Salut à tous ! Tout d'abord, un joyeux noël... Heu non c'est trop tard... Une bonne année ? Trop tôt... Hm disons un joyeux 31 décembre !

J'espère que vous avez passé un excellent réveillon ?! Personnellement j'ai surtout apprécié mes cadeaux (Je n'ai eu quasiment que des livres, mais contrairement à la plupart ça m'a fait vraiment plaisir, surtout qu'ils concernent tous mes études xD : Je suis maintenant paré pour mes examens de Janvier !).

Comme promis, ce chapitre aura mis beaucoup moins de temps à paraître que les précédents (un mois quand même), mais il était déjà en grande partie commencé lorsque j'ai posté le précédent. Par ailleurs, vous remarquerez qu'il est beaucoup moins long : Seulement 10 077 mots ! J'ai comme eu l'impression que les gros chapitres vous débectent car le dernier n'a pas été énormément commenté, alors on va retourner à des chapitres plus digestes si j'ose dire...

Encore merci en tout cas aux personnes ayant laissé une review, j'y répondrai très rapidement (entre deux révisions). Je vous demanderai également votre participation à la fin du chapitre car j'ai besoin de votre aide pour un petit passage de mon histoire qui se déroulera dans quelques chapitres (3/4 grand maxi) et sur lequel je sèche complètement : Vous constaterez par vous mêmes qu'il n'y a vraiment pas de quoi galérer, mais je sèche complètement sur ce sujet.

Black Jo : Merci pour ton commentaire ! Hm ton dessin animé, ne serait-il pas "Lady Oscar" par hasard ? Si tel est le cas, alors non il ne m'a pas du tout inspiré ! D'ailleurs je pense n'avoir jamais regardé un seul épisode... Mais Juliette suivra un peu le même cheminement : Une fille se sentant davantage garçon et qui évolue dans un univers masculin.

Polskabi : Merci pour ton commentaire ! Effectivement, et les surprises ne vont pas s'arrêter là ^^.

Yuri-girl : À ce point là ? Bah ravi d'être le rayon de soleil illuminant ta vie alors xD.

Alors maintenant concernant ce chapitre : Je ne sais plus si je vous l'avais dit, mais je me recentre sur Dumbledore ! Vous verrez notamment les suites de son procès (désolé pour ceux qui l'espéraient, mais j'avais dans l'idée que refaire un chapitre entier sur le verdict de celui-ci aurait donné une impression de déjà-vu) ainsi que ce qu'il se passe pour les deux oubliés de la famille Potter (Si on peut encore appeler ça une famille ; Le titre en lui-même est déjà suffisamment explicite).

J'espère qu'il vous plaira en tout cas ! Bonne lecture !


La neige tombait à présent drue sur le paysage anglais comme il était courant en cette saison, et si un malheureux essayait de braver la tempête qui s'était abattue sur le pays depuis des jours maintenant, il y avait peu de chance qu'il puisse trouver son chemin à travers le blizzard constant qui enserrait la poitrine et glaçait le sang des rares individus ayant l'audace de s'y mesurer. Hormis le bruit du vent froid parcourant les landes alentours et s'invitant entre les branches dénudées des nombreux arbres de la région, rien d'autre ne pouvait être entendu à des kilomètres à la ronde, pas même le plus petit bruit signalant que malgré le temps hostile, la vie perdurait malgré tout et continuait à s'écouler plus ou moins tranquillement. Nottinghamshire ne faisait pas exception à la règle, mais pourtant un homme s'y risqua, troublant le calme relatif d'un « pop » assourdissant qui se répéta en écho sur les vallées jalonnées de sentiers environnantes.

Emmitouflé dans une épaisse cape sombre le recouvrant des pieds à la tête, son visage pour l'heure dissimulé sous une hotte ne laissait rien d'autre apparaître qu'une longue barbe blanche lui tombant jusqu'à la taille, mais une aura négative se dégageait de lui à la seconde même où ses pieds se posèrent sur la neige. La poudreuse semblait d'ailleurs tourner autour de lui sans le toucher, comme si un champ de force le protégeait des minuscules flocons, à moins que ce ne soit l'œuvre de la mauvaise humeur ambiante et perceptible près de lui qui les faisait fondre avant même de toucher le sol.

L'homme resta quelques instants immobile à scruter le joli manoir se dessinant à quelques dizaines de mètres de lui, hypnotisé peut-être par la vision champêtre de cette petite partie reculée du Royaume-Uni, puis sans demander son reste, il s'en approcha d'un pas décidé, indifférent au vent qui venait soudainement de se lever et qui avait fait tomber son capuchon. Les longs cheveux et la barbe à présent balayés par le blizzard, la silhouette légèrement voûtée par le temps et l'âge, les verres de ses lunettes en demi-lune embués et la vision devenue trouble, Dumbledore se frayait malgré tout un chemin jusqu'à la barrière délimitant le petit domaine qu'il souhaitait visiter, et surtout rendre une petite visite aux deux personnes vivants encore dans cette jolie bâtisse.

Sa venue était pourtant loin d'être une visite de courtoisie, totalement imprévue à vrai dire, et le regard qu'il affichait tandis qu'il s'aventurait au beau milieu de la neige aurait pu suffire à la faire fondre : Froid, crispé, sans la moindre once de sympathie ou de bonhomie comme il était d'ordinaire courant de le voir, le directeur de Poudlard ne faisait absolument aucun effort pour masquer la colère qui était depuis quelques semaines venue se loger en lui pour ne plus le quitter. Son travail s'en ressentait fortement, et il était devenu rare de voir Dumbledore partager les repas en compagnie des élèves ou discuter avec eux ou l'équipe éducative de Poudlard des derniers évènements de l'école. Même les réunions avec le personnel avaient été reportées, mais personne n'avait jugé bon de lui indiquer qu'à trop vouloir décaler ces entrevues, Dumbledore prenait le risque de voir son bureau ployer sous le poids des tâches administratives à remplir.

Après tout, tout le monde était maintenant au courant de toutes ses petites manigances à l'encontre de la famille Potter et plus généralement des diverses délits qu'il avait commis pour cacher aux yeux de tous les méfaits qu'il avait accomplis. La relation qu'il entretenait par conséquent avec les autres professeurs et employés de Poudlard était devenue trouble pour ne pas dire exécrable, de même qu'il devait à présent sentir les regards soupçonneux et à quelques occasions moqueurs des élèves qu'il croisait dans les couloirs de l'école. Et tout cela en seulement trois semaines et quelques jours. Il avait depuis longtemps abandonné le décompte précis des heures qui le séparait maintenant de l'audience du Magenmagot ayant détruit intégralement l'image publique qu'il avait, mais le simple souvenir de cette funeste journée suffisait à faire jaillir des sentiments que l'on n'aurait jamais cru voir apparaître chez un homme comme lui. Il n'était d'ailleurs pas rare qu'il en vienne à passer ses nerfs sur les objets pourtant précieux de son bureau quand ce n'était tout bonnement pas sur l'un des portraits des anciens directeurs de Poudlard. De toute façon cela faisait bien longtemps qu'il avait perdu leur respect, et il n'était plus à ça près pour se les mettre complètement à dos.

Mais ce qu'il avait jusqu'à présent ignoré était de savoir comment James et Matthew avaient justement perçu cette triste affaire et les retombées qu'elle avait eues sur eux et leur petite vie de famille. En vérité, depuis l'audience, Dumbledore n'avait revu qu'une seule fois James et ce fut très brièvement dans le hall du ministère de la magie. Ce jour-là, James avait semblé préoccupé, les yeux voilés comme si pour la première fois de sa vie il semblait prendre conscience du poids de ses actes et des répercussions qu'il pouvait avoir sur son quotidien. James l'avait également repéré, mais contrairement à son habitude, il n'avait fait que passer près de lui sans réagir, ne s'arrêtant même pas pour le saluer ou lui demander des nouvelles. Au contraire, il l'avait royalement évité.

« Je n'ai pas le temps… » avait-il simplement dit en passant à côté de lui sans le regarder alors que Dumbledore s'apprêtait à l'interpeller.

