Salut à tous ! ça fait un petit moment n'est-ce pas ? Désolé pour ces quatre/cinq mois sans news, mais pour ma défense, disons le franchement : La Fac c'est vraiment plus compliquée qu'on ne le croit ! Autant le premier semestre avait été relativement tranquille, autant le deuxième m'a complètement surchargé de travail (trois exposés, une interview, des contrôles surveillés en continu...). J'ai pas chômé en tout cas !
Donc comme promis (car je tiens généralement mes promesses) voilà le nouveau chapitre ! Honnêtement il a été plus compliqué que je ne le pensais à écrire, et la flemmardise n'aidant pas, il m'aura fallu tout ce temps pour finalement en voir le bout. J'ai d'ailleurs dû faire énormément de recherches à côté pour certains passages descriptifs, recherches doublées par mes propres lectures personnelles (j'ai dernièrement lu un livre sur Louis XIV, sur ses maîtresses, un autre sur Louis XV, deux sur Madame Elisabeth et un dernier sur une nouvelle fois Marie-Antoinette... J'ai picoré un peu dans tout ça pour pouvoir glisser de temps à autre quelques petites infos sur ces personnes afin de rendre mon histoire plus authentique ^^).
Histoire de raconter également ma vie, j'ai été il y a trois semaines pour la première fois de ma vie à... Versailles ! Autant dire que j'ai adoré, et je garderai en mémoire cette journée toute ma vie. Mais mon Dieu que c'est grand ! J'ai vraiment du mal à imaginer que toutes ces pièces aient eu à un moment ou à un autre une fonctionnalité (en tout cas pour jouer à cache-cache, ça devait être parfait). Par contre il y avait vraiment des touristes partout, alors pour prendre en photo les chambres des rois et reines, c'était franchement pas facile (heureusement que les asiatiques sont plutôt petits, c'est bien plus pratique pour prendre une photo par dessus leur tête ^^).
À ce sujet, l'histoire dont je vous avais parlé il y a quelques temps sur la soeur de Louis XVI avance rapidement : J'en suis à trois chapitres pour le moment, et j'attendrai d'en avoir fini cinq avant de commencer à la publier. Elle sera très proche de la réalité, alors si jamais cette période vous plait, dites-vous qu'elle vous servira à en apprendre davantage sur celle-ci !
Encore merci à ceux qui ont laissé un commentaire, d'ailleurs pour être honnête j'ai été quelque peu déçu par le peu de retour sur le dernier chapitre (j'aurais pensé que le personnage de Soeur Catherine aurait fait davantage réagir que ça). Mais sachez que ça n'a pas eu d'incidence sur mon écriture : J'écris pour faire plaisir et me faire plaisir, pas uniquement pour les commentaires.
Donc au programme de ce chapitre : La continuité du précédent ! Par contre contrairement à ce que j'ai annoncé, Matthew n'apparaît pas non plus dedans (autrement je serai encore tombé sur un chapitre de 20 000 mots et apparemment ça ne vous plait vraiment pas). Normalement il devrait refaire son apparition d'ici deux chapitres, le prochain étant centré exclusivement sur Harry. Par contre attendez vous à une surprise pour ce chapitre car je modifierai quelque peu la trame original de l'histoire d'Harry Potter.
Je suis certain d'oublier quelque chose, mais bon, ça me reviendra peut-être plus tard. Sur ce, bonne lecture !
Sans prévenir, et à la surprise de Daphné, le carrosse fondit brusquement vers la terre ferme en leur laissant juste le temps de s'accrocher solidement aux fauteuils du compartiment. Un sortilège préalablement placé dans l'habitacle leur épargnait le désagrément de voir les multiples objets décoratifs ainsi que les quelques sacs emportés avec elles devenir de véritables missiles rendus dangereux par la vitesse vertigineuse de la voiture propulsée vers le sol, mais rien cependant ne fut mis en place pour leur épargner la désagréable impression que tous leurs organes venaient de remonter tout le haut de leur corps suite à cette chute. Du coin de l'œil, Daphné pouvait voir Lucie s'accrocher comme si sa survie en dépendait à son siège, les yeux fermés si fermement que des rides apparaissaient tout autour, tandis que Tracey de son côté ne cessait de marmonner « nous allons nous écraser ! » en scrutant nerveusement le paysage s'approchant dangereusement au-delà de leur fenêtre. Elle-même n'était pas du tout rassurée, l'envie de rendre son déjeuner la tiraillait constamment, et ce n'était pas la petite voix dans sa tête, probablement sa conscience, qui lui soufflait que cela était très probablement normal qui parvenait à la calmer de ses angoisses.
Ce fut au moment où elle crut l'impact avec la terre imminent et que la tentation de fermer également ses yeux se fit sentir qu'elle remarqua le brusque ralentissement du carrosse et sa stabilisation dans les airs à quelques mètres seulement au dessus d'un large sentier forestier illuminé par de multiples lanternes. Le choc se fit finalement connaître quelques secondes plus tard, mais il fut beaucoup moins violent que ce à quoi elle s'attendait : Il n'y avait pour ainsi dire pas de différence entre celui-ci et celui causé par une malencontreuse roue s'aventurant sur une roche au beau milieu de la route. Daphné ne put néanmoins s'empêcher de pousser un soupir de soulagement lorsque ses yeux se posèrent sur la calme forêt visible à quelques mètres seulement de sa position pendant que leur voiture amorçait à présent la lente montée du sentier en direction de leur école.
- Qu-quelle idée de nous causer une telle fr-frayeur ! bredouilla Tracey en essayant de vaincre le tremblement de sa voix. R-rappelez-moi d'en toucher deux mots à la directrice si d'aventure il m'arrivait de pouvoir rester quelques minutes seule avec elle…
- Est-ce terminé ? s'enquit pour sa part Lucie en s'obstinant à garder les yeux clos.
- Je crois que le plus dur est passé si c'est ce que tu souhaites savoir, lui répondit Daphné d'un ton apaisant.
Lucie consentit enfin à ouvrir ses paupières, et tout comme sa camarade précédemment, à la seconde près où elle darda un regard sur le paysage au-delà de sa fenêtre, elle exprima son soulagement en soupirant fortement.
- Bonté divine…, murmura t-elle en secouant sa tête. J'ignore s'il nous arrivera de rencontrer des aventures similaires, mais j'espère que ce ne sera pas le cas.
- Je l'espère également ! approuva Tracey en riant nerveusement. Je… Je préfère encore subir les foudres de Sœur Catherine sur mon manque de sérieux dans les études que revivre une pareille épreuve !
Son gloussement fut rapidement contagieux, mais si toutes les trois quelques instants plus tard se mirent à rire de bon cœur, c'était avant tout dans le but d'évacuer la tension persistante en elles. L'effet désiré fut au rendez-vous, et la suite de leur aventure se déroula au moins dans une ambiance bon enfant, loin de la peur qu'avait engendré l'incroyable descente qu'elles avaient faite dans les airs. Le carrosse lui s'arrêta définitivement au bout d'un temps qui leur parut étonnamment long juste devant l'imposante porte d'entrée de Beauxbâtons, au beau milieu du sentier tandis qu'elles pouvaient voir des dizaines d'élèves s'engouffrer déjà à l'intérieur de la cour. Le soleil commençait à lentement décliner, mais ses rayons illuminaient encore les briques rougeâtres du mur d'enceinte de l'école. La terre battue par les sabots des chevaux et les dizaines de petits souliers souleva bientôt un nuage de poussière qui leur obscurcissait la vue, et les premières ombres des grands hêtres qui recouvraient l'ensemble du mont et entouraient le château donnaient une apparence inquiétante à l'endroit. L'obscurité était d'ailleurs presque totale sous leur feuillage, et des petits sons aigus semblables à des hululements de hiboux ajoutaient encore davantage à l'atmosphère pesante de l'endroit.
- Nous… Nous devrions sortir… Enfin je crois…, bredouilla Lucie en regardant nerveusement la forêt.
- Ouais…, marmonna Tracey, peu rassurée elle aussi. Devons-nous prendre nos bagages ?
- Je ne pense pas, répondit Daphné en regardant d'un air distrait les élèves se précipitant à l'entrée de l'école. Aucune d'entre elles ne semblent s'en soucier, alors je pense qu'il vaut mieux les laisser ici.
Les deux autres hochèrent leur tête, puis après un dernier regard échangé, elles prirent finalement la décision de quitter leur compartiment. Le reste du carrosse était semblait-il déjà vidé de ses occupantes, et dans chaque cabine qu'elles croisaient, pas la moindre présence féminine n'était présente. La porte d'entrée elle était déjà ouverte, signe que toutes les autres filles étaient déjà sorties ce qui fut leur cas également quelques secondes plus tard. Tracey, qui fermait la marche, eut à peine le temps de poser ses deux pieds sur la terre sèche du chemin forestier que le carrosse s'ébranla de nouveau et se mit en route en suivant un autre chemin faisant apparemment le tour de la forteresse. Toutes les trois le regardèrent partir, puis ne sachant pas quoi faire d'autre, elles décidèrent alors de suivre la petite colonne d'étudiantes marchant près d'elles dans un brouhaha susceptible de pouvoir réveiller toutes les créatures nocturnes du petit mont sur lequel l'école était bâtie.
Bientôt, leurs yeux s'attardèrent de nouveau sur l'entrée de l'école, beaucoup plus intimidante encore que lorsqu'elles se trouvaient dans leur voiture. Face à elles se trouvaient en effet une première grande porte complétant un pont-levis pour le moment abaissé et dont les chaines de fer, balayées par des petites brises de vent, produisaient des cliquetis particulièrement sinistre en cette heure de la journée. Un premier mur de brique orangées semblable à un rempart s'étendait de part en part d'un court tunnel et était surmonté de multiples créneaux et de tours dans lesquelles étaient installées des meurtrières, donnant ainsi un aspect très moyenâgeux à la bâtisse, mais l'architecture de la Renaissance étant passée par là, l'édifice autrefois imposant et intimidant était devenu à présent bien plus accueillant et agréable à l'œil, tout ce que l'on demandait à un établissement sensé accueillir des jeunes filles en son sein. La cour intérieure était entièrement pavée, et une petite loge, probablement destinée au gardien de ce château, avait été aménagé sur la gauche de l'entrée dans ce qui semblait être l'ancienne armurerie du château. La cour était en tout cas très propre quoi que vide, mais quelques portes disséminées de ça et là afin de gravir les étages permettant de monter au niveau des créneaux et des petites tours lui donnaient un semblant de vie. Au fond, un large escalier d'une dizaine de marches donnait accès à une autre grande arche permettant l'accès à une deuxième cour dont l'entrée pouvait être interdite par une lourde grille pour le moment surélevée. Comme la précédente, cette deuxième était entièrement entourée d'une autre muraille suivant le prolongement de la première, mais elle était cependant plus haute qu'elle et était dépourvue de tourelles. Davantage d'emplacements avaient été aménagés à ce niveau, mais leur utilité échappa pour le moment à Daphné qui n'eut que peu de temps pour s'y intéresser avant d'être emportée par la foule d'étudiante vers le troisième niveau de l'école.
