué que vous utilisiez toujours le même doigt pour lancer vos sortilèges, l'index. Pour quelle raison ?

- Hé bien, c'est l'un des doigts que l'on utilise le plus fréquemment, notamment pour indiquer une direction, tenir sa plume pour écrire, sa fourchette pour manger, ce genre de choses. Cela me semble logique, je veux dire… Ce doigt est bien plus mobile que les autres, surtout lorsqu'on le compare à l'annulaire ou même au petit auriculaire.

- Mais qu'arriverait-il si vous perdiez malencontreusement votre index lors d'un duel, ou même par accident ? Je suis bien consciente que vous pourriez utiliser votre autre main pour lancer des sortilèges, mais en admettant que tous les deux soient sectionnés, ne pensez-vous pas qu'il serait dommage de ne pas savoir utiliser les autres ? Être dépendant de vos index pourrait être dangereux, surtout si vous ne savez pas établir une connexion entre votre noyau magique et les autres. Votre baguette serait par conséquent le dernier recours que vous auriez, mais même là, il vous sera bien plus difficile de la tenir.

Vu comme ça, Harry devait admettre que sa mère marquait un point. Avec du recul, il considéra même son attitude légèrement suffisante, bien qu'il n'avait pas vraiment songé à l'utilité de ses autres doigts pour sa pratique des sortilèges. Il se reposait trop sur son index, et cela aurait pu lui jouer des tours.

- Par ailleurs, reprit sa mère en orientant sa main droite vers lui, chacun d'entre eux est tout aussi mobile et performant qu'un autre. Reducto !

Sans crier garde, Marie-Louise envoya vers Harry le sortilège offensif qu'il essayait d'apprendre depuis quelques semaines, et ce grâce à son petit doigt. Le sort le manqua bien évidemment mais toucha le sol entre ses deux pieds, formant ainsi un petit trou de quelques centimètres. Bientôt tous les autres doigts passèrent, et Harry se retrouve encerclé de petits trous et crevasses tout autour de lui.

- Essayez maintenant, lui ordonna t-elle en s'asseyant sur l'une des chaises.

Harry acquiesça et se posta face à l'un des nombreux épouvantails faisant office de cible. Le pantin, ressemblant étrangement à James si l'on exceptait l'absence de lunettes, semblait également le regarder, un sourire vague cousu sur sa tête dans une pâle imitation d'un rictus méprisant, et cela le fit intérieurement bouillir. L'impression d'avoir James Potter devant était tout à fait saisissante, et Harry espérait qu'un jour il puisse faire la même chose avec celui qui fut autrement son père en lui montrant toute la panoplie de sorts qu'il connaissait et connaîtrait. Il n'arborerait en tout cas pas ce rictus en voyant son potentiel.

- Quel doigt j'utilise ? demanda t-il en pointant vers l'épouvantail sa main.

- Peu importe tant que vous n'oubliez pas la façon d'amener votre magie jusqu'à votre main.

Cette tâche qui s'avérait très complexe il y a encore quelques semaines n'était plus un souci pour lui, bien que canaliser sa magie à l'intérieur d'un doigt était encore assez compliqué. Le procédé était relativement simple mais nécessitait beaucoup de concentration et de volonté pour amener sa magie vers son bras. L'idée était que la méthode à employer devait ressembler trait pour trait au lien le liant à Daphné, sauf que cette fois-ci le point d'encrage devait être l'extrémité de son doigt.

Fermant les yeux pour mieux se concentrer, Harry laissa quelques secondes à sa magie pour se mettre à agir et s'extirper des boucliers d'occlumancie qu'il avait au préalable affaibli. Son contrôle sur ces boucliers n'était pas tout à fait parfait, mais parvenir à augmenter et baisser leur puissance sans avoir besoin de se replonger totalement dans son subconscient était un effort non négligeable. En l'espace de quelques secondes seulement, Harry pouvait sentir une infime partie de sa magie remonter lentement dans son bras en utilisant les nombreuses veines parcourant son corps.

Cette sensation était très agréable quoi qu'un peu fraîche mais cela valait mieux que de se tordre de douleurs comme la plupart des initiés à la magie sans baguette avaient l'habitude. Les canaux de sang n'avaient pas forcément la résistance nécessaire pour supporter cette magie s'immisçant en eux, et bien souvent, ceux-ci pouvaient se rompre tout simplement quand la quantité était trop importante. Heureusement Harry n'avait pas ce problème là, et sa magie put tout à son aise se diriger vers son pouce qu'il avait choisi pour lancer son sort. Une fois la quantité de magie stockée dans son doigt suffisamment importante, il n'attendit pas plus longtemps pour s'essayer à ce nouvel entrainement.

- Stupefix ! s'écria t-il plein d'espoir.

Malheureusement, l'effet ne fut pas celui qu'il espérait, et de simples étincelles rouges s'échappèrent de son doigt. Dépité, Harry observa sans comprendre son doigt en s'interrogeant sur ce qui n'avait pas été, tandis que sa mère secoua légèrement sa tête devant ce résultat insuffisant.

- Recommencez, dit-elle simplement.

Soucieux de bien faire, Harry se remit à son travail, mais le résultat fut le même à cinq autres reprises. Finalement sa mère avait raison : S'il n'avait jamais essayé d'apprendre à envoyer des sorts en changeant de doigts, le risque qu'il se retrouve démunis lors d'un duel était grand. Le travail qu'il aurait durant les prochaines années semblait à ce moment là encore bien plus importants que maintenant.