Son comportement l'avait particulièrement troublé, et si la perplexité avait au départ était le sentiment dominant chez lui, Dumbledore avait rapidement commencé à avoir des craintes sur cette nouvelle facette de leur relation. Le directeur de Poudlard avait espéré qu'il n'en vienne pas à reconsidérer son soutien envers la cause qu'il défendait, de même qu'il priait intérieurement pour que James continue à croire en lui et à ses principes, quitte à une nouvelle fois dépasser les limites du tolérable dans les manœuvres utilisées pour parvenir à ses fins. Le soutien de James était crucial pour lui, mais c'était surtout une question d'argent : Bien qu'ayant dépensé une partie importante de sa fortune dans des banalités insignifiantes depuis son nouveau statut de chef de la maison Potter, le père de Matthew possédait encore une richesse importante que Dumbledore entendait bien continuer à utiliser.

Mais plus important encore que l'argent du père et sa fidélité était l'état dans lequel se trouvait le fils. Si Matthew suivait comme à son habitude son père dans tout ce qu'il entreprenait et calquait sa personnalité sur celle de James, alors le pire était à craindre. Les derniers mois avaient déjà été particulièrement éprouvants pour lui, et son caractère en avait pâti. Du garçon certes égocentrique et vantard, désagréable à souhait et odieux envers les autres, Matthew était devenu un petit garçon effacé et silencieux, se contentant de montrer des signes de vie lorsque l'on s'intéressait à lui. Le reste du temps, il restait dans sa chambre sans que personne ne sache ce qu'il en était. Le départ de sa mère avait été comme James l'avait dit terrible pour lui, et un probable sentiment de culpabilité avait vu le jour ainsi qu'une remise en cause de son comportement envers elle et envers le reste de sa famille.

Dumbledore avait bien tenté de lui faire avouer ce qui le tracassait depuis si longtemps, mais son protégé s'enfermait obstinément dans un mutisme qui avait le don au final de l'agacer encore davantage que s'il lui avouait ses petits tracas d'enfant de neuf ans. Aussi son état ne s'arrangea nullement malgré les mois s'écoulant, et l'audience n'avait probablement fait que confirmer à Matthew qu'il n'avait pas vécu dans un environnement stable ces derniers temps et qu'une profonde remise en cause s'imposait. Et si tel était le cas, alors Dumbledore risquait d'avoir sous le bras un élève beaucoup moins prompt à le suivre dans tout ce qu'il souhaitait entreprendre, de même que sa formation pour lutter efficacement contre Voldemort n'allait certainement pas se passer aussi bien que jusqu'à présent.

Autrement dit, Dumbledore était dans de beaux draps, et si comme il se l'imaginait Voldemort dès son retour s'attaquait à sa cible prioritaire, soit celui qui l'avait mis hors d'état de nuire durant de longues années en portant un sérieux coup au moral des nombreuses personnes voyant en lui un sauveur, alors il fallait redoubler d'effort pour lui présenter ce jour-là un jeune homme suffisamment puissant pour définitivement le vaincre. L'avenir en dépendait, et surtout son avenir personnel en dépendait, car peu importait l'issue finale de ce combat : à la fin il ne pouvait y avoir qu'un seul vainqueur, lui.

- Voila pourquoi je dois maintenant aller m'enquérir des états d'âme d'un gosse, maugréa t-il d'une voix mauvaise en poussant la porte de la cour du manoir. J'espère que cette visite ne s'avérera pas inutile…

Ses pensées dérivèrent alors sur les derniers événements en date, et comme à chaque fois, Dumbledore crut sentir la même douleur qu'un poignard en plein cœur lui perforant la poitrine. Difficile en effet de ne pas repenser à la dernière réunion du magenmagot au cours de laquelle il put enfin connaître l'issue du procès que l'on avait intenté contre lui sans ressentir pour l'ensemble de cette assemblée une profonde aversion et un sentiment cuisant de trahison. Comment avait-il pu oser le condamner !? Lui, le vénérable mage, pourfendeur de Grindelwald et combattant acharné de Voldemort ? N'avait-il pas permis de sauver la communauté magique des ténèbres ces cinquante dernières années ? N'avait-il pas permis aux sorciers et sorcières de poursuivre leurs petites vies paisibles par ces démarches visant à une paix durable et certaine ? Où était donc leur reconnaissance à présent ?! Tant de questions qu'il se posait, et une seule réponse lui venait en tête à chaque fois : Ce ne sont que des ingrats. Quant à leurs retombées, il avait encore une boule à la gorge rien qu'en repensant au sourire narquois de Cornelius à l'énonciation de toutes ses condamnations.

La réunion du magenmagot, qui pouvait être aujourd'hui davantage comparée à un déballage public de ses derniers déboires et que Dumbledore qualifiait bien volontiers de «pugilat injustifié», avait en effet été catastrophique pour lui tant sur le plan personnel que sur les aspects politiques et sociaux de sa position pourtant si dominante sur la communauté magique. Rien ne lui avait été épargné, et si aujourd'hui son nom était entaché par ces scandales sur tous les journaux du pays, Dumbledore était malgré tout satisfait sur un point : Personne ne savait sur son rituel à l'encontre de Rosie, de même que les multiples sortilèges de soumission et d'hypnose utilisés sur les personnes de son entourage comme Sirius et Severus ne furent pas portés à la connaissance de ses accusateurs et toutes ses actions illégales et antérieures à la naissance même de Matthew. Les condamnations qu'il eut par la suite lui épargnèrent au final un séjour plus ou moins prolongé à Azkaban.

Néanmoins, sa place de président honorifique du magenmagot lui avait été retiré, ses collaborateurs jugeant inconcevable de voir un homme condamné dans les plus hautes sphères du gouvernement, et sa présence était à présent non désirée au sein des quatre murs de cette assemblée, ce qui lui posait d'énormes problèmes sur l'influence qui était la sienne lors des prochains votes. Il fut également condamné à de lourdes amendes pour ses nombreux écarts, et si James serait, après avoir une nouvelle réussi à lui retourner le cerveau, disposé à payer une partie de celles-ci en puisant dans ses propres ressources, Dumbledore se chargea d'en payer une petite partie en puisant directement et sans le consentement des principaux concernés dans les caisses de Poudlard : Un non paiement dans les délais fixés par le ministre et son gouvernement lui aurait assuré une entrée rapide dans la terrible prison des sorciers, et Dumbledore préférait encore s'adonner au détournement de fonds qu'à y séjourner.

« Je suis le seul rempart actuel contre Voldemort, par conséquent il est tout à fait justifié que j'assure la sécurité de mes étudiants et de leurs proches en me défaussant par tous les moyens de cette dette… C'est pour le plus grand bien après tout, et il serait très compliqué pour moi d'agir contre Voldemort et ses suiveurs en restant enfermé dans un cellule » fut le raisonnement tout trouvé pour s'auto-persuader d'agir dans l'intérêt de tous.

Etre directeur d'une école, à quand bien même soit-elle prestigieuse comme l'était Poudlard, ne permettait malgré tout pas de pouvoir vivre sans se soucier de ses prochaines dépenses, mais personne ne s'étonna de la rapidité avec laquelle Dumbledore se débarrassa de la plupart des dettes qui pesaient sur lui, croyant peut-être et surtout à tort que le vieux directeur possédait une fortune conséquente. Sa fortune était en vérité dérisoire, et si son poste à Poudlard était plutôt bien rémunéré, les apports financiers de James au sein de l'ordre du phœnix dans lesquels il s'était de temps à autre servi ne lui donnaient pas non plus le train de vie d'un prince, loin de là. L'argent de l'école fut pour lui une aubaine qu'il ne laissa pas échapper, et il se pourrait en définitif que personne ne sache jamais qu'une partie importante de ses réserves avait été utilisée sans le moindre état d'âme par un homme ne cherchant là que son salut personnel.

D'autres sanctions tombèrent sur lui, et comme le mystère entourant la disparition de Lily ne cessait de s'épaissir malgré les nombreux interrogatoires ayant eu lieu, les doutes sur sa culpabilité et celle de James s'intensifiaient également. Il en avait fallu peu pour que tous les deux ne se retrouvent à Azkaban, et au fond de lui il s'étonnait encore de ne pas y être allé. Le crime était on ne peut plus parfait lorsqu'il y pensait : Pas de corps, pas de témoin, pas de mobiles… Encore faudrait-il qu'il y ait eu crime d'une part, et d'une autre, que les minables explications de James n'aient pas autant troublé les membres du magenmagot. Si seulement celui-ci s'était tut, la possibilité que leurs accusateurs penchent vers la disparition volontaire n'aurait été que plus grande encore !