Cette partie, également accessible depuis un escalier encore plus haut que l'autre et délimitée une nouvelle fois par des courtines, était néanmoins immense et large et faisait pour la première fois apparaître de la végétation et des ornements inexistants jusqu'alors. Jalonnée de multiples chemins adroitement tracés, de jolis petits jardins à l'anglaise parfaitement taillés et composés de multiples bosquets, de buissons et de quelques arbres agrémentés de jolies fleurs, décorée par de ravissantes sculptures de marbre et d'une fontaine centrale dans laquelle l'eau coulait en formant des arcs et des boucles, cet endroit était aux yeux de Daphné et de la plupart des filles de son âge le plus beau de tous ceux qu'elles avaient pu alors admirer, et l'imposant mur au fond derrière lequel tous les bâtiments principaux de l'école se trouvaient donnait encore davantage une impression de féérie à l'ensemble.
Ce fut d'ailleurs dans cette direction que la file d'étudiantes plus âgées se dirigea, et tout en se promenant parmi les massifs fleuris des jardins, les plus jeunes elles en profitaient pour admirer encore davantage la cadre champêtre que leur offrait Beauxbâtons au point de s'extasier même sur les élégants chandeliers éclairant la zone, les bancs en bois blanc sur lesquels la plupart des nouvelles étudiantes s'imaginaient déjà réviser afin de profiter du paysage environnant ou encore sur les petites boules lumineuses qui passaient de temps à autre au dessus de leur tête au point d'en intriguer plus d'une.
- Des fées…, marmonna à côté d'elle Tracey en suivant des yeux l'une d'elles.
- Elles existent vraiment ? s'étonna Lucie en regardant elle aussi d'un air éberlué ce qu'elle prenait au départ pour de simples lucioles.
- Je te rappelle que tu ne croyais pas à l'existence de la magie ou à cette école il y a encore quelques mois, alors pourquoi les fées ne pourraient elles pas exister également ? lui fit remarquer Tracey.
- Tu as raison, répondit-elle en prenant un air penaud. Mais… Mais cela veut dire que la bête du Gévaudan existe également ? ajouta t-elle d'un ton soudainement apeuré.
- Qu'est-ce donc ? lui demanda Daphné en la regardant curieusement.
- C'est… C'est une créature qui ressemblerait à un loup, peut-être même à un loup-garou, et qui sévirait dans ce que l'on appelait autrefois la province du Dauphiné, dit-elle nerveusement. On dit de terribles choses sur cette créature, qu'elle serait la responsable de plusieurs dizaines de morts et qu'elle s'attaquerait à tous les malheureux voyageurs perdus en forêt… Des cas d'attaques auraient même été recensés dans cette région, et la fréquence de ces attaques était si grande que le roi lui-même aurait envoyé des troupes pour éliminer la bête…
- Une jolie petite histoire locale sans doute, argua Daphné sans se porter davantage de considération à ses propos. Tu te rendras bien vite compte que des créatures bien pires que cette curieuse bête existent à travers le monde, mais Beauxbâtons est là pour t'enseigner à t'en prémunir au mieux.
Loin d'être rassurée, Lucie préféra cependant faire confiance à sa nouvelle amie, et si la peur la prenait encore, elle reconsidéra la dangerosité de la bête du Gévaudan par rapport à ce qu'elle connaissait déjà de la magie : Si les trolls, les vampires, les loups-garous et les géants existaient également, alors en comparaison ce loup sauvage ne faisait très probablement pas le poids. Elle prit néanmoins la peine de s'injurier intérieurement pour son manque d'assiduité dans ses nouvelles leçons et se promit à elle-même d'ouvrir dès ce soir son manuel de magie sur les créatures magiques susceptibles d'être rencontrées au cours de sa vie. Ses connaissances en la matière étaient inexistantes, et à côté de Daphné et Tracey, elle eut l'impression de faire tâche, d'être un élément indésirable dans un décor parfait, sentiment accentué lorsqu'elle se souvint également de la condition hautement privilégiée de ses deux nouvelles amies.
Cette impression s'estompa toutefois lorsqu'elles atteignirent un autre escalier suivant cette fois-ci la forme du mur et qui entourait le dernier plateau sur lequel se trouvaient cette fois-ci les bâtiments de l'école. L'impatience à l'idée de pouvoir enfin poser leurs yeux sur ce qui sera leurs salles de cours, leur réfectoire ou leur chambrée leur fit notamment oublier l'épuisement qui les gagnait au point qu'elles touchèrent au but très rapidement et purent tout à leur guise profiter du spectacle qui s'offrait à elles.
Le château était très joli, d'un blanc éclatant brillant presque à la lumière, et un œil avisé aurait pu clairement deviner les différentes étapes de construction de l'école en analysant de près les ornements et les matériaux employés pour sa conception. Toutes les époques semblaient s'être réunies dans cette imposante bâtisse, et le moyenâgeux se fondait parfaitement dans les sculptures, les colonnes et les lucarnes à fronton de la Renaissance, dans le mélange de la pierre et de la brique typique du XVIème siècle ou dans les rocailles et ornements floraux des fenêtres qui caractérisaient si bien le règne de Louis XV. Ce mélange des époques embellissait merveilleusement bien l'école, ne lui donnant pas cet aspect froid et presque antique qui seyait tant à Poudlard. Entourant de toute sa largeur une large cour pavée au centre de laquelle se trouvait une fontaine faite de petits angelots, l'école était également très haute, et de multiples tours se terminant par des toitures en ardoises semblaient culminer à des hauteurs gargantuesques. Au dessus de l'entrée elle-même située au sommet d'un escalier de marbre se trouvait par ailleurs un balcon richement décoré et qui devait de toute évidence servir à la directrice lors des grandes occasions. Les différents étages de l'école n'étaient pour l'heure pas encore visibles depuis l'entrée, et de lourds rideaux de velours d'une belle couleur rougeâtre ne permettaient pas davantage de distinguer le contenu des pièces du rez-de-chaussée, mais personne ne s'en souciait, toutes trop occupées à admirer la beauté des lieux pour les plus jeunes ou à joyeusement discuter pour leurs aînées.
Daphné elle remarqua rapidement un détail qui contrastait avec l'école : La femme à l'allure austère se tenant au pied de l'escalier. Vêtue d'une longue robe noire lui serrant le corps et d'un chapeau pointu au droit qu'un pic rocheux, elle possédait également un visage aux traits durs lui rappelant amèrement Sœur Catherine. Peut-être étaient-elles sœurs ? Rien ne pouvait l'affirmer, mais il était facile de loin de les imaginer ayant un lien de parenté. Cette femme avait cependant quelque chose en plus, une certaine forme de grâce et de majesté dans sa simple attitude. Le corps parfaitement droit, le menton légèrement relevé et les mains jointes devant elle, il était clair que cette femme connaissait sur le bout des doigts les règles de savoir-vivre à adopter pour soigner sa posture. Son allure stricte était en tout cas très intimidante, et elle eut à peine besoin d'élever la voix pour imposer aux élèves s'approchant d'elle le silence :
- Que les première année s'avancent devant moi et laissent passer leurs camarades plus âgées, leur ordonna t-elle d'un ton dur en scrutant la petite foule compacte s'amoncelant devant elle.
Celles-ci ne se firent pas prier, et en un rien de temps, un groupe de petites filles du même âge que Daphné se forma près d'elle tandis qu'une file d'étudiantes plus âgées se laissa entraîner vers l'entrée de l'école. Au passage, la plupart adressèrent à la mystérieuse femme un très poli « Bonsoir Madame Beaumont » ou « Bonsoir Professeur » accompagné d'une inclinaison gracieuse de la tête. La dénommée professeur Beaumont ne répondait cependant que très rarement à ces marques de respect : Tout juste hochait-elle légèrement la tête à certaines filles en les regardant très rapidement. Son regard restait la plupart du temps concentré sur les petites nouvelles devant elle, des petites nouvelles qui, devant la sévérité émanant d'elle et les yeux froids fixés continuellement sur leur groupe, tentaient de se faire les plus discrètes et petites possibles. Ce ne fut que lorsque les élèves des années supérieures furent toutes rentrées dans l'établissement que le professeur Beaumont prit de nouveau la parole, la voix aussi tranchante qu'une lame de rasoir :
- Bonsoir et bienvenue à toutes à Beauxbâtons, dit-elle en parcourant des yeux ses nouvelles élèves. Je suis le professeur Beaumont, sous-directrice de cette école et chargée de vous enseigner pour les sept prochaines années les rudiments élémentaires de l'assimilation des sortilèges et des règles régissant ce que l'on appelle l'Etiquette. Comme il est d'usage en ces lieux, je suis personnellement affiliée à votre accueil au sein de cet établissement ainsi qu'à la délivrance des premiers points importants que vous serez toutes chargées de connaître si vous souhaitez poursuivre plus longtemps votre scolarité parmi nous.
Le silence était total, et chaque demoiselle buvait littéralement les paroles de leur professeur sans même oser bouger le petit doigt par peur de la contrarier. Le décor était en tout cas planté, et en seulement quelques mots, le professeur Beaumont était parvenue à faire comprendre à toutes les élèves une chose essentielle : Cette femme n'était certainement pas quelqu'un qu'il fallait contrarier.
- Les origines de cette école sont à l'échelle du temps relativement récentes, à peine plus d'un siècle à dire vrai, mais l'exigence et la qualité du travail demandées n'en demeurent pas moins aussi importantes et cruciales que dans toute autre institution magique de ce monde, poursuivit-elle en marchant lentement devant elles, les mains croisées dans le dos. À sa création, ses fondateurs voulurent faire des jeunes sorcières de ce beau pays les plus instruites et formées de leur temps, elles qui n'avaient jusqu'alors jamais eu la possibilité de pouvoir développer leur pouvoir au sein d'un institut spécialisé à ces choses là. Le retard que nous avions jusqu'alors sur des établissements comme l'école de magie de Poudlard en Grande-Bretagne était considérable, mais à force d'abnégation, de patience et de courage, nous pouvons aujourd'hui nous targuer d'être la meilleure école de magie ouverte aux jeunes sorcières, et ce de tout le continent européen.
Madame Beaumont marqua de nouveau une pose, le temps pour elle de voir que ses mots atteignirent le but qu'elle s'était fixée : heurter la conscience de ses élèves.
- Si Beauxbâtons est parvenue à un tel résultat, ce fut non seulement par l'aide généreuse des multiples mécènes qui firent bénéficier à notre école de leur générosité et de leurs connaissances pour permettre son bon développement, mais également grâce à ses élèves qui, en raison d'une attitude irréprochable et d'une volonté de réussir manifeste, sont devenues pour la plupart de brillantes femmes appréciées et reconnus pour leur valeur dans les mondes à la fois magique et moldu, gageant ainsi des retombées positives des enseignements données au sein de notre établissement.
