Salut ! J'espère que vous êtes en forme ? Bon comme vous pouvez le voir, pour une fois, j'ai décidé de poster ce chapitre non pas en Weekend mais en début de semaine ! Bon d'accord, j'ai pris un peu de retard sur ce chapitre (Non, sérieux ? On avait pas remarqué !) ce qui explique cette date et surtout cet horaire différent de celui auquel je vous ai habitué. Mais j'ai recommencé les recherches historiques comme vous pourrez le constater, et décrire chaque scène que j'avais en tête à pris bien plus de temps et de travail que je ne l'aurais crû !

D'ailleurs... je suis carrément étonné moi-même de la longueur de celui-ci... Merde alors ! 19682 mots ! J'avoue que ça me dépasse... Comme il me semble loin le temps où 9000 mots était pour moi un exploit.

Bon comme le titre l'indique, nous abordons ici un sujet assez particulier dont je vous ai déjà fait mention auparavant. Je n'en dis pas plus, mais attendez-vous à quelques surprises ! D'ailleurs comme promis vous aurez une drôle d'impression vis-à-vis de ce personnage une fois la lecture terminée.

Une nouvelle fois, un grand merci pour vos commentaires ! Peut-être que je me répète et je pense que les auteurs penseront comme moi, mais ça fait vraiment plaisir d'en avoir, et c'est surtout un excellent stimulant pour la poursuite des fictions. Alors si j'arrive à vous faire plaisir avec mon histoire, sachez que vous vous me faites grandement plaisir en me laissant vos avis, qu'ils soient bons ou mauvais ! J'y répondrais d'ailleurs plus tard, mais promis : Je ne vous oublie pas !

Yuri-girl : Merci pour ton commentaire, jeune lectrice assidue ! Tu verras bien pour " l'examen ", mais bon comme je l'ai dit, il va me donner du mal à être mis sur papier ^^. Inutile de te répondre pour Lily, la réponse se trouve dans ce chapitre. Quant à Rosie, en fait j'essaie d'être le plus réaliste possible tu vois, alors inventer une cousine lointaine d'un claquement de doigt n'est pas vraiment ce que je souhaite... Je ne suis pas encore sûr de ce que je vais faire, mais mon scénario se met petit à petit en place en ce qui la concerne !

Nerumos : Merci pour ton commentaire ! Je crois qu'il est inutile de répondre à tes suppositions vu que toutes les réponses se trouvent dans ce chapitre (que tu as par ailleurs certainement lu). Quant à Dumbledore, bah je vous avais prévenu !

Cassandre : Merci pour ton commentaire ! J'aime beaucoup ton petit scénario ^^, d'ailleurs il rejoint un peu ce que j'avais en tête (l'histoire de l'enfant illégitime né d'un père inconnu dont Marie-Louise aurait honte... Enfin j'ai le temps pour pondre quelque chose de plausible avant d'en arriver aux explications officielles). Sinon, c'est dingue comme je dois être prévisible : Ta " non adoption " reprend dans ses largeurs mon envoûtement vaudou ! Il faudra que je me montre plus mystérieux à l'avenir...

Black Jo : Merci pour ton commentaire ! Hé oui, j'ai décidé d'arrêter de poster là-bas (trop de bug, honnêtement mettre 10 minutes pour poster un chapitre ou répondre à un commentaire, très peu pour moi). Pour ce qui est de l'éventail, je pense que peu de gens étaient au courant, d'ailleurs j'en ai encore appris par la suite (l'éventail sur le coeur pour montrer que l'on est fiancée/mariée entre autre). Idem pour la mouche : Je pensais que c'était simplement pour se montrer plus aguichante ! Tu peux l'appeler tel quel : Une bâtarde, enfin je dirais plutôt une " fille illégitime " pour être plus poli : L'histoire voudrait que Marie-Louise (et pas Elisabeth) ait par conséquent eu une liaison avec un illustre inconnu (et ce après la mort de son mari), ce qui inclurait par conséquent un petit scandale et une interrogation sur le statut du père... J'ai encore le temps pour trouver quelque chose de convenable ^^. Je te rejoins sur le comportement de Lily : C'est une chose de ne pas supporter l'adoption de son fils et par ailleurs son manque d'emprise sur la vie d'Harry, mais c'en est une autre d'être incapable de passer outre ça et se laisser aller. On peut dire ce qu'on veut mais la dépression à ce niveau là, ça relèverai de la bêtise...

Pour terminer, Hm... Bah bonne lecture !


Le mois d'octobre succédait désormais à septembre, tout comme la journée pluvieuse ayant eu lieu aujourd'hui avait fait place à une nuit plutôt calme et seulement troublée par quelques petites averses ne durant rarement plus de dix minutes. Mais ce n'était pas un temps à mettre le nez dehors, surtout en cette heure tardive de la nuit. Minuit avait sonné depuis plusieurs minutes maintenant, mais les deux occupantes du salon elles ne semblaient pas vouloir aller se coucher, trop occupée à lire la dernière édition du journal dont elles avaient pris l'habitude de lire les dernières annonces, et même si la plupart se ressemblaient toutes et avaient un même sujet commun, se renseigner sur les derniers récits de batailles victorieuses et de tensions politiques avaient malgré tout un certain intérêt en plus d'être passionnant.

C'est du moins ce que pensait Marie-Louise, tranquillement allongée dans un canapé et parcourant d'un regard concentré les pages défilant devant elle. Éclairée à la lueur des chandelles et du feu de la cheminée, elle lisait avec passion les longues colonnes narrant les derniers faits de guerre de son pays ainsi que les dernières annonces politiques du gouvernement actuel qui influaient sur la vie et l'état d'esprit de chaque citoyen français.

Mais bien évidemment, en ces temps sombres, un seul sujet revenait constamment dans chaque article sur lequel ses yeux se posaient : La guerre, encore la guerre et toujours la guerre. Les récits s'étalaient sur presque toutes les pages, faisant l'éloge de nombreux soldats ayant vaillamment combattu les forces ennemies et mourant au combat dignement lorsqu'ils ne traitaient pas des décrets de mobilisation générale visant à gonfler les rangs des troupes armées et restaurer la grandeur, le prestige et la puissance de ses gouvernants et ses différentes institutions. Il fallait désormais remonter à près de treize ans pour ne pas lire une seule ligne concernant un quelconque conflit dans lequel la France n'intervenait pas, et lire à longueur de temps les articles sur les milliers de morts que chaque bataille aussi bien terrestre que navale entraînaient n'aidait absolument pas à apaiser son esprit et à penser à des sujets bien plus plaisants. D'ailleurs il semblait évident au fil des mois que son pays était bel et bien controversé auprès des autres, et toute l'Europe avait apparemment une dent contre eux pour en venir à constamment les combattre.

Encore maintenant, la deuxième coalition succédant à la première qui s'était conclue en 1797 par un traité de paix confirmait cette idée, et si la campagne d'Italie était sur le point de se terminer à son tour après la victoire des troupes françaises lors de la bataille de Marengo contre leurs opposants autrichiens, le front s'étalait désormais plus au nord où avait lieu déjà de nombreux conflits entre ces mêmes français et les différentes principautés allemandes englobées dans le Saint-Empire Germanique. La France, qui avait des vues sur la rive gauche du Rhin et sur le territoire belge qu'elle partageait jusqu'alors avec les Pays-Bas et dont elle voulait le contrôle total, avait devant elle un ennemi résistant mais désespéré qui peinait à lutter efficacement contre elle, et la balance penchait largement en la faveur des premiers.

Pour parfaire un peu plus cet état de grâce, plusieurs adversaires comme la Russie, la Prusse, la Suède et le Danemark qui étaient jusqu'alors ennemis de la France commençaient finalement à se détourner de leur allié anglais et se retiraient au fur et à mesure de la guerre en cours pour ne laisser au final que les Britanniques lutter efficacement contre leurs adversaires de toujours. Ceux-ci d'ailleurs avaient réussi à renverser la vapeur et à bouleverser le cours de la campagne d'Egypte qui entrait dans sa quatrième année dans quelques mois. Les français étaient parvenus à vaincre leurs alliés ottomans lors de la bataille d'Héliopolis quelques mois plus tôt, mais les anglais, plus nombreux, mieux armés, soutenus par les populations locales et bénéficiant du contrôle presque exclusif de la route des Indes les fournissant continuellement en vivres et en matériels, commençaient petit à petit à reprendre du terrain et à récupérer les terres qui leur avaient été confisquées. Malte, reprise le 3 septembre de cette année en était d'ailleurs le parfait exemple.

Peut-être que les conflits se termineraient bientôt ? Marie-Louise l'espérait en tout cas, d'autant plus que le monde sorcier lui vivait en parfaite harmonie depuis longtemps maintenant et que les amitiés entre communautés des pays européens n'avaient que rarement été aussi bonnes, ce qui était loin d'être le cas pour les moldus.

Même sans représentant officiel ni force politique digne de ce nom, les sorciers français parvenaient tout de même à se diriger de bien belle façon, et la société en elle-même ne semblait pas pâtir de l'absence d'autorité sur eux pour leur dicter leur conduite. Les moldus eux avaient à l'inverse subi un énième coup d'état mettant en péril la fragile autorité qui les gouvernait.

Cet épisode, appelé « le coup d'état du dix-huit brumaire » avait vu la fin du directoire après la démission de trois de ses cinq représentants - Barras, Sièyes et Ducos - qui voyait là l'occasion de bousculer le régime en cours et d'en instaurer un nouveau, et ce avec la complicité du conseil des anciens et de certains hauts-gradés militaires. L'homme qui devait incarner ce changement était tout trouvé : Rival de longue date du directoire, Napoléon était selon la logique le plus à même pour mener à bien ce coup d'état, et celui-ci s'y plia bien volontiers en songeant à la répercussion qu'aurait cette affaire sur sa carrière et les nouveaux pouvoirs qu'il pourrait en contrepartie se voir offrir. Il était d'ailleurs troublant que les débuts et la mise en place de ce coup d'état furent mis en place dans les appartements même de Joséphine de Beauharnais, épouse de ce dernier et qui s'était donnée à cœur depuis des années de voir son mari gravir rapidement les échelons pouvant le mener au plus vite au pouvoir.

Ainsi, après une multitude de machinations et de mensonges en tout genre visant à semer le trouble dans les esprits, Le parlement français et ses députés votèrent la dissolution du directoire déjà durement atteint, et la 1ère république fut purement et simplement mis à son terme, remplacée par un gouvernement provisoire constitué de trois consuls : Sieyès, Ducos et Bonaparte.

Napoléon fut d'ailleurs nommé « premier consul », l'une si ce n'est la plus haute distinction politique du pays, et cette nouvelle situation lui permit de faire ce que bon lui semblait notamment en changeant la constitution du pays pour la remplacer par une autre prenant en grande partie ses idées.

Le semblant de démocratie qui en résulta ne permettait cependant de masquer le fait que la France vivait désormais sous un régime totalitaire dans lequel son plus haut représentant jouissait d'un soutien sans faille de l'armée et où l'opposition était rapidement mise sous silence. Napoléon pouvait par conséquent guerroyer comme bon lui semblait, et ses aspirations militaires n'en décuplèrent que davantage. Les années à venir annonçaient par conséquent de nouvelles guerres à venir, et de nouveaux morts à pleurer, et cette seule analyse suffit à Marie-Louise pour soupirer tristement en repliant son journal.

- Des nouvelles guère réjouissantes, n'est-ce pas ? confirma Louise-Elisabeth en lisant également le même journal qu'elle. Ce Napoléon veut notre perte à guerroyer sans cesse au prix de milliers de vies humaines…

- La situation ne permet pour le moment de pouvoir faire autrement, affirma la princesse de Lamballe en soupirant de nouveau. Ces guerres interminables risquent à long terme de ruiner toute l'Europe et d'affaiblir chaque pays. Cela fait des années que nos voisins lorgnent sur nous et sur les territoires que nous avons acquis au fil du temps, et il ne fallait qu'un prétexte pour qu'ils se lancent tous dans un nouveau conflit où nous serions bien évidemment les cibles…

- Le consul joue tout de même un jeu risqué mon amie. Vous rendez-vous compte ? Les Russes sont tout de même parvenus à s'approcher de Nice en anéantissant presque à eux seuls toute l'armée d'Italie ! Il en fallait de peu pour qu'ils renversent le pouvoir en place…

- Qui s'en soucie ? Ce serait même bon pour nous si nous souhaitons revoir un jour la monarchie à la tête de notre pays. Nous arrêterions ainsi tous ces conflits d'intérêts et pourrions cesser de nous détruire continuellement. Sans les ambitions politiques et militaires de notre cher premier consul, le pays s'en porterait bien mieux, je vous l'assure.

Pourtant, la guerre était le cadet de ses soucis, bien que tôt ou tard, son fils allait malheureusement en faire l'amère expérience et cela dans quelques années seulement. Le sujet qui lui triturait l'esprit depuis quelques jours concernait davantage une petite fille de sept ans qui s'illustrait par son absence et son silence, une petite fille qu'elle aurait aimé revoir et apprendre à connaitre mais qui persistait à ne lui envoyer aucun signe de vie ou même à lui demander des nouvelles. Pour peu, Marie-Louise pouvait penser qu'il lui était arrivé malheur, et à plusieurs reprises ces derniers temps, l'envie d'aller elle-même chez elle pour s'enquérir par elle-même de sa situation la tenta, mais ce fut à chaque fois avant de se souvenir qu'elle ne savait justement pas où elle habitait.

- Vous pensez à cette jeune fille, n'est-ce pas ? argua son amie en l'observant soucieusement.

- Vous auriez fait une bonne légilimancienne Elisabeth, affirma Marie-Louise en essayant de paraître détachée. Mais oui, je pensais à Rosie. Pour tout vous dire, je suis étonnée de voir qu'elle n'est pas réapparue depuis notre dernier entretien, et je commence à me demander s'il ne lui est rien arrivé.

- Peut-être qu'elle ne souhaite plus revenir ici ? supposa la marquise de Tourzel en reportant son attention sur le feu ronflant de la cheminée. Peut-être qu'elle est revenue à la raison et que cette histoire d'adoption lui parait désormais inconcevable…

- J'en doute voyez-vous. Elle était déterminée à parvenir à ses fins, et je n'ai même pas eu besoin de fouiller très loin dans son esprit pour m'en rendre compte. Son corps et ses gestes parlaient pour elle, et sa volonté était inébranlable. Je pense que si cela avait été le cas, elle aurait eu la politesse de venir m'annoncer qu'elle renonçait à ce projet pour ne pas me laisser dans le brouillard. Le problème doit être ailleurs, probablement du côté de sa mère…

Louise-Elisabeth se contenta de soupirer bruyamment, un geste pour le moins surprenant venant de la part d'une femme pourtant si maîtresse de ses émotions.

- Je ne voudrais pas vous décourager mon amie, mais n'espérez point revoir prochainement cette demoiselle. Elle fut certes prompte à devenir votre fille sur le moment, mais le temps a peut-être joué son rôle dans cette absence qui s'éternise… Voyez peut-être là une réponse négative de sa part…

- Peut-être oui, approuva distraitement Marie-Louise en repliant son journal qu'elle posa à côté d'elle. L'éloignement causé par l'entrée de Gabriel dans son académie a peut-être joué dans cette volonté qui était mienne de la revoir au plus vite pour connaitre la réponse de sa mère et profiter de sa présence pour m'occuper l'esprit. Il faut dire que le château est particulièrement calme lorsque mon fils n'est point là pour l'égayer par sa seule présence, et même les serviteurs se plaignent du calme qui y règne depuis quelques semaines maintenant.

