WARNING : Si vous êtes allergique aux longs chapitres, passer votre chemin ! (21 125 mots avec les notes d'auteur...)

Salut à tous ! Comme promis, voici le nouveau chapitre ! Je suis assez étonné de l'avoir terminé aussi rapidement (bon ok, deux mois quand même pour le finaliser, mais admettez qu'il est extrêmement long !).

Alors pour info, bien que la plupart d'entre vous s'en fiche probablement, j'ai eu mon premier semestre d'histoire ^^. Néanmoins j'ai eu une petite déception en constatant ma note d'histoire moderne : Je vais être obligé de rattraper cette matière à cause de cette P*** de note en art moderne (quelle idée de regrouper la note d'histoire moderne et d'art ensemble (surtout que je n'avais QU'UN seul cours magistral dans cette matière par semaine)... je vous laisse imaginer ce que fait un 14/20 et un 02/20 comme moyenne (plus la moyenne générale dans cette matière, mais ça ne rattrape malheureusement que quelques points)). Enfin, passons à autre chose !

Comme vous pouvez le voir, c'est probablement le plus grand chapitre que j'ai jamais écrit (record encore à battre), surtout que je crois vous avoir assuré auparavant qu'il n'allait pas être très long... Il va falloir que je revois mes notions de longueur si vous voulez mon avis u_u...

Le pire est qu'il ne se passe pas énormément de choses dedans, juste l'apparition de quelques personnages et un départ pour Beauxbâtons pour Daphné, Tracey et Fleur... Mais bon, au moins vous aurez suffisamment de lecture pour passer du bon temps (personnellement je finis ce chapitre en 20/30 minutes, mais bon j'en ai profité pour le corriger alors ça joue probablement).

Encore un GRAND merci pour vos très nombreux commentaires, d'ailleurs nous avons dépassé la barre des 600 ^^. On dit toujours que le principal pour un écrivain est avant tout de voir que son oeuvre est apprécié par beaucoup de monde, mais je trouve que voir le nombre de suivis/favoris augmenter est également un bon indicateur... Alors rien que pour ça je vous remercie !

Également avant que je n'oublie, merci à ceux qui m'ont donné leur avis sur l'histoire que je souhaite démarrer : Pour rassurer certains, cela ne signifie absolument pas que j'abandonne cette histoire, bien au contraire. Néanmoins, je pense mettre "Une nouvelle destinée pour l'élu" en hiatus, car pour être honnête... Je ne suis plus du tout inspiré sur cette histoire (ce doit surtout être la motivation qui me manque, mais également le fait qu'en constatant que nous ne sommes qu'en deuxième année et que nous avons déjà dépassé les 30 chapitres, ça me fait appréhender le nombre de chapitre au total : Je ne tiens pas à passer dix ans sur une histoire, et j'aurais je pense mieux à faire dans dix ans qu'accorder mon temps à une fiction :s). à l'inverse, l'histoire que je vais démarrer ne devrait pas dépasser les 30 chapitres, surtout que sur les dix ans que je vais exploiter dedans, ce sont surtout les dernières années qui vont être longuement utilisées.

Sur ce, sans plus attendre, je vous laisse profiter de mon dernier chef d'oeuvre ! Bonne lecture !

PS : Vu la taille du monstre que j'ai écris, ne vous étonnez pas de voir des fautes. Au bout d'un moment, on ne fait même plus attention à certaines étourderies :/


Réajustant pour la énième fois son chapeau à partir de son propre reflet, Daphné ne pouvait s'empêcher de soupirer en contemplant l'image que lui renvoyait le miroir de sa coiffeuse : Celle d'une jeune fille de onze ans maintenant, pas encore totalement transformée par le temps et l'âge mais qui commençait déjà à laisser paraître la belle femme qu'elle serait dans quelques années, mais qui pour le moment essayait péniblement de terminer sa préparation avant que l'heure de son départ n'arrive. La rentrée à Beauxbâtons était finalement arrivée, et avec elle, la promesse d'un départ pour quelques mois loin de ses racines, de ses repères, et surtout de sa famille. Une perspective peu encourageante pour une fille n'ayant jamais vécu plus d'une semaine loin de ses parents ou de sa sœur, et surtout dans une région où tout lui serait étranger. La tension et l'angoisse était palpable chez elle, et même le plus mauvais des occlumens pouvait aisément deviner les pensées qui se bousculaient dans son esprit. À quoi d'autre pouvait-elle penser après tout ? Rien d'extraordinaire n'avait lieu aujourd'hui, et si l'absence de son fiancé pouvait également être une supposition plus qu'envisageable, il fallait cependant rappeler qu'elle restait constamment en contact avec lui par courrier, et que depuis deux ans maintenant, elle avait eu largement le temps de s'habituer à son absence.

Non, le sujet de préoccupation majeure restait sa rentrée scolaire dans cette école où elle serait la première de sa lignée à suivre les cours et perfectionner sa magie, mais elle ne pouvait s'enlever de la tête que l'échéance arrivant finalement à son terme ressemblait terriblement à un couperet s'abattant sur son fragile petit cou. Cette seule image lui donnait la nausée, et elle manqua de peu de lâcher son chapeau qu'elle parvint néanmoins à stabiliser difficilement sur le haut de son crâne.

Cette angoisse fut longuement partagée avec sa mère, la seule personne avec qui elle pouvait librement partager ses craintes, et surtout longuement débattue, et ce qui ressortit surtout de cette discussion fut que ce qu'elle craignait plus que tout était l'interaction avec les autres étudiantes de cette école. Daphné n'était inadaptée à la vie sociale et n'avait pas des difficultés à se faire de nouvelles camarades selon les propres dires de Belvina, mais son statut d'anglaise alors que son pays natal et celui de son fiancé étaient en froid continuellement pouvait lui jouer des tours dans les relations qu'elle tisserait. Le simple nom « Greengrass » était suffisamment révélateur de sa véritable nationalité, et même si elle avait fait des progrès considérables dans la langue de Molière au point qu'elle pouvait aisément passer pour une habitante de ce pays, elle ne se faisait pas d'illusions sur la capacité de certaines personnes à ne jamais voir au-delà des apparences et à se cantonner à un premier avis le plus souvent faussé.

Quelque part au fond de son esprit, elle songea au fait qu'Harry avait également dû affronter cette épreuve le jour de son entrée dans l'académie militaire de Metz dans laquelle il évoluait depuis deux ans maintenant, et si tout comme elle il fut d'après ses lettres particulièrement inquiet par cette nouvelle étape dans sa vie de jeune homme, la suite s'avéra bien plus facile pour lui comme en témoignaient les nombreuses amitiés qu'il s'était forgé depuis lors. Peut-être en sera-t-il également pour elle ? Elle l'espérait, mais sa nature craintive reprenait rapidement le dessus, et même les paroles réconfortantes de sa mère et l'assurance qu'elle avait quant à la réussite de sa fille dans ses études ne faisaient que l'atténuer légèrement.

Pourtant, ses angoisses lui paraissaient dérisoires en comparaison de ce qu'avaient vécu d'autres personnes de son entourage, et le plus parlant devait probablement être la situation actuelle de la famille de son fiancé, du moins… Son ancienne famille. Daphné était loin de se préoccuper de la vie que menaient James et Matthew Potter maintenant que Lily, Rosalyn et Harry étaient sortis de leur vie, mais leur ombre planait malgré tout encore au dessus d'eux même après deux ans d'éloignement. Il ne fallait cependant pas croire qu'Harry comme sa mère et sa sœur souhaitait revoir cette autre partie de sa famille, mais la façon dont James les avait traitées durant son absence lui restait encore en travers de la gorge, et il était clairement évident qu'il en aurait fallu peu pour qu'il n'aille directement chez son ancien père pour le démolir purement et simplement. Se montrer violent avec lui était une chose, et cela encore il pouvait le pardonner à James, mais lever la main sur sa sœur et sa mère, deux des personnes qui comptent le plus pour lui, il ne pouvait l'accepter, et s'il n'avait jusqu'à présent jamais rien tenté pour se venger, Daphné restait certaine qu'un jour où l'autre, Harry ferait payer chèrement et amèrement à son géniteur ses gestes d'humeur et sa violence gratuite. Le comportement en lui-même de James depuis le départ de Lily n'arrangeait rien à l'image qu'avaient de lui ses anciens enfants, et entendre dire qu'il se montrait plus arrogant que jamais, plus égocentrique qu'il ne l'avait été jusqu'à présent et surtout plus vindicatif à l'encontre de sa désormais ex-épouse ne faisait que confirmer leurs avis négatifs.

James n'avait en effet pas perdu de temps pour se montrer médisant envers Lily, allant jusqu'à organiser des interviews auprès des principales gazettes et journaux du pays où il salissait la dignité et l'intégrité de la mère de son fils : son ex-femme passait ainsi pour une alcoolique invétérée, une dépensière n'ayant aucun sens de la démesure, une grande joueuse d'argent pouvant aller jusqu'à perdre 100 000 gallions en une soirée, mais également pour une femme colérique, narcissique et violente envers Matthew, n'hésitant pas à le battre chaque fois qu'elle considérait qu'il lui avait fait un peu trop ombrage et qu'elle n'avait pas pu jouir du prestige dont bénéficiait son fils. Les attaques allaient même plus loin, et James n'avait lésiné sur les moyens. Toutes les horreurs possibles et imaginables avaient été couchées sur le papier, mais la pire d'entre elles fut probablement de dire que Lily était une débauchée, couchant avec le premier venu et participant même à des orgies durant lesquelles elle était généralement la seule femme à être présente. Autant de méchancetés qui avaient fait énormément de mal à cette pauvre femme lorsqu'elle avait eu sous les mains les multiples coupures de journaux qu'elle pouvait trouver.

Sa réputation était terriblement entachée, et si au départ les gens avaient eu pitié d'elle et comprenait son départ, notamment suite au procès dont elle avait suivi avec attention les péripéties et qui avait pourtant vu James perdre lamentablement, ces mêmes personnes avaient brusquement changé d'avis sur elle en lisant toutes ces bêtises. La faute en revenait cependant à une personne qu'elle n'aurait jamais soupçonné : Son propre fils. Celui-ci, désabusé par les paroles de Dumbledore, vouait désormais une haine sans commune mesure à celle qui lui avait donné naissance, garantissant à quiconque voulait l'entendre que les propos de son père étaient vrais et qu'Harry comme Rosie étaient très probablement les fruits des virées nocturnes de sa mère dans les bordels de Londres. Quant à ceux qui laissaient à supposer que lui-même pouvait être également un bâtard, Matthew indiquait simplement que le titre de Lord Potter ne pouvait être donné qu'à un enfant possédant le sang de cette lignée, et que contrairement à lui, Harry n'avait pas pu y prétendre car il n'avait aucun gêne s'y apparentant. Le mensonge était gros, et une rapide enquête à Gringott's aurait pu contredire rapidement ces vilenies, mais personne n'y pensa.

Voir son fils la traîner dans la boue avait longuement fait souffrir Lily, et il lui avait fallu de nombreux mois et le soutien total de ses deux derniers enfants pour résister à l'envie de commettre l'irréparable. Mais si Aujourd'hui elle semblait aller beaucoup mieux, Daphné voyait néanmoins à travers son regard que sa belle-mère gardait encore et garderait pour longtemps cette cicatrice au fond d'elle.

- Toujours pas prête ? lui demanda tout à coup une voix depuis la porte.

- Personne ne t'a jamais dit qu'il fallait toujours s'annoncer avant d'entrer dans une pièce occupée, Tracey ? maugréa Daphné sans se retourner.

- On a dû me le dire quelques fois oui…, répondit d'un ton amusé sa meilleure amie en s'approchant d'elle. Mais comme c'est étrange ? Je n'arrive jamais à m'en rappeler !

- Tu devrais dans ce cas, car je ne suis pas certaine que d'autres toléreraient tes arrivées impromptues comme elles n'auraient peut-être pas autant de patience que moi à ton égard, lui conseilla t-elle tandis qu'elle recommençait à arranger son apparence.

- Merlin, en voilà de belles phrases, princesse ! se moqua Tracey en insistant fortement sur le dernier mot. Ton éducation a peut-être été excellente pour t'apprendre à parler correctement, mais elle t'a malheureusement fait perdre une chose essentielle…

- Et quoi donc ? s'enquit Daphné en ne lui daignant pas un regard.

- Ton âme d'enfant !

Piquée peut-être au vif, ou désireuse de contredire les propos de son amie, Daphné décida de finalement tourner sa tête vers Tracey pour lui offrir sa plus belle grimace. Son geste eut au moins le mérite de faire glousser de plaisir Tracey avant que celle-ci ne se décide à traîner un fauteuil jusqu'à elle pour avoir également une parfaite vue sur le miroir de la coiffeuse. Daphné nota qu'elle s'était déjà vêtue de son uniforme de Beauxbâtons, une ravissante robe de diverses teintes de bleu et agrémentée de ça et là de rubans et de dentelles qui lui donnait presque l'air d'une robe ordinaire, mais qui mettait joliment en valeur le teint hâlé de sa meilleure amie.

L'inscription de Tracey à Beauxbâtons avait été une surprise de taille pour elle car les tractations avaient été faites dans son dos, sans jamais qu'elle ne fut mise au courant. Elle ne le découvrit en vérité que très tardivement lorsque sa future belle-mère l'avait convié à passer les deux mois précédant la nouvelle année scolaire de Beauxbâtons parmi eux. Que Marie-Louise connaisse l'existence de Tracey restait pour elle un mystère, mais elle ne doutait cependant pas que ses parents ou même Harry soient derrière cette affaire, et l'effet de surprise passé, elle fut absolument ravie d'avoir pour compagnie durant ces deux mois chauds d'été sa meilleure amie. Sa présence fut un véritable rayon de soleil dans la petite vie tranquille qu'elle menait jusqu'alors à Lamballe, et si le caractère impétueux et gai de celle-ci n'y était pas étranger, l'ébahissement continuel de sa meilleure amie sur la demeure et la propriété d'Harry et de sa belle-mère parvenait à lui égayer toutes ses journées ; le château était si vaste qu'il ne fut pas rare durant son séjour que Tracey ne s'égare et se retrouve sans que personne ne sache véritablement dans les écuries, un bâtiment pourtant éloigné du château d'une centaine de mètres et légèrement en retrait de celui-ci. Son étourderie alimenta bon nombre de repas, et Daphné fut surprise de voir à quelle vitesse Tracey avait su s'acclimater à ce nouvel environnement.

La seule ombre au tableau fut que sa mère, pourtant en bien meilleure santé qu'auparavant, n'avait pas pu participer à ce voyage et était resté cantonnée chez elle, seule, avec pour seule compagnie de vieux elfes de maison. Les attaques en règle de Lucius Malfoy sur la remise en cause de la chambre des Davis au sein du Magenmagot lui accaparaient tout son temps et ses forces, et seul l'appui et le soutien indéfectible des parents de Daphné permettaient à cette pauvre femme d'encaisser les insinuations et propos scandaleux portés à son encontre par le seigneur Malfoy. Les ambitions de cet homme se faisaient toujours plus claires à mesure que le temps passait, et il n'hésitait désormais plus à attaquer la mère de Tracey sur les relations douteuses qu'entretenait son mari avec d'autres mangemorts reconnus durant les sessions du Magenmagot, allant même jusqu'à prétendre qu'elle aurait pu servir de distraction et de monnaie d'échange pour ces derniers afin de conclure des alliances entre eux et Voldemort, la faisant passer ainsi aux yeux de bien des gens pour une prostituée docile et servile.

Tracey n'était bien évidemment pas au courant de cette dernière partie, et sa mère se gardait bien de le lui dire, mais quelques échos des réunions du Magenmagot lui étaient néanmoins parvenus au cours de l'été, et ce fut avec une certaine réticence qu'elle accepta de rester avec sa meilleure amie jusqu'à la fin des vacances. Elle prit cependant la peine d'écrire constamment à sa mère, chose qu'elle ne faisait jamais jusqu'alors pour la simple raison qu'elle détestait écrire des lettres, mais réaffirmer l'amour profond qu'elle lui portait lui semblait être le meilleur moyen pour soutenir sa mère dans la difficile épreuve qui était la sienne ces derniers mois. Cela lui faisait également garder cette éternelle bonne humeur qui la caractérisait tant, et encore aujourd'hui, malgré tous ses soucis, Daphné pouvait voir à travers le miroir de sa coiffeuse que sa meilleure amie, amusée probablement par ses pâles tentatives pour finaliser sa tenue, continuait d'arborer ce sourire lui allant presque d'une oreille à l'autre.

- Laisse-moi t'aider, dit d'ailleurs celle-ci en lui prenant des mains son chapeau et de l'autre une brosse. Merlin, être servie par des dizaines de domestiques t'a rendu beaucoup moins indépendante qu'auparavant !

- Je n'ai que deux personnes chargées de m'habiller, se défendit Daphné d'un ton vexé en pensant aux deux dames de chambre qui s'étaient déjà occupées de son fiancé quelques années plus tôt.

- Peut-être, mais c'est déjà deux de trop. Tu n'es même pas capable de faire correctement un chignon ! lui indiqua Tracey en défaisant rapidement le piteux monticule de cheveux que Daphné s'était évertuée à attacher. Je sens qu'à Beauxbâtons, j'aurais l'immense privilège de devoir te préparer pour nos journées de cours, ajouta t-elle d'un ton désabusé.

Daphné ne prit pas la peine de lui répondre car de son propre aveu, ce genre de tâche lui était devenue totalement étrangère. Vivre ici lui avait effectivement fait perdre quelques notions de base et lui avait donné la mauvaise habitude de toujours s'appuyer sur les autres pour résoudre un problème qu'elle était incapable d'accomplir seule. Une remise en cause était peut-être envisageable…

- Dis-moi Daphné, est-ce que je peux te poser une question ? lui demanda soudainement Tracey tandis qu'elle lui peignait les cheveux.

- Si cela ne concerne pas Gabriel, notre mariage, ton hypothétique rôle de demoiselle d'honneur et le choix de la marraine pour notre premier enfant, alors oui, tu peux la poser.

- Je ne parle pas que de ça ! s'indigna aussitôt celle-ci en prenant une mine faussement courroucée. Bon d'accord, je dois en toucher un mot ou deux chaque jour, mais je ne te harcèle pas à ce point !

- Bien entendu Tracey, bien entendu…

- Ce que tu peux être agaçante parfois, maugréa son amie en brossant plus durement l'épaisse chevelure de Daphné. Non, en vérité je voulais savoir si… Si toi aussi tu avais peur de cette scolarité à Beauxbâtons ?

D'aussi loin que Daphné l'avait connu, jamais elle n'avait entendu Tracey parler avec cette voix si craintive, presque apeurée, comme si sa scolarisation dans cette école était un défi qu'elle n'était pas certaine de réussir. Elle-même s'interrogea alors sur ce qu'elle ressentait quant à son arrivée imminente à Beauxbâtons, et bien qu'elle tentait de se convaincre du contraire et malgré ses efforts pour ne rien montrer, elle appréhendait également cette journée. Si la barrière de la langue était depuis longtemps franchie, sa peur venait surtout de l'accueil que lui réserveraient ses camarades d'école, toutes françaises probablement et élevées dans la haine de l'éternel ennemi anglais. Loin de ses repères, de sa famille et de ses proches, Daphné doutait de pouvoir affronter cet obstacle imposant qui se dressait devant elle et supposait déjà qu'il faudrait faire face à une hostilité ouverte de la part de certaines filles. Par ailleurs son caractère jouait également contre elle, et si Tracey savait pertinemment que son air froid, insensible et dur cachait en vérité une certaine timidité et une grande pudeur au point de l'empêcher de s'ouvrir à d'autres, il n'était pas certain que les autres filles comprendraient également cela, voyant plutôt là dans le pire des cas une indifférence froide doublée à une haute estime de soi et une arrogance qui en déplairaient à plus d'une.

Harry lui avait connu un problème similaire, mais la difficulté avait davantage résidé dans son statut social et ses origines, un obstacle qu'il avait cependant dépassé avec brio si elle en croyait ses récits écrits et oraux sur la petite vie qu'il menait dans son académie. Ce soudain rappel la fit porter son regard près de la fenêtre, au grand agacement de Tracey qui ne se gêna pas pour l'exprimer en brossant plus durement ses cheveux, sur une énième peinture représentant son fiancé paré de son bel uniforme, fier comme un paon et loin à présent du petit garçon avec qui elle avait partagé quelques pâtisseries plusieurs années en arrière. Le temps avait admirablement bien travaillé sur Harry, et si aujourd'hui celui-ci était capable d'afficher tant de force dans un simple regard, c'était avant tout en faisant fit de ses faiblesses, de ses défauts, tout ce qui pouvait freiner sa longue ascension vers les plus hautes sphères de la société.

Pourquoi pas elle ? Voilà la question qu'elle se posait, et si elle souhaitait faire honneur à son fiancé, Daphné jugea bon de suivre son exemple, de prendre pour modèle celui avec qui elle partagerait l'intégralité de sa vie pour l'avenir ; Une résolution qui lui arracha finalement un sourire avant de se rappeler que Tracey attendait toujours une réponse de sa part :

- Je ne peux point affirmer être insensible à ce qu'il va nous arriver sous peu, mais je me garderai cependant de montrer mon appréhension aux autres pour ne pas leur montrer une quelconque faiblesse de ma part. Une première impression est toujours salutaire pour celui qui veut imposer son autorité à un autre, et je ne laisserai personne vilipender mon nom ou ma personne. Seule la distance entre ma famille, Gabriel et moi-même m'importe pour le moment…

- C'est bien ce que je disais : Tu parles comme une adulte ! ricana Tracey en secouant sa tête. Je te demandais simplement si tu avais peur et tu me fais l'inventaire de tous tes états d'âme ! Merlin, que tu deviens ennuyeuse !

- Je ne suis point ennuyeuse ! rouspéta Daphné en fronçant ses sourcils. J'ai simplement eu une bonne éducation, et en tant que future princesse, je me dois d'avoir un comportement irréprochable aussi bien par les gestes que par la parole !

- Hm hm… En attendant, princesse ou pas, tu es toujours incapable de savoir t'habiller seule on dirait, lui fit remarquer son amie en essayant à présent de fixer son chapeau sur sa tête.

Il ne lui fallut d'ailleurs pas longtemps pour y parvenir, et après un dernier coup d'œil sur son reflet, Daphné se leva de son siège pour admirer l'ensemble de son propre uniforme. À peine eut-elle été debout que sa robe tomba aussitôt à ses pieds, masquant les souliers noirs et vernis qu'elle portait alors que le poids de celle se faisait finalement sentir. Le bleu azur de son uniforme était encore plus lumineux lorsque les rayons du soleil venaient le frapper, et son corset bien que lui comprimant la poitrine, lui donnait une silhouette absolument mince et jolie dont ne tarissaient pas d'éloges ses parents. Tournoyant sur elle-même, Daphné réprima l'envie de rire en voyant sa robe suivre ce mouvement et former de jolies vagues autour d'elle.

- Cet uniforme est tellement beau, dit-elle en admirant une nouvelle fois les multiples couches de mousseline sur les encolures et bordures de son vêtement. Cela change des uniformes austères et tristes de Poudlard… Dumbledore devrait s'en inspirer, du moins pour les filles…

- C'est le cadet de nos soucis, ne crois-tu pas ? répondit Tracey en se dirigeant vers le placard dont elle en ressortit quelques instants plus tard la fine veste assortie à l'uniforme et qu'elle lui tendit. Laissons ce vieillard à ses manigances et occupons nous plutôt de nos problèmes actuels. Hm… Cette uniforme est bien jolie oui, mais cependant pour ce qui est de la mobilité, je ne pense pas que l'on pourra à l'avenir courir avec ce genre d'accoutrement sur nous…

- Cela m'est égal, de toute façon il est indigne pour une demoiselle comme moi de s'abaisser à courir comme une vulgaire fille de petite condition, déclara Daphné d'un ton faussement pompeux faisant rire sa meilleure amie.

- De petite condition, hein ? Merlin, où est passée la fille avec qui je pouvais des heures durant courir autour du manoir de mes parents ? Qui a osé la remplacer par cette prétentieuse créature se faisant passer pour ma meilleure amie ? Parlez, Ô vile sorcière ! Cacheriez-vous Daphné sous votre jupon !? Auriez-vous usurpé son identité par un quelconque stratagème ? Parlez avant que je ne perde patience !

Tracey eut tout juste le temps d'esquiver le coussin que lui lançait Daphné, mais ses petites taquineries avaient au moins réussi à la dérider encore davantage. Daphné dégageait à présent beaucoup moins de froideur et de sérieux que lorsqu'elle était entrée dans sa chambre, mais connaissant le penchant de son amie à constamment changer d'humeur, Tracey ne doutait pas que son attitude distante et réservée reprendrait rapidement le dessus dès lors qu'elle se trouverait dans une situation la mettant mal à l'aise. Mais pour le moment, elle profita de cette rare occasion pour s'amuser en compagnie de son amie d'enfance… Du moins, ce fut avant qu'un élément perturbateur ne vint contrarier ses plans.

Leur petit jeu fut en effet brutalement interrompu par l'entrée soudaine de Rosie et Astoria, toutes les deux hilares et indifférentes à leur présence. Entrées telles des furies, la petite sœur de Daphné et sa meilleure amie claquèrent fortement la porte de sa chambre, envoyant au passage une bourrasque de vent manquant de faire tomber le chapeau que Daphné s'était évertuée à maintenir en place, tout en gloussant joyeusement de telle façon que Marie-Louise en aurait probablement fait le reproche à sa fille. Vêtues de jolies robes blanches en coton brodées et si fines qu'elles semblaient presque transparentes, les cheveux démêlés et tombant en de jolies bouclettes sur les épaules et un air essoufflé sur le visage, Rosie et Astoria ressemblaient à deux petites sauvageonnes ayant une fois de plus fait les 400 coups pour une raison qui échappait encore aux deux plus âgées. Quant au pourquoi elles étaient venues trouver refuge dans sa chambre, elles préféraient ne pas le savoir, n'étant plus surprises depuis longtemps des frasques que ces deux fripouilles étaient capables d'accomplir. Leur présence gêna cependant Daphné, et elle ne prit pas la peine de prendre des pincettes pour le leur faire savoir :

- On ne vous dérange pas, j'espère ? maugréa t-elle en fusillant sa sœur du regard, un coussin à la main qu'elle n'hésiterait pas à lancer sur elle si la réponse ne la satisfaisait pas.

- Oh, vous êtes encore là ? s'étonna Rosie en les regardant drôlement. Votre carrosse ne doit pas bientôt arriver ?

Daphné s'apprêtait à lui répondre, mais de soudains petits coups portés contre la porte l'interrompirent dans son élan, rapidement accompagnés quelques secondes plus tard par la petite voix fluette et aiguë de Gabrielle Delacour :

- Laissez-moi entrer ! se plaignait-elle de l'autre côté en continuant de tambouriner contre la porte. Je veux jouer moi aussi !

- Non Gabrielle ! dit aussitôt Astoria tandis que Rosie tentait tant bien que mal d'empêcher la plus jeune fille des Delacour d'entrer en bloquant la poignée. Tu ne peux pas jouer avec nous ! Tu es trop petite !

- Petite ? répéta d'un ton énervé Gabrielle. Je ne suis pas petite pour jouer à me cacher ! Ouvrez-moi où je dis à Sœur Catherine où vous vous trouvez !

La remarque fit aussitôt mouche, comme le remarqua immédiatement Daphné en observant le visage de sa sœur et de Rosie blanchir brusquement. Toutes les deux se regardèrent quelques secondes, puis après un soupir simultané de leur part, elles consentirent finalement à ouvrir la porte, révélant derrière elle une Gabrielle Delacour particulièrement ravie d'avoir pu les faire flancher.

- J'ai failli attendre ! dit-elle d'un ton victorieux sonnant horriblement familier aux oreilles des quatre autres filles pour l'avoir entendu à de nombreuses reprises de la bouche de Fleur. Vous avez de la chance, Sœur Catherine fouille l'étage au dessus pour le moment !

- Est-ce que l'une d'entre vous pourra enfin m'expliquer ce que vous faites !? s'énerva finalement Daphné en les regardant froidement. Ceci est ma chambre, et jusqu'à présent, je ne vous ai donné à aucune d'entre vous l'autorisation de venir ! Alors si vous voulez vous amuser, allez ailleurs !

- Sauf que c'est également la chambre de mon frère, répliqua Rosie en lui tirant au passage la langue, et jusqu'à présent il ne m'en a jamais interdit l'accès !

Le claquement d'une porte à quelques mètres de là la fit cependant sursauter, et aussi vite que si elle avait eu le diable aux trousses, Rosie se précipita vers le lit de Daphné sous lequel elle disparut rapidement, rejointe quelques instants plus tard par Astoria et Gabrielle. Toutes les trois se mirent à ricaner de plus bel tandis que Daphné et Tracey roulaient des yeux devant leur comportement, mais les gloussements cessèrent dès lors que la porte de la chambre fut de nouveau ouverte, révélant quelques instants plus tard celle qui parvenait à faire trembler de peur Rosie : Sœur Catherine de Saint-Jérôme.

Vêtue de sa traditionnelle robe noire lui tombant jusqu'aux pieds, d'un voile lui recouvrant le haut du corps et d'une ceinture ressemblant à un fil de corde lui enserrant la taille, cette religieuse ne donnait pas au premier abord l'impression d'être une femme agréable et sympathique, et chaque fois qu'elle la croisait par hasard au détour d'un couloir, Daphné ne pouvait s'empêchait d'être intimidée par l'apparence austère de l'instructrice de Rosie et Astoria. D'un âge plutôt avancé, le visage émacié et sec et un regard lui donnant l'air d'un faucon guettant sa proie, Sœur Catherine n'était pas une personne à contrarier ou dont on pouvait se moquer sans s'attirer ses foudres, et Rosie faisait bien souvent les frais de ses colères lorsque celle-ci osait défier son autorité.

Le choix d'une religieuse pour éduquer correctement Rosie dans le respect des traditions et des principes propres à l'église catholique pouvait surprendre au départ, mais les circonstances dans lesquelles cette femme fut désignée comme enseignante pour la fille de Lily et Marie-Louise permettaient cependant d'éclaircir certains malentendus.

Si Harry s'était rapidement accommodé de sa nouvelle vie et avait assimilé avec une volonté manifeste les charges qui incombaient à son nouveau rôle, les premiers pas de Rosie dans le monde très fermé et strict de l'aristocratie s'étaient avérés plus difficiles pour elle. D'un caractère prononcé et dotée d'une forte obstination à ne vouloir en faire qu'à son bon vouloir, la sœur d'Harry fut rapidement connue pour son impétuosité par delà même les frontières de la Bretagne, et cela lui valut à quelques reprises de se retrouver dans des situations bien embarrassantes non seulement pour elle mais également pour sa famille ; Se retrouver au beau milieu des bois par une nuit noire avec pour seule figure d'autorité une gouvernante incapable de contrôler cette boule d'énergie valut en outre à Rosie la plus longue punition qu'elle ait jamais connue de toute sa jeune vie.

En outre, le comportement en lui-même de Rosie différait de celui de son frère, et si elle faisait preuve de volontarisme dans l'approfondissement de ses connaissances et l'assimilation de nouvelles informations, elle perdait néanmoins rapidement de l'intérêt dans ce qu'elle entreprenait, ne parvenant à trouver la force d'apprendre que dans le jeu Elle ne réussit en outre qu'à apprendre l'italien en rejouant quelques célèbres pièces de la «commedia dell'arte» quand il ne fallait tout simplement pas lui faire réviser ses tables de multiplication en chantant. Seuls les cours de magie parvenaient à attirer sa pleine et entière attention, mais encore fallait-il qu'il ne soit pas uniquement théorique.

Pourtant, tout le monde s'accordait à dire que Rosie était une petite fille à l'esprit vif et ne manquant pas d'intelligence, mais cela était éclipsé par ses nombreux défauts, et à mesure que le temps passait et que ses bêtises s'accumulaient et s'accentuaient, ses mères durent rapidement se rendre à l'évidence qu'il fallait pour elle un enseignement plus rigoureux, plus strict et plus intransigeant afin de la former elle aussi au rôle qui l'attendait plus tard. Face à la difficulté qu'elles rencontraient toutes les deux à contrôler l'hyperactivité de leur fille, Marie-Louise avec l'accord de Lily décida alors qu'il était plus sage de parfaire l'éducation de Rosie en y incluant une approche plus centré sur l'apport de la religion et de ses préceptes qui montrerait ainsi suffisamment de fermeté pour lui permettre de canaliser son énergie débordante et de pouvoir dresser des limites à ne pas franchir.

La solution fut vite trouvée, et malgré les nombreuses supplications de Rosie et ses multiples promesses d'effort quant à son comportement, il ne leur fallut que quelques semaines seulement pour acter l'inscription de leur fille au sein du couvent des Dames de l'assomption, un prestigieux établissement parisien où étaient élevées les jeunes filles de la haute noblesse. Une telle décision entraîna bien évidemment un départ de la petite famille vers la capitale et plus précisément à l'hôtel de Beauvais dont Marie-Louise acheta l'une des suites pour 200 000 francs pièces, mais personne ne s'en formalisa, Lily comme elle étaient bien trop heureuses de se savoir proches de Rosie : La distance les séparant n'était plus en effet que de quatre kilomètres, et les visites étant permises, toutes les deux ne se gênèrent pas pour s'enquérir fréquemment des nouvelles concernant leur fille.

Si au départ Lily fut légèrement dubitative quant au choix d'établissement dans lequel fut placée Rosie, les progrès qu'elle y fit la persuadèrent cependant que cette résolution fut on ne peut plus bénéfique pour sa fille, bien que de confession anglicane, savoir que Rosie baignerait dans la plus stricte tradition chrétienne la désappointait quelque peu. Le seul obstacle restait cependant que durant six mois, Rosie ne pouvait apprendre la magie sauf en de rares occasions, car bien que n'ayant plus aucun à priori sur les sorciers depuis très longtemps, l'ensemble de la communauté ecclésiastique gardait cependant une certaine prudence à l'égard des utilisateurs de magie, surtout depuis la fin des persécutions à leur encontre ; Le souvenir de l'inquisition était encore cuisant chez certains, et il fallait faire preuve de beaucoup de volonté et d'envie pour espérer ne serait-ce qu'intégrer l'un des multiples ordres religieux ayant encore cours.

L'utilisation de la magie était par conséquent proscrite entre les murs de tous les édifices religieux de France, et les jeunes gens qui avaient le privilège de pouvoir s'en servir étaient cordialement mais fermement invités à ne pas y penser une seule seconde dès l'instant où ils franchissaient les portes de la maison de Dieu, qu'ils soient d'ascendance noble ou non. Par ailleurs, avec la présence de jeunes filles moldues au sein du couvent et en vertu de la législation sur le secret magique ayant lieu dans le pays, révéler que Rosie et Astoria étaient des sorcières auraient eu notamment comme conséquence d'engager leur sécurité et leur survie, sans parler évidemment de la réputation qu'aurait l'établissement : Connaissant le peuple parisien, le couvent aurait très probablement fini comme la Bastille quelques années plus tôt ou comme le palais des tuileries, brûlé sans que personne ne lève le petit doigt pour stopper l'incendie ravageant une partie de celui-ci.

Ainsi, et six mois durant, Rosie et le reste de la famille quittaient le cadre champêtre et chaleureux de Lamballe pour la grande ville animée et grondante qu'était Paris, ne revenant qu'en Juillet pour parfaire l'éducation de la sœur d'Harry sous l'œil d'une religieuse désignée pour l'encadrer.

Celle-ci pour l'heure observait brièvement la chambre de Daphné, s'attardant sur quelques cachettes où Rosie et Astoria auraient pu se cacher, mais par principe et par respect pour la vie privée de Daphné, elle n'utilisa pas le sortilège de détection des présences humaines, préférant directement s'entretenir avec la propriétaire des lieux :

- Pardonnez-moi mon enfant, mais sauriez-vous par hasard où se trouveraient votre sœur et Mademoiselle de Savoie ? lui demanda poliment la religieuse tout en continuant d'examiner rapidement du regard sa chambre. Ces deux mauvaises graines ont encore profité d'un moment d'inattention de ma part pour me filer entre les doigts…

- Vous ne les trouverez malheureusement pas ici ma Sœur, lui répondit Daphné en lui désignant toutefois d'un mouvement de tête son lit. J'ai bien peur que vous ne deviez encore les chercher longtemps avant de leur mettre la main dessus. Qui sait où elles pourraient encore se cacher ?

- Je vois…, marmonna Sœur Catherine en hochant légèrement sa tête. Quel dommage en effet… J'aimerais enfin faire comprendre à mes élèves l'importance des heures d'enseignement auxquelles je leur accorde mon temps, mais j'ai l'impression de ne rencontrer qu'un mur contre lequel mes bonnes intentions restent impuissantes…

Sœur Catherine se mit alors à flâner à travers la pièce en faisant mine de s'intéresser au mobilier présent ou à la décoration qui ne manquait certainement pas sur les murs, le plafond et même sur le bois de certains meubles. Son petit jeu à première vue innocent aurait pu aisément tromper la vigilance de n'importe qui, mais le fait qu'elle se rapprochait inexorablement du lit ne laissait guère de doute sur ses véritables intentions. Daphné frémissait d'avance du sort qui allait être réservé à sa sœur…

- Ne trouvez-vous pas que cette chambre devrait être aérée? déclara Sœur Catherine en se dirigeant vers la fenêtre, baguette brandie. Oui, un peu d'air frais ne fait jamais de mal il paraîtrait…

Longeant le lit comme si de rien n'était, elle attendit de se trouver à côté du matelas pour se pencher soudainement sous le lit, envoyant aussitôt une infecte odeur d'œufs pourris du bout de sa baguette dans un épais nuage se répandant rapidement dans toute la salle. Des toussotements se firent entendre, agrémentés de temps à autre d'un « Beurk ! » et de gémissements plaintifs tandis que Rosie, Astoria et Gabrielle sortaient rapidement de leur cachette pour échapper à l'odeur putride les prenant au nez.

- Je vous y prends mesdemoiselles ! fulmina Sœur Catherine en les aidant malgré tout à s'extirper de sous le lit. Quelle indécence ! Vous cacher comme de vulgaires paysannes plutôt que de vous instruire! Vos mères ne me paient point pour vous déloger de vos caches ! Si vous étiez au couvent, je vous aurais envoyé immédiatement méditer sur votre comportement indigne pour des jeunes filles de si haute noblesse !

- Nous… Nous voulions sim-simplement nous amuser un… Un peu ! tenta de se défendre Rosie entre deux quintes de toux. Nous n'avons même plus le temps de jouer ! Nous… Nous ne faisons que travailler !

- Sornette que cela ! répliqua son instructrice en pointant sa baguette sur elle.

Un mouvement de baguette plus tard fit subitement couiner de douleurs Rosie et Astoria, toutes les deux se tenant l'oreille droite comme si quelqu'un la leur tirait. Gabrielle eut étonnamment plus de chance car à l'inverse de ses aînées, elle gardait ce sourire angélique sur la figure faisant fondre n'importe qui et qui lui donnait irrésistiblement l'air d'un ange ; Si l'innocence avait eu un visage, Gabrielle l'aurait parfaitement personnifié.

- Ouille ! gémirent de nouveau ses deux camarades de jeu.

- De grâce ma Sœur! Nous ne le ferons plus, c'est une promesse ! ajouta pour sa part Astoria.

- Arrêtez ou je vais le dire à ma mère ! la menaça quant à elle sa meilleure amie.

- Faites donc, et vous vous apercevrez que votre mère sera parfaitement d'accord avec mes méthodes d'éducation, lui assura Sœur Catherine en faisant durer le sortilège. Il se pourrait même qu'elle aussi dut passer par là dans sa jeunesse et qu'elle comprenne que devant des esprits belliqueux, la méthode forte est de rigueur pour éduquer deux petites sottes comme vous !

- J'ai essayé de les en empêcher Sœur Catherine ! affirma soudainement Gabrielle de sa petite voix aiguë. Elles n'ont pas voulu m'écouter, et elles ont même dit que si je ne les suivais pas dans leur bêtise, elles ne joueraient plus avec moi !

- Menteuse ! s'écrièrent en chœur les deux fautives alors que leur instructrice prenait un air attendri devant la bouille de Gabrielle.

- Je ne voudrais pas paraître impolie, mais pourriez-vous régler ce litige dans une autre pièce que celle-ci, je vous prie ? les pria le plus poliment possible Daphné tandis que toutes les têtes se tournaient vers elle. Loin de moi l'idée de vouloir vous chasser de cette chambre, mais le carrosse de Beauxbâtons devrait sous peu arriver et je suis horrifiée à la seule pensée de ne pas être prête pour mon départ…

- Peut-être auriez-vous pu être préparée en temps et en heure si vous n'aviez pas jugé bon de laisser ces trois demoiselles entrer dans votre chambre et jouer à se traîner sous votre lit, rétorqua Sœur Catherine alors que Daphné fronçait légèrement ses sourcils à cette remarque. Mais vous avez raison sur le fond : Nous avons perdu assez de temps comme cela, et je ne tiens pas à en perdre encore inutilement !

- Mais je n'ai pas envie d'apprendre aujourd'hui, pesta Rosie en regardant son éducatrice d'un air suppliant. S'il vous plait Sœur Catherine, pourriez-vous, juste une seule fois, nous laisser vaquer à des occupations plus… intéressantes ?

- Mademoiselle de Savoie, Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est Dieu, fut obéissant toute son enfance. Par conséquent vous vous devez de vous montrer toute aussi prompte à obéir si vous ne voulez point sortir du sentier vertueux qu'est le droit chemin, et cela commence par l'obéissance aux directives de vos aînés !

Ces simples mots, tombant comme un couperet, suffirent immédiatement à calmer les ardeurs dilettantes de Rosie, et celle-ci ne sortit dès lors plus un seul mot de sa bouche, comme vaincue par la religieuse. Voir son éducation supervisée par une bonne sœur avait ses avantages, et si la dévotion au très-haut était en soi une chose admirable pour tous ceux croyant en lui, craindre sa colère et abuser de celle-ci pour se faire obéir avait également un intérêt non négligeable, surtout lorsque qu'il fallait calmer la forte tête qu'était Marie-Rose de Savoie.

À nouveau, et à la grande exaspération de Daphné, de nouveaux coups furent portés à sa porte : Sa chambre semblait être devenue le centre névralgique à partir duquel tout le petit monde habitant le château se donnait rendez-vous, à moins que ce ne soit elle qui, par le plus grand des hasards, conduisait inévitablement les résidents de Lamballe à venir s'enquérir de ses nouvelles.

- Puis-je entrer, Daphné ? demanda de l'autre côté une voix que Daphné reconnut comme étant celle de Lily Evans.

- Oh heu… Oui bien sûr Madame Evans !

L'autre mère d'Harry fit à son tour irruption dans la pièce, et celle-ci ne put cacher son étonnement en voyant tant de monde dans la chambre de sa belle fille. Arquant un sourcil, Lily parut quelques secondes décontenancée en voyant l'air boudeur de sa fille et d'Astoria, mais la simple vue de leur gouvernante et éducatrice à leur côté suffit à lui indiquer l'origine de la mauvaise humeur perceptible chez Rosie. L'animosité entre la petite princesse et celle qui était chargée de son éducation intellectuelle et spirituelle était connue de tous, aussi ne prit-elle pas la peine d'en savoir davantage et préféra reporter son attention sur Daphné :

- Daphné, ne t'ai-je pas déjà demandé de m'appeler Lily plutôt que Madame Evans ? dit-elle gentiment tandis qu'elle intimait d'un geste de la main à quelqu'un d'entrer.

- Oui, mais cela me met fort mal à l'aise de vous appeler ainsi Madam-Lily, répondit-elle alors que plusieurs hommes faisaient leur entrée dans sa chambre. Qui sont-ils ?

- Ces messieurs viennent chercher tes affaires pour Beauxbâtons, l'informa Lily alors que ces derniers se dirigeaient déjà vers ses multiples bagages disposés près de son armoire. Tu n'as rien oublié j'espère ? Il serait dommage que nous devions t'apporter par hibou l'un de tes effets personnels car tu aurais fait preuve de négligence… Tes affaires sont également prêtes Tracey ?

- Depuis hier Madame Evans ! s'exclama t-elle fièrement en bombant le torse.

- Merveilleux, lança la mère d'Harry en faisant le tour de Daphné.

Légèrement embarrassée, Daphné se laissa cependant observer sans rien dire, faisant fit en outre des regards envieux de sa sœur qui trépignait d'impatience de faire son entrée à Beauxbâtons depuis le jour où son uniforme lui était parvenue.

- Absolument ravissant ! minauda joyeusement Lily en tentant de brosser de sa main les quelques plis encore visibles sur l'uniforme. Si j'avais eu connaissance de cette magnifique robe étant jeune, ma scolarité à Poudlard aurait été fortement compromise…

- Mais tu n'aurais pas rencontré James ! intervint d'un ton alarmé Rosie. Et… Et tu ne nous aurais pas eu Gabriel et moi…

- Raison de plus pour ne pas ressasser le passé, répondit sa mère en préférant au plus vite faire disparaître son ex-mari de cette conversation.

Un soudain hennissement lointain les interrompit, et, se dirigeant vers la fenêtre, Rosie manqua de tomber en arrière lorsqu'un gigantesque cheval ailé passa à quelques mètres de celle-ci, traînant derrière lui un carrosse bleu pastel sur lequel elle eut le temps d'apercevoir le blason de Beauxbâtons, un écu entouré de lierres et de fleurs jaunâtres et surmonté de deux baguettes magiques croisées tirant chacune trois étoiles. Le passage du carrosse devant la fenêtre obscurcit durant un cours instant la chambre de Daphné, et si personne ne le remarqua, ce petit moment suffit à lui faire prendre un teint plus pâle que d'ordinaire. Un choc lourd se fit entendre quelques secondes plus tard, et alors que la salle était plongée depuis dans un mutisme total, celui-ci fut brusquement interrompu par les voix excitées de Rosie et Astoria :

- Chouette ! s'exclamèrent-elles joyeusement. Nous allons enfin pouvoir voir des abraxans !

- Tu as vu un peu la taille qu'ils faisaient !? Par Merlin ! Ils doivent être aussi grands que cette chambre !

- Combien de fois devrais-je vous répéter de ne point jurer ! s'indigna Sœur Catherine en fusillant du regard Rosie. Et cessez une fois pour toutes de prononcer le nom de ce païen, fut-il un grand sorcier !

Mais les deux filles ne l'écoutaient déjà plus, trop heureuses d'avoir l'opportunité d'échapper une nouvelle fois à la présence de leur gouvernante. Sautillant presque sur place, Rosie et Astoria se lancèrent rapidement vers la sortie, rejointe quelques secondes plus tard par Gabrielle et manquant de faire tomber l'un des pauvres hommes qui ne dut son salut qu'en s'appuyant lourdement contre le chambranle de la porte, la poitrine comprimée par le lourd paquetage qu'il transportait péniblement dans ses bras.

- Ces petites demoiselles sont vraiment indécrottables dans leur irrespect des enseignements qu'on leur inculque ! pesta Sœur Catherine en se tournant vers Lily. Madame s'il vous plait, faites comprendre à votre fille qu'il n'est pas d'usage pour une demoiselle comme elle d'agir comme la plus dévergondée des filles de son âge ! Que dira t-on d'elle et de sa famille lorsqu'elle sera conviée à de grands événements !?

- Que c'est une jeune fille pleine de vie ? supposa nonchalamment Lily en haussant des épaules. Honnêtement ma Sœur, ne vous trouvez-vous pas trop ferme avec elle ? Je veux dire qu'elle n'a que neuf ans ! Laissez là donc profiter encore un peu des joies de l'enfance avant de songer à en faire une dame de haute société…

- Nous devrions y aller, chuchota Tracey pendant que Lily et Sœur Catherine débattaient sur le bien fondé de l'enseignement strict donné à Rosie et accessoirement Astoria.

Les deux femmes ne les avaient de toute façon pas attendu pour sortir, trop occupées à faire valoir que leur méthode d'enseignement était meilleure que l'autre, laissant ainsi à Daphné et Tracey la possibilité de prendre leur temps pour sortir à leur tour. Cette dernière n'attendit d'ailleurs pas pour les rejoindre tandis que Daphné, prise d'un soudain sentiment de mélancolie, s'attarda longuement sur la pièce qui fut sa chambre pour les dernières années, une pièce dans laquelle elle avait vécu beaucoup de choses et en particulier avec son fiancé… L'impression de laisser derrière elle un passé qu'elle ne souhaitait pas abandonner se faisait sentir en elle, une sensation certes ridicule car elle y remettrait les pieds probablement dès le mois de décembre, mais qui sonnait en elle comme la fin de son enfance, de la période d'insouciance dans laquelle chaque enfant se sentait en paix et bien loin des tracas des adultes. Le départ de cette pièce sonnait comme le premier acte d'une nouvelle vie, une vie qui commençait par son intégration à Beauxbâtons, et Daphné n'était pas encore certaine de vouloir abandonner cette vie calme et paisible. À l'inverse, cela semblait être le cadet des soucis de Tracey, car celle-ci revint quelques instants plus tard dans sa chambre, arborant un regard soucieux mais ne cachant nullement son impatience sur le visage :

- Hé bien alors ? Ne trouverais-tu pas le chemin de la sortie ? dit-elle en tapant du pied. Veux-tu que je te conduise par la main peut-être ?

- Je n'ai nullement besoin de ton aide, répliqua Daphné en croisant les bras, oubliant par la même occasion l'appréhension qui était la sienne quelques secondes plus tôt.

Celle-ci précéda Tracey vers la sortie, dardant un dernier regard sur sa chambre avant enfin d'en fermer la porte pour se diriger comme sa meilleure amie vers le rez-de-chaussée du château. Lily et Sœur Catherine étaient encore visibles quelques mètres plus loin, leur petite joute verbale raisonnant à travers les murs des différentes pièces qu'elles traversaient et au grand amusement de Daphné, la seconde mère d'Harry semblait prendre le dessus sur la gouvernante de sa fille, son argument quant à l'importance du côté humain des relations entre chaque individu prenant l'ascendant sur les doctrines sévères et d'un autre temps de Sœur Catherine.

Ce débat les accompagna sur tout le trajet, au point que Daphné se rendit compte tardivement qu'elle était déjà arrivée au grand escalier menant à l'entrée lorsqu'elle entendit les éclats de voix joyeux de Rosie et Astoria descendant les multiples marches pour se porter à la rencontre des personnes se trouvant en bas.

Un petit monde s'y trouvait déjà, notamment Marie-Louise qui continuait de donner des directives aux porteurs quant à la disposition des bagages en fonction de ce qui se trouvait à l'intérieur. À côté d'elle, un groupe de femmes composé bien évidemment de Louise-Elisabeth, d'Apolline Delacour accompagnée d'une Fleur particulièrement maussade et ennuyée, mais également plusieurs dames de la bourgeoisie locale, parées de leur plus beaux bijoux et vêtements qui avaient choisi cette journée pour s'entretenir avec la maîtresse des lieux sur des sujets étant pour l'heure inconnus de Daphné ; Néanmoins, pour en venir à assister à leur repas sans jamais y participer et se contenter de les regarder manger, leurs problèmes devaient être très délicats.

Cette pratique était semble t-il courante durant l'ancien régime, mais les repas en public n'avaient jamais été une partie de plaisir pour Daphné mais plutôt une source d'inconfort et de malaise qui pouvait lui faire perdre l'appétit très rapidement. Même Harry, pourtant d'un calme olympien, n'appréciait guère d'être relégué à une bête de foire sur laquelle les gens s'extasiaient, et le simple fait que les grands notables locaux en viennent à s'ébahir de toutes les bouchées de nourriture qu'il ingurgitait lui rappelait amèrement la même idolâtrie que les gens portaient pour son frère. Alors plutôt que de se complaire dans ce respect révérencieux qu'on lui portait, le fiancé de Daphné abrégeait le plus souvent ses repas, mangeant relativement peu lorsqu'il devait le faire en public et préférant se pencher immédiatement sur les contrats financiers que cette bourgeoisie locale s'évertuait à vouloir lui présenter.

Daphné n'avait jamais eu connaissance dans les détails de ces dossiers, et Harry se gardait bien de lui en parler. Seul dans son bureau privé, situé dans une aile isolé du château, son fiancé prenait son rôle d'homme d'affaire très au sérieux, et les femmes, que l'on pensait probablement à tort trop bêtes pour comprendre ces choses là, n'étaient généralement jamais admises à ces réunions. Tout ce que pouvait constater Daphné était qu'Harry investissait fortement dans des projets d'ordre public avec notamment la rénovation des infrastructures des villages voisins, des routes mais aussi à l'industrialisation de la région, à la création d'entreprises spécialisées dans le textile et à l'innovation des outils d'agriculture permettant d'éviter les terribles famines qu'avait autrefois connu la région. Apporter son soutien financier aux personnalités politiques des contrées voisines lui avait également assuré une certaine popularité auprès des maires, des préfets mais aussi des députés, et le peuple breton lui-même appréciait la générosité et la bienveillance de ce jeune garçon de 13 ans.

Il n'était pas étonnant par conséquent de voir de plus en plus de monde venir lui demander conseil et aide, mais comme Harry était reparti depuis plus d'une semaine parfaire son apprentissage à l'académie de Metz, ses charges avaient par conséquent été déléguées à Marie-Louise qui s'avéra être une femme particulièrement dure en affaires, mais soucieuse de bien faire.

Pour l'heure, l'unique représentant mâle du château était Remus qui, peut-être intimidé par tant de présence féminine, se tenait légèrement en retrait et conversait discrètement avec Louise-Elisabeth. Mais toutes les têtes se tournèrent quelques secondes plus tard lorsque, prise par la frénésie des grands départs et l'arrivée des chevaux magiques, Rosie accourait presque en hurlant vers sa mère, ignorant l'indécence de son comportement vis-à-vis de son statut.

- Mère ! Mère ! l'appela t-elle en se précipitant vers elle, pleine d'espoir. Mère, il faut absolument que vous m'écoutiez ! Je…

- Allons, ne courrez pas ma fille ! la coupa brusquement Marie-Louise. Où pensez-vous être ? Sur une place de marché ? En voilà des manières ! L'on ne hèle point les gens de cette façon !

- Pardonnez-moi mère…, s'excusa Rosie en marchant de manière beaucoup plus digne vers elle tandis que Sœur Catherine réprimait un énième soupir devant l'absence de progrès chez son élève. De grâce, pourriez-vous écouter ce que j'ai à vous dire ?

- Cela ne peut attendre ? s'enquit sa mère tandis qu'elle regardait sa montre. Le carrosse de votre belle-sœur et de son amie doit bientôt partir, et nous ne voudrions pas rater le moment des adieux, n'est-ce pas ?

- Non ! Mais je voulais seulement vous parler d'un sujet de la plus haute importance ! Cela concerne mes leçons…

- Vous intéresseriez-vous enfin à ce que l'on vous enseigne ? s'enquit aussitôt sa mère avec une pointe d'amusement dans la voix.

- Non… Enfin oui ! Mais la question n'est pas là ! Je voulais vous demander s'il était possible de reporter les leçons de ce jour à une date ultérieure ? Peut-être même étaler ces leçons sur plusieurs journées afin de les rattraper ?

- Pour quelle raison devrais-je vous accorder cela ? lui demanda Marie-Louise en réprimant l'envie de rouler des yeux.

Cherchant ses mots, Rosie évita soigneusement de regarder dans la direction de Sœur Catherine, lui épargnant ainsi l'horreur de croiser le regard furibond de sa gouvernante. Ses yeux croisèrent alors ceux de Lily, et si celle-ci tenta tant bien que mal de le cacher, l'étincelle de gaieté qu'elle pouvait apercevoir au-delà de ses iris ne laissait guère de doute sur le côté que son autre mère choisirait si elle avait eu à décider si oui ou non sa fille méritait bien un peu de repos dans ses révisions. Encouragée par le soutien de sa mère, ce fut d'une voix mesurée mais pleine de confiance qu'elle se décida finalement à énumérer les différentes raisons pouvant faire pencher Marie-Louise vers une décision qui pourrait la satisfaire :

- Parce que… Parce que je suis encore jeune et qu'il est mauvais pour une si jeune et jolie petite fille telle que moi de passer ses journées à travailler son algèbre, sa géographie ou même sa théologie ? Parce que vous vous souciez de mon bien être et que les enseignements de Sœur Catherine n'y contribuent point ? Parce que vous savez pertinemment que pour l'épanouissement d'une fille de mon âge et l'éveil de mon esprit, le jeu reste plus important que les cours théoriques ? tenta t-elle maladroitement en essayant tout comme Gabrielle de l'amadouer avec son plus innocent visage.

Autant dire que le résultat n'était pas celui qu'elle espérait, et si certaines personnes comme Remus ne purent cacher leur hilarité devant les propos puérils de Rosie, Marie-Louise elle garda cette même expression neutre qui n'augurait généralement rien de bon :

- La réponse est non Marie-Rose, lança t-elle d'un ton ferme tandis que Rosie prenait une mine déconfite. Vous allez assister à vos leçons tel qu'il était prévu que ce soit, vous vous montrerez assidue dans tout ce que vous enseignera Sœur Catherine et vous vous montrerez digne du sang qui coule dans vos veines et digne d'être la descendante des femmes illustres dont nous pouvons aujourd'hui nous targuer d'être les héritières.

- S'il vous plait mère…, la supplia t-elle en arborant le visage le plus attendrissant qui soit.

- Cela ne marchera pas avec moi Marie-Rose, se contenta de répondre Marie-Louise pendant que sa fille soupirait de frustration. Par ailleurs j'ai crû ouïr que vous vous seriez déjà montrée réticente à l'idée d'étudier aujourd'hui en compagnie de votre gouvernante… Ce ne serait point sage de ma part de vous donner l'autorisation de manquer encore davantage vos leçons.

- Mais…, commença Rosie avant qu'elle n'écarquille soudainement les yeux, comme sous le coup d'une prise de conscience la laissant sans voix.

Son attitude n'échappa à personne, pas même au plus mauvais des occlumens, et le petit sourire malicieux qu'elle afficha par la suite confirma à l'ensemble des personnes présentes que la fille de Lily et Marie-Louise avait probablement trouvé une nouvelle parade pour se dérober à ses devoirs :

- Que diriez-vous à cela ? Livre de l'exode 20, 1-18, troisième commandement : Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l'honneur du seigneur ton Dieu : Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l'immigré qui réside dans ta ville », énonça t-elle d'une voix claire à la surprise générale.

Pour le coup, même Sœur Catherine fut soufflée par la dernière carte jouée par son élève, et une totale incrédulité parcourut l'assistance. Même Lily, qui ne s'attendait pas à une telle récitation de la part de sa fille, fut sans voix devant sa hardiesse. Depuis quand sa fille connaissait-elle par cœur les commandements de ce livre ?

- Ce… Cela ne concerne que le travail manuel et les tâches pénibles…, tenta vainement Marie-Louise une fois qu'elle eut repris contenance.

- Ce n'est pas précisé il me semble, lui répondit gaiement Rosie en se trémoussant innocemment. Le Seigneur a travaillé six jours puis s'est reposé au septième… Qui serais-je pour m'opposer à lui ?

- Cette petite fille est décidément pleine de surprise…, marmonna de son côté Louise-Elisabeth à l'encontre d'Apolline.

- Elle mènera son époux par le bout du nez, soyez-en certaine, lui assura celle-ci en regardant fièrement sa filleule.

Marie-Louise quant à elle se redressa et, après avoir longuement observé sa fille d'un regard dénué de toute expression la mettant mal à l'aise, un petit sourire se glissa sur ses lèvres alors qu'elle apposait doucement sa main sur son épaule.

- Vous m'intriguez ma chérie, dit-elle d'une voix douce. Vous ne semblez accorder de l'importance à ce que vous apprenez que lorsque cela vous permet d'obtenir une quelconque contrepartie… Je ne suis pas certaine d'approuver cette manière de procéder à l'avenir, mais croyez bien que j'admire la ruse dont vous faites preuve. Je suis prête à vous accorder cette journée de repos que vous souhaitez tant, mais je m'informerai rapidement sur la validité de vos propos.

- Madame je…

- Il suffit ma Sœur, l'interrompit-elle tandis que Sœur Catherine fronçait ses sourcils. Soyez certaine que cette journée sera payée comme toutes les autres malgré le temps perdu, mais pour aujourd'hui je vous libère de toutes vos charges. Quant à vous mademoiselle, gardez pour vous la joie qui est vôtre, ajouta t-elle en constatant l'air joyeux de sa fille. Je n'hésiterai pas à vous faire rattraper ses heures de cours perdues à la moindre occasion. Est-ce parfaitement clair pour vous ?

- Oui mère…, répondit Rosie en gardant les yeux fixés vers le sol.

- Voilà qui est réglé, dit alors sa mère en se tournant vers Daphné. Je vois que tout le monde est là ! Hé bien, ne faisons pas attendre plus longtemps le cocher et partons à son encontre !

D'un pas décidé, elle fut la première à se diriger vers la sortie, mais prise d'un soudain doute, elle s'arrêta subitement avant de se tourner vers les bourgeoises qui elles, n'avaient pas bougé.

- Si vous voulez bien m'attendre ici mesdames, dit-elle en faisant signe à un valet de s'approcher. S'il vous plait, veuillez conduire ces dames au boudoir que nous puissions une fois mon retour discuter de ces arrangements qui vous préoccupent tant…

- Tout de suite madame, répondit son domestique tandis que les dames remerciaient Marie-Louise de révérences plus ou moins gracieuses faisant glousser discrètement Rosie et Astoria.

L'air chaud de septembre les accueillit dès l'embrasure de la porte franchie, et avec lui la chaleur estivale de cet été qui ne semblait jamais vouloir finir. Quelques personnes s'affairaient ici et là dans les parterres de rosiers, de giroflées, jacinthes, jasmins, tulipes, narcisses, lys - petite marque d'affection de Marie-Louise à l'égard de Lily -, coquelourdes et œillets de poète, embellissant encore davantage le château. Personne n'y fit vraiment attention, du moins si l'on exceptait Rosie qui, malgré de multiples avertissements par le passé, ne pouvait s'empêcher de cueillir fréquemment ces belles fleurs pour les offrir à ses deux mères, une attention touchante de sa part mais qui faisait hurler de colère le jardinier officiel de Lamballe, et qui résistait à l'envie d'aller se prélasser au milieu de ces magnifiques buissons colorés.

Au lieu de ça, elle préféra suivre à raison la petite troupe qui se dirigeait vers la route principale du château et d'où les hennissements furieux des chevaux se faisaient entendre, bien qu'elle se promit intérieurement de profiter de cette journée inespérée de repos pour mettre son plan à exécution.

Le carrosse de Beauxbâtons fut rapidement visible de tous à l'autre bout de l'allée, parfaitement aligné à celle-ci et pour l'heure chargé des multiples bagages qu'emportaient Daphné, Tracey et Fleur avec elles. D'autres étaient déjà présents, signe que des étudiantes se trouvaient déjà à l'intérieur, et à la seule vue de la pile s'entreposant sur le toit, Daphné eut l'impression que c'était tout un régiment qui s'était réuni à l'intérieur. Tandis qu'elle s'interrogeait sur le nombre de personnes se trouvant dedans, que Tracey l'accompagnait toujours volontairement à quelques pas derrière et que la plupart des adultes étaient plongés dans une grande conversation sur l'actualité politique et les premières répercussions faisant suite à la paix d'Amiens marquant pour la première fois depuis des années la fin des conflits pour la France, Astoria et Rosie elles, loin de se préoccuper de ces choses là, courraient déjà vers les deux chevaux attachés, riant à gorges déployées, sous les yeux amusés des rares personnes faisant attention à leurs singeries et consternés de Sœur Catherine. Les chevaux eux-mêmes ne semblèrent pas plus gênés que cela de voir débouler sur eux ces deux jeunes filles, et comme habitués aux caresses, ils baissèrent même légèrement leur bassin pour que Rosie puisse toucher au poil soyeux de leur robe blanche, une attention salutaire de leur part quand on constatait une fois les deux filles arrivées près d'eux qu'elles pouvaient à peine le toucher même en levant le bras.

- Ne le trouves-tu pas un peu petit ? demanda soudainement Tracey à l'encontre de Daphné en regardant d'un air perplexe le carrosse. On pourrait à peine tenir à six dedans !

- Peut-être qu'ils en ont beaucoup, ou alors ils sont magiquement agrandis à l'intérieur…, supposa t-elle en haussant des épaules. Maman m'a dit un jour que les carrosses de Poudlard étaient comme ça…

- Rosie arrête ça ! s'exclama tout à coup Astoria.

Tournant de nouveau la tête dans leur direction, Daphné eut la surprise de voir sa petite sœur regarder d'un air mécontent sa meilleure amie qui de son côté fredonnait distraitement un petit air de musique en feignant l'innocence. Les yeux fixés sur le bleu du ciel, Rosie se dandinait gaiement de gauche à droite, un petit sourire sur le visage pour une raison qui lui échappait. De toute évidence la petite sœur d'Harry venait de jouer un vilain tour à son amie, et ce malgré les adultes présents.

- Je ne vois absolument pas de quoi tu peux bien parler Tory, lui assura t-elle tout en continuant de se trémousser légèrement. Je ne faisais comme toi que caresser ce si bel animal…

- ça j'ai du mal à te croire si tu veux tout savoir, répliqua Astoria en commençant à taper du pied. Je ne sais pas comment tu t'y es prise pour le refaire encore une fois, mais je sais parfaitement que j'ai perdu pendant quelques secondes l'usage de mon bras, et je ne me serais jamais grattée le… Le derrière en public !

- Tu ne peux pas prouver que j'y suis d'une manière ou d'une autre pour quelque chose, lui certifia Rosie alors qu'elle fredonnait de nouveau un petit air. Tu as peut-être été tout simplement prise pendant quelques secondes d'une absence, ou alors la mémoire te fait défaut.

Mais Astoria ne l'écoutait déjà plus, trop occupée à regarder fixement le cheval ailé juste devant elle. Daphné ne pouvait pas lire son esprit, mais au fond d'elle-même elle savait en voyant l'éclat dans les yeux de sa petite sœur que celle-ci faisait fonctionner à plein régime les nombreux rouages de son cerveau pour déterminer par quel procédé sa meilleure amie avait pu se jouer d'elle. Le soudain halètement qu'elle poussa lui confirma d'ailleurs qu'une nouvelle fois Astoria avait effectivement hérité de l'intelligence de sa mère, car bien qu'elle ait elle aussi cherché, Daphné fut pour le moins incapable de savoir comment sa belle-sœur était parvenue à ce résultat.

- Tu as utilisé l'abraxan! affirma t-elle en se tournant de nouveau vers Rosie. Quand tu l'as touché, tu as fait circuler sur sa peau un peu de magie pour te relier à ma main en profitant du fait que j'étais également en train de le caresser !

- Une vraie petite serdaigle, la félicita son amie en posant sa main sur son épaule. Ne t'en fais pas, je n'avais pas l'intention de recommencer, ajouta t-elle en voyant qu'Astoria avait eu un petit mouvement de recul.

- Avec toi, il faut que je reste constamment sur mes gardes, maugréa celle-ci en soupirant.

Et c'était une précaution que prenaient généralement tous les proches de Rosie, surtout depuis qu'elle était capable de ce genre de prouesse. Tout comme son frère, elle parvint très tôt grâce à l'entrainement de Marie-Louise à développer ses talents innés en magie sans baguette, mais si la quantité de magie qu'elle était capable d'emmagasiner en elle était bien moindre que pour Harry et jouait par conséquent sur la puissance qui lui était possible d'utiliser, elle comblait cela par une certaine facilité à pouvoir la manipuler à sa guise, à lui donner forme et à pousser plus loin son utilisation.

Sur le plan magique et tactique, Harry et Rosie différaient désormais totalement dans leur apprentissage : Si le premier possédait davantage de magie que sa cadette, connaissait un panel impressionnant de sortilèges, savait manier différentes armes et assimilait rapidement les bases du combat rapproché, le contrôle de sa magie brute lui était plus difficile et son dosage dans les sorts ou les attaques qu'il employait pour attaquer et se défendre s'en ressentait. En outre, sa magie provoquait énormément de dégâts et en particulier sur les attaques de zone, de même que ses sortilèges avaient tendance à être plus puissants que ceux du commun des mortels.

A l'inverse, Rosie possédait une certaine finesse et un talent non négligeable dans la manipulation de son noyau magique, et cela lui permettait notamment de pouvoir développer ses capacités dans le contrôle de sa magie et en faire ce qu'elle souhaitait : Là où Harry ne pouvait que créer des boules lumineuses qui explosaient au moindre contact physique, Rosie elle parvenait à donner forme à sa magie brute et à en faire des armes redoutables qu'il valait mieux éviter de croiser. Il n'était d'ailleurs pas rare de la voir s'entraîner au duel avec Harry avec un étrange arc luminescent en main qui provoquait de douloureuses blessures aux malheureux ayant la malchance de se faire toucher par ses flèches.

Son talent ne s'arrêtait pas là, et sa manipulation de la magie brute lui permettait également d'utiliser celle-ci de manière encore plus subtile et généralement sans éveiller un seul instant la méfiance de la personne visée. Tout comme les marionnettistes, Rosie pouvait donner vie à un objet en créant du bout des doigts de minuscules fils de magie appelés « fils conducteurs » qu'elle apposait sur lui par un simple contact. Il lui était ainsi facile de pouvoir combattre un adversaire à distance en employant des armes ou même des mannequins de bois qu'elle faisait bouger d'un simple mouvement de doigt. Elle pouvait ainsi palier à ses faiblesses en utilisant le corps à corps et les armes contondantes qui ne faisaient pas partie de l'enseignement que lui prodiguaient ses deux mamans tout en pouvant de son autre main continuer à utiliser des sortilèges par le biais de sa baguette magique.

De même, elle pouvait également utiliser cette autre fonctionnalité pour prendre le contrôle de ses adversaires, et comme pour Astoria précédemment, il lui suffisait d'avoir un contact direct avec la personne ciblée ou par le biais d'un quelconque canal pour la déstabiliser et l'empêcher de pouvoir agir selon sa volonté. Elle parvenait même à pousser le vice au-delà de la simple domination physique en s'introduisant par le biais de ses fils de magie à l'intérieur même de l'organisme de sa victime comme pourraient le faire des microbes et virus. Le fil de magie se dirigeait ainsi jusqu'au noyau magique du malheureux qu'elle guidait grâce à une utilisation plus développée de la légilimancie, et tel un parasite, elle venait pomper directement la magie de celui-ci pour renforcer et renouveler la sienne dans l'éventualité où elle en aurait utilisé énormément.

Cette fonctionnalité comportait cependant des risques, non seulement pour l'utilisateur, mais également pour la personne touchée : Une mauvaise manipulation pouvait entrainer l'absorption totale de la magie et rendre la cible totalement dépourvue de celle-ci à vie, de même que cette fonctionnalité pouvait en de rares cas suivre le même principe que le baiser du détraqueur et absorber l'essence vitale même de la pauvre victime, la tuant sur le coup. Rosie fut d'ailleurs longtemps marquée par la mise à mort involontaire d'une petite fée à qui elle prit malencontreusement la vie en utilisant ce procédé la première fois qu'elle tenta l'expérience. Par ailleurs une trop grande absorption de magie par un noyau n'ayant pas suffisamment de place pour en stocker pouvait également entraîner l'éclatement de celui-ci, un risque que ne souhaitait pour le moment pas prendre Marie-Louise qui jugea bon d'attendre que Rosie grandisse et développe son noyau avant d'envisager d'expérimenter de nouveau cet aspect de la magie de sa fille.

- Marie-Rose…, marmonna d'ailleurs celle-ci en constatant les pitreries de sa fille tandis que Remus ne parvenait pas à cacher le sourire amusé sur son visage.

- Excusez-moi mère, répondit Rosie d'un air penaud. Ce fut si tentant que je n'ai point pu résister à l'envie de profiter de cette situation… Cela ne remet pas en cause notre arrangement de tout à l'heure, j'espère ?

- Je n'y avais même pas songé mais merci à vous de me le suggérer, lança alors sa mère alors que Rosie prenait un air choqué.

- J'aurais mieux fait de me taire…, maugréa celle-ci en soupirant.

Quelques gloussements accompagnèrent sa remarque, mais l'attention était davantage portée sur le travail qu'effectuaient les porteurs sur le toit du carrosse sur lequel un monticule de bagages commençait à prendre véritablement forme. Daphné se demanda brièvement comment tant de valises pouvaient s'entreposer dessus, et surtout comme faisaient-elles pour ne pas tomber, mais ce fut avant qu'Astoria lui enserre la taille de ses petits bras, et de ce qu'elle pouvait entendre, sa petite sœur s'était soudainement mise à pleurer :

- Oh mais en voilà une surprise ! lança t-elle malicieusement. Je ne savais pas que mon absence allait te toucher à ce point !

- Tu es bête, marmonna entre deux reniflements Astoria en levant ses yeux brillants de larmes vers elle. Tu pensais vraiment que j'allais être contente que tu t'en ailles ?

- Hé bien, nous n'en avons pas beaucoup discuté, et je pensais que comme Rosie, tu te moquais de savoir que je puisse être ou non près de toi…

- Rosie ne s'en fiche pas, la coupa t-elle en regardant par-dessus l'épaule de son aînée les adieux froids de Fleur envers sa mère et sa sœur. Ça lui fait beaucoup de mal de savoir son frère loin d'elle-même si elle ne le montre pas, et avant aujourd'hui je ne savais pas que ça pouvait être si dure d'être éloignée de ma grande sœur…

Astoria se détacha finalement d'elle et recula de quelques pas sans pour autant la quitter des yeux, comme si elle souhaitait que jamais Daphné ne disparaisse de sa vue. Sa sœur, bien qu'habituée aux gestes de tendresse de sa part, était toutefois particulièrement touchée par le soudain élan d'amour d'une petite sœur avec qui elle passait pourtant le plus clair de son temps à se chamailler. Les liens familiaux étaient décidemment difficiles à comprendre, mais elle appréciait cependant de voir que tout comme Rosie et Harry, la relation qui la liait à sa petite sœur était inébranlable et construite sur de solides bases.

- Tu m'écriras, n'est-ce pas ? lui demanda d'une voix soucieuse Astoria.

- Autant de fois qu'il le faut, lui assura t-elle aussitôt. Mais comme je ne sais pas vraiment comment fonctionne le système des postiers moldus, je ne sais pas à quelle fréquence la réception des lettres se fait.

- Ne te trouve aucune excuse, l'avertit sa sœur. Je veux au moins deux lettres par semaine ! Gabriel en envoie autant à ses mères, à sa sœur et à toi, alors tu ferais mieux de suivre le même rythme ou les représailles seront terribles lorsque tu rentreras !

Satisfaite devant la mine interdite de Daphné, Astoria laissa glisser sur ses lèvres un sourire éblouissant, et s'accrochant à son bras, elle entreprit alors de l'accompagner vers chacune des personnes qu'elle devait saluer avant son départ de la même façon que si elle exhibait un trophée qu'elle était particulièrement fière d'avoir obtenu. Daphné se laissa faire sans réagir, encore surprise par l'avertissement de sa sœur ; Était-elle réellement apparentée à cette terrifiante créature ?

Du coin de l'œil, elle remarqua que Tracey s'adonnait également à la tâche des adieux, mais n'étant pas aussi proche qu'elle des personnes présentes, elle se contentait de poliment serrer les mains ou de leur accorder une révérence maladroite mais qui les contenta grandement.

- Encore merci à vous de m'avoir invité à passer cet été en votre compagnie madame, dit-elle à Marie-Louise lorsque vint son tour. J'ai été ravie de pouvoir passer du temps avec votre fils et Daphné…

- Au plaisir ma fille, répondit celle-ci en acceptant chaleureusement la main qu'elle lui tendait. Si votre mère et vous-même souhaitez nous faire l'honneur de votre présence une autre fois, ce sera avec plaisir…

Tracey hocha sa tête, puis après un dernier au revoir, elle se dirigea vers la porte du carrosse toujours ouverte. Daphné constata alors qu'elle était la dernière à être encore là et que Fleur n'avait de toute évidence pas daigné les attendre. Ses adieux avaient dû être très brefs, mais sa mère ne semblait pas s'en soucier, trop occupée à s'amuser des bêtises de sa filleule et de sa fille cadette qui, malgré la peine de voir sa sœur partir, prenait néanmoins plaisir à accompagner Rosie dans ses frasques.

- Il serait temps de monter Daphné, l'invita gentiment Lily en la faisant sortir de sa rêverie. Et il serait également temps que tu laisses partir ta sœur Astoria, ajouta t-elle en regardant avec amusement celle-ci.

- Oh heu… Oui vous avez raison mad… Lily, dit-elle en souriant timidement.

Maladroitement, Daphné enserra alors Lily de ses bras, et celle-ci bien que surprise par l'élan d'affection de sa future belle-fille y répondit avec une joie manifeste. L'absence de ses parents y était peut être pour beaucoup dans cet élan de tendresse, mais Lily ne s'en formalisa pas, trop heureuse de pouvoir suppléer Belvina au titre de figure maternelle pour Daphné, mais aussi de pouvoir profiter de la présence intime de celle qui allait partager la vie de son fils.

Les adieux à Marie-Louise furent beaucoup plus formels, mais la faute en revenait probablement à une éducation qui interdisait tout élan de gentillesse et de sympathie exagérée en public. Bien qu'appréciant autant la mère française d'Harry que sa mère anglaise, Daphné sentait cependant au fond d'elle qu'une barrière invisible, celle de la retenue, l'empêchait encore de pouvoir se sentir pleinement attachée à cette princesse, et celle-ci ne s'était d'ailleurs jamais montrée aussi tendre et bonne qu'avec ses deux enfants.

- Portez-vous bien, lui dit d'ailleurs Marie-Louise en lui embrassant brièvement la joue. Je ne voudrais pas que la fiancée de mon fils se laisse dépérir si loin de chez elle… Je n'ose imaginer la réaction de Gabriel si d'aventure il apprenait que vous ne vous plaisiez point à Beauxbâtons…

- Il viendrait probablement me chercher lui-même, supposa t-elle en imaginant brièvement Harry, chevauchant un magnifique cheval blanc et l'extirpant des griffes d'une terrible directrice.

- Une attitude noble et chevaleresque oui, cela lui ressemblerait bien, répondit sa belle-mère en souriant. Allez à présent ma chère, je ne voudrais pas vous retarder plus longtemps…

Daphné inclina légèrement la tête, et comme Tracey précédemment, elle grimpa rapidement sur les petites marches du carrosse tandis que le cocher gardait pour elle la porte ouverte. Faisant demi-tour sur elle-même, elle observa une dernière fois les multiples visages familiers qui se présentaient à ses yeux et qu'elle ne verrait plus pour les quatre prochains mois. Son cœur se serra légèrement à cette idée, mais tout comme pour Harry, elle se jura d'obtenir les meilleures notes de sa promotion afin de bénéficier des fameuses permissions de sortie. Cette résolution lui arracha un sourire, et après un dernier au revoir à l'assistance, elle s'engouffra finalement dans le carrosse.

L'intérieur de celui-ci était pour le moins étonnant, bien loin de ce que l'on pouvait imaginer pour ce moyen de locomotion. Contrairement aux deux banquettes classiques disposées de chaque côté de la porte, Daphné et Tracey se retrouvèrent face à une autre porte en bois joliment sculptée située au beau milieu d'un couloir composé de cinq autres portes, toutes conçues sur le même modèle et possédant chacune un petit heurtoir pour une raison qui leur échappait. Le couloir était en tout cas très accueillant, et le bois vernis, les quelques plantes en pot et les chandeliers fixés sur les murs donnait à l'endroit une atmosphère de calme et de sérénité que l'on ne pouvait retrouver que dans les plus beaux palais ou manoirs. Deux fenêtres terminaient la décoration du carrosse, et Daphné fut surprise de constater que toutes les deux ne montraient pas le paysage se trouvant à l'extérieur mais une magnifique forêt dans laquelle s'écoulait un paisible petit ruisseau où venaient se ressourcer de nombreux animaux sauvages.

Les animaux étaient comme bien souvent dans les tableaux magiques vivants, et Tracey se mit à roucouler lorsqu'en caressant du doigt un petit faon tétant sa mère, celui-ci se mit à se frotter dessus.

- Il est tellement mignon ! minauda t-elle en regardant avec une émotion non feinte le petit animal continuer à se trémousser contre son doigt. Dommage que je ne sente rien, je suis sûre qu'il doit être très doux !

- Dommage que tu ne puisses pas le prendre, je suis certaine qu'il serait du plus bel effet dans ta chambre, argua Daphné en souriant. Cependant je doute qu'il puisse contribuer à te faire dormir plus rapidement, et de toute façon Penny serait vraiment triste de savoir que tu puisses la remplacer par une simple représentation de forêt.

- Je ne joue plus à la poupée ! s'indigna Tracey en la fusillant du regard. Les états d'âme d'un jouet sont le dernier de mes soucis !

- Allez-vous continuer à parler longtemps où faut-il que je commence dès maintenant à vous tirer par les oreilles pour que vous daigniez avancer ? s'exclama soudainement Fleur en les faisant sursauter. Suivez-moi, leur ordonna t-elle d'un air méchant. Nous n'avons pas toute la journée.

Sans un mot de plus, Fleur s'éloigna en direction de la dernière porte, Daphné et Tracey sur les talons et maugréant toutes les deux sur la vélane. Celle-ci ne prit d'ailleurs même pas la peine de les attendre pour ouvrir la porte, et ce fut presque en se prenant celle-ci en plein nez lorsque Fleur voulut la refermer que Daphné entra à son tour dans le compartiment. Ses yeux furent immédiatement agressés par la luminosité de la petite pièce, la raison étant le bois omniprésent et tellement ciré qu'il semblait briller de mille feux ainsi que les quelques bougies disposées ici et là au dessus des sièges. Ces derniers étaient d'ailleurs recouverts d'un joli tissu se mariant parfaitement avec le bleu de leurs uniformes, et agrémentés de temps à autre par des fleurs de lys dorées cousus de façon ordonnées et qui rappelaient à chacun que l'école fut en grande partie construite par la royauté française quelques siècles auparavant. Une grande fenêtre à l'autre bout du compartiment permettait d'avoir une vue imprenable sur les landes alentours, illuminés par l'éblouissant soleil qui se profilait à l'horizon de cette superbe journée du mois de septembre.

- Bonjour les filles ! s'exclama alors d'un ton beaucoup plus cordial Fleur en se tournant vers les premières occupantes du compartiment.

Maintenant qu'elle y faisait davantage attention, Daphné se rendit compte que celui-ci était depuis tout à l'heure déjà occupé par deux filles d'un âge similaire à Fleur. Plutôt grande, d'une beauté indéniable et possédant chacune des traits fins et gracieux leur donnant une apparence aristocratique, cette impression se confirma d'un simple coup d'œil lorsque celles-ci se levèrent élégamment de leurs places pour faire la bise à Fleur avant de sortir leurs éventails pour se rafraichir. Mais si l'une avait un visage bien aimable et un sourire constamment aux lèvres, de jolis yeux marrons et pleins de bonté et une aura qui laissait à croire qu'elle était d'une nature bienveillante, l'autre gardait ce même air pincé, froid qui plutôt que de ravir ses traits, donnait davantage l'impression qu'elle était incommodé par quelque chose.

- Quelle idée de passer ton été ici, nous n'aurions pas été obligé de faire ce détour pour venir te chercher ! déclara la première en passant négligemment sa main dans ses brillants cheveux bruns. Nous aurions pu aller directement à Beauxbâtons depuis le manoir de mes parents !

- Navrée Marie, mais j'ai malheureusement été obligée pour des raisons personnelles de venir vivre dans ce château l'espace de quelques mois, répondit Fleur en soupirant de dépit, laissant à croire que ce séjour fut une corvée pour elle. Mère souhaitait absolument revoir son amie la princesse de Lamballe, et nous dûmes ma sœur et moi-même nous plier à sa volonté. Je te prie de croire que cela n'a pas été une partie de plaisir… J'ai dû en outre me porter garante de ces deux demoiselles auprès de la mère de cher Gabriel, ajouta t-elle en se tournant vers Daphné et Tracey.

Les deux amies de Fleur se tournèrent aussitôt vers l'entrée, et sentant les regards surpris et curieux des deux filles, Daphné réprima l'envie de baisser les yeux face à elles. Au lieu de ça, elle garda ce même air froid, insensible, que lui avait appris à maîtriser Belvina pour éloigner tous les gêneurs et les jeunes hommes les plus entreprenants à son égard. Harry, lui, l'avait affublé en ricanant du surnom de « reine des glaces », un surnom qu'elle-même trouvait logique compte tenu du caractère glacial de son visage lorsque quelqu'un osait la contrarier.

- Qui sont-elles ? se demanda la dénommée Marie en les regardant tour à tour d'un drôle d'air. Je ne savais pas que tu faisais du gardiennage Fleur !

- Pas du gardiennage, la corrigea t-elle en soupirant tandis que Daphné fut intérieurement scandalisée d'être prise pour une petite fille incapable de s'occuper d'elle-même. Disons que j'ai accepté la proposition de madame Maxime pour chaperonner des nouvelles étudiantes, et par un curieux hasard, il se trouve que je suis tombée sur la seule étudiante intégrant Beauxbâtons que je connaisse. La petite blonde s'appelle Daphné Greengrass, la présenta t-elle en se tournant vers elle. Quant à son amie, je suis désolée mais je n'ai pas retenu son nom…

- Tracey Davis, lui indiqua t-elle en tentant de contrôler ses nerfs.

- Et je ne suis pas une « petite blonde », ajouta Daphné en la fusillant du regard.

- Oh mais c'est qu'elles mordraient presque ! ricana l'autre amie de Fleur en les regardant de façon condescendante.

- Et tu ne les as pas encore vus lorsqu'elles sont seules ! De vraies petites pestes ! Si tu savais mon amie à quel point mes nerfs sont mis à rude épreuve en leur compagnie…

Fleur feignit alors une crise de larmes, mais les rires qu'elle dissimulait tant bien que mal derrière ses mains trahissaient parfaitement son véritable ressenti sur cette question. Tracey de son côté commença immédiatement à voir rouge suite à cette phrase, mais contrairement à ce que les autres purent croire, ce ne fut pas elle qui sortit de ses gonds la première mais Daphné qui, à force d'être prise pour plus jeune qu'elle n'est et volontairement humiliée, ne put s'empêcher de remettre à leur place ces trois demoiselles pour le moins provocante et insultante.

- Je ne pensais point en arriver à de telles extrémités en montant dans ce carrosse, mais il semblerait qu'il faille que je remette quelques pendules à l'heure : Je suis Daphné Greengrass, fille aînée et héritière par les droits d'aînesse du lord Cygnus Greengrass et de son épouse Lady Belvina Greengrass, future épouse de Gabriel de Bourbon, prince de Lamballe, de Savoie et de Carignan, Duc de Chateauvillain et de Penthièvre, et je ne vous permets de vous moquer de moi de façon aussi grossière !

Le silence se fit aussitôt dans la petite pièce, et Daphné, qui supposait que les autres portes du couloir menaient également à d'autres compartiments, pensa sur le moment que les autres occupants avaient probablement également entendu sa petite mais bruyante poussée de colère. Mais peu lui importait : Pour l'heure, elle s'adonnait plutôt à un combat de regard entre elle et les trois autres filles, chacune cherchant à avoir l'ascendant sur la partie adverse sans chercher à détourner les yeux. Puis, alors que leur petit duel s'éternisait, Marie soupira lourdement avant de prendre la parole, la mine soucieuse :

- Pardonne-moi mon impolitesse si j'ai pu heurter ta sensibilité, s'excusa t-elle d'un ton sincère. Je m'appelle Marie-Henriette de Forceville, mais je préfère que l'on m'appelle Marie, se présenta t-elle en inclinant légèrement la tête pour la saluer. Et cette charmante demoiselle que voici est Victoire de Joannis de Verclos, une cousine très éloignée mais que je connais cependant depuis aussi longtemps que je sois capable de m'en souvenir.

La concernée ne daigna même pas poser un regard sur elles, mais Daphné comme Tracey se fichaient bien de son ressenti vis-à-vis d'elles : Marie avait en tout cas une attitude beaucoup plus amicale et gentille que sa cousine et Fleur, et rien que pour ça, Daphné était prête à en apprendre davantage sur elle.

Le carrosse se mit soudainement à trembler, signe que le départ était enfin acté. Au dehors, le paysage commençait déjà à se déplacer, et au fur et à mesure que les puissants abraxans trainaient derrière eux leur lourde charge, celui-ci devenait de plus en plus abstrait, comme emporté dans un tourbillon de couleurs. Puis, alors qu'il continuait de prendre de l'allure, le carrosse fut brusquement secoué avant de finalement décoller, atteignant la cime des plus grands arbres en moins de quelques secondes seulement. Daphné et les autres furent rapidement éloignées de la terre ferme de plusieurs centaines de mètres, et le domaine de Lamballe, dans lequel la fiancée d'Harry avait passé la plupart de son temps ces dernières années, s'offrit en entier à sa vue, allant même jusqu'à offrir comme panorama aux filles une vision parfaite de toute la région bretonne qu'elles venaient de quitter. Jamais encore Daphné n'était montée aussi haut dans le ciel, vu d'aussi près les nuages et de pouvoir sentir avec encore plus d'intensité les chauds rayons du soleil avant aujourd'hui, et ce spectacle captivant lui fit perdre conscience l'espace de quelques minutes de l'endroit où elle se trouvait. Ce ne fut que grâce à Marie qui en lui secouant légèrement le bras, lui fit se rendre compte qu'elle était restée tout ce temps debout à admirer le monde s'étendant en bas et qu'elle ne se lassait pas de regarder.

- Alors comme ça vous seriez anglaises ? leur demanda d'ailleurs celle-ci en les dévisageant tandis qu'elles s'asseyaient finalement sur la banquette devant elle. Ce doit bien être la première fois que je rencontre des personnes de ce pays ! Je ne savais pas que Beauxbâtons acceptait des étudiantes étrangères…

- Généralement non, mais Daphné a été recommandée par sa future belle-mère auprès de la directrice, et comme cette dernière ne lui refuse rien depuis qu'elle a financé les travaux de restauration de l'aile des enchantements de l'école, il lui a été très facile de lui faire accepter la fiancée de son fils, lui expliqua Fleur sans daigner un regard vers Daphné pour confirmer ses dires.

- Je pouvais l'expliquer par moi-même tu sais, l'informa t-elle d'ailleurs d'un ton amer en la foudroyant du regard. Je n'ai pas besoin que l'on parle à ma place, autrement j'aurais payé les services d'un annonceur public. Peut-être souhaites-tu t'orienter vers ce choix de carrière Fleur ? Je ne voudrais pas me montrer malpolie ou désobligeante envers toi, mais je crois que même ce métier est au dessus de tes capacités intellectuelles…

Tracey pouffa immédiatement de rire devant le visage empourpré de l'héritière Delacour, et même les deux amies de Fleur durent réprimer l'envie de glousser elles-aussi.

- Fanfaronne autant que tu le souhaites Greengrass, répliqua Fleur d'un ton tout aussi froid. Il se pourrait bien qu'à l'avenir, tu ne puisses malheureusement pas jouir de ce privilège et que tu te contentes d'implorer mon pardon à genoux.

- Des menaces maintenant ? constata Daphné en roulant des yeux. Pour m'agenouiller devant toi, encore faudrait-il que l'on me coupe les jambes, car jamais de ma vie je ne m'abaisserai à de pareilles bassesses…

Les autres suivaient cette échange silencieusement, captivées malgré elles par la farouche opposition que montrait l'une pour l'autre, et inversement. Bien que l'origine de l'hostilité omniprésente dans leur relation leur fût pour le moment inconnue, le sujet qui suivit éclaira cependant sous un nouveau jour cette animosité soudaine :

- Ce pauvre Gabriel, soupira théâtralement Fleur en secouant légèrement sa tête de dépit. Quelle idée de s'amouracher d'une aussi vulgaire fiancée. Je ne puis que m'inquiéter de son futur lorsque je vois avec quel monstre il sera bientôt marié.

- Pourquoi faut-il sans cesse que tu remettes en causes les fiançailles entre Gabriel et moi-même ? répliqua d'un ton acide Daphné. Nos parents l'ont décidé ainsi, et sa mère aurait très bien pu les annuler si elle l'avait souhaité. Mais malheureusement pour toi ce n'est pas le cas, et malgré le fait que cette union n'ait aucun enjeu ni poids politique dans la carrière de mon futur mari, celle-ci est néanmoins basée sur un sentiment que tu ne peux pas connaître puisque tu es incapable de ressentir une quelconque émotion : L'amour.

- Un mariage doit avant tout être un mariage d'intérêt avant de se pencher sur des sentiments aussi futiles que l'amour, l'informa t-elle dédaigneusement. Gabriel aurait gagné en reconnaissance et en prestige en unissant sa famille à l'illustre maison des Delacour, et non pas à celle des dévoyés, opportunistes et mensongers que sont les Greengrass…

Fleur n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'une baguette magique apparut subitement devant elle, pointée entre ses yeux. Sa propriétaire, Daphné, regardait à présent avec une telle haine sa rivale que le bout de sa baguette rougeoyait furieusement, manquant de brûler les sourcils parfaitement dessinés de la vélane.

- Ne dis plus jamais le moindre mal de ma famille, ou je te ferai payer tes vilenies, dussè-je être punie par la suite pour mon geste ! la menaça t-elle sans la quitter du regard.

Cependant, si Daphné pensait impressionner son aînée en agissant ainsi, la suite lui montra à quel point Fleur avait une estime peu flatteuse d'elle :

- Je pensais que ta belle-mère t'avait appris l'art ancestral du contrôle des émotions ? dit-elle en souriant narquoisement. Il semblerait que tu ne saches toujours point faire preuve de bienséance en dehors des murs du château de ton fiancé…

Puis avec son doigt, Fleur s'empara du bout de la baguette de Daphné et la redirigea vers le bas sans pour autant se départir de son sourire. Daphné elle ne réagissait pas, continuant simplement de la fixer de ce même air dégouté qu'elle ne réservait uniquement qu'à la vélane. Au bout de quelques secondes de silence particulièrement pesantes, elle consentit finalement à ranger sa baguette dans sa manche avant de se réinstaller sur sa banquette, les bras croisés et le regard à nouveau neutre et sans émotion.

- Tu as raison, dit-elle pour rompre le mutisme qui s'était installé. Je ne vais pas perdre mon sang-froid et mon temps avec toi, tu ne mérites pas un tel honneur. Mais j'aviserai de ta conduite Gabriel, et j'ai grand hâte de connaître sa réponse quant au comportement irrévérencieux que tu adoptes à l'égard de sa fiancée. Je ne suis pas certaine qu'il appréciera de lire ceci…

Fleur, qui pensait avoir gagné son petit échange verbal, déchanta dès lors qu'elle entendit la menace de Daphné. Son rictus méprisant s'effaça aussitôt, remplacé par une expression furieuse qu'elle garda sur son visage longuement. La joute s'arrêta là, toutes les deux détournant volontairement la tête pour ne plus avoir à se croiser du regard, et ce au grand étonnement des deux amis de Fleur et à la consternation de Tracey.

- Agissent-elles toujours ainsi lorsqu'elles sont ensemble ? demanda Marie en regardant d'un air ahuri Tracey.

- Je ne connais Fleur que depuis deux mois seulement, mais il ne s'est pas passé une journée sans que l'une ne puisse s'empêcher d'envoyer à l'autre une petite remarque méchante. Alors je pense que ce doit être le cas depuis qu'elles se connaissent, répondit-elle d'un ton blasé.

- Bonté divine, je sens que cette nouvelle année scolaire va être animée…, marmonna quant à elle Victoire en reportant son attention sur le journal qu'elle lisait.

Le trajet se déroula par la suite dans une tension palpable entre Fleur et Daphné bien que toutes les deux s'étaient silencieusement mises d'accord pour ne plus adresser la parole à l'autre de tout le voyage. En vérité Fleur ignorait royalement sa protégée, et celle-ci ne prenait pas la peine de le lui faire remarquer. Au lieu de ça, Daphné et Tracey purent ainsi faire davantage connaissance avec Marie, la seule des trois filles à être véritablement plus sympathique. Elles purent ainsi en apprendre davantage sur leur nouvelle école, sur la disposition des bâtiments et des salles, sur les cours pourvus par l'établissement et les sujets abordés, mais également sur le règlement plutôt sévère de Beauxbâtons qui leur était pour le moment inconnu, Fleur n'ayant pas daigné le leur indiquer les rares fois où Daphné le lui avait demandé.

Aux alentours de 16 heures, le carrosse fondit brusquement vers la terre ferme, et de là où elle se trouvait, Daphné constata depuis la fenêtre que pas un seul château digne de servir d'école n'était en vue, pas plus qu'elle ne remarqua la présence d'éventuels carrosses attestant de la présence d'autres étudiantes. Le ciel était parfaitement dégagé, et pas un seul cheval volant n'était visible à des kilomètres à la ronde. Seule une longue route en terre zigzagant entre des collines pouvait être aperçue, au bout de laquelle se trouvait une immense ville en bordure de mer ; Beauxbâtons se trouvant en pleine forêt au centre même du pays, Daphné comprit alors que leur carrosse faisait une escale, probablement pour chercher d'autres étudiantes. Son intuition s'avéra juste lorsque, après avoir amorcé sa chute, leur voiture atterrit quelques centaines de mètres plus loin sur un sentier complètement désert et à l'abri des moldus un peu trop curieux. Leur carrosse et les chevaux étaient bien invisibles pour les non-sorciers, mais mieux valait afin de ne pas attirer l'attention sur elles que les jeunes étudiantes de Beauxbâtons n'embarquent dans les voitures qu'à l'écart des villes ou des villages, là où personne ne s'interrogerait sur l'étonnante présence d'une fille en uniforme scolaire au beau milieu de nulle part.

Aussitôt que la voiture s'arrêta, Victoire se leva brusquement, et s'excusant de devoir s'absenter quelques instants, elle sortit rapidement du compartiment à la surprise de Fleur et des autres. Même sa cousine paraissait étonnée par son comportement, et lorsqu'elle revint quelques instants plus tard en leur compagnie, l'étonnement s'accrut encore davantage lorsqu'elles constatèrent toutes qu'elle ne revenait pas seule.

Une jeune fille de l'âge de Daphné et Tracey l'accompagnait, tirant timidement derrière elle ce qui semblait être un petit sac de voyage et gardant constamment la tête baissée par peur de croiser leurs regards.

- Alors ça ! s'exclama d'un ton à la fois surpris et mécontent Marie en toisant sa cousine. Tu ne m'avais point dit que toi aussi tu avais accepté de jouer la guide pour une nouvelle élève ! Je constate que la confiance règne !

- Je ne voyais pas l'intérêt de te le dire…, se contenta de répondre Victoire en haussant des épaules. Tu n'as qu'à te trouver une place libre, ajouta t-elle en s'adressant à sa protégée qu'elle ne daigna pas regarder.

- O-oui…, répondit celle-ci d'une petite voix timide avant d'aller prendre place sur le dernier siège libre à côté de la fenêtre et juste en face de Daphné.

- Laisse-moi faire, je vais t'aider…, lui proposa gentiment Marie en l'aidant à poser son sac sur le filet à bagages prévu à cet effet.

La fille ne lui répondit pas, préférant au silence la remercier pour son aide d'un simple sourire que Marie accepta bien volontiers. Par la suite, une fois tout le monde installé, celle-ci tenta de la faire davantage parler, lui demandant quelques renseignements censés être anecdotiques sur elle et ses principaux centres d'intérêts, mais son interlocutrice préférait garder le plus souvent le silence, ne répondant que par quelques bribes de phrases et des grognements qui n'engageaient à rien. Devant ce mur, Marie abandonna rapidement la partie et reporta son attention sur les cinq autres filles présentes, mais ce soudain désintérêt pour elle n'avait pas l'air de déranger la nouvelle arrivante qui garda la plupart du temps son attention sur le paysage au dehors qu'elle semblait tout comme Daphné auparavant admirer.

La fiancée d'Harry en profita au passage pour mieux la détailler, les sujets de conversation de Fleur n'étant de toute façon pas suffisamment intéressant selon elle pour s'y préoccuper plus qu'il ne le fallait. La timidité de la jeune fille avait au moins un avantage : Pas un seul instant elle n'osa regarder dans la direction de Daphné, ce que cette dernière jugea appréciable dans la mesure où elle pouvait tout à sa guise l'observer. Petite, maigre, l'inconnue avait malgré tout un visage agréable et emplit de douceur qui, couplé à son caractère effacé, lui donnait immédiatement l'impression d'être une personne de bonne foi, gentille et très sympathique. Son apparence était cependant négligée, et si Daphné avait pris un soin particulier à sembler impeccable et propre sur elle, cette fille elle n'avait pas pris la peine de nouer ses cheveux en un chignon serré dissimulé sous son chapeau, une obligation inscrite pourtant dans le règlement, les laissant à l'inverse tomber en cascade sur ses épaules sans que personne ne lui ai fait le reproche ou même la remarque. Son uniforme, crée à partir de tissus ordinaires, contrastait également avec ceux des autres occupantes, tous taillés dans de luxueuses étoffes et cousus de main de maître ; Une tradition, stupide aux yeux de Daphné, voulait que la richesse du tissu employé dans la confection de sa tenue déterminait le rang social de la personne qui le porterait, et si elle avait hérité d'un uniforme en soie très soyeux et brillant, l'autre fille elle devait de toute évidence faire partie des catégories sociales les plus basses du pays car son uniforme était peu reluisant.

Cela peina étrangement Daphné, peu habituée à côtoyer d'aussi près quelqu'un de pauvre, d'autant plus qu'elle n'avait jamais ressenti une telle émotion les rares fois où elle avait croisé la famille Weasley. L'idée de prendre sous son aile cette fille lui traversa l'esprit, mais avant d'en arriver à ce résultat, elle espérait apprendre d'abord à la connaitre davantage : Ses parents ne cessaient de lui inculquer qu'il fallait toujours en savoir plus sur une personne avant de se lier avec elle, et elle était bien décidée à suivre ce principe.

Les minutes puis les heures défilèrent, mais personne ne voyait réellement le temps passer, le paysage défilant plus bas captant durablement leur attention par la richesse et la diversité des landes qu'elles survolaient toutes. La France était décidément un très beau pays, et les petits villages qu'elle pouvait voir de temps à autre au beau milieu des forêts et des champs ne faisait que confirmer encore l'opinion qu'avait Daphné sur ce pays. Bientôt ce même paysage changea de nouveau, et des plaines plates parsemées de champs de blé en passe d'être moissonnés du Limousin, les hauts plateaux et vallées d'Auvergne commençaient finalement à apparaître, rendant inéluctable l'arrivée à Beauxbâtons. Les volcans depuis longtemps endormis du massif central les émerveillèrent longuement, particulièrement Tracey qui, au cours de sa scolarité, espérait étrangement voir un jour une éruption volcanique depuis la fenêtre sa chambre. Fleur en profita au passage pour affirmer que ces volcans étaient la représentation parfaite du caractère explosif sommeillant en Daphné et qu'il fallait par conséquent ne pas s'approcher trop près d'elle, mais celle-ci l'ignora royalement, arguant simplement que si sa consistance était composée de lave, Fleur elle était probablement remplie de vide, un vide si grand que l'on pourrait y glisser toute cette région sans pouvoir espérer le combler.

Puis, alors que les plus jeunes commençaient à suggérer à mi-mot que leur arrivée devait être inéluctable et que Marie faisait mine de ne pas savoir le temps qui devait leur rester avant d'enfin voir de leurs propres yeux le château de Bauxbâtons, Fleur se leva soudainement, et d'une voix aussi froide que de la glace, elle s'adressa à celles-ci en prenant soin toutefois de ne rien regarder d'autre que Daphné :

- Bien si cela ne vous ennuie pas mes petites demoiselles, nous allons maintenant vous laisser faire plus ample connaissance, décréta t-elle en se dirigeant vers la porte pour l'ouvrir.

- Tu nous laisses ? la questionna Tracey en la dévisageant d'un air étonné.

- Je n'ai pas besoin de faire la garde d'enfant jusqu'à la fin du trajet, l'informa t-elle en plissant ses yeux. Tu n'as quand même pas besoin que je te tienne la main jusqu'à la salle de toilette ou pour acheter des sucreries quand même ? De toute façon je ne pense pas pouvoir supporter encore très longtemps votre présence à mes côtés, surtout lorsque je souhaite traiter de sujets très importants avec mes amies et qui ne nécessitent nullement votre avis.

- Mais comment allons-nous faire lorsque nous serons arrivées là-bas… ? s'enquit-elle aussitôt avant d'être coupée par Daphné.

- Il est vrai que tu n'as pas besoin de nous pour discuter des dernières tendances en matière de mode dans les cours européennes, argua t-elle pour sa part en souriant narquoisement. C'est bien là le seul sujet de conversation sur lequel effectivement nous ne pourrions malheureusement pas te surpasser. Parfois je me demande si tu n'as pas un bout de tissu à la place du cerveau pour expliquer ta si grande attirance pour les vêtements.

Fleur devint aussitôt rouge de colère, mais elle parvint malgré tout à garder suffisamment contenance pour ne pas essayer de répliquer. Au lieu de ça, elle ouvrit brutalement la porte qu'elle fit heurter bien plus fort qu'il ne le fallait sur le bois du compartiment avant de sortir sa baguette et de faire léviter jusqu'à elle ses effets personnels. Sans un regard derrière elle, elle disparut finalement dans le corridor d'un pas pressé, le claquement de ses talons étant le seul bruit perceptible dans tout l'habitacle. Ses deux amies s'empressèrent immédiatement de la suivre en traînant derrière elles leurs propres valises, mais si Victoire ne se donna pas la peine de les saluer une dernière fois ou de donner à la fille dont elle avait la charge ses dernières recommandations et autres indications utiles pour la suite du voyage, Marie elle les salua une dernière fois en leur adressant un petit sourire compatissant, une manière discrète d'excuser le comportement de ses amies.

- Cul de jument ! pesta Tracey dès que la porte s'était refermée.

- Tracey ! s'indigna son amie en l'observant avec désapprobation. En voilà des paroles ! Heureusement que ta mère n'est pas là pour te savonner la langue !

- Et alors ? C'est bien ce qu'elle est ! répliqua t-elle d'un air boudeur en croisant les bras. Et puis ce sont les villageois de Lamballe qui m'ont appris ce juron l'autre jour, je ne fais que mettre à profit ce que l'on m'enseigne…

- Sauf qu'il vaudrait mieux pour toi mettre à profit les choses éducatives que l'on t'enseigne, pas les vilains mots que le bas peuple aime à prononcer.

- Arrête tes sermons Daphné, souffla tracey en glissant nonchalamment ses bras derrière sa tête. Je ne vois vraiment pas pourquoi tu te montres aussi coincée pour une toute petite insulte. J'aurais très bien pu dire d'elle qu'elle était une voirie ambulante, une gourgandine ou même une salope tu sais…

- Tracey ! s'insurgea de nouveau Daphné en lui administrant une petite tape sur le haut de crâne. Je suis vraiment désolée pour son comportement, ajouta t-elle en se tournant vers la dernière occupante qui s'était faite silencieuse depuis le début. Elle n'est d'habitude pas aussi vulgaire… Peut-être est-ce l'appréhension qui la pousse à se conduire de la sorte…

- Pas du tout, répliqua Tracey. Je suis parfaitement à l'aise si tu veux tout savoir ! Je pourrais même aller jusqu'à dire que je n'ai nullement peur de cette école et de ce que l'on y apprendra ! Il me tarde simplement de montrer à cette Victoire que je ne suis pas une petite fille, et que je pourrais très bien lui botter les f…

- Je pense que nous avons compris maintenant ! la coupa Daphné en posant rapidement sa main contre sa bouche. Merlin, je ne nous donne pas une semaine avant que nous ayons des problèmes par ta faute. J'espère que tu sauras te conduire convenablement la plupart du temps !

Tracey s'apprêtait de nouveau à lui répondre, mais un soudain gloussement les firent toutes les deux tourner la tête. La jeune fille silencieuse jusqu'à présent les regardait à présent en gloussant de bon cœur, mais en voyant que l'attention était à présent portée sur elle, celle-ci s'arrêta aussitôt et détourna rapidement son visage vers la vitre, intimidée.

- Désolée, s'excusa t-elle sans pour autant les regarder. C'est juste que vous êtes très drôles toutes les deux, alors je n'ai pas pu m'empêcher de rire à ce que vous faites… Excusez-moi si je vous ai blessé…

- Oh non non du tout, la rassura Tracey en souriant gentiment. Nous avons juste été surprises voilà tout. Tu t'appelles comment ?

- Lucie, répondit-elle d'un ton hésitant. Lucie Desmoulins.

- Ravie de te rencontrer. Moi c'est Tracey Davis, et elle Daphné Greengrass. Alors toi aussi tu serais une nouvelle étudiante de Beauxbâtons ?

- Oui mais je... Je ne connais absolument rien à la magie..., avoua Lucie timidement. Je vais sûrement être très mauvaise durant les cours...

- Oh ne t'en fais point pour si peu, mon fiancé eut également des élèves ne sachant rien de la magie notamment parmi ses plus proches camarades, mais après deux ans maintenant, ils en savent beaucoup plus que tu ne peux l'imaginer, la rassura Daphné. Gabriel n'y est point étranger, et si tu le veux bien, je pourrais également t'aider dans ton apprentissage.

- Ce serait très gentil de ta part, la remercia t-elle en esquissant un léger sourire. Je ne sais cependant pas si je ferais honneur à tes leçons, je n'ai jamais été très bonne à l'école...

- En voilà des balivernes ! Tracey était aussi mauvaise qu'une née-moldue avant que je ne l'a reprenne en main, mais à présent elle a fait d'importants progrès : Elle est désormais capable de tenir sa baguette correctement, ce qui constitue en soi une progression considérable !

- Hé ! s'indigna aussitôt celle-ci.

Lucie cependant gloussa de nouveau, et mise en confiance par la gentillesse des deux autres filles, elle devint beaucoup plus ouverte et prompte au dialogue qu'au départ. Leur conversation dura d'ailleurs tout le reste du trajet, seulement interrompue quelques minutes lorsque Daphné chercha le compartiment réservée à une gentille dame y ayant installé un petit stand à friandises, ce qui lui permit au passage d'initier la petite née-moldue aux sucreries magiques. L'ambiance fut ainsi beaucoup plus détendue pour le reste du trajet au point qu'elles ne remarquèrent même pas le temps passer. La journée n'était pas encore terminée, et le soleil pointait encore très haut dans le ciel lorsqu'elles arrivèrent finalement à quelques kilomètres d'un immense massif en forme de dôme au beau milieu d'une épaisse forêt et sur lequel Daphné, Tracey et Lucie voyait finalement la silhouette d'un imposant château dont les rayons du soleil faisaient briller les briques rouges et les toits en ardoises noires. Beauxbâtons était finalement en vue, et cette affirmation se renforça lorsqu'un soudain courant d'air les fit frissonner, signe qu'elles venaient de passer à travers le sortilège de repousse-moldu. Désormais, il n'était plus possible de faire marche arrière, et tandis que l'anxiété les gagnait de nouveau, une seule pensée leur traversa l'esprit lorsque le carrosse amorça une nouvelle descente :

Les choses sérieuses allaient commencer.


A/N : Et voilà ! Je dois être d'un sadisme pour couper ici ! Non je plaisante... Disons simplement que si je parlais également de Beauxbâtons, nous aurions probablement atteint les 25 000 mots (l'horreur...). Mieux vaut diviser le chapitre en deux par conséquent (même si la division est vachement inégale).

Donc avant toute chose... Les petits points historiques !

- Premièrement : Soeur Catherine est un personnage inventé. Néanmoins le couvent des dames de l'assomption existe réellement. Les plus grandes familles du XVIIIème siècle y envoyaient leurs filles afin d'y parfaire leur éducation, et comme je l'ai dit dans le chapitre, c'était tout à fait courant d'avoir un religieux ou une religieuse comme éducateur (pour ceux que ça étonneraient ^^). L'exemple le plus parlant est probablement la fille même de la marquise de Pompadour qui y fut élève (mais qui y mourra cependant d'une péritonite aiguë). Cependant avec l'abolition des privilèges et notamment ceux des ecclésiastiques (j'ai un doute, mais je crois bien que parmi les privilèges abolis, il y avait celui d'enseigner aux enfants dans toutes les villes et villages, ce qui était justement contraire aux valeurs des républicains qui souhaitaient voir l'influence de l'Eglise être réduite à néant) ainsi que la constitution civile du clergé d'août 1790 qui place l'Eglise sous la tutelle de la république jusqu'en 1801, je n'ai pas réussi à trouver un document sur internet me précisant si oui ou non ce couvent avait conservé la possibilité d'éduquer les jeunes filles dans le respect de la religion... Dommage, mais j'ai choisi de faire comme si c'était le cas. J'ai d'ailleurs imaginé quelques petites scènes où Rosie en ferait voir de toutes les couleurs aux nonnes et à la mère supérieure xD.

- Deuxièmement, la remarque sur les repas et les gens y assistant : En fait c'est tout simplement l'Étiquette ! Elle est apparue sous François Ier, mais c'est surtout à partir de Louis XIV qu'elle s'est développée et honnêtement... Parfois, c'est vraiment n'importe quoi xD. Servir le roi pour des choses aussi inutiles que lui tenir son bougeoir lorsqu'il va se coucher ou lui nettoyer la bouche une fois qu'il a terminé son repas était cependant considéré comme un véritable honneur par la Cour, et les gens se battaient presque pour en bénéficier. Il pouvait y avoir énormément de monde pour simplement assister à ses repas, et ne parlons pas des accouchements royaux : Il y avait 300 personnes dans la chambre de Marie-Antoinette lorsqu'elle a accouché de sa fille, mais c'était surtout par peut que l'on substitue l'enfant contre un autre... Dernièrement, j'ai d'ailleurs lu dans une biographie sur elle qu'il y avait même un ordre pour lui donner ses vêtements, et qu'en fonction du statut et du rang de la femme, elles devaient toutes se passer la robe avant de finalement l'offrir à la dernière personne chargée de l'habiller (heureusement, elle supprimera ce procédé, mais le plus étonnant c'est que cela choquera la Cour de Versailles). Je me suis dit que cela devait être également courant dans les familles nobles d'employer le même procédé au niveau plus local, donc parmi la bourgeoisie voir le reste du peuple.

- Troisièmement, au sujet de Marie-Louise : J'ai lu comme dit précédemment une biographie de Marie-Antoinette qui s'appelait "Les années Trianon", et ça m'a permis d'en savoir davantage sur elle. Bon tout d'abord, contrairement à mon histoire, l'auteur parle d'elle en l'appelant "Marie-Thérèse", mais ce n'est qu'une erreur sans importance. Ensuite, Marie-Louise est loin de la femme sûre d'elle de ma fiction : En vérité, c'était une femme fragile, qui pleurait constamment au point d'en irriter la reine et qui d'ailleurs était dévouée corps et âme à celle-ci (elle pleurait quand la reine se désintéressait d'elle... Et pleurait quand Marie-Antoinette lui écrivait une lettre ou la conviait à l'accompagner à un quelconque rendez-vous xD). Elle était facilement influençable et croyait absolument à n'importe quoi (j'ai déjà oublié le nom de cette femme... Madame de Marsan peut-être, mais elle prétendait pouvoir entrer en contact avec les morts/prédire l'avenir grâce aux aboiements de ses chiens, et Marie-Louise y croyait). Elle aurait également été franc-maçonne, du moins cette confrérie l'intriguait fortement, et des rumeurs prétendaient qu'elle aurait eu une liaison avec son médecin, le docteur Seiffert, qui l'avait soigné durant ses longues années de mélancolie et de dépression. Enfin elle était malgré tout assez appréciée du peuple parisien et n'hésitait pas à venir en aide aux plus démunis en leur offrant de la nourriture, un logement ou même de l'argent si elle le pouvait. Je vous dis tout cela parce que ce caractère risque d'apparaître dans ma nouvelle fiction, alors ne soyez pas choqués ^^.

Maintenant pour ce qui est de l'histoire en elle-même :

- La magie de Rosie : J'ai pensé à différencier la magie sans baguette d'Harry et Rosie dans la mesure où cela étend le champ de possibilités d'utilisations de celle-ci : Harry emploiera de la magie brute, destructrice et facile à utiliser, alors que Rosie elle se montrera plus subtile dans son utilisation, plus délicate mais également beaucoup plus avancée comme vous avez pu le lire (l'idée des fils de magie lui permettant de contrôler des objets est inspirée du frère de Gaara dans Naruto, le marionnettiste Kankuro. Quant au contrôle d'autres personnes en infiltrant sa magie dans celui-ci, j'ai davantage pensé au contrôle des ombres de Shikamaru ^^). Cela ne veut cependant pas dire que la sœur et plus forte que son frère aîné, mais en combat, ces deux là combleraient les lacunes de l'autre et créeraient un duo de choc ! D'ailleurs je différencie radicalement le comportement de l'un vis-à-vis de l'autre : Rosie est une forte tête, par moment insolente et difficile à soumettre, mais je préférais ça à en faire deux enfants érudits et à la longue un tantinet ennuyants.

- Lily : Je sais bien que je n'ai pas montré grand chose sur elle dans ce chapitre et qu'au premier abord, elle n'a pas l'air particulièrement touché par ce qui lui arrive, mais je me pencherai plus longuement sur elle dans un prochain chapitre.

- Remus : Alors pour être honnête avec vous, je ne sais pas vraiment quoi faire de ce personnage, d'où le fait qu'il soit quasiment invisible dans ce chapitre. Je commence même à penser qu'il faudrait peut-être envisager de le tuer, mais ce n'est qu'une possibilité.

- Fleur : L'idée d'en faire la rivale de Daphné m'est apparue dès le commencement de l'écriture de ce chapitre, et entre-nous, j'aime beaucoup cette idée. Fleur ne cache de toute façon pas le béguin qu'elle a pour Harry, mais c'est surtout par intérêt je dirais qu'elle se sent attirée par lui : La tension qui existe entre elle et Daphné sera très intéressante à développer ! Quant à ses deux amies, ce sont des personnages ayant réellement existé (bien que je n'ai aucune information sur elles hormis sur l'identité de leurs époux respectifs), et que j'ai découvert en regardant des arbres généalogiques d'illustres familles de la noblesse (je pousse vraiment mes recherches très loin xD). Quant à Lucie Desmoulins, non elle n'est pas apparentée au révolutionnaire Camille Desmoulins (bien que ça aurait pu être amusant). C'est un personnage totalement inventé, mais je trouvais ça bien de faire interagir Daphné avec une fille aussi pauvre qu'une Weasley. Vous en saurez davantage sur elle bientôt !

- Beauxbâtons : Pour ceux que ça intéresseraient et qui souhaiteraient avoir une image de cette école, Beauxbâtons sera fortement inspiré du château de Hohenzollern en Allemagne : Je n'ai jamais eu l'occasion de le visiter, mais son aspect me semble parfait pour une école de jeunes filles.

Bon alors pour le moment je ne trouve plus de points sur lesquels revenir, alors on va s'arrêter là !

Le prochain chapitre arrivera dans un bout de temps : Il montrera non seulement la première soirée de Daphné à Beauxbâtons, mais également... La répartition de Matthew ! Hé oui, c'est la rentrée pour tout le monde ! D'ailleurs j'ai eu dernièrement une petite idée sur Hermione et sans vouloir m'avancer, je suis certain que vous allez beaucoup l'aimer ! Matthew passera pour un vrai salaud sur ce coup là ^^.

Par ailleurs je démarre également mon autre histoire dès aujourd'hui : J'ai le chapitre 1 en tête, me reste plus maintenant qu'à le coucher sur papier !

Sur ce, à bientôt les amis, et passez une bonne fin de semaine !