Salut à tous ! Déjà un mois d'écoulé, mais au moins j'ai fait beaucoup plus vite que la dernière fois !

Avant toute chose, je vous souhaite de bonnes vacances : Profitez-en bien ! Personnellement j'ai prévu quelques petites sorties bien sympa durant ces deux petits mois de repos, mais pas grand chose d'extraordinaire.

J'ai également eu la chance de passer en deuxième année en validant mon deuxième semestre d'histoire (avec brio soit dit en passant, mais j'ai quand même lamentablement échoué en histoire de l'art antique... Entre nous cette matière m'ennuie au plus au point), donc je passe en deuxième année ! J'ai trois options qui s'offrent à moi, mais en regardant le programme de ces trois filières, je pense m'orienter vers une deuxième année de licence spécialité Histoire-géographie.

Donc voilà le nouveau chapitre ! Comme promis, je n'ai pas eu énormément de difficultés à l'écrire, mais entre les moments de flemmardise et l'absence d'inspiration, je n'ai pas pu le publier aussi vite que je le souhaitais. Au programme : Harry bien sûr ! L'action est essentiellement centrée sur lui avec bien évidemment une petite surprise qui devrait faire plaisir à ceux qui trouvaient que cette fiction tournait en longueur.

Sinon j'ai également une autre petite information à donner : Ma nouvelle fiction commencera la semaine prochaine. Elle devait normalement être publiée aujourd'hui, mais j'ai soudainement eu l'idée d'un prologue pour bien vous situer le contexte, et pour le moment il n'est pas du tout terminé. Je souhaiterais également publier dans cette nouvelle histoire des petites phrases tirées d'un livre que j'ai acheté lorsque je suis allé à Versailles : " Esprit XVIII : Savoir-Vivre et Bonnes manières " aux éditions Chêne. Ces petites notes seraient mises dans chaque note d'auteur en fin de chapitre, ce qui vous permettrait d'avoir en plus une petite information sur les bonnes manières à cette époque (je vais en mettre une en fin de chapitre pour vous donner un petit aperçu).

Sinon je me suis efforcé comme vous pouvez le voir de le raccourcir un peu par rapport aux derniers chapitres : Les plus récalcitrants apprécieront !

Encore merci à ceux qui ont laissé un commentaire : Je vais y répondre dès que ce chapitre sera publié !

Nekow/Anonymous : Merci pour vos commentaires ! Oui j'ai bien aimé décrire la transformation de cette chambre ^^. Pour ce qui est de l'histoire de Rosie, en fait j'allais la développer plus en profondeur dans deux chapitres (celui encore après celui qui vient). Au départ elle devait l'être dans celui où Daphné s'en allait à Beauxbâtons, mais le chapitre était déjà beaucoup trop gros (j'ai donc coupé cette partie pour la sauvegarder d'avance sur une autre page).

Sur ce, bonne lecture !


Deux jours s'étaient écoulés depuis la rentrée scolaire de Daphné, et tout comme elle, Harry avait repris le chemin de l'académie pour entamer sa troisième année de formation. Du moins, lui avait repris les études bien avant, et contrairement à sa fiancée qui pour l'heure suffoquait dans une salle de cours, Harry profitait lui des derniers jours d'été en se promenant tranquillement dans les rues animées de Metz. Il ne fallait cependant pas croire qu'il faisait l'école buissonnière : Lily comme Marie-Louise l'en auraient fortement dissuadé, et il craignait autant les colères de l'une que de l'autre.

Mais par un heureux hasard, le premier cours de ce mercredi après-midi était un cours de français, une matière qui lui était depuis longtemps devenue inutile. Copier des lignes afin de mémoriser l'orthographe et la grammaire des mots ou des différents temps de conjugaison de cette langue avait été l'un des nombreux exercices auxquels il s'était confronté avant même d'intégrer l'académie, et si le français n'avait plus de mystère pour lui depuis bien longtemps, on ne pouvait en dire autant de la plupart de ses camarades de classe incapables pour certains de lire correctement une ligne dans un manuel sans bloquer sur un mot ou un son.

Juliette et Nicolas étaient de ceux-là, ce qui expliquait pourquoi il vadrouillait seul le long des berges de la Moselle, mais leur absence ne le touchait guère : Ces moments de solitude et de paix, loin des affres de son école et des difficultés qu'il pouvait y rencontrer, étaient ce qu'il chérissait le plus lorsqu'il pouvait à loisir profiter de son temps-libre. Marcher travaillait en lui comme un remède efficace à toutes les pensées négatives qui pouvaient lui parcourir l'esprit, et ses obligations en tant qu'héritier d'une puissante et riche famille étaient éclipsées par la quiétude qui l'habitait en ces si rares occasions.

Respirer l'air pur de la Lorraine, sentir les délicieux effluves des étales des marchands ambulants, écouter le doux chant des oiseaux, des conversations animées des rues qu'il traversait ou des bras de la Moselle dont l'eau percutait de plein fouet les abords en pierre la jalonnant l'aidaient en tout cas à faire le vide dans sa tête et à apprécier à sa juste valeur ces petites choses de la vie pouvant égayer pour une journée entière notre existence. Harry se serait d'ailleurs bien vu en cette journée allongé sous un arbre à ne rien faire d'autre que regarder le bleu du ciel et s'amuser des formes que pouvaient prendre les nuages, mais une seule heure n'aurait pu être suffisante pour s'y lancer, et il préférait encore employer ce temps libre à faire quelque chose d'instructif : La paresse n'était vraiment pas dans ses habitudes.

Au lieu de ça, il parcourait les diverses rues de la ville en détaillant son architecture, sa mise en place et l'animation qui la gagnait au fur et à mesure que la journée s'écoulait, non sans profiter des quelques étales de fruits qui s'offraient à lui et à son appétit lorsque par chance il arriva sur la place de marché faisant face à l'église.

« Pour un peu, je me penserais presque en vacances… » se disait-il intérieurement tout en croquant dans sa pomme nouvellement achetée.

Avoir l'estomac rempli, même par un simple fruit, lui donnait suffisamment de temps pour ne plus se préoccuper de la faim qui pouvait à tout moment le gagner, et à l'inverse assez d'énergie pour se laisser surprendre à admirer la façade des centaines de maisons de Metz, un passe-temps que la plupart des gens trouveraient pour le moins étrange. Les maisons à colombages composaient en grande partie l'architecture de la ville, et si depuis quelques années la municipalité tentait d'introduire de plus en plus les maisons en dur afin de palier aux possibles incendies, le bois et les toits en chaume restaient malgré tout les caractéristiques spécifiques des maisons françaises.

Les hauts pignons triangulaires et les façades vitrines largement percées de baies séparées par de simples montants de charpentes faisaient ainsi parties du décor environnant, et si les architectes favorisaient grandement les ouvertures afin de lutter contre l'assombrissement des pièces dû à l'étroitesse des rues et les saillies successives, les maisons françaises se distinguaient également par leur élévation dantesque : Contrairement aux maisons anglaises parfaitement ordonnées et n'atteignant jamais plus de deux étages, Il n'était pas rare d'en voir une multitude possédant au moins trois étages, sans compter bien évidemment les mansardées s'établissant dans les combles, et serrées les unes aux autres, elles offraient ainsi un cadre de vie propice à l'implantation et la création de petits commerces se multipliant sur tous les axes de la ville. Metz, avec ses 35 000 habitants, pouvait être considérée comme l'une des villes les plus peuplées du pays, bien loin cependant des 500 000 parisiens ou des 100 000 lillois vivant au même moment dans leur ville respective. Mais la proximité avec la campagne à seulement quelques kilomètres de la place centrale donnait à cette ville un cadre champêtre que l'on ne pouvait trouver si facilement dans les autres villes de plus grande importance, et c'était ce qu'Harry appréciait le plus ici.

Cependant, les bonnes choses avaient une fin, et il s'attelait à présent à rentrer le plus rapidement possible à l'académie assister au cours de sortilèges de Madame Riva. Comme il l'avait rapidement découvert au cours de sa première année, son enseignante comptait parmi les plus illustres figures dans cette matière, et titulaire d'une maîtrise en sortilèges avancés ainsi que d'une agrégation dans l'enseignement supérieur des établissements magiques, suivre l'un de ses cours était donc considéré par beaucoup comme un véritable privilège : Ce fut en soit une aubaine qu'elle jugea bon un beau jour de devenir professeur au sein de leur académie après avoir pendant quelques années dû se familiariser à son aspect militaire. Par ailleurs elle faisait partie des professeurs que les élèves préféraient, la raison étant peut-être tout simplement qu'elle était l'unique présence féminine en dehors de Juliette dans l'académie, et en plus d'être une femme pour le moins ravissante et agréable autant à voir qu'à écouter, elle savait manier humanisme et rigueur dans ses cours, la rendant aux yeux de tous bien plus sympathique que n'importe quel autre enseignant de l'académie.

À côté de ça, les femmes de la « halle des dentellières », un vieil établissement où se réunissaient les pires débauchés de toute la région, faisaient pâle figure à côté d'elle, et encore aujourd'hui ces gourgandines, attroupées à l'entrée de leur lieu de travail dans l'attente d'un client, se faisaient remarquer par leur exubérances et leur vulgarité. Pour son malheur Harry avait tapé dans l'œil de la patronne de ce lieu infréquentable, et dès qu'elles le virent, ses employées ne se génèrent pas pour tenter de l'attirer dans leurs filets :

- Mais ne serait-ce pas notre petit prince ? lança l'une d'elles en sirotant une pinte de liqueur.

- Tu veux venir prendre du bon temps, mon mignon ? lui proposa une autre en se cabrant légèrement pour laisser apparaître sa généreuse poitrine serrée par un corset. Je suis en manque d'affection chéri, viens me réconforter…

- Hm… Peut-être un autre jour madame, répondit-il avec un sourire crispé sur le visage.

- Ce n'est pas bien de vouloir jouer avec la nourriture de la matrone ! dit alors une troisième en regardant d'un air entendu sa collègue. Mais je ne dirais pas non pour y gouter moi aussi quand cette vieille peau en aura fini avec son jeune poulain ! La chair fraîche, c'est bien ce qui manque dans ce trou, et ça nous changera des ivrognes qui viennent nous rendre visite!

