Bonjour à tous ! J'espère que la semaine a été bonne pour vous ? Moi ça va... Si l'on excepte la gamelle ridicule que je me suis faite Lundi en marchant dans la neige (c'était assez épique avec une glissade sur environ... 5/6 mètres). Heureusement qu'il n'y avait personne dans le coin u_u.

Alors comme vous pouvez le voir, j'ai quand même réussi à finir ce chapitre ! J'en suis le premier étonné, surtout en voyant la taille qu'il fait (en fait, je suis étonné non seulement par le délai qu'il m'a fallu pour le finir, mais aussi par sa longueur... je viens encore de pulvériser mon record du plus long chapitre).

Alors que dire sur ce chapitre... Déjà je vous préviens d'avance, il y a quelques scènes... Hm... violentes, enfin dans le sens où certaines personnes se prennent des coups (pas de mort !). Comme je l'ai dit la semaine dernière, attendez vous à l'intérieur à des cris, des disputes, des larmes, des coups etc... C'est également un chapitre qui n'est pas centré sur Harry, du moins pas directement !

Autre chose, il se passera un évènement assez important à l'intérieur, un évènement qui chamboule un peu la quiétude dans laquelle vivait une certaine famille... Je n'en dis pas plus !

Sinon, je viens enfin de me rappeler ce que j'avais oublié de dire la dernière fois : Pour ceux que ça intéresse, j'ai pas été retenu pour le casting de l'émission à laquelle je voulais participer, apparemment parce qu'ils n'aiment pas les timides et que l'on aurait " peur " devant la caméra. Comme si être introverti était une tare nous faisant passer pour des demeurés u_u... * Voit une caméra : Aaaaaaaaah !*

Enfin, une petite note pour vous dire que je vous remercie encore une fois pour vos nombreux commentaires et même pour le nombre de personnes qui lisent cette histoire ; J'ai l'impression que ça augmente avec le temps, étonnant ! J'ai pris en compte vos remarques concernant les noirs et le moyen de locomotion pour aller à Poudlard... J'ai d'ailleurs trouvé l'idée des carrosses partant de différents points et se composant à l'intérieur de plusieurs compartiments comme pour des trains très intéressante... à voir si je la met en place. De même, quand je parlais de Dean et Angelina, j'incluais également tous les autres élèves à la peau noire ! Vous avez bien fait de me rappeler qu'il pouvait aussi exister une forme de racisme vis-à-vis des soeurs Patil et de Cho Chang, bien que pour les deux premières les relations entre l'Angleterre et l'Inde étaient plutôt cordiales, de même pour les asiatiques. La discrimination qu'elles pourraient subir serait très minime je pense.

Serpentard : Merci pour ton commentaire et ta remarque : J'en prends note !

Guest : Merci pour ton commentaire ! Hm concernant tes idées, la première m'a l'air pas mal surtout qu'elle ne devrait pas troubler les moldus s'ils voyaient ces carrosses, mais… des thestrals ? C'est le nom anglais pour les sombrals ? Faudra que je me renseigne tiens… Quant aux étudiants de couleur, c'est vrai que les sorciers ont déjà les elfes pour les servir, alors la discrimination pourrait venir plutôt des nés-moldus dans ce cas. Ce serait étonnant quand même !

Yuri Girl : Merci pour ton commentaire (c'est normal je trouve de répondre à vos commentaires, ce serait un manque de respect de ne pas le faire !). Les stars de l'époque alors ? Hm… Perso je n'ai jamais vu un seul film de Hitchcock sauf peut-être celui avec les oiseaux, mais c'est sur que la Marilyn Monroe… *bave*. Enfin, n'oublions pas la sublime Elizabeth Taylor, Audrey Hepburn ou encore Sharon Tate… Des actrices comme on en fait plus :x

Narkor : Merci pour ton commentaire ! Je parlais juste de l'espérance de vie de l'époque, après certains peuvent mourir plus vieux ou plus jeune, tout dépend du mode de vie (je crois même que les paysans mourraient bien avant cinquante ans). Venir par leur propre moyen aurait pu être sympa c'est vrai, mais ça aurait enlevé tout le charme des trajets jusqu'à Poudlard et dans le même temps la possibilité de créer des amitiés avant même d'être réparti à l'école. Mieux vaut un moyen de transport convivial et propice aux rencontres. Pour les élèves ayant la couleur de peau noire, je pense plutôt que ce serait dans l'optique de la discrimination raciale les nés-moldus qui pourraient se montrer hostile envers eux, un comble quand même quand on sait que ce sont les sang-purs les plus racistes à Poudlard !

Evanel : Merci pour ton commentaire ! Cependant je ne pense pas que l'idée des Sombrals soit bonne, à moins de rendre les diligences elles-mêmes invisibles ! Ce serait quand même bizarre pour les moldus de voir un carrosse se déplacer seul sans aucun animal pour le tirer. Au pire, on pourrait leur mettre une lourde armure pour les recouvrir, mais ce serait quand même plutôt bizarre ^^. Les noirs à Poufsouffle ? Hm… je ne pense pas que la répartition soit une histoire de couleur de peau, même si contrairement à certains élèves ils n'auront bien évidemment pas de préjugés raciaux. Enfin nous ne sommes pas encore là, je pourrais bien trouver une petite pirouette scénaristique pour résoudre ce problème. Quant à ta question, pour le moment monde sorcier et moldu se ressemblent encore beaucoup, tant sur le plan technologique, politique et même physique. Même les vêtements se ressemblent, alors les sorciers peuvent facilement se fondre dans la masse. Toutefois, j'expliquerai quand même de temps à autre comment ils font pour cacher leur existence aux moldus, mais ça se fera en plusieurs étapes !

Sur ce, bonne lecture !

L'année 1800 avait finalement fait son arrivée dans le calendrier, une année qui était pour beaucoup de gens synonyme d'espoir mais également de crainte pour d'autres qui croyaient là que ce changement de siècle rimait avec fin du monde. Pour l'heure, aucun cataclysme n'était arrivé, pas même la plus petite tornade pouvant causer quelques dégâts ni même une sécheresse sans nom causant famine et pauvreté. Les champs colorés annonçaient une excellente récolte à venir, le climat était chaud et sec, et d'un point de vue politique, Le Royaume-Uni ne s'était jamais aussi bien porté depuis longtemps, surtout grâce aux récentes victoires navales contre les français à Aboukir, Malte et à Copenhague contre les danois qui assurèrent une certaine stabilité et puissance au pays face à ses rivaux de toujours. Même la campagne d'Egypte entreprise par les français voilà de cela près de deux ans commençait à virer à l'avantage des britanniques, et ce n'était plus qu'une question de semaines avant que Malte ne soit reprise de leurs mains. Oui, le pays vivait sous d'excellents auspices, mais tout n'était pas toujours rose au sein même de ses contrées.

Pour le moment, L'été était depuis déjà longtemps installé sur le pays, et ses rayons chauds et lumineux commençaient à voir le jour très tôt le matin en s'invitant dans chaque foyer anglais pour en déloger les occupants. La plus petite chambre du manoir Potter ne dérogeait pas à la règle, et en moins de temps qu'il n'en fallut, la clarté du soleil s'invita dans cette pièce pour venir déranger son occupante, une petite demoiselle aux longs cheveux auburn qui brillèrent de mille feux dès que les rayons de soleil s'en approchèrent. La demoiselle qui n'était autre que Rosie fut malgré ses yeux clos et le profond sommeil dans lequel elle était plongée éblouie par la luminosité lui éclairant le visage, et à ce contact, ses yeux se plissèrent presque naturellement tandis qu'elle s'éveillait peu à peu à cette nouvelle journée tout en bougonnant sur cette méthode de réveil plus que brutale.

Mais même en se retournant pour se mettre dos à sa fenêtre et ainsi avoir l'opportunité de se rendormir, son miroir disposé près de la porte se fit tout aussi joueur que les vitraux et lui renvoya automatiquement l'éclat du soleil en plein visage. Attaquée de toute part, Rosie s'avoua vaincu et commença à papillonner des yeux pour s'habituer à la clarté de sa chambre et essayer malgré tout de commencer cette journée du bon pied.

- J'aurais dû fermer les rideaux hier soir…, bougonna t-elle en s'étirant les bras. Ça m'apprendra à veiller tard…

Personne ne pouvait lui en vouloir de passer ses soirées le nez dans un livre tout comme le faisait lorsqu'il était encore là Harry, mais c'était justement pour se rappeler ses habitudes qu'elle s'était elle aussi mise en tête de s'instruire jusqu'à des heures que sa mère trouverait indécentes pour une petite fille de son âge. C'était d'ailleurs de lui dont elle rêva encore cette nuit, un rêve qui par ailleurs fut tout comme les autres merveilleux, empli de joie et d'allégresse et où elle voyait sa famille enfin au complet et réunie autour d'un délicieux repas où chacun échangeait de vieux souvenirs avec les autres, riant, trinquant et s'amusant des frasques qu'il avait pu faire tout en profitant de la présence de l'autre pour renouer les liens rompus depuis trois ans.

- J'aimerais tellement que nos retrouvailles se passent ainsi…, dit-elle pensivement en souriant tendrement à l'image d'Harry qu'elle avait en tête. J'ai hâte de te retrouver grand frère…

Perdue dans ses pensées, Rosie ne remarqua même pas qu'elle était depuis près de cinq minutes en position assise sur son lit à regarder sans même s'en rendre compte la jeune fille qui apparaissait dans le reflet de son miroir et qui tout comme elle semblait la tête ailleurs. Rosie avait maintenant sept ans, un an de moins seulement par rapport à l'âge qu'avait Harry lorsqu'il avait quitté le domicile voilà plus de trois ans maintenant, mais sa sœur essayait de penser le moins souvent à cela pour ne pas tomber de nouveau dans un profond sentiment de manque et de tristesse en songeant à son absence. Son corps, bien que gardant toujours les rondeurs de l'enfance, commençait petit à petit à gagner en forme et en finesse et lui donnait déjà une apparence svelte s'approchant de celle de sa mère. Autant dire que les prétendants ne manquèrent pas, mais bizarrement, James n'avait pas encore fait son choix concernant le futur époux de sa fille. Peut-être par peur de la voir un jour dans les bras d'un homme ? Par envie de la garder le plus longtemps possible auprès de lui ? De retarder au maximum l'échéance où elle partirait définitivement de chez lui pour s'installer avec son mari ? Rien de tout ça.

La seule chose qui expliquait le fait qu'elle ne soit pas encore fiancée était simplement qu'il n'avait pour l'instant reçu aucune offre satisfaisante. Sa fille n'était de toute évidence qu'un tas de chair bon à vendre au plus offrant, et sur ce marché là, les familles se bousculaient littéralement pour avoir la meilleure part : Quoi de mieux après tout que de fiancer leur fils à la sœur du héros national et le lier à la famille la plus célèbre de Grande Bretagne ? Tout le monde enchérissait, même les Malefoy, et cela malgré le statut de sang-mêlé de Rosie.