Daphné ne put qu'être d'accord avec les affirmations de Madame Beaumont bien qu'elle doutait fortement de pouvoir un jour prétendre à un poste au sein d'un quelconque institut magique, même avec les bons résultats qu'elle pourrait avoir. Beaucoup de femmes, autrefois étudiantes à Beauxbâtons, s'illustraient à présent dans divers domaines aussi bien politique que scientifique ou même littéraire, et celles-ci ne se gênaient d'ailleurs pas pour constamment rappeler à ceux qui les interrogeaient sur leur réussite de rappeler qu'elles devaient bien évidemment tout cela à cette école. Le ministère de la magie français par exemple, et contrairement à son homologue anglais, ne rechignait pas à embaucher des femmes pour remplir les fonctions et postes qui devaient être pourvus, et malgré sa très récente création - le ministère de la magie n'ayant qu'à peine plus de cent ans - il se distinguait néanmoins par la modernité de ses institutions et à ses avancées dans les domaines sociaux et civiques. Les femmes avaient bien plus de privilèges que les anglaises, et certains départements du ministère étaient même dirigés par l'une d'entre elles sans ce que cela choque la gente masculine de la communauté magique de France. Cet aspect était cependant beaucoup moins marqué au sein du monde moldu, preuve s'il en est que les sorciers aspiraient bien davantage au progrès des droits entre hommes et femmes. Les réfractaires étaient encore nombreux néanmoins, et certains domaines comme la justice ou la sécurité du pays étaient encore réservés aux hommes, arguant qu'une femme ne pouvait connaître quoi que ce soit à l'art ancestral et leur étant depuis longtemps dévolu de la guerre : L'avenir leur donnera peut-être tort, c'était du moins ce que Daphné supposait.
- L'effort dans ses études, l'assiduité en cours, le sérieux dans ses devoirs et l'aspiration à sa réussite personnelle vous permettront de passer sans difficulté les sept années requises avant l'obtention de votre diplôme final, un diplôme qui récompensera votre dur labeur et les fruits de votre obstination à ne jamais faillir à votre objectif qui est de faire de vous des sorcières accomplies et qualifiées. La fainéantise, un comportement irrespectueux et délétère, un relâchement dans votre travail et une réticence à faire ce que l'on attend de vous ne vous conduira que vers une seule issue possible : La sortie pure et simple de cette école, et ce définitivement. Inutile par conséquent de vous préciser que toute jeune demoiselle n'ayant pas réussi ses examens de fin d'année car n'ayant pas eu la moyenne à ceux-ci sera invitée à ne plus faire acte de présence entre ces murs. L'échec n'est pas permis à Beauxbâtons, et les étudiantes n'assimilant pas cette règle n'ont pas leur place au sein de cette institution.
Le ton était donné, et celles qui espéraient encore passer les sept prochaines années à Beauxbâtons tranquillement ne purent que revoir leurs ambitions à la baisse.
- Un dernier point avant de vous conduire au grand buffet de cette nouvelle année scolaire : Pour en revenir à votre comportement, sachez simplement que toute attitude ne correspondant pas à ce que l'on attend de votre part entraînera des sanctions disciplinaires, qu'elles soient physiques ou non. Ne vous étonnez donc pas des mesures drastiques prises pour ne pas renouveler les égarements qui pourraient apparaître dans votre comportement. Nous sommes ici pour parfaire l'éducation qui fut la vôtre jusqu'à cette soirée et non pas pour contenir l'impétuosité qui vous caractériserait, aussi soyez certaines que nous ne laisserons rien passer, et les fortes têtes finissent le plus souvent par… rentrer dans les rangs.
À côté de Daphné, Tracey se mit soudainement à déglutir, et en y réfléchissant, son amie estima qu'il y avait de quoi. Dotée d'un caractère impétueux et d'une tendance à ne jamais se mettre des limites à son comportement, Tracey entrait pleinement dans la catégorie nommée par Madame Beaumont, et entendre dire qu'elle risquait pour cela des châtiments corporels si elle n'y prenait pas garde était une perspective qu'elle n'avait jusqu'alors jamais imaginé. Peut-être que cela l'aiderait à adopter enfin une attitude plus sage ? Daphné l'espérait, et cette pensée la travailla tant qu'elle ne se rendit compte d'avoir repris la marche et être entrée dans ce qui semblait être le hall d'entrée de l'école que lorsqu'elle heurta de plein fouet la fille devant elle quand celle-ci s'était immobilisée.
- Veuillez attendre quelques instants ici, leur demanda leur professeur d'un ton toujours aussi sévère. Madame Maxime et vos camarades des années supérieures doivent être prévenues de votre entrée imminente parmi elles. J'espère que vous profiterez également du temps qui vous est offert pour vérifier une dernière fois votre tenue.
Son regard s'attarda sur certaines filles, notamment sur une petite blonde juste devant elle dont le chapeau était mal positionné et donnait l'impression d'être sur le point de tomber. Celle-ci rougit aussitôt devant le regard perçant de Madame Beaumont, mais son enseignante n'attendit pas qu'elle corrige son erreur pour se diriger vers une double porte située à leur droite derrière laquelle Daphné pouvait aisément le bruit causé par des centaines de conversations… qui se turent dès lors que la sous-directrice poussa un puissant et ferme « SILENCE ! » qui eut immédiatement l'effet escompté.
- On ne risque pas de rigoler avec celle-là, chuchota Tracey en pouffant de rire.
- Elle est effrayante, confirma Lucie en regardant anxieusement la porte.
- Nous avons une copie conforme à Lamballe, lui assura t-elle en frissonnant à la seule pensée de Sœur Catherine. Si tu en as connu une, alors tu les connais toutes, et tu sais comment fonctionnent ces femmes là.
- Et tu sais également comment éviter de t'attirer les foudres de ces mêmes femmes, lui rappela également Daphné d'un ton plein de sous-entendu que Tracey comprit rapidement.
N'ayant rien de mieux à faire, toutes les trois choisirent alors d'admirer la pièce dans laquelle elles se trouvaient, faisant fit des commentaires craintifs et anxieux des filles autour d'elles. La pièce était vaste, suffisamment en tout cas pour contenir probablement toutes les élèves si elles parvenaient à se serrer. Un joli dallage de carreaux noirs et blancs disposés de façon symétrique reposait sous leurs pieds, et les murs de pierre brute étaient d'une blancheur éclatante. De forme carrée, ce hall était composé de quatre double-portes sur chacun de ses côtés au dessus desquelles de jolies sculptures d'un style antique avaient été sculptées. Celle menant au réfectoire semblait représenter un repas auxquels assistaient des divinités grecques, et la fiancée d'Harry réprima l'envie de rougir lorsqu'elle remarqua qu'au beau milieu de ce banquet, l'artiste avait représenté le Dieu Apollon mangeant au côté de la nymphe… Daphné. Celle faisant face à la porte d'entrée quant à elle représentait Athéna, déesse de la guerre, des artisans mais surtout de la sagesse et des maitres d'école, enseignant son savoir à une foule compacte d'Hommes son savoir.
- Les thèmes sont bien choisis…, argua Daphné en parcourant des yeux le reste des œuvres de la salle.
Un détail cependant attisa sa curiosité lorsque son regard se posa sur des peintures aux dimensions colossales. Au nombre de deux et se faisant face, elles étaient si grandes que chacune recouvrait presque la moitié du mur sur lequel elle était placée. Le premier, accroché face à la porte menant à la Grande Salle de Beauxbâtons, représentait un homme d'âge mûr portant une longue perruque brune et bouclée lui dévalant les épaules et le dos sur lesquels reposait un lourd manteau d'hermine brodé de fleurs de lys dorées sur un fond bleuté lui tombant jusqu'aux pieds. Les jambes, recouvertes d'un fin collant blanc et se terminant par des souliers à talons rouges, avaient été volontairement exposées ainsi que l'épée accrochée à la hanche tandis que le collier de grand maître de l'ordre du Saint Esprit, le sceptre tenu dans la main droite et la couronne apposée sur un petit tabouret juste à côté de l'homme témoignaient que celui-ci était de sang royal, s'il n'était tout simplement pas un roi. La plupart des filles portèrent peu d'attention à ce tableau totalement immobile par ailleurs, mais Daphné elle, habituée depuis le temps à côtoyer la haute noblesse de France, trouva en cette toile un sujet particulièrement passionnant à détailler.
- Qui est-ce ? demanda à côté d'elle Lucie en regardant elle aussi curieusement le portrait.
- Louis XIV, roi de France jusque 1715 et fondateur de cette école…, répondit-elle évasivement avant de se tourner vers l'autre tableau. Si je ne m'abuse, celui-ci représente sa maîtresse, la marquise de Maintenon qui serait à l'origine de la création de Beauxbâtons, dit-elle en regardant cette fois-ci la ravissante femme peinte dans le cadre trônant au dessus de la porte du réfectoire.
Bien qu'âgée de 59 ans à l'époque où son portrait fut peint, la marquise gardait néanmoins toute la fraicheur de ses jeunes années, et il fallait véritablement faire preuve d'un sens critique de la beauté ou être tout simplement de mauvaise foi pour confirmer son véritable âge dans ce tableau. Vêtue d'une longue robe couleur caramel par-dessous un léger manteau de fourrure bleu nuit, la marquise portait également un voile fin presque transparent sur sa chevelure brune soigneusement peignée. Dans sa main gauche, l'artiste avait choisi de représenter le tout premier cahier des fondements de Beauxbâtons, un petit livre en cuir sensé régir intégralement la vie de l'école et de toutes ses pensionnaires, tandis que son autre main touchant sa poitrine au niveau du cœur témoignait de l'intérêt et de l'attachement que portait la marquise à l'égard de ce projet qui lui tenait « très à cœur ». Jamais directrice de Beauxbâtons car moldue, elle garda néanmoins jusqu'à sa mort un fort attachement pour cette institution qu'elle souhaita ardemment développer et administrer, n'hésitant en outre pas à intervenir dans les affaires de l'école pour diriger l'organisation des années scolaires successives qu'elle connaîtra jusqu'à la fin de sa vie.
- J'ai appris tout cela dans « Beauxbâtons, une histoire » que l'on nous recommandait de lire avant de venir ici, expliqua t-elle lorsqu'elle lui raconta cette histoire en détail. Cependant je pense bien être la seule ici à avoir pris la peine d'en feuilleter ses pages contrairement à Tracey qui a trouvé particulièrement utile d'utiliser son exemplaire pour alimenter le feu de cheminée de notre salle de réception…
- J'avais froid, et il n'y avait pas de bûches aux alentours ! se justifia celle-ci d'un air courroucé. Et puis de toute façon je n'ai pas eu contrairement à toi ce goût pour la lecture, que Merlin m'en garde d'ailleurs !
- Moi je sais à peine lire, déclara Lucie d'un ton soucieux. Je ne pense pas que j'aurais pu finir ce livre avant la rentrée scolaire même en y mettant beaucoup de volonté, et pour être honnête avec vous, je n'aime pas beaucoup lire moi aussi…
- Alors je crois que toi et moi allons devenir de très bonnes amies, affirma Tracey en passant son bras autour de ses épaules. Nous n'aurons qu'à laisser cette pénible tâche à « Miss j'éprouve du plaisir à passer des heures le nez dans un livre » pour qu'elle puisse nous aider avec les devoirs que nous donneront les professeurs…
Un regard courroucé de Daphné l'assura du contraire, et le sourire joyeux qu'elle arborait jusqu'alors fondit comme neige au soleil en faisant plutôt place à une mine renfrognée.