- Vous comprenez maintenant ce que je peux ressentir lorsque je me trouve éloignée de mes enfants, lui répondit la marquise de Tourzel en souriant d'un air amusé. Je n'aurais jamais crû que cela vous arriverait un jour, je dois l'admettre. Enfin, il fallait bien que vous passiez par cette épreuve… Moi-même je dois admettre que le nouveau départ de Pauline pour Paris me peine fortement, d'autant plus que je ne sais absolument rien de ces nouvelles réceptions pour jeunes français fortunés auxquelles elle assiste…

- Je n'en sais malheureusement pas davantage que vous, si ce n'est que ces jeunes gens sont tous issus de familles nobles ou de la bourgeoisie française, et que ces rendez-vous sont l'occasion pour eux d'établir de nouvelles alliances politiques et financières… Gabriel sera peut-être amené un jour à y assister s'il souhaite se faire un nom également auprès de ces gens là.

- J'ai entendu dire de la bouche d'Apolline qu'elle souhaitait également y envoyer sa fille aînée pour qu'elle commence à se familiariser à ce qu'elle appelle déjà des « dîners d'affaires ». Elle doit sans nul doute en savoir davantage que nous à ce sujet. Nous ferions bien de la questionner là dessus lorsque nous la reverrons…

Toutes les deux se turent quelques instants, chacune plongée dans ses pensées. Si Louise-Elisabeth se questionnait sur les activités de sa fille lors de ces soirées, Marie-Louise elle songeait déjà à l'opportunité qui était offerte à son fils pour rencontrer les prochains hommes politiques pouvant lui permettre d'établir ses premiers contacts au sein du groupe restreint des politiciens français, d'autant plus qu'avec l'appui de son grand oncle Louis-Xavier, il ne faisait guère de doute qu'il serait un homme très courtisé lorsqu'il commencerait à son tour à se tourner vers cette activité.

- En parlant de votre fils, vous ne vous êtes guère montrée loquace la dernière fois que vous avez reçu une lettre de sa part. De quoi parlait-elle ?

- La curiosité est un vilain défaut Elisabeth, l'auriez-vous oublié ?

- N'ai-je point le droit de m'enquérir des nouvelles de mon neveu ? dit-elle en rougissant légèrement malgré tout. Je ne suis peut-être qu'une… Comment dites-vous déjà ? Molle-dur ?

- Moldue, la corrigea Marie-Louise en se retenant à grand peine de pouffer de rire.

- Oui moldue, mais je ne me montre pas indifférente à la réussite de Gabriel dans la branche qu'il a choisi d'intégrer même si ce qu'il y apprend m'échappe toujours, et son avenir me tient autant à cœur que ceux de mes enfants.

- Vous avez gagné, soupira la mère d'Harry en faisant apparaître d'un claquement de doigt la dernière lettre de son fils arrivée quelques jours plus tôt. Voulez-vous que je vous la lise ou préférez-vous que je vous narre les grandes lignes de sa lettre ?

- Hm… Je préférerais que vous me la donniez !

Le bras tendu et s'apprêtant à lui donner cette fameuse lettre, Marie-Louise fut cependant interrompue par une nouvelle bourrasque de vent provenant de la cheminée, et les flammes qui s'animaient une nouvelle fois dans celle-ci avaient une fois de plus pris une teinte verdâtre. Tandis qu'elle supposait qu'il pouvait éventuellement s'agir de Rosie et ce malgré l'heure tardive, son amie elle maugréa sombrement devant cette nouvelle interruption l'empêchant de pouvoir lire les nouvelles de son filleul.

- Ne pouvez-vous point interdire les visites en pleine soirée ? pesta Louise-Elisabeth en bougonnant de façon très immature.

- Il ne vaut mieux pas, cela pourrait être important et je tiens à être informée au plus vite du moindre problème pouvant apparaître, répondit-elle en gardant les yeux fixés vers les flammes vertes qui laissèrent apparaître quelques instants plus tard une silhouette plutôt grande.

Rosie était effectivement là, mais pas dans l'état qu'elle espérait. Maintenue dans les bras de Remus qui avait également fait le voyage, la jeune fille semblait souffrante et très mal en point, et en voyant le visage alarmé du parrain d'Harry, il ne faisait guère de doute que ce qui arrivait à Rosie était très sérieux pour qu'il en vienne à venir chez elle. La peau luisante de sueur, les yeux révulsés et les bras pendant piteusement vers le sol, Rosie donnerait presque l'impression d'être morte si elle ne poussait pas continuellement des gémissements plaintifs accompagnés de sanglots.

Moins de deux secondes après leur apparition, ce fut le tour de Lily d'arriver dans son salon, et même si elle semblait à première vu en meilleure santé que sa fille, Marie-Louise constata avec dépit que Rosie ne lui avait pas menti : Sa mère ressemblait à une véritable épave : Le visage émacié, de lourdes poches sous les yeux, le corps amaigri flottant dans des vêtements trop grands désormais pour elle et soutenu par des jambes maigres qui ne cessaient de trembler à chacun de ses pas, Lily faisait peine à voir, mais pas autant que sa fille.

Marie-Louise, qui s'était immédiatement levée de son siège en les voyant arriver, s'apprêtait à les questionner sur leur venue tardive et la raison de celle-ci, mais à sa grande surprise, Lily se précipita vers elle pour venir s'agripper à sa robe telle une illuminée et les yeux exorbités.

- M-madame Potter ? balbutia t-elle en la regardant d'un air intrigué. Qu-Qu'avez-vous ?

- S'il vous plait, j'ai besoin de votre aide ! l'implora t-elle d'une voix alarmée. Rosie n'est pas bien du tout depuis quelques heures, et je ne savais pas vers qui me tourner ! Je ne sais absolument pas quoi faire pour l'aider, et j'ai tenté par tous les moyens de la soigner, mais rien ne fonctionne !

- Posez-là sur ce fauteuil, lui ordonna t-elle fermement tandis que Louise-Elisabeth se levait de celui-ci pour leur laisser toute la place. Je ne sais pas si je vous serais d'un grand secours, mes connaissances en médecine sont plutôt limitées. Mais je vais faire de mon mieux pour vous aider.

Lily hocha simplement sa tête tout en la relâchant pour apporter son aide à Remus qui déposait délicatement Rosie sur les coussins du fauteuil. Celle-ci poussa malgré tout un gémissement de douleur alors qu'elle tentait maladroitement de remuer, mais son corps endolori l'empêchait de pouvoir ne serait-ce que bouger son petit doigt.

- Pouvez-vous m'expliquer comment est-elle devenue malade à ce point ? demanda t-elle à Lily tandis qu'elle prenait la température de Rosie. Il y a dû forcément y avoir des symptômes auparavant !

- N-non, absolument rien ! affirma désespérément Lily. Elle était en parfaite santé une bonne partie de la journée, et puis elle a commencé à se plaindre de douleurs un peu partout sur le corps. Les douleurs venaient et repartaient aussi vite qu'elles étaient arrivées, comme une aiguille qu'on piquerait sur la peau ! Ensuite elle a brusquement commencé à avoir très chaud, et les douleurs se sont intensifiées au point qu'elle n'arrivait même plus à faire un pas sans avoir horriblement mal… il y a vingt minutes, elle s'est écroulée par terre en hurlant de douleurs, et depuis ce temps elle est restée dans cet état de grande souffrance !

- Hm… Nous avons peut-être à faire à une maladie bénigne, ou alors à une intoxication alimentaire… A-t-elle mangé quelque de particulier dernièrement ?

- Non, elle mangeait la même chose que moi ! C'est… C'est d'ailleurs elle qui préparait les repas aujourd'hui et étant donné son âge, elle ne pouvait faire autrement que nous proposer une miche de pain et quelques légumes crus !

D'autres sortilèges permettant d'élaborer un diagnostic furent utilisés, mais aucun ne leur permit d'avoir une réponse claire à la maladie qui semblait ronger Rosie.

- Nous allons la déplacer ailleurs pour pouvoir la soigner dans de meilleures conditions, déclara Marie-Louise en se relevant. Sonorus, lança t-elle en pointant sa gorge avec sa baguette magique. Martine, Françoise, venez immédiatement dans la chambre de Diane avec quelques serviettes humides et une bassine d'eau !

Sa voix, amplifiée par le sort, résonna à travers tout le château, et il paraissait impossible que les deux servantes ne puissent l'entendre.

- Homonum Locomotor, poursuivit-elle après avoir annulé son sort en visant cette fois-ci le corps immobile de Rosie qu'elle fit immédiatement léviter à bonne hauteur. Suivez-moi, ajouta t-elle en se dirigeant vers la sortie.

Les couloirs qu'ils traversèrent étaient particulièrement sombres en cette soirée, et même les multiples bougies disposées autour d'eux sur les chandeliers et lustres ne parvenaient pas à les traverser sans risque. C'est du moins ce que pensa Remus qui entreprit aussitôt d'éclairer leur chemin avec sa propre baguette magique, ce dont Marie-Louise fut très reconnaissante. Elle-même avait bien du mal à garder le contrôle qu'elle avait sur le corps de Rosie, et son sortilège nécessitant une concentration de chaque instant, le moindre égarement ou relâchement pouvait entraîner la chute de Rosie par terre et aggraver peut-être son état.

Lily et Louise-Elisabeth elles tentèrent maladroitement de soulever ce corps fragile en gardant leurs bras sous celui-ci pour anticiper la moindre chute, mais par chance, rien de fâcheux n'arriva jusqu'à leur arrivée dans la chambre. Les deux servantes étaient d'ailleurs déjà là, debout toutes les deux à côté du lit en les regardant confusément. Mais lorsqu'elles virent la petite Rosie et ses halètements de douleurs, la gravité de la situation se fit aussi claire que de l'eau de source et sans perdre une minute, elles aidèrent à l'installer le plus confortablement possible sur l'immense lit prévu pour.

- Déshabillez-là, ordonna leur maîtresse avant qu'elles ne s'y attellent immédiatement pour ne laisser à Rosie que ses sous-vêtements. Mieux vaut avoir accès à l'intégralité de son corps pour prévenir tous les risques…

Vêtue uniquement de ses dessous et d'une courte chemise intime, le corps de Rosie fut totalement visible de tous bien que celle-ci n'en eut absolument pas conscience. Sa respiration continuait d'être hachée et saccadée alors qu'elle essayait vainement de se mettre à son aise sur le matelas en tentant péniblement de bouger son corps au prix de douleurs insoutenables.

- Que pensez-vous qu'il lui arrive ? demanda Remus en regardant d'un air grave l'état dans lequel se trouvait Rosie. Est-ce… Une maladie ? Quelque chose qu'elle aurait attrapé quelque part ou en consommant un aliment qui n'était plus comestible ?

- Je n'en ai malheureusement aucune idée, lui avoua Marie-Louise en utilisant à nouveaux des sorts sur tout le corps de Rosie. Cela semble en tout cas bien trop important pour être une simple grippe…

Plusieurs autres sortilèges furent utilisés, mais pas un seul ne pouvait lui permettre de savoir de quel mal pouvait bien souffrir Rosie ni même l'origine de cette maladie. Pas la moindre égratignure ou blessure pouvant éventuellement supposer à un empoisonnement ou une infection n'était également visible, pas plus qu'une marque sur la peau ou une inflammation… Autant dire qu'elle faisait chou blanc.

- C'est à n'y rien comprendre…, souffla t-elle de dépit en secouant furieusement sa baguette pour faire disparaître le nuage de fumée en sortant. Les sorts que j'ai utilisés servent généralement à diagnostiquer une quelconque maladie afin de pouvoir préparer l'antidote qui permettra de la vaincre, mais la fumée devait automatiquement me donner le nom connu de cette maladie, ce qui n'est pas le cas ici…

- Qu'est-ce que cela signifie alors ? s'enquit Remus alors que Lily, qui était penchée au dessus de sa fille, tentait de l'apaiser en lui caressant les cheveux.

- Que cette demoiselle est en aussi bonne santé que vous et moi…

- Mais… Mais vous ne pouvez ignorer les symptômes qu'elle a actuellement ! s'emporta Lily en reportant son attention sur elle. Comment ne peut-elle être malade alors qu'elle est aussi bouillante qu'une marmite !?

- Mon sortilège est formel, riposta la princesse de Lamballe. La fumée aurait pris une couleur rougeâtre si votre fille était malade. Or, celle-ci est restée blanche, signe qu'elle n'a en elle aucun germe néfaste pour sa santé.

Un cri déchirant poussé par Rosie les interrompit dans leur discussion, et si au départ personne ne comprit ce qui avait bien pu lui arriver, tous remarquèrent au bout du compte qu'une auréole de sang commençait à se former sous le corps de la petite fille au niveau de sa hanche pour s'étaler sur le drap. Surprise, Marie-Louise souleva alors délicatement le corps frêle de Rosie pour comprendre d'où pouvait provenir toute cette hémoglobine, et la réponse aussi horrible soit-elle lui sauta rapidement aux yeux.

- Bonté divine ! s'exclama t-elle en constatant l'apparition d'une profonde entaille zébrant le dos de sa patiente. Que diable est-ce ?!

- Oh mon Dieu ! poussa Martine en approchant immédiatement son linge mouillé sur la blessure pour la nettoyer et stopper l'hémorragie.

- Non laissez-moi faire Martine, l'enjoignit son employeuse en repoussant sa main. Contentez-vous de lui mouiller tout le corps pour essayer de faire baisser sa température. Episkey ! ajouta t-elle en pointant sa baguette magique sur la blessure qui se referma immédiatement.

À peine eut-elle terminée avec cette blessure qu'une autre apparut immédiatement sur le ventre de Rosie, tachant à nouveau de sang le linge qu'elle portait et arrachant un nouveau cri de douleur à Rosie.

- C'est… Je n'avais encore jamais vu cela…, avoua Marie-Louise d'un air désemparé en remontant la chemise pour soigner immédiatement la longue coupure traversant le corps de Rosie. Il est maintenant sûr que ce n'est point une maladie à moins que nous assistions à la naissance d'un nouveau mal…

- Vous ne pouvez rien faire alors ? lui demanda désespérément Lily en la regardant avec des yeux larmoyants.

- Je… Je n'ai encore jamais eu connaissance de cette bizarrerie, tout comme aucun de mes livres ne mentionnent cela, à moins que…

Sa phrase resta en suspend malgré les nombreux regards intrigués qu'elle recevait. La vérité venait d'apparaître aussi clairement dans son esprit que si elle avait été inscrite devant elle sur un immense morceau de papier. Ce mal, cette fièvre soudaine, ces coupures venant de nulle part… Aucun doute possible maintenant : La source de tous ces symptômes était purement magique, et la seule façon selon elle pour parvenir à un tel résultat se trouvait certainement dans les arts les plus obscurs de la magie.

- Vous… Vous avez trouvé quelque chose ? lui demanda Remus en constatant son froncement de sourcils.

- Je ne suis pas certaine, mais je pourrais avoir une idée de ce qui cause tout cela.

Un nouveau cri strident sortit de la bouche de Rosie, et une nouvelle entaille lui zébrant la poitrine laissa s'écouler une traînée de sang tachant encore davantage sa chemise. Marie-Louise déchira immédiatement celle-ci en la coupant d'un coup de baguette magique puis la soigna dès qu'elle l'eut sous les yeux. Cependant, avant de refermer la coupure, elle collecta rapidement un peu de sang qu'elle laissa couler dans une coupelle qu'elle prit soin de ne pas laisser déborder. Puis, la reposant sur la table de chevet, elle demanda alors à Remus de surveiller Rosie et de parer à toute éventualité concernant son état de santé et ses étranges symptômes. Son intuition lui soufflait que l'origine de ce mal pouvait se trouver dans le sang, et qu'avec de rapides analyses elle pourrait peut-être trouver enfin la vérité quant à cet étrange phénomène. L'envoûtement nécessitait après tout l'utilisation du sang, et étant donné la façon avec laquelle le bourreau de Rosie s'amusait à la mutiler, nul doute qu'il fallait faire vite pour ne pas la voir être démembrée ou même décapitée.