Cette dernière n'avait bien évidemment aucun soupçon concernant son sort, James faisant le plus souvent cela derrière son dos, mais malgré tout, les quelques commentaires qu'elle recevait de temps à autre pendant les diners mondains où sa famille était conviée lui mettait malgré tout la puce à l'oreille.

« Un visage fin et gracieux… pommettes saillantes… Excellent maintien... Cette petite fait honneur au sang des Black coulant en elle… » fut le genre de propos qu'elle pouvait entendre de temps à autre.

Sa grand-mère était après tout un membre directe de la lignée des Black, une famille considérée par beaucoup comme la plus noble et respectée et donnant toujours naissance à de nouveaux membres réputés par la suite pour leur beauté, et Rosie fut très touchée ce jour-là qu'on lui affirme même indirectement qu'elle en était la digne représentante, et par la même occasion que l'on lui dise qu'elle ressemblait à sa chère grand-mère si tragiquement disparue. On ne pouvait néanmoins pas en dire autant de son frère qui continuait de prendre du volume au fil du temps et qui pesait sans aucun doute le même poids qu'un adolescent normal de quinze ans.

« Peut-être que Matthew n'est pas un vrai Potter, ou alors le sang des Black n'a pas jugé utile de s'immiscer en lui parce qu'il le considérait comme indigne d'être l'un de ses représentants » s'était-elle dit une fois en réprimant un fou rire en voyant son frère se dandiner au beau milieu de la piste de danse d'une fête organisée par le ministre de la magie.

De la même façon que son corps commençait à se transformer, sa personnalité en elle-même se développa également, et bien qu'ayant pour l'instant seulement sept ans, Rosie, et selon les propres termes de sa mère et de Rémus possédait une clairvoyance et une maturité peu commune, donnant parfois l'impression aux autres qu'elle était bien plus âgée qu'elle n'en paraissait. La faute en revenait peut-être aux évènements se déroulant autour d'elle et aux machinations et autres coups tordus dont elle avait appris à connaitre les signes et à s'en méfier, ou alors tout simplement au drame se déroulant dans sa famille et le climat dans lequel elle vivait depuis quelques années. Le temps des jeux et des rires avait depuis longtemps fait place à un climat pesant et constamment hostile où chacun observait l'autre en chien de faïence, prêt à attaquer au moindre faux pas ou à recevoir des coups quand la situation ne tournait pas en sa faveur, et le plus souvent, c'était elle qui était dans la deuxième catégorie.

En deux ans, bien des choses avaient changé autour d'elle, mais rarement en bien. Le changement le plus notable était certainement le comportement de son père vis-à-vis d'elle, un père qu'elle détestait depuis longtemps et qui avait fini par en venir aux mains pour lui inculquer ses valeurs. Harry fut le premier souffre douleur de la famille, mais elle reprit en moins d'un an le triste flambeau laissé par son frère pour devenir à son tour le défouloir favori de James. Les gifles, les fessés, les coups de ceinture, les privations et autres interdits devinrent son lot quotidien, et son père semblait même devenir de plus en plus sadique avec le temps. Il ne fut par exemple pas rare qu'elle doive dormir dans la cave ou parmi les elfes de maison sur une vieille paillasse à titre de punition pour avoir eu un comportement ayant déplu à James.

Mais contrairement à Harry, Rosie ne se laissa pas faire et persistait à provoquer son père en s'élevant contre lui, une prise de risque qui expliquait en grande partie pourquoi elle était si souvent punie. Son fort caractère, ajouté à son sens de la répartie et la manière presque condescendante qu'elle employait pour vilipender et juger son père lui valurent de nombreuses louanges notamment de sa mère et des Greengrass, mais le revers de la médaille lui revenait aussi en pleine figure dans ces moments-là.

« Cette gamine est absolument stupéfiante… » avoua même Sirius un soir après un énième repas durant lequel Rosie s'insurgea de nouveau contre le comportement de James. « Ma mère aurait tué pour avoir une fille comme elle… »

Venant de sa part, Rosie aurait pu être heureuse d'entendre ces mots sortir de sa bouche, mais seulement si elle avait pu un jour créer un lien avec lui. Malheureusement, Sirius était pour elle un étranger, un homme qu'elle n'avait absolument pas envie de connaitre et qui de toute façon n'avait jamais rien fait pour en apprendre lui-même sur elle. Ces compliments étaient par conséquent sans effet et indignes de son intérêt. Il n'y avait bien que ceux de Rémus qui ne cessait de louer son intelligence et ceux de sa mère qui importaient pour elle, le reste était dérisoire à côté de cela.

Mais si sa personnalité la poussait à agir contre James, il en était tout autre pour sa mère qui, durant la même période des deux ans, devint l'ombre de la femme qu'elle fut autrefois. La faute en revint malheureusement à elle, et Rosie ne cessait de se reprocher le jour où elle s'était laissé aller à des propos insultants envers Matthew. Même en montant dans sa chambre et malgré plusieurs couches de pierres et de bois la séparant du salon, Rosie put clairement entendre la discussion entre ses parents, une discussion qui tourna rapidement au règlement de compte. Lily semblait au départ mener les débats en reprochant une nouvelle fois le comportement scandaleux qu'avait son mari envers leur fille et la préférence évidente qu'il avait pour Matthew par rapport à ses deux autres enfants. Son attitude envers elle, les choix qu'il avait faits concernant Harry, les décisions qu'il avait prises pour la famille, sa fidélité presque aveuglante pour Dumbledore… Tout y passa, même des choses plus dérisoires comme les milliers de galions qu'il dépensait chaque mois pour satisfaire les caprices de son fils cadet.

James encaissa sans broncher les remontrances de sa femme, mais lorsqu'elle en vint à parler de la situation de leur couple, Rosie comprit alors pourquoi certains mangemorts avaient pu craindre durant la guerre James et pourquoi la plupart choisissaient de fuir plutôt que de l'affronter. Les cris qu'il poussa firent trembler les murs du manoir, et le chandelier en cristal du salon tinta tellement qu'elle eut l'impression de se trouver juste à côté de lui. Même à plusieurs mètres de lui, Rosie fut effrayée par le nouveau comportement de son père, et elle n'osait imaginer la réaction que devait avoir sa mère au même moment.

L'échange entre les deux fut en tout cas des plus houleux, chacun essayant de se montrer le plus bruyant et méprisant vis-à-vis de l'autre, jusqu'à ce qu'un bruit sec coupe court à leur discussion. Rosie ne parvint pas à déterminer ce qu'était ce bruit, du moins au départ, mais dès ce moment-là, Lily se fit soudainement muette malgré les remontrances de son mari.

« Désormais les choses vont changer ici » furent les derniers mots prononcés par James qu'elle perçue avant qu'elle n'entende la porte d'entrée du manoir claquer violemment.

Leur fille n'osa pas réapparaître de la journée, terrifiée pour la première fois depuis longtemps à l'idée de se montrer devant son père, mais malgré tout le sort de sa mère l'inquiétait également. Ce bruit n'était pas normal, et l'idée que James puisse lui avoir fait quelque chose était tout à fait envisageable pour elle. Mais elle préféra attendre le lendemain, une fois les esprits apaisés, pour en savoir plus sur ce qui s'était passé entre eux.

La vérité lui parvint finalement au petit déjeuner lorsqu'elle entra dans la cuisine. Les elfes étaient occupés à préparer le repas de la famille et ne firent même pas attention à elle, mais peu importait : Le spectacle qu'offrait sa mère était absolument affreux à voir. Les rouages de son cerveau se mirent en marche de manière accélérée ce jour-là, et il ne lui fallut que quelques secondes pour comprendre que pour la première fois depuis leur mariage, James avait fait usage de la violence non pas contre elle, ni contre Harry, mais tout simplement sur sa propre épouse. Le coup avait dû être en tout cas très violent pour qu'elle en garde un bleu à côté de l'œil et un visage légèrement enflé, et malgré les protestations et les tentatives de Lily pour lui faire croire qu'elle était tout simplement tombée, sa fille n'était pas dupe et lui fit avouer au bout d'un long moment la vérité.

James avait perdu patience la veille et avait tout simplement clos le débat en la giflant, une manière radicale pour la faire taire mais qui avait laissé des marques bien plus que visibles en elle. Mais, sans doute pris dans un élan d'euphorie en songeant qu'il avait enfin trouvé le moyen pour la soumettre à lui, son époux ne s'arrêta pas là et lui imposa un changement radical dans sa vie. Ses contacts avec d'autres gens étaient depuis limités au strict minimum, ses conversations par cheminette et par courrier surveillés - James croyant à tort qu'elle avait un amant - et surtout, son comportement envers lui devait être irréprochable, à commencer par un retour dans le lit conjugal sans qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit contre ça. Sa mère devint depuis lors une femme amorphe, comme une coquille vide et incapable de se rebeller, sauf quand James levait la main sur sa fille. Personne ne pouvait lui venir en aide, pas même Rémus qui fut de son côté interdit de séjour chez eux par son désormais ex-ami. Quant à prévenir les autorités, l'idée était tout aussi risible que celle où Matthew devenait soudainement intelligent et excellait dans l'apprentissage de la magie.

- Impossible, souffla t-elle en regardant pensivement le plafond de sa chambre. Merlin lui-même serait incapable d'apprendre quoi que ce soit à ce crétin.

Ne restait plus que la solution d'une fuite de sa mère loin du manoir, mais cette solution fut rapidement balayé par James avec l'appui de Dumbledore qui, ravi de pouvoir enfin avoir une emprise sur elle, l'aida dans sa tâche pour utiliser quelques sorts de son crû visant à retenir contre son gré une personne dans un lieu déterminé : Lily était depuis maintenant plus d'un an incapable de sortir du périmètre tracé par Dumbledore autour du manoir, sauf avec autorisation de James qui en profitait au passage pour l'accompagner partout où elle allait de peur qu'elle ne se sauve.

Voilà désormais la vie que menait Rosie et sa mère au sein du manoir Potter, une vie où il fallait chaque jour batailler pour survivre, une vie à être constamment en alerte et où le moindre faux pas pouvait leur être très douloureux à défaut d'être fatal. Même vivre chez les Malefoy ne devait pas être aussi difficile que la cohabitation avec James, même si Lucius était de loin l'être le plus ignoble et antipathique existant sur Terre.

- Une nouvelle journée commence, soupira t-elle en chassant ces vilaines pensées de sa tête. J'espère qu'elle sera malgré tout différente des autres…

Maintenant qu'elle était pleinement consciente de ce qu'elle disait et faisait, Rosie décréta qu'il était grand temps de se préparer, et rien de mieux pour bien entamer la matinée qu'un bon bain bien chaud. Pour ce qui était des vêtements à choisir, le choix était par contre moins distrayant, la plupart de ses vêtements datant maintenant de plusieurs années sans qu'elle ne puisse en acheter de nouveau. Rosie eut beau une fois levée fouiller méticuleusement son armoire, aucun vêtement ne fut à son gout, et surtout, aucune ne lui allait et pour cause : Matthew avait droit à une nouvelle garde robe tous les deux mois, mais pour elle, James ne daignait même pas dépenser la moindre noise, et ses vieilles robes faisaient office de vêtement de tous les jours, même lorsqu'elles étaient trop courtes de plusieurs centimètres.