Toutes ses amies approuvèrent ses dires, et tout en gloussant fortement sans se soucier des regards désapprobateurs lancés par les quelques femmes se promenant également dans la rue, elles ne quittèrent jamais des yeux le pauvre Harry tout en lui lançant de temps à autre une petite remarque pleine de sous-entendu. Si Daphné avait été là… ces filles en auraient vu de toutes les couleurs, même face à une jeune fille de seulement onze ans.

Mais il fallait admettre qu'avec sa silhouette fine et joliment sculptée, son regard vif lui donnant un air mystérieux, ses magnifiques yeux verts dont on ne tarissait pas d'éloges et la noblesse qui se lisait comme un livre ouvert dans le moindre de ses gestes, Harry attirait facilement l'attention de toutes les jeunes filles de la ville, un intérêt dont il tentait de mettre un terme le plus courtoisement possible. La fidélité restait le point d'orgue de ses principes, et en amitié comme en amour, il ne la bafouerait jamais. Tricher sur cela reviendrait à remettre en cause tout ce à quoi il croyait et entendait défendre, et un homme incapable de respecter ses propres décisions n'était pas quelqu'un de confiance, de recommandable et digne d'estime.

Ses pensées dérivèrent sur l'absence de lettre à son égard de la part de sa fiancée, mais Harry n'y porta pas grand intérêt : Metz et l'école de Beauxbâtons étaient situées à deux extrémités du pays, et il fallait probablement quelques jours à un oiseau pour faire parvenir un courrier à son destinataire. Néanmoins il espérait que cette lettre arriverait vite car il attendait avec impatience les impressions de Daphné sur sa nouvelle école. S'y plaisait-elle ? S'était-elle déjà fait quelques nouvelles amies ? Les cours l'intéressaient-ils ? L'absence de ses proches n'était-elle pas trop pesante pour elle ? Tant de questions auxquelles il espérait une réponse, et pour être tout à fait honnête avec lui-même, sa présence lui manquait déjà. Les deux mois complets de Juillet et août lui semblaient si peu pour partager des moments avec elle qu'il pensait amèrement que Beauxbâtons aurait dû se trouver suffisamment près de lui pour pouvoir de temps à autre rendre une petite visite à sa fiancée et profiter plus longuement de sa présence.

Oh oui elle lui manquait, et pas un jour ne passait sans qu'il ne pense à elle et à ce qu'elle pouvait faire sans lui. La connaissant, il se doutait qu'elle devait ressentir la même chose de son côté, et quelque part du côté de son égo masculin, il remerciait le ciel pour l'absence totale de présence masculine dans son école : Il ne manquait plus qu'il se fasse du souci sur ce côté-là ! Mais par chance, et tout comme lui, Daphné n'était pas du genre à batifoler avec d'autres garçons même de son âge, et la plupart du temps, elle restait continuellement accrochée à son bras de manière possessive, informant ainsi par ce biais qu'elle n'était non seulement pas libre pour un autre, mais qu'Harry lui-même ne l'était pas davantage.

Un sourire se glissa sur son visage face à ce souvenir, mais il fit de son mieux pour le contenir afin de ne pas passer pour un imbécile heureux devant les passants venant en sens inverse.

- Nous nous reverrons bientôt…, dit-il en examinant d'un air presque mélancolique la devanture d'un joaillier. Nous nous reverrons, et je sais déjà ce que je t'offrirai à ce moment là, ajouta t-il avant de reprendre sa route.

Au détour d'une rue, il aperçut finalement l'académie, reconnaissable entre mille par son toit aussi noir que du charbon et les quelques tours se finissant en pointe. Quelques élèves en uniforme paraissaient paisiblement devant son entrée, et comme à son habitude, la circulation à cet endroit de la ville était dense et continue. Gaston lui, la silhouette voûtée et l'air bougon, observait également les allées et venues des badauds marchant près de la porte d'entrée qu'il gardait farouchement, un manche à balai dans la main. À ceux qui avaient le malheur de lui jeter un regard de travers, l'irascible concierge les invectivait de manière abrupte et cassante en n'hésitant pas à appuyer ses reproches par un crachat abondant au pied des concernés. Ses provocations n'allaient jamais plus loin, mais lorsqu'il vit Harry s'approcher de lui, l'air renfrogné de Gaston se crispa encore davantage pour lui adresser le regard le plus mauvais dont il était capable :

- Encore à traîner dehors, hein Bourbon ? marmonna t-il d'un ton méchant en serrant son balai si fort qu'il le faisait craqueler. De la mauvaise graine, voilà ce que tu es ! Je suis prêt à parier mon salaire que tu manigances encore quelque chose, et que tout va retomber tôt ou tard sur cette fichue académie !

- Ce que je fais de mes sorties ne vous regarde nullement, répliqua t-il posément en passant à côté de lui sans s'arrêter. Mais il me semble intéressant de noter que je suis le seul élève dont les promenades en ville semblent autant vous causer du souci pour en arriver à épier chacun de mes retours… Vous inquiéteriez-vous pour ma personne, Gaston ? Votre sollicitude me surprend autant qu'elle me touche, soyez-en sûr !

- Canaille ! hurla dans son dos le concierge. Brigand ! Salopiot ! Que mon corps soit bouffé par les vers le jour où je m'inquiéterai pour toi ! Tu peux crever la bouche ouverte que cela me comblerait de joie !

Harry ne répondit pas, mais d'un geste vif de la main il sortit sa baguette magique de sa manche, et la pointant dans la direction du concierge, il la fit rapidement tournoyer dans le vide avant de précipitamment la rentrer.

Rien ne se passa au départ, mais soudainement, Gaston poussa un cri de douleur en sautillant sur place, tandis que son pantalon, retenu jusqu'alors par une ceinture de cuir, glissa jusqu'à ses chevilles et le fit vaciller dangereusement sur place. Harry n'eut pas besoin de se retourner pour vérifier par lui-même qu'il finirait par tomber par terre car quelques secondes plus tard, un choc lourd se fit entendre derrière lui, rapidement accompagné par un flot d'insultes et de jurons qui auraient aisément pu être entendu par toute l'académie. Heureusement pour lui, le directeur n'était pas là, autrement Gaston aurait passé un très mauvais moment. Heureusement pour lui ? Oui, mais malheureusement pour les élèves et en particulier pour Harry qui ratait là une occasion de voir cet irascible vieillard se faire rabrouer devant l'école entière.

- Ce sera pour une prochaine fois, soupira t-il en se dirigeant vers l'entrée du bâtiment des sortilèges.

Au passage, il adressa quelques saluts furtifs à certains élèves qui, à défaut d'être des amis pour lui, faisaient plutôt office de connaissances ou de camarades mais à qui il ne refusait pas la possibilité de pouvoir discuter avec lui. Mais ses seuls véritables amis étaient encore pour l'heure en cours de français, probablement à s'ennuyer ferme pour l'un et à suivre assidûment la leçon de grammaire pour l'autre au point que cela finissait irrémédiablement en une nouvelle dispute entre les deux.

Un petit sourire passa sur le visage d'Harry lorsqu'il imagina Nicolas écroulé sur son pupitre, la joue collée à sa feuille de parchemin et sans qu'il ne se rende compte que l'encre qu'il avait utilisée pour noter son cours n'avait pas encore séché, donnant ainsi la possibilité à tout le monde d'admirer le résultat de son travail à même son visage. Cela était déjà arrivé par le passé, et Harry comme Juliette s'étaient fortement amusés ce jour-là au détriment de leur ami : Nick de son côté avait une fois de plus été le centre d'attention et d'amusement de toute l'école, y compris des instructeurs. Même Gaston avait ouvertement rit de sa malchance, mais jamais personne ne lui indiqua l'origine de tous les doigts pointés vers lui et les gloussements qu'il rencontrait sur son passage… Autant dire qu'en le découvrant finalement par lui-même le soir même, Nick s'était senti fortement ridicule, et si sa vengeance fut d'asséner à Harry et Juliette quelques coups de coussin, son petit jeu se transforma rapidement en une bataille généralisée gagnant bientôt l'ensemble des dortoirs de l'école ; La punition fut de taille, d'autant plus qu'en l'absence du directeur parti sur les champs de bataille, la discipline avait été confiée Monsieur Bourlot, mais la bataille d'oreillers allait pour longtemps rester dans les mémoires de l'école.

La progression vers la salle de cours fut facile, bien que trop calme à son goût, mais la quasi-totalité des élèves était encore en salle de classe et Harry était l'un des rares élèves à pouvoir se vanter d'avoir un peu de temps libre. Il lui restait d'ailleurs dix minutes lorsqu'il arriva devant la porte derrière laquelle avaient lieu généralement les cours de sortilège, et celle-ci, déjà ouverte, lui donna une bonne raison pour pouvoir déjà y pénétrer.

La salle de classe était pour l'heure vide, du moins vide d'élèves car Mademoiselle Riva elle était bel et bien là, déjà assise derrière son bureau à feuilleter négligemment une pile de feuilles qu'elle avait entre les mains. Par politesse, Harry la prévint de sa présence en cognant légèrement la porte dans l'espoir qu'elle veuille bien lui laisser la chance de pouvoir déjà s'installer en attendant l'arrivée du reste des élèves. Celle-ci leva aussitôt les yeux, et lorsqu'ils se posèrent sur lui, elle répondit à sa question silencieuse en l'invitant à entrer d'un léger hochement de tête avant de se replonger dans la lecture des notes qu'elle s'épuisait à lire.

- Vous n'oublierez pas de refermer la porte derrière vous Monsieur Bourbon, dit-elle néanmoins à peine eut-il franchit l'embrasure.