- Qu'allez-vous faire pendant ce temps ? lui demanda Remus en la voyant effectuer de nombreux gestes avec sa baguette au dessus de la coupelle.

- Trouver des réponses à mes interrogations, dit-elle simplement en continuant ses manœuvres sans lui accorder un regard.

Les minutes se succédèrent, troublés par les nombreux cris et supplications de Rosie à chaque nouvelle entaille, les pleurs continus de Lily qui se sentait impuissante devant la souffrance de sa fille et les marmonnements incompréhensibles de Marie-Louise qui s'activait toujours au dessus du sang qu'elle avait collecté. Les deux servantes elles continuèrent à éponger longuement le petit corps fragile de Rosie en faisant fit des soubresauts et des gestes brusques de celle-ci à chaque coupure qui apparaissait sur sa peau, mais malgré tout, elles remarquèrent avec défaitisme que la chaleur se dégageant de Rosie ne cessait de croître et que la température de son corps devait être désormais bien au dessus de celle d'une personne en parfaite santé. C'était un spectacle très déchirant pour tous de voir cette jeune fille pleine de vie souffrir comme une damnée dans ce lit, et même si personne ne le supposait ouvertement, l'idée que Rosie puisse mourir en cette soirée faisait malheureusement son chemin dans l'esprit de tous. Mais l'abdication n'était pas une solution, et chacun s'activait à tenter de la sauver quitte à y passer toute la nuit s'il le fallait.

- M-maman j-j'ai mal ! haleta Rosie entre deux sanglots tandis qu'elle cherchait à travers le flou de ses larmes la silhouette rassurante de sa mère. Où es-tu maman !? Maman ne m'abandonne p-pas !

- Je suis là chérie, l'informa Lily en se saisissant immédiatement de sa main pour tenter vainement de la consoler. Tout va bien se passer trésor, maman est là et elle ne t'abandonnera pas ! Jamais !

Rosie tenta alors un sourire, mais son visage se barra plutôt d'une grimace de douleur pendant qu'un cri d'agonie sortait une nouvelle fois de sa bouche. Lily elle ressentit de son côté l'écoulement d'un liquide dans la paume de sa main, et en desserrant légèrement l'emprise qu'elle avait sur celle de sa fille, elle vit alors une nouvelle et profonde blessure venant tout juste d'apparaître et de laquelle suintait déjà une quantité non négligeable de sang.

- Ep-Episkey ! balbutia t-elle en fondant en larmes face à ce triste spectacle ! Episk-key ! tenta t-elle à nouveau sans succès alors que sa baguette tremblait fortement dans sa main.

- Episkey, marmonna à son tour Remus en lui venant en aide.

La blessure de Rosie se referma immédiatement, mais celle de Lily elle s'ouvrit aussitôt. Le cœur brisé par la maladie de sa fille et les dernières semaines de déprime qu'elle avait vécues, ses larmes s'écoulèrent sans discontinuer sur ses joues sans qu'elle ne parvienne à reprendre le dessus de ses émotions. Rester calme alors que sa fille souffrait devant elle était un effort dont elle n'était pour le moment pas capable, et chacun le comprit sans avoir besoin de la questionner sur son état. Remus se contenta de passer un bras autour d'elle pour lui certifier silencieusement qu'il était là pour elle dans cette épreuve et qu'il ne la laissait pas tomber. Rosie elle continuait à gémir désormais, son corps lui faisant de plus en plus mal alors qu'elle continuait de suer abondamment au point d'en mouiller rapidement les draps.

Marie-Louise de son côté avait bien avancé dans ses analyses, et après de multiples manipulations, le sang dans sa coupelle formait désormais deux petites flaques rougeâtre séparées l'une de l'autre sans possibilité de pouvoir se mélanger. En vérité, le patrimoine génétique du sang de Rosie se montrait à elle de cette façon, et si le sang de gauche portait les gênes de James Potter, celui de droite était issu de ceux de Lily. Sa supposition allait enfin trouver réponse, et après avoir trempé son doigt dans le sang qui était similaire à Lily et qu'elle trouva parfaitement normale, celui de James lui était particulièrement bouillant et manqua de peu de lui brûler le doigt. Nul doute n'était permis désormais : L'envoûtement était découvert.

- Touchez, enjoignit t-elle Lily en lui tendant la coupelle. N'hésitez pas à tremper votre doigt dedans, vous comprendrez plus facilement ce qu'il en retourne.

Lily obéit immédiatement, mais non sans une certaine appréhension. À peine son doigt entra en contact avec le sang qu'elle le retira immédiatement, surprise par sa chaleur. Plonger sa main dans une casserole pleine d'eau bouillante aurait eu le même effet pour elle, et en vérité, elle doutait même qu'une eau bouillante soit aussi chaude que le sang qu'elle venait de toucher. La seule conclusion qui lui parvenait à ce moment-là était que tout ceci n'était pas normal, et qu'à sa connaissance, aucune maladie ne réchauffait à ce point le sang.

- Ce n'est pas une maladie, l'informa Marie-Louise en anticipant à l'avance sa question. Aucune maladie connue ne donne d'aussi étranges symptômes et encore moins des coupures apparaissant aussi soudainement sur tout le corps… Il ne fait guère de doute maintenant que quelqu'un a ensorcelé votre fille par un quelconque procédé, et qu'actuellement, il se sert à sa guise de sa petite trouvaille pour torturer votre fille dans un but bien précis. Le sang que vous venez de toucher porte les gênes de votre mari, du moins ceux qu'il a légués à votre fille, tandis que celui que vous n'avez pas encore touché s'assimile davantage au vôtre. Inutile de vous préciser qu'il n'est pas aussi brûlant que le premier. Nous pouvons donc en supposer que votre fille a été ensorcelée par une personne utilisant de toute évidence le sang de votre mari pour parvenir à ses fins.

- En-ensorcelé ? balbutia Lily en la regardant d'un air horrifié. V-vous voulez dire que quelqu'un s'amuse à brutaliser ma fille et à la faire saigner selon son bon plaisir sans même se soucier de sa vie !? Mais qui diable peut être assez cruel pour faire une chose pareille !?

- Inutile de chercher loin, la réponse est évidente…, se contenta de lui répondre Marie-Louise en fronçant ses sourcils.

D'abord dubitative, Lily ne tarda pas elle non plus à comprendre de qui il était question, et une seule personne selon elle pouvait être capable d'en arriver là : James. Cependant, son mari était bien incapable de mettre en œuvre une pareille machination, et ce malgré tout le respect qu'elle avait pour ses compétences magiques. Mais un rituel magique de cet acabit n'était certainement pas dans les compétences de James, de même qu'il était pour elle difficile de croire qu'il en arrive à s'en prendre de la sorte à sa fille. N'était-il pas son père ? Un père ne devait-il pas protéger et défendre ses enfants au péril de sa vie ? Ne devait-il pas jurer amour et affection envers eux ? Ces propos lui parurent aussitôt risibles tant James avait été jusqu'à présent loin d'être comme ça avec Harry et Rosie.

Ne restait donc qu'une seule autre personne capable de connaitre et d'utiliser une technique aussi intrigante que répugnante, une technique puissante et suffisamment rare pour ne pas être connu du commun des mortels sans quoi tout le monde pouvait à sa guise l'employer pour se venger. Une seule personne suffisamment instruite pour en connaitre toutes les subtilités ne pouvait que remplir ce rôle : Dumbledore.

- C'est… C'est Dumbledore n'est-ce… N'est-ce pas ? demanda t-elle pour avoir confirmation.

Un simple hochement de tête brisa en un instant le peu d'estime qu'elle avait encore pour le vieux sorcier, la soit disant incarnation du bon côté, défenseur des faibles, des nés-moldus et des opprimés, vainqueur du mage noir Grindelwald, président du magenmagot et manitou suprême de la confédération international des mages et sorciers… Méritait-il seulement tous ces titres ? Un homme capable de torturer une petite fille, séquestrer une femme chez elle, forcer des parents à abandonner leur enfant, envoyer quelqu'un dans des missions dangereuses dans le but inavoué de le voir disparaître et user de son influence pour faire passer ses décisions sans résistance, était-il réellement une bonne personne ? Lily en doutait, surtout en voyant l'état désastreux dans lequel se trouvait sa fille. Quant à James, constater qu'il était lui-même prêt à participer à une abomination pareille ne faisait que lui confirmer que son mari était un salaud.

Mais un autre problème apparaissait maintenant : Que faire pour arrêter cet envoûtement ? Y'avait-il un seul remède ou même sortilège pour faire cesser la torture que subissait sa fille ? Qu'elle était sa marge de manœuvre à présent ? Autant de questions qu'elle s'empressa de poser, mais si elle espérait entendre rapidement une réponse pouvant la rassurer, elle déchanta rapidement :

- La seule solution possible pour le moment serait d'éliminer la personne utilisant actuellement ce rituel à défaut de pouvoir la raisonner. D'autres solutions sont possibles, mais elles prennent bien plus de temps et nous n'avons justement point assez de temps pour penser un seul instant à les utiliser.

Ces mots sonnèrent comme un coup de fouet, et d'ailleurs lui firent aussi mal que si elle en recevait. La seule possibilité qui lui restait désormais était d'aller directement trouver Dumbledore et lui demander… Non, l'implorer de faire cesser son rituel en prenant un risque immense d'être piégée par lui. Résolue à cette solution, Lily commença à lentement se diriger vers la sortie sous les yeux incrédules des autres.

- J-je ne peux pas rester ici dans ce cas, je… Je vais aller me rendre ! lança t-elle tout à coup en se dirigeant vers la sortie. Il en va de la survie de mes enfants !

- Vous resterez ici ! lui ordonna Marie-Louise en refermant d'un coup de baguette la porte de la chambre.

Mais Lily ne tint rigueur de son ordre et sans plus attendre, elle sortit à son tour sa baguette pour faire tout simplement exploser la porte et se précipiter dans le couloir pour rentrer chez elle et faire cesser le plan diabolique de Dumbledore et James. Tout l'univers l'entourant n'était désormais qu'un vague tourbillon de noirceur alors qu'elle courait rapidement vers la sortie, sans un regard derrière elle. Aucune autre pensée ne traversait son esprit, hormis celle qui lui assurait qu'en agissant ainsi, elle s'assurait de la sécurité et de la santé de ses enfants, et ce en sacrifiant ainsi sa liberté. La vie de ses enfants valait bien plus que la sienne et s'il fallait pour cela subir les brimades et les coups de son mari, alors elle était prête à le faire.

Sa volonté de fuir fut cependant brutalement interrompue par une poigne puissante lui enserrant la taille et l'empêchant de pouvoir avancer plus loin. En tournant légèrement la tête, Lily constata que la personne l'empêchant de bouger n'était autre que la maîtresse de maison qui s'obstinait à vouloir la retenir contre son gré. Ne pouvait-elle comprendre qu'il fallait qu'elle fasse cela pour le bien de ses enfants ? Que même si elle n'en avait nullement envie, la vie de sa fille et la sécurité de Rosie et Gabriel valait bien un tel sacrifice ? C'est en se posant ces questions qu'elle commença alors à se débattre et à essayer de sortir de cette étreinte l'enserrant fermement.

- Je vous ai dit de rester ici Lily ! s'exclama Marie-Louise en continuant de s'agripper à elle.

- Lâchez-moi ! Je vous ai dit de me lâcher ! Il faut que je sauve ma fille ! Vous ne pouvez pas me forcer à rester ici et la voir mourir sans réagir !

- Il y a toujours une solution à chaque problème, et ce n'est pas en vous jetant dans le piège que vous tend Dumbledore que vous le réglerez ! Alors vous allez revenir dans cette chambre, vous asseoir à côté de votre fille et rester auprès d'elle dans cette dure épreuve, m'avez-vous comprise !?

- JE ME FICHE DE CE QUE VOUS DITES ! hurla t-elle finalement en essayant de se dégager de l'étreinte de son hôte qui s'accrochait fermement autour de sa taille pour l'empêcher de partir. MA FILLE PEUT MOURIR D'UN INSTANT À L'AUTRE ET VOUS N'AVEZ PAS L'AIR DE VOUS EN RENDRE COMPTE ! COMMENT POUVEZ-VOUS ME DEMANDER DE RESTER LÀ ET DE LA REGARDER ÊTRE TORTURÉE SANS MÊME TENTER QUOI QUE CE SOIT !? LÂCHEZ-MOI IMMÉDIATEMENT OU JE VOUS…

Lily ne put terminer sa phrase car une soudaine gifle vint la cueillir et l'interrompre dans sa diatribe. La joue endolorie et brûlante, elle regarda d'un air stupéfait Marie-Louise devant elle qui gardait toujours sa main en l'air, comme pour la menacer de lui en asséner une nouvelle si elle tentait à nouveau de s'en aller. Trop surprise par son geste, Lily se fit soudainement silencieuse et amorphe, incapable de réfléchir ni même de penser correctement. Seule la douleur qu'elle ressentait sur le côté gauche du visage lui restait en mémoire tandis qu'elle tentait de la soulager en la caressant doucement.

- Vous allez m'écouter maintenant, ou dois-je vous en donner une autre ? lui demanda furieusement la princesse de Lamballe en la fusillant du regard.

Ne sachant pas quoi faire d'autre, Lily s'avoua finalement vaincu et acquiesça simplement sa tête pour lui indiquer qu'elle avait désormais toute son attention.

- La raison pour laquelle Dumbledore torture votre fille est évidente : C'est vous qu'il cherche à atteindre, et son objectif est des plus simples à comprendre. Il veut que vous reveniez chez vous, il veut que vous retrouviez votre ancien foyer et votre cher mari aimant afin de lui servir de nouveau de défouloir pour ses sautes d'humeur. Il ne prendra par conséquent jamais le risque de tuer votre fille s'il s'avère qu'elle est le seul moyen de pression qu'il possède sur vous ! Vous faites partie intégrante de ses plans Lily, et il pense qu'en agissant ainsi, vous reviendrez par vous-même pour reprendre la vie que vous meniez avant votre fuite. Est-ce ce que vous voulez Lily ? Est-ce que vous pensez que vous jeter tête la première dans son piège réglera votre problème ? Croyez-vous vraiment qu'il se soucie un seul instant de la vie de votre fille ?

- Mais si je n'y vais pas, il finira par…, commença t-elle avant d'être interrompue.

- Et si vous y allez, il se servira de ce procédé pour vous faire chanter et vous faire obéir. Chaque fois que vous tenterez de vous rebeller, il se servira de ce moyen pour vous briser et vous faire revenir dans le chemin qu'il a tracé pour vous, et vous redeviendrez alors cette femme soumise et vulnérable que vous étiez il y a encore de cela quelques mois. Vous ne rendrez service à personne en choisissant de retourner auprès de Dumbledore, bien au contraire.

- J-je pourrais vous laisser Rosie pour que vous la gardiez en sécurité…

- Cela ne l'empêcherait pas de vouloir la récupérer également en vous menaçant d'utiliser cette technique vaudou pour vous forcer à lui avouer où elle se trouve, et dans le même temps vous faire avouer où se trouve également Gab… Harry. Une épée de Damoclès sera alors constamment au dessus de vous et de vos enfants, et vous ne vivrez plus alors que dans la peur et l'angoisse.

