Salut à tous, et désolé pour cette loooooooooongue absence :/. J'ai beau dire que mes publications seront rapides, je n'arrive au final jamais à tenir les délais que je me fixe...
Disons que j'ai été pour le moins surpris par la quantité faramineuse de devoirs donnés à l'université, et malgré l'emploi du temps relativement sympa que j'ai eu, les périodes de temps libre sont franchement limitées... J'en suis le premier surpris ! Au final je ne parviens à écrire que des bribes de phrases par-ci par-là quand j'en ai le temps, et comme vous pouvez le voir, ce n'est franchement pas la stratégie à adopter si l'on souhaite publier rapidement ^^.
Encore merci pour vos nombreux commentaires que je lis dès que je les reçois mais auxquels je ne parviens pas à répondre (surtout que là ils s'accumulent... ça devrait me prendre pas mal de temps pour y répondre). Je donnerai une réponse à vos reviews cette semaine, le temps pour moi de me débarrasser d'un gros devoir à faire en géographie et de terminer un livre que je lis actuellement sur Marie-Antoinette (c'est dingue le nombre d'informations que j'ai sur elle maintenant, j'en suis limite à regretter de ne pas avoir fait une histoire où Harry est adoptée par elle ou à défaut cohabite avec elle à Versailles ^^. Au moins je suis rassuré sur deux points : elle était effectivement ultra dépensière et frivole, mais sera restée digne jusqu'au bout durant la révolution (même lorsqu'on l'a accusé d'inceste avec son propre fils...)).
Meliane : Merci pour ton commentaire, et désolé d'y répondre aussi tardivement ! Alors je prends ton avis en compte ! Par contre, je ne te promets rien sur Dumbledore et les Greengrass... Notre vieux directeur pourrait bien faire le rapprochement entre eux et Harry.
Guest : Merci pour tes commentaires (je suppose que les deux sont de toi), et comme pour Méliane désolé pour le délai de réponse ! Je ne sais pas trop honnêtement si je vais montrer la réaction des autres devant le verdict du procès parce qu'il faudrait meubler à côté... Peut-être au final en faire un rapide résumé dans un chapitre à titre d'anecdote. Je rejoins sur un point : Ce chapitre était très lourd, surtout à écrire en fait (le 23 l'est encore davantage...) !
Guest2 (je vais t'appeler comme ça) : Merci pour ton commentaire, et même chose que les autres, désolé pour le retard ! Alors oui je suis d'accord avec toi : ôter son titre de Lord à James ferait peut-être trop en terme de sadisme, autant ne pas l'accabler (surtout que comme les autres je pense, à trop lui taper dessus on commencerait à trouver ça indigeste). Pour Severus, disons qu'il sert avant tout à Dumbledore de serviteur qui le suivrait partout : Il n'est pas forcément sous impérium, mais Dumbledore pourrait bien le contrôler et lui enlever sa capacité à agir de lui-même. Vous verrez de toute façon ce qu'il en est. Quant au Greengrass, peut-être oui, enfin tout dépendra si l'intérêt soudain que Dumbledore leur porte le pousse à fouiller dans leurs histoires et à trouver leur lien avec Harry et ainsi remonter jusqu'à lui (ce qui pourrait être une probabilité non négligeable). Mon autre histoire est en suspens pour le moment, mais je travaille dessus lorsque j'ai du temps libre ! Par contre je n'ai aucune idée de quand je pourrais vous donner le chapitre terminé.
Ankana87 : Merci pour ton commentaire, et désolé pour le délai de réponse ! J'espère que la suite te plaira également !
Black Jo : Merci pour ton commentaire, et même chose que pour les autres (désolé, j'ai la flème de me répéter). Maintenant il faudra pour toi faire preuve de patience pour voir les retombées du procès... Je travaille justement là dessus !
Alors au programme de ce chapitre : Bah comme vous pouvez le voir, on enchaînera les surprises ! J'en ai compté... trois ! Certains ont d'ailleurs mis en avant leurs suppositions concernant des personnages qui verront pour chacune une réponse à l'intérieur ! Vous pourriez être plus ou moins surpris...
Bonne lecture !
Ps : Pour une fois je ne vous dirai pas que je n'ai pas eu le temps de corriger ce chapitre parce que cette fois-ci je l'ai fait avant de le publier ! Enfin, je l'ai presque fait, la fin passera au "scanner" demain je pense ! Si vous trouvez des fautes avant les 2/3 du chapitre, c'est qu'elles m'auront échappé !
Le 18 décembre sonnait pour Harry comme le dernier où il devrait suivre l'entrainement éreintant de son école, et jusqu'au bout, ses instructeurs semblaient s'être donnés le mot pour déployer toute l'ingéniosité et le sadisme dont ils étaient capables dans les lourdes tâches qu'on leur demandait d'accomplir.
La dernière en date, et d'ailleurs la dernière avant la prochaine année, n'était pas à première vue la plus pénible, et pour une personne extérieure à l'école et assistant à cette nouvelle activité, on pouvait même aisément penser que les élèves prenaient du plaisir dans ce qu'ils faisaient. Tirer sur des cibles mouvantes était après tout aussi simple que de s'habiller le matin ou ranimer un feu de cheminée, et les déplacements des cibles visées donnaient encore davantage de réalisme à leur affaire, sans parler bien évidemment du fait que leur activité se déroulait en plein air et par conséquent bien loin de l'atmosphère étouffante des salles de cours.
Pourtant, n'importe quel élève aurait préféré assister à un cours oratoire dans une salle comble mais réchauffée plutôt que de devoir affronter l'hiver rigoureux sévissant depuis plusieurs semaines maintenant sur la région. Les températures avaient depuis longtemps chuté sous la barre des 0°, et le sol recouvert de neige et de givre ajouté à des vents violents leur fouettant le visage accroissaient non seulement la difficulté de leur cours mais également sa dangerosité.
Un autre facteur notable expliquait en partie pourquoi les élèves et camarades de classe d'Harry n'appréciaient pas ce cours, et cette raison prenait vie sous la forme de leur instructeur attitré pour cet exercice : Tiberius Bourlot. Cet homme de près de cinquante ans avait connu bien des conflits, et si avec le temps son ventre s'était considérablement arrondi, son caractère lui était resté le même : Celui d'un homme colérique, continuellement froid et autoritaire.
On pouvait aisément sentir dans les ordres qu'il donnait à ses recrues qu'il avait déjà derrière lui des années d'expérience en la matière, et si un malheureux osait contester l'une de ses directives, le pauvre subissait alors les pires remontrances jamais vu dans toute une vie. Mieux valait par conséquent ne pas être dans ses mauvaises grâces, et malgré le fait qu'il poussait ses élèves jusqu'à leurs limites en les faisant travailler dans les pires conditions et sous un climat constamment tendu, personne ne se donnerait la peine de le lui faire remarquer.
Cet homme inspirait malgré tout le respect pour beaucoup d'entre eux, et dans les rares moments de sympathie dont il était capable, Tiberius pour récompenser les bons résultats de ses recrues pouvait de temps à autre raconter une anecdote lui ayant valu telle ou telle cicatrice sur son corps, lorsqu'il ne narrait tout simplement pas les récits héroïques de ses combats durant lesquels il était bien souvent à deux doigts de mourir.
« C'est un sacré beau parleur » affirma Nicolas au terme d'un cours d'anthologie durant lequel l'instructeur Boulot leur certifia avoir vaincu à lui seul un escadron anglais au cours d'une bataille sur le continent américain. « Mais il faut lui reconnaître un certain talent pour imaginer des histoires. Je les trouve encore plus intéressantes que les leçons d'histoire sur les motivations des sorciers à aller participer aux croisades en terre sainte ».
Harry ne pouvait être que d'accord avec les propos de son ami, et lui-même s'était surpris à écouter d'une oreille attentive les divagations de l'instructeur Bourlot comme il le faisait lorsqu'il était plus jeune avec Lily puis Marie-Louise. Cette dernière se faisait d'ailleurs toujours aussi causante à travers ces lettres, et par le biais de multiples phrases à première vue anodines mais qui finissaient par lui sauter aux yeux à mesure qu'il les relisait, Harry constatait avec dépit et mauvaise humeur que sa mère continuait à se jouer de lui en lui faisant miroiter cette fameuse surprise qu'il pourrait peut-être finalement voir aujourd'hui. Le dernier jour de cours touchait à sa fin en cette froide matinée, et comme ses camarades victorieux du dernier examen, il avait grand hâte de pouvoir rentrer chez lui pour passer la fin de l'année en famille.
Il ne savait cependant pas que bien des choses avaient évolué, et en plus du fait que Lily vivait désormais et indéfiniment à Lamballe, il n'était pas encore au courant de l'acte de séparation qu'elle était en train de préparer pour se libérer définitivement de James, de même que le procès porté contre son ancien père et Dumbledore ne lui était pas encore arrivé aux oreilles. Harry était dans le flou le plus complet en ce qui concernait sa famille, une volonté de Marie-Louise ne souhaitant pas le troubler dans ses études, et pour l'heure son principal sujet de préoccupation était d'armer le plus rapidement possible son arme avant que Bourlot ne le sermonne sur sa lenteur.
- Allons allons, du nerf messieurs ! les héla d'ailleurs Tiberius. Jamais vu des mollassons pareils ! Ai-je devant moi des hommes ou des fillettes !? Auriez-vous peur de vous casser un ongle en tenant votre fusil !?
Piqués au vif, tous accélérèrent immédiatement l'allure comme il le constata, bien que la plupart avaient déjà assimilé suffisamment de bases ou d'expérience dans ce domaine pour en être déjà à glisser la munition dans le canon de leur arme. Lui-même n'était pas particulièrement mauvais dans le tir au mousquet, et ses nombreuses heures de chasse lui avaient permis d'avoir une certaine maîtrise en la matière, mais jamais encore il n'avait eu à affronter un climat aussi hostile et des conditions aussi défavorables à ce genre d'activité. Le froid était si intense qu'il parvenait aisément à passer à travers ses épais gants de cuir pour venir lui geler les doigts, et là où insérer une balle dans le canon d'une arme ne devait prendre en tout et pour tout que quelques secondes, il fallait bien compter une minute pour y parvenir. Les autres élèves n'étaient pas mieux lotis, et les premiers rhumes commençaient à faire leur apparition au sein des rangs. Lui-même dut réprimer l'envie d'éternuer de temps à autre, et c'est en emmitouflant son nez sous une épaisse écharpe de laine qu'il pouvait malgré tout garder le rythme de sa respiration.
Fronçant les sourcils, il observa au loin la cible qui était la sienne depuis une heure maintenant, une sorte de mannequin fait exclusivement avec un sac de pommes de terre cousu dans une forme humaine et rempli de grains. Jusqu'à présent, ses tirs avaient presque tous fait mouche, mais le vent n'aidant pas, il ne toucha un point vital qu'à trois reprises, les autres tirs se terminant généralement au niveau des bras ou des jambes. À côté de lui, Nicolas souffrait encore davantage que lui des conditions climatiques, et sa précision de tir en fut particulièrement altérée : Un seul de ses tirs toucha sa cible, mais la balle n'avait fait qu'effleurer le tissu pour venir se loger dans un tronc d'arbre quelques mètres plus loin. Autant dire que le résultat était loin du niveau attendu par l'instructeur Bourlot, ce que ce dernier ne se gênait pas pour rappeler à chaque salve tirée. Sa frustration était d'ailleurs telle qu'il n'avait pas hésité à deux reprises à arracher des mains le fusil d'un élève en lui certifiant que même sa grand-mère aurait eu plus de réussite que lui à cet exercice. Couplé au fait qu'il ordonnait par la suite au dit-élève de faire trois fois le tour de l'école en guise de sanction pour son échec, personne ne prit le risque par la suite d'éveiller la colère de l'instructeur et tous s'appliquèrent à essayer de parvenir à un résultat que leur supérieur jugerait convenable.
- J'ai de la peine pour eux, marmonna d'ailleurs Jules en regardant au loin deux de leurs camarades courir à travers la neige en longeant les murs de l'école.
- Mieux vaut eux que nous, répliqua entre ses dents Nick en essayant péniblement de charger son fusil.
- Plus vite messieurs ! les tança leur instructeur en passant derrière eux. La cavalerie prussienne aurait déjà eu depuis longtemps l'opportunité de vous charger !
- Mieux vaut aller à son rythme et tirer correctement que se précipiter et prendre le risque de voir notre arme exploser dans nos mains ! marmonna de nouveau Nicolas.
Harry lui venait de finir de tasser la poudre de son mousquet et s'apprêtait maintenant à y intégrer sa balle en cherchant fébrilement dans la petite sacoche fixée à sa ceinture. De son autre main, il enlevait la tige ayant servi à placer au bout du canon de son arme la poudre qu'il posa sans plus de cérémonie à côté de lui sur une petite surface dégagée de toute trace de neige. Son travail fait, il visait à présent sa cible en rêvant intérieurement de lui arracher son petit sourire ironique qu'un petit malin avait choisi de coudre sur son visage.
Bientôt, les bruits se firent moins présents autour de lui, et chaque élève tentait à présent de viser du mieux possible son objectif, faisant fit des bourrasques lui faisant dévier de temps en temps le canon de son arme.
- Visualisez bien votre cible avant de penser à tirer ! Il serait regrettable de perdre inutilement une balle si vous ne parvenez pas à l'atteindre, sans compter que toutes les munitions sont aux frais de l'école ! Le gaspillage n'est pas à l'ordre du jour messieurs ! Trouvez l'équilibre entre vos jambes et vos bras pour ne pas trembler ! Votre corps doit être parfaitement immobile autrement vous n'atteindrez jamais votre objectif ! Contrôlez également votre respiration…
- Blablabla…, maugréa de nouveau Nick en gardant les yeux fixés sur le sac de pommes de terre voletant à plusieurs dizaines de mètres de sa position. Qu'il se dépêche, j'ai mal aux bras à force de tenir ce mousquet !