Harry obéit aussitôt, puis, cherchant du regard la meilleure place qui soit pour lui et ses deux amis, il opta pour la troisième rangée de pupitres et de préférence au plus près des fenêtres de la classe. La salle était en effet ménagée tel un amphithéâtre, et si chaque rangée de sièges s'élevait seulement de quelques centimètres de plus que la précédente, chacun pouvait cependant avoir une vue parfaite sur la partie réservée à leur professeur et l'immense plaquette d'ardoise sur laquelle était déjà inscrit le titre de la leçon du jour :

- Stratégie évolutive ou quand un sortilège anodin vous permet de vaincre un ennemi… Cette leçon s'annonce palpitante professeur Riva ! ne put-il s'empêcher de déclarer sans la moindre once de sarcasme.

- Je vous remercie Bourbon, dit-elle en esquissant un très léger sourire. Peut-être qu'à présent, vos camarades se rendront compte que n'importe quel sort peut s'avérer mortel s'il est utilisé sous certaines conditions et de façon réfléchie. Peut-être même pourrait-il leur sauver la vie, mais nous n'en sommes pas encore là…

- Il est vrai qu'employer « Colloshoo » dans un duel par exemple n'est probablement pas la première idée à laquelle pense un duelliste. Pourtant coller les chaussures d'un adversaire sur le sol pourrait être payant si celui-ci ne songe pas à les ôter rapidement.

- Vous comprenez rapidement où le principe même de cette leçon se situe, l'informa son professeur. Cependant gardez cet exemple pour le cours : Il serait intéressant de le redonner par la suite afin de mieux expliquer à vos camarades le sujet que je souhaite aborder.

- C'est entendu, accepta t-il avant de sortir rapidement de sa besace un manuel de cours qu'il s'empressa de lire.

Ils n'eurent d'ailleurs pas longtemps à attendre car déjà les premiers élèves faisaient connaître leur présence de la même façon qu'Harry auparavant. Le professeur Riva dut même rapidement s'avouer vaincu devant les interruptions continuelles de ses étudiants et ne daigna plus demander au dernier entrant de fermer la porte. Ce fut ainsi qu'Harry n'eut même le besoin de tourner sa tête vers l'entrée pour reconnaître le pas traînant et las de Nicolas ou pour entendre Juliette le sermonner une nouvelle fois pour le flegme évident dont il faisait preuve. La goutte d'eau fut lorsque leur enseignante indiqua à Nicolas qu'il n'était pas correct pour un élève d'entrer en classe en traînant des pieds : Le meilleur ami d'Harry, sans doute troublé par les paroles de celle-ci, en perdit l'équilibre et s'emmêla les jambes pour basculer tête la première derrière la première rangée de pupitres. Toute la classe éclata alors de rire et même Madame Riva en oublia d'arborer son habituel air sérieux pour participer à l'amusement général.

Ce genre de gaffe n'était pourtant pas rare de la part de Nicolas, et tout le monde était depuis longtemps habitué à sa maladresse devenue légendaire, mais ses chutes souvent spectaculaires en plus d'être ridicules restaient imprévisibles et généralement le présage avant coureur d'une journée placée sous le signe de la bonhomie. Aussi, si l'on ajoutait à cela sa bonne humeur et à sa personnalité extravertie et impétueuse, Nick avait pour lui une excellente réputation chez les étudiants qui le louaient de façon élogieuse très fréquemment.

Dans un autre registre, Juliette elle était reconnue pour son sérieux et l'acharnement qu'elle mettait dans son travail, faisant ainsi d'elle l'un des meilleurs élèves de leur année. Son caractère froid en faisait fuir plus d'un, mais Harry et Nicolas eux pouvaient se targuer de connaître depuis trois ans maintenant la véritable face cachée de leur amie : Celle d'une jeune fille douce, sensible, fidèle et ne manquant pas de courage pour oser défier des élèves plus grands, plus forts, et plus âgés qu'elle. Sa véritable identité restait encore un mystère connu seulement de quelques privilégiés, en particulier au sein du corps professoral, mais avec l'apparition des premières contraintes liées à l'adolescence, leur amie devait chaque jour se montrer un peu plus ingénieuse dans les multiples subterfuges qu'elle utilisait pour cacher encore son petit secret. Heureusement pour elle, Harry et Nick avait pris à cœur depuis deux ans de lui venir en aide, et les bêtises qu'orchestrait ce dernier à travers l'école n'avaient la plupart du temps pour unique but que cela, un soutien auquel Juliette était sincèrement reconnaissante.

À eux trois, ils formaient depuis leur première année un trio reconnu pour leurs qualités intellectuelles et morales, une source même d'inspiration pour certains élèves qui voyaient notamment en Harry la parfaite image de l'élève instruit, studieux et qui deviendrait grâce à ses efforts un excellent élément dans le corps de cavalerie de l'armée française. Beaucoup enviaient ainsi les places privilégiées qu'avaient ses deux amis à ses côtés, mais chacun savait pertinemment que ces mêmes places ne leur seraient jamais accessibles. Il leur était toujours possible de graviter autour de ce noyau dur qu'ils formaient à eux trois, mais l'intégrer revenait à creuser une brèche dans un bataillon ennemi seul et avec pour unique arme sa persévérance : en d'autres mots, Impossible.

- Alors, ce cours de français ? les interrogea aussitôt Harry tout en refermant son livre.

- Pénible…, souffla Nicolas en s'affalant sur le pupitre juste à côté d'Harry. Je n'arrive toujours pas à bien faire la liaison entre certains mots, et étrangement ça agace énormément notre « merveilleux » professeur qui ne se gêne pas au passage pour me faire le reproche devant toute la classe… À croire qu'il ne voit même pas mes efforts !

- Ce qu'il ne faut pas entendre…, ricana Juliette en secouant sa tête. Tu ne l'écoutes même pas ! Tu préfères passer ton temps à dessiner sur tes feuilles de parchemin ! Dois-je te rappeler que l'école à un budget à ne pas dépasser, et ce même pour le papier et l'encre ? Vu à la vitesse à laquelle tu finis les encriers, tu nous mettras bientôt tous en difficulté !

- Je n'écoute pas !? En deux ans, j'ai appris à lire et à écrire ! persista t-il en levant les bras au ciel dans un geste d'humeur. Même ma mère reconnait maintenant que l'académie parviendra peut-être à faire quelque chose de moi, et c'est peu dire de la part d'une femme qui m'a sans cesse rabâché les oreilles sur l'idiotie qui était selon elle mon fond de commerce !

La simple évocation de cette femme arracha un légèrement reniflement à Harry. Bien loin du portrait que dressait Nicolas de sa mère à longueur de temps, celle-ci s'avérait être en réalité une petite femme très attachante dont le seul défaut à ses yeux était son éducation campagnarde en faisant une personne un peu rustre. Il ne l'avait rencontré que deux fois au cours de visites rendues à son ami dans sa petite ferme familiale, mais Harry tomba des nues dès lors qu'il apprit à connaître la personnalité de Madame Fleury. Prévenante, gentille, très avenante et protectrice envers ses enfants, c'était justement ce dernier trait chez elle qui déplaisait à son fils et qui ressemblait davantage à ses yeux à de l'abus d'autorité lui restreignant toute liberté. Nicolas ne semblait pas comprendre que la dureté avec laquelle Madame Fleury l'avait élevé n'avait eu que pour unique but de lui inculquer une droite ligne basée sur des principes moraux qui lui permettraient de vivre une vie saine et loin de toutes les tentations malhonnêtes. Sur ce coup là, on pouvait dire qu'elle avait réussi, car malgré son franc-parler et sa tendance à ne jamais avoir sa langue dans sa poche, Nicolas n'avait jamais eu de graves problèmes depuis son arrivée dans l'académie ; Ses heures de retenues et ses multiples punitions étaient en revanche un autre sujet, et Nicolas se gardait bien de narrer à sa mère ses « exploits » dans les quelques lettres qu'il daignait lui écrire.

- Au moins maintenant nous aurons enfin un cours intéressant, reprit-il en scrutant du regard le professeur Riva. J'adore le cours de sortilèges !

- On se demande vraiment pourquoi, ironisa Juliette en suivant des yeux la même direction que son ami. Oh oui vraiment, en te voyant ainsi déshabiller du regard Madame Riva, personne ne soupçonnerait que tu aimes ce cours uniquement pour ton professeur…

- Hé ! s'indigna t-il aussitôt bien qu'une légère rougeur apparue sur ses joues. Je… Je ne l'aime pas ! Enfin si mais… Pas comme un garçon aime une fille… Et puis elle est plus vieille que moi, quelle idée as-tu là !

- Une idée ? dit-elle pensivement en levant les yeux au ciel. J'aurais plutôt dit une affirmation ou une certitude, comme j'ai la certitude de t'avoir entendu au moins deux fois depuis le début de cette nouvelle année scolaire dire dans ton sommeil, je cite : « Hm… Madame Riva… Si votre beauté plaît à mes yeux, votre douceur charme mon âme… ». Oooh tant de mièvrerie, je défaille !

- Que m'a-t-il donc pris de te donner à lire ce livre de Voltaire ? ironisa Harry tandis que Juliette feignait un évanouissement sous les yeux mortifiés de Nicolas. Voilà que tu te lances dans les belles phrases mon ami !

- Ai-je vraiment dit ça ? bafouilla t-il en regardant avec effroi son enseignante. Mon Dieu, si je sors pareille ânerie durant mon sommeil, alors plus jamais je n'essaierais de dormir en cours, et encore moins durant celui-là !

Ses deux amis ricanèrent légèrement sous l'œil alerte de leur professeur, mais celle-ci, ne sachant pas que le sujet de discussion la concernait, pensa simplement qu'il devait probablement s'agir d'une conversation en somme parfaitement innocente. Quelle erreur…

- Et toi alors, cette petite escapade en ville ? l'interrogea Juliette tout en sortant ses affaires.

- La vieille Bertha t'a encore fait les yeux doux, hein ? se moqua pour sa part Nicolas en souriant malicieusement. Ça lui ferait tellement plaisir de se faire un petit jeunot, riche de surcroît !

- Arrête un peu avec ça, maugréa Harry en réprimant un frisson à la pensée de cette vieille femme édentée et à son détestable établissement. Quelle idée as-tu eu de lui donner mon nom de famille ! On dit partout en ville à présent qu'elle rêve de me déniaiser, et ses employées ne cessent de me tancer à chaque occasion qui s'offrent à elles ! Heureusement que cela n'est pas encore parvenu jusqu'aux oreilles de ma mère…

- On pourrait s'arranger…, argua Nicolas de ce même sourire plein de sous-entendu.