- Madame Beaumont a été très claire lors de son discours : L'école de Beauxbâtons se montre très exigeante dans le travail scolaire effectué par ses élèves, et le manquement à ce devoir équivaut à un renvoi pur et simple de cet établissement. Ce serait dommage d'en arriver à une telle éventualité en se laissant aller à la paresse ! Je vous aiderai dans vos devoirs mais vous laisserai la plupart du travail à faire vous-mêmes, est-ce clair pour vous ?
Deux hochements de tête affirmatifs lui répondirent aussitôt, mais Daphné n'eut pas le temps de les sermonner davantage car les portes de la Grande Salle s'ouvrirent de nouveau, laissant apparaître quelques instants plus tard leur professeur de sortilèges. Madame Beaumont les dévisagea toutes rapidement, et après qu'elle eut administrée à certaines filles quelques dernières recommandations ou conseils d'usage, elle leur ordonna de la suivre pour faire leur premier pas dans ce qui sera pour certaines d'entre elles leur réfectoire pour les sept prochaines années. Daphné, Tracey et Lucie se regardèrent, puis après un soupir collectif, elles se mêlèrent à la petite foule s'engouffrant entre les deux battants de porte tout en se tenant chacune la main pour se donner du courage.
L'endroit était magnifique. Comme le reste de l'école, le blanc était la couleur prédominante dans la composition de l'architecture de Beauxbâtons, mais le bleu azur, couleur distinctive du blason de l'école, n'était pas en reste et composait presque exclusivement les multiples tentures fixées aux murs de chaque côté des hautes fenêtres qui s'étendaient sur toute la longueur des côtés latéraux à la porte d'entrée. Sur le sol dallé et brillant avait été sculpté et peint l'étendard de l'école, mais les sept rangées de tables en obstruaient partiellement la vue. Six d'entre elles étaient déjà occupées, et comme tout à l'heure à l'entrée de l'école, les élèves déjà installées se mirent à nouveau à évaluer des pieds à la tête chacune des filles s'offrant à leur regard curieux.
Le toit lui n'avait rien de particulier et ne laissait pas apparaître le ciel étoilé au dessus de leur tête comme le faisait Poudlard. Pourtant, avec ses multiples arcs et ogives joliment sculptés, il n'avait rien à envier à son homologue anglais et donnait ainsi à la pièce l'impression de se trouver au cœur de la nef d'une église, impression accrue avec les multiples chandelles et bougeoirs flottant tranquillement à quelques mètres du sol. Il aurait fallut encore de longues minutes aux filles pour détailler plus en profondeur cette longue pièce, mais même une dizaine de paires d'yeux supplémentaires n'auraient pu venir à bout de tous les éléments décoratifs de la Grande Salle de Beauxbâtons. Entre les sculptures de pierre et les toiles en provenance des ateliers des Gobelins fixées aux murs, les vitraux sur lesquels des scènes de magie et religieuses étaient représentées et la magnifique vaisselle en argent installée sur les tables, n'importe qui aurait souhaité pouvoir se dédoubler afin d'admirer les trésors dont regorgeait cette pièce.
Il fallut un certain temps pour que la huitième table, celle des professeurs, n'attire leur attention. Placée perpendiculairement aux autres et située à l'autre bout de l'entrée, une dizaine de sièges seulement la complétaient, et tous sauf un étaient déjà occupés par le corps enseignant. La plupart dévisageaient les nouvelles petites têtes blondes dont ils auraient la charge cette année, mais deux d'entre eux, situés au centre de la table, étaient pour leur part plongés dans une conversation animée. Leur discussion aurait très bien pu passer inaperçue si elle n'était pas l'une des rares sources de bruit de la salle et si l'une des deux protagonistes n'attirait pas immédiatement l'attention sur elle grâce à son physique. Difficile en effet de passer à côté de l'étonnante Madame Maxime, directrice de Beauxbâtons, lorsque l'on s'attardait sur sa physionomie, car des femmes comme elle, il y avait peu de chance d'en croiser un jour au détour d'une rue.
La première caractéristique qui frappait chez cette femme était en effet et très certainement sa taille : La directrice était très probablement la plus grande personne que l'on puisse rencontrer au cours de sa vie, et en comparaison, les professeurs se situant juste à côté d'elle ne parvenaient qu'à la hauteur de ses épaules. Pourtant, et ce malgré sa taille, Madame Maxime gardait une certaine grâce et souplesse dans chacun de ses mouvements, donnant ainsi l'impression qu'elle caressait du bout des doigts l'air environnant, et sa voix, que l'on pouvait penser grave et lourde du fait de sa taille, était aussi douce et claire que le chant d'un rossignol. Plongée dans une profonde conversation avec sa voisine, une vieille sorcière qui semblait se ratatiner sur elle-même, elle ne remarquait pas les visages curieux des nouvelles petites étudiantes tournées vers elle à moins qu'elle faisait mine de ne pas s'y intéresser, ce qui permit davantage aux nouvelles élèves de pouvoir l'étudier encore plus en détail. La directrice possédait un teint olive soulignant ses profonds et grands yeux noirs, tandis que sa bouche suave laissait apparaître derrière son sourire une rangée parfaite de dents droites et blanches. Ses cheveux bruns étaient quant à eux retenus en arrière par un chignon conçu d'une manière bien compliqué, mais pas une seule mèche rebelle ne pouvait être vu. Il était par ailleurs difficile de lui donner un âge car le temps ne semblait pas avoir marqué sa peau, mais la sagesse qui émanait d'elle, cette présence et cette prestance dans l'aura qui se dégageait de son corps laissaient à penser qu'elle devait être d'un âge relativement avancé.
Pour lui avoir déjà adressé la parole, Daphné savait pour sa part que cette femme était d'une nature bienveillante et se comportait de la même façon qu'une mère envers ses petits lorsqu'il s'agissait du bien être de ses élèves, mais son caractère changeait totalement dès lors qu'un sujet la contrariait ou que l'on osait lui tenir tête.
Également, un sujet était à bannir absolument de toutes les conversations susceptibles d'avoir lieu avec elle : Le sang de géant coulant dans ses veines. Madame Maxime était en effet issue de la liaison étonnante d'une géante et d'un sorcier, ou peut-être était-ce l'inverse… Mais par chance, elle n'avait hérité de cette créature que sa taille immense et son caractère emporté lorsqu'elle était poussée à bout, mais bien qu'elle tentait de cacher à tous sa filiation en prétendant n'être qu'une femme ayant eu une forte poussée de croissance, peu de gens étaient dupes. Sa nomination au poste de directrice de Beauxbâtons fut d'ailleurs l'occasion pour certains de douter de la pertinence de cette décision, arguant comme le faisaient les puristes anglais lorsqu'il s'agissait d'un né-moldu qu'une école magique ne pouvait être dirigée par une « hybride ».
Les brillants résultats obtenus par les jeunes filles de Beauxbâtons à leurs examens suite à son arrivée à ce poste les persuadèrent néanmoins du contraire, et l'exigence, la fermeté mais aussi le brin d'humanisme dont faisait preuve Madame Maxime firent rapidement de l'école l'une des plus performantes d'Europe. L'alliance entre magie, les matières qu'apprenaient également les moldus et les enseignements pratiques formant ses élèves à être de parfaites femmes du monde incita d'ailleurs de nombreuses familles européennes à y inscrire leurs filles, donnant ainsi à Beauxbâtons cette aura internationale qu'elle ne possédait jusqu'alors pas encore.
- C'est étrange comme elle est grande…, marmonna près de Daphné une fille à son amie en regardant comme toutes les autres la directrice. Serait-elle assise sur une pile de coussins ?
Daphné manqua de pouffer de rire à cette remarque, mais il est vrai que dépasser de plus d'un mètre ses collègues avait de quoi surprendre. Le destin leur joua par la suite un drôle de tour, car suite à la remarque de cette fille, Madame Maxime se leva soudainement de sa chaise ce qui eut pour effet immédiat de faire haleter de stupeur celle-ci. La table, qui pourtant était relativement haute, lui arrivait à présent à peine au niveau du bassin, et il lui suffisait désormais de tendre simplement le bras pour pouvoir saisir les premières chandelles planant au dessus d'elle. Mais la directrice resta cependant parfaitement droite, ses yeux suivant simplement les nouvelles étudiantes tandis que celles-ci commençaient à prendre place devant les chaises comme le faisaient leurs camarades plus âgées. Aucune ne se permit d'ailleurs d'anticiper l'ordre à venir en s'y asseyant, mais elles gardaient la tête tournée vers la table des enseignants dans l'attente d'un signe leur indiquant la démarche à suivre. Le silence, qui était déjà lourd avant qu'elles ne prennent place dans la salle, se fit encore plus oppressant dès lors que la dernière élève se positionna devant sa chaise, les yeux rivés sur l'immense silhouette de la directrice. La carrure de Madame Maxime devait en intriguer plus d'une, mais chacune se garda bien de s'exprimer à voix haute à ce sujet. Même Tracey, qui n'avait généralement pas sa langue dans sa poche, ne fit pas le moindre commentaire là-dessus, et seul un coup d'œil furtif à l'encontre de Lucie fut l'unique preuve de son étonnement devant pareil spectacle. La directrice elle scrutait de ses grands yeux perçants les dizaines de petits visages devant elle, un doux sourire sur le visage. Avoir face à elle toutes ces jeunes sorcières avides de connaissance devait être un spectacle plaisant pour elle, et Daphné, assise en bout de table avec ses deux amies, pouvait aisément lire dans son visage les émotions qui la traversaient. Ce ne fut que lorsqu'elle fut certaine qu'aucun son n'allait la déranger que Madame Maxime prit finalement la parole, les mains jointes devant elle jouant distraitement avec sa baguette magique :
- Vous pouvez vous asseoir mais sans faire traîner vos chaises, dit-elle d'un ton bienveillant en parcourant des yeux les sept tables devant la sienne.
Aussitôt dit, aussitôt fait, mais la dernière partie de sa phrase fut pour le moins peu respectée par les première année ; Sans doute qu'il faudrait quelques temps avant que celles-ci ne parviennent à accomplir cette tâche sans trop de problèmes et à parvenir au même résultat que leurs aînées. Mais la directrice ne leur en tint aucunement rigueur dans une volonté peut-être de faire preuve d'un peu d'indulgence pour leur première soirée en sa présence. Ce fut seulement lorsque le silence se fit de nouveau complet qu'elle reprit la parole, dardant un dernier coup d'œil entendu en guise d'avertissement à la pauvre malheureuse ayant eu la mauvaise idée de marmonner quelque chose à sa voisine :
- Mes demoiselles, qu'il me soit permis de vous souhaiter la bienvenue à Beauxbâtons et de souhaiter un bon retour à nos plus vieilles étudiantes, commença t-elle en regardant alternativement la table des nouvelles étudiantes puis les autres. Avant de nous intéresser au festin marquant le commencement de cette nouvelle année scolaire, je souhaiterais vous présenter le nouveau professeur de potions qui complétera le corps enseignant de cette école, Mademoiselle Duvin.