Pourtant, Bourlot continua à leur donner des directives pendant encore de longues minutes afin que tous puissent avoir un résultat qu'il jugerait convenable, et tout y passa : la disposition du corps, le maintien du mousquet entre les mains, la distance réglementaire entre celles-ci jusqu'à durée à établir entre chaque respiration. Leur instructeur était très pointilleux en la matière, mais l'homme connaissait son métier, et même si ses élèves s'en plaignaient intérieurement, tous respectaient ses consignes. Puis finalement, alors que leurs jambes commençaient à s'engourdir et que la neige recommençait à tomber en flocons épais sur la plaine, l'ordre tant espéré leur vrilla les tympans :
- Feu !
La salve qui suivit camoufla rapidement son cri, mais pas un élève ne s'était dérobé à son ordre. Harry comme les autres put ressentir la balle s'extirper de son arme, mais ne pouvait pour l'heure pas déterminer si celle-ci avait visé juste ou si son tir avait tout bonnement raté. La puissance du tir l'avait en tout cas légèrement déstabilisé en le rejetant en arrière, mais à l'inverse de Nicolas, il avait néanmoins pu garder son équilibre et éviter de chuter bêtement par terre.
Clignant des yeux pour tenter d'apercevoir à travers la fumée dégagée de son mousquet son objectif, il mit de longues secondes à pouvoir évaluer la réussite ou l'échec de ce dernier essai lorsque celle-ci se dissipa, et le moins qu'il put penser à ce propos fut qu'il avait pleinement rempli sa mission : Le cou du mannequin avait été en partie arraché sur son côté droit par l'impact de la balle, et la tête se balançait piteusement sur l'autre épaule en laissant écouler l'ensemble de son contenu par terre. Un sourire fier apparut sur son visage, mais le bruit des bottes de son instructeur se déplaçant derrière lui pour examiner son travail et celui des autres lui fit rapidement reprendre une attitude parfaitement neutre.
À la vue de son résultat, Bourlot ne lui tint nullement rigueur pour son tir, considérant que malgré qu'il ait raté le cœur de plusieurs centimètres, la balle aurait quand même pu être mortelle pour son adversaire. Aucun compliment ne fut cependant dit, mais Harry ne s'en formalisa pas, trop heureux d'échapper à l'une des remontrances de son instructeur qui lui avait valu sa si grande popularité auprès des élèves de l'école. Mais lorsqu'il se posta derrière Nicolas pour admirer son travail, Tiberius ne put s'empêcher d'arquer un sourcil intrigué tandis que son ami regardait d'un air penaud le sol sur lequel crissaient ses bottes.
- Alors ? dit-il en tapant du pied tout en foudroyant du regard le pauvre Nicolas. Avez-vous vous une explication à ceci ?
- Non monsieur, avoua t-il en se raidissant. Mais la cible a été touchée !
- ça pour être touchée… C'est un coup bas ! s'écria l'instructeur Bourlot en soupirant de consternation. Ma parole Fleury, vous allez finir par me rendre chèvre ! n'êtes-vous pas conscient qu'il ne faut jamais tirer à cet endroit !? Jamais l'on ne souhaite une telle blessure à quelqu'un, pas même à son pire ennemi !
- Hé bien je… Je n'ai pas fait exprès…
- Encore heureux, autrement je m'interrogerais sérieusement sur les motivations qui vous ont poussé à toucher votre cible ici ! déclara t-il en désignant d'un coup de tête l'entrejambe du mannequin de laquelle s'écoulait un flot continu de grain. Visez plus haut la prochaine fois !
Sans aucun autre commentaire, Tiberius s'éloigna d'un pas raide vers sa prochaine cible, tandis que Nick tentait d'ignorer les nombreux ricanements pouvant être entendus autour de lui par les autres élèves.
- Mon tir aurait quand même pu être mortel, maugréa malgré tout Nicolas alors que Jules juste à côté de lui roulait des yeux.
- Tout est une question d'honneur Nick, lui rappela Harry. C'est ce qui fait de nous des hommes, peu importe notre sang ou notre nationalité. Un homme ne peut être ce qu'il est sans ce qu'il a à cet endroit, et le lui ôter lui ôte par la même occasion son identité, son humanité et toute la considération que l'on porte à son égard.
- Hmpf… Moi ce que j'en dis, c'est que pendant une bataille, on se fiche de savoir où l'on tire tant que l'on élimine un adversaire.
La remarque n'était pas dénuée de sens selon Harry, mais mieux valait éviter de souhaiter à quelqu'un ce type de blessure que la recevoir soi-même. Mais un nouvel arrivant sur sa gauche lui fit changer d'idée lorsqu'il le reconnut comme étant Gaston, l'irascible et déplaisant concierge : Au moins un qui méritait bien ce genre de blessure pour son comportement tyrannique envers l'ensemble des élèves. Celui-ci en profita d'ailleurs pour le bousculer légèrement, soucieux de ne pas être vu par Bourlot alors qu'il malmenait volontairement un élève, mais Harry ne fit absolument rien pour répliquer, trop occupé à se demander ce que cet imbécile pouvait bien vouloir à son professeur pour intervenir en plein cours. Les deux hommes se serrèrent brièvement la main dès que Gaston se trouva à proximité de lui, et leur discussion tourna court en quelques dizaines de secondes seulement, le temps pour eux de regarder de temps à autre dans la direction où se trouvait justement Harry. Puis, après un hochement de tête de Tiberius, Gaston retourna sur ses pas et se posta en un rien de temps devant lui, le regard particulièrement mauvais dès lors qu'il posa les yeux sur Harry.
- Bourbon ! grogna Gaston. Le directeur souhaite te voir le plus vite possible et m'a chargé de venir te chercher pour te conduire jusqu'à lui.
Harry l'écouta sans rien dire, notant malgré tout que le ton employé par le concierge signifiait clairement qu'il aurait préféré de loin ne pas être chargé de cette corvée.
- Vas-tu rester planté là encore longtemps ou tu vas te décider à ramasser ton paquetage et me suivre ! éructa t-il d'ailleurs en constatant qu'Harry ne réagissait pas.
- Vous arrive t-il d'être agréable ou êtes-vous aigri de nature ? lui demanda t-il narquoisement en rangeant rapidement son mousquet dans le sac prévu à cet effet.
- De quoi te mêles-tu, insolent !? se contenta de répliquer le concierge en le fusillant du regard.
- Je ne faisais que me questionner sur ce sujet, lui répondit simplement Harry en lançant un clin d'œil furtif à Nicolas. On se voit plus tard Nick, Jules...
Ses ami hochèrent leur tête tout en le regardant partir pendant qu'Harry suivait telle son ombre Auguste jusqu'à l'école. Les autres élèves les regardèrent également s'éloigner, un sourcil arqué pour certains tandis qu'ils s'interrogeaient sur la nature du rendez-vous entre Harry et le directeur Pajol lorsqu'ils ne se demandaient tout simplement pas si Harry avait pu d'une façon ou d'une autre mécontenter leur supérieur sans qu'ils ne soient au courant. Le concierge lui ne prit même pas la peine de se retourner pour vérifier qu'il était bien derrière lui, préférant maugréer sur ce qui semblait être « l'impolitesse des jeunes » et « l'arrogance des nobles », deux sujets dont il était très friand et dont Harry était la plupart du temps la source.
Peut-être par défi ou tout simplement pour profiter de la situation, Gaston ne l'aida aucunement à transporter son lourd paquetage, et ce malgré le terrain glissant et obstrué par endroit par la neige abondante tombée sur la région. Harry dût par conséquent tenir sur plusieurs centaines de mètres son paquetage pesant presque la moitié de son poids tout en réprimant l'envie qui le tiraillait de jeter un maléfice sur son guide. Même lorsqu'il dut rendre son fusil et ses munitions à l'armurier de l'académie, Gaston se contenta de rester à l'entrée adossé à la porte qu'il avait laissée ouverte, ce qui lui valut au bout de quelques secondes des reproches de la part du propriétaire des lieux.
- Si je voulais vraiment le tuer, je n'attendrais pas qu'il crève de froid. Il y a des façons bien plus simples pour éliminer quelqu'un…, marmonna t-il une fois qu'ils furent tous les deux sortis.
Son œil s'attarda quelques secondes sur Harry, et bien que ce dernier fit mine de ne rien avoir remarqué, il ne pouvait néanmoins s'ôter l'idée que Gaston pourrait peut-être être capable de lui causer du tort. Leur relation n'était certainement pas au beau fixe, mais le concierge pouvait-il en arriver à de telles extrémités ? C'était la question qu'il se posait alors qu'il s'aventurait maintenant en sa compagnie dans la cour de l'école. Certains élèves plus âgés que lui s'y trouvaient déjà, probablement des retardataires à moins qu'ils bénéficiaient d'un rare moment de temps libre entre deux cours. La plupart le dévisagèrent aussitôt qu'il leur apparut sous les yeux, et si deux ou trois le regardèrent avec une hostilité ouverte, Harry remarqua que la grande majorité faisait preuve de compassion envers lui, sans doute pour avoir à subir la présence du concierge décidément indésirable dans cette école.
Par la suite, tous les deux s'engagèrent dans une aile de l'école qu'Harry n'avait encore jamais vu de près, la partie administrative rassemblant la plupart des bureaux et lieux de vie des instructeurs et membres du personnel de cet établissement. Tout était absolument calme, hormis peut-être le bruit d'une plume grattant la surface d'une feuille derrière l'une des portes devant laquelle il passait, mais rien sauf l'écho de leur pas ne pouvait être entendu.
- J'espère bien que le directeur va te corriger mon p'tit gaillard ! lui lança tout à coup d'un ton mauvais Gaston alors qu'il partait dans un grand éclat de rire. Il est extrêmement rare que le lieutenant-colonel Pajol me demande de lui amener un élève jusqu'à son bureau sauf si celui-ci est renvoyé dans la minute qui suit ! Peut-être que l'on sera enfin débarrassé d'un parasite comme toi !
- Ou peut-être qu'il va soudainement se rendre compte de votre inutilité dans cette académie et qu'il jugera bon de vous envoyer terminer vos vieux jours dans un hospice ! ne put s'empêcher de répliquer Harry d'un ton similaire.
Peut-être était-il allé trop loin, auquel cas il ne s'en voulut même pas, mais Gaston lui avait vu immédiatement rouge et s'était enfin retourné pour lui faire face. Ce que n'avait cependant pas prévu Harry était que le concierge s'agrippe soudainement à son col pour rapprocher son visage du sien, le visage brûlant de colère tandis qu'il le fixait intensément du regard. Harry était si près à présent qu'il pouvait voir chaque détail de la peau rugueuse et marquée par le temps de Gaston, de même qu'il pouvait sentir sans même se forcer son haleine alcoolisée par le rhum qu'il consommait chaque jour pour se prémunir de la rudesse du climat.
- Que donnerais-je pour pouvoir avoir un petit tête-à-tête avec toi Bourbon, marmonna t-il méchamment. Je te ferais payer ton insolence et ton arrogance si j'en avais eu l'occasion. Estime toi heureux d'être né sous une bonne étoile, car malheureusement pour nous, cette bonne étoile aura permis à ta maudite famille et à la putain qu'est ta mère de survivre à la révolution. Si les Montagnards étaient encore vivants, pour sûr qu'ils voteraient ta mort et celles de tous les parasites qui vous sont affiliés, et je me serais fait une joie d'assister à ton exécution.
- Malheureusement, ils sont tous morts sans en avoir eu la chance, répliqua Harry en soutenant son regard. Danton, Marat, Robespierre… Voilà de biens beaux tyrans que vous semblez apprécier ! Mais qu'attendez-vous pour remettre au goût du jour leur parti ? Je suis certain que de là où il est, Robespierre serait ravi que quelqu'un reprenne le flambeau qu'il a laissé derrière lui sur l'échafaud. Mais ne vous étonnez pas si tout comme lui vous finissez sous la lame de la guillotine après avoir abusé de votre pouvoir…
Harry crut un instant que Gaston allait le tuer sur place, mais alors qu'il se préparait déjà à faire usage de magie dans le cas où son intuition s'avérait juste, il fut pour le moins surpris de recevoir en pleine figure un cracha particulièrement gros qui lui recouvrit une partie du visage.
- Voilà pour vous mon bon seigneur, se moqua le concierge en s'inclinant bien bas.
Cependant, loin d'être furieux par ce geste, Harry se contenta de sortir sa baguette et de faire disparaître les traces de crachat lui coulant sur la figure, un sourire certes forcé mais bien présent sur le visage.
- Votre présent me comble de joie Gaston, ironisa t-il en rangeant sa baguette. Cependant à l'avenir, veuillez vous contenter de me remercier d'avoir la chance de fouler le sol sur lequel je marche en faisant quelques courbettes, cela me suffira amplement.
Gaston parut donner une nouvelle fois l'impression de vouloir s'en prendre physiquement à lui, mais alors qu'Harry pouvait voir ses poings s'ouvrir et se fermer à intervalles réguliers comme s'il espérait tordre son cou, ce dernier choisit finalement de ne pas « abîmer » le futur interlocuteur du directeur Pajol. Aussi tourna t-il brusquement les talons et poursuivit sa route, un sourire figé sur le visage et les dents serrées tandis qu'il essayait vainement de contrôler sa colère.