Mais deux petites tapes derrière la tête le persuadèrent du contraire, et c'est en se massant la nuque devenue douloureuse qu'il regarda entrer de nouveaux élèves. Boulanger ferma la marche, comme à son habitude légèrement en retard, mais le professeur Riva ne sembla pas s'en formaliser et ne lui en tint nullement rigueur. Celui qui s'était décrété comme premier rival d'Harry choisit d'ailleurs de s'installer dans la rangée derrière lui, son pupitre à quelques centimètres seulement derrière sa tête et en compagnie de ses deux gardes du corps attitrés, Berliot et Marlet, qui avec leurs bras aussi gros que des jambons et leur intelligence avoisinant celle d'un troll, faisaient parfaitement l'affaire.

- Je ne t'ai pas trop manqué, Bourbon ? lança t-il d'ailleurs en passant près de lui tout en assénant au passage un coup d'épaule à Nicolas. Je t'aurais bien accompagné pour ta petite sortie hebdomadaire en ville, mais vois-tu j'avais d'autres choses à faire que de me pavaner devant toutes les pucelles de Metz…

- Comme martyriser les petits nouveaux ? supposa à juste titre Harry en se remémorant brièvement la scène à laquelle il avait assisté hier. Il n'est pas étonnant de voir que le directeur ne t'accorde pas sa confiance lorsque l'on constate le pitoyable comportement que tu traînes derrière toi. Ne t'estime pas biaisé lorsqu'il ne t'attribuera pas les félicitations de l'école et l'élévation hiérarchique au sein du corps d'armée à laquelle tu aspires tant…

Furieux, Auguste ne prononça plus une seule parole et croisa les bras d'un air boudeur, sous les yeux amusés d'une partie de la classe et le sourire victorieux de Nicolas. La remarque avait parfaitement fait mouche, et Harry ne se gênait jamais pour la lancer à Boulanger chaque fois que celui-ci le provoquait. Appuyer sur ses échecs était peut-être mal, mais Auguste le méritait, d'autant plus que c'est à cause de son propre comportement qu'il restait cantonné au simple grade de soldat de cavalerie légère.

Harry lui avait été promu grâce non seulement à ses résultats scolaires spectaculaires, son implication dans la vie scolaire de l'école, son attitude à l'égard de ses supérieurs et de ses camarades et surtout par l'influence du lieutenant-colonel Pajol Brigadier, avant-dernier grade avant de passer dans la catégorie des sous-officiers. Jamais encore de mémoire d'homme on avait vu un si jeune garçon monter aussi rapidement les échelons militaires, sauf peut-être sous l'ancien régime où les postes d'officiers pouvaient se monnayer à tout âge, mais quand le mérite et le travail acharné finissaient par payer, la récompense se devait d'être à la hauteur des résultats et de l'avis de tous, Harry le méritait.

Les trois chevrons trônant fièrement sur ses manches étaient là pour prouver de sa valeur aux yeux de ses supérieurs, et l'idée de le voir bientôt commencer à prendre la tête d'une petite troupe pour juger de ses capacités à diriger et coordonner des soldats faisait lentement son chemin dans l'esprit du lieutenant-colonel Pajol ; Cela valait en tout cas mieux que de rester sagement à attendre sur une chaise qu'un nouveau conflit international ne démarre. La guerre entre la coalition européenne emmenée par l'Autriche et l'Angleterre contre la France s'était en effet conclue par le traité d'Amiens quelques mois plus tôt, et même si cette paix semblait fragile, Harry devait encore attendre quelques temps avant de pouvoir envisager d'accompagner des unités bien plus entraînées au combat : De toute manière Pajol l'estimait encore trop jeune pour supporter les difficultés et les horreurs des champs de bataille. Cette possibilité ne lui était cependant pas définitivement enlevée, mais quelques années encore de formation lui seraient nécessaires pour lui permettre d'acquérir les rudiments essentiels qui feraient de lui un bon élément aux yeux de son directeur.

Harry fut brutalement sorti de ses pensées par les petites explosions provenant de la baguette de son enseignante tandis qu'elle réclamait de manière calme mais sans réplique l'attention de tous. Les derniers élèves, en entendant depuis le couloir le bruit causé, rentrèrent tels des boulets de canon dans la salle, le dernier manquant de peu de se prendre le chambranle de la porte lorsque Madame Riva referma celle-ci, mais personne ne le remarqua puisque tous s'attelaient plutôt à sortir rapidement leurs affaires de cours.

- Un peu de silence s'il vous plait, leur demanda t-elle de nouveau une fois qu'elle eut refermée la porte d'un coup de baguette. Comme vous pouvez le voir au tableau, aujourd'hui nous abordons une leçon un peu particulière qui vous donnera un nouvel aperçu des sortilèges que nous avons étudiés jusqu'à présent. Quelqu'un pourrait-il me donner son opinion vis-à-vis du titre de la leçon du jour ?

Comme prévu lorsqu'il était question d'une nouvelle leçon, aucune main ne se leva immédiatement, et la plupart des élèves adoptèrent même une technique qui avait souvent fait ses preuves jusqu'à présent : Garder les yeux baissés sur son pupitre en évitant par tous les moyens d'établir un contact visuel avec leur enseignante. Harry, qui laissait généralement la possibilité à ses camarades de briller durant ce cours en gardant le silence, crut alors bon d'épargner à l'un d'entre eux le déplaisir d'être désigné par le professeur Riva en levant sa main pour répondre à sa question.

- Oui Monsieur Bourbon ? l'interrogea t-elle au bout de quelques secondes lorsqu'elle comprit que personne d'autre ne tenterait une réponse.

- Je puis me tromper, mais il me semble évident que nous assisterons aujourd'hui à un cours nous démontrant que le plus simple des sortilèges peut nous permettre de lutter contre un adversaire lors d'un duel et éventuellement le vaincre.

- Une réponse que n'importe lequel d'entre vous aurait pu trouver facilement en lisant l'intitulé de cette leçon, répondit leur professeur d'un ton sévère. Je ne vous félicite pas messieurs pour votre manque de courage et l'absence totale de spontanéité qui vous fait tant défaut.

Madame Riva marqua un temps de pause, le temps pour les autres de ressentir la déception qui émanait de sa voix pour se sentir eux-mêmes honteux par leur lâcheté, mais elle reprit rapidement la parole :

- Comme l'a clairement dit votre camarade, je vous montrerai au cours de cette leçon qu'il n'est pas nécessaire d'utiliser un sort offensif comme ceux que nous vous avons appris en deuxième année pour éliminer un adversaire. Une tactique est bien évidemment primordiale pour parvenir à un tel résultat, mais en situation réelle de combat, vous n'aurez qu'une fraction de seconde pour l'établir, et ce en prenant en compte cinq questions essentiels: Qui ? Le type d'adversaire que vous affronterez. Entendez bien par là que la physionomie de votre cible joue un rôle important dans votre analyse du combat et de ses capacités de réaction. Où ? Le lieu où se déroulera votre duel : Une analyse approfondie du terrain vous permet d'avoir un avantage sur votre ennemi et d'employer des sortilèges en adéquation avec le relief de l'environnement qui vous entoure. Quand ? Question qui tient bien évidemment compte du moment précis où vous vous mesurez à votre adversaire : La période de l'année peut influencer l'issue d'un duel, aussi il est inutile de vous rappeler une nouvelle fois qu'en été, il est préférable d'…

- … D'utiliser des sortilèges et maléfices en rapport avec le feu car la température élevée de l'air peut en accroître la puissance, terminèrent en chœur les élèves d'une voix légèrement blasée.

- Je vois que vous avez finalement retenu cette leçon, argua le professeur Riva d'un air satisfait. Effectivement, et cette règle s'applique en toute circonstance. Les deux derniers points qui sont « Quoi » et « Comment » désignent pour l'un l'objet de votre duel afin de déterminer le degré de puissance à employer dans les sortilèges et maléfices que vous utiliserez et pour l'autre à évaluer les moyens mis à votre disposition en matière de ressources et d'armes pour venir à bout de votre adversaire. Monsieur Bourbon ?

- Lorsque vous dites qu'il est nécessaire de déterminer le degré de puissance à employer dans nos sortilèges en fonction de l'objet du duel, insinueriez-vous par là qu'il faille dans le pire des cas éliminer définitivement notre adversaire ?

- Je l'affirme oui, répondit t-elle sans détour. Il faut que chacun d'entre vous comprenne qu'en temps de guerre, les bons sentiments doivent être mis de côté. Un ennemi reste un ennemi, et à partir du moment où celui-ci fragilise l'intégrité d'une personne ou d'un pays, vous devez faire en sorte que cette menace soit mise hors d'état de nuire. Comprenez bien que l'adversaire que vous rencontrerez probablement sur votre route n'aura aucun état d'âme à vous éliminer, et qu'en lui laissant la vie sauve, vous prenez le risque que cet individu reprenne tôt ou tard les armes contre vous ou contre une autre personne. Cependant et comme je l'ai dit, il vous suffit d'évaluer la cause de votre différent pour déterminer si oui ou non votre adversaire mérite la mort : Si les intentions de celui-ci ne sont pas meurtrières, inutile par conséquent d'y songer un seul instant. Vous devez donc vous adaptez à lui et ne jamais ni le sous-estimer, ni le surestimer.

Ses paroles jetèrent malgré tout un froid dans la salle, et la plupart se regardèrent d'un air sombre comme si la perspective d'ôter la vie à quelqu'un n'était pas encore profondément ancrée dans leur esprit. Le professeur Riva le remarqua peut-être, du moins c'est ce que supposa Harry, car elle proposa pour faire une petite démonstration d'employer le sortilège du fou rire pour montrer à tous qu'un sort aussi simple pouvait vous permettre de venir à bout d'un adversaire.

- Joly, au tableau s'il vous plait, lança t-elle soudainement en portant son regard vers l'élève appelé.