- Vous ne tournez pas correctement votre pouce dans l'air, l'informa sa mère en se dirigeant vers lui. Voyez, faites comme ceci, ajouta t-elle en prenant sa main pour lui montrer les bons gestes. Le placement de vos autres doigts, de votre bras et même de votre épaule est également primordial et dépend de celui que vous utiliserez. J'ai personnellement mis près de cinq ans avant d'obtenir un résultat convenable, alors je ne m'étonne pas de voir que vous ne réussissiez pas du premier coup. Cela m'aurait d'ailleurs plus que troublé pour tout vous dire. Réessayez encore une fois.

Marie-Louise par précaution s'écarta de lui pour se mettre à l'abri de possibles erreurs. Harry lui pointa de nouveau du pouce l'épouvantail qui continuait de le narguer. Oubliant momentanément sa tête faite de vieux tissu, Harry imagina le visage de son père à la place, un visage qui le regardait avec arrogance comme James en avait l'habitude.

« Je te montrerai un jour… Tu verras que je ne suis pas le garçon inutile et sans talent que tu t'obstinais à voir en moi… »

Criant à nouveau le mot « stupefix », Harry eut la surprise de voir une lumière rouge s'échapper de son doigt et toucher de plein fouet l'épouvantail. Son envie de hurler sa joie devant ce résultat fit néanmoins rapidement place à la surprise en voyant son sort faire exploser littéralement le pauvre pantin de paille en dizaines de morceaux. Le souffle de l'explosion fut tel que tous les deux furent rejetés en arrière alors que quelques livres disposés sur les étagères s'envolèrent dans la pièce comme des missiles. Harry mit longtemps à se relever, non pas à cause d'une quelconque blessure mais plus par honte : Son sort était bien trop puissant et sa volonté de montrer à son père ce qu'il valait réellement lui avait fait perdre momentanément le contrôle de la quantité de magie qu'il voulait utiliser. Le résultat était en tout cas loin de ses attentes.

- On dirait bien que ce n'est pas encore tout à fait au point…, lança t-il timidement à sa mère qui semblait se noyer dans un océan de tissus, incapable de se relever.

- Vous croyez ? dit-elle en se tournant vers lui. Prévenez-moi à l'avenir lorsque vous aurez décidé de faire exploser le château que je puisse commencer dès à présent à écrire mon testament.

Tous les deux se regardèrent en silence quelques secondes avant de soudainement rire sans retenue. Cette situation avait quand même le mérite d'être plutôt cocasse pour eux, d'autant plus que se retrouver les sous-vêtements presque à la vue de tous pour Marie-Louise était on ne peut plus gênant, mais celle-ci préféra en rire plutôt qu'en pleurer.

- Allons, reprenons là où nous en étions, décréta t-elle en se remettant sur ses pieds. Mais maintenant, faites attention à la puissance que vous employez dans votre sort. Je n'ai pas vraiment envie d'effectuer des travaux dans mon château par un temps aussi froid.

- Promis mère, dit-il en réparant au passage d'un coup de baguette l'épouvantail.

En espérant toutefois que l'image de James ne lui fasse pas reperdre le contrôle de lui-même, Harry se remit à sa tâche, bien décidé à réussir cet exercice. Peu importe le temps qu'il lui faudrait, il était certain qu'il y arriverait. L'échec ne faisait désormais plus partie de son vocabulaire, et cette volonté d'outrepasser les obstacles jalonnant son chemin ne faisait elle qu'apparaître en lui : L'avenir lui prouverait qu'il en aura besoin.

Chapitre fini ! Bon déjà avant que vous ne me le demandiez, je me suis dit qu'il fallait bien montrer une fois la façon d'utiliser ses doigts pour lancer des sorts, même si cet entrainement était un peu étrange, je dois l'avouer ^^.

Donc voilà, pour ceux qui le réclamaient, Remus fait enfin son apparition, et les nouvelles qu'il apporte sont loin d'être rassurantes ! Dumbledore souhaite t-il vraiment la mort du lycanthrope ? Pour quelles raisons ? Qu'est-ce que cela pourrait lui apporter ? Vous ne le saurez jamais ! *rire diabolique* Heu… Si en faites, mais pas avant longtemps !

Je ne sais plus qui m'avait donné cette idée de la légilimencie pour apprendre le français, mais comme il/elle le verra, je me suis permis de la lui prendre parce que je la trouve tout simplement géniale ! Au moins cela m'évite d'avoir un Harry bégayant et mettant dix ans pour apprendre parfaitement cette langue.

Sinon la rencontre entre Lily et Harry ne se fera pas avant quelques temps Je trouverai ça un peu trop rapide qu'ils se retrouvent seulement quelques mois après leur séparation, pas vous ? Disons que j'attendrai au moins qu'une année passe, voir deux. De toute façon je vais commencer à faire des bonds dans le temps de plusieurs mois pour accélérer un peu les choses.

Maintenant pour la petite note historique, Elisabeth Vigée le Brun était l'artiste personnelle de beaucoup de gens au sein de la cour royale de France, plus particulièrement de Marie-Antoinette dont elle a peint beaucoup de portraits. Je vous conseille de jeter un œil sur ses œuvres vraiment innovantes pour l'époque car représentant les émotions bien mieux que la plupart des artistes au même moment.

Toujours en parlant d'histoire, je vais également commencer à faire mention des campagnes militaires de Napoléon à partir de maintenant, d'où d'ailleurs ma note informative au début. La campagne d'Egypte démarre en 1798 et j'ai bien l'intention d'en parler même un minimum.

Maintenant, je ne sais pas si vous aurez un chapitre samedi prochain : J'ai bien envie en guise de cadeau de noël de vous offrir ce chapitre et celui de mon autre histoire en même temps, donc ça devrait me donner plus de temps pour les finaliser tous les deux. Mais promis, vous en aurez un !

A bientôt !