Leur petite expédition s'arrêta finalement devant une porte qu'Harry n'avait encore jamais croisée. À vrai dire, le couloir dans lequel il se trouvait lui était également inconnu, tout comme l'aile administrative dans laquelle il était à présent. Elle n'était pas accessible à tout le monde, et comme Gaston l'avait signalé auparavant, les rares personnes ayant eu le déplaisir de se trouver à sa place n'étaient désormais plus là pour en témoigner. Personne ne pouvait par conséquent attester du fait que l'endroit était parfaitement identique au reste de l'académie, et que tout comme les autres ailes de l'école, celle-ci était en hiver relativement froide et peu accueillante.
- On arrêter de fanfaronner maintenant, hein ? se moqua Gaston en remarquant le mutisme d'Harry. Je t'apprécie bien davantage lorsque tu fermes ta jolie petite gueule Bourbon !
Et sur ces mots, le concierge frappa lourdement sur la porte, attendant un signal venant de l'autre côté pour l'ouvrir. Celui-ci ne tarda pas, et avec un dernier sourire goguenard à l'encontre d'Harry, Gaston ouvrit la porte. Harry resta quelques secondes immobile dans l'entrée, incapable bien malgré lui de pouvoir lui aussi entrer. Des dizaines d'idées fourmillaient dans sa tête pour expliquer cette réunion entre lui et son supérieur, mais chacune se terminaient inlassablement par un renvoi immédiat chez lui. Sa mère serait terriblement déçu si cela arrivait, elle qui souhaitait tant le voir intégrer cette école de magie et le voir devenir un brillant chef militaire et politicien… Un sentiment de culpabilité le gagna à ce moment-là, sentiment qui ne disparut pas même lorsqu'il entendit Gaston avertir le lieutenant-Colonel Pajol de sa présence.
- Le voila Monsieur ! lança t-il en fusillant du regard Harry pour le faire rentrer plus rapidement. Comme promis, j'ai fait relativement vite pour le conduire jusqu'à vous ! J'espère en tout cas que vous n'avez eu à attendre trop longtemps !?
- Ce n'était pas urgent Gaston, lui rappela le directeur tandis qu'Harry franchissait le seuil de la porte. Cette petite réunion pouvait bien attendre encore quelques temps…
Harry lui n'écoutait que d'une oreille la conversation entre les deux hommes, trop occupé maintenant à observer curieusement le bureau dans lequel il entrait. Celui-ci était exactement comme il se l'était imaginé : Grand, joliment décoré, mais également très simple dans sa décoration et dans la disposition des différents meubles. Le caractère de son directeur se faisait aisément ressentir dans cette pièce bien que l'aspect froid et autoritaire était malgré tout assez minimisé pour donner un semblant de chaleur et de proximité entre Pajol et ses invités. Le mobilier était rudimentaire et ne sentait pas la richesse comme il avait pu le remarquer dans le bureau de Dumbledore la seule fois où il eut la possibilité d'y pénétrer. Les meubles étaient certes beaux et taillés dans des bois exotiques, la fenêtre immense et à demi-cachée par un rideau de velours vert et les verrières remplies d'objets ne faisant certainement pas partie du folklore local comme les curieuses feuilles de papyrus recouvertes de hiéroglyphes qu'il pouvait voir à travers, mais la physionomie générale de la pièce lui faisait davantage penser au bureau d'un contrôleur public des impôts qu'à celui d'un grand général d'armée.
- Bourbon, l'appela soudainement son directeur en le dévisageant. Il est d'usage de saluer un supérieur lorsque l'on se présente à lui…
- Pardonnez-moi monsieur, s'excusa Harry en penchant légèrement le buste pour le saluer dignement. J'ai été l'espace d'un court instant surpris à admirer votre bureau, et cela m'a fait oublier l'endroit dans lequel je me trouvais et la personne s'y trouvant…
- Très bien, dit-il en se dirigeant vers la fenêtre pour observer la cour de l'école sur laquelle il avait une vue imprenable. Mais à l'avenir j'exige de vous davantage d'attention à mon égard, autrement je ne pourrais pas tolérer aussi bien votre écart que maintenant.
- Entendu Monsieur.
- Laissez-nous Gaston, Ajouta Pajol d'un ton sans réplique sans même se détourner de la fenêtre.
- Bien sûr Monsieur ! Tout de suite Monsieur ! opina le concierge en s'inclinant respectueusement. Si vous avez encore besoin de moi, n'hésitez surtout pas à me le dire ! Je serai même ravi de pouvoir encore vous rendre le plus petit service qui soit !
- Dehors Gaston, l'invita de nouveau son supérieur en lui désignant d'un coup de main la sortie.
Déçu peut-être de voir que ses manœuvres mielleuses n'avaient apparemment pas eu l'effet escompté, ou peut-être de ne pas avoir la possibilité de voir Harry se faire renvoyer de l'école comme il l'espérait, Gaston sortit finalement du bureau en claquant plus violemment la porte qu'il ne le faudrait. Un des bibelots posés sur le meuble juste à côté de celle-ci se mit à dangereusement trembler dès qu'elle fut refermée, et Harry en voyant cela s'empressa immédiatement d'empêcher la chute imminente d'un objet pouvant peut-être avoir une grande valeur sentimentale pour son directeur.
- Cet homme ne semble pas se rendre compte que son attitude hypocrite lui cause bien plus de tort qu'elle ne lui donne de crédit à mes yeux, soupira d'ailleurs celui-ci tandis qu'Harry remettait en place la petite figurine en ivoire qu'il venait de sauver d'une chute mortelle. Merci d'avoir sauvé cette petite statuette, ajouta t-il en regardant Harry. C'est un des nombreux souvenirs que je garde de mes voyages en Egypte, et je tiens particulièrement à elle.
- Vous êtes vraiment allé en Egypte Monsieur ? ne put s'empêcher de demander Harry avant de se rendre compte de sa curiosité mal placée. Pardon, cela ne me regarde pas…
- Oui, le coupa le directeur en s'installant derrière son bureau tout en invitant Harry à faire de même d'un geste de la main. Dans un cadre purement personnel qui concernait des recherches que je faisais sur les civilisations antiques et notamment sur le rôle des populations magiques à cette époque. Le consul m'a par ailleurs donné la possibilité de fouiller minutieusement les pyramides de Gizeh durant la dernière campagne d'Egypte afin de peaufiner ces recherches, et j'ai pu ainsi admirer plus en détail les magnifiques fresques égyptiennes de ces monuments millénaires en compagnie de l'actuel administrateur du musée des monuments français, mon ami Alexandre Lenoir. Cet homme est persuadé de pouvoir un jour déchiffrer ces hiéroglyphes, et bien que je sois dubitatif quant à la mission qu'il s'attribue, j'espère bien que nous pourrons également les comprendre pour éventuellement connaître davantage les us et coutumes des sorciers de cette époque. Ils sont après tout les précurseurs de la magie antique, et bien que les grecques furent également de très bons sorciers, nous ne pouvons ignorer le fait que l'Egypte antique ait contribué fortement à la diffusion du savoir qui est le nôtre aujourd'hui. Mais nous ne sommes pas là pour parler de cela Gabriel.
Pajol sortit alors sa baguette magique, et alors qu'une idée stupide émergeait dans l'esprit d'Harry dans la possibilité qu'il soit la cible du sort qu'il allait employer, son directeur visa à l'inverse la porte d'entrée, marmonnant une multitude de sortilèges accompagnés de mouvements du poignet qu'il reconnut comme étant pour la plupart des sorts permettant une intimité et une sécurité complète aux occupants de la pièce.
- Savez-vous pour quelle raison je vous ai convoqué dans mon bureau, Gabriel ? lui demanda d'un ton presque concerné le directeur Pajol tandis qu'il rangeait sa baguette.
- Je… Ai-je fait quelque chose de mal, Monsieur ? s'enquit-il immédiatement en se remémorant les paroles de Gaston.
- Rassurez-vous, si vous aviez fait quelque chose qui m'aurait déplu, je pense que vous ne seriez pas ici en train de discuter avec moi mais plutôt à accompagner Gaston dans ses tâches quotidiennes, et je sais pertinemment que du fait de l'animosité existant entre vous, cela devrait être une punition suffisamment pénible pour ne pas que vous recommenciez.
Harry se contenta de sourire timidement sans oser lever les yeux vers son directeur, mais celui-ci ne s'en formalisa pas au point de le lui indiquer.
- Non, si je vous ai fait venir ici Gabriel, ce serait plutôt pour discuter…
- Discuter ? répéta t-il en levant les yeux d'un air confus.
- Oui. Je m'intéresse beaucoup à vous Gabriel, surtout depuis que vous avez intégré cette académie. Il est inutile de revenir sur les raisons de votre présence parmi nous, je pense que les motivations de votre mère et que vous partagez probablement quant à votre ascension au sein du monde politique qui est le nôtre sont certainement une explication plausible à cela. Dans un sens, votre mère a eu la clairvoyance de supposer qu'un homme se forge une réputation bien plus grande aux yeux de ses contemporains en brillant sur les champs de bataille et en gravissant les échelons de la longue hiérarchie des titres militaires qu'en se cantonnant à la mise en place de liens stratégiques avec les plus éminentes personnalités de notre époque, et je ne peux que lui donner raison. Je ne puis également qu'être satisfait de cette décision, car cela nous a permis d'avoir parmi nous l'un des meilleurs espoirs qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années…
Harry devant tant de louanges ne put s'empêcher bien malgré de rougir très légèrement, mais le regard toujours stoïque de son supérieur lui fit comprendre en quelques secondes qu'il y avait certainement une partie moins agréable à entendre dans son discours.
- Cependant, poursuivit Pajol tandis qu'Harry réprimait un soupir, je ne peux encore déterminer si oui ou non vous feriez un excellent meneur d'hommes tant que je n'en saurais pas davantage sur la personnalité qui vous entoure Gabriel. Le sorcier est connu désormais de la plupart des membres du personnel de cette école, mais le garçon qui se cache sous l'uniforme lui reste un mystère à la plupart de vos contemporains. Je ne peux après tout pas recommander un jeune homme à mes supérieurs de Paris en tant que valeur sûre pour notre armée si derrière le masque se cache un esprit belliqueux et contraire aux principes et valeurs des institutions de notre pays. Comprenez-vous ?
- Oui monsieur, affirma Harry en opinant de la tête.
- Sachez que les réponses que vous donnerez aux questions que je vais vous poser détermineront le déroulement de cet entretien et qu'elles influenceront la fin de celui-ci, poursuivit-il d'un ton tranchant. Je mets en jeu mon nom et ma crédibilité auprès de mes supérieurs chaque fois que je leur présente une recrue sur laquelle je porte toutes mes espérances, et l'échec n'est pas admis. Je vous conseille de bien choisir vos réponses si vous souhaitez un jour avoir le privilège de chevaucher aux côtés des généraux Davout, Murat, Moreau ou Ney.
Inutile de dire qu'Harry avait désormais bien plus de pression sur les épaules qu'avant même d'être entré dans ce bureau. L'idée d'être renvoyé qui l'habitait encore il y a quelques minutes lui semblait maintenant tellement dérisoire en comparaison, mais il ne montra rien à son directeur et garda un visage parfaitement lisse et froid.
- J'aimerais d'abord savoir ce que vous avez pensé de votre examen. Est-il selon vous réussi ou pensez-vous qu'il y a encore une marge de manœuvre considérable pour le progrès ? Je parle bien évidemment de vous et non pas de vos camarades. Je voudrais savoir si vous pensez avoir été irréprochable…
Harry sut immédiatement que cette question devait certainement être la plus importante de leur entretien dès l'instant où le directeur la lui posa. Par ailleurs, elle était également la plus difficile selon lui car deux choix s'offrait à lui : Devait-il se valoriser en prétendant que son examen n'était qu'une broutille et qu'il méritait d'avoir à passer des épreuves bien plus difficiles mais de son niveau, ou à l'inverse devait-il avouer avoir connu quelques difficultés et par conséquent montrer à son supérieur que malgré tout ce qu'on lui avait enseigné, il connaissait comme tous les autres des carences dans certains domaines ? Le choix était cornélien, oscillant entre le mensonge et la vérité alors que chacun de ces choix pouvait lui être fatal…
- Je n'ai pas été irréprochable, dit-il finalement en choisissant la solution la plus noble et sincère selon lui, autrement nous n'aurions pas perdu d'équipiers dans cette épreuve, et il faudra probablement que je travaille encore sur certaines de mes lacunes pour obtenir un meilleur résultat par la suite. La réussite ne peut être totale que lorsque l'ennemi est acculé dans ses derniers retranchements sans avoir la possibilité de se défendre et même de renverser la tendance en sa faveur. Or nous avons été surpris par Boulanger comme vous avez pu le lire dans mon compte-rendu, et ce ne fut point chose aisée de se défaire de cette attaque soudaine. Je pense ne pas avoir pris les meilleures décisions concernant mes camarades, mais avoir néanmoins suffisamment pris de bonnes décisions pour nous assurer la victoire. Cependant je ne suis pas d'accord avec vous sur mes équipiers Il est primordial d'en parler également car rien n'aurait pu se faire sans eux. Cet examen était très compliqué, et personne ne pourra le nier, mais dans l'ensemble je pense toutefois que ma troupe s'en est fort bien sortie, et les qualités personnelles de chacun y sont pour beaucoup. Je n'aurais point pu réussir ce que nous avons accompli sans l'aide précieuse de mes amis, et déléguer les tâches qui sont miennes à certains d'entre eux m'aura également permis de voir qui pouvait être un excellent assistant et qui avait suffisamment d'autorité pour se faire obéir. Je pense qu'au-delà des qualités individuelles, le collectif reste primordial pour s'assurer une victoire nette et complète, alors si je devais ne relever qu'une seule chose de cet examen, je choisirais le travail collectif de l'ensemble de l'équipe.