Soudainement, Les jambes flageolantes de Lily ne la portèrent plus, et celle-ci s'effondra sur le sol en comprenant l'horreur de la situation dans laquelle elle se trouvait. Des sanglots plaintifs sortirent aussitôt de sa bouche pendant qu'elle enfermait son visage entre ses mains pour cacher le flot de larmes qui s'écoulait de ses yeux. Perdue, voilà l'état dans lequel elle se trouvait, et rien ne pouvait apparemment lui permettre de sortir de cette situation. Cette impuissance eut raison de son état psychologique, et un court instant, elle se sentit l'envie d'en finir avec tous ces problèmes, en finir avec toutes les horreurs jalonnant son existence, en finir tout simplement avec la vie pour ne plus souffrir…

- Je ne vous conseille même pas d'essayer, l'avertit soudainement Marie-Louise en reprenant à nouveau une voix dure. Mettre fin à votre vie est l'acte le plus lâche qui soit, et également le plus égoïste car vous laissez derrière-vous deux enfants qui devront vivre le reste de leur vie avec le souvenir d'une mère ayant préféré disparaître de cette façon sans oser affronter les obstacles qui jalonnent sa route…

- Que me conseillez-vous de faire alors ? lui demanda t-elle d'une voix entrecoupée de sanglots et ce sans même se questionner sur le fait que son interlocutrice était au courant de ses sombres pensées. Attendre gentiment que Rosie se vide de son sang ? Attendre que Dumbledore lui coupe la tête lorsqu'il aura perdu patience ? Faire mine de subir sans souffrir cette épreuve alors que ce n'est pas du tout le cas !?

- Je vous l'ai dit, il y a toujours une solution à chaque problème et en particulier lorsqu'il s'agit de la magie. Le rituel vaudou de Dumbledore fait appel à une branche de la magie que l'on nomme sanguimagie, bien souvent considérée comme de la magie noire mais que j'utilise occasionnellement malgré tout. Comme son nom l'indique, le sang est constamment employé pour son utilisation, et l'un des points essentiels à savoir lorsque l'on souhaite en utiliser est que le sang peut toujours être modifié pour intensifier un sortilège par exemple ou à l'inverse se prémunir des malédictions comme celle qui touche actuellement votre fille. En outre, l'adoption de votre fils par moi-même pourrait éventuellement être considérée comme une autre fonction de la sanguimagie.

- Je ne vois pas ce qu'un cours sur la sanguimagie pourrait apporter à la situation dans laquelle nous nous trouvons ! Nous n'avons pas le temps pour ces choses là ! s'emporta de nouveau Lily.

Marie-Louise préféra soupirer plutôt que d'aggraver leur discussion et, s'agenouillant pour se retrouver au même niveau que Lily, elle pressa alors d'un geste amical l'épaule de Lily, geste qui eut étrangement comme conséquence de la calmer brusquement.

- Pour lutter contre la sanguimagie, il faut également l'utiliser. Les runes nécessitant du sang pour être activée sont par exemple bien plus puissantes que les runes classiques, et le seul moyen de les combattre et de faire jeu égal avec elles. Par conséquent, pour soigner votre fille, il faut utiliser une méthode permettant de lutter efficacement contre celle de Dumbledore et qui suit le même principe. Me comprenez-vous jusqu'à présent ?

Lily hocha simplement sa tête, pendue malgré elle aux lèvres de Marie-Louise alors qu'elle espérait entendre de sa bouche les mots qui éclaireraient sa lanterne et l'informeraient d'une possible issue au problème que sa fille rencontrait.

- Dumbledore utilise le sang circulant dans le corps de votre fille pour la contrôler à sa guise et lui faire subir les pires châtiments possibles. Il utilise par conséquent le sang de votre mari pour parvenir à ses fins car le sang de Rosie possède la moitié de son patrimoine génétique. Vous en avez d'ailleurs eu la preuve tout à l'heure en comparant la température du sang que j'ai placé dans la coupelle. Il faut donc intégralement modifier son sang et chasser celui de votre époux pour briser ce lien les unissant, autrement Dumbledore pourrait finir par la tuer. Mais vivre sans une partie de ce qui fait notre identité est impossible, et ne pas remplacer le sang de votre mari serait tout aussi dangereux que de laisser les choses comme elles sont.

- Vous voulez dire qu'il faudrait que quelqu'un l'adopte comme… comme vous avez fait avec Harry ? Qu'elle puisse posséder un sang neuf permettant d'échapper à ce genre de malédiction de la part de Dumbledore ou de son père ?

- Entre autre, mais soyez certaine que je ne vous proposerai pas cela s'il y avait d'autres possibilités, et surtout si le temps m'était accordé pour trouver d'autres solutions. Pour tout vous dire, votre fille est venue me voir il y a quelques temps en me demandant de lui faire la même chose qu'avec Gabriel, c'est-à-dire de lui préparer la même potion pour qu'elle soit tout comme lui adoptée. Son désir de ne plus avoir le moindre lien avec son père était immense, bien plus grand que celui de son frère, et en utilisant la légilimancie, j'ai constaté qu'elle était prête à tout pour parvenir à ses fins, quitte à user envers moi-même du chantage affectif. Je lui ai répondu ce jour-là que je ne prendrais plus cette décision seule mais que votre choix serait capital dans cela. Néanmoins, j'ai quand même accepté de préparer une potion à l'avance si votre choix s'avérait être positif, et celle-ci est déjà prête depuis quelques jours. Je n'attendais plus que votre accord pour lancer cette procédure, mais il semblerait que les circonstances nous poussent à agir de cette manière avec ou sans votre bénédiction. Mais le choix est vôtre Lily : Souhaitez-vous sauver votre fille et accepter qu'elle soit adoptée comme votre fils, ou préférez-vous attendre que l'on trouve une autre solution au risque qu'elle ne meurt avant ?

La question ne se posait même pas selon Lily, et même si l'idée de voir sa fille à son tour adoptée par cette dame pour qui elle avait jusqu'à présent beaucoup de ressentiment ne lui plaisait pas, elle était malgré tout prête à s'y plier si cela lui permettait de sauver la vie de Rosie. Il ne pouvait y avoir rien de pire après tout que de voir sa fille mourir sans tenter quoi que ce soit, et malgré le fait qu'elle avait du mal à l'admettre, Harry ne semblait pas avoir souffert en la présence de Marie-Louise et paraissait en parfaite santé lorsqu'elle l'avait vu en Juillet. Son fils était au final bien différent de celui qui avait vécu avec James Potter, et cette femme qui était devenue sa seconde mère avait su parfaitement combler le vide affectif qu'il avait eu en l'absence de sa mère mais également en l'absence d'une figure paternelle.

Ses pensées dérivèrent alors sur James, l'homme qu'elle avait épousé quelques années plus tôt et qui avait terriblement changé depuis la chute de Voldemort. Presque aussitôt, une colère noire s'immisça en elle en songeant qu'il avait été capable de faire subir un tel traitement à sa fille pour essayer simplement de la récupérer. Comment un père pouvait oser faire cela à son propre enfant ? Comment un homme pouvait agir et être aussi égoïste et irresponsable au point de jouer avec la vie de sa fille pour parvenir à ses fins ? Elle-même ne l'aurait jamais crû, surtout venant de sa part, et Lily se dégoûtait maintenant d'avoir un jour épousé un homme aussi abject et horrible. Même Lucius Malefoy ne tomberait pas aussi bas, pas plus que Voldemort s'il avait eu l'opportunité un jour d'avoir un enfant… Et Merlin sait à quel point cet homme se souciait peu du sort de ses subordonnés du temps de la grande guerre ! Son mari pourtant si prompt à affirmer qu'il luttait pour le bien et la justice n'était au final qu'un mangemort déguisé en saint, tout comme Dumbledore n'était qu'un Voldemort sans les idées préconçues sur les moldus qui allaient avec le rôle. Il était désormais difficile de savoir qui étaient vraiment ses amis et qui étaient en vérité les ennemis dont il fallait se méfier absolument. Les cartes étaient redistribuées, et l'échiquier sur lequel se jouait le destin du monde était bouleversé par ces changements. Noir ou blanc ? Bien ou mal ? Difficile à dire maintenant.

Une chose était certaine cependant à ses yeux : Cette Marie-Louise de Savoie n'était pas comme eux, du moins en apparence. Rien ne semblait en tout cas montrer qu'elle était tout aussi mauvaise que les deux chefs attitrés du camp du bien et du mal qui existaient en Grande Bretagne. Cette femme n'avait jusqu'à présent montré que les bons côtés de sa personnalité, et hormis peut-être son égoïsme et sa tendance à diriger le monde qui l'entourait, elle semblait parfaitement agréable et d'une bonne nature.

Lily se doutait que son jugement était peut-être faussé par la dure nuit qu'elle vivait actuellement et par les très rares moments qu'elle avait passés en sa compagnie, mais finalement : Une femme ayant choisi de s'occuper d'un garçon qui n'était pas le sien et de l'élever avec amour comme un fils, n'était-elle pas après tout une bonne personne ? Que risquait-elle maintenant à accepter sa proposition d'adopter cette fois-ci la sœur de ce même garçon ? Pas grand-chose, sauf peut-être de batailler gentiment avec elle pour assurer sa position de mère biologique.

Marie-Louise lui apparut dès cet instant sous un nouveau jour, et Lily la jugea bien plus apte à remplir le rôle de deuxième parent pour ses enfants que James : Il y avait peu de chance après tout qu'elle tente elle aussi de jouer avec la vie de ses enfants pour en tirer un bénéfice personnel et particulièrement égoïste. Et quant à la personnalité de ces deux personnes et la stature que James et Marie-Louise avaient chacun, il ne faisait guère de doute que cette dernière surpassait largement son époux dans tous les domaines.

Son choix se fit alors, un choix difficile certes mais qui résoudrait de nombreux problèmes, et c'est avec une certaine appréhension de l'avenir qu'elle bascula alors vers la résignation.

- D'accord, accepta t-elle au bout du compte en posant sa main sur celle de son interlocutrice. Si cela permet de la sauver, alors je veux bien que vous… Heu… Que vous l'adoptiez.

- Vous m'en voyez ravie, lui répondit la princesse de Lamballe en souriant. Mais ne tardons pas maintenant, la vie de votre fille est…

- Notre fille, la corrigea subitement Lily tandis que Marie-Louise écarquillait les yeux face à ce qu'elle venait de lui dire.

- Je Heu… Oui… Bon retournez la voir et restez auprès d'elle le temps que j'aille chercher la potion, dit-elle en se relevant pour s'éloigner d'un pas précipité à travers le couloir.

Lily resta encore quelques secondes agenouillée par terre, le temps pour elle d'entendre Marie-Louise marmonner un vague « Notre fille… Merlin que cela semble étrange à entendre » avant de retourner précipitamment dans la chambre où se trouvait sa fille et dans laquelle elle retrouva le reste des adultes mis dans la confidence de cette affaire. Le trou béant qu'elle avait creusé dans le mur lui permettait d'avoir une excellente vue sur Remus qui avait pris place près du lit et tentait tant bien que mal de soigner les blessures de Rosie en gardant sa main fermement soudée à celle de la petite fille. Les deux servantes elles continuaient de mouiller inutilement le corps de Rosie en espérant toujours faire baisser la température de son corps. Louise-Elisabeth pour sa part était assise de l'autre côté du lit et sans doute en constatant qu'elle n'avait pas vraiment d'utilité pour le moment, elle tenta alors maladroitement de rassurer la petite Rosie en lui soufflant quelques paroles réconfortantes pour essayer de l'apaiser.

Prise d'une certaine jalousie, mais également de honte en constatant l'état déplorable dans lequel elle avait laissé la chambre, elle toussota légèrement pour se faire entendre et ainsi faire cesser les gestes affectueux de Louise-Elisabeth envers Rosie.

- Lily ! s'exclama Remus dès qu'il la vit. Merlin, j'ai bien crû que tu allais vraiment te rendre à Dumbledore ! Non mais te rends-tu compte de l'idiotie que tu allais faire !?

- Je suis désolée Remus…, marmonna t-elle en s'avançant vers le lit. Je ne sais pas ce qui m'a pris, je… J'ai perdu la raison un court instant, et je pensais que cette solution était la meilleure pour pouvoir sauver Rosie.

- Ce sont les nerfs, argua son ami en lui tapotant le bras d'un air compatissant. Mais en attendant, nous n'avons toujours aucune solution pour libérer Rosie de ce rituel vaudou…

Celle-ci poussa d'ailleurs un énième cri de douleur pendant qu'une profonde entaille lui parcourait la cuisse pour remonter jusqu'à sa hanche. Remus s'empressa aussitôt de soigner la plaie en priant intérieurement pour que Rosie ne garde aucune cicatrice de cette blessure pendant que Lily s'installa immédiatement près de sa fille pour la rassurer par sa seule présence.

À peine eut-elle pris place sur le matelas du lit que la tête de sa fille se tourna aussitôt vers elle, quoique difficilement. Les yeux presque révulsés, la bouche entrouverte et la respiration semblable à un râle, Rosie faisait peine à voir mais Lily se garda bien de s'effondrer de nouveau devant un spectacle aussi désolant. Mieux valait faire bonne figure, se montrer digne devant l'adversité et ne pas se laisser aller aux larmes et à la tristesse pour ne pas l'angoisser encore davantage…

- M-maman ? bredouilla Rosie en sentant la main tiède de sa mère saisir la sienne délicatement. O-où étais-tu ? J-j'ai cru que tu étais partie…

- Ssssht, ne crains rien, je ne te quitterai plus chérie, lui affirma Lily en caressant tendrement les cheveux de sa fille. Maman est allée discuter avec madame de Lamballe pour trouver une solution à ta maladie, et nous avons peut-être trouvé un remède…

- Vr-vraiment ? s'enquit sa fille d'une voix où l'on pouvait aisément percevoir une dose d'espoir alors que les quatre autres adultes arquèrent tous les sourcils. Est-ce… Est-ce que ça va fonctionner ?

- J'en suis persuadée, lui assura t-elle en espérant elle-même que cette solution réglerait véritablement tous leurs problèmes.

- Vous… Vous avez trouvé une solution ? l'interrogea Louise-Elisabeth en la regardant curieusement. Pardonnez-moi mais je ne suis malheureusement pas une sorcière, alors il m'est encore difficile de concevoir que vous puissiez interrompre ce… cet enchantement sans rencontrer l'instigateur de cette ignominie.

- Vous connaissez pourtant la solution à ce problème, argua Lily en réprimant l'envie de sourire d'amusement devant la mine confuse de la marquise de Tourzel. Du moins je le pense… Pour tout vous dire, cette solution est prête depuis quelques jours maintenant, et il semblerait qu'il fallut que je donne mon aval pour que l'on puisse la donner à ma fille et la libérer ainsi de l'emprise qu'à Dumbledore sur elle…

- Que vous donniez votre aval ? s'étonna Louise-Elisabeth. Mais le problème vient d'apparaître seulement aujourd'hui… Comment est-ce possible ? Je ne saisis absolument pas ce que vous… Attendez… Ne me dites pas que…

Un éclair de compréhension passa alors dans sa tête, bien que ce fût la seule à parvenir à ce résultat. Les deux servantes qui continuaient à laver et rafraîchir le corps de Rosie se regardèrent à leur tour d'un air confus tout comme Remus qui avait à présent l'impression que quelque chose lui échappait dans cette histoire. Difficile en effet d'imaginer qu'une solution à un problème pouvait être mise en place avant même qu'il n'apparaisse, d'autant plus que quelques temps plus tôt, Lily elle-même doutait qu'un tel miracle puisse arriver. N'ayant été absente qu'une dizaine de minutes, Remus se demanda comment en aussi peu de temps Lily avait pu découvrir le remède permettant de sauver sa fille, et surtout comme le préparer aussi rapidement. Par ailleurs, l'absence de la maîtresse de maison avec eux lui parut étrange mais il ne fit rien paraître de sa perplexité, pas même lorsque Marie-Louise fit sa réapparition.

- Pardonnez-moi, j'ai connu quelques difficultés à mettre la main sur la potion de sommeil sans rêve, s'excusa t-elle en réparant au passage les dégâts causés par Lily sur la porte d'entrée. Lui avez-vous dit ?