Thomas, assis quelques rangées derrière Harry, ne put s'empêcher de souffler bruyamment à l'entente de son nom, et Harry n'eut d'ailleurs pas besoin de se retourner pour imaginer à raison qu'une nouvelle fois encore, celui-ci arborait son éternel air blasé, le même qu'il affichait chaque fois qu'un effort physique lui était demandé. Joly était certainement l'élève le plus tire-au-flanc et paresseux de toute leur promotion, toujours le dernier à arriver en classe ou le premier à dormir sur son pupitre lorsqu'il ne séchait tout simplement pas les leçons données par ses enseignants. Pourtant, ses résultats certes moyens aux examens finaux lui permettait cependant de passer avec brio une année supplémentaire dans l'académie, un exploit qui étonnait autant ses camarades de classe que ses propres professeurs ; Cet élève restait en définitif une énigme pour bien des gens, mais la plupart s'accordaient à penser que Thomas était un élève intelligent mais dont les capacités intellectuelles étaient limitées par ce flegme qui le caractérisait tant.

Le fait que le professeur Riva le choisisse pour servir de cobaye à une très probable démonstration ne pouvait signifier qu'une chose aux yeux des autres : Thomas s'était de toute évidence une nouvelle fois assoupi en cours, et leur professeur ne trouvait généralement jamais rien de mieux pour le gêner dans ses siestes que de le pousser à participer aux exercices en l'invitant à y participer. Aussi, l'entendre traîner des pieds en maugréant en fit ricaner plus d'un, mais Madame Riva resta parfaitement placide face à cela : Elle attendit au contraire sagement que Thomas daigne enfin se poster face à elle pour reprendre la parole, sa baguette finalement sortie :

- Quel engouement, nota t-elle ironiquement en évaluant du regard son élève. Cet empressement manifeste à venir me rejoindre ici fait plaisir à voir !

- Vous m'en voyez ravi, répondit-il sans réfléchir.

Quelques ricanements se firent de nouveau entendre, mais le sarcasme ne sembla pas énerver Madame Riva.

- Sortez votre baguette Monsieur Joly, lui dit-elle tout en prenant la posture élémentaire en duel. Considérez que vous êtes en situation réelle de combat…

Son élève, bien qu'intrigué au point d'en hausser les sourcils jusqu'à la racine des cheveux, lui obéit immédiatement non sans montrer encore une fois une certaine nonchalance dans ses gestes.

- L'écartement entre vos jambes n'est toujours pas conforme aux recommandations que l'on vous a maintes fois faites à ce que je vois…, nota t-elle d'un ton légèrement accusateur. Mais bon passons. Je vais à présent vous jeter un sortilège que vous serez en droit de combattre mentalement, mais nous ne sommes pas ici pour nous battre alors je vous demanderai de bien vouloir éviter de riposter…

Thomas se contenta d'hocher simplement la tête, l'attention pour la première fois pleinement et entièrement portée sur ce que s'apprêtait à faire son enseignante. La suite s'enchaîna toutefois si vite qu'il n'eut même pas le temps de réagir, et les mouvements de poignet de Madame Riva furent si rapide qu'il n'aurait pu distinguer le sortilège qu'elle employait si elle n'avait pas pris la peine de le prononcer fortement :

- Rictusempra !

Le sort le frappa de plein fouet, et à peine fut-il touché que Thomas commença à se prendre les côtes, pris d'un soudain mais bruyant fou rire. Son hilarité fut bientôt contagieuse, et loin de l'image d'éternel fainéant amorphe qu'il traînait derrière lui, ce changement d'attitude quoi qu'involontaire donna l'occasion à certains de partager sa bonne humeur en gloussant également. Madame Riva elle resta de marbre, et tout en gardant sa baguette pointée sur son élève, elle se mit à faire le tour de lui d'un pas léger mais dont le bruit des talons résonnait fortement dans la salle de classe.

- La victime de ce sort, si elle n'en combat pas les effets, se retrouve aussi démunie que si elle était sous l'influence du sortilège doloris. Impossible pour elle de pouvoir articuler un sort correctement, surtout s'il est excessivement long, tout comme elle serait incapable de puiser dans ses émotions lorsque le sortilège l'exige. Sa mobilité est fortement réduite, et la perception du monde qui l'entoure compromise. Je pourrais à ma guise faire chuter à terre votre camarade sans même qu'il ne puisse réagir…

Ce qu'elle fit aussitôt à l'aide d'un sortilège informulé : Thomas s'écroula immédiatement sur le sol sans même essayer d'éviter le sortilège, mais la chute ne semblait pas l'avoir malmené plus que cela car il commençait à présent à se contorsionner sur le sol en hurlant de rire.

- Je pourrais l'immobiliser définitivement en l'attachant solidement avec des cordes, poursuivit-elle en faisant glisser du bout de sa baguette des cordelettes qui vinrent nouer entre eux ses poignets et ses chevilles. Je pourrais lui entailler les membres et lui couper net ses tendons…

Une menace qu'elle ne mit cependant pas à exécution, mais tout en continuant de marcher autour de Thomas, elle énuméra pendant de longues secondes les multiples possibilités qui s'offraient à elle pour neutraliser son élève, et à mesure que le temps passait, ces exemples devenaient de plus en plus violents. Tout le monde restait malgré tout captivé par sa démonstration, et même les plus récalcitrants montraient un certain intérêt à ce qui se passait sous leurs yeux. Du moins, sauf les trois élèves assis derrière Harry qui profitaient du brouhaha causé par Thomas pour discuter allègrement.

- Je n'avais jamais pensé qu'un simple sortilège comme le Rictusempra pouvait être aussi utile en combat, déclara Juliette en fixant curieusement la forme recroquevillée de Thomas. En fait, je n'avais jamais pensé qu'il pouvait servir à autre chose qu'à faire rire ton adversaire…

- Tu imagines durant une bataille ? Tu vises un hussard ennemi et hop ! Il tombe de cheval ! ajouta d'un ton joyeux Nicolas.

- Une alternative certaine pour ceux qui rechignent à ôter la vie à quelqu'un ou qui sont bien incapables de puiser dans leur colère et leur haine pour rendre efficient un sortilège mortel, marmonna pour sa part Harry.

Thomas lui était bien incapable de s'interroger sur ces choses là, et tout en continuant à se rouler par terre, il suppliait à présent son enseignante de le libérer des contraintes du sortilège qu'elle lui avait lancé :

- A-arrêtez ça ! dit-il entre deux gloussements. Je… Je me rends !

- Aussi rapidement ? argua Madame Riva en faisant de nouveau les cent pas autour de lui. Vous ne souhaitez même pas combattre les effets de ce sortilège ?

- N-non ! s'écria t-il avant de rire à nouveau. Levez ce sortilège ou… ou je vais finir par me faire dessus !

Les rires dans la classe redoublèrent, mais Thomas restait celui qui se faisait le plus entendre à ce jeu là. Son professeur, par pitié peut-être mais surtout pour éviter de voir son élève uriner dans sa classe, consentit finalement à lever le sortilège d'un simple coup de baguette avant de le libérer de ses liens. Aussitôt il retrouva ses esprits, et en voyant qu'il était allongé au pied de son enseignante, Thomas se releva immédiatement non sans rougir abondamment au passage.

- Merci de votre participation Monsieur Joly, lui dit Madame Riva en inclinant légèrement la tête. Je n'oublierai pas de mentionner dans mon rapport de cours votre aide inespérée dans la bonne mise en œuvre de celui-ci.

Puis d'un geste de la main, elle l'invita cordialement à retourner à sa place. Les choses auraient pu s'arrêter là si par un curieux élan, un élève n'avait pas décidé d'applaudir bruyamment la performance de son camarade pour être rejoint en un rien de temps par l'ensemble de la classe. Les sifflets et les applaudissements se mélangèrent dans une joyeuse cacophonie qui ne se tut que lorsque Thomas, encore rouge de gêne et de honte, fut assis sur sa chaise.

- Comme vous avez pu le constater par vous-mêmes, un sortilège ne se résume pas à l'utilisation de base que vous en faite ni à la raison pour laquelle vous l'avez utilisé. Il faut distinguer ici deux utilisations possibles : La primaire et la secondaire. Par exemple, l'utilisation primaire du sortilège du fou rire que je viens d'employer ici est de tout bonnement faire rire l'adversaire. L'utilisation secondaire, à laquelle pensent très peu de gens, consiste à immobiliser l'adversaire pour ne plus lui donner les moyens de réagir et lutter contre vous. Ce sort reste relativement peu efficace contre les personnes insensibles aux chatouillements ou suffisamment fortes d'esprit pour résister à cela, mais face à un faible adversaire ou à un moldu, vous n'aurez aucun mal à le lui lancer et le neutraliser comme je viens de vous le montrer. Qui pourrait me donner un autre exemple ?

Plusieurs mains se levèrent, mais à la stupeur générale, celle qui surprit le plus l'ensemble de la classe fut celle de Nicolas. Ce fut d'ailleurs peut-être pour cette raison que Madame Riva le désigna comme le pensèrent eux-mêmes Juliette et Harry :

- Le sortilège de lévitation ? proposa t-il d'une voix nerveuse. Nous n'avons jusqu'à présent fait voler que des objets plus ou moins légers, mais si nous faisions cela avec quelque chose de plus lourd et que nous le faisions léviter au dessus d'une porte jusqu'au moment ou une personne entre, l'impact de l'objet avec sa tête pourrait l'assommer ou pire peut-être…

- Bonne réflexion Monsieur Fleury, le loua Madame Riva tandis que Nicolas rougissait légèrement. En effet cela pourrait être une autre fonctionnalité au sortilège de lévitation, encore faudrait-il pour vous avoir suffisamment de patience, de magie et d'énergie pour patienter longuement dans une pièce en attendant que votre cible rentre chez elle… Monsieur Bourbon ?