Une jeune femme assise à l'extrémité de la table se leva alors de sa chaise et fut rapidement rejointe par l'ensemble de ses collègues et des élèves qui toutes l'applaudirent. Daphné remarqua alors un détail qui lui avait jusque là échappé et dont elle n'avait pas eu mention dans ses manuels scolaires : Tous les enseignants étaient des femmes. Quoi de plus normal après tout pour une école pour filles ? Grande, petite, mince, bien portante, belle, moins belle… Toutes avaient des apparences diverses et variées, mais Daphné jugea que cela ne faisait qu'ajouter à Beauxbâtons cette pointe d'originalité qui manquait cruellement à Poudlard.
- Maintenant que les présentations sont faites, je vous laisse apprécier la délicieuse nourriture si merveilleusement bien préparée par nos cuisiniers, reprit Madame Maxime une fois que tout le monde fut de nouveau assis. Je sais pertinemment qu'un estomac vide n'est point recommandable si l'on souhaite écouter les dires d'une vieille dame, aussi vais-je attendre que vous ayez étayé votre faim avant de vous prendre encore quelques minutes de votre temps pour les dernières recommandations d'usage. Je vous souhaite un bon appétit !
À peine son discours fut terminé que les plats regorgèrent aussitôt de victuailles toutes plus appétissantes les unes que les autres. Certaines élèves regardèrent certains aliments d'un air interdit, s'attardant même parfois sur de simples tomates qui jusqu'à récemment encore servaient exclusivement de plantes d'ornements dans les foyers français. D'autres leur étaient complètement inconnus, aussi préférèrent-elles ne pas y toucher et se reporter sur des plats plus traditionnels comme les pommes de terre ou le rôti de porc qui rencontra un franc succès parmi les élèves aux origines modestes. Chaque plat était pourtant accompagné d'une petite étiquette mentionnant le nom de celui-ci, mais la peur de l'inconnu peut-être faisait qu'au final, beaucoup d'entre eux furent purement et simplement ignorés. Daphné prit de court les autres en se servant immédiatement dans les plats les plus raffinés, et son assiette fut en un rien de temps chargé des mets les plus fins et délicats que l'on puisse trouver : foies gras, truffes, écrevisses, huîtres, morilles, ris de veau, crêtes et rognons de coq, salpicon ou encore lapereaux aux fines herbes… Daphné en aurait presque salivé d'envie si elle n'avait pas depuis longtemps jugé ce comportement irrévérencieux. Faisant bonne mine, elle se contenta simplement d'en prendre un peu dans chaque plat afin de faire honneur aux cuisiniers de l'école, attitude rapidement suivie par Tracey qui quant à elle se servit de généreuses portions sans penser au fait qu'il ne s'agissait pour l'heure que des entrées.
- Par Merlin, c'est presque aussi bon que ce que nous cuisinent les elfes de maison ! dit-elle entre deux bouchées.
- Ne parle pas la bouche pleine ! la sermonna aussitôt Daphné avant de se rendre compte qu'elle-même venait de s'adonner à cela. Oh doux Jésus…
Secouant sa tête, Daphné remarqua alors que Lucie n'avait pour sa part pas encore commencé à manger, et à vrai dire, elle n'avait même pas osé toucher aux plats se trouvant face à elle. Au contraire, elle regardait patiemment les filles autour d'elle comme si elle attendait un signe, une indication peut-être lui intimant qu'elle pouvait se joindre au festin. Ses mains restaient sagement immobiles et reposées sur ses cuisses, et ses yeux, pleinement concentrés sur le morceau de viande que s'apprêtait à manger l'une des étudiantes, parvenaient mal à masquer l'envie évidente qu'elle avait de pouvoir également y goûter.
- Tu ne manges pas ? s'inquiéta Daphné en remarquant son comportement.
- Vous me permettez de manger en même temps que vous ? répondit-elle alors d'un air interrogateur. Il n'y a pas une hiérarchie dans l'ordre des gens qui mangent à table ? Je ne voudrais pas paraître malpolie en enfreignant une quelconque règle là dessus…
- Ce que tu peux être naïve, rigola Tracey en la regardant d'un air désolé. Ici personne ne te jugera sur ton statut, nous sommes toutes logées à la même enseigne !
- C'est d'ailleurs l'une des règles de Beauxbâtons, renchérit Daphné en remplissant elle-même l'assiette de son amie. Laisser derrière soi ses titres et faire abstraction des origines de ta camarade afin de garantir une excellente cohésion entre nous toutes. Il est vrai que certaines ne respectent pas cette règle, et des avantages restent malgré tout à la portée des élèves les plus fortunées, mais tu peux être certaine que jamais nous ne te reprocherons d'être d'une condition moindre que la nôtre.
Rassurée par ces paroles, Lucie perdit finalement toute appréhension quant au déroulement du repas… Avant de poser ses yeux sur les couverts. Trois assiettes et un petit bol se superposaient les uns sur les autres, tandis que de chaque côté, une multitude de fourchettes, de couteaux et de cuillères rangés dans un ordre précis parachevaient la disposition de la table. Tous en argent, les couverts devaient probablement valoir aussi cher que la maison de ses parents, et manger avec de l'argenterie la laissa dubitative quant à la marche à suivre : Cesser de s'extasier sur ce qu'elle avait face à elle où imaginer toutes les possibilités qu'auraient pu lui offrir la valeur de ces ustensiles… Le choix était cornélien.
- Tu as l'intention de manger ce soir où tu préfères regarder ton reflet sur ces couverts pendant encore une heure ? lui demanda en rigolant Tracey.
- E-excusez-moi, dit-elle en rougissant avant de se concentrer sur le contenu de son bol. Quelle… Quelle cuillère dois-je utiliser ?
- Oh c'est vrai, tu n'es pas encore habituée à ces choses là, remarqua Daphné sans quitter des yeux son propre plat. Il faut partir de l'extérieur en revenant au fur et à mesure vers l'assiette afin d'accompagner les différents plats qui se succéderont ce soir. Pour le moment comme nous n'avons à notre disposition que des entrées et des bouillons, il faut commencer par ceux qui se trouvent les plus éloignés de tes assiettes.
- Beauxbâtons t'enseignera de toute façon tout ce qu'i savoir là dessus dans les cours d'Etiquette que nous devrons suivre, ajouta Tracey en la regardant se saisir fébrilement d'une grosse cuillère en argent. Tu apprends vite, félicitations !
Rougissant devant les louanges de Tracey, Lucie se sentit néanmoins fière d'elle pour ce minuscule mais gratifiant résultat, d'autant plus que la suite du repas fut pour elle une occasion stimulante d'en apprendre davantage sur ce qui deviendrait peut-être un aspect routinier de sa future vie. Les plats s'enchaînèrent ainsi dans un esprit d'apprentissage, Daphné et Tracey la corrigeant chaque fois qu'elle commettait un impair dans l'utilisation de tel ou tel couvert ou essayant vainement de lui apprendre à se tenir correctement à table. Tout cela se fit dans une certaine bonne humeur au point que chacune en oublia totalement l'appréhension qui l'habitait jusqu'alors. Daphné se crut même un moment de retour à Lamballe, et ce ne fut qu'en appelant par erreur sa voisine par le prénom de sa sœur lorsque celle-ci eut la malchance de lui donner un coup de coude qu'elle se souvint de l'endroit où elle se trouvait.
Vint finalement au bout d'un long repas entrecoupé de multiples sortes de plats les tant attendus desserts, et là encore l'occasion leur fut offerte de découvrir de nouvelles saveurs, de nouvelles variétés de fruits ou de nouveaux mets succulents qui, contrairement aux entrées, rencontrèrent un franc succès auprès de l'ensemble des étudiantes.
- Quelle drôle de fruit ! gloussa Lucie en examinant minutieusement la banane qu'elle tenait. Comment se mange t-il ?
- Il faut l'éplucher, lui expliqua Tracey en accompagnant le geste à la parole. La peau est répugnante, mais le cœur est absolument divin ! Tu peux estimer si ce fruit est mûr aux tâches sombres qui se trouvent dessus et à la couleur jaune de la peau.
- Elle ne sait même pas reconnaître une banane, gloussa à quelques places de là une fille au visage maigre et hautain. Bonté divine, cette école est tombée bien bas pour accueillir des paysannes parmi ses étudiantes…
La remarque n'échappa pas à Daphné qui gratifia l'élève en question du visage le plus froid dont elle était capable. L'effet désiré fut instantané, et la jeune fille perdit rapidement son sourire moqueur pour adopter un air plus circonspect à son égard. La petite joute de regard dura quelques secondes avant que Daphné, satisfaite du résultat, détourne finalement la tête pour reporter son attention sur son amie qui par chance n'avait rien entendu des commentaires désobligeants à son égard.
- C'est délicieux ! dit-elle d'ailleurs en mâchant son fruit d'un air ravi. Vous pensez que je pourrais en envoyer à ma famille ? Cela pourrait peut-être plaire à mes parents !
- Pour ça il vaudrait mieux demander avant d'entreprendre quelque chose qui s'avérerait interdit, répondit sagement Tracey en repoussant son assiette à dessert. Pour ma part je n'ai plus faim !
Le repas fut rapidement terminé, mais il fut surtout l'occasion pour Daphné et Tracey de s'amuser de la joie de leur nouvelle amie lorsqu'elle découvrait une nouvelle saveur ou un nouveau fruit. Elles-mêmes durent admettre qu'elles n'en connaissaient pas certains, mais contrairement à Lucie, le courage leur manqua quand vint pour elles la chance d'y goûter. Les plats qui au départ regorgeaient de victuailles se vidèrent soudainement, mais certaines, anticipant peut-être une faim nocturne, avaient eu le temps de discrètement glisser dans leurs poches quelques denrées supplémentaires qui ne bombaient que très légèrement le tissu de leur uniforme. De nouveau le silence arriva bien que de manière progressive, mais ce ne fut que lorsque Madame Maxime se leva de nouveau et domina de toute sa hauteur ses petites élèves qu'il se fit complet.
- Avant toute chose, je tiens à rappeler quelques petits points du règlement dont un exemplaire vous sera distribué dès demain, dit-elle de ce même ton chaleureux qui la caractérisait. En premier lieu, il est obligatoire de connaître les 117 règles le composant, et certaines de nos plus anciennes élèves feraient mieux de s'en rappeler si elles ne souhaitent pas être prises au dépourvu lorsqu'elles seront interrogées dessus.
Daphné, qui regardait du coin de l'œil Tracey, ne put s'empêcher d'esquisser un minuscule sourire devant la mine décomposée de sa meilleure amie. Demander à Tracey d'apprendre 117 règles revenait à enseigner à un troll à marcher avec grâce ; En un mot, cela tenait de l'exploit.
- Je tiens à informer également nos nouvelles étudiantes que les horaires prévus par Beauxbâtons doivent être respectés, et qu'un manquement à cette règle entraînera une sanction. Le réveil se fait à six heures, quelque soit votre emploi du temps. Vous aurez une heure pour vous préparer et vous laver, puis serez conviées à prendre votre premier repas dans cette salle. À huit heures, passage obligatoire dans la chapelle de l'école pour celles d'entre vous n'étant pas laïques ou issues d'une tout autre religion pour une heure de lectures théologiques et de prières. Les autres seront invitées à travailler à la bibliothèque ou à suivre les cours optionnels qui vous seront proposés. Puis à neuf heures, début des cours jusque l'heure du midi où vous assisterez au deuxième repas de la journée. Les cours reprendront ensuite tout le reste de l'après-midi jusque dix-huit heures avec bien évidemment une petite pause d'une demi-heure offerte pour vous durant laquelle il vous sera possible de vous promener tout à loisir dans la cour de l'école. Le dernier repas de la journée se déroulera à dix-neuf heures, puis une nouvelle heure de prières ou de cours optionnels se tiendra. Vous devrez au terme de cette heure regagner vos chambres où vous passerez le reste de la soirée. Il m'importe peu de savoir l'heure à laquelle vous vous couchez, mais personne hormis les préfètes ne devra être surpris à vagabonder dans les couloirs de l'école tard dans la nuit.
Son regard s'attarda quelques instants sur certaines filles, et Daphné remarqua avec satisfaction que le visage de Fleur était soudainement devenu blême : Miss parfaite aurait donc violé un point du règlement ? Voilà qui était intéressant…
- Je signalerai aux nouvelles étudiantes qu'il vous est formellement interdit de sortir de l'enceinte de l'école, et cela tient compte de tout ce qui se situe au-delà de la première rangée de fortifications de Beauxbâtons. La seule exception à cette règle est dans le cadre des sorties éducatives données par votre professeur d'étude des créatures magiques. La première et deuxième cour, qui rassemblent les pièces réservées aux employés de l'école, vous sont également interdites : Les portes de chacune des cours se referment d'elles-mêmes au couvre-feu de l'école, et je veillerai personnellement à ce que les malheureuses étudiantes surprises en ces lieux soient sévèrement sanctionnées…
- ça ne parle que de punition ici…, maugréa le plus bassement possible Tracey.
- De cette façon tu ne referas jamais deux fois la même erreur…, lui répondit de la même façon Daphné.
- À présent, je n'ai plus qu'à vous souhaiter une bonne nuit et bonne chance pour votre première journée de cours, termina Madame Maxime en les invitant d'un geste à sortir.
Aussitôt, des centaines de chaises se mirent à bouger et des multiples conversations traversaient de part et d'autre la salle. Daphné, Tracey et Lucie eurent bien volontiers l'envie de s'y mêler, mais comme par enchantement, Victoire fit pour la première fois de la soirée son apparition. D'une humeur aussi amicale que dans le carrosse, elle ordonna d'un ton tranchant à Lucie de la suivre pour la guider vers sa chambre tout en informant Daphné et Tracey que Fleur en ferait de même avec elles lorsque celle-ci daignera leur porter de l'intérêt. Toutes les deux se contentèrent d'hausser les épaules bien qu'elles savaient pertinemment que l'aînée des Delacour prendrait tout son temps pour s'atteler à cette tâche, ce qu'elle fit d'ailleurs. Il fallut bien cinq minutes pour que Fleur les rejoigne enfin, accompagnée tout de même de Marie qui contrairement à son amie affichait un sourire sincère en les apercevant.
- Alors ? Vous avez apprécié votre première soirée à Beauxbâtons ? dit-elle d'entrée.
- Hm j'ai connu mieux… Mais dis-moi : Est-ce que respirer un peu trop fort est également passible d'une punition ? lui demanda sarcastiquement Tracey. Je suis certaine que Gabriel ne risque pas autant de sanctions dans son académie militaire…
- Vous vous habituerez à cela, répondit Marie en ricanant légèrement. Dites-vous simplement qu'il vous faut à chaque instant faire attention à votre comportement, à ce que vous dites et aux gestes qui pourraient être mal interprétés…
- Ce que vous apprendrez très rapidement j'en suis certaine, conclut d'un ton froid Fleur avant de leur faire signe de la suivre vers la sortie. J'ai d'autres choses à faire que de me soucier de cela en ce moment, alors veuillez me suivre !
- Toujours aussi amicale celle-là…, marmonna Tracey. Peut-être que remplacer son jus par une pinte de bière durant les repas la dégriserait un peu !
Elle consentit cependant à la suivre, de même que les deux autres, même s'il semblait évident que c'était à contrecœur, et après un petit détour par l'entrée de l'école pour récupérer leurs bagages que Daphné entreprit de faire léviter avec un sortilège, toutes les quatre se dirigèrent vers la porte faisant face à celle d'entrée. De l'autre côté se trouvait une pièce de taille raisonnable mais uniquement pourvue d'un large escalier en spirale qui devait probablement monter jusqu'au sommet de l'édifice. Une jolie rambarde en fer peinte en noir et décorée de motifs élégants le composait, et le mur sur lequel l'escalier tournait était complété de renfoncements dans lesquels se trouvaient de jolies statues de marbre qui saluaient chaque élève passant devant elles. Daphné et Tracey accordèrent cependant peu d'importance à ce détail, trop occupées l'une comme l'autre à écouter les recommandations de Marie qui faisait office de guide et conseillère pour elles, tâche normalement dévolue à Fleur.
- …Chaque palier correspond à une année scolaire, ce qui signifie que votre chambre se trouve au premier étage. Vous trouverez trois portes à chaque fois : Une conduisant au couloir des chambres, une seconde qui mène aux appartements privés de la responsable de votre année…
- Qui se trouve être Madame Beaumont, ajouta Fleur en souriant méchamment. Il parait qu'elle apprécie follement de pouvoir s'occuper des première année. Cela lui permet de déceler très tôt celles qui méritent d'étudier dans cette école de celles qui n'ont pas leur place ici…
- L'erreur est à la portée de tout le monde alors, parce qu'elle ne s'est pas rendue compte que tu entrais dans la seconde catégorie…, répliqua Daphné.
Tracey éclata aussitôt de rire, et même Marie esquissa un petit sourire qui disparut dès lors que Fleur le remarqua.
- Pour en revenir aux portes, la troisième renferme la pièce où vous vous laverez et où se trouvent également les cabinets. Mieux vaut pour vous vous lever très tôt afin d'éviter les bousculades quotidiennes et être présentables très rapidement. La direction a en horreur les étudiantes négligées même si elle se montre clémente durant votre première semaine de cours, aussi ne prenez pas le risque de les mécontenter parce que vos vêtements ne sont pas correctement mis ou que vos cheveux sont encore mouillés. Rappelez-vous également qu'il est d'usage de faire la jonction entre le couloir et votre salle de toilette dans un vêtement approprié, autrement dit une robe de chambre. Votre responsable est particulièrement pointilleuse là dessus, et si elle vous surprend à vous promener en vêtement de nuit, elle vous offrira l'un de ses célèbres sermons.
- C'est qu'elle a l'air très sympathique cette Madame Beaumont…, souffla amèrement Tracey en secouant sa tête.
- Oh vous verrez, avec le temps il s'avère qu'elle est une femme très aimable sur qui vous pouvez en tout temps compter, lui affirma Marie. Faites simplement en sorte de rester dans ses bonnes grâces, car elle n'accorde jamais deux fois sa confiance aux gens.
Le premier palier fut finalement atteint quelques secondes plus tard, et après les dernières recommandations de Marie, Fleur préférant continuer à gravir l'escalier sans même leur souhaiter bonne nuit, Daphné et Tracey se dirigèrent vers la porte indiquée menant à leur chambre. Le couloir qui se trouvait derrière était vaste, et des dizaines de portes s'étendaient de chaque côté du mur. L'obscurité ne permettait pas de véritablement se donner une idée de la physionomie des lieux, mais le plafond au dessus de leur tête, éclairé par les premiers rayons de la lune, offrait un merveilleux spectacle sur les fresques mythologiques peintes.
Ce qui les frappa cependant fut de ne pas croiser une seule fille dans ce corridor, comme si toutes avaient déjà trouvé une chambre à partager. Leur discussion avec Marie et Fleur avait-elle duré aussi longtemps ? Elles-mêmes s'en étonnaient, mais l'étonnement fut encore plus grand lorsque quelques secondes plus tard, une porte à quelques mètres de là s'ouvrit dans un grincement strident rapidement accompagné d'éclats de voix. Deux filles sortirent par la suite, traînant derrière elles une troisième qui tentait vainement de se libérer de la poigne des deux autres, mais son combat fut vain, et en un rien de temps, elle fut brutalement soulevée et jetée sur le sol dallé comme un vulgaire paquetage. Une quatrième fille sortit de la chambre, et après une remarque que Daphné ne put clairement comprendre, les trois demoiselles se mirent aussitôt à glousser du malheur de celle qu'elle venait de brutalement expulser de la pièce. La lumière émise depuis l'intérieur de la chambre leur permit de se rendre compte qu'il s'agissait de Lucie, et dès lors, tout s'enchaîna :
- Hé là ! les interpella durement Tracey en s'approchant. Que lui voulez-vous !? En voilà des manières !
- Et que veux-tu, petite sotte ? lui demanda d'un ton moqueur celle qui semblait être la meneuse du petit groupe, la même fille qui s'était déjà moquée de Lucie durant le dîner. Va donc geindre dans les jupes de ta maman et laisse les grandes personnes s'occuper de leurs affaires…
- Sauf que c'est de notre amie dont vous vous esbaudissez, par conséquent cela nous concerne également, répondit d'un ton particulièrement froid Daphné en la fixant intensément.
La fille en fit de même, mais son sourire niais à la vue de la pauvre Lucie allongée par terre fit place à un air plus sérieux et concerné lorsqu'elle se mit à détailler l'apparence de Daphné. Si vilipender une paysanne semblait être un plaisir dont elle raffolait, l'évidente richesse dans la tenue de la fiancée d'Harry la désarçonna quelque peu, aussi perdit-elle rapidement son insolence et se garda bien de faire le moindre commentaire sur elle.
- Étonnant, dit-elle au bout d'un certain temps en regardant alternativement Daphné et Lucie. Voilà qui ferait les beaux jours de Jean de la Fontaine : Une amitié improbable entre une paysanne et une riche héritière ! De quoi faire une jolie poésie !
- Sauf que les poésies de Monsieur de la Fontaine comportait toujours une morale à la fin, quelque chose qui semble t-être profondément étranger si j'en crois tes agissements, répliqua Daphné en aidant son amie à se relever. Je ne pense pas qu'il soit intelligent et constructif de discuter avec une personne manquant de sens moral et critique, ce serait comme discuter avec un vulgaire animal…
L'une des deux autres filles dont la carrure faisait presque deux fois celle de Daphné, s'avança alors vers elle avec la ferme intention d'en découdre physiquement. Néanmoins une main l'arrêta dans sa course, une main dont la propriétaire n'était nulle autre que sa cheffe. La fille cligna stupidement des yeux devant le geste de sa supérieure, et sur le moment, Daphné comme les deux autres crurent qu'elle allait désobéir lorsqu'elle essaya de repousser le bras tendu devant elle, mais un nouveau regard perçant de la part de l'autre la dissuada finalement d'aller plus loin.
- Non, ajouta d'ailleurs celle-ci en la fixant durement. Nous allons nous comporter comme des gentilles jeunes filles de bonnes familles et ne pas répondre à sa provocation par la violence. Est-ce que tu comprends ?
- O-oui, marmonna la brute en reculant légèrement. Mais elle mérite une bonne leçon !
- Évidemment, répondit sa cheffe en reportant de nouveau son attention sur Daphné. Tu comprendras rapidement ma petite demoiselle que les choses ici vont se dérouler autrement que lorsque tu vivais auprès de tes parents, et qu'il n'y aura personne pour protéger la petite princesse que tu es contre les terribles dangers de cette école…
- Des menaces ? s'insurgea Tracey en s'avançant vers elle, ignorant le fait qu'elle la dominait de près d'une tête.
-Je dirais plutôt que c'est un conseil, répondit l'autre en frottant négligemment ses ongles sur sa robe. Je serais vraiment attristée si d'aventure il arrivait un malheur à ta petite copine parce qu'elle avait la langue un peu trop pendante…
- Sache que le conseil t'es bien évidemment retournée, lui assura de son côté Daphné en fronçant légèrement les sourcils. Que je te reprenne encore à malmener l'une de mes amies et tu comprendras le sens du mot « regret » lorsque tu te trouveras face à moi dans la minute qui suivra.
La fille ne répondit pas, préférant plutôt faire signe à ses deux amies de retourner dans la chambre. Son regard ne quittait pas celui de Daphné comme si elle jugeait celle-ci digne ou non de devenir une rivale ou en tout cas une personne digne de son intérêt. Puis, alors que les deux brutes lui servant de valets revenaient avec les quelques valises de Lucie qu'elles ne se génèrent pas pour jeter dans la foulée par terre, leur cheffe reprit la parole, un mystérieux sourire aux lèvres :
- Tu me plais, dit-elle en dardant un regard sur Daphné. Je n'aime pas que l'on s'oppose à moi, encore moins que l'on me menace, mais je vais faire une petite exception avec toi. Je sens que les sept prochaines années scolaires risquent d'être amusantes en ta compagnie.
Celle-ci fit alors demi-tour, suivant d'un pas léger ses deux camarades de dortoir, mais juste avant d'entrer définitivement dans sa chambre, elle se tourna de nouveau vers elles, une lueur amusée au fond des yeux :
- Oh j'oubliais : Navrée de devoir vous prendre cette chambre princesse, mais vous n'aurez qu'à trouver une autre chambre avec votre amie la pauvresse ! ricana t-elle en entrant dans la sienne. Il parait que la dernière est très confortable ! Vous devriez vous dépêcher avant qu'elle ne soit prise !
Et sur ces mots, elle referma derrière la porte en les gratifiant toutes les trois d'un rire particulièrement bruyant que même le panneau de bois ne parvenait pas à camoufler. Ses camarades semblèrent rapidement la rejoindre, car moins d'une seconde après être disparue, deux autres rires accompagnèrent le sien dans une cacophonie de tous les diables. Daphné et les autres elles mirent quelques secondes à se remettre de ce dernier échange verbal, encore choquée par la violence avec laquelle cette fille avait si brutalement jeté hors de sa chambre la pauvre Lucie.
- La… La bougresse ! s'emporta Tracey en s'approchant de la porte, le poing brandi. Attends un peu que je lui montre ma façon de penser ! Ouvre donc un peu que je t'aplatisse le nez, infâme charogne ! Putain ! Manieuse de tuyaux de pipe… !
- Est-elle… Est-elle toujours comme ça ? demanda d'un air interdit Lucie à Daphné tandis que celle-ci se plaquait une main sur le visage, consternée par l'attitude de sa meilleure amie.
- Quand elle est énervée je suppose…, répondit-elle tandis que Tracey accompagnait chacune de ses insultes par un coup de pied dans la porte sous les rires des trois autres filles.
- C'est… C'est très étrange de voir ça chez une fille… Enfin… d'une bien meilleure condition que la mienne, argua Lucie en la regardant d'un air dubitatif.
- Alors tu as encore beaucoup de chose à apprendre de Tracey car tu n'es certainement pas au bout de tes peines, lui affirma Daphné tandis qu'elle s'approchait finalement de son amie pour lui saisir fermement le bras. Vas-tu te calmer Tracey ? Nous ne sommes là que depuis quelques heures maintenant et tu risques déjà de nous faire remarquer !
- et bien quoi ? Nous devrions les laisser s'en sortir ainsi sans même répondre à leurs provocations !? s'insurgea t-elle en fusillant du regard la porte. Je ne suis pas comme ça, et j'entends bien montrer à ces vilaines que l'on ne se moque pas comme ça de Tracey Davis !
- Nous aurons notre revanche, je puis te l'assurer, mais nous devons nous montrer plus intelligente qu'elle, et ce n'est certainement pas en cassant leur porte de chambre que tu t'illustreras à ce niveau là.
Toujours en colère, mais calmée par les paroles de Daphné, Tracey sembla reprendre contenance et cessa aussitôt de proférer son flot d'insultes à l'encontre des trois autres filles. Le couloir redevint aussitôt silencieux, et ce fut d'ailleurs en faisant ce constat que Daphné se rendit compte qu'elles étaient désormais les trois dernières filles de première année à ne pas être encore au lit Un simple coup d'œil lui confirma également que le couvre-feu approchait, et si elle ne souhaitait pas se voir attribuer dès sa première soirée une punition que lui reprocheraient plus tard sa famille et celle de son fiancé, elle opta rapidement pour la dernière solution qui lui restait : Cette fameuse dernière chambre dont lui avait parlé « la bougresse » comme l'avait si justement nommé Tracey.
- Nous ferions mieux de nous dépêcher, les informa t-elle en sortant sa baguette magique pour faire flotter en l'air ses multiples malles. Nous n'avons plus que cinq minutes pour trouver une chambre dans laquelle se reposer, et il me semble que toutes celles qui se trouvent dans ce couloir sont déjà prises…
- Tu as raison, répondit immédiatement Tracey en copiant son amie. Mais tu peux me croire : Dès demain, la vengeance s'organise !
- Je l'espère, et je compte bien y prendre part également, lui certifia Daphné en ouvrant la marche.
Leur périple démarra alors dans un silence pesant et seulement troublé par le bruit causé par la valise de Lucie qu'elle traînait derrière elle, un détail qui n'échappa pas à Daphné. Tournant la tête, elle rencontra alors les deux orbes bleutés de Lucie qui, en l'état actuel des choses, affichait une mine penaude face à ce qu'elle considérait intérieurement comme une preuve de son incompétence devant les prouesses magiques de ses deux amies. Difficile en effet de traîner derrière soi trois valises et un sac rempli de vêtements lorsque l'on ne connaissait aucun sort permettant de faciliter leur transport, mais Daphné ne se fit pas prier pour lui venir en aide. D'un simple coup de baguette, les affaires de Lucie vinrent flotter près des siennes, formant un immense tas de plusieurs kilos qu'une demoiselle aussi fragile qu'elle ne serait pas en mesure en temps normal de soulever.
- Merci, dit-elle en souriant. Il faudra que vous m'appreniez ce sortilège à l'avenir pour que je ne devienne pas le poids mort de notre petit groupe…
- Tu n'es pas un point mort, la corrigea patiemment Tracey en l'accompagnant dans sa marche. Tu as juste… Plus à apprendre que nous sur la magie, mais tu te rendras compte rapidement et dès demain que tu n'es pas la seule à ne pas connaître des sorts aussi rudimentaires que la lévitation. Daphné et moi avons eu une éducation très poussée en la matière, surtout Daphné en vérité… Et ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir en bénéficier. La plupart des gens cachent ce don par peur d'être persécutés par la population moldue, alors que de notre côté nous avons pu grandir dans un environnement où la magie était omniprésente…
- C'est ce qui m'est arrivée, dit-elle rapidement d'un ton anxieux. Ma mère m'a fait promettre de ne jamais montrer ma magie en public par peur que l'on nous accuse de sorcellerie et que nous finissions sur un buché. Elle n'est pas une sorcière, mon père non plus d'ailleurs, mais elle craignait qu'on l'accuse de m'avoir appris ces « tours de passe-passe » comme elle disait, alors je n'ai rien dit là dessus jusqu'à ce que Madame Maxime vienne nous rendre visite il y a quelques mois.
- C'est dommage, déclara Tracey d'un ton pensif. Si l'on décelait très tôt les enfants moldus doués de magie, nous pourrions leur donner dès leur plus jeune âge une éducation où la magie tient une place importante et permettant de réduire l'écart avec ceux comme moi qui ont pu en bénéficier.
- C'est vrai, approuva Daphné sans pour autant épiloguer plus longuement sur le sujet. Continuons d'avancer. Il doit y avoir un chambre libre pas très loin d'ici…
Leur marche reprit de nouveau sans qu'aucune ne relance la moindre conversation. L'angoisse peut-être à l'idée d'être surprise dans le couloir quelques minutes seulement avant le couvre-feu faisait qu'aucune n'était d'humeur à tenter d'égayer ne serait-ce qu'un peu l'atmosphère. Le couloir, bien que large et vaste, était par ailleurs parfaitement désert, et pas un seul bruit en provenance des chambres ne pouvait être entendu de l'extérieur, de telle sorte que l'on croyait aisément que toutes les étudiantes pouvaient déjà être couchées. Il n'y avait par conséquent aucune indication de l'heure précise pour elles, et seule la lune visible au-delà de l'immense fenêtre se trouvant à l'autre bout du corridor leur permettait de savoir qu'il faisait désormais bien nuit. Les quelques chandelles accrochées au mur ne parvenaient pas à masquer l'obscurité quasi-complète de la salle, et les ombres inquiétantes qu'elles faisaient apparaître donnèrent soudainement l'irrésistible envie à Lucie de s'approcher au plus près de Daphné. Celle-ci, trop occupée à estimer quelle chambre pouvait encore être libre n'y prêta pas la moindre attention, du moins jusqu'à ce que son amie lui marche malencontreusement sur le pied.
- Je suis désolée, s'excusa t-elle une nouvelle fois en se reculant légèrement.
- Aucun problème, lui affirma Daphné en tournant son regard vers la porte devant laquelle elles venaient toutes les trois de s'arrêter. Je pense que nous sommes arrivées de toute façon.
La première chose qui les frappa toutes les trois était que celle-ci était en très mauvaise état. Bien que tenant toujours sur ses gonds, il semblait que la moindre petite bourrasque pouvait la faire tomber, et les pièces métalliques, retenues par de vieux vis complètement rouillés, étaient à l'image du panneau de bois qu'elles retenaient : vieilles, abîmées et à changer de toute urgence.
- C'est… C'est ici ? demanda nerveusement Lucie en regardant d'un air dépité la vieille porte.
- Je suppose…, répondit Daphné en regardant les alentours à la recherche d'une éventuelle porte supplémentaire. Mais j'espère me tromper…
Décidant qu'il valait mieux en avoir le cœur net, Daphné opta alors pour l'ouvrir immédiatement. La porte à peine entrouverte grinça si fort que le bruit qu'elle causait se répercuta en écho dans tout le couloir. Terrifiée à l'idée d'avoir alerté l'ensemble du personnel, Daphné s'engouffra immédiatement à l'intérieur, Tracey, Lucie et tous les bagages à sa suite. Plongée dans le noir, Daphné fut bien incapable de viser correctement, et le capharnaüm qui se fit entendre quelques secondes plus tard lui certifia que l'ensemble de leurs malles et sacs venaient de s'éparpiller dans toute la salle.
- Lumos, marmonna t-elle en cherchant à estimer l'étendue des dégâts.
Le résultat fut vite sous ses yeux, mais ce ne fut pas la seule chose qui l'interpella. Ses yeux s'écarquillèrent d'effroi lorsqu'elle put constater par elle-même la raison pour laquelle personne n'avait opté pour cette chambre, et au fond d'elle-même, elle comprenait parfaitement pourquoi.
- Par les culottes de Merlin ! s'écria Tracey sans que personne ne la reprenne sur ses écarts de langage.
La chambre ressemblait davantage à un débarras de vieux meubles cassés qu'à un véritable dortoir, et la présence de multiples toiles d'araignées laissait supposer qu'elle n'avait pas été habitée depuis des années. Les fenêtres, autrefois rutilantes de clarté étaient à présent recouvertes de crasses et certains carreaux brisés laissaient passer l'air froid de la nuit, tandis que les volets eux avaient été simplement posés par terre à côté de leurs gonds tordus. Deux des armoires n'avaient plus de portes ni de tiroirs, et la barre de l'une d'elles sur laquelle devaient être disposées normalement leurs affaires avait tout bonnement disparu. Quant aux lits, ils ressemblaient davantage à des plaques grossièrement sculptées sur lesquelles avaient été insérés des pieds. Les baldaquins faisaient triste mine, et les « ciel de lit » fixés au reste de l'ensemble ne donnaient guère le sentiment de sécurité aux trois petites filles ayant le malheur de dormir dessus pour la nuit.
- On ne va quand même pas dormir ici !? s'alarma Tracey en examinant les dais du baldaquin décousus par endroit.
- Il semblerait que si, répondit Daphné pour qui ce nouvel environnement ne semblait pas avoir heurté le caractère détaché qu'elle s'obstinait à garder en pareille circonstance. La dernière chambre est généralement attribuée à l'élève la plus pauvre de l'école, mais je n'aurais jamais imaginé qu'elle serait dans cet état…
- Raison de plus ! s'obstina son amie en frappant rageusement dans l'un des pieds du lit. Tu es la fille d'un Lord anglais, tu es fiancé à un prince et par-dessus tout tu vas hériter de plusieurs titres dont rêveraient toutes les filles de cette école ! Tu devrais avoir ce qu'il y a de mieux enfin !
- Et que veux-tu que nous fassions !? répliqua son amie en se tournant vers elle. Que nous allions de ce pas dans l'une des autres chambres et que nous en expulsions les occupantes comme l'ont fait les trois harpies de tout à l'heure ? Je ne mange pas de ce pain là Tracey, et utiliser la violence pour résoudre mes soucis n'est en aucun cas un principe sur lequel je dicte ma conduite…
À la surprise de Tracey, Daphné se retroussa alors les manches, et saisissant une nouvelle fois sa baguette magique, elle la pointa alors sur le minable lit en bois qui devait faire office de couchette pour elle, le sourire aux lèvres :
- Non, dit-elle en commençant déjà à effectuer des mouvements de bras et de main compliqués. Je vais employer des méthodes beaucoup plus traditionnelles et qui se trouvent être dans mes cordes…
La suite fut un véritable déferlement de lueurs argentées qui éblouirent pour un temps les deux autres occupantes présentes dans la chambre. Aveuglées par la lumière vive diffusée par la baguette de Daphné, Tracey se cacha immédiatement les yeux, rapidement rejointe par Lucie. Toute la pièce semblait prise au piège dans un halo de lumière, aussi vive que le plus brillant des soleils par une belle journée d'été, et Tracey ne doutait pas que depuis l'extérieur toute la région pouvait, si les sortilèges d'invisibilité et de repousse-moldus n'existaient pas, apercevoir le travail qu'effectuait Daphné sur cette minuscule chambre.
Pourtant, aussi rapidement qu'elle s'était attelée à sa tâche, Daphné y mit rapidement un terme, mais Tracey attendit que l'obscurité omniprésente de la pièce refasse son apparition dans la chambre.
- Vas-tu nous dire ce que tu faisais ? maugréa t-elle en papillonnant des yeux, toujours légèrement étourdie par les sortilèges de son amie.
Sa question resta cependant en suspens au moment même où ses iris se posèrent sur le mobilier des lieux. Tout avait absolument changé en mieux, et si deux minutes plus tôt cette chambre ressemblait à une porcherie laissée à l'abandon, elle offrait à présent un tout autre visage bien plus accueillant. Tout avait été réparé par les soins de Daphné, et si les meubles gardaient leur aspect rustique sans la moindre fioriture, la fiancée d'Harry était parvenue d'un simple coup de baguette à leur rendre leur beauté d'antan au point qu'ils paraissaient désormais totalement neufs. Daphné avait même creusé dans la roche une petite cheminée dans laquelle ronflait paisiblement un petit feu de bois, et un cadre dans lequel était affiché l'un des nombreux portraits d'Harry trônait déjà au dessus. Pour parfaire encore davantage le décor, Daphné avait déjà disposé les biens personnels de chacune des filles à l'emplacement qui lui était attitré, et la vitre qui autrefois n'était pas plus grande qu'une table de nuit avait maintenant suffisamment de hauteur et de largeur pour permettre l'installation de ravissants rideaux de soie verte.
- C'est encore provisoire, dit d'ailleurs Daphné d'un air gêné devant les mines ahuris de ses amies, mais je pense que l'idée générale est là. J'espère simplement que Madame Maxime ne me reprochera point les quelques petits aménagements que je me suis permise de faire dans cette chambre.
- Par Circé, comment as-tu donc fait ce prodige !? s'exclama Tracey en gardant les yeux écarquillés.
- Je… Belle-maman me les a enseignés, répondit-elle nerveusement. Elle affirmait qu'une femme devait toujours connaître les sorts ménagers d'usage pour entretenir son foyer et garder une demeure convenable pour tous les visiteurs potentiels et notamment ceux avec qui travaillerait Gabriel. D'après elle, « la maison est le reflet de l'âme, de la droiture, et de la respectabilité d'une personne », aussi les gens de notre condition se doivent de garder un habitat aussi propre et bien aménagée que possible…
- Est-ce que tout ceci est vraiment pour moi ? la coupa Lucie en touchant presque précautionneusement les couvertures de son lit comme si elle avait peur de les abîmer.
- Bien sûr, lui assura Daphné en la regardant d'un air circonspect. Est-ce que quelque chose te dérange ?
Lucie ne répondit pas tout de suite, préférant d'abord s'attarder sur le baldaquin de son lit et le moelleux de son matelas qu'elle testa longuement. Puis, alors que Daphné et Tracey perdait espoir de l'entendre répondre à la question posée, elle reprit finalement la parole d'une voix presque inaudible mais où l'émotion était aisément perceptible :
- Je n'ai jamais eu de vrai matelas…, souffla t-elle. Je dormais sur un fétu de pailles jusqu'à hier, et les draps de mon lit étaient remplis de trous… Je… J'ai l'impression de réaliser le rêve de petite fille que je faisais plus jeune, et j'espère vraiment ne pas me réveiller demain en découvrant que tout ce qui s'est passé aujourd'hui n'était en fait qu'un rêve…
Touchées par ses paroles, Daphné et Tracey s'approchèrent d'elles et sans avertissement lui entourèrent chacune la taille et les épaules. Aucun mot ne fut échangé, mais par ce seul geste, toutes les deux exprimèrent à leur nouvelle amie le soutien indéfectible qu'elles lui assuraient. Lucie fut troublée par cet élan d'amitié, mais une autre pensée émergea en elle : Oui elle n'était pas riche ; Oui elle n'avait pour l'heure aucun talent en magie ; Oui à côté d'elles, elle se sentait faible et inutile ; Mais au moins, elle savait à présent qu'elle n'était plus seule pour affronter ce monde lui étant inconnu et qu'au delà même de ses espoirs d'une vie meilleure en intégrant Beauxbâtons, elle avait trouvé quelque chose de bien plus fort :
Une belle amitié naissante.
Donc voilà ! Chapitre bouclé ! J'espère qu'il vous aura plu en tout cas. Personnellement j'en suis relativement assez fier, bien que les phases descriptives ont tendance à parfois être un peu longues.
J'espère également que la description de Beauxbâtons vous plait. Je l'imaginais en tout cas de cette façon, une école assez moderne ou en tout cas bien plus riche dans son architecture que Poudlard qui fait bien plus moyenâgeux. J'ai bien aimé d'ailleurs faire interagir monde moldu et magique dans ce chapitre par le biais de la fondatrice de l'école, la marquise de Maintenon. Pour la petite histoire, cette femme extrêmement pieuse fut la dernière maîtresse de Louis XIV. Elle a élevé les enfants issus des adultères du roi avec la marquise de Montespan (ils préféreront d'ailleurs leur gouvernante à leur propre mère) avant de finalement usurper la place de celle-ci en allant même jusqu'à se marier avec lui (un mariage caché cependant). J'ai eu l'idée d'en faire la fondatrice de Beauxbâtons car à peu près à la même époque, elle fondait également l'école pour jeunes filles de Saint-Cyr : Je me disais qu'ainsi elle assurait non seulement un avenir aux jeunes filles de petite noblesse mais également aux sorcières ^^.
Également avant que je n'oublie, je suis désolé si vous trouvez étrange qu'elles aient deux heures de prière/jour, mais rappelez-vous simplement que la France était profondément chrétienne en ce temps là et que la religion touchait à tous les aspects de la vie, même à l'école. Pareil pour les repas : Je doute honnêtement que la consommation de bananes était très développée au début du XIXème siècle, surtout chez les pauvres ^^. D'ailleurs j'ai été étonné de lire un jour que les tomates elles-mêmes servaient surtout de plantes de décoration dans la plupart des maisons !
Le prochain chapitre est déjà commencé et ne devrait pas prendre énormément de temps à être fini : Pour le moment je passe les rattrapages des épreuves que j'ai raté durant mes examens, alors n'espérez pas l'obtenir avant un bon mois. Mais si ça peut en rassurez certains, il sera très probablement moins long que les précédents !
Sur ce, à bientôt !