- Je n'en ai pas encore eu le temps, avoua Lily en observant les deux fioles qu'elle tenait.

- Aucune importance, nous devons de toute façon le faire avant de lui administrer la potion.

A la vue des deux fioles, les suppositions de Louise-Elisabeth se confirmèrent, tout comme pour les deux servantes qui en entendant parler d'une potion de sommeil et en remarquant la seconde potion d'une couleur rougeâtre comprirent également ce qui allait se passer. Seul Remus restait désormais dans le brouillard le plus total, mais la vérité finirait de toute façon par voir apparaître pour lui aussi, et personne ne jugea par conséquent utile de l'en informer.

- Rosie ? Rosie écoutez-moi attentivement s'il vous plait. Vous souvenez-vous de notre dernière discussion et de votre demande ?

- O-oui… Je voulais que vous m'adoptiez pour… Pour être de nouveau et pleinement la sœur d'Ha-Harry… P-pourquoi me demandez-vous ç-ça ?

- Je vais laisser votre mère vous répondre à ma place puisque cela la concerne également, dit-elle en se tournant vers Lily qui la regarda d'un air surpris.

Celle-ci garda le silence quelques secondes, mais devant le regard insistant de sa fille, les appréhensions de Lily quant à la réaction de Rosie à sa décision et à ce qu'elle allait causer sur toutes les deux disparurent pour ne laisser qu'une inébranlable résolution à enfin relever la tête et reprendre son destin en main en cessant de s'apitoyer sur son sort. Trop de mauvaises décisions avaient été prises ces derniers temps, et plus jamais elle ne retomberait dans les méandres de tristesse et de désespoir dans lesquels elle se trouvait jusqu'alors. Il était temps de revivre, et cette soirée serait pour elle comme pour Rosie une renaissance.

- Rosie, je sais que je devrais être en colère contre toi pour avoir eu l'audace d'aller voir cette dame et lui demander une chose aussi insensée sans même m'en parler auparavant, mais à présent, je ne peux que louer ton attitude réfractaire et intenable qui te pousse toujours à surpasser les interdits. En d'autres circonstances, je t'en aurais surement voulu pour cela et pour m'avoir caché ce que tu avais en tête et ce que tu préparais déjà derrière mon dos, mais maintenant je sais que tout ceci t'aura été bénéfique en définitif…

- J-je ne comprends pas ce que tu me r-racontes maman…

- Vous devriez abréger les explications, lui conseilla Marie-Louise d'un ton légèrement tendu. Il se pourrait que d'une seconde à l'autre, Dumbledore ait dans l'idée de marquer à nouveau le joli corps de Rosie…

- Excusez-moi, je l'avais oublié, marmonna d'un air penaud Lily. Rosie, pour faire simple, ton idée d'une adoption te permettra non seulement d'être définitivement détachée de ton père, mais te permettra également de te guérir du mal dont tu souffres actuellement.

- Tu… Tu veux dire que t-tu acc-acceptes ? bafouilla Rosie en parvenant à ouvrir largement ses paupières face aux paroles de sa mère.

Bien qu'incapable à cause de son état de pouvoir se lever et se jeter sur sa mère, tout le monde pouvait aisément constater que pendant une fraction de seconde, le visage de Rosie avait exprimé une joie sans commune mesure à l'annonce de ce qui allait lui arriver. Néanmoins, ce fut avant qu'une nouvelle entaille ne lui coupe cette fois-ci la joue répandant par la même occasion une nouvelle traînée de sang sur le drap qui recouvrait le matelas.

- Nous devrions nous dépêcher, déclara Marie-Louise en débouchant rapidement sa petite fiole pendant que Lily essayait tant bien que mal de calmer les pleurs de sa fille. Penchez-là légèrement en avant pour faciliter l'écoulement de la potion dans son corps…

La princesse de Lamballe porta alors la potion vers la bouche entrouverte de Rosie, et celle-ci en sentant le goulot de la fiole essayer de passer le barrage de ses lèvres pour déverser son contenu dans sa bouche s'empressa de l'ouvrir suffisamment pour boire le liquide qui changerait dans quelques minutes son destin et sa vie.

- La potion commencera à agir dans quelques minutes, leur indiqua t-elle pendant qu'elle aidait Lily à reposer confortablement Rosie sur le lit. Je ne pense pas m'être trompée dans les dosages, et la couleur rougeâtre est exactement la même que celle qu'avait bu Gabriel. Par conséquent nous ne devrions pas avoir de mauvaises surprises…

Comme pour se moquer d'elle, Dumbledore entailla encore une fois le corps de Rosie en laissant comme preuve de son forfait une longue coupure faisant presque tout le long de son bras droit. Cependant, la blessure ne semblait pas profonde, et Rosie elle-même n'exprima sa douleur que par un simple gémissement, bien loin des cris d'agonie qu'elle poussait auparavant. Le sang ne s'écoulait même pas de la plaie, détail qui n'échappa à personne.

- Le vieux salaud…, commenta tout de même Remus en fronçant ses sourcils, désireux plus que jamais de pouvoir tordre le coup du directeur de Poudlard.

- Croyez-vous que Dumbledore a volontairement entaillé son bras en évitant de la blesser grièvement ? demanda Lily en se tournant vers la prochaine mère de Rosie.

- Je ne pense pas, argua t-elle en détaillant du regard la blessure qui se refermait d'elle-même à sa plus grande surprise. La potion commence déjà à faire son effet et à agir sur le lien unissant le père de Rosie à elle. Les changements physiques interviendront par la suite. Pour le moment, le lien s'affaiblit, et les blessures sont par conséquent de moins en moins graves…

- C'est pour ça que… Que mon bras me picote légèrement ? la questionna Rosie en tournant la tête vers elle. J'ai l'impression d'être tombée dans un champ d'orties…

- Entre autre oui, répondit-elle.

- Merveilleux, souffla Rosie en souriant légèrement. Ça veut dire que je ne serai plus sa fille mais… Mais la vôtre maintenant…

Une fois la blessure totalement guérie, la sœur d'Harry constata tout comme les autres qu'elle était désormais capable de pouvoir le bouger, bien que faiblement. Son état s'améliorait au fur et à mesure que les secondes s'écoulait, et pouvoir simplement effectuer ce geste était déjà en soit une grande victoire sur Dumbledore.

- Avez-vous des questions à me poser avant de boire cette potion de sommeil sans rêves ? lui demanda Marie-Louise.

- Est… Est-ce que j'aurai des jolis vêtements comme les vôtres ? s'enquit t-elle immédiatement entre deux halètements.

La surprise traversa tous les adultes, avant qu'un rire généralisé ne sorte de chacune de leurs bouches. De toutes les questions possibles et inimaginables, Rosie était malgré tout parvenue à les surprendre une nouvelle fois, et le moins que l'on pouvait dire était que jamais ils n'auraient crû qu'elle aborde un sujet aussi dérisoire…

- Conçus par les meilleurs couturières d'Europe, et si beaux que toutes les jeunes filles de France vous jalouseront, lui assura t-elle en souriant légèrement.

- Et ma maman pourra aussi en avoir ?

- Hé bien… Oui si elle le souhaite…

- Et je pourrais a-avoir un… Un poney ? poursuivit-elle sans même se préoccuper des questions embarrassantes qu'elle posait.

- Rosie, la sermonna gentiment sa mère tandis que les deux françaises gloussèrent d'amusement.

- Votre frère a bien eu un cheval pour son dixième anniversaire, pourquoi serait-ce différent pour vous ? Mais tout comme lui, il faudra le mériter, et je m'attends à ce que vous soyez une bonne fille studieuse et obéissante. Avez-vous compris ? Cela signifie notamment qu'il vous sera désormais défendu de vous battre mademoiselle…

- Oh… D-dommage, je n'aurais plus l'occasion de remettre les garçons à leur pl-place alors…

Les gloussements reprirent de plus belle, et sans même que quiconque le mentionne ou même le remarque, l'atmosphère jusqu'alors sinistre et oppressante face à l'état de santé de Rosie commençait à lentement mais surement s'adoucir et faire place à une sérénité inattendu jusqu'alors. Personne ne songea d'ailleurs qu'il y avait moins d'une heure, tous étaient plus ou moins paniqués devant la situation désespéré dans laquelle se trouvait Rosie.

- Vous n'avez point d'autres questions ne concernant pas des choses matérielles comme les vêtements ou les poneys ? la questionna t-elle une nouvelle fois.

- Hm… J-je serai une princesse comme vous alors ? lui demanda Rosie en songeant déjà à toutes les héroïnes de ses histoires favorites.

- Ce sera bien plus compliqué que vous ne pouvez l'imaginer, lui avoua Marie-Louise en réprimant l'envie de soupirer face à l'histoire rocambolesque qu'elle devra inventer pour expliquer l'existence de Rosie dans sa vie. Mais du fait de mon sang et du statut qu'il me confère, considérez que vous en serez une !

Une fois de plus, les lèvres de Rosie s'étirèrent pour former un très léger sourire que tous assimilèrent à une nouvelle preuve d'amélioration de son état de santé. Là où autrefois il lui était presque impossible de pouvoir ne serait-ce que bouger le petit doigt, il lui était désormais capable de pouvoir de nouveau exprimer des émotions, des sensations, des sentiments d'un simple geste. Ses halètements se faisaient plus rares par ailleurs, et aucune nouvelle entaille ne lui avait zébré la peau depuis quelques temps maintenant. Même la température de son corps commençait à descendre, et le rafraîchissement de celui-ci par les deux servantes semblait devenir inutile à mesure qu'elle reprenait des couleurs. Rosie allait mieux, et si tous eurent envie de crier leur joie devant cette constatation, personne ne le fit par peur peut-être de crier victoire trop vite, d'effrayer Rosie ou alors de tout simplement paraître ridicule aux yeux des autres.

- J'ai hâte d'apprendre à devenir une… Une dame comme vous, déclara doucement Rosie en lui prenant la main qu'elle serra fermement. Je me vois déjà parader devant James et Matt-Matthew et me moquer d'eux sans qu'ils sachent qui je suis…

- Votre fille semble éprouver une réelle envie et un plaisir presque sadique à vouloir à tout prix mettre plus bas que terre et ridiculiser ces deux sots, lança Louise-Elisabeth à l'encontre de Lily qui ne put qu'approuver ses dires d'un hochement de tête. Je n'ose imaginer ce qui se passerait si elle se retrouvait en leur compagnie…

- Je crois que Poudlard ne supporterait pas l'affrontement qui en résulterait, affirma distraitement Marie-Louise, trop occupée à observer les premiers changements opérant chez Rosie.

Ses cheveux auburn comme ceux de sa mère commençaient effectivement à devenir plus clair pour adopter une couleur au reflet brun comme les siens, tandis que ses yeux autrefois marron prenaient petit à petit une teinte bleutée. Rosie devenait au fil des secondes sa fille, et cette pensée la remplissait de joie : Avoir un enfant avait déjà été une source de plaisir et de bonheur sans commune mesure, mais en posséder désormais un deuxième et qui s'avérait être une petite fille comblait totalement ses attentes, comme un défi désormais accompli dans son intégralité, un besoin qu'elle avait maintenant satisfait.

Peut-être était-ce futile pour le commun des mortels, Mais la princesse de Lamballe avait désormais hâte d'enseigner à sa fille toutes les subtilités et subterfuges que les femmes devaient connaitre pour manipuler à leur guise les hommes, sans parler des futures discussions qu'elle aurait avec elle au sujet de l'habillement et des cosmétiques qu'elle se ferait une joie de lui enseigner. Avoir pour seul enfant un fils ne lui avait jusqu'alors jamais permis cela, mais l'occasion lui était désormais offerte de pousser son enseignement sur de nouvelles bases encore jamais explorées… Elle en hurlerait presque d'impatience.

- C-comment dois-je vous appeler ? lui demanda d'une petite voix Rosie en paraissant aller mieux au fur et à mesure de sa métamorphose.

- Hé bien, faites donc comme votre frère : Vouvoyez-moi et appelez-moi mère, et continuez à tutoyer Lily et à l'appeler maman. La différence se fera de cette manière et cela ne gênera personne. Maintenant buvez cette potion Rosie, ajouta t-elle en lui tendant une petite fiole. Elle vous permettra de dormir pendant que les changements les plus douloureux s'opéreront dans votre organisme sans que vous n'en souffriez !

- J-je pense qu'après la journée que je viens de passer rien ne peut être pire, affirma t-elle en souriant de nouveau avant de boire rapidement le contenu de la fiole que sa nouvelle mère lui tendait.

Celle-ci lui arracha une grimace de dégoût mais elle parvint néanmoins à en boire l'intégralité sans même demander son reste. Une fois fait, Marie-Louise reposa la fiole désormais vide sur la table de nuit disposé près du lit, et avec l'aide de Lily, toutes les deux entreprirent alors de la recouvrir des couvertures en prenant soin au préalable de nettoyer le drap imbibé de sang et de sueur. Remus, Louise-Elisabeth, Martine et Françoise les regardèrent faire, à la fois curieux et attendris par la scène se déroulant sous leurs yeux sans compter qu'il était peu courant de voir deux mères s'afférer autour du lit de leur fille.

- J'espère que vous ne ferez pas comme votre frère lorsque vous vous réveillerez, lança la princesse de Lamballe en s'asseyant sur le bord du lit alors que Lily prenait place de l'autre côté. Je pensais que mon lit ne tiendrait pas longtemps sous ses sautillements, mais nous avons malgré tout passé une merveilleuse journée. Il faudra d'ailleurs vous habituer à votre nouvel environnement et notamment à nos petites coutumes, mais les dames de chambre de votre frère qui seront également les vôtres se chargeront de vous apprendre tout cela.

Celles-ci inclinèrent la tête pour confirmer les dires de leur maîtresse lorsqu'elle tourna la sienne vers elles, toutes les deux ayant à présent une certaine expérience de la façon avec laquelle il fallait s'occuper des enfants grâce à Harry.

- Je… Je tombe de sommeil…, marmonna finalement Rosie en clignant des paupières tandis qu'elle baillait ostensiblement. J'espère que… Que tout ceci n'est pas un rêve et que je vais me réveiller ici et pas chez Remus…

- Je ne sais pas si je devrais me sentir offensé par cette remarque, lança t-il d'ailleurs sans se départir de son sourire. Je pourrais croire que tu n'apprécies pas de vivre chez moi !

- Tant que je n'entends pas tes ronflements, l'endroit où je dors m'importe peu…, répondit-elle en gloussant légèrement.

Visiblement contrarié d'être ridiculisé devant toutes ces dames, Remus croisa les bras en faisant mine de bouder, mais Rosie n'eut malheureusement pas le temps de le voir ainsi. Les yeux désormais clos, la respiration lente et calme, la sœur d'Harry dormait paisiblement d'un sommeil sans rêve mais on ne peut plus réparateur. Tous la regardèrent en silence dormir, apaisés par cette vision que leur offrait Rosie et qui terminait en beauté une soirée pour le moins agitée.

- Bonne nuit Rosie, marmonna Lily en se penchant vers elle pour lui baiser le front tout en lui caressant tendrement le visage.

Les autres eurent la bonté de la laisser profiter seule de ce moment intime en sortant tous de la chambre, bien que Marie-Louise espérait que bientôt, elle aussi pourrait éventuellement assister et participer à ce genre de scène. Malgré tout, ils n'eurent pas longtemps à attendre qu'elle les rejoigne dans le couloir car en moins d'une minute, la porte qu'ils avaient au préalable fermée fut rouverte, laissant apparaître une Lily épuisée physiquement mais respirant le soulagement et une joie contenue.

- Martine, Françoise, conduisez Monsieur Lupin dans les cuisines, leur ordonna Marie-Louise une fois tous réunis. Il me semble qu'après une pareille nuit, un bon bouillon et quelques tranches de pain ne seraient pas de refus.