- Le colloshoo ? dit-il en supposant le moment propice pour redonner son exemple de tout à l'heure. La plupart des gens utilisent ce sortilège pour coller un objet sur un meuble, fixer un chandelier au mur ou réparer un meuble cassé, mais nous pourrions également l'employer pour coller les chaussures d'un adversaire au sol en l'empêchant ainsi de pouvoir se déplacer. Immobilisé, il serait dans l'incapacité de pouvoir éviter correctement les sorts envoyés dans sa direction et deviendrait par conséquent une cible beaucoup plus facile à atteindre…

-Une très bonne analyse qui ne m'étonne point de vous, approuva son enseignante. Quelqu'un d'autre ?

Les propositions se succédèrent dans une atmosphère bon enfant, et les plus farfelues rencontrèrent un grand succès. Les rires ne manquèrent pas à leur passage, mais trois élèves ne partagèrent pas l'allégresse générale : Boulanger comme à son habitude préféra de son côté s'attaquer à sa cible favorite, Harry.

- Pss Bourbon ! l'appela t-il soudainement en tentant vainement de se montrer discret. Hé Bourbon ! Tu ne devineras jamais ce que j'ai appris sur ta famille !

- Quoi donc ? répondit d'un ton indifférent Harry sans pour autant se retourner. Apprends-moi quelque chose que je ne sais pas encore sur ma mère ou sur tout autre membre de mes deux lignées, je suis tout ouïe !

Boulanger semblait incapable de garder son sérieux si Harry en jugeait par ses gloussements ininterrompus, mais Auguste parvint malgré tout bien que difficilement à reprendre la parole quelques secondes plus tard, le corps légèrement penché au dessus de son pupitre comme s'il cherchait à lui susurrer dans l'oreille cette information qu'Harry n'était pas censé connaître :

- Ta mère… Elle était surintendante de la maison de la veuve Capet, chargée de sa distraction et de ses petits plaisirs, c'est bien ça ?

- Si tu désignes par son nom notre regrettée reine, alors oui elle l'était.

- Hé bien mon père m'en a appris une bonne sur elle ! Il était durant la révolution l'assistant de Fouquier-Tinville qui était comme tu dois probablement le savoir l'accusateur public du tribunal révolutionnaire de Paris, et il a pu grâce à son poste connaître tous les interrogatoires des proches de la famille royale durant la révolution !

- Et qu'est-ce que cela peut bien me faire ? argua Harry en portant davantage d'attention à ce que leur disait le professeur Riva.

- Hé bien apparemment, ta chère maman aurait obtenu ce poste de la manière la plus facile qui soit : En… En écartant les cuisses ! lui lança d'un air réjoui Auguste sous les ricanements gras de ses deux acolytes. C'est ce qui était en tout cas écrit dans l'enquête qu'ils ont lancée contre elle ! Et le pire, c'est que même les nobles soupçonnaient qu'elle ait couché avec l'autrichienne pour parvenir à cet emploi, c'est dire la pitoyable image qu'elle avait ! Qu'est-ce que ça fait d'être le fils d'une putain, Bourbon ?

- C'est probablement mieux que d'être fils d'un homme qui s'est enrichi en volant tous les biens que les immigrés ont abandonné, fussent-ils des royalistes ou des modérés, répliqua Jules sous les hochements approbateurs de Nicolas. Marie-Madeleine était aussi une prostituée et cela ne l'a pas empêché de devenir une pénitente au service de Jésus. Quel mal y aurait-il par conséquent à s'entourer d'une femme de petite vertu si le christ lui-même l'a fait ? Par contre pour ce qui est des voleurs, tu dois savoir tout comme moi le châtiment que méritent ces gens…

- Qui t'a permis de m'adresser la parole, toi ? fulmina Auguste en perdant par la même occasion toute trace de gaieté chez lui.

- Je n'ai pas besoin de la permission de qui que ce soit pour te répondre lorsqu'il s'agit de défendre l'honneur d'un ami et de sa famille, répliqua t-elle en souriant moqueusement.

Auguste n'eut pas le temps de répondre qu'un maléfice passa à quelques centimètres de son visage. Quelques brins de mèches autrefois solidement accrochés à sa tête tombèrent piteusement sur son pupitre, alors que tous les regards étaient à présent tournés vers lui. Son regard choqué et les mines incrédules de ses deux comparses auraient pu facilement faire hurler de rire toute la classe si la situation aurait été différente. Mais le maléfice ayant été envoyé par leur professeur, chacun se garda bien d'approuver ouvertement le geste de Madame Riva envers cette brute pour ne pas se voir également être la prochaine cible de la baguette de leur enseignante. Harry, Nicolas et Juliette eux ne purent réprimer l'envie de sourire, conscient tous les trois qu'en s'obstinant à refuser de tourner la tête vers Auguste, ils étaient aisément parvenus à leurs fins : Donner l'illusion qu'il était le seul à discuter aux yeux de leur professeur.

- Au tableau Monsieur Boulanger, ordonna Madame Riva d'un ton si sec que même Auguste ne chercha pas à argumenter.

Il ne se fit d'ailleurs pas prier pour s'exécuter rapidement au point qu'il en oublia même d'administrer comme il était d'usage chez lui chaque fois qu'il le croisait un coup d'épaule à Nicolas. Il se positionna bientôt face à Madame Riva, à seulement quelques mètres d'elle tandis qu'il la regardait avec une appréhension clairement visible sur les traits de son visage. Celle-ci augmenta encore lorsqu'il remarqua que son enseignante avait toujours sa baguette en main, les yeux rivés sur lui avec une telle intensité qu'on aurait pu croire qu'elle pouvait voir à travers sa tête.

- Puisque vous semblez vouloir faire aller votre langue, je vais vous en donner l'opportunité dès à présent, dit-elle finalement d'un ton froid sans le quitter du regard. Refaites immédiatement les gestes recommandés pour exécuter le sortilège que je viens d'employer en me prenant pour cible. Si vous en êtes incapable, je pense que nettoyer les latrines de l'académie sera une excellente punition pour vous et vous évitera à l'avenir de vous faire remarquer durant ce cours.

Madame Riva marqua un temps de pause, le temps pour elle de regarder du coin de l'œil le reste de la classe comme pour leur signaler que la sanction pouvait également s'abattre sur eux. Puis, un sourire mesquin aux lèvres, elle reporta son attention sur Auguste qui de son côté ne cachait plus désormais la tension qui l'habitait.

- Une dernière chose à préciser Monsieur Boulanger : Si d'ordinaire il vous arrivait de vous tromper dans votre sortilège et de malencontreusement me blesser, j'aurais le regret de vous annoncer que vous gagnerez une invitation à rendre une petite visite au sous-directeur de l'académie, Monsieur Montmorency.

Là, plusieurs halètements se firent entendre et même Harry eut un élan de pitié pour Boulanger. Être envoyé chez le sous-directeur par son professeur ne pouvait signifier qu'une seule chose pour tous les élèves : Une correction bien méritée. La discipline devait être exemplaire en toute circonstance et en chaque occasion, et Monsieur Montmorency n'hésitait ainsi pas à faire preuve de rudesse et de violence pour le faire comprendre aux perturbateurs ayant le malheur d'être convoqué dans son bureau. Les sanctions n'allaient pas plus loin que des coups sur les doigts ou sur le derrière, mais il était déjà arrivé que des élèves récalcitrants eurent le déplaisir de se voir infliger une correction dans la cour même de l'école et sous les yeux de tous les étudiants. Autant dire que cela en marquait plus d'un, et Boulanger, avec ses multiples convocations, risquait bien tôt ou tard de subir le même sort.

- Hé bien alors, qu'attendez-vous au juste ? reprit Madame Riva lorsqu'elle constata qu'Auguste n'osait faire le moindre geste.

- Je…, marmonna t-il nerveusement en lançant de temps à autre des coups d'yeux désespérés aux autres élèves. C'est que… En fait…

- J'attends Monsieur Boulanger, l'informa son enseignante en tapant du pied.

- Je ne me rappelle pas du sortilège que vous avez utilisé professeur…, avoua t-il finalement sous les éclats de rire de ses camarades.

- Vous commencez bien, lui indiqua Madame Riva en secouant sa tête. Le Rictusempra Monsieur Boulanger, la raison pour laquelle votre camarade se roulait par terre en hurlant de rire. Que faisiez-vous durant ce temps ? Peut-être rêvassiez-vous sur vos prochaines vacances à l'académie ? Compte tenu de votre comportement et de vos résultats, nul doute que vous passerez encore une fois les fêtes de fin d'année en notre compagnie…

Une nouvelle fois, les éclats de rire se firent entendre alors qu'Auguste lui prenait une jolie teinte rougeâtre à mesure que la honte le gagnait. Blessé dans sa fierté, il fusilla du regard son enseignante, mais celle-ci ne fut nullement déstabilisée. Au contraire, elle y répondit en esquissant un sourire moqueur qui n'eut comme autre résultat que de faire rougir encore davantage son élève ; Si auguste souhaitait lancer un sortilège, il n'était en tout cas pas dans de très bonnes dispositions.

- J'attends Monsieur Boulanger, l'informa t-elle en adoptant de nouveau la posture traditionnelle de combat.

- Rictusempra ! s'écria t-il en pointant directement son enseignante avec sa baguette.

Un éclair blanc sortit aussitôt de sa baguette, mais le sortilège plutôt que de viser le buste de Madame Riva lui fonçait droit en plein visage. Par réflexe peut-être, Madame Riva pencha légèrement la tête à gauche pour l'éviter, et le sort ne l'effleura que très légèrement. Un mince filet de sang coulait déjà le long de sa joue tandis que le sortilège terminait sa course dans l'étagère derrière elle, les multiples livres posés dessus explosant littéralement à son contact. La salle devint soudainement très silencieuse, et la majorité des élèves, ignorant encore les conséquences de ce qui venait de se passer, attendait pour l'heure que leur enseignante reprenne la parole pour témoigner de l'échec de son élève. Harry lui appréhendait surtout ce qu'elle allait dire, car tout comme elle, il avait bien noté que le sort était complètement raté en plus d'être dangereux.

- Un nouvel échec à votre palmarès dans cette matière, déclara Madame Riva en effaçant d'un geste du pouce le sang s'écoulant de sa plaie. Cependant j'attendais mieux de votre part qu'un sortilège qui aurait pu me tuer.

Des hoquets de stupeur se firent entendre aux quatre coins de la classe, et même Auguste écarquilla les yeux devant cette annonce.

- Si je n'avais pas évité votre sortilège, la moitié droite de ma tête aurait explosé à l'impact de celui-ci, l'informa t-elle d'une voix étonnamment calme pour quelqu'un ayant échappé de peu à la mort. Le Rictusempra est pourtant un sortilège que nous avons vu l'année précédente, or vous êtes incapable de le lancer correctement sans mettre en danger la vie de la personne face à vous. Que devons-nous en conclure Monsieur Boulanger ? Qu'il vaudrait mieux pour nous tous que vous repassiez en deuxième année ?

- N-non…, bredouilla t-il d'un air alarmé.

- Vous n'écoutez pas en cours, et vous vous permettez en plus de cela de discuter avec vos camarades en même temps que moi et d'importuner vos camarades de classe… Dites moi Boulanger, avez-vous vraiment l'intention de sortir de cette académie avec votre diplôme et d'intégrer le 4ème régiment de hussards ? demanda t-elle en croisant les bras devant elle, le regard plongé dans le sien.

- Oui ! répondit-il aussitôt en pensant faussement qu'il risquait cette fois-ci d'être renvoyé de l'académie.

- Quelqu'un pourrait-il me dire les raisons pour lesquelles votre camarade ici présent à totalement raté son sortilège ?

Une seule main se leva, mais ce n'était pas celle d'Harry.

- Rivelli ? l'invita son enseignante en la désignant d'un mouvement de main.

- Eh bien, je ne suis pas certain que Boulanger ait correctement effectué les gestes recommandés. Il faut normalement effectuer deux tours dans le sens des aiguilles d'une montre, puis un demi-cercle dans le même sens avant de donner un coup sec avec sa baguette vers le bas. Or il n'a fait qu'un tour de baguette et a effectué le dernier geste en levant sa baguette vers votre visage. Il me semble également qu'il ait eu un moment d'hésitation dans la prononciation de son sort ce qui est fortement préjudiciable dans l'intention que l'on souhaite transmettre dans notre sortilège. Troisièmement, et je pense que tout le monde ici l'a remarqué, Boulanger n'était pas dans de bonnes dispositions pour lancer son sortilège : Il était énervé, et lorsque les émotions prennent le dessus sur la concentration d'une personne, celle-ci s'en trouve durement atteinte. Autant dire qu'avec ces trois raisons, ce sortilège ne pouvait qu'échouer.

Madame Riva garda le silence, et Juliette crut l'espace d'un instant avoir oublié certains éléments à son explication. Mais le petit hochement de tête qu'elle lui fit au bout d'un certain temps ainsi que le coup d'œil qu'elle lança par la suite à Auguste la persuada du contraire. Elle ne put d'ailleurs s'empêcher de sourire lorsqu'elle entendit son professeur s'adresser de nouveau à Boulanger et lui certifier la sanction qui allait tomber sur lui :

- Je n'ai pas besoin de vous rappeler ce qui va prochainement vous arriver Monsieur Boulanger, lui dit-elle en réparant d'un coup de baguette les dégâts causés par son sortilège. Espérez simplement que Monsieur Montmorency se montrera conciliant à votre égard. Quant à votre explication Monsieur Rivelli, je dois dire que je n'en attendais pas moins de votre part. Continuez ainsi et suivez l'exemple de votre voisin de table, et je puis vous assurer une carrière exceptionnelle au sein de ce régiment. Maintenant à votre place Boulanger. Vous viendrez me voir à la fin de l'heure pour que l'on puisse ensemble aller expliquer à Monsieur Montmorency la raison pour laquelle vous êtes convié à une nouvelle séance disciplinaire…

Auguste lui répondit d'un hochement sec de la tête, puis habité d'une humeur massacrante, il retourna à sa place en faisant de son mieux pour ignorer les commentaires moqueurs sur son passage.

- Maintenant ouvrez vos livres à la page 18 et lisez l'intégralité du chapitre concernant la leçon du jour, reprit Madame Riva en retournant à son bureau. Bien évidemment, en silence.

La suite du cours se déroula beaucoup plus calmement que jusqu'alors, et la partie théorique qui avait désormais pris place y était bien évidemment pour beaucoup. La plupart des élèves rechignaient encore à lire les pages d'un livre surtout lorsqu'ils avaient encore quelques difficultés comme Nicolas, mais tous le faisaient en silence, même Auguste. Un imprévu brisa une première fois le silence qui s'était installé, mais celui-ci était totalement extérieur au cours : Des voix provenant de la rue à côté de leur classe se faisaient entendre bruyamment, accompagnées par de très nombreux bruits de sabots et hennissements de chevaux. Personne ne comprit à ce moment-là ce qui se passait, mais ce ne fut que dix minutes plus tard, lorsqu'un homme en uniforme officiel que tous reconnurent comme l'aide de camp du Lieutenant-colonel Pajol vint frapper à leur porte que la vérité les frappa de plein fouet : Leur directeur était enfin de retour au sein de son académie. Toutefois personne ne se vanta de cette découverte, et l'homme ne leur en donna pas le temps puisqu'il prit très rapidement la parole :

- Pardonnez-moi de déranger votre classe Madame Riva, mais Monsieur le Lieutenant-Colonel souhaite s'entretenir au plus vite avec le brigadier Bourbon, dit-il à l'attention de Madame Riva. Votre élève doit immédiatement prendre ses affaires et me suivre jusqu'à son bureau.

- Très bien, répondit-elle alors que tous les regards se tournaient vers Harry. Bourbon, je n'ai pas besoin de vous dire quoi faire… Hâtez-vous simplement pour ne pas déranger plus longtemps ce cours…

- C'est entendu professeur, acquiesça Harry en rangeant rapidement ses feuilles et livres dans son sac.

La besogne fut vite accomplie, mais avant de partir, Auguste se permit malgré tout un dernier commentaire à son encontre :

- Fayot…, marmonna t-il suffisamment bas pour ne pas être entendu.

- Perdant, répliqua Harry en lui adressant un rictus méprisant.

Auguste vit aussitôt rouge, mais Harry lui avait déjà tourné le dos pour rejoindre l'aide de camp. Celui-ci hocha simplement sa tête lorsqu'il arriva près de lui, et tous deux après avoir refermé derrière eux la porte se dirigèrent rapidement vers le bureau du directeur. Cela leur prit quelques minutes, le temps pour eux de changer de bâtiment et monter les quelques étages les séparant de leur destination. Harry nota au passage que de nombreux soldats en uniforme, tous bien trop vieux désormais pour être étudiants ici, avaient investi de nombreuses salles et couloirs de le l'académie en discutant bruyamment sans se soucier réellement des perturbations occasionnées pour les cours se déroulant au même moment.

Seul le corridor dans lequel se trouvait le directeur était vide, et après que l'aide de camp ait frappé deux fois à la porte et ouvert celle-ci, Harry remarqua que contrairement aux autres, Pajol lui s'était déjà de nouveau plongé dans ses travaux administratifs, oubliant par la même occasion d'ôter son dolman et son chapeau. Ses yeux se relevèrent brièvement lorsqu'il voulut reconnaître la personne l'ayant dérangé dans son travail, mais à la vue de son élève et apprenti déjà droit comme un I et n'attendant plus que d'être invité à prendre place devant lui, la réplique cinglante qu'il s'apprêtait à jeter à son gêneur resta en suspens au fond de sa gorge :

- Repos, lança t-il simplement en détournant de nouveau la tête pour retourner à ses occupations. Asseyez-vous je vous prie brigadier Bourbon. Dubourg, vous pouvez y aller, je n'ai plus besoin de vos services pour le moment.

Harry obtempéra aussitôt, mais Pajol ne semblait pas vouloir s'adresser à lui tout de suite : Son attention était toujours accaparé par le monticule de papiers qu'il lisait rapidement non sans soupirer de temps à autre, et même la porte claquant une nouvelle fois dans son bureau ne sembla pas le déconcentrer. Ce ne fut qu'au milieu de celui-ci qu'il consentit à pousser délicatement sa pile sur le côté pour reporter son attention sur son jeune élève et apprenti, les traits légèrement tirés par la fatigue :

- Le travail administratif est très certainement le plus épuisant qui soit, dit-il en désignant d'un geste de la main les feuilles qu'il venait d'examiner. Cependant c'est une tâche pénible à laquelle tout directeur se doit de donner son temps et son énergie.

- C'est tout à votre honneur Monsieur, répondit Harry. Je rencontre moi-même les mêmes difficultés lorsqu'il s'agit de traiter avec les affaires financières et politiques de notre famille…

Pajol se mit à légèrement sourire, mais celui-ci disparut lorsqu'il coinça entre ses lèvres une pipe en argile qu'il emplit de tabac et qu'il alluma avec sa baguette magique. L'odeur se répandit bientôt dans la pièce, mais aucun ne s'en formalisa : Harry savait de toute façon que son directeur n'accordait pas un grand intérêt à son opinion lorsqu'il se trouvait dans son bureau.

- Avez-vous lu les livres que je vous ai recommandés ? demanda t-il en soufflant de nouveau dans sa pipe.

- Bien évidemment, répondit Harry. Mère possédait un exemplaire pour chacun d'entre eux dans notre bibliothèque familiale, et je n'ai point eu besoin d'attendre de les acheter pour les lire. Je me suis attelé à cette tâche durant tout l'été.

- Et qu'en avez-vous pensé ? s'enquit son directeur en regardant distraitement sa propre collection de livres soigneusement rangée.