- Hm…, se contenta de marmonner Pajol en griffonnant brièvement sur une feuille. Si j'en crois ce que vous me dites et votre compte-rendu de cette épreuve, vous insinueriez donc que vos lacunes s'avéreraient davantage être un manque de concentration et une certaine suffisance dans vos prises de décision, que vous manqueriez de suffisamment de recul dans chacune de vos analyses et que cela ait pu vous causer du tort ? Ne pensez-vous pas qu'il se pourrait que vous ayez également des difficultés dans l'apprentissage même de votre magie, des sorts qui pouvaient éventuellement vous être utiles et que vous n'avez pas pris soin d'utiliser par exemple ?
- Non Monsieur, affirma Harry d'un ton ferme. J'ai utilisé absolument toutes mes connaissances pour nous prémunir du danger, et cela a été jusqu'à employer des utilisations avancées des runes et de la magie du sang. Notre campement était pratiquement indétectable pour un quelconque adversaire, et j'aurais été facilement informé par mes protections s'il s'avérait qu'un ennemi ait pu malgré tout passer mes barrières. Quant à nos multiples assauts, mes sorts ont pu sauver bon nombre de mes camarades. Il n'y que la concentration et comme vous l'avez dit une certaine suffisance que je qualifierais plutôt d'insouciance qui nous aura été préjudiciable…
De nouveau, Pajol marmonna pour lui-même quelques remarques qu'Harry ne pouvait saisir, et la feuille sur laquelle il semblait inscrire les réponses de son élève se retrouva bientôt constellée d'encre et de ratures. Vint ensuite la question qu'appréhendait Harry concernant son avenir et la façon dont il le percevait, mais par le biais de ce qu'il avait déjà écrit lors de son inscription et son avis personnel sur ce que pouvait lui apporter cette école, la réponse fut rapidement trouvée. Son directeur lui fit cependant noter que ses souhaits semblaient être davantage ceux de sa mère et qu'il ne donnait pas l'impression d'avoir son propre libre-arbitre, mais Harry n'en démordit pas et réaffirma vouloir avant tout faire redorer le prestige de la maison royale des De Savoie avant même celle de son « père », pourtant prince de sang Bourbon.
- Énumérez-moi vos principales qualités et défauts, lui demanda ensuite Pajol.
- Hm… Difficile à dire Monsieur, pour cela il faudrait plutôt demander à l'un de mes proches…
- Ce n'est pas à eux que je le demande mais à vous Gabriel, lui rappela durement son supérieur. Si vous n'êtes même pas capable de vous reconnaître des qualités et des défauts, alors vous serez incapable de les trouver chez vos subordonnés.
- Très bien alors je… Je pense être quelqu'un de droit pour qui la loyauté prédomine sur tout le reste. Je ne manque pas de courage, mais je sais reconnaître une situation quand elle est désespérée. Je suis quelqu'un d'honnête qui n'accepte pas le mensonge, la duperie et la tromperie, et à l'inverse je sais me montrer ouvert et compréhensif, à l'écoute des problèmes des gens et n'hésite pas à leur tendre la main lorsqu'ils rencontrent une difficulté. Mère dit de moi que je suis parfois trop empathique, mais je ne pense pas que la gentillesse et le dévouement soient des défauts humains. Quant à ces derniers, comme je vous l'ai dit précédemment, il m'arrive parfois de me montrer suffisant dans mes choix ou même dans mon comportement. Un autre point pourrait être la fierté qui m'anime lorsqu'il s'agit de mes origines et du passé de ma famille car je n'accepte pas les critiques à cet égard, mais cela tient davantage de mon éducation. L'impatience me caractériserait également, oui je le reconnais…
Finalement Harry se trouva davantage de défauts qu'il ne l'aurait pensé au départ, mais s'il y avait bien une ligne de conduite qu'il suivait à la règle, c'était bien que l'honnêteté payait. Leur entretien se poursuivit de cette manière durant de longues minutes encore, si bien que le temps lui parut être passé très vite lorsqu'il constata que la pendule affichait désormais midi. Mentalement, il regretta de ne pas avoir le temps de passer par le réfectoire pour manger un petit quelque chose avant son retour chez lui, et son ventre qui avait jusque là était silencieux se mit soudainement à se faire entendre suffisamment fort pour que même Pajol le remarque.
Son regard se porta aussitôt sur la grande horloge de son bureau, et constatant qu'il n'avait même pas entendu celle-ci sonner l'heure du repas, il fit apparaître devant eux une petite pile de sandwich qu'ils terminèrent rapidement tout en poursuivant le jeu du questions/réponses qu'ils avaient commencé.
Puis, alors qu'Harry venait de répondre à une énième question, son directeur ne relança pas leur conversation et observa de longues minutes les multiples feuilles sur lesquelles il avait annoté ses propres commentaires quant aux réponses de son élève. Harry le regarda sans réagir bien qu'une boule se formait au fond de sa gorge à mesure que le temps passait. Une seule question lui revenait en tête : Qu'elle allait être son choix ? Devait-il se préparer à faire face à un refus ou allait-il devenir l'élève d'un homme pour qui même sa mère avait un certain respect ? Il n'eut même pas le temps de se plonger plus longuement sur cette question que la voix de son directeur tomba comme un couperet :
- Je vous prends sous mon aile, déclara t-il d'un ton officiel alors qu'Harry tentait d'assimiler ce qu'il venait de dire. Vous serez d'une certaine façon mon apprenti ou mon disciple, choisissez le terme qu'il vous convient. Vos résultats durant votre examen sont très satisfaisants j'en disconviens, et vos réponses me conviennent dans l'ensemble, mais vous avez encore beaucoup à apprendre sur les rudiments du métier et sur ce qui fera de vous un bon meneur d'hommes.
- Qu-qu'allez-vous m'apprendre Monsieur ? s'enquit aussitôt Harry, encore choqué par la nouvelle.
- Votre mère est une grande magicienne, et je ne doute pas qu'elle vous ait appris des sortilèges que je ne saurais connaitre, par conséquent il me semble juste de penser qu'il est inutile de vous apprendre davantage de choses concernant la magie. Je pense qu'il est tout à fait compréhensible par conséquent que je m'occupe de l'aspect militaire de votre encadrement en revoyant avec vous toutes les bases et les aspects qui feraient de vous un soldat digne de ce nom, notamment sur l'assimilation de toutes les stratégies qui vous seraient utiles non seulement pour conduire une troupe au combat mais également pour assurer votre sécurité et votre survie. Les duels magiques seront bien évidemment inclus dans mon enseignement, et si l'occasion m'est également permise, je pourrais si vous le souhaitez approfondir vos connaissances dans les sujets qui pourraient vous intéresser, notamment dans l'étude des sortilèges et de la métamorphose. Quant à la politique et aux sciences moldus, je n'ai malheureusement pas beaucoup d'expérience en la matière, mais je pourrais vous mettre en relation avec certains de mes contacts haut placés avec lesquels vous aurez non seulement la possibilité d'en apprendre davantage mais également d'établir vos premiers contacts. Peut-être pourrez-vous même au terme de tout ceci avoir le privilège de côtoyer le premier-consul, mais nous avons encore beaucoup de marge avant d'y parvenir.
Harry l'écoutait sans rien dire, buvant ses paroles comme le plus délicieux des nectars. Un nouvel horizon rempli d'opportunités toutes aussi alléchantes les unes que les autres s'offraient à lui, et l'avenir lui semblait tout à coup aussi radieux qu'un soleil dans un ciel dépourvu de nuages. Jamais il y avait encore cinq ans il n'aurait imaginé pareil retournement dans sa vie, et s'il avait eu l'opportunité de pouvoir rencontrer le petit Harry de cette époque, ce dernier se serait probablement moqué de lui en lui faisant rappeler que James ne souhaiterait jamais une telle carrière pour un fils qu'il n'aimait pas. Mais cet imbécile maintenant hors de course, Harry avait maintenant une grande opportunité de faire ses preuves et de devenir l'homme que son ancien père ne sera jamais.
- … Nous démarrerons vos séances dès votre retour, poursuivait Pajol. Comme vous ne suivez pas le même cursus que la plupart de vos camarades, notamment par le fait que vous n'apprenez pas à écrire ou à lire, vous possédez davantage d'heures de temps libre que les autres. Vous ne rencontrerez par conséquent aucun changement majeur dans votre scolarité hormis le fait que vous aurez peut-être moins de temps à consacrer à vos leçons, mais vos connaissances actuelles pallient déjà à cela. Si quelqu'un vous le demande, dites simplement que vous suivez des cours plus poussés en ma compagnie payés par votre mère. Je ne tiens pas à voir arriver dans mon bureau une horde d'étudiants criant au favoritisme et désirant également bénéficier de mon savoir.
- Très bien Monsieur, mais puis-je en informer ma mère ? Je pense qu'elle pourrait établir ainsi son programme d'étude en fonction du vôtre et permettre ainsi un chevauchement de vos enseignements.
- Raisonnement intéressant que je ne peux qu'approuver, fut la réponse de son directeur qu'Harry prit pour une acceptation. Une dernière chose cependant : Ne considérez pas cela comme un privilège, l'avertit-il durement en l'observant. Une seule remarque portée à ma connaissance sur une quelconque fanfaronnade de votre part et je mettrais un terme à notre accord. Suis-je clair ?
- Oui Monsieur, lui promit Harry en déglutissant nerveusement.
- De même que je veux de la discipline et du travail de votre part. Je n'enseigne point à un fainéant ou à un opportuniste qui attend que tout lui soit servi sur un plateau.
Là dessus, le lieutenant-colonel se leva de sa chaise et, faisant le tour de son bureau, il se dirigea vers la sortie dont il ouvrit la porte.
- Vous pouvez y aller Gabriel, dit-il en l'invitant à sortir. Je vous enverrai bientôt un hibou afin de vous prévenir du lieu, de la date et de l'heure de notre première leçon. Tâchez de ne pas être en retard ou vous aurez de mes nouvelles. Croyez-moi : Vous y réfléchirez à deux fois avant de renouveler cet exploit.
Harry déglutit de nouveau, et après avoir salué une dernière fois son supérieur en lui souhaitant de joyeuses fêtes de fin d'année, il entreprit de s'éclipser le plus rapidement possible. Tout le chemin vers ses quartiers fut l'occasion pour lui de repenser à la proposition de son directeur et des conséquences qui allaient en découler, mais hormis moins de temps pour son travail scolaire, Harry n'y voyait que des avantages, et même sa famille pouvait en tirer un bénéfice certain. Le nom de sa mère pouvait être ainsi lavé de toutes les horreurs l'entachant, et la lignée des princes de Savoie de retrouver sa gloire d'antan. Oui, il n'y voyait que des bonnes choses, mais il se promit néanmoins d'avoir une discussion sérieuse à ce sujet avec Marie-Louise dès que l'occasion le lui permettait.
Plongé dans ses pensées, il ne se rendit même pas compte qu'il était parvenu à retrouver son chemin seul à travers le bâtiment administratif de l'école, et par chance, il constata en regardant sa montre qu'en plus d'avoir duré moins d'une heure, son entretien avec Pajol lui laissait encore suffisamment de temps pour terminer de se préparer avant de retourner chez lui.
En chemin, il croisa Nicolas couvert des pieds à la tête de boue et d'une humeur pour le moins orageuse. Il avait apparemment eut la malchance de glisser sur une plaque de verglas, et après une course incontrôlée sous les yeux de l'ensemble de la classe, il termina dans un fossé en ayant au passage sévèrement abîmé le manche de son mousquet sous le poids de son paquetage. Les rires l'accompagnaient maintenant partout où il marchait, ce qu'il lui expliqua brièvement alors que Boulanger et deux de ses acolytes passaient à côté d'eux en pouffant de rire, puis d'un commun accord, et surtout par pitié pour lui, Harry opta pour la solution de facilité : S'isoler dans une pièce vide à cette heure-ci afin d'échapper aux quolibets. En ajoutant à cela le fait que Nicolas était particulièrement sale, la pièce fut toute choisie pour cette tâche : La salle de toilette.
- Jules y est je crois, l'informa Nick pendant qu'ils s'y dirigeaient. Il a dit quelque chose comme « j'ai envie d'être propre avant de revenir chez moi ». Comme s'y sa famille se préoccupait de ça, non mais je te jure…
Étonnamment, Jules fut le seul à avoir eu cette idée car personne d'autre ne se trouvait pour le moment dans les dortoirs. Harry aurait pu entendre une mouche voler s'il n'y avait cependant pas eu tous les cris provenant de la cour et dans laquelle se livraient apparemment la plupart des élèves. Les runes de déplacement partaient pourtant dans moins d'une heure maintenant, mais personne ne semblait se soucier de ce délai. Les malles n'étaient même pas encore faites, et si les uniformes étaient pour le moment correctement accrochés dans les armoires, il y avait peu d'espoir qu'ils restent impeccables d'ici quelques minutes : La frénésie liée au départ chez les familles allait mettre leur dortoir sans dessus dessous. Tous les deux jetèrent rapidement un coup d'œil sur leur lit respectif sur lesquels étaient déjà installées leurs propres affaires n'attendant désormais plus que d'être rangées, ce qu'Harry fit d'un simple coup de baguette magique.
- Il faudra que tu m'apprennes ce sort ! lui dit Nicolas en voyant ses sous-vêtements se plier d'eux même pour rejoindre le contenu de son baluchon. Maman arrêtera peut-être de me dire de ranger continuellement ma chambre avec ça ! Elle qui pense déjà que je suis incapable de m'occuper de moi-même, Haha ! Je n'arrive même pas à m'imaginer la tête qu'elle fera !
Arrivé à proximité de la porte des douches, Nicolas ne fit pas dans la dentelle, et ignorant royalement le fait que Jules pouvait être nu, il ouvrit sans même l'avertir de sa présence.
- Jules, bougre d'imbécile, l est plus que temps de se préparer à partir! Les runes de déplacement ne vont pas tarder à être act…
Nicolas s'interrompit brutalement dans sa phrase, et pour son malheur, Harry qui le suivait juste derrière lui se heurta malencontreusement à son dos lorsqu'il s'arrêta.
- Merlin Nick ! Pourrais-tu à l'avenir me prévenir lorsque tu t'arrêtes ainsi ? maugréa t-il en se massant le nez. Et pourquoi donc as-tu cessé de marcher aussi soudainement ? Hm… Nick ?
Mais son ami ne répondait toujours pas, le regard toujours orienté vers leur camarade toujours noyé sous les trombes d'eau s'abattant sur lui. Étonné, Harry tourna également la tête vers lui, mais hormis le fait qu'il se protégeait la poitrine d'une curieuse façon à l'aide de son bras gauche et qu'il camouflait son entrejambe de l'autre, il ne voyait pas ce qui pouvait tant troubler Nicolas au point de lui donner l'air d'un poisson sorti de l'eau. Cependant, Harry nota que Jules était rouge de gêne, et il ne faisait guère de doute en voyant la position qu'il prenait qu'il était complètement intimidé par leur présence.
- Allons Nick, tu vois bien que tu le déranges pendant sa toilette ! l'informa Harry en essayant de le tirer vers les dortoirs. La prochaine fois, tu jugeras bon de frapper sur la porte avant de rentrer pour qu'il soit décemment vêtu…
- TU ES UNE F…
- Ferme là ! s'exclama soudainement Jules en plaquant sa main contre la bouche de Nicolas, mais son geste précipité lui valut de faire découvrir à Harry le secret qu'il cachait depuis bien longtemps maintenant.
Celui-ci eut au moins la décence de détourner les yeux dès qu'il le vit, mais le mal était fait : Lui aussi savait maintenant qu'elle était une fille. Un simple coup d'œil vers Harry fit comprendre à Jules qu'il y avait maintenant deux personnes dans la confidence, mais par chance, son ami se contenta de regarder partout sauf sur elle, le visage complètement cramoisi. Jules entreprit alors de se cacher à nouveau du mieux qu'elle le put son anatomie tout en se dirigeant vers le fond de la salle de bain pour attraper fébrilement sa serviette de bain.
- S-sortez ! leur ordonna t-elle en se drapant avec.
- Tu délires !? répliqua Nicolas. Pas avant que tu ne nous expliques pourquoi tu ne nous as jamais dit que tu étais une… tu-sais-quoi !
- Je vais tout vous dire, mais maintenant laissez-moi me préparer !
- Pas question, trancha son ami d'un ton cinglant. Je veux savoir maintenant, quitte à rester dans cette pièce !
- D'accord très bien ! Laissez-moi quelques minutes…, dit-elle en les poussant vers la sortie. Je m'habille et je vous explique tout !
À peine eut-elle dit cela qu'elle claqua lourdement la porte sur eux, heurtant par la même occasion le pied de Nicolas qui poussa un gémissement de douleur en sautillant sur place.
- Quelle… Quelle histoire de fou ! lança t-il entre deux sautillements. Qui aurait cru ça ?
- Je dois avouer que je ne m'y attendais pas moi non plus…, ajouta Harry en considérant que cette journée était particulièrement riche en surprise. Attendons-le… enfin "la" près de nos lits plutôt que de rester bêtement devant cette porte. Nous attirerions trop l'attention sur nous si quelqu'un nous surprenait à attendre ici.
- C'est vrai, approuva son ami en se dirigeant vers son lit d'un pas incertain.
Harry l'accompagna dans sa marche en lui offrant son bras sur lequel il put s'appuyer pour améliorer légèrement sa démarche jusqu'au moment où suffisamment près de son lit, Nicolas en oublia sa douleur pour se jeter dessus et pousser un soupir de soulagement.
- N'y a-t-il pas plus belle chose qu'un matelas rempli de plumes après une difficile séance de cours ? marmonna t-il d'aise pendant qu'Harry s'asseyait sur le rebord de son propre lit. J'ai l'impression d'être couché sur un nuage…
- C'est la douleur à ton pied qui te fait délirer, argua Harry en secouant sa tête.
- Peut-être oui, lui répondit son ami en haussant ses épaules sans pour autant rouvrir ses yeux.
Les minutes qui suivirent furent particulièrement calmes pour eux. Nicolas essayait d'oublier sa douleur encore lancinante en se prélassant sur son matelas sans même se soucier de la prochaine discussion qu'il aurait bientôt avec Jules pendant qu'Harry lui s'interrogeait justement sur les raisons ayant poussé leur amie à ne pas leur avouer son mystérieux secret. Des dizaines de questions fourmillaient dans sa tête, au point qu'il en oublia même ses cours avec Pajol et sans qu'il ne puisse pour le moment donner à chacune une réponse adéquate, mais Jules - si son nom était bien celui-ci - pouvait lui apporter des éclaircissements qu'il aimerait bien volontiers connaitre. Son camarade fit d'ailleurs sa réapparition au bout d'un temps qui lui parut long, et tandis que la porte de la salle de bain s'ouvrait une nouvelle fois dans un grincement qui devait surement être entendu de l'autre côté de l'académie, Harry et Nicolas se redressèrent immédiatement de leur position, l'un comme l'autre attendant maintenant avec impatience que Jules s'explique.
- J'aurais préféré que vous l'appreniez en d'autres circonstances, leur avoua celle-ci en s'approchant de leurs lits tout en reboutonnant sa pelisse. Mais puisque vous le savez maintenant, autant répondre à toutes vos questions, et je suis certaine que vous en avez beaucoup à me poser.
- Comment t'appelles-tu ? lui demanda brusquement Nicolas avant même qu'Harry n'ouvre sa bouche.
- Juliette, dit-elle en s'asseyant à côté d'Harry. Et avant que tu ne me fasses la remarque : Oui, j'ai volontairement changé mon prénom en un autre beaucoup plus masculin pour ne pas éveiller les soupçons. Tu as déjà entendu un garçon s'appeler comme ça peut-être ?
- Non, se défendit-il. Mais tu n'as pas été très imaginative dans la recherche d'un nouveau prénom…
- Peu importe, le coupa t-elle d'un geste de la main. Nous ne sommes pas là pour discuter de mon inventivité.
- Hm… Mais dis-moi : Comment vas-tu faire plus tard lorsque ta poitrine va se développer ? Tout le monde s'en rendra compte, à moins que tu ne restes une planche à pain toute ta vie !
Le silence qui accompagna sa remarque fit aussitôt prendre conscience à Nicolas du degré de ce qu'il venait de dire, et si Harry ne laissa rien transparaître bien qu'il semblait légèrement incrédule à présent, Juliette elle s'était déjà plaquée une main sur le visage en secouant celui-ci par dépit.
- Tu as la possibilité de me poser toutes les questions que tu désires… Et tu me parles de ma poitrine !? s'emporta t-elle finalement en le fusillant du regard.
- Inutile de me regarder de cette manière Nick, je ne t'aiderai pas cette fois-ci. Je trouve ta question idiote moi aussi, ajouta Harry alors que Nicolas le fixait avec des yeux de chien battu.
Un silence gênant quoique court s'installa entre eux durant lequel Nicolas ne put malgré tout s'empêcher d'observer brièvement le haut du corps de Juliette avant de regarder ailleurs, l'air de rien.
- Pervers…, marmonna celle-ci en croisant les bras pour lui cacher la vue. Je mets tous les matins après m'être lavée une bande de tissu tout autour de mon corps pour écraser ma poitrine et l'empêcher d'apparaître malgré mon uniforme. Content maintenant ? ajouta t-elle d'un ton sarcastique.
- C'est pour cela que tu fais tout le temps ta toilette avant ou après nous et seule de préférence, supposa Harry tandis qu'elle confirmait d'un hochement de tête. Tu avais peur que quelqu'un remarque quelque chose…
- Exactement, et surtout je cherchais à éviter les imbéciles comme le garçon que nous avons en face de nous qui ne réfléchissent pas plus loin que le bout du petit oiseau qu'ils ont entre les jambes. Il en va de même pour les sanitaires ou pour les exercices nécessitant un changement de vêtement.
- Mais… Pourquoi avoir caché le fait que tu étais une fille ? lui demanda poliment Harry. Nous sommes tes amis…
- Parce qu'autrement, je n'aurais pas été accepté par les autres, et je ne savais pas comment vous auriez pu réagir en l'apprenant. Les garçons ont toujours des idées préconçues sur nous, et en moins de temps qu'il n'en faudrait, j'aurais été mise à l'écart ou moquée pour ne pas être comme tout le monde. En plus de ça, il est interdit normalement pour une fille d'intégrer une académie militaire, même magique…
- Que veux-tu dire par «normalement» ? Le directeur sait pour toi ?
- Évidemment, autrement il ne m'aurait jamais accepté. C'est d'ailleurs lui qui est venu me chercher pour me remettre ma convocation dans cette école. Comme tu le sais, l'utilisation de magie accidentelle est facilement perceptible sous forme d'ondes par les émetteurs placés dans tout le pays mais ils ne peuvent malheureusement pas indiquer l'identité de la personne qui a fait de la magie ni même son sexe. Ils ne permettent que de déterminer à quel endroit la personne se trouve et dans le meilleur des cas d'évaluer la puissance qui est la sienne grâce aux émissions de magie créées par son noyau magique. Par conséquent lorsque le directeur Pajol est venu jusqu'au petit village ou vit ma mère, il m'a pris au départ pour un garçon en voyant que je portais un pantalon et que ma coiffure était mal soignée. Mais lorsqu'il s'est présenté à ma mère pour lui expliquer la raison de sa venue et lui formuler une proposition d'inscription dans son académie magique, elle a malheureusement pris soin de lui indiquer ma réelle identité lorsqu'elle lui a demandé s'il était désormais possible aux filles de pouvoir entrer dans une école militaire. Bien évidemment il a ensuite voulu partir en comprenant qu'il y avait eu erreur sur la personne, mais j'ai essayé de le retenir en lui annonçant qu'une autre école était déjà venue et que j'avais refusé leur proposition. La dernière solution qui me restait était d'entrer dans cette académie, autrement je ne pouvais jamais plus espérer découvrir la magie et le monde qui l'entoure.
- C'était un pari risqué, argua Nicolas. S'il ne souhaitait pas te prendre, tu étais effectivement fichue, ou alors tu pouvais éventuellement écrire à cette autre école et leur demander de t'accepter quand même. D'ailleurs, quelle était cette école ?
- Je ne sais plus, avoua Juliette d'un air pensif. Quelque chose avec le mot « bâton » je crois…
- Beauxbâtons ? tenta Harry en pensant à l'institut dans lequel sa fiancée allait d'ici deux ans suivre les cours.
- Oui ça doit être ça. La femme qui est venue était d'ailleurs incroyablement grande ! Je suis étonnée que personne dans le village n'ait fait mention d'elle par la suite. Une femme pareille, ça ne se rate pas ! Enfin sa visite n'a pas duré longtemps, surtout lorsque je lui ai précisé que je ne souhaitais en aucun cas devenir l'une de ces filles raffolant des vêtements, du maquillage et des bijoux, éduquées à être des parfaites épouses et suivant aveuglément les ordres de leurs maris sans pouvoir avoir mon mot à dire…
- Oh tu sais, Beauxbâtons ne propose pas uniquement des leçons de savoir-vivre et à être propre sur soi, lui expliqua Harry. En fonction de tes capacités, de tes talents et de tes aspirations, tu peux éventuellement t'orienter vers d'autres carrières artistiques comme le théâtre, la danse ou même la peinture. Cette école cherche avant tout à développer la créativité et à éveiller le sens artistique dormant en chacune des élèves l'intégrant sans pour autant oublier de vous enseigner les rudiments à savoir sur le monde magique : Métamorphose, sortilèges, potions, botanique et même l'astronomie. La seule différence avec notre école et qu'elles n'apprennent pas à se battre comme nous et que l'aspect militaire n'apparaît nul part entre ses murs.
- Ouais, eh bien moi mon sens artistique doit être tellement bien caché que je ne l'ai pour le moment jamais trouvé, lui répondit Juliette d'un ton sarcastique. Ce serait vraiment une perte de temps pour eux d'essayer de le dénicher, alors épargnons leur cette corvée. De toute façon, et comme je l'ai expliqué au directeur Pajol, j'ai toujours été élevée comme un garçon depuis ma naissance : Je m'habillais comme un garçon, je jouais à des jeux de garçon, je faisais des corvées données généralement aux garçons… Dieu je jure même comme un garçon ! La seule activité pouvant me rapprocher d'une fille pourrait éventuellement être la cuisine, mais même à ça je suis loin d'être bonne !
- ça c'est peu dire…, marmonna Nicolas en se remémorant les repas que Juliette leur avait préparé durant leur examen.
- Si tu trouvais ça mauvais, tu n'avais qu'à le faire toi-même ! répliqua t-elle en lui assénant un coup de pied dans le tibia.
Leur petite joute eut au moins l'opportunité d'alléger l'atmosphère, mais une certaine gêne persistait malgré tout. Jamais encore les deux garçons n'avaient eu à faire avec une fille se voulant ouvertement masculine, et si une heure auparavant ils pouvaient facilement profiter de sa présence et se donner à quelques confessions, leur vision avait quelque peu changé entre-temps : Difficile après tout de s'imaginer discuter de demoiselles avec une personne en étant justement une représentante.
- Et… Et maintenant ? lança nerveusement Juliette.
- Maintenant quoi ?
- Hé bien maintenant que vous connaissez mon petit secret, est-ce… est-ce que vous allez me laisser seule ?
Pour la première fois depuis qu'il la connaissait, Harry pouvait aisément sentir dans le ton de sa voix de la crainte, de l'appréhension et peut-être aussi de la peur. Jamais encore il n'avait eu sous les yeux cet aspect de la personnalité de son amie, elle qui jusqu'à présent c'était toujours montrée forte et courageuse. Sa question lui parut cependant idiote, mais compte tenu des circonstances, il pouvait comprendre qu'elle puisse avoir peur d'être rejetée par les deux personnes les plus proches d'elle depuis leur premier jour à l'académie.
- Bien sûr que non, affirma t-il fermement en plaçant une main amicale sur son épaule. Tu es mon amie, et peu m'importe que tu sois différente de nous. Je n'abandonne jamais les personnes qui me sont proches, et je peux t'assurer de mon plein soutien.
- Ouais, lui assura également Nicolas en s'asseyant à côté d'elle. Et puis au moins maintenant nous savons pourquoi tu es constamment sur notre dos, ma mère est exactement pareille que toi. Ça doit probablement être un truc de filles… Maintenant nous ferons attention…
Sa remarque lui valut un nouveau coup de la part de Juliette, mais rapidement accompagné d'un câlin à leur broyer les os qu'elle leur donna en guise de remerciement.
- Merci les gars, dit-elle en les gratifiant d'un sourire. Je n'ai jamais eu de véritables amis avant de venir ici et j'avais vraiment peur de votre réaction lorsque vous auriez su pour ma véritable identité, alors vous ne pouvez imaginer ce que votre acceptation représente pour moi. Je sais que parfois mon caractère autoritaire peut vous agacer, mais je ferai malgré tout de mon mieux pour entretenir cette amitié qui nous unit…
- Ouais, mais est-ce que tu pourrais arrêter de nous faire un câlin maintenant ? lui demanda Nick en essayant de se dérober à son emprise. Ce n'est pas que ça me dérange, mais si les autres nous voient comme ça, ils vont nous prendre pour des pédérastes…
Juste au même moment, les premiers élèves arrivèrent, complètements détrempés par la neige et souffrant pour quelques uns de légères ecchymoses que Harry ne pouvait pas expliquer. Leur bataille avait sans doute était violente à moins que les chutes furent multiples, mais aucun ne s'en plaignit, trop heureux de pouvoir une nouvelle fois se moquer de Nicolas dès qu'ils le virent. Aussi ce dernier entreprit de prendre rapidement son baluchon et de sortir pour éviter, rejoint quelques secondes plus tard par ses deux amis.
Il restait encore plus d'une demi-heure avant le départ lorsqu'ils arrivèrent dans la cour de l'école prévue pour les retours des élèves méritants dans leurs foyers, et si tous étaient à présent pressés de rentrer, ceux qui restaient malheureusement dans l'école ne pouvaient de leur côté masquer l'envie et la jalousie qu'ils pouvaient ressentir. Harry opta de son côté pour un petit coin isolé dans lequel il passa le reste du temps avec Juliette et Nicolas pour que celle-ci puisse leur expliquer en détails certains aspects de sa vie et les multiples astuces qu'elle avait utilisées pour pouvoir cacher aux yeux de tous sa sexualité. Ce fut finalement lorsqu'elle leur raconta les détours à travers la forêt qu'elle avait pu faire durant l'examen pour échapper à leur curiosité et que la quasi-totalité des étudiants était arrivée que Gaston fit une nouvelle fois son apparition, tenant entre ses mains une boite qui devait probablement contenir les objets tant désiré pour rentrer chez eux.
- EN FILE ! cria t-il alors que les élèves obéissaient immédiatement. LES RUNES S'ACTIVENT À TREIZE HEURES PILE, ALORS VOUS FERIEZ MIEUX DE VOUS DÉPÊCHER SI VOUS NE VOULEZ PAS RESTER EN MA COMPAGNIE PENDANT DEUX SEMAINES SUPPLÉMENTAIRES !
L'argument fit mouche, et en moins de temps qu'il ne l'espérait, Gaston se retrouva avec plusieurs files parfaitement droites. Chacun eut alors entre les mains une petite pierre d'un vert bouteille sur laquelle était représentée une tornade symbolisant le tourbillon de vent qui était propre à ce type de déplacement. Le détenteur de celle-ci devait ensuite y graver par le biais de sa baguette l'adresse précise vers laquelle il souhaitait être dirigé en utilisant pour cela un maléfice de découpe. La pierre se mettait alors à luire intensément pour quelques secondes avant d'être opérationnelle pour tout déplacement. Un procédé complexe à première vue, mais même le plus mauvais élève de l'école était maintenant capable de le faire : Après tout, même ce plus mauvais élève souhaitait lui aussi retourner chez ses proches, et cette seule perspective suffisait à faire apparaître chez n'importe qui une assiduité et un travail parfois jamais soupçonné.
Gaston se fichait éperdument des états d'âme des élèves, lui n'ayant aucune famille à retrouver pour les fêtes. Seul le fait de voir une partie des élèves qu'il tyrannisait de bon cœur partir quelques temps lui traversait l'esprit, aussi ne se gênait-il pas pour en rabrouer quelques-uns une dernière fois. Mais Lorsque qu'il eut sous les yeux Harry, il fut pour le moins surpris de le voir ici alors que ce dernier arborait un sourire narquois lorsque leurs regards se croisèrent, et ce fut avec une mauvaise grâce non dissimulée qu'il lui jeta sans plus de cérémonie sa rune avant de s'éloigner rapidement, ruminant sa mauvaise humeur auprès des pauvres malheureux n'étant pas encore servis.
- Je vous expliquerai dans mes lettres, chuchota Harry à l'encontre de ses amis lorsque ceux-ci s'étonnèrent du comportement du concierge à son égard. Vous allez probablement être aussi amusés que moi par cette histoire !
Ils n'eurent cependant pas le temps d'en discuter davantage car leurs runes se mirent soudainement à chauffer dans la paume de leurs mains. Tout juste en eurent-ils suffisamment pour se donner une dernière accolade avant de sentir leurs pieds quitter la terre ferme pour se faire emporter par une bourrasque aussi froide que cette journée d'hiver.
En un rien de temps, Harry se retrouva face à la vue familière et pourtant si réconfortante de son château. Recouvert de neige des jardins à la toiture, son domaine ressemblait à s'y méprendre à un gâteau surchargé de chantilly que même la plus fine bouche rêverait de dévorer. Les arbres dépourvus de feuilles et les motifs dessinés par la neige lorsqu'elle épousait parfaitement les formes géométriques des nombreux arbustes agrémentant les jardins donnaient une vision presque féerique au château, mais un détail en particulier surpassa tous les autres dans l'esprit d'Harry dès l'instant où il l'aperçut : Emmitouflée dans un épais manteau d'hermine lui arrivant jusqu'aux chevilles et d'une toque recouvrant en partie ses magnifiques cheveux blonds, sa fiancée lui avait fait l'honneur d'être la première à pouvoir le revoir et la première personne qu'il puisse tendrement enlacer après ces longs mois d'absence.
Pour le moment, Daphné ne semblait même pas se rendre compte qu'Harry était seulement à quelques mètres derrière elle, trop occupée à faire rouler une imposante boule de neige faisant facilement la moitié de sa taille. Harry remarqua d'ailleurs que la neige se trouvant près du tunnel précédant la cour principale était particulièrement retournée à cet endroit, comme si sa fiancée venait de participer à une bataille très animée.
Pris d'une envie soudaine de jouer aussi, Harry ferma les yeux afin de se concentrer sur sa prochaine tâche. La méditation n'était plus un problème pour lui depuis longtemps, et il ne lui fallut plus maintenant que quelques secondes à peine pour trouver son noyau magique. Celui-ci avait considérablement augmenté en volume depuis la première fois qu'il l'avait eu sous les yeux et il était devenu si brillant qu'il aurait pu facilement éclairer plusieurs centaines de mètres s'il avait été capable de l'extérioriser dans le monde réel. À la recherche du lien magique le liant à sa fiancée, il tomba dessus en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, et aussitôt, il entreprit de réaliser son projet en faisant passer à travers celui-ci une infime quantité de magie provenant de son noyau.
Le lien, représenté comme un fil argenté aux reflets bleutés, devint subitement encore davantage éclatant, et la magie qu'il pouvait voir glisser en lui semblait avoir doublé en volume. Le flot continu de magie allait forcément éveiller la curiosité de Daphné, de même qu'elle pourrait aisément ressentir les émotions chaleureuses et bienveillantes qu'il faisait également passer à travers leur connexion.
L'effet fut immédiat. À peine eut-il rouvert les yeux qu'il remarqua que Daphné s'était subitement figée au beau milieu de sa tâche, et bien qu'il ne puisse pas voir son visage, Harry était certain qu'elle devait avoir l'air particulièrement confuse par cette soudaine arrivée de magie mais heureuse à la fois par les tendres sentiments qu'il portait à son égard. Sa main droite qui au départ était posée sur sa boule de neige avait maintenant élu domicile sur sa poitrine, là où se trouvait son cœur, comme pour mieux sentir encore cet élan de tendresse jaillissant en elle comme la lave d'un volcan en éruption. Harry ne put s'empêcher de sourire en voyant cela, d'autant plus lorsqu'il sentit au fond de lui que Daphné lui répondait de la même manière et avec la même intensité, sans même avoir à prononcer la moindre parole. L'amour, la passion, le désir, l'affection… Tout y passait et même bien plus encore. Se savoir autant aimé lui procura une sensation délicieuse qui le conforta dans l'idée qu'il avait bien fait de réussir son examen pour avoir la chance de retrouver celle qu'il aimait.
- Puis-je me joindre à toi ? demanda t-il en réprimant un sourire lorsqu'elle sursauta.
Daphné se retourna immédiatement, et ses yeux déjà écarquillés à l'entente de la voix de son fiancé s'agrandirent encore lorsqu'ils tombèrent sur la silhouette d'Harry. Sa bouche s'ouvrit légèrement alors qu'un halètement en sortit sans qu'elle ne puisse le retenir alors que le vent qui venait soudainement de se lever, fit tomber sa toque qu'elle ne tenta même pas de rattraper.
- Ma chère, commença Harry en ôtant son chapeau. Je suis bien aise que vous soyez la première sur qui mes yeux puissent se poser. Vous n'auriez pu me faire plus beau cadeau que de m'accueillir à la porte de mon château par cette froide journée d'hiver…
Il n'eut pas le temps d'en dire davantage qu'une furie de neuf ans s'était déjà jetée sur lui en s'accrochant fermement à son cou. Sous les éclats de rire et le ton mélodieux de la voix de sa fiancée, Harry la fit virevolter dans les airs aussi simplement que s'il en avait fait de même avec un fétu de paille. Son entrainement avait apparemment porté ses fruits, et même Daphné fut surprise par la force nouvelle de son fiancé. Mais cette constatation fit rapidement place à la joie des retrouvailles, des retrouvailles qui d'ailleurs durèrent longuement. Finalement, ce fut au bout de cinq longues minutes que Daphné se décida à exprimer à voix haute ce qu'elle ressentait au fond d'elle-même :
- Tu m'as tellement manqué Gabriel ! roucoula t-elle au creux de son cou. Que le temps m'a paru long loin de toi !
- Je ne suis parti que quelques mois voyons, dit-il alors qu'il pouvait l'entendre sangloter contre son uniforme. Dieu, Comment réagiras-tu lorsque je devrai m'absenter pour une durée beaucoup plus longue ?
- J'irai partout où tu iras, répondit Daphné sans se soucier de l'immaturité de sa réponse. Et ne t'avise pas d'essayer de me laisser derrière toi pour aller vadrouiller Merlin sait où : Je peux être bien pire qu'une sangsue lorsque je le souhaite !
- Je ne me risquerai pas dans ce cas à attiser ta colère, ricana t-il avant de la relâcher.
Daphné desserra également son étreinte, et tout en reculant lentement de quelques pas, elle prit le temps d'admirer des pieds à la tête la silhouette enfermée dans son uniforme d'Harry, au grand embarras de celui-ci. Qu'allait-elle encore dire sur son apparence ?
- Merlin Gabriel ! s'exclama t-elle d'une voix enthousiaste. Tu me parais bien plus épais que la dernière fois que je t'ai vu ! Il semblerait que les premiers fruits de ton labeur puissent être déjà récoltés ! Je n'ose imaginer le corps d'apollon que tu auras lorsque tu seras bien plus âgé !
- Hé bien… Merci ? marmonna t-il gêné.
- Néanmoins, ajouta t-elle d'un ton beaucoup plus sombre en examinant son visage en détail, tu es pour le moins pâlichon. Manges-tu correctement et à ta convenance? La nourriture de ton école est-elle bonne ? Brrrr, rien que de penser à ces plats infects que l'on doit servir dans ces cuisines, j'en frémis d'horreur !
- Je vais bien maman, répondit-il avec amusement avant de se prendre un petit coup sur l'épaule. Aie ! Pour quelle raison ai-je mérité cela ?
- Pour t'être moqué de moi, rouspéta Daphné en se saisissant malgré tout de son bras en enroulant le sien autour. D'ailleurs pour la peine, vous me conduirez jusqu'à votre mère et sans discuter mon cher fiancé, décréta t-elle d'un ton pompeux.
- On ne peut rien vous refuser ma tendre fiancée, se contenta de répondre Harry en remettant sur le sommet de sa tête la toque tout récemment tombée par terre pour ensuite se diriger vers le tunnel menant à la cour intérieure du château.