- Mais je…

- Pas de mais Monsieur, le coupa t-elle en levant son index. On ne contredit et ne refuse l'offre d'une dame qui a si gentiment voulu faire preuve de charité envers-vous. Ne serait-ce point malpoli de votre part de refuser mon aide ? Et que serais-je aux yeux des autres si je n'offrais pas à l'un de mes invités de quoi se sustenter ? Trouvez-vous ma proposition indigne de votre personne peut-être ?

Remus fut pour le moins sans voix devant les propos de Marie-Louise, et bien qu'il ne lui fit pas remarquer, il fut presque émerveillé par sa ruse et son talent à vouloir le faire culpabiliser de par son refus à ne pas vouloir profiter de sa générosité. Une vraie serpentard en somme…

Ce sentiment de culpabilité le gagna d'ailleurs, et préférant ne pas se montrer discourtois, Remus préféra alors accepter sa proposition en soupirant au passage fortement.

- Vous avez gagné, dit-il en s'avouant vaincu. Je ne dirai pas non à un bon repas à vrai dire…

- Tant mieux mon cher monsieur, déclara Martine en lui prenant le bras, parce que vous n'irez pas au lit tant que vous n'aurez pas mangé tout ce que l'on vous donnera, et vu votre état, il me semble qu'il faille rapidement vous remplir l'estomac !

Puis, tournant la tête vers Lily, Martine la détailla également, s'attardant entre autre sur ses bras maigrelets et son visage émacié qui ne laissaient guère de doute sur l'état de santé de celle-ci. Cependant, alors qu'elle croisait le regard de Marie-Louise en la questionnant silencieusement sur ce qu'il convenait de faire pour Lily, sa maîtresse secoua légèrement sa tête en lui indiquant par là que Remus était la seule personne dont elle avait la charge ce soir.

- Allons bon monsieur Lupin, mieux vaut vous conduire nous-mêmes jusqu'aux cuisines ! trancha Françoise en lui agrippant l'autre bras. Vous pourriez aisément vous perdre dans cet immense château, et sans même vous en rendre compte, vous pourriez vous retrouver dans nos oubliettes !

- Ce qui serait absolument horrible ! ajouta son amie alors qu'elles traînaient presque à travers le couloir un Remus particulièrement sans voix, incrédule et impuissant face à ces deux femmes. Les oubliettes grouillent d'horribles petites bestioles !

- Ne serait-ce pas plutôt pour tâter le bras de ce jeune homme que tu te montres aussi avenante ma chère Martine ? Il faut dire que vous me semblez pour le moins particulièrement bien bâti sous ces frusques !

Les louanges continuèrent sur tout le chemin, et même s'il lui tournait le dos, Lily était persuadée que Remus devait sans nul doute rougir d'embarras. Son ami n'avait jamais été particulièrement démonstratif en public, surtout auprès des femmes avec qui il était particulièrement timide et maladroit, et jamais Remus n'avait eu de relation avec l'une d'entre elles du fait de ce handicap émotionnel et de la peur du rejet face à sa lycanthropie. Pourtant, il n'était certainement pas l'homme le plus laid malgré les cicatrices lui zébrant le visage, et son caractère doux et calme pourrait aisément faire le bonheur d'une femme s'il se donnait la peine d'en chercher une. Il était par conséquent assez amusant de voir deux servantes lui faire du pied, et l'écho de leur conversation se répercutant sur les murs des couloirs qu'ils traversaient, tout le château pouvait entendre par conséquent les questions toujours plus personnelles que Martine et Françoise s'amusaient à poser à Remus et notamment sur sa situation personnelle.

- De quoi alimenter les ragots pendant encore plusieurs semaines, argua Louise-Elisabeth avant de se retourner vers elle. Il est tard Louise, et après une nuit aussi agitée, je pense qu'il vaut mieux pour moi aller me coucher au plus vite si je ne souhaite pas m'écrouler dans ce couloir.

- Dans ce cas je ne vous retiens pas davantage, répondit-elle en lui donnant une courte accolade en guise de salutation.

Lily elle se contenta de la saluer également en inclinant légèrement sa tête vers elle, elle aussi ayant subitement l'envie d'aller s'allonger dans un bon lit pour se reposer après cette horrible journée. La promiscuité avec Marie-Louise la mettait également mal à l'aise, surtout en sachant toutes les horreurs et le ressentiment qu'elle avait eu pour cette femme jusqu'à présent. C'était comme avoir sa rivale ou même son ennemie près d'elle, et ne pas savoir comment réagir en sa présence après s'être rendue compte qu'en définitive, l'ennemie n'était pas celle qu'elle pensait être. La situation était de ce fait pénible et gênante…

Par ailleurs, son regard ne cessait de se porter sur la porte de chambre renfermant sa fille, et non seulement l'appréhension, mais aussi l'envie et la curiosité montaient en elle à la seule idée qu'au-delà de cette cloison, Rosie se métamorphosait et allait devenir totalement différente de la petite fille qu'elle avait connue.

- La métamorphose devrait se terminer dans une heure, le temps que le corps se voit modifier intégralement, et cela peut aller jusqu'à la disposition des veines ou la consistance des os, l'informa Marie-Louise une fois son amie éloignée et après avoir constaté l'état dans lequel se trouvait Lily. Vous pouvez rester auprès d'elle si vous le souhaitez ou je peux vous mettre à disposition une chambre juste à côté de la sienne pour lui laisser un peu d'intimité ?

- Je… Je pense que je préférerais rester avec elle si cela ne vous ennuie pas, l'informa Lily d'un ton très amical. Je préfère être là si elle rencontre un quelconque problème ou si Dumbledore parvient à l'atteindre à nouveau par un autre moyen.

- Je comprends, acquiesça Marie-Louise en souriant poliment. Vous aurez également l'occasion d'assister à sa métamorphose, et ce doit être un spectacle tout à fait étonnant !

- Cela va sans dire, approuva t-elle en souriant également. Je me demande à quoi elle ressemblera une fois tout ceci terminé. Harry… Enfin je veux dire Gabriel est devenu un très beau garçon suite à votre adoption. J'espère qu'il en sera de même pour sa sœur…

- Serait-ce un compliment de votre part que j'entendrais ? la taquina la princesse de Lamballe en la fixant d'un air espiègle. Insinueriez-vous que je suis une belle femme et que tous les deux hériteraient de ma beauté ?

Prise au dépourvue, Lily se mit à rougir légèrement face à ces questions sous les ricanements moqueurs de Marie-Louise. Elle-même se mit également à glousser quelques secondes plus tard, quoique brièvement, mais ce moment d'allégresse fut pour le moins salvateur pour elle après les pénibles événements qu'elle avait vécus ces derniers mois. Le simple fait de rire l'étonna d'ailleurs à tel point qu'elle remarqua qu'elle n'en avait plus eut l'occasion depuis longtemps maintenant, et à vrai dire, les occasions avaient été inexistantes ces derniers mois. Ce qui l'était encore plus était de pouvoir rire de cette façon avec une personne que l'on haïssait il y a encore quelques heures, et ce constat ramena immédiatement sur Terre Lily. Prise d'un soudain remord face aux accusations qu'elle avait portées contre cette femme et surtout devant son comportement, Lily se sentit dans l'obligation de s'excuser et d'essayer d'expliquer au mieux l'attitude qu'elle avait eu pour essayer de se racheter aux yeux de Marie-Louise.

- Écoutez je… Je voulais m'excuser pour le comportement que j'ai eu le jour de l'anniversaire de Gabriel ainsi que pour les remarques blessantes que j'ai tenues contre vous et qui étaient pour la plupart infondées. Je n'avais pas à réagir de cette façon et à remettre en cause les décisions que vous avez prises pour mon fils, et…

- Notre fils, la corrigea cette fois-ci Marie-Louise. Quant à vos excuses, je n'étais pas non plus irréprochable et j'ai peut-être agi par imprudence et égoïsme pour les décisions les plus importantes. Vous êtes après tout la femme qui l'a porté durant de longs mois et qui l'a mis au monde, par conséquent votre avis était fort si ce n'est le plus important pour la délicate question de l'adoption, et je n'en ai malheureusement pas tenu rigueur. Je suis tout aussi fautive que vous en définitif, et j'espère qu'avec le temps, vous parviendrez à me pardonner mon empressement à vouloir contrôler la vie de Gabriel et modifier ainsi sa destinée.

Lily lui prit soudainement les mains, et la fixant droit dans les yeux, elle les serra fermement contre les siennes comme pour lui affirmer silencieusement qu'elle ne lui en voulait absolument pas, du moins c'est de cette manière que le comprit Marie-Louise. D'ailleurs ce simple geste la bouleversa profondément, elle qui croyait ne pas mériter de pardon pour ce qu'elle avait fait dans la vie de cette pauvre femme.

- Je ne pourrais absolument pas vous en vouloir maintenant que je sais que cette adoption a sans nul doute possible sauvé la vie de Gabriel, déclara Lily. Si vous ne l'aviez pas fait, il serait à l'heure où nous parlons dans la même situation que Rosie, et il nous aurait été impossible de le sauver à temps. Vous avez non seulement sauvé la vie de notre fils en l'adoptant, mais vous l'avez également détaché d'un homme qui le haïssait et qui passait son temps à la rabaisser sans cesse ou à le brutaliser sans raison apparente. Il n'a désormais plus aucun lien avec James, et par conséquent plus aucune raison de retourner un jour auprès de son ancien père. Vous l'avez libéré de ce fardeau, comme vous avez également libéré Rosie ce soir d'un père capable de mettre sa vie en danger simplement pour assouvir un besoin personnel, alors je vous serai infiniment reconnaissante pour tout ce que vous avez fait pour ma famille… Nous ne nous étions jamais rencontrées avant juillet, et nous n'avions encore jamais eu l'occasion de parler toutes les deux, et pourtant vous avez en seulement trois ans fait bien plus pour Gabriel et Rosie que James en près de huit ans maintenant sans même nous demander en contrepartie de vous rembourser de cette dette…

Lily s'arrêta un instant, le temps pour elle de mettre un mot ou une phrase à chaque idée et pensée qui lui passait par la tête, pendant que Marie-Louise qui était restée parfaitement silencieuse l'écoutait attentivement, réprima l'envie de faire tomber ses boucliers d'occlumancie pour laisser exprimer toutes les émotions que lui procuraient ces paroles si bienveillantes et pleines de bons sentiments.

- Vous êtes une femme formidable Madame de Lamballe, et je me rends compte maintenant que je vous ai jugé un peu trop hâtivement sans prendre le temps de vous connaitre et de découvrir celle qui était la deuxième mère de mon fils, poursuivit Lily en gardant contenance face au visage sérieux de son interlocutrice. Gabriel ne pouvait rêver mieux comme enfance à vos côtés, et cela valait de toute façon bien mieux pour lui que de rester dans cet orphelinat sinistre ou auprès d'un père violent. Vous lui avez offert la meilleure enfance possible, tant d'un point de vue émotionnel qu'intellectuel, et s'il est devenu ce qu'il est aujourd'hui, c'est en partie grâce à vous…

- Ne minimisez pas votre rôle dans son éducation, la coupa Marie-Louise d'un ton doux. Vous avez élevé cet enfant pendant sept ans maintenant, et alors que j'aurais pu croiser la route d'un garçon impoli, ignorant et méchant, j'ai découvert un garçon au contraire poli, respectueux, soucieux de bien faire et aussi bon et généreux qu'un ange. Je n'ai fait que lui donner ce qui lui manquait cruellement en votre absence : la présence d'une mère même de substitution.

Leurs mains toujours scellées les unes contre les autres, toutes les deux ne pouvaient désormais plus se quitter du regard, comme si une connexion ou même un lien naissait entre elles.

- Maintenant, j'aimerais que vous cessiez de m'appeler Madame de Lamballe. Appelez-moi par mon prénom tout comme je vous appellerai par le vôtre. Je pense qu'une relation doit démarrer de cette façon si nous souhaitons à l'avenir devenir proches pour le bien de nos enfants et établir ainsi un climat de confiance et intime entre nous et notre désormais petite famille… Qu'en pensez-vous ?

- Hé bien… Oui, oui avec plaisir Ma-Marie-Louise…

- Ensuite, permettez-moi de vous proposer une nouvelle fois de venir vivre ici, lui proposa t-elle aimablement. Le château est vaste, et vous serez en sécurité entre ces murs. Vous n'aurez plus ainsi à vous cacher de votre mari et de Dumbledore, et vous pourrez même démarrer une nouvelle vie loin des tracas que vous connaissiez jusqu'alors. Lamballe est vaste, et vous remarquerez rapidement que ses habitants sont dignes de confiance… Il ne pourra rien vous arrivez ici, je vous le garantis. Par ailleurs, j'aimerais également que vous restiez afin de faciliter l'éducation de Rosie et de poursuivre toutes les deux celle de Gabriel. Je pense que voyager constamment de Londres à ici pour enseigner à notre fille tout ce qu'elle doit connaitre serait très épuisant pour elle comme pour vous et moi. Le mieux serait que vous veniez toutes les deux vivre ici pour que nous puissions être ensemble pour démarrer sous de meilleurs auspices l'éducation de Rosie. Votre ami Monsieur Lupin pourrait également se joindre à nous, je suis certaine que cela ferait très plaisir à Gabriel…

- M-mais… Vous êtes au courant pour sa…

- Sa lycanthropie ? la coupa t-elle tandis que Lily hochait sa tête. Gabriel m'en a parlé, et cela ne me dérange pas. Je pourrais même éventuellement profiter de sa présence pour étudier le mal qui le ronge et faire avancer la recherche sur cette maladie… Je possède de nombreuses salles servant autrefois de cachots qui pourraient servir à nous prémunir de tous les risques et je suis moi-même disposée à renforcer les sortilèges s'il le faut afin d'assurer la sécurité de tous les résidents de ce château. Qu'en pensez-vous ?

- Ma foi si cela ne vous ennuie pas, alors je serai ravie de pouvoir cohabiter avec vous ici, confirma Lily en hochant sa tête affirmativement. Quant à Remus, je ne prends malheureusement pas les décisions pour lui, et il vous sera difficile de lui faire accepter votre proposition : Il met un point d'honneur à se tenir éloigné de quiconque se trouve en sa présence, et je doute qu'il souhaite prendre le risque de mettre en danger la vie d'une personne en venant vivre ici, surtout si Rosie et Gabriel se trouvent entre ces murs ! Voyez-vous, il les considère un peu comme ses enfants, du moins les enfants qu'il n'a jamais eu, et ce serait pour lui un désaveu complet si par malheur il venait à les agresser et les mordre. C'est pour cette raison là que je doute qu'il se montre aussi disposé que moi par votre offre.

- Il faudra que je me montre dans ce cas très persévérante et convaincante dans mes propos, déclara t-elle en commençant dès à présent à chercher les arguments qui pourraient faire mouche dans l'esprit du parrain de son fils.

Les secondes s'écoulèrent dans un silence gênant pour toutes les deux, l'une comme l'autre ne sachant non seulement pas quoi dire pour rompre cette troublante promiscuité entre elles et surtout après les tensions ayant eu lieu jusqu'alors dans leur relation. Il était drôle en effet de voir ces deux femmes autrefois ennemies s'entendre aussi bien en l'espace d'une seule nuit, et même elles trouvèrent cela étonnant pour ne pas dire étrange.