- Je dois dire que je n'aurais jamais imaginé que la civilisation grecque fut aussi avancée dans l'utilisation et le développement des runes dans l'art de la guerre, lui avoua son élève. Renforcer la coque des trirèmes avec des runes elles-mêmes alimentées par celle installée sur le bateau-mère de la flotte est probablement la deuxième raison expliquant le succès des grecques sur leurs ennemis, la première étant de provoquer le combat dans le minuscule détroit de Salamine… Je m'avance peut-être, mais avec l'influence hellénistique sur la civilisation romaine, cela pourrait expliquer la victoire d'Octavius sur Marc Antoine lors de la bataille d'Actium en -29… Les conditions étaient les mêmes, et l'armée romaine pouvait très bien s'inspirer de leurs ennemis d'autrefois pour moderniser leurs unités de combat…

- Une analyse intéressante…, se contenta de répondre Pajol en se caressant le menton. Effectivement la magie a toujours pris une part importante dans chaque conflit et même plus encore durant l'antiquité où elle n'était pas si méprisée qu'aujourd'hui par les moldus. Aujourd'hui il est rare qu'un gouvernement autorise l'utilisation d'un procédé magique sur ses équipements militaires… Je pense que la seule nation à le faire actuellement est le Royaume-Uni, ce qui expliquerait pourquoi ses navires semblent si invincibles sur les mers, mais nous n'avons aucune preuve pour l'affirmer, seulement des suppositions…

Lui-même semblait plongé dans sa propre réflexion, et tout en se grattant distraitement le menton, Pajol garda pendant quelques secondes le silence, les yeux dans le vague.

- Hm… Monsieur ? l'appela timidement Harry.

- Pardon ? Oh oui excusez-moi, j'en oubliais presque notre petite réunion hebdomadaire…, dit-il en essayant de reprendre contenance. Donc vous avez lu tous les livres recommandés par mes soins… Attendez-vous dans ce cas à une interrogation sur ce sujet prochainement.

- J'y suis préparé, lui assura non sans sourire légèrement son élève.

- Je l'espère, car je me montrerai intransigeant dans les réponses que vous me donnerez. Maintenant passons à la deuxième raison pour laquelle je vous ai demandé de venir. Je vous avais promis de reprendre avec vous nos leçons lorsque je reviendrai dès le début de cette nouvelle année scolaire. Malheureusement j'ai été quelque peu retardé par des événements indépendants de ma volonté qui m'ont retardé plus longtemps que je ne le pensais.

Pour la première fois depuis qu'il le connaissait, Harry crut percevoir dans le regard de son directeur un brin de tristesse qui ne lui était pas coutumier, un regard qui semblait presque hanté : Lui était-il arrivé malheur au cours de son périple ?

- Il m'est toujours difficile de voir des camarades mourir, et encore davantage lorsqu'il s'agit d'hommes dont j'ai le commandement. Mais perdre des jeunes gens encore en âge de terminer leurs études dans mon école…

- Vous… Vous voulez dire que…, commença Harry en écarquillant légèrement les yeux.

- Oui, répondit simplement son directeur en baissant les yeux sur son bureau. Les deux étudiants partis avec moi l'année précédente étaient sur le point d'obtenir leur diplôme et de devenir pleinement des hussards… Malheureusement le destin en a décidé autrement, et ce ne sont pas deux hommes vigoureux et combatifs que j'ai rendus à leurs mères mais les armes de deux excellents soldats tombés au combat.

Son élève ne put s'empêcher de déglutir devant la pesante image de deux femmes éplorées serrant contre elles les armes de leurs fils qui s'invitait dans son esprit. Une autre image mettant en scène Marie-Louise et Lily faisait également son apparition, et ce sentiment de peur qui le tiraillait soudainement à l'idée de mourir sur un champ de bataille et de provoquer une profonde tristesse à l'ensemble de sa famille redoubla davantage face à cela. Les affres de la guerre lui parurent soudainement beaucoup plus horribles qu'ils n'y paraissaient jusqu'alors, et devant cette triste réalité, il réalisait que finalement la vie ne tenait bien qu'à un fil.

- Co… Comment sont-ils morts, Monsieur ? ne put-il s'empêcher de demander.

- Vous n'avez pas besoin de le savoir, répliqua d'un ton dur son directeur comme pour lui intimer de ne jamais lui reposer cette question. Sachez seulement que la fougue de votre jeunesse doit être modérée si vous ne souhaitez pas vous retrouver dans des situations dangereuses où votre vie est plus que mise en danger.

Peut-être se rendit-il compte du ton froid qu'il venait d'employer, car Pajol reprit au bout d'un certain temps la parole, d'une voix cette fois-ci plus amicale :

- Je tenais particulièrement à rencontrer les mères de ces deux jeunes gens pour leur présenter mes hommages et leur rendre en personne les dépouilles de leurs fils. Je n'ai pas pour habitude de le faire, mais ces hommes, encore élèves dans cette école, étaient ainsi placés sous mon autorité et mon erreur a été de les juger apte au combat…

Pajol se passa à ce moment-là une main dans les cheveux tout en prenant une profonde respiration : À l'évidence, il tentait de chercher la force en lui pour aborder un sujet qui devait concerner Harry, mais celui-ci ne prit pas la peine de le vérifier directement via la légilimancie ; Son directeur était bien trop bon pour ne pas lui résister.

- Comprenez bien qu'avec ces derniers événements, et surtout avec la fin de cette interminable guerre, je ne pense pas qu'il soit pour le moment intelligent de ma part de vous permettre de m'accompagner au plus près des combats : Vous n'êtes pas encore suffisamment prêt physiquement et psychologiquement.

- Je comprends parfaitement Monsieur, lui certifia Harry bien qu'au fond de lui il se sentait légèrement déçu.

- Néanmoins, je ne resterai pas longtemps ici car des obligations m'appellent à Paris. Le Consul Monsieur Bonaparte souhaite expressément organiser une rencontre avec l'ensemble de ses généraux afin de les féliciter de notre victoire sur l'alliance anglo-autrichienne et de leur attribuer tous les honneurs qu'ils méritent.

Son regard se planta alors directement dans celui d'Harry, et pendant quelques secondes aucune parole ne fut échangée comme si le directeur tentait de juger d'un simple coup d'œil son élève digne de quelque chose dont celui-ci n'avait aucunement conscience.

- Je ne pars généralement jamais sans une petite escorte à ce genre de cérémonie, et le 4ème régiment de hussards que nous représentons s'est suffisamment illustré ces quatre dernières années dans les campagnes que nous avons entreprises pour avoir l'insigne honneur de rencontrer le consul, reprit-il finalement en se levant de sa chaise, les deux mains elles toujours posées sur le bureau.

- Qu'est-ce que cela à avoir avec moi, Monsieur ? lui demanda d'un air étonné Harry bien qu'une petite idée germait néanmoins dans sa tête.

Comme pour lui répondre, Pajol esquissa un sourire presque moqueur. Les yeux dans les yeux, celui-ci lui lança alors une phrase dont Harry ignorait encore les conséquences pour son avenir mais qui allait très fortement le bouleverser :

- Je choisis soigneusement mon escorte parmi les personnes dans lesquelles j'ai le plus confiance, et je pense qu'il serait intéressant de présenter à Monsieur Bonaparte le meilleur élément de cette académie : Vous.


A/N : Donc voilà ! Chapitre fini ! Enfin je fais apparaître ce cher Napoléon ! Du moins... Pas tout de suite, mais ça arrivera très prochainement !

J'espère que ça vous aura plu en tout cas. Je suis assez content de ce chapitre, surtout en ce qui concerne le cours de Madame Riva : Je me suis inspiré de mes propres cours de commentaire de document pour le retranscrire (Qui/Quoi/Quand/Où/Comment), et dans l'ensemble je pense que c'est plutôt bien trouvé. J'ai également lu pas mal de livres, en particulier la description des habitations urbaines que j'ai pu trouver dans un livre acheté dernièrement (L'ancienne France au quotidien) ainsi qu'avec quelques recherches Google (Apparemment Metz était dans le top 10 des villes les plus peuplées avec seulement 35000 habitants... Dingue par rapport à maintenant).

Je pense également que l'explication quant à l'utilisation de chaque sortilège peut s'avérer réaliste selon les situations dans lesquelles on se trouve, et les quelques exemples donnés peuvent le prouver (du moins c'est mon avis, si d'autres pensent le contraire, nous pouvons toujours en discuter).

J'ai par moment eu l'impression de rabaisser un peu trop Auguste au point de donner l'illusion que Madame Riva elle-même prend plaisir à l'humilier, mais ce n'est absolument pas l'objectif recherché : D'un autre côté, ce type est encore pire que Malefoy, alors si je peux le remettre à sa place de temps à autre, je ne m'en priverais pas.

Le prochain chapitre devrait arriver assez rapidement : Il est déjà commencé et ne devrait pas être extrêmement long (il en est pour le moment à 4000 mots, et j'imagine qu'il ne devrait très probablement pas dépasser les 10 000). Je vais faire de mon mieux pour augmenter la vitesse de publication étant donné que j'ai davantage de temps libre qu'auparavant !

Donc sinon avant que je n'oublie, voilà le genre de petites annotations que je souhaiterais mettre à la fin de chaque fin de chapitre pour mon autre histoire (je l'ai prise au hasard) :

C'est une très grande incivilité de tirer par le manteau ou par la robe une personne qualifiée à qui vous voulez parler. Il faut attendre qu'elle vous voie, et si elle parlait bas et en particulier à quelqu'un il faut vous retirer jusqu'à ce qu'elle ait achevé de parler. Que si vous avez quelque chose de très pressé à lui dire, et particulièrement pour ses intérêts, il faut tourner par où elle peut vous voir, s'approcher avec respect à votre tour, et dire, ou haut ou bas, ce que vous avez à dire, et de la manière qu'il le faut dire.

Ses annotations concernent tous les aspects de la vie des nobles de l'époque, y compris en ce qui concerne les compliments. Personnellement je les trouve aussi étonnantes qu'amusantes, et je pensais vous en faire profiter de cette manière ! D'ailleurs pour vous donner une idée,le livre donne également des définitions de mots couramment employés :

Fat : Sot, sans esprit, qui ne dit que des fadaises. Il n'a d'usage qu'au masculin. Ex : "Cet homme s'est marié à une gueuse, c'est un fat, il a fait le fat". " Il nous est venu faire un discours qui est bien fat".

Voilà ! J'espère que ça vous plaira en tout cas, autrement cela m'évitera décrire quelques centaines de mots supplémentaires dans chacun de mes chapitres.

Sur ce, à bientôt !