Au lieu de ça, la communauté magique était maintenant persuadée que quelque chose de louche s'était passé à l'intérieur du manoir Potter et que Dumbledore comme James cachaient de très lourds secrets qu'ils n'étaient pas disposés à confier. Leur salut ne fut possible qu'à l'impossibilité des accusateurs de pouvoir employer le veritaserum sur eux, mais la contrepartie était maintenant ce statut de « persona non grata » qui leur collerait à la peau pour longtemps. Restait à savoir maintenant comment James avait accueilli ce verdict, et surtout qu'elle était son ressenti à présent sur la politique à suivre concernant leur collaboration. C'était en tout cas ce qu'appréhendait légèrement Dumbledore alors qu'il arrivait maintenant sur le perron du manoir, et après un fort soupir, il se décida à faire connaître rapidement sa présence auprès de lui.

Trois coups sur la porte suffirent à se faire entendre, car ce fut sur un James Potter pour le moins fatigué que celle-ci s'ouvrit quelques secondes plus tard. Les traits tirés et les cheveux encore plus indisciplinés que d'ordinaire, il ne semblait pas avoir beaucoup dormi ces derniers jours, à moins que ce ne soit l'alcool qu'il ingurgitait si l'on en croyait le verre qu'il avait dans la main qui l'avait rendu ainsi. Dumbledore nota également que contrairement à son habitude, James n'avait pas l'air vraiment ravi de le voir, et si d'ordinaire il l'accueillait chaleureusement en l'invitant à entrer dès qu'il posait les yeux sur lui, aujourd'hui il en était tout autre et ce fut après de longues secondes à se regarder dans le blanc des yeux qu'il consentit à se décaler légèrement pour le laisser entrer.

La première chose qui frappa Dumbledore en pénétrant à l'intérieur fut l'atmosphère pesante du manoir, comme si personne n'avait aéré les différentes pièces depuis des jours en laissant à l'inverse la cheminée répandre sa chaleur dans les moindres recoins du logement. Les rideaux des fenêtres avaient été presque tous tirés, rendant si c'était encore davantage possible l'ambiance inquiétante pour la santé mentale des deux personnes vivant ici, et comme il le constata en pénétrant dans le salon, James avait apparemment bu presque toutes les bouteilles de vin, de rhum, d'hydromel ou encore de vodka, pourtant considérée jusqu'à présent comme un médicament à consommer avec précaution, de son manoir.

- Asseyez-vous, grommela t-il d'ailleurs en lui désignant d'un geste de la tête l'un des fauteuils.

Dumbledore ne se fit pas prier, mais hésita sur la démarche à suivre pour la suite. Devait-il saouler encore davantage James afin que ce dernier dans son état d'ébriété lui dévoile absolument tout ce qui le tracassait ou devait-il à l'inverse tenter de modérer sa consommation d'alcool en lui proposant un breuvage moins risqué ? Le mieux aurait été de prendre la seconde solution, surtout pour l'équilibre et la sécurité du jeune garçon qui vivait encore ici, mais James ne lui laissa pas le temps de sortir sa baguette pour faire apparaître un jus quelconque car ce dernier parvint à trouver au beau milieu des bouteilles vides un fond de liquide rougeâtre qu'il s'empressa de vider dans son verre. Un sourire parcourut immédiatement son visage lorsqu'il en but le contenu, mais celui-ci disparu dès lors qu'il se remémora la triste situation dans laquelle il se trouvait.

- James, vous savez que ce n'est pas bon pour vous de boire autant, essaya Dumbledore en faisant disparaître d'un coup de baguette l'ensemble des bouteilles se trouvant à proximité.

- Peut-être, mais c'est le seul remède que je trouve pour me faire oublier pour un moment ce qui se passe actuellement, maugréa t-il en fixant furieusement un point imaginaire au dessus de la cheminée. Et quant à vos gentils petits conseils sur ce que je fais dans ma maison, il est inutile de vous dire qu'à présent je les appliquerai avec beaucoup moins d'empressement que par le passé. Après tout si nous en sommes là, c'est en partie par votre faute, et ça moi-même je ne peux le nier.

Directeur et ancien élève se regardaient à présent dans les yeux, démarrant par là une bataille silencieuse pour déterminer celui qui prendrait le dessus sur l'autre et lui ferait avouer son rôle déterminant dans les fâcheux événements en cours. Dumbledore fut pour le moins chamboulé par ce revirement, et s'il avait toujours pensé que James lui apporterait un soutien indéfectible quelque soit la situation qu'ils traversaient ensemble ou individuellement, voir celui qu'il considérait davantage comme un portefeuille sur deux jambes que comme un ami le défier et défier son autorité lui donna bien involontairement un frisson lui parcourant le dos. L'alcool y était peut-être pour quelque chose dans cette pâle tentative de rébellion, mais celui-ci faisait comme tout le monde le savait ressortir les pensées les plus profondes et les plus sombres d'une personne, celles que l'on garde généralement enfouies en nous et que l'on ne ressort qu'en de rares circonstances. Ainsi donc James avait désormais une opinion plutôt mauvaise de lui, et si le fils suivait comme à son habitude les états d'âme de son père, alors Dumbledore craignait d'avoir en plus de ses problèmes actuels la défection de plus en plus probable des deux plus importantes pièces de son jeu. Aussi se décida t-il rapidement à aller dans le sens que semblait lui indiquer cette situation, celui qui pourrait probablement lui permettre de limiter la casse et de garder ses atouts auprès de lui : La carte de la faiblesse.

- Peut-être, concéda t-il finalement en prenant l'air malheureux. Je n'ai pas tenu compte de certains critères dans les choix que j'ai pris par le passé, et des choses aussi dérisoires que le furent vos deux autres enfants et votre femme auront été finalement les principaux facteurs expliquant nos échecs. Sachez James que je ne referai pas les mêmes erreurs à l'avenir, et vous ainsi que Matthew restez mon sujet de préoccupation principal pour les années qui viennent. Il ne faudrait après tout pas oublier que notre objectif reste avant tout de préparer votre fils à la réapparition de Voldemort et de la guerre qui se profile à l'horizon, et pour cela il faut nous mettre dans les meilleures dispositions pour rivaliser contre lui. Cela implique bien évidemment de pouvoir en temps venu rallier à notre cause toutes les forces de notre pays, qu'elles soient physiques ou politiques.

- Mais comment voulez-vous arriver un tel résultat !? insista James en se levant d'un bond. Plus personne ne nous fait confiance désormais ! Je ne pourrais même pas demander à une seule personne au ministère de bien vouloir me prêter ne serait-ce qu'une feuille de parchemin !

- Vous verrez qu'en temps voulu, les gens sont beaucoup plus faciles à manipuler une fois leur attention relâchée, lui indiqua Dumbledore en faisant fit du fait que James lui-même n'était plus qu'une marionnette pour lui.

- Je l'espère sincèrement, maugréa t-il en regardant furtivement le tableau représentant Lily, déchiré et abîmé en plusieurs endroits après avoir fait les frais de ses sautes d'humeur. Oh, pardonnez-moi, j'en ai oublié mes devoirs d'hôte… Voulez-vous quelque chose à boire ?

- Ce ne sera pas la peine de vous déplacer James, répondit-il en faisant lui-même apparaître deux verres et une bouteille contenant une boisson d'une couleur ambrée. Je pense que vous-même devriez boire quelque chose de plus... sain pour votre équilibre.

Ne se faisant pas prier deux fois, James déboucha aussitôt la bouteille et entreprit de servir son ancien directeur ainsi que lui, débordant de temps à autre sur la table du fait des effets secondaires des breuvages qu'il avait déjà absorbés auparavant. Tous les deux restèrent quelques secondes silencieux, oubliant pour un moment la présence de l'autre tandis qu'ils profitaient de la chaleur dégagée par le feu de cheminée que James venait de raviver.

- Je n'arrive pas à croire que tout le monde sait à présent que Lily est partie ! fulmina t-il soudainement en serrant tellement son verre que des fissures commençaient déjà à apparaître sur celui-ci. Tout est fichu maintenant ! Notre renommée, notre célébrité, l'influence de notre seul nom sur les gens… Absolument tout ! Notre image aux yeux du public est complètement fichue après ça !

- Ce qui m'intéresse davantage serait de savoir qui est le mystérieux corbeau ayant informé le ministre de la disparition de votre femme et des moyens employés pour cacher cela, indiqua Dumbledore d'une voix tout à fait calme bien qu'intérieurement, il était tout aussi en colère que l'homme face à lui.

- C'est bien là le problème : Très peu de gens le savaient, et ceux qui ont été mis dans la confidence pourraient se compter sur les doigts d'une seule main !

- C'est là que vous faites erreur James : Le nombre des suspects est bien plus conséquent que vous ne pouvez le supposer.

- Que voulez-vous dire ? J'ai pourtant fait comme vous me l'aviez demandé : Je n'ai informé que Sirius du départ de Lily pour que nous puissions réfléchir à la meilleure solution possible…

Dumbledore doutait encore que Sirius soit la personne la plus sensée à contacter pour ce genre de problème, et par ailleurs, le considérer comme un individu suffisamment intelligent pour penser à cacher une disparition était risible, mais il réprima l'envie de rire ouvertement de la bêtise de James. Au lieu de ça, il se contenta de reposer calmement le verre de jus de citrouille qu'il avait consommé sur la table devant lui pour ensuite croiser les mains sur son ventre, dardant par la même occasion un regard parfaitement stoïque sur le père de Matthew.

- Oui, Sirius était au courant, et je suis persuadé qu'étant donné vos liens, il préférerait mourir plutôt que de trahir votre confiance James. J'ai également été mis au courant par vous-même de cette triste affaire, et Matthew l'a été d'une bien triste manière aussi. En ajoutant à l'addition Severus, nous en arrivons à cinq personnes mises sous la confidence…

- C'est Rogue ! le coupa James d'un ton victorieux. J'aurais dû m'en douter ! Ce sale serpent ne perdrait pas une occasion pour me faire un coup tordu et…

- ça ne peut pas être Severus, le corrigea Dumbledore. J'ai placé sur lui un sortilège de contrainte qui l'empêche de pouvoir directement communiquer avec une personne les secrets que je partage avec lui à moins que cette personne n'ouvre le sujet par elle-même par le biais d'un mot-clef. Ainsi, Severus peut tout à loisir discuter avec moi d'un sujet si je le mets sur le tapis sans que j'ai a constamment lui enlever ce sort. Il aurait fallu que quelqu'un lui parle de la disparition de Lily pour qu'il puisse en discuter avec lui, mais comme je l'ai énuméré précédemment, les seules personnes au courant ne se donneraient pas la peine d'en parler avec lui en public.

- D'accord… Mais alors qui cela peut-il être ?

- Les principaux concernés voyons, répondit le directeur.

- Vous… Vous voulez dire Lily ou l'un de ses enfants ? lui demanda James en fronçant ses sourcils.

- Peut-être même les trois, supposa t-il en soupirant, ne s'arrêtant même pas sur le fait que James n'avait pas employé le mot « nos » pour désigner les deux autres enfants qu'il avait eus avec son épouse. Il est difficile de savoir à l'heure qu'elle est l'identité de notre petite fouine, mais je pense ne pas me tromper en suggérant qu'elle doit être très proche de votre femme si ce n'est pas tout simplement elle.

- La garce…, maugréa t-il en reposant brutalement son verre à moitié vide sur la table.

Tout son contenu se déversa sur celle-ci, et deux gouttes allèrent même jusqu'à venir se coller sur la joue émacié du directeur de Poudlard sans que les deux hommes n'y prêtent réellement un grand intérêt. Au lieu de ça, James préféra reporter son attention sur la neige qui s'abattait avec plus de vigueur dehors et dont il pouvait clairement voir les flocons venir mourir sur les carreaux de ses fenêtres.

- Nous pouvons supposer qu'elle ait fait cela pour se venger de notre tentative de récupération de la dernière fois, mais cela pourrait également être une vendetta de la part de l'un de ses plus proches amis à qui elle aurait pu expliquer ce qui lui était arrivé. Malheureusement nous ne le saurons probablement pas avant longtemps si ce n'est jamais, mais je reste persuadé que la réponse se trouve à proximité de votre femme.

- Hé bien quand je la reverrai, vous pouvez être certain qu'elle paiera pour ce qu'elle a fait, l'informa James en serrant les poings. Elle n'a pas l'air de se rendre compte des répercussions de ses agissements sur le futur de Matthew ! Maintenant que tout le monde sait qu'elle a disparu, les gens vont pouvoir jaser à leur guise, et toute la confiance qu'ils portaient en nous est définitivement atteinte à présent ! J'en suis au point où je suis obligé d'enfermer Matthew toute la journée dans notre manoir pour éviter qu'il entende tout ce que l'on dit sur nous ! Qui prendra au sérieux maintenant le fils d'une femme dont la disparition a été mystérieusement cachée par son propre mari depuis des mois ?

- Je suis conscient des difficultés qui sont les vôtres maintenant James, et croyez-moi, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous venir en aide et vous sortir du marasme qu'est cette affaire. Il faudrait également pouvoir envoyer un message disons… percutant à votre femme, si vous voyez ce que je veux dire… Lui faire comprendre d'une façon comme une autre qu'il ne faut pas s'opposer à nous. Elle n'en tirerait que des inconvénients et il serait temps qu'elle le comprenne.

- Je vois…, marmonna James en se détendant légèrement. Lily accorde une importance capitale aux relations qu'elle entretient avec ses amis les plus proches, poursuivit-il sur le ton de la conversation. Je pense qu'il faudrait frapper de ce côté-là pour l'atteindre à défaut de pouvoir utiliser les enfants.

- Il semblerait que nous pensions à la même chose dans ce cas, lui certifia Dumbledore en esquissant un léger sourire. J'ai déjà quelques cibles potentielles qui pourraient nous convenir, mais il faut d'abord que j'établisse les bases de notre prochain plan avant de pouvoir espérer passer à l'action.

James hocha simplement sa tête en comprenant l'allusion et ce que pouvait entraîner ce plan pour la personne concernée, mais le sort de celle-ci ne l'intéressait guère plus maintenant que le menu de son prochain repas.

- Auriez-vous par hasard des nouvelles de Remus, James ? lui demanda soudainement Dumbledore d'un ton qui se voulait indifférent.

- Remus ? répéta celui-ci d'un air surpris. Hé bien… En vérité je ne lui ai pas parlé depuis… Depuis des mois, avoua t-il en se grattant distraitement la tête. Pour être honnête avec vous, je n'ai même pas pensé à lui durant ce laps de temps, je ne sais même pas ce qu'il devient… Mais pourquoi cette question ?

- Pour des raisons qui concernent l'ordre évidemment, répondit-il d'un évasivement. Il est le seul capable de pouvoir établir des contacts privilégiés avec les meutes de loup-garou jalonnant notre monde, et j'ai bien peur que cette soudaine absence cause beaucoup de torts aux fragiles liens que nous avons su tisser avec elles… Il serait regrettable que ces personnes rejoignent au moment voulu Voldemort alors que nous sommes si proches de pouvoir avoir l'assurance qu'elles resteront en retrait si notre conflit venait à arriver sous peu…

- Je comprends… Voulez-vous peut-être que je lui écrive ? Je pense qu'il sera très heureux d'avoir de mes nouvelles, et surtout d'avoir des nouvelles de Matthew ! Je pourrais en profiter pour lui dire que vous avez absolument besoin de ses services et…

- C'est gentil à vous James, mais j'ai moi-même déjà essayé d'entrer en contact avec lui. Cependant j'ai été surpris de constater que pas une seule de mes lettres n'arrivait à destination, et même Fumseck est incapable de pouvoir l'approcher. C'est comme si… Il avait tout bonnement disparu lui aussi…

- Vous voulez dire qu'il est m-mort ? s'empressa aussitôt de lui demander James.

- Merlin, je n'espère pas ! Néanmoins le fait qu'il soit tout comme Lily inaccessible me trouble... La possibilité qu'ils soient réunis est abracadabrantesque mais envisageable…

James parut d'abord perplexe devant les propos de Dumbledore, mais rapidement une idée germa dans son esprit, comme si l'évidence même venait de le percuter de plein fouet. Selon lui, si Lily et Remus s'obstinaient à rester cacher, il ne pouvait y avoir qu'une seule explication possible : Sa femme et son ami devait avoir une liaison. Son sang ne fit qu'un tour, et tandis qu'il commençait également à colorer d'un rouge vif son visage, James lui brisa tout bonnement son verre, ignorant les éclats de verre s'enfonçant dans sa peau.

- LA GARCE ! s'écria t-il en perdant contenance et ce à la surprise de Dumbledore. J'aurais dû m'en douter !

- Que voulez-vous dire ? lui demanda poliment le directeur bien que la curiosité le tiraillait.

- C'est pourtant évident ! Si elle est partie, ce n'est pas pour se sauver, c'est pour aller retrouver ce salaud ! Lui ! Mon propre ami ! Je n'arrive pas à y croire !

- Ne partez pas trop vite en besogne James, tenta t-il maladroitement de le calmer. Nous ne savons pas encore…

- Le fait qu'il ait soudainement disparu, le coupa t-il en faisant les cent pas dans la pièce ; Qu'on ne puisse pas le retrouver tout comme elle ; Qu'il n'ait pas tenté un seul instant de me contacter ou qu'il n'ait pas donné signe de vie à l'ordre… Je suis prêt à parier que ce salaud est en train à l'heure actuelle de couler des jours heureux avec cette garce !

L'alcool n'aidait peut-être pas à avoir les idées claires, mais Dumbledore se surpris à trouver un certain raisonnement dans les dires de son ancien élève. Même lui n'avait jusqu'à présent jamais pensé à ce que Remus puisse avoir une liaison avec Lily, pas plus qu'il n'aurait imaginé que cet homme pourtant droit et loyal puisse le trahir de la sorte… Il réprima l'envie de rire en pensant à ce qu'une simple question anodine avait pu faire en quelques secondes seulement chez James, et étant donné l'état dans lequel il se trouvait à présent, Dumbledore était persuadé qu'il pouvait encore creuser davantage dans l'ouverture offerte pour manipuler et exploiter pour son intérêt la colère de celui-ci.

Cependant, il eut beaucoup moins l'envie de rire lorsqu'il remarqua que James s'était élancé vers l'entrée de son manoir, attrapant au passage son manteau qu'il enfila rapidement et ce sans se préoccuper qu'il soit mal boutonné ou que sa main saignait abondamment.

- Mais où allez-vous comme ça James ? lui demanda Dumbledore en le rejoignant dans le vestibule.

- Chez Remus ! dit-il d'un ton acide en se saisissant fébrilement d'un bonnet. Je suis certain que cette saleté et ses deux marmots sont là-bas ! Attendez que je lui mette la main dessus ! Elle va payer pour ce qu'elle a osé faire ! Quant à Remus… À côté de moi, Voldemort passera pour un ange !

- Mais… marmonna Dumbledore tandis que James ouvrait la porte et s'élançait déjà vers la sortie. Attendez James, ne partez pas ! Voyons, vous ne pouvez pas partir comme ça !

Mais malgré ses appels, James ne se retourna pas une fois vers lui, et pas un instant il ne donna l'impression de douter sur la marche qu'il suivait. Au contraire, dès qu'il eut franchi la barrière de sa cour, il transplana aussitôt, laissant derrière lui un directeur pour le moins abasourdi par son comportement.

- Merlin, par moment je maudis la bêtise de cet imbécile, pesta t-il une fois qu'il eut repris contenance. Les Gryffondors sont parfois assimilés à des personnes ne réfléchissant jamais avant d'agir, et cet homme en est la parfaite caricature ! Je n'ai même pas eu le temps de lui dire que l'appartement de Remus avait déjà été fouillé !

Seul l'écho de sa voix lui répondit, et comme un signe de l'humeur massacrante dans laquelle se trouvait à présent James, la porte d'entrée fut brutalement claquée par le vent froid soufflant dehors. Dumbledore se retrouva aussitôt et de nouveau dans la pénombre, dans cette bâtisse froide et isolée, peu accueillante et dénuée de toute trace de vie…

Cette dernière réflexion lui fit brusquement relever les yeux vers le plafond au dessus duquel se trouvait, calme et étonnamment silencieux, un jeune garçon de neuf ans qui était depuis longtemps l'objet de toutes ses attentions. Comment avait-il pu l'oublier ? Comment avait-il pu omettre, alors qu'il ne se trouvait qu'à quelques mètres de là, l'existence de celui-ci qui serait la meilleure arme dont il disposait contre Voldemort ? Il fallait dire que l'absence de toute trace de vie dans le manoir hormis la présence de James n'avait jusqu'alors pas permis de s'y pencher plus sérieusement, et qu'en dehors de celui-ci, cette demeure semblait horriblement sinistre. Dumbledore s'étonna même de penser que ce n'était clairement pas dans un tel environnement qu'un petit garçon devait vivre et grandir, mais la réalité le rattrapa brutalement, de même qu'il réprima l'envie de se gifler pour se soucier aussi stupidement de ces futilités.

- Homonum Revelio, marmonna t-il rapidement en pointant sa baguette magique droit devant lui.

Un rapide aperçu sur les différentes pièces du manoir lui permit de se rendre compte que tous les elfes de maison étaient cantonnés dans les caves, probablement de leur plein gré afin d'éviter d'approcher de trop près leur maître. Une autre source de magie, juste au dessus de lui, se fit également sentir, et Dumbledore reconnut en elle la signature magique de son élève Difficile en effet de ne pas être consterné par la faible puissance qui pulsait du corps de Matthew, ce qu'il regrettait amèrement chaque fois qu'il employait ce sort pour le trouver.

Ce fut d'ailleurs en soupirant qu'il se décida à gravir rapidement les escaliers menant à l'étage du manoir, indifférent au fait qu'il n'était que très rarement allé dans cette partie de la demeure et surtout qu'en l'absence du propriétaire des lieux, s'aventurer ainsi relevait d'une curiosité mal placée s'apparentant à une violation de la vie privée. Mais peu importait à présent à Dumbledore ces banalités sans importance, et l'idée ne lui vint jamais à l'esprit. Il n'était après tout pas là pour fouiller dans les tiroirs de son ancien élève à la recherche d'un quelconque objet. Non, son seul objectif s'était cloitré dans l'une des pièces du manoir, et c'est devant la porte de celle-ci qu'il se retrouva quelques instants plus tard.

Comme tout à l'heure, Dumbledore fit connaître sa présence par trois petits coups sur le bois de la porte. Un faible et lointain «entrez» lui répondit aussitôt, du moins c'est ce qu'il crut entendre car il ne se gêna pas pour pénétrer rapidement dans l'antre de son élève et pouvoir admirer par lui-même cette pièce dans laquelle il était souvent passé sans jamais véritablement s'attarder.

Ce qui le frappa immédiatement fut les dimensions et l'aspect de celle-ci : Sa chambre était gigantesque, bien trop grande pour un petit garçon de cet âge, et tout comme le reste de la maison, les couleurs dominantes de celle-ci étaient le rouge et l'or dans un pur souci de montrer à tous l'attachement que la famille Potter et en particulier James portait pour la maison de Godric Gryffondor. Pourtant cela ne faisait que trois générations que cette famille terminait dans cette maison à Poudlard, la tradition étant jusqu'alors de finir à Serdaigle, mais le père de Matthew ne semblait pas s'en rendre compte à moins qu'il ne s'en souciait pas. Du sol au plafond, de la commode aux draps du lit, tout était de la même couleur, et Dumbledore trouva même que cela donnait un rendu de très mauvais goût. Ce fut comme rentrer dans une pièce dans laquelle un massacre avait eu lieu, et il n'était pas difficile d'imaginer que le rouge tapissant les murs et la moquette n'était en vérité que du sang.

Une délimitation était néanmoins visible au milieu de la salle, comme si un mur avait été détruit avant d'être grossièrement caché par une couche épaisse de peinture. N'ayant jamais eu à faire avec Harry, Dumbledore ne s'imagina pas un seul instant que l'autre moitié de la salle fut autrefois la chambre du fils ainé des Potter et supposa simplement qu'il ne pouvait s'agir que d'une énième lubie de James à vouloir absolument le mieux pour Matthew. De toute façon, pas un seul détail ne montrait l'existence d'un autre garçon dans la pièce, et tous les souvenirs liant les Potter à Harry avaient été purement et simplement enlevés de la chambre, ne laissant depuis lors qu'une montagne de jouets et d'objets appartenant à son frère cadet. Matthew avait tellement de place maintenant que malgré le bazar omniprésent et étrangement laissé tel quel par les elfes de maison, la chambre paraissait pourtant propre et soigné, comme si chaque détail avait été placé ça et là avec soin pour donner l'apparente impression d'une chambre d'enfant.

L'occupant des lieux lui, depuis longtemps indifférent à la décoration de sa chambre, tournait le dos à Dumbledore et semblait observer le paysage par delà la fenêtre de sa chambre. Ce dernier n'eut aucun mal à utiliser la légilimancie contre son élève, et de son propre aveu, fouiller la mémoire et analyser les émotions de Matthew était aussi facile que d'ouvrir un tiroir. Toutefois, Dumbledore fut surpris de rencontrer une soudaine difficulté alors qu'il se plongeait dans son esprit, tant les multiples sentiments qui traversaient Matthew créaient un véritable capharnaüm duquel il était impossible de pouvoir ressortir une quelconque information. Au lieu de ça, la seule chose qu'il put clairement ressentir de cette courte incursion fut que le jeune garçon devant lui était particulièrement sujet à des émotions très négatives, et la mélancolie était certainement l'émotion la plus prédominante.

Dumbledore jugea alors urgent de remettre les pendules à l'heure avant que tout ce qu'il avait bâti ne s'effondre en morceaux, et la première chose à faire était que son élève, ou plutôt son arme, redevienne le parfait petit subordonné, le pion essentiel à son jeu de dupes qui l'amènerait bien au-delà de ce que le commun des mortels pouvait espérer rêver.

- Je ne te dérange pas j'espère ? demanda t-il en se fichant de toute façon de ce que pouvait bien penser Matthew.

- Mh…, répondit simplement Matthew sans se détourner de la fenêtre, les yeux toujours fixés sur un point imaginaire qu'il n'avait apparemment pas l'intention d'abandonner.

Prenant cette réponse comme une invitation à entrer, Dumbledore ne se fit pas prier pour s'inviter dans la chambre et se diriger immédiatement vers le lit de son petit protégé. Les secondes qui suivirent s'écoulèrent dans un climat pesant, et de toute évidence, Matthew n'avait nullement l'intention d'ouvrir la conversation avec celui qui faisait office pour lui jusqu'à présent de grand-père de substitution. Dumbledore lui se contentait de faire mine d'admirer la décoration de la chambre, s'attardant même sur le tas de vêtements sales trainant à proximité de l'armoire tout en analysant du coin de l'œil le jeune garçon assis à côté de lui.

- C'est une très belle chambre que tu as là, déclara t-il finalement pour briser le silence. Je ne l'avais encore jamais vu jusqu'à maintenant, et je dois admettre que la personne qui l'a décoré possède un talent très prononcé pour donner vie à une pièce.

- C'est maman qui l'a décoré, l'informa d'une voix morne Matthew tandis que Dumbledore réprima l'envie de soupirer de frustration face à cet aveu. Les couleurs ont été choisis par papa pour respecter le noble blason de Godric Gryffondor, mais maman s'est occupée de l'achat et de la disposition des meubles pour lui éviter de s'occuper des aspects plus techniques.

- Elle est au moins bonne à quelque chose…, marmonna pour lui-même Dumbledore sans que Matthew ne l'entende. Je possédais moi aussi une chambre de cette couleur lorsque j'avais ton âge, mais la décoration était vraiment différente si j'ose dire ! Les goûts en matière d'ameublement ont fortement évolué depuis plus d'un siècle…

Le directeur se tut cependant lorsqu'il constata que son apprenti ne l'écoutait absolument pas, occupé peut-être à admirer de nouveau le décor à l'extérieur du manoir, ou alors le sujet qu'il abordait ne l'intéressait tout simplement pas. Discuter décoration et boiserie n'était certainement pas ce qu'il fallait de mieux pour parvenir à attirer l'attention d'un garçon de neuf ans, mais Dumbledore chercha immédiatement un autre angle d'approche pour dissiper ce petit moment de gêne.

- Tu me sembles ailleurs aujourd'hui, dit-il en préférant aborder immédiatement le sujet de conversation qui le préoccupait lui-même. Quelque chose te tracasse ?

- Pas vraiment monsieur…, répondit Matthew en haussant ses épaules.

- Tu sais que tu peux tout me dire Matthew, lui assura t-il en posant une main amicale sur son épaule. Je suis ton ami, n'est-ce pas ? Et les amis se disent absolument tout, même leurs secrets les plus intimes… N'est-ce pas moi après tout qui ai assuré tes arrières lorsque tu as accidentellement cassé la soupière de ta grand-mère ?

- Oui c'est vrai, acquiesça t-il. Mais je l'avais fait involontairement ! Mon pied s'était pris dans celui de la table, et tout était tombé par terre…

- Ne t'en fais pas, je ne suis pas venu pour te juger sur tes actions passées, le rassura t-il d'un ton chaleureux. Ce qui est fait est fait, et nous ne pouvons plus le changer maintenant.

- Que voulez-vous professeur Dumbledore ? lui demanda tout à coup Matthew. Je doute que vous soyez venu ici pour me parler de mes bêtises…

Bien que désarçonné par sa question soudaine, Dumbledore ne laissa rien transparaitre, et son discours minutieusement préparé allait maintenant lui permettre d'avoir définitivement le contrôle de son disciple. L'avenir se jouait peut-être aujourd'hui, un avenir qu'il espérait aussi clair que de l'eau de source pour lui, et peu importe si utiliser un petit garçon était lamentable pour certains, il était prêt à tout pour parvenir à ses fins. Cette discussion allait en tout cas avoir de grosses répercussions pour la prochaine guerre s'annonçant.

- Matthew, il faut que je te parle de quelque chose de très important, commença t-il d'une voix faussement peinée. Vois-tu, j'aurais préféré garder cela encore longtemps en moi pour t'éviter de trop souffrir, mais je ne peux malheureusement pas te mentir plus longtemps alors que la situation dans laquelle nous nous trouvons tous actuellement te pèse énormément. J'en ai parlé avec ton père à l'instant même, et il est également d'accord pour que l'on te révèle certaines choses…

- Que voulez-vous dire ? lui demanda t-il d'un ton curieux.

- Je veux te parler de ta mère et des raisons pour lesquelles elle n'est plus avec vous actuellement…

- Je sais pourquoi elle n'est plus là, le coupa Matthew d'un air triste.

- Vraiment ? s'enquit Dumbledore en pensant qu'il serait peut-être plus facile pour lui de trouver une excuse convaincante à raconter à son jeune disciple pour le ramener dans le chemin qu'il avait tracé pour lui.

- Oui… Maman est partie avec Rosie et Harry parce que… Parce que j'ai été très méchant avec elle…, expliqua t-il tandis que des trémolos pouvaient se faire entendre dans sa voix. Je n'ai jamais été bon avec elle pour tout vous dire, toujours à réclamer quelque chose… Toujours à vouloir faire le chef et à ne penser qu'à moi… Toujours à m'en prendre aux autres et à profiter de l'indulgence de papa pour parvenir à mes fins… Maman était la seule qui s'opposait à moi en quelque sorte. Elle était la seule figure d'autorité dans cette maison qui m'empêchait d'aller trop loin dans mes agissements… Moi je la voyais jusqu'à présent comme une personne méchante qui m'empêchait de pouvoir faire ce que je voulais, mais je me rends compte maintenant qu'elle faisait ça pour mon bien, comme… Comme une mère, n'est-ce pas ? J'ai vraiment fait n'importe quoi avec maman, et maintenant elle… Elle est partie…

Dumbledore crut que pour son plus grand malheur Matthew allait s'effondrer sous ses yeux et commencer à geindre comme tous les enfants de son âge, mais par chance, celui-ci se contenta de laisser couler ses premières larmes en silence sans jamais crier toute la peine qu'il accumulait depuis des mois. Peut-être que son disciple avait plus de contrôle sur ses émotions qu'il ne le pensait, mais malheureusement il ne pouvait pas en dire autant sur sa magie.

- Matthew, ce n'est absolument pas pour cette raison que ta mère a décidé de quitter votre maison, et je ne veux plus jamais t'entendre dire que tu avais mal agi envers elle du temps où elle se trouvait en ta compagnie.

- Mais peut-être que si j'étais plus gentil avec elle, elle reviendrait et on pourrait à nouveau être une famille…, persista t-il en regardant Dumbledore, les yeux brillants de larmes.

- Non Matthew. Tu as agi comme n'importe quel petit garçon devrait agir vis-à-vis de la femme qui l'a mis au monde, et la société dans laquelle nous vivons ne laisse malheureusement pas de place pour les bons sentiments envers les femmes. L'homme se doit d'être ferme et intransigeant envers elles, et cela ta mère ne l'a pas compris. Pour elle, homme et femme se devaient d'être au même niveau, se devaient de respecter de la même façon les personnes de l'autre bord et se montrer aussi faible qu'elle à cause des sentiments que l'on ressent. Elle pensait en se montrant ferme avec toi que tu allais finir par assimiler ces stupides idées et qu'elle parviendrait à te mouler dans le petit garçon qu'elle rêvait d'avoir pour elle. Notre société comme celle des moldus est basée sur un modèle patriarcal où l'homme et non seulement le père de famille, mais également son chef, et son épouse lui doit par conséquent obéissance et respect. Remettre en cause ce principe, c'est remettre en cause l'ensemble des fondations de notre société, faire s'écrouler l'équilibre sur lequel nos ancêtres et nous-mêmes avons grandi et évolué, détruire en quelque sorte ce qui fait de nous des individus à part entière, ce qui nous différencie des personnes du bord opposé. Ton frère lui était bien trop faible pour le comprendre et c'est pour cela qu'il est rapidement devenu le petit être si insignifiant que ton père préférait cacher pour sa sécurité et son image.

- Mais et la magie qu'il pouvait utiliser sans baguette ? l'interrogea t-il en le regardant confusément.

- Un simple coup de chance, lui affirma Dumbledore. Il arrive parfois qu'un enfant soit capable de ce genre de prouesse lorsqu'il emmagasine longuement de la magie dans son noyau sans parvenir à la maitriser, ce que l'on appelle communément de la magie accidentelle. Ton frère n'était pas plus puissant qu'un Cracmol, et à un an seulement tu étais déjà capable de le surpasser là où il était incapable de montrer quoi que ce soit : Ta victoire contre Voldemort n'est qu'une preuve de ta supériorité face à lui. C'est pour cela d'ailleurs que ton père cachait presque son existence au monde. Mais ne nous arrêtons pas à des détails aussi insignifiants et venons en au but de ma présence ici.

Pleinement conscient qu'il avait à présent toute l'attention espérée, Dumbledore s'accorda un petit moment de silence très théâtrale avant de porter l'estocade à l'innocence de Matthew, et ce définitivement.

- Il m'est difficile de t'avouer cela Matthew, mais je pense qu'il est temps que tu l'apprennes par moi plutôt que tu continues à te bercer de fausses illusions.

- Que voulez-vous dire ? le questionna t-il d'une petite voix.

Dumbledore prit une forte inspiration sensée donner l'impression à Matthew qu'il tentait de trouver la moindre once de courage pour lui avouer un terrible secret concernant de toute évidence sa mère, mais en vérité il n'en était rien. Le directeur de Poudlard cherchait simplement à donner à la scène se déroulant près de lui et dont il était l'un des acteurs principaux un côté dramatique lui permettant d'endormir encore davantage la méfiance de son protégé. L'effet était en tout cas très convaincant, et personne ne pouvait nier en voyant cela que Dumbledore était un très bon acteur.

- Si je tiens tant à te parler de celle qui t'a mis au monde, c'est parce que bientôt, tu te rendras compte que l'image que tu as d'elle est erronée. Ta mère… Ta mère ne t'a jamais aimé Matthew, dit-il de but en blanc en le regardant droit dans les yeux.

- Qu-quoi ? marmonna incrédule celui-ci en écarquillant les yeux d'effroi.

- Je suis désolé de te l'apprendre de cette façon Matthew, mais il fallait que tu le saches. Lily ne t'aime pas, elle n'aime que la gloire qui te suivait depuis ta victoire contre Voldemort. Ta mère est en vérité une femme très vile qui ne se soucie que de son petit confort personnel et des opportunités que ta position pouvait lui offrir. Pour elle tu n'es qu'un trophée qu'elle pouvait exhiber à son bon plaisir pour en tirer le meilleur.

- M-mais non… ça… ça ne lui r-ressemble pas…

- Et pourtant, le coupa Dumbledore en levant sa main pour le faire taire, tu n'as connu ta mère que dans l'intimité de ton foyer et dans le cadre familial de ce manoir. En dehors de ces murs, tu constateras par toi-même que les gens ont une opinion très négative d'elle et que sa disparition n'en émeut que très peu. Lily était une femme méprisable que bien peu de gens supportaient pour tout te dire. Nous avons tout tenté pour te dissimuler ce côté de sa personnalité, mais les derniers évènements nous contraignent maintenant à t'avouer cette triste vérité. Elle ne jouait qu'un rôle ici, celui de la mère soi-disant aimante qui se souciait du bien être de son fils prodige, et cela nous ne nous en sommes rendus compte que trop tardivement, aveuglés que nous étions par sa fausse bienveillance et sa gentillesse...

Dumbledore se tut quelques secondes, le temps pour lui d'admirer le résultat de ses fausses révélations à travers le regard horrifié de Matthew.

- Son égocentrisme la poussait à ne voir que son propre intérêt avant celui des autres, poursuivit-il de ce même ton grave et solennel avec lequel il pouvait faire croire à n'importe qui n'importe quoi, et ses diverses manipulations dans l'ombre n'avaient pour but que de lui permettre de parvenir à ses fins. Tu ne peux même pas imaginer ce qu'elle était capable de faire pour mettre toutes les chances de son côté, et les preuves ne manquent pas pour le confirmer. Je ne saurais t'avouer toutes les horreurs que ton père et moi avons pu entendre de sa bouche lorsqu'elle croyait être seule et à l'abri des regards indiscrets, mais pour ton intérêt personnel, mieux vaut que tu ne le saches pas.

- Ce n'est pas possible…, bafouilla Matthew alors qu'il plongeait sa tête entre ses bras. Je ne peux pas vous croire…

- Matthew, je sais qu'il est difficile pour toi d'assimiler toute ces vérités, mais crois-moi : Je ne te dis cela que pour ton bien ! J'aurais préféré te protéger encore longtemps de tout ceci, mais cette dernière attaque de la part de ta propre mère à l'encontre de ton père et par conséquent de toi aura été la goutte d'eau faisant déborder le vase. Vous calomnier ainsi auprès du ministre et de l'intégralité du Magenmagot aura de terribles répercussions sur ton avenir, et ça je ne peux l'accepter. Je porte tes intérêts très à cœur, certainement bien plus que Lily, et je ne peux rester sans réagir alors qu'elle vous traine depuis des semaines maintenant plus bas que terre…

- VOUS MENTEZ ! s'écria t-il soudainement pendant que ses larmes dévalaient ses joues sans qu'il ne les arrête. JE SAIS QU'ELLE M'AIMAIT ! ELLE ME L'A DIT !

- Pourquoi alors ne prend t-elle aucune nouvelle de toi ? argua Dumbledore. Pourquoi n'a-t-elle jamais essayé de t'écrire ou de t'indiquer où elle se trouvait ? Pourquoi s'est-elle enfuie en emportant avec elle ton frère et ta sœur et en te laissant derrière ?

Incapable de comprendre dans quelle dangereuse position se trouvait Lily, Matthew fut bien évidemment dans l'impossibilité de pouvoir répondre à ces questions, comme l'avait judicieusement supposé Dumbledore. Jouer avec la perception des évènements d'un enfant était quelque part très amusant, car il pouvait ainsi lui faire croire à tout et n'importe quoi, ce qu'il ne se gêna d'ailleurs pas pour faire aussitôt :

- La réponse est simple Matthew : Tu ne lui es plus d'aucune utilité. Elle n'aimait pas la personne que tu étais, mais uniquement ce que tu pouvais lui apporter. Dès lors que tu as commencé à t'opposer à elle, elle a finalement compris qu'elle ne pouvait plus avoir d'emprise sur toi et a préféré prendre la fuite plutôt que d'admettre sa défaite. Au fur et à mesure que tu grandissais, elle aurait fini par rester dans ton ombre sans avoir la possibilité de se mettre en avant mais pouvait néanmoins jouir d'une position enviée et respectable, mais contrairement à ton père, Lily ne comprenait pas qu'il valait mieux pour elle cette position que de tenter de profiter de toi pour se forger de son côté sa propre réputation. Elle gagnait davantage à rester à tes côtés, mais malheureusement pour elle, elle a choisi la mauvaise route et a entrainé avec elle deux membres de ta famille.

Dumbledore n'eut pas besoin d'utiliser la légilimancie pour se rendre compte d'un simple coup d'œil que son discours faisait mouche : le flot continu de larmes sur le visage de Matthew suffisait le prouver, et satisfait de la tournure des évènements, il se permit même de donner le dernier coup d'estocade, là où les sentiments d'un garçon de neuf ans lui ferait le plus de mal, pour détruire définitivement le peu d'amour qui restait en Matthew envers sa mère.

- Matthew, poursuivit-il malgré les reniflements bruyants de son protégé, Sais-tu pourquoi ta mère a pris soin de prendre avec elle ton frère et ta sœur ?

- N-non…, bredouilla entre deux sanglots celui-ci.

- Parce qu'elle les préférait à toi, répondit-il sèchement bien qu'intérieurement il jubilait. Te rends-tu compte au moins que de vous trois, tu étais toujours celui qu'elle réprimandait ? Celui qu'elle houspillait continuellement malgré ton statut de sauveur du monde ? Ton frère faisait autant si ce n'est plus de bêtises que toi, et pourtant elle trouvait toujours des excuses à son comportement. Mais vois-tu, la vérité est qu'elle a toujours eu une préférence pour eux, et toi-même tu sais au fond de toi que ce que je te dis est vrai. Tu n'as plus rien à attendre de cette femme, crois moi. Elle n'a cessé depuis des années de te dénigrer, de médire sur toi à longueur de temps et à maudire le jour même de ta naissance ! Les derniers évènements en date ne sont que les conséquences de sa politique de destruction à ton égard ! Cette lettre, cette fameuse lettre tombée par hasard sur le bureau de Cornelius Fudge… Quel genre de monstre pourrait ainsi dire de telles horreurs sur sa propre chair ? Je ne suis même pas certain que les mangemorts aient autant de cruauté en eux pour agir de la sorte envers leurs propres enfants…

Dumbledore n'était pas sûr que Matthew ait écouté l'intégralité de son monologue, mais l'objectif était atteint : Plus jamais la relation liant son élève à sa mère ne serait la même, et plus jamais cette femme n'aura par conséquent d'ascendant sur son fils dans l'éventualité où elle referait son apparition dans sa vie. Qui suivrait après tout une femme qui l'aurait durant son enfance méprisé et abandonné volontairement ? La graine du doute était à présent profondément plantée dans l'esprit de Matthew, et Dumbledore attendait avec impatience que les premiers fruits de son travail ne germent. Quant à la présence féminine dont aurait malgré tout besoin pour son développement et son épanouissement Matthew, le directeur de Poudlard avait déjà une petite idée de celle qui interpréterait parfaitement ce rôle, mais encore fallait-il qu'elle accepte, ce dont il ne doutait pas un instant.

- Bon, je crois qu'il vaut mieux pour toi rester seul quelques temps maintenant, le temps que tu assimiles ce que je viens de te dire…, dit-il au bout de quelques longues secondes en se levant. J'espère simplement que tu comprendras l'importance de mes mots et que tu en tireras des conclusions adaptées à ta situation. Et si jamais tu as besoin de conseil, n'hésite pas à venir me voir Matthew : Ma porte te sera toujours ouverte.

Et sans plus de cérémonie, Dumbledore sortit rapidement de la chambre, ignorant royalement les supplications de Matthew et ses appels désespérés à l'encontre de sa mère. Ses pleurs et ses cris purent aisément être entendu depuis l'autre côté de la porte dès qu'il la referma, mais pour ne pas alarmer James lorsqu'il rentrerait au risque qu'il ne contredise les affirmations qu'il venait de donner à Matthew quant à sa mère, Dumbledore jugea bon de placer un sortilège de mutisme sur la porte. Sa baguette brandie, il prononça silencieusement la formule magique du dit-sort, et un mince faisceau lumineux en jaillit pour percuter la porte.

Celle-ci sembla trembler légèrement, puis tout devint totalement calme. Matthew pouvait jouer de l'autre côté ou tout simplement dormir que cela n'aurait fait aucune différence, et à l'inverse, plus personne ne pouvait entendre ses hurlements de douleur et le chagrin qu'il avait. Satisfait, Dumbledore rangea sa baguette, puis après un dernier sourire de circonstance en direction de la chambre de Matthew, il tourna les talons et se dirigea vers l'escalier menant au rez-de-chaussée, indifférent maintenant à l'état dans lequel se trouvait son disciple.

- Aaah les mioches, soupira t-il en levant les yeux au plafond. Je suis bien content de n'en avoir jamais eu. Mis à part réclamer et pleurer, il n'apporte rien de bon. Maintenant au moins il pourra totalement se concentrer sur ses études et utilisera toute la haine qu'il aura bientôt contre sa mère pour progresser. J'attends avec impatience leur prochaine rencontre…

Et celle-ci pourrait arriver plus vite qu'il ne le pensait…


A/N : Donc voilà ! Dumbledore aura réussi à détruire définitivement la famille Potter ! Un peu sadique sur les bords vous ne trouvez pas ? Briser le cœur d'un petit garçon de neuf ans... Hm Y'a des baffes qui se perdent !

En tout cas je suis globalement satisfait de ce chapitre, surtout que j'ai eu l'impression de montrer une autre facette inconnue de Matthew : Celle d'un enfant éploré par l'absence de sa mère et qui s'avère être beaucoup plus humain qu'il ne le laissait paraître jusqu'alors. Enfin ça c'était avant que Dumby ne montre son vilain nez cassé.

Quant à James... Ahah ! Pour être honnête, le coup du mari jaloux allant voir son rival m'est venu il y a trois jours alors que je n'arrivais pas à combler le petit trou entre la conversation entre lui et Dumbledore et celle entre le directeur et Matthew. Au départ je m'orientais sur quelque chose de totalement opposé : Une dispute entre James et la peinture murale sur laquelle sont représentés son père et sa mère pendant que Dumbledore prend discrètement la poudre d'escampette pour éviter que la dispute ne s'oriente vers lui, mais j'étais en train de me lancer dans un long pavé narratif sur sa relation avec Dorea et je trouvais ça clairement inintéressant au final ; J'ai dû supprimer 1500 mots pour parvenir à cette issue.

Vous n'avez maintenant plus qu'à faire des suppositions sur la tournure des événements, et justement sur la rencontre prochaine ou lointaine entre Matthew et Lily : Comment le fils réagira face à sa mère après toutes les horreurs que lui a fait croire Dumbledore ? Vont-ils se jeter dans les bras de l'autre ou se lancer des sorts ? Héhé... Je n'écarte aucune possibilité :)

Le prochain chapitre mettra pas mal de temps à arriver : En fait j'ai deux débuts complètement différents mais qui se rejoignent sur une même fin ; Je n'arrive pas pour le moment à me décider sur quel départ irait le mieux et semblerait le plus intéressant.

Par ailleurs nous ferons une ellipse de deux ans et atterriront en 1802 : Harry aura 13 ans, Daphné et Matthew 11 ans et Rosie et Astoria neuf (pour vous donner un petit aperçu chronologique). Il ne se passe malheureusement pas grand chose cette année là en France (les conflits s'arrêtent cette année là et ne reprennent que vers 1805), alors je me concentrerai presque exclusivement sur Daphné, Matthew, et un peu sur Harry. Je n'écarte cependant pas un petit passage où Harry assisterait au célèbre couronnement de Napoléon en tant qu'Empereur, mais cela arriverait dans quelques temps ^^ (ça me permettrait également de le faire apparaître !).

Donc avant que je n'oublie voilà mon petit problème : Cela va vous paraître simple, mais je n'arrive pas... à trouver un nom pour l'allée marchande française qui serait du même acabit que le chemin de Traverse (je sais, c'est idiot). Elle se trouverait à Paris évidemment, du côté de la ville de Saint-Denis (je pensais la faire près de la basilique) et aurait l'apparence d'une rue ou d'une quartier moyen-âgeux, avec les poutres en bois apparentes et les murs en torchis ou hourdis/ Les maisons à colombages pour ceux qui ne voient pas (Google est votre ami), des étales tout le long de la route etc... Donner l'impression d'être au moyen-âge en quelque sorte. Auriez-vous un petit nom à proposer ? Je prendrais celui qui me semblera le mieux ou à la rigueur que je trouverai amusant !

Sur ce, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année, et à l'année prochaine !