- Vous pourrez utiliser la chambre voisine de celle de Rosie durant votre séjour si vous le désirez, amorça Marie-Louise pour rompre ce moment de calme. Elle est occupée d'ordinaire par Gabriel, mais étant donné qu'il est actuellement dans son académie, je pense que cela ne dérangerait personne que vous preniez pour quelques temps sa chambre. Je vous conseille également de vous reposer rapidement si vous n'avez nulle envie de vous effondrer au beau milieu de ce couloir après avoir été terrassée par la fatigue et le stress. Je ne voudrais point vous manquer de respect Lily, mais votre apparence ne laisse guère de doute sur votre état de santé, et dès demain, je m'occuperai personnellement de vous pour vous remettre d'appoint et vous rendre de nouveau présentable. Il serait tout de même malheureux que vous vous présentiez ainsi lorsque Gabriel reviendra de sa permission.

Puis, avec une soudaine étincelle de malice dans les yeux, Marie-Louise poursuivit sa diatribe en lui faisant une proposition pour le moins étonnante :

- Profitez du temps qui vous est accordé ce soir pour trouver un nouveau prénom à notre fille. Rosalyn est plutôt joli, mais malheureusement bien trop peu courant pour passer inaperçu, et si nous souhaitons éviter de porter l'attention sur nous et notamment celle de votre mari, il vaudrait mieux lui trouver une nouvelle identité pour la protéger et vous protéger par la même occasion. Un prénom français serait le mieux selon moi, mais je vous laisse le choix de celui-ci. Passez une bonne soirée Lily.

Sur ces mots, elle tourna alors les talons et s'éloigna à travers l'obscurité du couloir sans même un regard derrière elle. Pourtant, et avec un peu d'attention, Marie-Louise aurait pu remarquer l'étrange regard qu'affichait à présent Lily qui, à la seule annonce de l'obligation qui était la sienne de devoir modifier le prénom de sa fille, en fut totalement retournée. Cette soirée était décidément le théâtre de nombreux bouleversements, et celui-ci venait à présent s'ajouter à la liste des bizarreries que Lily rencontrait dans sa vie depuis qu'elle était une sorcière. Pourtant, choisir un nouveau prénom pour un enfant n'était pas difficile en soit : Il fallait bien après tout en arriver là lorsqu'il fallait en trouver un pour un futur enfant à naître mais justement, Rosie avait sept ans, et depuis sa naissance, sa fille tout comme son entourage avaient été habitués à l'appeler ainsi.

Autant dire qu'elle n'avait jamais pensé à devoir se retrouver devant cette échéance, et quelque part, modifier le prénom de Rosie sonnait comme un couperet qui s'abattait sur l'existence même de sa fille et signait là une cassure nette dans la vie qui était la sienne. Rosalyn Potter devait disparaître et une autre jeune fille devait à l'inverse voir le jour au même moment, scellant ainsi le destin de la première et décrétant par là que la seule fille de la famille Potter n'existerait plus et mourrait d'une certaine façon.

Lily se surprit elle-même à constater qu'un simple prénom pouvait changer bien des choses, non seulement pour la personne devant en arriver là mais également pour tout son entourage, et une décision à première vue facile à prendre s'avérait en vérité particulièrement ardue dans la mesure où elle signait là la fin de la vie qu'elle avait vécue avec James et Matthew, comme si elle se détachait définitivement d'eux en détruisant tous les liens et repères que Rosie avait avec eux, l'acte ultime étant le reniement de sa propre identité. Maintenant, il fallait lui choisir un nouveau prénom parmi les milliers à sa disposition, mais contrairement à ce qu'elle aurait crû au premier abord, le choix se fit étrangement vite et sans même y avoir longuement réfléchi, aussi facilement d'ailleurs qu'elle pensa sur le moment qu'au fond d'elle-même, une partie de sa conscience avait su dès le début qu'une telle chose arriverait et qu'il fallait rapidement s'y adapter.

- Marie-Rose…, marmonna t-elle à demi-mot.

- Pardon ? dit Marie-Louise en se retournant, croyant à tort avoir été appelée.

- Je pensais à Marie-Rose comme nouveau prénom pour Rosie, déclara Lily en parlant beaucoup plus fort. Elle garderait ainsi le surnom que tout le monde lui donne et par la même occasion le nom d'une fleur tout comme moi. Elle aurait en outre un prénom composé se rapprochant du vôtre, et étant donné que vous vous êtes sans nul doute inspirée de la bible pour choisir le nouveau prénom d'Harry et que Marie possède également une connotation biblique, je suppose que cela ne ferait pas de mal de s'en inspirer également… Enfin ce n'était qu'une idée…

- J'aime beaucoup, l'interrompit t-elle d'une voix douce. Ce prénom sonne comme un mélange entre nos deux vies respectives, comme un passé que vous laissez derrière vous en n'en tirant que l'essentiel, et un futur qui s'écrirait en ma compagnie et que vous scelleriez en me liant ainsi à elle. C'est si doux de votre part…

Lily réprima l'envie de lui répondre qu'elle n'avait pas pensé à cela dans le choix qu'elle venait de faire, mais elle se ravisa en constatant la joie évidente sur le visage de celle qui faisait désormais partie intégrante de l'existence de ses deux enfants. Oui, peut-être qu'en définitif, les allusions de Marie-Louise avaient une part de vérité qu'elle n'avait même pas supposé.

- Embrassez de ma part Marie-Rose lorsqu'elle se réveillera, poursuivit-elle. Je vous ferai apporter le plus nourrissant petit-déjeuner que vous ne pourriez imaginer pour toutes les deux, ce qui permettra également aux commis de cuisine préparant vos repas de pouvoir connaitre les goûts culinaires de chacune et de les adapter selon vos envies.

Après un dernier hochement de tête de sa part, Marie-Louise s'éloigna de nouveau pour disparaître derrière un croisement au bout du couloir. Désormais seule dans ce couloir silencieux et lugubre, Lily scruta d'un air absent l'endroit où se trouvait encore quelques secondes plus tôt la maîtresse des lieux, perdue dans ses pensées.

- Cette soirée aura été la plus étrange de toute ma vie, marmonna t-elle en soupirant avant de se secouer la tête comme pour remettre en ordre ses pensées. Et te voilà maintenant à te parler à toi-même, ma pauvre Lily… Tu perds la tête !

Prenant conscience de la fatigue qui se faisait sentir en elle, Lily opta alors pour la solution la plus simple pour y remédier : Aller se coucher. C'est ainsi qu'elle se dirigea de nouveau vers la chambre où dormait sa fille dont elle ouvrit la porte le plus lentement possible pour ne pas la réveiller, mais une brusque piqûre de rappel lui fait se souvenir que sa fille dormait à présent à point fermé, totalement endormie par la potion sans rêve qui lui avait été donnée. Soupirant de nouveau devant son idiotie, elle entra alors à l'intérieur sans oser allumer les bougies, appréhendant peut-être la vue qui allait s'offrir à elle lorsqu'elle aurait sous les yeux la nouvelle apparence de sa fille. Aussi préféra t-elle simplement approcher un fauteuil du lit, s'asseoir dedans et essayer de trouver le sommeil en lançant de temps à autre un regard curieux en direction de Rosie lorsqu'elle croyait entendre un os craquer. Peu importait ce qui allait se passer désormais, plus rien ne serait en tout cas comme avant, et c'est sur cette énième pensée qu'elle finit par s'endormir.

Loin de là, dans le bureau du directeur de Poudlard, l'atmosphère était tout autre, bien plus tendue et sombre que celle ayant cours pour l'heure dans la nouvelle résidence de Lily et Rosie. Dumbledore, secondé justement par James, était afféré à maintenir désespérément le lien qu'il avait pu créer entre Rosie et la bassine posée devant lui. Mais malgré ses efforts, son plan visant à faire revenir Lily en s'en prenant à sa fille tombait à l'eau sous ses propres yeux. Son stratagème était pourtant simple mais si peu connu qu'il doutait jusqu'alors que quelqu'un puisse en connaitre l'usage et le moyen de s'en prémunir.

La bassine contenait en vérité une potion crée par Severus fonctionnant de la même façon que le lien unissant Harry et Daphné : Une simple goutte de sang d'une personne disparue était nécessaire à cela, et le mélange du sang et de la potion permettait de pouvoir savoir si l'individu ayant disparu était toujours vivant et ainsi d'essayer d'entrer en contact avec lui. Dumbledore avait cependant changé son utilisation, et en prenant un peu de sang de James tout en plongeant le certificat de naissance de Rosie dans la mixture, le directeur avait ajouté à cela une poupée grossièrement cousue et qu'il faisait baigner dans la bassine. La dite poupée se reliait alors à la sœur d'Harry en se basant sur les informations écrites sur le certificat, et tout comme dans les rituels vaudou de certaines tribus d'Afrique, Dumbledore pouvait alors à sa guise torturer et malmener à distance Rosie en usant de moyens radicaux pour la faire souffrir, en faisant néanmoins attention à ne pas aller trop loin au point de lui ôter la vie. Faire bouillir la potion permettait par exemple d'augmenter la température du sang de la victime, et la piquer avec une aiguille sur certaines parties de son anatomie lui infligeait de terribles douleurs sur le corps.

La potion avait également été préparée pour être utilisée sur Harry, mais étrangement, celle-ci n'avait pas fait effet, comme si rien ne pouvait lui permettre d'avoir une emprise sur le fils aîné de James. Malheureusement pour lui, Harry n'ayant plus la moindre affinité avec son père et ne partageant plus ses gênes, il lui était impossible d'établir un contact en utilisant le sang de James, et Rosie suivait désormais le même chemin que son frère, le privant ainsi de son dernier moyen de pression contre leur mère. Dumbledore avait fait chou blanc le concernant, et si jusqu'à présent il en avait été tout autre pour Rosie, les choses avaient changé radicalement depuis plusieurs minutes pour s'inverser totalement et détruire la petite once d'espoir qu'il avait eu en milieu d'après midi quant à la possibilité de revoir apparaître les trois fortes têtes qui semblaient prendre plaisir à mettre à mal tout ce qu'il entreprenait.

Bien qu'il ne l'admettrait jamais pour ne pas voir son image d'homme bienveillant et défendant la veuve et l'orphelin au péril de sa vie, torturer cette fille avait été pour le moins distrayant et lui avait permis de passer une après-midi intéressante en infligeant selon ses envies des douleurs inimaginables à Rosie. Mais son petit plaisir commençait à se retourner contre lui, et à mesure que le temps défilait, il pouvait sentir son emprise et son contrôle sur la santé de la petite fille se réduire à peau de chagrin.

- Je ne comprends pas ce qui se passe…, marmonna t-il en fronçant ses sourcils.
- Alors ? Avez-vous réussi ? s'enquit James d'une voix enjouée. Pensez-vous que Lily va bientôt réapparaître ?

- Au contraire, elle semble échapper à mon contrôle, avoua le vieux directeur en utilisant délibérément sa baguette sur la poupée pour la déchirer à certains endroits. Son état s'améliore, et rien de ce que je fais n'arrive à faire pencher la balance en notre faveur. C'est comme si son sang se renouvelait et qu'elle se détache de vous. C'est incompréhensible…

Dumbledore poursuivit son œuvre pendant quelques minutes, démembrant la poupée, lui tranchant la gorge ou la perforant de toute part avec divers ustensiles mis à disposition, mais plus rien ne fonctionnait, et au bout du compte, il comprit alors qu'il ne parviendrait plus à atteindre Lily de cette façon. Rosie était désormais totalement en sécurité et sans même qu'il ne sache comment celle-ci était parvenue avec brio à renverser son plan et à le mettre hors course. Pourtant Dumbledore était persuadé que son stratagème était infaillible et que les chances que quelqu'un puisse découvrir ses petites manigances et l'origine du mal qui avait secoué la petite Rosie aujourd'hui étaient proches du néant.

La vérité était ailleurs, mais pour son plus grand malheur, elle semblait lui échapper, et c'était bien une chose qu'il détestait par-dessus tout : être dans l'ignorance. N'était-il pas le sorcier le plus puissant de son temps ? N'avait-il pas accompli des actes qu'aucun autre sorcier hormis peut-être Voldemort n'avait pu entreprendre depuis Merlin ? N'était-il pas enfin le chef de file du camp du bien ? La lumière devant guider les pauvres mortels vers les desseins qu'il avait imaginés ? Dumbledore voyait depuis longtemps les choses en grand, aussi qu'une petite gamine puisse parvenir à lui mettre des bâtons dans les roues et l'empêcher d'atteindre ses objectifs le mit dans une colère noire. Il était inconcevable qu'une gamine de moins de dix ans soit capable de s'opposer à lui, et Dumbledore se promit de faire payer son imprudence à Rosie s'il la recroisait un jour.

Pour ne rien arranger, les gémissements de James juste à côté de lui ne faisaient rien pour le calmer, et les nerfs déjà à vif du vieux sorcier menaçaient de lâcher à tout moment si jamais celui-ci continuait à maugréer sur la persistance de son épouse à vouloir mettre toujours plus de distance entre eux. Sur ce point, Dumbledore ne pouvait qu'être d'accord avec Lily : Si lui aussi avait dû vivre constamment auprès d'une personne aussi épuisante, lui-même aurait sans nul doute possible pris ses jambes à son cou pour s'éloigner au plus vite de ce gêneur à défaut de pouvoir laisser éclater sa colère en envoyant tous les sorts qu'il connaissait pour faire taire définitivement ce moulin à paroles.

Dumbledore doutait même que son bureau puisse supporter toute la tension qui s'agglutinait en lui, et si celle-ci finissait par exploser, il y avait peu de chance que James puisse s'en sortir indemne. Mieux valait par conséquent contenir les pulsions négatives qui l'habitaient pour ne pas avoir à annoncer à Matthew que son père avait malencontreusement trouvé la mort d'une manière inexpliquée en prenant le risque de voir son arme et la pièce maîtresse de son plan ultime se retourner contre lui.

Prenant distraitement une pastille au citron dont il était un grand consommateur, son regard se posa sur l'homme allongé près de l'entrée, l'homme qui avait bien failli mettre en échec le plan qu'il avait préparé pour cette journée et qui avait justement été le responsable de l'état dans lequel se trouvait son bureau actuellement : Si un étranger venait à apparaître en cet instant, nul doute que cette personne trouverait la situation pour le moins rocambolesque entre un bureau de directeur sans dessus dessous, un homme faisant les cent pas en vomissant sa haine et sa rancœur à l'égard d'une femme partie Merlin savait où se refaire une nouvelle santé et un autre allongé face contre terre près de la porte d'entrée, saucissonné comme un vulgaire morceau de viande par des cordes et totalement immobile du fait du sortilège de pétrification utilisé sur lui pour le rendre définitivement docile et inoffensif.

- Peut-être est-ce la potion qui n'est pas assez puissante ? l'interrompit dans ses réflexions James en portant son attention sur le corps inerte de l'homme allongé par terre. Je suis persuadé qu'il l'a fait exprès ! poursuivit-il en s'approchant de lui avant de lui administrer un violent coup de pied dans l'abdomen. N'est-ce pas Servilus !? Tu pensais peut-être qu'en aidant ta chère Lily, tu parviendrais à revenir dans ses bonnes grâces et à reprendre la place que tu avais pour elle avant qu'elle ne devienne ma compagne !? Mon pauvre vieux, tu te mets le doigt dans l'œil ! JAMAIS elle ne se souciera d'un individu aussi misérable et répugnant que toi !

Le dénommé Servilus, de son vrai nom Severus Rogue, fut pour le moins incapable de lui répondre du fait du bâillon lui entourant la bouche, et ce ne furent que des gémissements plaintifs poussés à chaque coup de pied donnés dans son ventre qui sortirent de celle-ci. Sa journée n'aurait pas pu être pire, et se faire ainsi malmener par son ennemi de toujours lui rappelait tristement ces mêmes séances d'humiliations dont il avait été victime durant sa scolarité par James lui-même et sa petite bande.