Abandonnant là l'énorme boule de neige de Daphné qui pourrait leur resservir pour d'autres circonstances, tout les deux entamèrent leur petite marche bras dessus bras dessous dans une atmosphère très conviviale et enjouée par les réjouissances des retrouvailles. Leur petite promenade fut d'ailleurs pour Harry un brusque rappel de la capacité de sa fiancée à pouvoir parler longuement sans s'arrêter un seul instant, et surtout qu'il était difficile pour lui de pouvoir placer un mot dans ces moments là. Néanmoins, il ne le lui fit pas remarquer, bien heureux au contraire de pouvoir retrouver ces petites scènes dont il était depuis longtemps accoutumé et qui définissaient peut-être pour l'avenir la vie de couple qu'il aurait avec elle. Sa future épouse était un vrai moulin à paroles, et même l'éducation pour le moins stricte qu'elle suivait maintenant depuis quelques années n'avait pu remédier à cela, mais dans un sens, cela pouvait lui être bénéfique dans la mesure où il n'était à l'inverse pas une personne très communicative : Au moins Daphné pourrait faire plus tard la conversation avec leurs invités.
- Pardonne ma curiosité mais… Serais-tu seule par hasard ? put-il malgré tout lui demander lorsqu'ils arrivèrent à proximité de la porte d'entrée. Mère doit déjà savoir que je suis revenu grâce à ses protections anti-intrusion, mais je suis étonné qu'elle ne soit pas venue m'accueillir en sachant pertinemment l'heure à laquelle j'arrivais. Tes parents nous ont également fait le plaisir de leur présence ?
- Non, seule Tory est ici, répondit-elle d'un ton peu chaleureux. J'aurais préféré passer davantage de temps seule en ta seule compagnie et loin des membres de ma famille jusqu'à noël, mais ma chère petite sœur a été conviée par ta tante à des leçons plus poussées en matière de savoir-vivre, notamment sur l'apprentissage de la danse baroque. Honnêtement je ne trouve pas cette danse très intéressante, mais je m'y plie également pour faire plaisir à ta famille…
- Pourtant, tu ne semblais pas très motivée pour apprendre les rudiments de la lourde fonction que sera la tienne plus tard, mais ma mère m'assure cependant dans ses lettres que tu apprends relativement vite. N'est-ce pas contradictoire ?
- Peut-être, concéda Daphné en haussant ses épaules. En attendant j'aimerais beaucoup rentrer pour ne pas attraper froid.
- Oh mais personne ne t'a forcé à mettre le nez dehors pour aller t'amuser dans la neige Daphné…
Un autre coup sur l'épaule lui intima silencieusement l'ordre de ne pas essayer à nouveau de franchir la ligne rouge qu'était celle des reproches et remarques désobligeantes, mais Harry se lassa de toute façon rapidement de ce petit jeu. Au lieu de ça, il entreprit d'ouvrir la porte d'entrée du château en servant par la même occasion de portier à sa fiancée.
Celle-ci accepta bien volontiers son aide, de même qu'elle le remercia pour l'aider à enlever et laisser sécher son manteau et ses autres vêtements d'hiver pour se retrouver à la merci du regard scrutateur et curieux d'Harry.
- Tu es ravissante, avoua t-il en la détaillant scrupuleusement. Te mettrais-tu à la mode des merveilleuses ? Le style antique te va à ravir !
- Tu as l'œil pour ce genre de choses on dirait, dit-elle en acquiesçant simplement, écartant par la même occasion les pans de sa robe pour mieux l'exposer. Maman a fait la connaissance d'un couturier très en vogue à Paris, un certain Louis Hyppolite Leroy, et elle est immédiatement tombée sous le charme de ses créations. Les robes à paniers sont bien jolies, mais très inconfortables contrairement à celle-ci qui me laisse une parfaite liberté de mouvement ! Même ta mère hésite à présent à s'en procurer !
- Il me tarde de voir cela alors, argua t-il en se promettant d'aller visiter cet Hyppolite avant le réveillon de noël pour fournir sa fiancée en vêtements.
Ses yeux se posèrent alors sur la salle faisant office d'accueil pour tous les nouveaux venus, et un léger sourire s'esquissa dès lors qu'il songea être enfin de retour chez lui. La simple atmosphère entourant le château avait déjà suffit à lui faire plaisir, mais pouvoir de nouveau admirer les multiples éléments du décor de l'une de cette propriété dans laquelle il avait grandi depuis quelques années maintenant lui apportait maintenant une sensation de bien être et de sécurité qu'il ne pensait pas connaître : Cet éloignement lui avait au moins fait comprendre à quel point cet endroit lui manquait, et quelque part au fond de lui, il regrettait presque de devoir de nouveau le quitter dès la fin de la trêve hivernale. Cependant, un détail attisa sa curiosité, et il entreprit aussitôt de s'enquérir auprès de Daphné.
- C'est étrange, le château semble si silencieux…, constata t-il en regardant curieusement les multiples couloirs et pièces se trouvant à la portée de sa vue. Les domestiques ne sont pas là ?
- La plupart ne sont pas venus, répondit-elle en l'entrainant vers l'escalier. Il n'y a que les résidents et quelques courageux qui ont bravé la neige et le mauvais temps pour venir s'atteler à leurs tâches, mais de toute façon ta mère leur a recommandé de ne pas s'épuiser à venir si leur périple s'avérait trop dangereux.
- Je vois…, dit-il avant qu'un soudain cri ne lui fasse tourner la tête.
Son origine fut rapidement trouvée, et c'est une montagne d'assiettes derrière laquelle se trouvait un homme qui descendait avec bien des difficultés les marches de l'escalier principal du château. L'homme avait le visage complètement obstrué par les couverts sales, et sa démarche était particulièrement incertaine au point qu'à plusieurs reprises il faillit rater une marche, mais ses ruminements et autres jurons en italien permirent à Harry de mettre une identité sur celui-ci.
- Bonjour Giuseppe, lança t-il alors que l'homme passait à côté d'eux sans même les avoir remarqué.
Pris par surprise, le cuisinier en chef de sa famille faillit tomber à la renverse, et c'est avec beaucoup d'adresse et quelques acrobaties qu'il parvint malgré tout à maintenant un certain équilibre à sa pile d'assiettes.
- Mio signore ! s'exclama Giuseppe en manquant de faire de nouveau tomber son fragile chargement. Mon dieu vous m'avez donné une peur bleue ! J'ai crû que j'allais faire une attaque !
Se tournant de 90°, le cuisinier du château put enfin poser ses yeux sur son seigneur, et tout comme Daphné quelques minutes plus tôt, il détailla également l'apparence de celui-ci en fronçant légèrement les sourcils lorsqu'il s'attarda sur son visage.
- Et la petite signorina ! À peine de retour que vous voila déjà réunis ! dit-il d'un ton taquin alors que Daphné rougissait à vu d'œil. Vous ne perdez pas de temps ! Hm… Je me disais bien que la nourriture de cette école n'allait certainement valoir la mienne! Ajouta t-il soudainement en scrutant attentivement le visage d'Harry. Vous êtes pâle à faire peur !
- Alors je m'attends à ce que vous nous prépariez un bon repas pour ce soir afin que je reprenne des forces pour les jours qui viennent !
-J'y compte moi signore! Alors avec les petites demoiselles, cela nous fera… huit couverts ! Il faut que je me dépêche !
Et sans plus attendre, Giuseppe les abandonna pour les cuisines, disparaissant derrière une porte y menant. Le calme se fit de nouveau, du moins jusqu'à ce qu'un grand bruit de vaisselles brisées ne se fasse entendre, rapidement suivi par un « Questo cacchio di scalino ! » qui eut le don de les faire tous les deux éclater de rire.
- Certaines choses ne changeront jamais ! gloussa Harry en ignorant le regard brièvement anxieux de sa fiancée.
Par chance, et contrairement à Daphné, il n'avait pas noté la petite erreur de Giuseppe sur le nombre de personnes dinant dans quelques heures entre ces murs, à moins qu'il crut qu'il puisse s'agir des Delacour, mais en tout cas il ne montra aucun signe pouvant le certifier. Au contraire, et comme Daphné le constata plus tard, il se contenta simplement de relancer la conversation entre eux en lui faisant remarquer qu'il se pourrait qu'un nouveau service de table soit à commander auprès des manufactures de Sèvres, mais surtout désireux d'en apprendre encore davantage sur ce qu'elle avait bien pu faire ces derniers mois. Daphné se proposa alors de le lui expliquer tout en l'invitant à la suivre vers la salle dans laquelle elle avait quitté plus tôt sa belle-famille, impatiente malgré elle de voir la réaction qu'aurait Harry lorsque ses yeux se poseraient sur sa mère, son parrain et surtout sur sa petite sœur Le changement était de taille, et si elle fut particulièrement surprise par la nouvelle apparence de Rosie, Harry lui risquait probablement de mettre quelques temps pour s'y remettre !
Toujours fut-il qu'elle profita de ces quelques minutes de tranquillité pour tenter de le préparer à cette rencontre en allégeant et égayant l'atmosphère du mieux qu'elle le pouvait en tentant même de temps à autre une petite boutade censée l'amuser. Mais à mesure qu'il progressait vers l'étage supérieur, elle fut incapable de pouvoir camoufler le bruit que l'on pouvait entendre de plus en plus distinctement au loin : Une musique pour le moins entrainante mais qu'Harry ne pensait jamais entendu chez sa propre mère résonnait à travers les murs du château et contrastait totalement de l'apparente atmosphère stricte et sérieuse qui était d'usage d'ordinaire. Un homme se trouvait d'ailleurs auprès de sa mère, et celle-ci s'il en croyait les claquements de mains qu'il entendait semblait fortement s'amuser, de même que les autres personnes se trouvant également auprès d'elle.
… Il est dans la Hollande
Les Hollandais l'ont pris.
« Que donneriez-vous, belle
Pour voir votre ami ? »
- Que diable se passe t-il ici ? s'enquit-il en regardant curieusement Daphné. Mère aurait-elle invité une troupe de musiciens ?
- Tu verras…, lui répondit-elle en souriant mystérieusement.
- Oh, je vois que l'on me cache des choses ! dit Harry alors que la musique se poursuivait. Bien, allons s'enquérir de cette curieuse chanson !
« Auprès de ma blonde
Qu'il fait bon, fait bon, fait bon.
Auprès de ma blonde
Qu'il fait bon dormir ! »
Arrivé à quelques mètres seulement de la porte du salon dans lequel était jouée cette curieuse musique, Harry put finalement mettre un nom sur la voix masculine qu'il pouvait entendre en la personne de son cocher, Antoine. Une seule personne jouait de la musique, et connaissant le talent de son serviteur pour le clavecin, il ne fut pas étonné de n'entendre que cet instrument. Il semblait évident que ce dernier s'était donné à cœur aujourd'hui d'animer l'immense château grâce à son répertoire de chansons populaires, et bien que généralement Marie-Louise préférait les airs des contemporains de son époque comme Mozart, Bach ou du tout récent artiste s'illustrant actuellement à Vienne, le jeune Ludwig Van Beethoven, elle devait apparemment s'être laissée aller à écouter ces musiques qui n'auraient certainement jamais la chance d'être un jour interprété dans l'une des cours européennes.
- Je pense qu'il est temps pour nous aussi de profiter des talents de musicien d'Antoine, argua t-il en se tournant vers Daphné qui hocha sa tête.
Au même moment, la musique se termina sous de multiples applaudissements et quelques cris joyeux poussés par de jeunes enfants. Astoria n'était pas la seule jeune fille à être présente s'il en croyait les deux voix distinctes qu'il entendait, mais Harry fut bien incapable de mettre une image sur l'autre. Curieux, et surtout désireux d'en savoir plus, il s'avança rapidement vers la porte pour avoir une meilleure vue du salon et par la même occasion de ses occupants.
La porte légèrement entrebâillée lui permit d'avoir une vue imprenable sur tous les occupants de la salle même si pour le moment, la plupart d'entre eux tournaient le dos à la porte. Marie-Louise fut facilement identifiable à sa chevelure généreuse et blanchâtre s'élevant au dessus de sa tête de même que sa tante qui arborait une coiffure similaire bien que légèrement plus volumineuse au niveau des épaules. Toutes les deux étaient assises sur un fauteuil au centre de la pièce et perpendiculairement à la porte ce qui lui permit de pouvoir les voir très facilement. Sa mère remarqua d'ailleurs sa présence dès qu'il passa sa tête, et tout en lui intimant le silence en posant discrètement son index sur ses lèvres pour ne pas perturber la discussion ayant lieu face à elle entre Antoine et les deux fillettes assises par terre, elle lui adressa un sourire particulièrement radieux qui lui fait agréablement plaisir à voir.
Ses yeux se posèrent ensuite sur les deux filles qu'il ne pouvait voir que de dos pour l'heure. La première était facilement reconnaissable à ses cheveux bruns lui tombant dans le dos ainsi qu'à sa petite voix aigue distinctive entre mille : Astoria. À côté d'elle se trouvait une petite fille du même âge mais qu'Harry n'avait encore jamais vu. Légèrement plus grande, l'inconnue possédait une abondante chevelure bouclée surmontée d'un petit ruban de soie et d'une couleur indescriptible oscillant entre le roux cendré et le châtain clair qui dévalait telle une cascade sur ses épaules. Son visage pour le moment légèrement de profil était fin et d'un teint blanchâtre éclatant et lui donnait l'air d'une poupée frappée par les rayons lumineux du soleil traversant les vitres des fenêtres. Ses traits étaient parfaitement dessinés, comme taillés par un sculpteur, et lui donnaient une apparence aristocratique facilement identifiable par la mise en valeur du maquillage sur eux. Sa posture était légèrement affalée mais maintenue par le corset qu'elle portait sous sa robe, mais ce qui surpris le plus Harry fut de voir un curieux ruban lui enserrant la taille et dont le bout était tenu par sa mère Lui-même avait eu à subir cet étrange procédé visant à lui apprendre à marcher d'un pas lent et rythmé, mais il ne parvenait pas à comprendre pourquoi Marie-Louise suivait le même principe sur cette parfaite étrangère. Était-ce la surprise tant rapportée dans ses lettres ? Si tel était le cas, la raison lui échappait pour le moment.
Deux autres personnes étaient également assises sur un canapé juste en face de lui, mais hormis leur dos et leur chevelure, il fut incapable de remarquer quoi que ce soit d'autre. L'une était semblait-il une femme s'il en jugeait par ses cheveux roux foncés et sa silhouette mince quand l'autre avec ses cheveux courts et sa veste était clairement un homme, mais il ne s'attarda pas davantage sur eux : Les présentations pouvaient attendre.
- Pardonnez-moi de vous interrompre Antoine mais je pense que nous avons un nouvel invité, lança Marie-Louise alors que celui-ci s'apprêtait après les multiples supplications des deux demoiselles à jouer un nouvel air. Il ne serait pas convenable d'écouter ces si amusantes balades derrière une porte, n'est-ce pas Gabriel ?
Toutes les têtes se tournèrent immédiatement vers l'entrée, mais Harry lui ne s'y était pas attardé, trop occupé à se présenter devant sa mère qu'il enserra immédiatement de ses bras.
- Qu'il est si bon de vous revoir mère, marmonna t-il en humant son délicieux parfum.
- Et qu'il est agréable de pouvoir vous sentir contre moi Gabriel…, dit-elle en le pressant fortement contre elle, sa main caressant distraitement ses cheveux. Vous m'avez fort manqué mon fils.
Harry en eut confirmation lorsqu'il se détacha d'elle lorsque son regard croisa les yeux brillants de sa mère. Celle-ci donnait l'impression d'être sur le point de fondre en larmes, mais la rigidité de son éducation et son parfait contrôle sur ses émotions lui permirent néanmoins de se garder d'afficher ce genre d'émotion en public. Au lieu de ça, elle le gratifia d'un sourire éblouissant auquel il répondit également avant de se tourner vers sa marraine qu'il accueillit de la même façon.
Ce fut une fois celle-ci faite qu'il daigna se tourner vers les invités de sa mère pour les saluer, et dès lors que ses yeux se posèrent sur le premier, Harry ne put s'empêcher d'haleter bruyamment à la vision de son parrain.
- Lu-Lunard ? dit-il en s'étonnant de la voir face à lui.
- Gabriel, se contenta de dire celui-ci en le regardant des pieds à la tête. Tu as vraiment fier allure dans cet uniforme !
Remus semblait aussi fatigué qu'à l'époque où il vivait encore en Angleterre, mais la dernière pleine lune était encore récente et cela pouvait expliquer les cernes sous ses yeux. Harry remarqua également qu'il semblait en meilleure forme qu'autrefois avec une apparence plus musculeuse, robuste, sans que l'on sache s'il avait gagné en muscle ou en graisse. Ses vêtements étaient également loin de ceux auxquels il avait habitué son filleul jusqu'alors, et s'il ne respirait pas la richesse et le luxe, le voir avec des habits neufs et distingués était malgré tout un changement qu'il fallait noter.
- Pour une surprise ! lança t-il en tendant la main à Remus qu'il serra fermement. Je ne m'attendais plus à te voir mon parrain ! Mais que fais-tu donc ici ?
- Ah ça, c'est une longue histoire que je te raconterai quand tu auras suffisamment de temps à m'accorder. Il parait que tu es un jeune homme très demandé maintenant !
- Pour l'être, je puis vous l'assurer, lui certifia Marie-Louise. Mon défunt mari n'avait pas autant de partenaires financiers et politiques que Gabriel au même âge, et avec les nombreux contacts que j'ai pu établir avec de nombreuses personnalités des cours européennes et au sein même de ce pays, ce jeune garçon sera un homme très occupé plus tard…
- Ne parlez pas de malheur mère…, souffla t-il de dépit. J'attrape d'horribles maux de tête rien qu'à la seule pensée des tâches qui m'attendent…
Quelques ricanements fusèrent, accompagnés d'une légère réprimande de sa mère pour le peu d'envie qu'il montrait pour ses futures fonctions, mais le silence se fit de nouveau quelques secondes plus tard lorsque Lunard choisit de s'écarter légèrement et qu'Harry eut sous les yeux Lily. Le monde sembla alors s'arrêter autour de lui. Les évènements ayant eu lieu quelques mois plus tôt au cours de l'été lui revinrent en mémoire, et si leur dernière réunion avait été quelque peu chaotique, il avait malgré tout toujours espéré pouvoir la revoir encore et essayer de lui faire comprendre sa volonté de rester ici. Mais la voir aujourd'hui face à lui, resplendissante et éblouissante de beauté lui fit réprimer durement les larmes de bonheur qui menaçaient de le submerger, et avant même qu'il ne s'en rende compte lui-même, il s'était déjà lancé contre elle dans une étreinte qui aurait pu aisément rivaliser avec celle donnée à son autre mère.
- Doucement Gabriel…, dit-elle tendrement. Je ne suis plus toute jeune…
- Que devrais-je dire pour ma part ? marmonna Marie-Louise en faisant glousser de nouveau les autres.
Mais Harry lui ne réagit pas, plongé dans son monde ou plutôt dans un monde où se trouvait celle qui lui avait donné naissance et pour qui il avait un incommensurable amour. Son parfum, la douceur de ses cheveux, sa silhouette fine et la fine caresse de ses mains dans ses cheveux… Tout lui avait jusqu'alors manqué, mais à présent, il avait l'impression de ne plus manquer de rien, comme si Lily avait su combler un vide qu'il n'avait lui-même pas soupçonné au fond de lui. Seule une question le taraudait encore, et c'est après de longues secondes se transformant en minutes qu'il daigna lui poser :
- Tu ne pars plus, n'est-ce pas ? demanda t-il avec espoir.
- Non, à moins que ton autre mère ne souhaite plus ma présence auprès d'elle, le rassura t-elle en regardant brièvement Marie-Louise qui lui confirma ses propos d'un hochement de tête.
- Mais… Et avec James… et Dumbledore… N'es-tu pas recherchée ? C'est ce qu'il me semblait avoir compris la dernière fois que tu es venue…
- Nous en parlerons plus tard si tu le veux bien. Nous avons tout notre temps maintenant pour rattraper le temps perdu, et je préfère d'abord que nous abordions des sujets plus gais, en particulier que tu me racontes en détail ta scolarité dans cette académie… Ta sœur ne cessait de vouloir de tes nouvelles, alors j'espère que tes récits seront croustillants de détails !
- Ma sœur ? répéta t-il avec étonnement. Rosie ? Mais… Où est-elle ? C'est étrange qu'elle ne soit pas là avec vo…
Ce fut alors qu'il comprit. Sa tête se tourna brusquement vers cette étrange inconnue, et en un rien de temps, il en déduisit qu'il ne pouvait que s'agir d'elle. Qu'elle avait changé ! Il fut sidéré maintenant de constater que l'ancienne Rosie avait subi des transformations pour le moins déconcertantes et qu'il fallait à présent l'examiner plus minutieusement pour lui trouver des similitudes avec l'ancienne image qu'il avait d'elle.
Celle-ci s'avança d'ailleurs vers lui, un sourire presque malicieux sur le visage. Harry la dévisagea de nouveau, trouvant chez elle quelques caractéristiques qu'il avait déjà rencontrées sur Marie-Louise et sur lui-même, mais s'il n'avait de son côté que ses yeux pour attester du lien familial qu'il avait avec Lily, Rosie elle possédait encore de nombreuses caractéristiques la liant à sa première maman. Les attributs de James eux avaient tout comme pour lui disparu, et le détail le plus significatif fur très certainement la forme et la couleur de ses yeux, La gorge soudainement sèche, il mit quelques secondes avant de pouvoir poser la question qui lui brulait les lèvres :
- Tu… Tu es R-Rosie ?
- Marie-Rose maintenant, répondit-elle dans un français à l'accent légèrement étranger mais dans l'ensemble convaincant. Tu as l'air surpris de me voir… Aurais-je quelque chose sur le visage pour autant te troubler ? Un bouton peut-être ? Ou une tâche ?
À côté d'elle, Astoria tentait de camoufler ses ricanements derrière sa main, mais en voyant la tête incrédule qu'affichait Harry, celle-ci partit rapidement dans un fou rire incontrôlable. Rosie elle-même avait du mal à cacher son amusement, mais contrairement à son amie elle opta pour une approche plus calme afin de profiter au mieux de la réaction de son frère. Ses orbes bleutées scrutaient avidement le visage d'Harry, attendant que celui-ci se décide à sortir de sa torpeur pour fêter dignement ces retrouvailles, mais à la surprise générale, Harry l'engloutit bientôt dans une étreinte à lui briser les os, la tête appuyée sur la sienne tandis qu'il l'enserrait fortement.
- Tu as été adopté toi aussi ? marmonna t-il bien qu'il se doutait déjà de la réponse.
- Oui…, dit-elle en souriant. J'ai… J'ai quelque peu forcé les choses, mais mère a compris que je souhaitais absolument être ta sœur…
- Mais tu étais déjà ma sœur…
- Oui, mais nous n'avions plus le même sang, et je n'avais plus cette impression d'être de la même famille que toi…
La véritable raison pouvait attendre, mais Rosie jugea bon de ne pas lui révéler pour le moment que cette adoption fut avant tout organisée pour lui sauver la vie. Ayant eu vent des prouesses de son frère, James risquait les pires tourments qui soient, mais cela pouvait également mettre en danger la vie de son frère, et ça elle ne le souhaitait pas : Maintenant qu'elle l'avait retrouvé, elle était bien décidée à le garder auprès d'elle, quoi qu'il en coute.
- Alors c'est donc cette surprise que vous me narriez tant dans vos lettres ? demanda Harry sans la lâcher.
Marie-Louise hocha positivement sa tête, et Harry la remercia chaleureusement d'un sourire plein de reconnaissance tandis qu'il resserrait son étreinte envers sa sœur, la tête sur son épaule.
- C'est une très belle surprise dans ce cas, marmonna t-il d'un ton doux. Probablement la plus belle de toutes…
A/N : Donc voilà ! Les retrouvailles sont finalement faites ! Pour être honnête, j'ai un peu l'impression de les avoir expédié, mais étant donné que le chapitre fait presque 17000 mots, je n'allais pas m'amuser à en rajouter encore énormément.
Donc que de surprises n'est-ce pas ? Harry disciple de Pajol, Jules qui est en fait Juliette, toute la famille réunie... à voir maintenant ce qu'il adviendra de tous les personnages !
Pour la petite note informative : Par rapport à ce que dit Harry sur les révolutionnaires et notamment les jacobins : En fait c'est plutôt mon avis personnel et désolé si ça en froisse certains, mais quand on se penche de plus près sur la biographie de tous les "héros" de la révolution (Danton, Marat, Robespierre, Desmoulins...), on constate qu'ils sont en vérité de sacrés rigolos dans leur genre. Marat est d'ailleurs selon moi la parfaite caricature de l'anarchiste (appel au meurtre et à la violence, encourage les massacres de septembre 1792 (dont Marie-Louise sera l'une des victimes soit dit en passant) vote sans état d'âme la mort du roi etc...) ou encore Robespierre qui instaurera le régime appelé familièrement "la terreur" et qui verra des centaines de milliers de français mourir sous les balles car opposés au régime issu de la révolution quand ils ne sont pas tout simplement guillotinés. Grâce à mes études actuelles, j'ai eu une nouvelle vision de cette époque pas franchement glorieuse, mais au moins qui aura éclairci certains points que j'ignorais (vous faire un cours sur l'époque de Louis XVI et la révolution prendrait malheureusement trop de temps ^^).
Quant à l'Egypte, Champollion est encore un peu trop jeune pour s'y intéresser sérieusement, d'où le fait que je fait mention de ce "Lenoir" qui malheureusement pour lui ne parviendra jamais à traduire les hiéroglyphes (qui commenceront à l'être en 1821).
J'ai l'intention de faire apparaître les généraux dont je fais mention dans le chapitre, surtout Murat : Après tout, quoi de mieux lors d'une bataille que d'avoir déjà un aperçu de ses héros, et Joachim Murat en est un ! Je suis justement en train d'aborder les guerres napoléoniennes en cours "d'histoire contemporaine" et "guerre et diplomatie", alors j'espère que mes profs me donneront quelques petits détails à vous faire partager !
Quant à la musique, en fait j'ai écouté il y a quelques semaines des musiques populaires d'époque, et honnêtement... Elles sont pas mal ^^. J'ai bien aimé celle-ci d'ailleurs (n'y voyez pas une allusion au président français... Quoique).
Le prochain chapitre devrait arriver rapidement... Non je ne plaisante pas ! Il fait déjà 7 000 mots et ne devrait pas excéder les 10 000. Après celui-là, il y aura une ellipse de deux ans pour enfin envoyer Daphné à Beauxbâtons. Quant à Rosie... Vous pourriez être également surpris par son évolution... Ahah je n'en dis pas plus !
à bientôt !
PS : Je n'ai pas vérifié encore, mais j'ai la drôle d'impression que la dernière phrase du chapitre est la même qu'un chapitre antérieur... Enfin j'ai dans l'idée que j'aurais terminé un chapitre de la même façon ^^. Désolé si c'est le cas !