- Il faudrait que je demande à Tory de me donner quelques-unes de ses affaires, marmonna t-elle piteusement, gênée à l'idée d'avoir à faire l'aumône auprès de sa meilleure amie.

Le choix se porta sur une robe aux tons colorés idéale en cette journée d'été, et en bonne petite fille qu'elle était, l'envie de la porter au plus vite fit abstraction de tout le reste. Aussi se dépêcha t-elle d'entrer dans la salle de bain pour se préparer, se vêtir et se coiffer, sans même penser un seul instant à son père qu'elle détestait, son frère qu'elle méprisait, l'autre qu'elle adorait et à sa mère qu'elle aimait. Il fallut tout de même trente minutes pour qu'elle se juge suffisamment bien présentable, et après un dernier soupir, elle prit finalement son courage à deux mains et ouvrit la porte de sa chambre pour aller prendre son petit-déjeuner.

Le manoir était pour l'heure calme, et pas un bruit si ce n'est les ronflements de son frère ne troublèrent la quiétude des lieux. Par contre, une délicieuse odeur de bacon cuit lui flatta les narines, de même qu'un délicieux arôme fruité et donnant l'eau à la bouche. Peu importait l'identité du cuisinier préparant le repas un étage plus bas, ses talents n'étaient en tout cas plus à refaire. Le chemin qu'elle prit en tout cas pour venir s'enquérir de cette personne fut on ne peut plus silencieux, et même la marche traîtresse qui d'ordinaire grinçait chaque fois que quelqu'un y posait le pied se fit muette comme une tombe lorsqu'elle marcha malencontreusement dessus. Un signe que la journée commençait bien ? Peut-être… Ou alors quelqu'un avait enfin daigné la réparer. Toujours est-il que guidée par l'odeur du petit-déjeuner qui l'attendait, Rosie arriva finalement dans la cuisine, une pièce aux dimensions convenables et surchargée d'ustensiles de cuisine du sol au plafond. Une simple table en bois de forme ovale trônait au centre de la pièce sur laquelle était disposée une quantité abondante de victuailles ne demandant qu'à être mangée. La seule autre personne présente dans la cuisine n'était autre que sa mère qui pour l'heure lui tournait le dos, trop occupée à faire cuire les mets qu'elle souhaitait offrir à ses convives. Pas un elfe n'était là pour lui donner un coup de main, mais Rosie savait pertinemment que pour profiter au maximum de l'un des derniers loisirs que James lui autorisait de faire, Lily avait sans nul doute congédié ces petites créatures pour avoir le champ libre.

- Bonjour maman, dit-elle en se dirigeant vers elle.

- Oh Rosie, bien dormi ? lui demanda sa mère en se tournant vers elle, nettoyant par la même occasion ses doigts sur le tablier qu'elle portait.

Sa fille se contenta d'hocher simplement sa tête avant d'enlacer Lily dans une étreinte comme elle en avait pris l'habitude depuis longtemps chaque matin. Tandis que sa mère lui embrassait tendrement le sommet du crâne, Rosie en profita pour la détailler de manière plus minutieuse, une autre habitude qu'elle avait prise depuis près de deux ans maintenant. En aussi peu de temps, Lily avait beaucoup changé, mais pas dans le bon sens du terme : Son teint autrefois lumineux et envié par toutes les sorcières de Grande Bretagne avait perdu de son éclat depuis longtemps, remplacé par une peau pâle et marquée par les années écoulées. Ses yeux si éclatant de vie étaient maintenant tristes, ternes, vides, comme hantés, alors que son regard était plus intimidant à cause des lourdes cernes qu'elle avait sous les yeux. Même ses cheveux qui faisaient sa fierté jadis avaient tout comme le reste perdu de leur éclat.

Ce triste spectacle manquait à chaque fois de la faire fondre en larmes, mais plutôt que de s'apitoyer sur le sort de sa mère, Rosie préférait se montrer très protectrice envers elle, passant l'exclusivité de son temps en sa compagnie et ne la délaissant pour rien au monde, pas même pour aller passer la journée chez son amie Astoria pour lui montrer que malgré tout ce qui arrivait, elle était toujours là pour elle et ne l'abandonnerait jamais. Il valait mieux cela que de voir mourir à petit feu Lily sans réagir, et Rosie se doutait que si elle n'avait pas été là pour elle, Lily se serait déjà depuis longtemps donné la mort à défaut de pouvoir quitter le domicile conjugal.

- Le repas est presque prêt, tu devrais aller t'asseoir, l'invita t-elle en la conduisant vers l'une des chaises. Des Pancakes ?

- Oh oui ! Mieux vaut commencer par ce qu'il y a de plus bon avant que Matthew ne pointe le bout de son nez. Je n'ai toujours pas oublié la petite scène qu'il a faite hier pour tous les avoir… Il pourra aller se gratter maintenant, je ne lui laisserai rien du tout !

- Rosie, la sermonna légèrement Lily en retournant à ses fourneaux. Tu ne devrais pas agir comme ça vis-à-vis de ton frère, il y a déjà suffisamment de tensions dans cette maison…

- Mais je n'y peux rien maman ! souffla t-elle en croisant les bras derrière sa tête. Matthew est un imbécile qui pense d'abord à son estomac avant celui des autres !

Sa mère ne lui répondit pas, du moins pas ouvertement, mais Rosie était à peu près certaine de l'avoir entendu murmurer « La nourriture est bien la seule chose pour laquelle il se donne la peine de se battre… », d'où le petit sourire moqueur qu'elle arborait désormais tandis que sa mère continuait de cuisiner pour elle.

- James dort encore ? demanda t-elle finalement au bout de quelques minutes.

- Il est rentré tard cette nuit, répondit Lily en ne la sermonnant même pas pour avoir désigné son père par son prénom. Nous ne devrions pas le voir avant quelques temps, juste assez en tout cas pour passer une matinée entre mère et fille !

- Tant mieux dans ce cas ! se réjouit Rosie en songeant déjà à ce qu'elles pourraient faire ensembles. Ça fait longtemps que nous n'avons pas passé un petit moment rien que tous les deux !

Les minutes qui suivirent leur permirent de profiter pleinement de la présence de l'autre, chacune questionnant l'autre sur tel ou tel sujet en omettant bien évidemment d'aborder les sujets fâcheux pouvant les mettre mal à l'aise. Voir sa mère de bonne humeur fut d'ailleurs l'occasion pour Rosie de se réjouir de l'absence de son père. Malheureusement, celui-ci se réveillerait tôt ou tard, et ce petit moment d'intimité serait rapidement oublié par son arrivée parmi elles.

- Aujourd'hui est une journée assez particulière, tu sais ? dit Lily en revenant vers elle, l'une de ses mains occupée à tenir en équilibre une pile de pancakes agrémentés de miel qu'elle posa devant Rosie. Ta marraine m'a informé qu'il se passerait quelque chose de très spécial aujourd'hui…

- Ah bon ? s'étonna Rosie en se demandant ce que Minerva McGonagall, directrice adjointe de Poudlard et accessoirement marraine, pouvait bien avoir dit. Qu'est-ce donc ?

- Oh je ne sais pas si je peux te révéler ceci…, répondit innocemment sa mère en mordant dans une gaufre.

- Oh allez maman ! Tu sais très bien que je ne te laisserai pas tranquille tant que tu ne m'auras pas dit ce que tu caches !

Lily se contenta de mordiller joyeusement dans sa pâtisserie sous l'air impatient de sa fille. Titiller la curiosité de Rosie était si facile qu'un rien pouvait l'intéresser, même la plus petite anecdote. Mais l'information qu'elle allait de toute manière lui donner valait amplement la peine de la faire mariner de cette façon.

- Très bien mademoiselle, de toute façon vous l'auriez su très rapidement. Alors aujourd'hui… nous recevons une lettre de Poudlard.

- Une lettre ? répéta Rosie, un brin déçu. C'est tout ?

- Mais cette lettre est très importante ! Elle concerne une personne en particulier.

D'abord sceptique, Rosie comprit rapidement à qui sa mère faisait allusion, et cette annonce lui arracha un immense sourire. Son grand frère Harry allait recevoir sa lettre de Poudlard, une lettre qui annonçait son retour imminent auprès d'elle et de sa mère et mettait fin ainsi à son éloignement. N'y tenant pas, Rosie se jeta tout simplement sur sa mère, heureuse à l'idée de pouvoir faire de même avec son frère dans peu de temps.

- ça veut dire qu'il peut revenir à la maison dès aujourd'hui ? demanda t-elle en levant légèrement sa tête vers celle de Lily.

- Rien ne s'y oppose en tout cas. Après tout, James voulait l'éloigner trois ans le temps qu'il soit assez vieux pour aller à Poudlard, et cette échéance se termine dès qu'il reçoit sa lettre. Nous pourrions aller lui rendre visite dès aujourd'hui !

La perspective de revoir si vite Harry enthousiasma encore davantage Rosie qui attendait ce moment depuis si longtemps maintenant. Trois ans… Que le temps passait vite. Son frère devait avoir tellement changé entre temps. Du petit garçon de huit ans craintif et triste à l'idée d'être séparé de sa famille, il était à présent un garçon allant sur ses onze ans, sans doute grand et toujours aussi intelligent mais qui ressemblerait malheureusement à une version miniature de James Potter au même âge. La seule chose qu'elle redoutait dans ces retrouvailles était sans nul doute la rancune voir la colère qu'il pourrait avoir envers elles pour leur absence et leur incapacité à pouvoir prendre de ses nouvelles en allant le voir ou en lui faisant parvenir du courrier. Harry leur en voudrait pour ça, et elle-même réagirait de cette manière si elle avait été dans le même cas, et lui expliquer que la raison de ce silence était la surveillance complète de James sur elles et sur leurs correspondances s'annonçait ardu. Rosie espérait simplement qu'il laisse rapidement de côté sa rancune pour pouvoir profiter des quelques semaines de retrouvailles s'offrant à eux avant qu'il ne fasse sa rentrée à Poudlard et… qu'il s'éloigne de nouveau d'elles pendant de longs mois encore. Chaque moment comptait désormais, et Rosie se promit à elle-même de ne pas rater la moindre occasion pour se retrouver seule en sa compagnie.

- Il me manque tellement…, avoua t-elle en se rasseyant sur sa chaise. J'aurais tellement voulu qu'il soit là pour voir mes premiers signes de magie accidentelle ou pendant cette journée à la plage en Crête où nous avons fait connaissance avec ces sirènes… Je suis sûre qu'il aurait aimé les voir…

- Moi aussi chérie, moi aussi…, répondit pensivement Lily, les yeux dans le vague. Mais nous aurons d'autres occasions pour rattraper le temps perdu, et c'est une promesse que je te fais tout comme je lui ferai.

Rosie acquiesça simplement à ses paroles avant de se plonger telle une damnée sur sa pile de pancakes qu'elle dégusta goulument. Lily elle repartit surveiller les plats qu'elle faisait cuire, préférant s'occuper l'esprit à cuisiner plutôt qu'à elle aussi ressasser l'absence de son fils aîné. Suffisamment de malheurs s'abattaient sur elle sans qu'elle n'ajoute à cela la nostalgie des journées passées en compagnie d'Harry et Rosie… Une période si lointaine à ses yeux et qu'elle regrettait continuellement.

- Hmmm, j'ai une faim de loup ! s'exclama Matthew en faisant irruption dans la cuisine quelques minutes plus tard.

Sa soeur, qui venait justement de finir son repas favori, releva les yeux pour se retrouver nez à nez avec son grand frère. Celui-ci avait encore pris du poids en deux ans et ses kilos en trop menaçaient à présent de déborder de chaque côté de son ventre, tandis que son corps en lui-même semblait avoir le double du volume d'un garçon de son âge. Malgré tous les régimes et les tentatives de Dumbledore pour le faire maigrir, Matthew continuait inexorablement de grossir et de ressembler peu à peu à un cochon bien engraissé, et cela était en grande partie dû à l'idiotie de James qui continuait à le fournir en sucrerie. Même son balai, un nimbus 1800 dont il était pourtant fier et dont il prenait grand soin, se brisa purement et simplement lorsqu'il essaya de s'asseoir dessus un beau jour malgré le sortilège de renforcement placé sur la couche de vernis. Oui, son frère était très gros, et ajouté à cela une bêtise sans commune mesure et un caractère irascible et l'on obtenait le résultat qu'elle avait devant elle.

- Qu'est-ce que tu regardes, morveuse ? lui cracha t-il d'ailleurs en remarquant ses yeux posés sur lui.

- J'étais en train de me demander depuis quand nous avions une ferme au manoir…, dit-elle en faisant mine de réfléchir. Je ne savais pas que nous avions en tout cas un porc parmi nous, et que ce porc avait la permission de pouvoir entrer dans la cuisine…

- C'est de toi que tu parles, n'est-ce pas ? dit-il en la fusillant du regard.

- La femelle du porc s'appelle une truie, or le porc est un mot masculin qui désigne lui son partenaire, et il n'y a qu'une personne répondant à ce critère parmi nous…

Piqué au vif, Matthew, dont les compétences en occlumancie approchaient du néant, vira immédiatement au rouge vif. Se saisissant d'une poignée de fraises disposées dans une corbeille devant lui, il était sur le point de les lancer sur sa sœur lorsque, se rendant compte sans doute que ce qu'il tenait était comestible, il abandonna son plan et se mit plutôt à les manger l'une après l'autre sous les yeux consternés de Rosie.

- Y'a que ça à manger ? demanda t-il entre deux bouchées. On dirait le repas d'un Weasley ! Où sont Gizmo, Dunny et Twinny ? Ils flemmardent ? Papa devrait les punir pour être aussi paresseux !

- Alors premièrement jeune homme, je ne fais pas à manger pour un régiment mais pour seulement quatre personnes, alors en attendant mange ce que tu peux ! Deuxièmement, je t'interdis de dénigrer les gens qui n'ont pas autant à manger que nous ! Ton père n'a peut-être pas l'intention de t'apprendre l'empathie, mais je suis bien décidée à le faire de mon côté !

- Mais…

- Troisièmement, l'interrompit Lily en levant un doigt pour le faire taire, les elfes ne sont pas là parce que je leur ai demandé de me laisser le champ libre pour cuisiner, alors je te défends d'aller raconter à ton père qu'ils font mal leur travail, ou tu peux être certain que je saurais te trouver une punition dont tu te souviendras !

- Papa ne te laissera pas faire ! répliqua t-il en frappant du poing sur la table. Si tu fais ça, je lui dirais que tu m'as puni injustement, et c'est toi qui auras une punition dont tu te souviendras !

Pour le coup, Rosie fut bien tentée de lui administrer un coup de pied sous la table, tant son comportement la répugnait au plus au point. Matthew, sachant que sa mère était désormais passive et était sujette aux réprimandes parfois violentes de son mari, jouait désormais à cela en menaçant purement et simplement Lily de représailles si elle osait faire preuve d'autorité contre lui. Lily n'était plus qu'une femme sans aucun appui pouvant l'aider à faire obéir son fils, et celui-ci agissait désormais avec elle comme avec n'importe quelle servante, voir même comme avec un elfe de maison. Sa propre mère n'était plus là pour lui que pour ranger sa chambre, faire à manger et s'occuper de son linge ; une boniche pour faire simple. C'est ce que pensait en tout cas Rosie, mais les agissements de son frère tendaient à prouver ses dires. Matthew n'avait d'ailleurs plus fait preuve de tendresse et d'amour envers elle depuis des années, et la sœur d'Harry n'arrivait même pas à se souvenir de la dernière fois où il lui avait dit « Je t'aime » sans espérer en retour un petit quelque chose comme récompense.

Lily elle, trop choquée par les propos de son fils et surtout blessée de voir que celui-ci la menaçait ouvertement de donner à James l'occasion de lui administrer une ou deux gifles, ne put exprimer le moindre mot, sa bouche devenue soudainement trop lourde et sèche pour pouvoir faire usage de la parole. Sa main droite, accrochée à la poignée de sa poêle, tremblait tellement que les tranches de bacon chauffant à l'intérieur ne cessait de sauter dans les airs en menaçant de tomber par terre, tandis que ses yeux, fixés intensément sur Matthew, menaçaient à tout instant de déverser un flot continu de larmes depuis déjà trop longtemps gardées au fond d'elle.

C'était une femme et une mère anéantie qui se présentait à eux en cet instant, une personne meurtrie dans sa chair et détruite au plus profond d'elle-même et impuissante devant le spectacle qu'offrait désormais sa famille. Aussi, pour éviter d'avoir à supporter plus longtemps le regard moqueur de son fils fier d'avoir réussi à la faire taire, Lily préféra détourner son attention sur ce qu'elle cuisinait actuellement, reniflant de temps à autre au beau milieu du silence qui s'était installé dans la cuisine.

- T'es content de toi, hein ? chuchota furieusement Rosie en regardant avec haine son frère assis devant elle. Ça te fait plaisir de la rendre malheureuse !? Quel genre de fils tu es ? Quel genre de fils ferait pleurer sa mère ?

- Un fils qui sait comment traiter avec les femmes, répliqua t-il en ne daignant même pas la regarder. Papa m'a toujours dit d'être ferme avec vous, et le professeur Dumbledore n'arrête pas de me répéter que les femmes sont le sexe faible et que par rapport à un homme, elles leur sont inférieures.

- Espèce de salaud ! fulmina t-elle en lui jetant une gaufre en pleine figure. Ça ne te donne pas le droit de traiter maman comme un chien ! Pfiouuuu, Si ça ne tenait qu'à moi, je t'aurais déjà refait le portrait pour toutes les immondices qui sortent de ta bouche !

- Touche-moi une seule fois et je préviens papa pour tes menaces !

- « Je vais le dire à papa » ! « Papa ne te laissera pas faire » « Quand papa entendra parler de ça » et gnagnagna et gnagnagna ! Tu n'as que ces mots là à la bouche, crétin ! Il est beau le sauveur des sorciers : incapable de se défendre tout seul ! Je ne savais pas que le monde magique avait choisi de mettre toute sa confiance sur un gros bébé aussi pathétique que faible ! Merlin, je préfère encore me rallier à Voldemort plutôt que de devoir supporter trois incapables comme toi, Dumbledore et ton cher papounet !

- AH ! s'exclama t-il soudainement en la pointant du doigt. Je savais bien que tu n'étais qu'une sale vipère comme tous les Serpentards ! Tu viens de l'avouer toi-même : Tu préfères être une mangemort plutôt que de rejoindre le côté du bien et le camp de Dumbledore !

- En fait, j'aurais tendance à choisir la neutralité plutôt qu'avoir à choisir entre vos deux camps. Vous êtes tout aussi pathétiques l'un que l'autre, et je préfère garder ma dignité plutôt que de jouer la suivante d'un imbécile comme toi.

Matthew, offensé par ses propos injurieux, tenta maladroitement de lui administrer un nouveau coup de pied sous la table comme il était d'usage entre eux à chaque repas, mais malheureusement pour lui, sa jambe trop courte et trop lourde faillit lui coûter bien plus qu'un coup de pied dans le vide : Sa dignité. Il en fallut en vérité peu pour qu'il ne glisse de sa chaise et se vautre par terre. Rosie elle éclata de rire devant ses pathétiques tentatives pour la blesser, et même Lily, pourtant dos à eux, réprima l'envie de glousser.

- Tu me paieras ça plus tard, siffla t-il entre ses dents. Ron et moi allons te préparer quelques petites surprises dont tu nous diras des nouvelles !

- Merlin que j'ai peur ! Oh par pitié, que mon preux chevalier en armure vienne me sauver des mains de cet affreux garçon aux jambes trop courtes ! s'exclama théâtralement Rosie en feignant la peur. Je n'ose imaginer ce que ce bougre est capable de faire à une pauvre jeune fille innocente telle que moi ! Oh mon preux chevalier, hâtez-vous ! Je ne sais combien de temps je vais tenir face aux assauts de cet individu et de son complice l'écuyer Ronald Weasley dit « la belette galeuse » !

N'y tenant plus, Lily se mit à ricaner bien que discrètement devant les agissements de sa fille, tout en se promettant de la faire intégrer une pièce de théâtre un jour ou l'autre pour ne pas gâcher le don qu'elle avait pour la comédie. Néanmoins, ce moment d'amusement fut brusquement interrompu par l'arrivée de James dans la cuisine, l'air groggy comme quelqu'un ayant trop bu la veille et traînant des pieds en se prenant tout ce qui se trouvait par terre.

- Bonjour tout le monde ! s'exclama t-il en s'avançant dans la cuisine, en pyjama et les cheveux plus ébouriffés que jamais.

- Salut P'pa ! lança tout aussi fort Matthew en le voyant apparaître, oubliant complètement par la même occasion les multiples humiliations de sa sœur quelques secondes auparavant.

Son fils fut le seul à lui répondre, Rosie se contentant de boire dans son bol pour se trouver un prétexte afin de ne pas lui répondre tandis que Lily préférait lui tourner le dos en continuant à faire cuire le bacon dans l'une des poêles. James remarqua peut-être l'indifférence de sa femme envers lui car il se dirigea rapidement vers elle pour passer ses bras autour de sa taille, la tête posée sur son épaule qu'il embrassait tendrement.

- Bonjour chérie, susurra t-il au creux de son oreille. Je ne t'ai pas entendu te lever ce matin...

- Je ne voulais pas te déranger, dit-elle d'une voix neutre, indifférente à ses marques d'affection.

- Pourquoi cuisines-tu ? demanda t-il en regardant finalement ce qu'elle faisait. Les elfes sont là pour ça… Si tu continues, je vais devoir me séparer d'eux…

- Mh…

James desserra finalement son emprise sur elle sans remarquer une seconde que sa femme n'était décidément pas disposée à lui parler, à moins que cette situation lui plaisait. Ébouriffant au passage les cheveux de son fils, il prit quelques secondes plus tard place à côté de lui, s'affalant littéralement sur sa chaise comme un enfant immature en prenant négligemment une poignée de fraises se trouvant à sa portée. Lily avait depuis longtemps abandonné ce combat perdu d'avance et ne lui reprocha même pas son comportement à table qui influençait également Matthew à faire la même chose. Ce manque de réaction de la part de sa mère l'incita d'ailleurs à braver ce qui était autrefois un interdit, et Matthew se prélassa tel un pacha sur sa propre chaise, profitant d'ailleurs de l'occasion pour donner un coup de pied discret à Rosie sous la table qui cette fois atteignit sa cible. Sa sœur réprima l'envie d'y répondre ou même de pousser un léger halètement de douleur pour ne pas lui donner satisfaction, mais l'envie de lui plonger sa tête dans son bol de chocolat était également très tentante.

- Alors fiston, qu'est-ce que tu as prévu de faire aujourd'hui ? lança James sans se préoccuper du fait que son fils avait les mêmes manières à table qu'un troll des cavernes.

- Ron doit venir à la maison pour jouer avec moi ! répondit-il. Je crois qu'il va amener avec lui Ginny pour que l'on puisse s'amuser tous les trois ! Il faut dire que je suis beaucoup aimé des Weasley, ce qui n'est pas le cas de tout le monde…

Rosie savait pertinemment que cette dernière phrase était à son encontre, mais selon ses propres dires, que les Weasley soient amis ou non avec elle était le cadet de ses soucis, en particulier quand cela concernait Ronald et Ginevra Weasley. Ces deux là étaient comme les sous-fifres de Matthew, le premier le suivant partout en ne cessant de s'émerveiller sur l'immense renommée de son ami et les jouets coûteux qu'il possédait quand l'autre était tout simplement amoureuse de lui et se voyait déjà devenir la prochaine Lady Potter. Matthew ne se rendait même pas compte que la seule chose qui les intéressait vraiment en lui était sa richesse et non lui-même, et le voir se vanter d'avoir d'aussi « fabuleux amis » était un spectacle très amusant. Si Matthew avait été pauvre ou s'il n'avait pas été le pourfendeur de Voldemort, alors les deux Weasley n'auraient même pas daigné lever les yeux sur lui, un comble tout de même quand on savait que cette famille était l'une des plus anciennes mais également l'une des plus pauvres du Royaume-Uni.

Rosie n'avait aucune idée de comment ces trois-là avaient bien pu se rencontrer, surtout que Matthew avait énormément de préjugés sur les familles pauvres et ne cessait de les dénigrer continuellement ; Qu'il ne fasse pas la même chose avec eux était pour le moins étonnant, et qu'il tolère leur présence l'était encore davantage. Mais cela ne la regardait pas de toute manière, et le mieux aujourd'hui était d'éviter le plus possible la présence de ces trois idiots pour ne pas créer en davantage de tensions autour d'elle. Elle n'avait de toute façon aucun point commun avec eux et préférait encore se quereller avec son père plutôt que de discuter nourriture avec ce goinfre de Ron ou parler gnome de jardin et plancher qui grince avec Ginny qui ne ratait jamais une occasion pour se plaindre de la vétusté de la maison de ses parents.

- Hé bien cela veut dire que nous aurons toute la journée rien que pour tous les deux Lily, dit James sans se soucier de ce qu'avait prévu de faire aujourd'hui sa fille. Nous n'allons pas nous ennuyer !

- Merveilleux James…, se contenta t-elle de dire sans se retourner vers lui.

Son comportement pour le moins peu amical envers lui sembla déplaire à son mari qui perdit rapidement le sourire qu'il arborait jusqu'alors. Ses yeux eux ne quittaient pas une seule seconde Lily, comme pour l'analyser.

- Allons Lily, tu pourrais faire au moins semblant d'apprécier le fait que je souhaite passer une journée complète avec toi ! Tu te plains constamment que je ne passe pas suffisamment de temps avec toi, et…

Des coups portés sur la fenêtre de la cuisine l'interrompirent dans sa diatribe, tandis que le reste de la famille avait porté son attention sur le hibou attendant de l'autre côté de la vitre que quelqu'un vienne lui ouvrir pour pouvoir délivrer la lettre qu'il tenait accrochée à sa patte.

- Ma lettre de Poudlard ! s'exclama Matthew en se levant déjà de sa chaise pour aller récupérer ce qu'il croyait être son courrier.

- Tu n'as que neuf ans, l'informa d'un ton condescendant Rosie en roulant des yeux.

- De quoi te mêles-tu, Miss Je-Sais-Tout ? Je suis tellement intelligent que Dumbledore a pensé qu'il était temps pour moi de commencer ma scolarité dès maintenant, voilà tout ! Quand je pense à la tête que feront les autres élèves en me voyant arriver, ils ne vont pas en revenir ! Leur héros national allant à Poudlard avec deux ans d'avance !

Même si l'envie y était, Matthew avait beaucoup de mal à faire deux choses à la fois, et parler de lui et du comportement qu'auraient les élèves de Poudlard en sa présence l'empêcha de se hâter pour aller récupérer la lettre du pauvre hibou. Lily par contre n'avait pas perdu de temps pour le faire, sachant pertinemment que cette lettre était adressée à son fils aîné mais alors qu'elle ouvrait la fenêtre pour laisser entrer l'oiseau, celui-ci resta assis sur l'appui de fenêtre, tendant simplement sa patte pour lui permettre de détacher l'enveloppe accrochée dessus.

- Cette lettre ne t'es pas adressée Matthew, l'informa t-elle tandis qu'elle remerciait le hibou en lui donnant une tranche de bacon qu'il accepta bien volontiers.

- Alors elle est pour qui !? s'impatienta t-il en tapant du pied. C'est un hibou de Poudlard, je l'ai reconnu ! Et en plus c'est aujourd'hui que les élèves doivent recevoir leur lettre !

- Tu es encore trop jeune pour y aller, répliqua sa mère en refermant la fenêtre au moment même où le hibou venait de s'envoler. Cette lettre est adressée à ton frère, ajouta t-elle en lui indiquant l'adresse et le nom inscrits dessus.

La tension dans la cuisine monta soudainement d'un cran à la mention d'Harry, surtout chez James et Matthew. Tandis que le premier s'était brusquement raidit en serrant les poings sur le journal qu'il avait ouvert devant lui, Matthew lui se gonfla d'indignation en devant aussi rouge qu'une tomate. Les mains sur les hanches, il observa tour à tour Lily et la lettre d'un air furieux, comme si l'enveloppe contenait quelque chose qu'il ne pouvait avoir et en portait la responsabilité sur elle.

- Lui !? s'écria t-il en regardant avec des yeux exorbités la lettre que tenait Lily. Mais c'est un Cracmol ! Il n'a aucun talent magique, et en plus c'est un crétin !

- Je t'interdis de parler comme ça de ton frère ! l'avertit durement sa mère. Encore un écart de conduite jeune homme, et je t'interdis de voir pour le reste du mois Ron et Ginny !

- ça, ça reste à prouver…, marmonna son fils en arborant un rictus moqueur.

Matthew n'était pas idiot au point de douter de l'influence de son père sur sa mère, et il était parfaitement conscient que la parole de Lily ne valait absolument rien par rapport à celle de James. En un claquement de doigt, le père de famille pouvait annuler toutes les punitions qu'elle lui donnait, réduisant à néant les chances de Lily d'avoir un jour de l'autorité sur lui et l'humiliant par la même occasion devant son propre fils. James d'ailleurs ne gronda même pas Matthew pour sa remarque, trop occupé à regarder d'un air absent le journal qu'il lisait sans donner l'impression d'être concerné par les évènements se déroulant à seulement quelques mètres de lui. Mais c'était mal le connaitre…

- Quand partons-nous, maman ? lui demanda avec une excitation non feinte Rosie. Je meurs d'envie de lui montrer ce que je sais faire !

- Vers dix ou onze heures, le temps que ton oncle et ta tante finissent eux-aussi de manger, répondit-elle en lui faisant un discret clin d'œil. Je ne tiens pas à débarquer là-bas et les déranger pendant leur repas.

- Chouette ! Mais… Oh maman ! Tu n'es pas encore prête ! Vite ! dit-elle en commençant à la pousser légèrement vers la sortie. Moi aussi je vais changer de vêtement, je veux me faire belle pour cette occasion…

- Personne n'ira nul part, lança soudainement James d'une voix grave.

Tous les regards convergèrent immédiatement vers lui, décontenancés pour Rosie et Lily et à la fois curieux et joyeux pour Matthew qui sentit immédiatement une probable dispute entre ses parents. Celui-ci se rassit même docilement sur sa chaise comme pour montrer qu'il voulait être aux premières loges pour assister à cet échange entre ses parents. James lui buvait tranquillement le contenu de son bol sans même regarder sa femme, les yeux plutôt orientés vers le journal posé devant lui sur la table qui était apparemment bien plus intéressant pour lui qu'une discussion concernant son fils aîné.

- Personne n'ira nulle part ? répéta sans comprendre sa femme en brisant le silence. Que veux-tu dire par là James ?

- C'est pourtant évident, dit-il en reposant son bol tout en ignorant royalement les autres membres de la famille présents. Personne n'ira en vadrouille pour aller retrouver un gosse dont personne ne veut revoir la figure. Qu'il reste là où il est, sa présence m'insupportait déjà avant, je n'ai pas envie de le ravoir dans les pattes…

- Comment oses-tu parler de lui comme ça !? s'emporta Lily en froissant la lettre qu'elle tenait. Comment oses-tu croire que personne ici ne se soucie d'Harry ? Je suis sa mère, je l'ai porté pendant neuf mois et je l'ai élevé pendant plus de huit ans quand toi tu préférais aller t'amuser avec Sirius ou passer ton temps avec Matthew ! Tu n'as absolument rien fait pour lui qui te donne le droit de prétendre pouvoir décider de la direction que doit prendre sa vie ! Alors tu pourras dire ce que tu voudras James, mais que tu le veuilles ou non, j'irai le récupérer, et au diable tes réticences !

- Tu vas rester ici ! s'écria à son tour James en se levant subitement de sa chaise. Je t'interdis d'aller lui rendre visite, comme je t'interdis ne serait-ce que de poser un pied en dehors du manoir !

- Ou alors quoi James ? lui demanda t-elle tandis qu'il approchait d'elle les poings serrés. Tu vas encore me gifler ? Tu vas me retenir prisonnière dans notre chambre ? Tu vas continuer longtemps à me rendre malheureuse ?!

James n'eut pas besoin d'ouvrir la bouche pour lui exprimer sa façon de penser. Sa main fit tout le travail, et le choc causé entre elle et la joue de Lily fut tel qu'elle s'écroula par terre en manquant de peu de faire tomber sur elle le contenu encore chaud de l'une des casseroles. Rosie fut pour le moins horrifiée par ce qu'elle venait de voir, d'autant plus qu'elle faillit elle aussi subir les aléas de ce geste lorsque Lily s'était écroulée juste à côté d'elle en la heurtant violemment. Ce fut avec un immense chagrin qu'elle assista impuissante à une nouvelle scène de violence se déroulant entre ses parents, une scène ou généralement, Lily ne faisait jamais long feu. James par ailleurs ne semblait même pas attristé par ce qu'il venait de faire à sa femme, habitué maintenant à user de ses mains pour lui faire entendre raison et n'hésitant même plus à la battre devant les enfants pour répondre à sa manière à ses reproches.

- Rappelle-toi Lily, dit-il en s'agenouillant devant elle, je suis le chef de famille et par conséquent en droit de faire tout ce que je désire de chacun des membres de cette famille. Si je veux passer du temps avec l'un de mes enfants, j'en ai le droit. Si je veux en éloigner un autre parce qu'il devient gênant, j'en ai également le droit. Si j'ai envie de faire usage de mes mains sur mes enfants ou même sur ma propre épouse, j'en ai encore une fois le droit. La loi m'y autorise chérie, et je ne fais que mettre en application tout ce qu'elle me permet de faire sans avoir de compte à rendre. Toi, tu n'as absolument rien à dire, tu n'as qu'à la fermer et te conduire comme je le souhaite, c'est-à-dire en la parfaite petite épouse fidèle et aimante que je veux que tu sois. Or, ce n'est malheureusement pas le cas, et cela me peine profondément. Vois-tu Lily, soumettre sa femme de cette façon n'a jamais été mon but lorsque je me suis marié à toi, mais plus le temps passe et plus j'ai l'impression que tu t'amuses à me contrarier, aussi ai-je dans l'idée de te remettre sur le droit chemin et ce, peu importe la manière employée.

- Tu n'es qu'un monstre ! lui cracha t-elle au visage. Quel genre d'homme frappe sa femme parce qu'elle ne pense pas la même chose que lui, qu'elle souhaite son indépendance et qu'on ne lui dicte pas ce qu'elle doit faire ? Un lâche doublé d'un faible ! OUI James, tu es faible !

Une deuxième gifle la fit de nouveau chanceler, et à la grande horreur de Rosie, Lily se mit soudainement à cracher du sang, en petite quantité certes mais de quoi l'alarmer tout de même. Un mince filet commençait d'ailleurs à couler de sa bouche pour finir sa course sur son tablier ou sur le carrelage de la cuisine.

- Frappe-moi autant que tu le veux James… Tu ne m'empêcheras pas d'aller récupérer Ha-Harry…, marmonna t-elle entre deux halètements. Aucune muraille n'est assez forte pour… Pour m'empêcher de le retrouver…

- Encore faut-il que tu parviennes à franchir les barrières et protections magiques que j'ai mises en place sur la maison et en particulier sur toi ! ricana t-il d'un rire glacial faisant frémir malgré elle Rosie. Rappelle-toi Lily, il n'y a que moi qui peux te permettre de sortir d'ici en levant les sortilèges contraignants placés sur toi !

À la surprise de tous, Lily se mit soudainement à ricaner, un rire tout aussi froid que celui de son époux. Malgré le sang commençant à s'écouler abondamment de sa bouche, son épouse esquissa même un large sourire plein de dédain et de mépris pour James, une vision absolument cauchemardesque qui donna l'espace d'un instant à Rosie l'impression que sa mère était devenue folle.

- Pitoyable… Et tu oses dire que tu m'aimes ? La belle affaire… Un homme ne cloître pas sa femme entre quatre murs en l'empêchant de faire ce qu'elle désire… Et mon plus grand désir actuellement est de quitter cette maison pour ne plus jamais revoir ta figure repoussante !

- Vraiment ? lança t-il d'un ton très désagréable où l'on pouvait aisément percevoir du dédain. VRAIMENT !?

Peut-être était-ce le fait que sa femme soit répugnée par sa seule présence qui lui fit perdre tout contrôle, car James lui agrippa soudainement les cheveux pour la tirer vers la sortie, hurlant à pleins poumons des méchancetés sans nom à son encontre. Lily eut beau se tordre et se débattre pour s'échapper de sa poigne, rien n'y fit, et le seul résultat qu'elle obtint fut des mèches de cheveux arrachés et un mal de tête atroce. Face à ce spectacle accablant, Rosie n'y tint plus et fit la seule chose qui lui traversa l'esprit sur le moment : Elle se jeta sur son père pour lui faire également lâcher prise. Accrochée à son bras, Rosie le griffa, le mordit, le frappa de ses petits poings pour qu'il la lâche et cela malgré l'autre main de son père qui tentait également de la faire partir. Finalement, par un coup du sort chanceux, James perdit l'équilibre en se prenant le pied dans le pied de la chaise sur laquelle était assis Matthew et tous les trois s'écroulèrent durement sur le sol.

- Petite peste ! s'écria James en se jetant sur Rosie. Je vais t'apprendre à obéir à ton père !

- NON ! hurla Lily en se jetant dans la mêlée.

D'un geste brusque, elle parvint à éloigner sa fille de l'emprise de James, mais ce fut malheureusement elle qui devint la cible toute désignée de la colère de son mari. James se montra particulièrement violent et l'empoigna fermement par le cou pour la projeter contre le mur, faisant au passage trembler les quelques bibelots et autres objets de décorations accrochés au mur. L'un d'eux tomba d'ailleurs juste à côté de James et manqua de peu de lui couper le bras, mais celui-ci ne sembla même pas le remarquer, trop occupé à fusiller sa femme du regard.

- On se rebelle, ma petite fleur de lys ? marmonna t-il en serrant encore davantage son cou. Tu ne m'avais encore jamais montré cette facette de ta personnalité, bien que je me doutais depuis l'école que tu puisses être aussi impulsive…

- Pourquoi ne nous laisserais-tu pas tranquille quelques… quelques heures, hein ? balbutia t-elle difficilement. Va donc voir tes petites traînées de Manchester… Je suis certaine qu'elles ne refuseraient pas de servir de défouloir pour toi…

- Mince alors, tu es au courant ? dit-il en feignant la surprise. Moi qui pensais pouvoir te le cacher encore longtemps ! Mais que veux-tu Lily ? Les hommes ont des besoins à assouvir, et tu n'es plus toute jeune… Tu deviens une vieille dame toute mollassonne ! Et puis mes petites traînées comme tu le dis si bien me donnent encore le sentiment d'être désiré et désirable, chose que tu ne me procures plus depuis longtemps…

Humiliée par ses paroles, Lily n'y tint plus et lui cracha purement et simplement au visage. James fut interloqué par son geste, d'autant plus qu'il n'avait jamais songé à ce qu'elle puisse lui faire cela un jour. Cracher sur lui était une preuve réelle de mépris, mais il l'aurait accepté de tout le monde… sauf de sa femme, et il ne laisserait jamais passer cela. Ses mains relâchèrent finalement son cou, mais loin de la laisser tranquille, James se mit soudainement à lui caresser le visage tandis que de son autre main, il faisait disparaître le cracha s'écoulant sur sa joue, à la grande surprise de Lily qui s'attendait déjà à ce qu'il la frappe à nouveau.

- Maintenant ma douce Lily, ne me force pas à devoir user encore une fois de la force contre toi pour t'empêcher d'outrepasser mes directives, dit-il en lui caressant tendrement le menton. Je serai tellement contrarié d'avoir à abîmer une nouvelle fois ce joli visage…

- Tu es répugnant, fulmina t-elle en détournant les yeux. Je regrette tellement le jour où j'ai pu répondre à tes avances ! Je n'aurais certainement pas été aussi malheureuse en amour si j'avais fait le choix de t'éconduire !

- Mais tu ne serais sans doute pas dans une situation aussi avantageuse que maintenant, avec une richesse sans commune mesure et un titre de Lady que toutes les demoiselles en fleur rêveraient de porter pour avoir le privilège de profiter de la renommée de notre nom. Que serais-tu devenu, hein Lily ? Une paysanne comme tes parents ? Ou même une vulgaire serveuse dans une de ces tavernes malfamées où échouent les saoulards et bandits ? Peut-être même serais-tu devenu une courtisane ou une vulgaire putain… C'est cela que tu veux Lily ? Vendre ton corps au plus offrant ?

James ne semblait même plus remarquer que deux de ses enfants se trouvaient toujours dans la même pièce que lui, l'une complètement effarée par la scène se jouant devant elle et aux yeux débordant de larmes quand l'autre lui se désintéressait totalement du sort de Lily et préférait continuer de manger son petit-déjeuner plutôt que de se préoccuper de l'état dans lequel se trouvait sa propre mère.

- Tu es trop lâche Lily, dit-il en prenant son silence pour un aveu de faiblesse. Malgré tes beaux discours et le rejet que tu éprouves envers moi, jamais tu ne voudras abandonner tout ce confort, tout ce luxe et la richesse qui est tienne grâce à notre mariage, avoue-le Lily !

- Comment veux-tu que je m'en aille alors que tu me forces à rester cloîtrée ici ! répliqua t-elle durement. Toi et cet imbécile de Dumbledore m'avez enfermé ici comme un animal depuis deux ans sans possibilité de pouvoir même aller dans le jardin sans ton accord et sans enlever tous les sortilèges que tu as placé sur la maison ! Est-ce une preuve d'amour James ? Est-ce comme ça que tu vois notre couple terminer ses jours ?!

Seule une autre baffe répondit à ses questions. La joue déjà rouge de Lily prit encore davantage de couleur alors qu'elle s'efforçait de ne pas perdre la face devant ses enfants, et surtout devant lui : Pleurer ne ferait que le contenter encore davantage.

- Je t'interdis de me parler comme ça ! éructa t-il en la saisissant de nouveau par la gorge. Si j'ai fait tout ça, c'est pour notre bien à tous les deux et tu devrais m'en être reconnaissante ! Quand j'ai réalisé ce jour-là que je commençais à te perdre, à voir les fondements de notre couple partir en éclat, j'ai paniqué et j'ai eu peur de te voir partir ! Je n'acceptais pas que tu puisses m'échapper alors que je t'aime profondément. Mais toi… Toi tu n'en avais que pour Harry et Rosie, tu ne t'es jamais demandé ce que je pouvais ressentir en te voyant si proche d'eux et aussi distant avec moi !

- T-tu n'es qu'un… égoïste…, balbutia t-elle faiblement à cause de la poigne sur sa gorge. Tu ne penses qu'à ton… ton petit bonheur personnel sans te s-soucier de celui des enfants…

- Je ne pense qu'à mon petit bonheur, hein ? dit-il soudainement en se relevant pour épousseter son pyjama. Très bien alors, je vais aller me faire plaisir dans ce cas.

Sous les yeux étonnés des trois autres, James se dirigea vers la sortie d'une démarche ridicule dans laquelle il espérait pourtant se montrer fier et arrogant, mais qui lui donnait davantage l'impression de marcher comme un canard boiteux.

- Je vais de ce pas me préparer pour aller faire un petit tour chez mes chères amies de Manchester ! Il faut bien que je me fasse plaisir après tout, histoire de ne pas perdre les bonnes habitudes puisqu'apparemment je ne pense qu'à mon petit confort personnel ! Et puis… je sens comme une tension dans l'air quand je suis ici, pas vous ? Mieux vaut que j'aille me ressourcer ailleurs… Tu n'auras qu'à m'attendre bien sagement jusqu'à ce soir Lily, j'essaierai de ne pas rentrer trop tard pour que nous puissions reprendre cette discussion dans notre lit conjugal…

- SALAUD !

BANG.

James ne vit pas le maléfice s'approcher de lui, pas plus qu'il n'entendit Lily prononcer le sort. La seule chose qu'il constata fut l'immobilité soudaine de son corps et la chute vertigineuse qu'il fit jusqu'au plancher qu'il heurta durement. Incapable de pouvoir amortir le choc, son nez se cassa au contact du sol et aussitôt, un flot continu de sang en sortit et forma une petite mare prenant peu à peu de l'ampleur. Lily elle resta debout de longues secondes, le bras et la baguette toujours pointés vers lui et le souffle saccadé. Ses yeux étaient exorbités, comme si son propre geste l'avait choqué au plus au point et son visage devint aussi pâle que d'ordinaire sauf là où l'avait frappé James. Un silence encore rarement vu dans la maison accompagna ce retournement de situation, et les deux enfants présents étaient tout aussi choqués que leur mère devant ce qui venait de se produire.

- Maman ! s'écria finalement Rosie en se précipitant vers elle pour l'enserrer dans ses bras. Est-ce… Est-ce que ça va ?

- Tout va bien maintenant Rosalyn, dit-elle en essayant vainement de se montrer rassurante tandis que sa fille touchait délicatement les marques sur ses joues, les yeux embués de larmes.

Son regard se porta alors sur Matthew, son second fils. Peut-être était-ce là encore le choc ou simplement un temps plus long que la normale de réaction, mais il ne semblait même pas remarquer l'accolade se faisant entre elle et Rosie. Non, son regard ne cessait de quitter la forme inerte de son père, allongée au beau milieu du couloir et qui restait parfaitement immobile. N'importe qui aurait pu aisément croire qu'il était mort, mais Lily était certaine de ne pas s'être trompée de sortilège ; Il y avait tout de même une différence notable entre le Petrificus Totalus et l'Avada Kedavra rien que dans leur prononciation.

- Maman ? Qu'est-ce… Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? demanda Rosie en se blottissant encore davantage contre elle tout en regardant craintivement le corps immobile de son père. On ne peut pas rester ici, il va te faire encore plus de mal maintenant !

Lily elle-même commençait à prendre conscience de ce que son geste avait causé, mais au fond d'elle-même, elle ne le regretta pas le moins du monde. Mais maintenant, que faire ? Rester et attendre qu'il se rétablisse pour avoir droit à une nouvelle volée de claques certainement plus terribles que les précédentes, où… partir ? La deuxième idée était plus tentante, mais partir pour aller où ? Ses parents étaient morts, sa sœur la haïssait et accepterait autant sa présence sous son toit qu'un nid de cafards, et les Greengrass étaient partis semble t-il quelques jours en voyage en France sans lui donner la moindre adresse pour les contacter. Surtout, il fallait trouver une cachette où aucun membre de l'ordre du phœnix, le groupe crée par le directeur pour combattre Voldemort et ses mangemorts, ne pourrait la trouver, pas même Dumbledore.

La seule personne vers qui elle pouvait se tourner pour obtenir de l'aide était Rémus et avec une légère pointe de regret, elle se rendit compte alors qu'il était désormais son dernier ami. Vivre plus de onze ans avec James l'avait totalement coupé du monde, et les rares amis qu'elle s'était faite à Poudlard ne lui adressaient plus la parole depuis des années maintenant. Oui, Remus était sa roue de secours, son dernier appui sur lequel elle pouvait compter, d'autant plus que son logement était certes petit et modeste, mais avait l'avantage de n'être connu que par elle et Rosie, une précaution qu'avait prise son ami suite à une énième dispute avec Dumbledore dont découla son départ de l'ordre du phoenix. Sa décision était prise, et Lily était certaine que Rémus accepterait sans sourciller sa demande d'aide.

- Nous allons partir Rosie, pour… quelques temps, dit-elle finalement après quelques instants de réflexion.

- Non, pour toujours ! répliqua Rosalyn en serrant les pans de la robe de sa mère comme si sa vie en dépendait. James va te faire du mal si tu reviens, et tu ne pourras plus jamais repartir ! C'est ta seule chance ! Notre seule chance ! Nous pourrons redevenir une famille avec Harry, sans nous soucier de ce qu'il pourrait faire contre nous !

Lily dut admettre que la clairvoyance dont faisait preuve sa fille était on ne peut plus logique et très sensée. James lui avait déjà à de nombreuses reprises par le passé dit qu'il pouvait changer, qu'il allait redevenir le fringuant jeune homme qu'elle avait épousé, mais reprenait généralement ses mauvaises habitudes peu de temps après en devenant même de plus en plus horrible à chaque fois. Là encore, son comportement risquait de devenir absolument exécrable suite à ce qu'elle venait de faire, et le cap des quelques baffes risquait d'être franchi. Sa vie pouvait désormais être sur la sellette si elle continuait de le côtoyer plus longtemps, la sienne mais aussi celle de Rosie qui était depuis longtemps le souffre douleur de son père. Sa décision était finalement prise, et d'un hochement de tête, elle le fit comprendre à sa fille.

- Va dans ta chambre préparer une valise Rosie, lui ordonna t-elle en se dégageant d'elle. Ne prend que le strict minimum et redescend immédiatement. Nous partirons au plus vite avant que les effets du sortilège ne se dissipent.

Sa fille obéit aussitôt et s'éloigna en courant presque vers l'escalier menant à l'étage, non sans au passage prendre grand soin à écraser les doigts de son père en le fusillant du regard avec tant de haine dans les yeux que Lily pensa sur le moment qu'il était terrible de voir un enfant détester autant l'un de ses parents. À nouveau, son attention se porta sur Matthew, mais contrairement à tout à l'heure, son fils ne regardait plus son père mais la dévisageait à présent avec un tel regard qu'elle crut défaillir. Les yeux de Matthew semblaient flamboyer alors que son visage prenait une expression haineuse envers elle, les sourcils froncés, les yeux plissés et les poings serrés sur les bras de sa chaise.

- Tu l'as tué ! s'écria t-il finalement en s'approchant d'elle, une expression menaçante sur le visage. Tu as tué papa !

- N-non Matthew, je l'ai juste pétri…

- Je te déteste ! la coupa t-il furieusement. Le professeur Dumbledore avait raison à ton sujet, tu es une mauvaise mère et une mauvaise épouse !

Bien qu'elle ne laissa rien transparaître ces mots prononcés de la bouche de son propre fils lui firent terriblement mal au cœur, surtout qu'elle le trouva très injuste dans ses propos. Onze ans maintenant qu'elle s'efforçait d'être la meilleure mère possible, juste et ferme, bienveillante et attentionnée, impartiale et tendre… Mais Matthew n'avait apparemment jamais rien vu des efforts qu'elle avait fait pour eux. Seules les opinions de Dumbledore et de James comptaient pour lui finalement, quand elle était de toute évidence considérée comme la simple génitrice, la femme qui l'avait mis au monde mais pour qui il n'avait apparemment aucune considération. Inutile de lui demander dans ces conditions là de la suivre gentiment pour l'éloigner de son père, son choix était fait.

- Tu ne m'accompagneras pas alors, dit-elle d'un ton neutre en sortant de nouveau sa baguette. Cela ne sert à rien de te le demander, je connais parfaitement ta réponse. Je regrette simplement que tu n'ais pas pris le temps de voir à quel point j'ai fait d'énormes sacrifices pour toi, à quel point je me suis donnée corps et âme dans ton éducation pour t'offrir la meilleure enfance qui soit, et à quel point je t'aime tout simplement. Dumbledore et James t'ont trop influencé, et je le remarque aujourd'hui.

- Qu'est-ce que tu vas faire ? dit-il en paniquant à la vue de la baguette pointée vers lui. Tu n'as pas le droit de me faire du mal ! Je vais le dire à papa et il te punira !

- Tu préfères donc voir ton père me brutaliser ? demanda t-elle avec une légère pointe de tristesse. Je t'ai définitivement perdu alors… Petrificus Totalus !

Le sort le frappa de plein fouet en moins de deux secondes, juste le temps pour lui de s'écrier « Arrière Sang-De-Bourbe ! » avant qu'il ne s'écroule par terre. Lily se précipita vers lui et vérifia malgré tout qu'il n'avait rien à cause de la chute, mettant de côté le léger ressentiment qu'elle éprouvait pour lui. Son fils était parfaitement immobile, ne bougeant pas d'un pouce, mais ses yeux eux continuaient de bouger dans tous les sens, lui donnant l'impression qu'il était paniqué. Presque comme un adieu, Lily se pencha vers lui et lui embrassa tendrement le front tout en jouant avec les quelques mèches de cheveux encadrant son visage.

- Au revoir Matthew, murmura t-elle tristement. Malgré tout ce que tu peux penser de moi, sache que je t'aime autant qu'Harry et Rosie, et que je regrette ce qui est arrivé. J'espère qu'un jour, tu pourras me pardonner mon départ et que nous puissions devenir la famille que j'ai toujours voulu que nous soyons…

Son fils ne pouvait bien évidemment pas lui répondre, mais une surprise de taille arriva quand même : Ses yeux commencèrent à devenir humides, presque comme s'il était sur le point de pleurer. De peur ? De tristesse ? Difficile à dire, mais le voir comme ça la faisait douter sur la marche à suivre. Le quitter fut d'ailleurs l'une des choses les plus difficiles qu'elle n'eut jamais faite durant sa vie, mais après deux minutes à regarder son visage pétrifié, Lily l'abandonna sur le sol en lui embrassant une dernière fois le visage, scellant ainsi définitivement son départ de cette maison. Elle sortit finalement de la cuisine d'un pas lourd, sans un regard derrière elle vers la forme inerte de son fils pour ne pas faire s'écrouler ses barrières et éterniser encore longtemps ses adieux.

Son attention tomba alors sur la forme allongée sur le sol de James, toujours immobile et regardant dans toutes les directions comme son fils en cherchant apparemment à savoir ce qui se passait autour de lui. Ses yeux se posèrent finalement sur elle lorsqu'elle s'approcha, et le regard qu'il lui lança était si froid qu'il aurait donné à n'importe qui des sueurs froides. Mais pas à elle, non. Sa propre carapace lui avait permis de se montrer forte et de faire abstraction des sentiments qu'elle pouvait inspirer à son mari, un mari qu'elle espérait désormais ne plus revoir avant longtemps.

- C'est la dernière fois que tu me vois en tant que Lady Potter James, dit-elle d'une voix forte en enlevant son anneau de mariage. Tu n'es plus l'homme que j'ai aimé et que j'ai épousé voilà plus de douze ans. Je me suis marié à un homme bon, généreux, aimant et brave, et non pas à un homme froid, violent, hautain et égoïste comme tu l'es devenu à présent. Dès maintenant je reprends ma liberté et mon autonomie, et jamais plus je ne me laisserai influencer et dominer par quelqu'un d'autre. Tu as franchi depuis longtemps les limites du supportable, mais la goutte d'eau fut certainement le jour où tu as décidé d'abandonner Harry. Ce jour-là tu m'as demandé de faire le choix qu'aucune mère ne devrait avoir à faire, un choix qui concernait notre fils qui n'avait absolument rien fait pour mériter cela.

Son anneau finalement enlevé, elle le jeta négligemment au visage de son mari qui continuait de l'observer intensément. La bague qui était autrefois le signe de l'union entre eux rebondit sur sa joue et alla terminer sa course sous une commode, comme si l'amour qu'elle lui portait faisait désormais partie du passé, un passé qui d'ailleurs finissait sa course en dessous du meuble comme un vulgaire grain de poussière.

- Toutes ces années, tu as odieux, voir même méprisable, et pourquoi ? Pour la gloire, pour la reconnaissance et pour profiter du statut de ton fils pour devenir un personnage important de notre société. Tu as troqué ton costume de père de famille et d'époux pour celui moins glorieux d'homme d'affaires en ventant les mérites d'un fils qui n'est même pas capable de se rappeler de ce qu'il a fait et en vendant son image au plus offrant pour empocher des rentrées d'argent. Au final, tu n'as rien gagné James, rien sauf peut-être d'avoir réussi à détruire une famille et à me perdre, mais désormais c'est terminé. Je m'en vais, peut-être définitivement, et de ton côté tu as le choix : Soit tu redeviens l'homme que j'ai connu à l'école, un homme qui me faisait rire, qui m'exaspérait également, un homme avec qui je parvenais aisément à m'imaginer un futur en commun, ou alors choisis la deuxième possibilité, celle de rester sous le joug d'un homme qui n'en a rien à faire de toi, reste celui qui ces dernières années s'est transformé en un tyran cupide et détestable, et qui par-dessus le marché préfère courir les bordels de Londres à la recherche de jeunes filles en fleur plutôt que de s'occuper respectueusement de son couple et de sa propre épouse.

James fut bien évidemment incapable de lui répondre, mais Lily supposait que sa réponse aurait été la deuxième. Son honneur et sa fierté d'homme lui diraient qu'il n'avait pas à se faire dicter sa conduite par une femme, surtout elle, et qu'à l'inverse, il fallait la remettre à sa place et à son rôle d'épouse discrète et soumise, rôle qui ne lui convenait plus désormais. Sans perdre un instant, Lily fouilla les poches du pantalon de son mari à la recherche de sa baguette qu'elle trouva rapidement. Enlever les sorts qu'il avait placés sur elle n'était plus qu'un jeu d'enfant maintenant, et en moins de cinq minutes et quelques fourmillements dans le corps, elle recouvrit intégralement sa liberté. Pour faire bonne mesure, Lily en profita pour attacher fermement James grâce à des cordes qu'elle fit apparaître et enrouler autour de son corps, une façon pour elle de montrer le sentiment d'enfermement qu'elle avait connu jusqu'alors.

- Je dirai aux elfes de te libérer dès que je serai partie, dit-elle en se relevant. J'espère que tu profiteras du temps qu'il te reste pour ressentir ce que j'ai pu ressentir ces dernières années : l'emprisonnement, l'oppression et l'incapacité de pouvoir me libérer des chaines que tu avais mis sur moi. Au revoir James.

Ce fut d'un pas étonnamment léger qu'elle abandonna son mari pour se diriger vers l'étage afin de préparer elle aussi quelques affaires pour son départ. Vider ses armoires de tous les vêtements qu'elle pouvait prendre le temps que le sortilège pétrifiant James continue d'agir fut d'ailleurs plus facile qu'elle ne l'aurait cru, même si sa baguette y fut pour beaucoup. Deux minutes à peine suffirent pour entasser rapidement quelques robes, corsets, chaussures, sous-vêtements et quelques autres bricoles dont elle pensait avoir besoin plus tard. D'un coup de baguette, elle réduisit la malle transportant désormais ses vêtements à la taille d'une petite noix qu'elle glissa rapidement dans l'une des poches de sa robe pour ne pas être incommodée, avant de quitter pour la dernière fois cette chambre dans laquelle elle vécut cloîtrée ces dernières années, un endroit qu'elle ne regretterait de toute manière pas le moins du monde. D'une démarche souple et laissant entrevoir toute la sérénité qu'elle avait en elle à présent, elle dévala rapidement les marches de l'escalier pour se poster devant la porte d'entrée où l'attendait déjà Rosie ainsi qu'une épaisse valise ne demandant qu'à être ouverte.

- Prête à partir ? dit-elle précipitamment en réduisant également la valise de sa fille pour l'entreposer avec l'autre.

- Je n'ai jamais été aussi prête de toute ma vie ! répondit Rosie en se munissant rapidement de son manteau accroché sur le porte-manteau. Tu devrais enlever ton tablier maman, tu n'en n'auras plus besoin maintenant.

- Oh, j'avais oublié ce détail, dit-elle en défaisant le nœud derrière son dos. Gizmo ?

Le petit elfe apparut aussitôt, et d'un simple coup d'œil, mère et fille comprirent immédiatement que la créature était au courant de ce qui venait de se passer dans la maison et semblait tout aussi bouleversée qu'elles l'étaient.

- Maîtresse Lily nous quitte ? demanda l'elfe en regardant tristement celle qui fut sa maîtresse pendant longtemps. Que vont devenir Gizmo et ses semblables maintenant que notre si bonne maîtresse s'en va ? Gizmo ne veut pas que vous partiez, mais il sait que vous courez de grands dangers en restant avec maître James…

- Je suis désolé Gizmo, marmonna Lily en se mettant à sa hauteur. Si l'occasion m'aurait été permise de le faire, je vous aurais pris avec moi sans hésiter, mais l'endroit où je me rends se trouve en pleine ville moldu, et il vous serait impossible de pouvoir travailler tranquillement sans vous assurer que personne ne vous voit, et James est de toute façon le seul capable de vous libérer…

- Gizmo comprend maîtresse Lily, balbutia le pauvre elfe en se frottant les yeux. Gizmo est ravi d'avoir pu un jour servir une aussi bonne dame que vous, et Gizmo espère que vous serez heureuse là où vous vous rendrez.

Lily fit alors un geste que bien peu de sorciers auraient dans l'idée de faire à une créature de ce genre : Elle fit une accolade à l'elfe en l'enserrant contre elle, comme pour n'importe quel homme, pour un ami, pour un égal. Gizmo, pas habitué à cette marque de gentillesse, haleta à ce contact mais ne le rompit pas pour autant. Les larmes coulaient sur sa peau grise, mais ce n'était pas des larmes de tristesse non : Ce furent des larmes de joie car sa maîtresse quittait enfin cette prison dans laquelle elle était enfermée et se libérait enfin du joug de son mari.

- Libère-les lorsque nous serons partis, lui ordonna t-elle en s'écartant de lui. Considère cela comme mon dernier ordre, et dis au revoir de ma part aux autres elfes de maison. Vous me manquerez plus que vous ne pouvez l'imaginer.

- Très bien maîtresse Lily, couina le petit elfe en souriant tristement. Que l'avenir vous sourit à toutes les deux !

Rosie salua également l'elfe en effectuant le même geste d'affection que sa mère quelques instants plus tôt, au grand étonnement de Gizmo qui ne s'attendait pas à recevoir tant de bonté de la part de deux êtres humains. Puis, tout aussi rapidement que les adieux se firent, Lily et Rosie franchirent le palier du manoir en vitesse, laissant derrière elle sept ans d'une vie pour l'une et plus de douze ans pour l'autre, de nombreux souvenirs joyeux, derniers vestiges d'une époque révolue, et aussi d'autres bien plus sombres qui firent couler de nombreuses larmes. Toutes les deux se retournèrent une dernière fois vers le manoir lorsqu'elles arrivèrent au-delà de la barrière délimitant le domaine, chacune contemplant pendant quelques secondes cette maison qu'elles quittaient peut-être pour toujours, et surtout, les deux résidents qu'elles abandonnaient également définitivement.

- Allons-y maman, lança Rosie en resserrant sa poigne sur la main de sa mère.

- Oui… Oui allons-y…

Un tournoiement sur elle-même plus tard, et Lily disparu enfin du Nottinghamshire, de même que Rosalyn qui n'avait cessé de lui tenir la main. En moins d'une heure, le manoir des Potter avait vécu bien plus qu'en dix ans de temps, mais le ciel, toujours aussi lumineux lui n'avait pas changé. Le soleil semblait même briller encore plus intensément qu'avant, comme si lui-même se satisfaisait des derniers évènements ayant eu lieu dans cette famille.

Une journée d'été qui n'était aussi ordinaire que l'aurait crû Rosie finalement.

A/N : Et voilà ! Chapitre terminé ! Bizarrement, il me satisfait pleinement, hormis peut-être le début un tantinet trop long. Pour l'anecdote, j'avais au départ pensé à écrire également son arrivée à Londres, sa discussion avec Rémus, leur départ jusqu'à l'orphelinat et la découverte de la disparition d'Harry, mais... ça aurait facilement fait 30 000 mots. Un peu gros non ? ^^.

J'espère qu'il vous aura plu en tout cas, et je pense avoir donné l'occasion à Kytiara comme aux autres de pouvoir encore plus passer leurs nerfs sur James lorsque l'histoire sera terminée (promis, je vous le donne !) ^^.

Donc comme vous pouvez le voir, Lily fut durant deux ans une femme battue, humiliée, brisée... bon on va arrêter avec les adjectifs. James devient en tout cas de plus en plus bizarre au fil du temps en adoptant un comportement à des années lumières de ce qu'il était autrefois. On peut supposer qu'il soit comme ça car il a peur de perdre Lily, et que cette peur le pousse à commettre des actes irréparables... Bon ok, il mérite aussi une bonne paire de baffes.

J'aime beaucoup le personnage de Rosie également, et si au départ je n'avais envie de la faire apparaître qu'épisodiquement, je pense que l'on pourrait la voir fréquemment désormais !

Que dire d'autre ? Hm... Le prochain chapitre ne sera peut-être pas pour la semaine prochaine parce que je me réattaque à mon autre fiction qui commence à prendre la poussière sur mon PC : En fait je vais essayer de la finir rapidement pour vous fournir deux chapitres la semaine prochaine, mais bon, je ne promet rien.

Pas d'anecdote historique cette semaine vu que je ne fais mention de rien par rapport à l'année 1800 (si l'on excepte les batailles navales, mais bon tout le monde sait que les anglais nous dominaient sur les mers à cette époque... Enfin NOUS nous étions les maîtres de l'Europe pendant ce temps là :rire démoniaque:)

Sur ce à... bah à bientôt !

ps : Je suis tombé sur ce tableau il y a quelques jours, et pour vous donner une idée de ce à quoi ressemblait Harry en prenant les traits de Marie-Louise, j'ai pensé vous le montrer : www(point)scienceviews(point)com(slash)photo(slash)browse(slash)SIA1058(point)jpg

C'est à peu de choses près la façon dont je l'imaginais, quoi que les cheveux un peu plus court et les yeux verts bien évidemment. La femme que le garçon enserre pourrait être Marie-Louise tandis que l'autre la marquise de Tourzel, enfin c'est l'impression que j'ai eu en regardant ce tableau (un petit portrait de famille quoi !).