- C'est si bon de te voir à mes pieds Servilus, lui certifia d'ailleurs James en poursuivant ses coups sous l'œil indifférent de Dumbledore. C'est là qu'est ta place, serpent : à ramper devant tes supérieurs comme l'immonde reptile que tu es ! Tu fais beaucoup moins le fier maintenant par rapport à tout à l'heure, n'est-ce pas ? Ton petit coup d'éclat a bien failli réduire à néant le plan que nous avions préparé pour Lily et ses deux mouflets, mais malheureusement pour toi, tout ça n'aura servi à rien !

Toujours immobile, Rogue ne pouvait absolument rien faire pour se libérer de cette situation, et c'est impuissant et silencieux qu'il laissait ainsi l'occasion à James de déverser toute sa bile sur lui et le traiter de tous les noms d'oiseaux possibles sans qu'il ne puisse répondre quoi que ce soit. La mention de Lily le déstabilisa d'ailleurs, et c'est avec tristesse qu'il pensait à la réaction qu'aurait celle pour qui il avait trahi Voldemort en apprenant qu'il avait fait partie du plan de Dumbledore, même involontairement. Rogue pesta d'ailleurs sur sa crédulité et l'absence totale de méfiance qu'il avait eue lorsque Dumbledore lui avait demandé de concocter cette potion si particulière.

Pourtant découvrir ce plan aurait été si simple s'il avait pensé à utiliser la légilimancie sur James, et lui-même s'injuria pour ne pas y avoir pensé. Le mari de Lily était tout de même réputé pour ne pas être très réfléchi et patient -un vrai Gryffondor en somme - et l'occlumancie nécessitant de longues heures de méditation et de pratique, Rogue doutait qu'il ait un jour eut dans l'idée de se vider l'esprit pour créer des boucliers protégeant toutes les idées lui traversant la tête.

Et pourtant il n'avait pas jugé bon de vérifier les dires de Dumbledore et de James, ne se fiant uniquement qu'à leurs propos et à la tristesse feinte du mari de Lily lorsqu'il avait expliqué vouloir retrouver sa femme dont il se souciait du sort et qu'il espérait sincèrement retrouver pour la ramener à leur fils.

Autant dire que lorsqu'il comprit la supercherie au moment où il donna la fameuse potion à Dumbledore, il était bien trop tard pour agir, et malgré le duel épique qu'il avait déclenché contre Dumbledore et James, la partie fut inégale et il se retrouvait désormais à la merci de ses adversaires, immobile sur le sol et incapable de pouvoir empêcher le directeur de parvenir à ses fins.

La seule éclaircie à ce triste tableau était que sa potion avait finalement échoué, et bien qu'il ne remettait absolument pas en cause son talent dans cet art, Severus fut ravi d'entendre de la propre bouche de son supérieur que Lily était parvenue à contrer les effets de ce rituel.

En repensant à elle, Rogue fut alors pris d'une terrible tristesse sans nom lui fendant le cœur. Cette femme qu'il avait tant aimé, qu'il avait pris plaisir à connaître et qu'il avait su apprécier à sa juste valeur, cette femme pour qui il aurait été prêt à décrocher les étoiles et à affronter tous les risques, cette femme à qui il aurait offert son cœur et son amour mais qui le lui avait brisé en se mettant à fréquenter James et ses amis… était malheureuse. Jamais il n'avait pensé à prendre de ses nouvelles depuis ce jour où l'amitié entre eux n'était plus, d'ailleurs il ne l'aurait pas souhaité : Entendre que la femme que l'on aime secrètement depuis plus de dix ans était heureuse en amour et vivait une vie de rêve qu'il n'aurait peut-être jamais pu lui offrir était bien là une chose qu'il n'aurait pas supporté. Mais découvrir qu'il en était tout autre, que son amie avait été une femme brisée et battue, à la merci d'un vieux fou et d'un mari violent frisant la paranoïa était une information qu'il ne pensait pas entendre un jour.

Heureusement qu'elle s'était enfuie, autrement lui-même aurait été la chercher en apprenant cela, mais maintenant, lui aussi se demandait où elle pouvait bien se trouver. Son seul espoir était qu'elle soit en sécurité, à l'abri des représailles, et surtout heureuse, et bien que cet espoir ne fut pas suffisant pour lutter efficacement contre Dumbledore quelques heures plus tôt, celui-ci lui permettait néanmoins et ce pour la première fois depuis longtemps de se sentir en paix et presque soulagé. Savoir qu'elle haïssait maintenant James était également un bonus inespéré qu'il pensait ne jamais oublier, mais ceci ne pouvait cependant lui faire oublier la situation dans laquelle il se trouvait actuellement, à la merci de Dumbledore et spectateur silencieux des horreurs que le vieux bouc utilisait ou avait l'intention d'utiliser.

- Alors qu'en est-il maintenant !? fulmina James en se tournant de nouveau vers Dumbledore, interrompant dans le même temps Rogue dans ses pensées. Nous abandonnons la partie ? Nous laissons Lily s'en tirer à bon compte sans tenter quoi que ce soit pour la faire revenir ? N'avez-vous pas d'autres idées du même type qui pourraient inverser le rapport de force entre nous ? Vous me décevez Albus !

- Il me reste une foule d'idées James, déclara Dumbledore d'un ton qui pouvait laisser croire qu'il était furieux que l'on puisse mettre en doute son génie. Le problème est qu'elles se terminent toutes ou presque par la mort de la personne visée, et en l'occurrence, nous ne pourrons plus rien obtenir du côté de vos enfants. Quant à se pencher sur le cas de votre femme, je doute que vous souhaitiez mettre sa propre vie en danger…

À ces mots, le cœur de Rogue rata un battement et ses yeux qui étaient la seule partie de son corps ayant la possibilité de bouger s'écarquillèrent brusquement. Imaginer un seul instant sa Lily en danger lui était insupportable, et que l'on puisse jouer avec sa vie aussi facilement et avec autant de zèle lui donnait l'envie de se lever et de frapper tel un simple moldu James et Dumbledore pour les mettre hors d'état de nuire. Malheureusement, le sortilège de pétrification faisant toujours effet et la seule chose qu'il pouvait pour le moment faire était d'écouter impuissant ces deux fous fomenter de nouvelles horreurs à l'encontre d'une femme innocente ayant eu pour seul tort d'épouser un imbécile.

- Bien sûr que non, répliqua James en faisant les cent pas. Elle est bien trop importante pour moi comme pour Matthew pour qu'on puisse l'éliminer. Je ne tiens pas à raconter à mon fils que sa mère est malheureusement décédée par ma faute en voulant la ramener auprès de nous…

- Nous aurions pu utiliser votre contrat de mariage pour tenter d'employer la même méthode contre votre femme pour la pousser à nous rejoindre, mais comme vous me l'avez fait remarquer la dernière fois, celui-ci à malencontreusement disparu… Vous ne savez vraiment pas où il pourrait être ? lui demanda Dumbledore en faisant finalement disparaître les objets devenus inutiles qu'il avait utilisées contre Rosie.

- Non ! Et j'ai cherché absolument dans toute la maison ! affirma t-il en se tirant les cheveux de frustration. Je… Pour être honnête avec vous Albus, ce n'est pas moi qui m'occupais des papiers administratifs et de tout ce qui avait attrait à cela mais Lily qui était bien meilleure dans ce domaine que moi. Je n'ai jamais été très à l'aise lorsqu'il était question de bureaucratie ou de politique, d'ailleurs j'ai grand hâte que Matthew prenne ma place au sein du Magenmagot pour ne plus m'en soucier, mais la question n'est pas là… Il aurait fallu que Lily soit encore là pour qu'elle puisse me dire où elle l'a rangé, mais étant donné que c'est justement pour elle que je recherche ce document… Quant à Gringott's, les gobelins m'assurent qu'ils n'ont jamais mis dans l'une de nos voûtes un quelconque contrat de mariage. C'est à n'y rien comprendre !

- À n'y rien comprendre oui…, grommela dans sa barbe Albus en songeant qu'un petit tour dans le bureau de Gripsec, le gobelin chargé de la fortune des Potter, était envisageable. Il est fort dommage que ce contrat soit le seul document sur lequel nous puissions trouver une trace de sang de votre épouse car cela réduit nos chances de la retrouver à néant sans son obtention.

Chacun resta quelques secondes dans ses pensées, cherchant pour l'un où il avait bien pu mettre ce papier et pour l'autre une autre façon d'atteindre Lily ou l'un de ses enfants en s'en prenant à ce qui leur était le plus cher : leurs proches.

- Il faudrait que nous retrouvions Remus afin d'avoir un moyen de pression sur elle, sachant pertinemment la relation très proche qui lie votre ami au reste de votre famille… Mais si comme je le suppose il se trouve en leur compagnie, nous aurons tout autant de mal à lui mettre la main dessus…

- Je pourrais… Enfin Sirius pourrait nous aider ? proposa James. Si nous la jouons finement, nous pourrions lui tendre un piège auquel il ne s'attendrait pas.

- Remus est quelqu'un de très méfiant James : Il ne se lie jamais d'amitié avec une personne sans apprendre à la connaitre sous tous ses aspects, de même qu'il se doutera pertinemment qu'un appel à l'aide ou une proposition de rendez-vous pour simplement discuter est parfaitement risible. Sirius aura beau jouer la comédie avec brio, il ne tombera jamais dans le panneau.

- Alors que faisons-nous !? s'emporta t-il de nouveau. Vous proposez que l'on s'en prenne à Remus pour atteindre d'une autre façon Lily, mais vous ne savez même pas par quel moyen nous pourrions arriver à ce résultat !

- La patience James, répondit Dumbledore en croisant les mains au dessus de son bureau. Nous devons attendre qu'il se montre et qu'il commette la moindre erreur, même la plus petite pour pouvoir manœuvrer et parvenir à un résultat convenant à nos desseins. Remus ne restera pas éternellement caché, de même que votre petite famille ne restera pas non plus dans l'ombre. Tôt ou tard, ils réapparaîtront et à ce moment là, ce sera à nous de frapper un grand coup. Le plan de ce soir a peut-être été un échec, mais il nous aura appris une chose essentielle…

- Et qu'elle est-elle ?

Dumbledore ne répondit pas, et se levant de son fauteuil pour contourner ensuite son bureau, il s'approcha d'un pas tranquille de Rogue pour retourner son corps immobile vers lui.

- Que Lily est une femme bien plus intelligente que je ne l'aurai crû, ou alors qu'elle possède de puissants alliés à ses côtés pour en arriver à briser ce puissant rituel vaudou. La prudence est donc de rigueur, et il vaut mieux identifier et analyser la situation qui se présente à nous avant de s'y aventurer. Gryffondor vantait les mérites de la bravoure et du courage, mais en agissant immédiatement, nous ferions davantage preuve de bêtise et de folie pour oser affronter un ennemi que l'on ne connait pas.

Dumbledore sortit alors sa baguette magique qu'il pointa directement sur le visage de Rogue. Les yeux de ce dernier se posèrent immédiatement sur le bout de celle-ci qui brillait à présent d'une lueur blanche qui ne lui disait cependant rien qui vaille.

- Vous en savez beaucoup trop désormais Severus, et je ne tiens pas à ce que tout le monde sache de quoi je suis capable pour asseoir mon pouvoir. Rappelez vous que sans moi et sans mon emprise sur le Magenmagot, vous croupiriez actuellement dans les geôles d'Azkaban, alors ne mordez pas la main qui vous donne à manger, termina t-il en pouffant de rire.

Severus se mit aussitôt à rougir devant l'allusion humiliante de Dumbledore tandis que ses yeux se posaient sur la gorge du vieillard : Rien n'aurait pu lui faire autant plaisir à ce moment là que de la lui tordre à mains nues.

- Je serais absolument désolé si jamais il vous arrivait malheur, et sans votre aide inespérée pour ma cause, il m'aurait été difficile de connaître les agissements de vos amis mangemorts. Votre place est on ne peut plus importante dans mes plans, mais ne tentez pas le diable en vous opposant à moi comme tout à l'heure. Vous connaissez les risques Severus, et je pense avoir été suffisamment clair il y a neuf ans lorsque vous avez accepté d'entrer à mon service pour racheter vos fautes...

La lumière blanche s'intensifia encore davantage, et aveuglé par celle-ci, Rogue ne vit malheureusement pas son supérieur commencer à marmonner des paroles incompréhensibles mais qui n'auguraient rien de bon.

- Il est temps que vous appreniez qui sont vos supérieurs Severus, et une punition s'impose. Vous qui ne cessez de vouloir attribuer à vos élèves les pires sentences possibles, voilà que vous vous retrouvez à leur place. Comme c'est amusant !

Un flash blanc le foudroya finalement, et l'obscurité envahit rapidement sa vision à mesure qu'il perdait conscience. Son cri de douleur lui résonna encore longtemps dans le bureau, mais malheureusement, le reste du château lui resta parfaitement silencieux. Tout le monde dormait à présent, et personne ne se doutait que le professeur de potions de son côté allait passer une très mauvaise nuit.


A/N : Et voilà ! Donc l'adoption est officielle, et vous avez pu voir à quel point Dumbledore peut se montrer particulièrement cruel pour parvenir à ses fins. Un Voldemort Bis ? Disons que les opinions divergent, mais que dans le fond, le principe reste le même : assouvir sa domination sur les autres et garder une emprise et un contrôle sur tout ce qui peut l'être. J'espère en tout cas que ce Dumbledore ne vous dérange pas, parce qu'il ne s'améliorera pas avec le temps.

J'aimerai beaucoup connaître votre ressenti quant au rituel utilisé sur Rosie : Un peu trop violent ? Pas assez ? Trop basique ou au contraire original ? Honnêtement je ne crois pas avoir déjà lu des fictions où le vaudou est employé... En tout cas l'adoption est finalement mise en place, et nous voilà avec deux enfants ayant deux mamans (Pile poil en plein débat sur l'adoption d'enfants pour les couples homosexuels... Le plus drôle c'est que je n'y avais même pas pensé ^^).

Comme promis, Severus fait finalement son apparition : Il reste le même homme que dans l'histoire originale, c'est à dire amoureux de Lily, froid avec les autres et en particulier avec James, et espion à la fois pour Dumbledore et pour Voldemort. Mais restera t-il tout le temps comme ça ? On verra !

J'ai également fait mention de l'actualité de l'année 1800 : Napoléon prend du galon ! J'ai hâte de le voir apparaître dans ma fiction ^^. Il faut savoir que jusqu'à l'année 1815, la France connaîtra de très nombreuses guerres (il y a en outre pas moins de sept coalitions regroupant plusieurs pays luttant contre ou avec elle, et à chaque fois, français et anglais se retrouveront dans deux camps opposés (pauvre Harry, dur de choisir pour qui se battre dans ces cas là !)), sans compter les guerres civiles, les conflits en Afrique, en Asie, Aux états-unis etc... Ce n'est vraiment pas un début de siècle très joyeux. Je ferai mention de temps à autre de quelques anecdotes concernant les années s'écoulant, les grandes réformes entreprises à ce moment là, les inventions apparaissant également (notamment la machine à vapeur de laquelle découlera le Poudlard Express par exemple) ou encore quelques informations sur tel ou tel personnage. Disons que vous aurez un mini cours d'histoire ^^

Le prochain chapitre arrivera dans longtemps, soyez prévenu : Il me donnera du mal, je le sens avant même de l'avoir commencé ! Comptez trois semaines je pense, à moins que l'inspiration me parvienne soudainement ! Nous retrouverons Harry dans celui-ci, et si je ne m'abuse, je pense que ce sera uniquement lui. Peut-être ferai-je un petit détour du côté de Matthew également, mais tout dépendra de la taille du chapitre.

Sur ce, je vous souhaite une excellente journée, et à la prochaine fois !

Ciao !

ps : Mon correcteur orthographique est bizarre... étant donné que Dumbledore est un mot qu'il ne connait pas, il me propose de le remplacer par "Crème glacée"... Albus Crème glacée... :rire: