Salut à tous ! Comment allez-vous ? Et les vacances !?
Moi rien à dire là-dessus (en même temps je ne pense pas que ça vous intéresserait ^^) sinon que... j'ai encore bossé pour vous donner un nouveau chapitre !
Et quel chapitre... 17000 mots ! Et dire que je vous avais dit que celui-ci ne devrait faire que le double du précédent... Je me suis planté sur toute la ligne ! Enfin...
Donc comme dit précédemment, ce chapitre sera centré exclusivement sur Rosie avec différentes scènes où elle interviendra. D'autres personnages interviendront évidemment, mais tout ou presque la concernera. Il y aura également quelques petites scènes amusantes, des descriptions (pour ne pas changer) et des petites anecdotes sympas qui pourraient vous plaire !
Encore merci pour vos commentaires toujours plus nombreux, comme d'habitude j'y répondrais dès que j'ai un instant de libre !
YuriGirl : Ron qui dénonce les agissements de Matthew ? Ce serait perdre l'unique chance pour lui de briller ^^.
Guest : Merci pour ton commentaire !
Christophe : Hermione à Beauxbâtons ? Pourquoi pas, mais sera t-elle pour autant amie avec Daphné ? Parviendra t-elle surtout à passer outre le traumatisme de sa rencontre avec le troll ? Mystère...
La prof : Tout d'abord, merci pour ton commentaire ! Alors ensuite merci pour avoir vu ce "paragraphe", je crois l'avoir corrigé le jour même où j'ai lu ton commentaire. Cependant j'émets quand même une réserve sur les adjectifs que tu emploies : Quelques fautes ou oublis ne le rendent pas incomplet, mal écrit et tordu. Ensuite pour "Feindre son existence", c'est une erreur d'appréciation de ma part : J'ai toujours pensé à ce mot comme étant un adjectif d'"ignorer", auquel cas merci d'avoir éclairé ma lanterne. Pour finir, Ron a peut-être vécu dans un monde magique entouré de sorciers et dans une famille de sorciers, mais il vivait à proximité d'un village moldu, des moldus qui eux ont connu l'esclavage et qui continuent à dévaloriser parfois les personnes de couleur : Ron peut très bien avoir été influencé par une tierce personne dans Loutry Ste Chaspoule. Par ailleurs la Virginie a été réputée pendant des décennies pour ses exploitations de coton qu'elle envoyait en Grande-Bretagne du temps où elle n'était qu'une colonie : sa réputation est par conséquent déjà faite, même chez les sorciers.
Sur ce, bonne lecture !
De tous les endroits de la Terre dans lesquels Rosie aurait aimé se trouver, celui-ci était probablement en dernier sur sa liste. Du moins, si l'on omettait d'ajouter à ce classement le manoir Potter et Poudlard. Mais le couvent des dames de l'assomption n'avait rien à leur envier, surtout à cette heure précise. Sept heures du matin n'était décidemment pas une heure pour se lever, et encore moins pour prier ! C'était en tout cas ce qu'elle pensait, assise sur un long banc en bois dans la froide et lugubre chapelle du couvent. D'ordinaire, Rosie avait plutôt tendance à paresser au lit en se réveillant bien après que les premiers rayons du soleil aient percé le tissu de ses rideaux, à contempler gaiement le paysage s'étendant au-delà des vitres de sa chambre afin d'établir le programme de sa journée, ou encore à se balader joyeusement dans les cuisines du château pour dénicher quelques sucreries que les cuisiniers se feraient une joie de lui servir afin d'entamer au mieux les longues études qui composaient une grande partie de son quotidien.
Mais ça, c'était durant la première moitié de l'année. L'autre se déroulait ici, dans cet endroit sordide, froid et sous le regard des monstrueuses gargouilles servant à éloigner le mal de ce couvent. Rosie n'avait pour le moment que de vagues connaissances religieuses, mais elle était certaine que le pire des démons serait lui-même effrayé par ces horribles sculptures, et leur image dans son esprit suffisait à la faire trembler d'effroi. Astoria à côté d'elle tremblait également de tout son corps, mais pas pour les mêmes raisons :
- Qu'est-ce que j'ai froid…, maugréa t-elle en essayant péniblement de tenir le livre qu'elle tentait depuis dix minutes de lire et comprendre.
- Pas étonnant que des résidentes tombent malades ! souffla son amie en regardant du coin de l'œil la mère-supérieure lire inlassablement un énième psaume.
Novembre n'était effectivement pas la meilleure période de l'année pour effectuer ce genre d'acte, encore moins lorsque la pièce dans laquelle toutes les sœurs et pensionnaires du couvent se trouvaient était elle-même très froide en été. Mais mieux valait pour elle comme pour n'importe quelle autre petite résidente se taire et faire ce qu'on leur demandait de faire en silence. Quant à interrompre l'office pour se plaindre des dures conditions de vie, cela équivalait à commettre le pire des sacrilèges, et les sermons de la mère-supérieure aurait pu faire trembler les murs de tout l'établissement tant celle-ci s'époumonait à promettre l'enfer à la malheureuse ayant fait un faux pas. Rosie pensait par moment que l'autorité de leur gouvernante venait de là, et que Sœur Catherine avait probablement pris pour modèle cette vieille dame acariâtre et moralisatrice qui voyait en chacune de ses pensionnaires des pécheresses à sauver du tourment éternel qui les attendait. La fille de Marie-Louise aurait pu croire que grâce à son nom et à la renommée de sa famille, elle pouvait se permettre d'avoir un traitement de faveur comme le faisaient les serviteurs à Lamballe, mais malheureusement toutes les jeunes filles ayant le déplaisir de mettre les pieds dans cet endroit pour plusieurs mois se rendaient vite compte qu'ici le statut social ne franchissait pas les portes du couvent et que toutes étaient logées à la même enseigne ; En soit, même intimider les nonnes par son seul nom de famille serait insuffisant pour s'assurer un meilleur séjour.
- Fais-moi promettre à l'avenir de ne plus jamais tester l'autorité de l'une de mes mamans, peu importe laquelle…, chuchota t-elle à voix basse en maudissant le jour où elle avait fait la bêtise de trop, celle qui l'avait amené ici.
- Et fais-moi promettre d'écourter à l'avenir mes visites chez toi. Cela évitera à ma mère de penser injustement que j'ai également besoin de connaître les limites à ne pas franchir, lui répondit sa meilleure amie en grelottant légèrement.
- Parce que tu ne fais jamais de bêtise ? lui demanda avec un sourire malicieux Rosie en la dévisageant brièvement. Je dirais que tu es autant fautive que moi dans cette histoire, peut-être même plus !
- Je te demande pardon ?! s'énerva Astoria en élevant très légèrement la voix. Pas pour la dernière en tout cas ! Quelle idée as-tu eu là de te promener en pleine nuit dans la forêt entourant le domaine de ta mère ! Même Gabriel n'était pas fier de toi !
L'évocation de ce moment arracha pourtant un sourire à Rosie, et loin de la culpabilité qu'elle aurait dû ressentir devant cette petite escapade, elle en gardait au contraire un excellent souvenir qui ne risquait pas de disparaitre de sa mémoire. Seul le regret d'avoir causé une peur insupportable tant pour Lily que pour Marie-Louise se faisait sentir, mais celui-ci n'était que secondaire par rapport à la joie qu'elle avait eue sur le moment. Ça n'avait cependant pas été du même goût pour la princesse de Lamballe qui, excédée par le comportement de sa fille adoptive et par les multiples antécédents de celle-ci depuis son arrivée dans son château, avait finalement opté l'an dernier pour cette solution radicale mais douloureuse dans le but recherché de parvenir à contrôler l'hyperactivité de sa fille, son caractère borné et sa bravoure frisant avec la dangerosité. Une telle décision ne pouvait se prendre seule, mais Lily avait été au grand désarroi de Rosie parfaitement d'accord avec cela, et après quelques rapides recherches, le couvent des dames de l'assomption avait été choisi pour parfaire l'éducation de leur fille en y incluant un enseignement très austère et stricte qui montrerait suffisamment de fermeté pour lui permettre de canaliser son énergie débordante.
Rosie se rappelait bien les multiples supplications et promesses qu'elle avait faites en apprenant cette nouvelle, mais elle eut beau jurer de sa bonne foi et de sa volonté de devenir enfin la petite fille parfaite que ses mères désiraient tant, aucune ne tomba dans le panneau, et moins d'une semaine après, Sœur Catherine faisait irruption dans sa vie pour ne plus la quitter depuis lors.
- Un peu de silence Mesdemoiselles, les avertit d'ailleurs celle-ci en marchant lentement derrière leur banc, son pas lent et régulier leur donnant des sueurs froides à chaque fois qu'il résonnait dans la chapelle.
- Cette femme pourrait entendre notre respiration depuis l'autre bout de la pièce…, maugréa Astoria une fois que Sœur Catherine fut suffisamment éloignée. C'est à croire qu'elle a jeté sur nous un Sonorus !
- C'est peut-être le cas, marmonna distraitement Rosie en feuilletant négligemment le propre exemplaire des évangiles qu'elle avait déjà lu à de nombreuses reprises sans pour autant en connaître toutes les subtilités. Ou alors cette femme est tellement concernée par notre éducation qu'elle ne concentre son attention que sur nous.
- Tu penses que si l'on respire un peu trop fort, elle pourrait l'entendre aussi ? Lui demanda Astoria en réprimant l'envie de rire.
- Je n'oserais même pas le faire pour être honnête, répondit-elle en secouant légèrement sa tête. J'ai déjà eu l'immense honneur de subir les foudres de notre chère Sœur, je n'imagine même pas ce qui arriverait si la mère-supérieure s'occupait de mon cas.
Astoria le comprit parfaitement en hochant sa tête, mais elle ne put s'empêcher de souffler bruyamment alors qu'elle se replongeait dans sa lecture, la mine déconfite. Cette vision arracha un nouveau sourire à Rosie alors qu'elle aussi retournait à son occupation première : L'ennui. Heureusement que sa meilleure amie était à ses côtés pensait-elle, car autrement, jamais elle n'aurait pu supporter de vivre six mois de l'année dans ce couvent sans autre compagnie que des vieilles dames austères et des petites filles dont elle ne voulait rien savoir. Et dire qu'elle se trouvait là à cause de sa propre bêtise… Elle aurait aimé se frapper la tête sur un mur rien que d'y penser, mais la perspective d'être prise pour une folle n'était pas très réjouissante à ses yeux. Elle maudissait néanmoins son caractère prononcé et sa forte obstination à ne vouloir en faire qu'à son bon vouloir, mais que pouvait-elle y faire ? Ce trait de personnalité semblait être marqué profondément en elle, tout comme son impétuosité qui était depuis reconnue par delà même les frontières de la Bretagne : Sa dernière escapade en pleine forêt avait longuement alimenté les discussions des salons bourgeois de cette partie de la France, sans compter que la malheureuse sous-gouvernante de l'époque avait crû bon de faire circuler cette histoire partout où elle allait : Inutile de dire que cela influença grandement la décision de ses deux mères dans cet établissement, et elle-même devait reconnaître qu'il était parfaitement logique qu'elle se trouve ici.
Heureusement aussi que ses deux mères, par souci peut-être de rester auprès d'elle sans pour autant avoir la possibilité de vivre dans ce même couvent, avaient choisi de venir vivre à Paris durant son séjour à l'Assomption en prenant leur quartier à l'hôtel de Beauvais situé non loin de là. 200 000 francs avaient été nécessaires à cet achat, mais comme elles ne manquaient pas d'argent, cette somme leur sembla dérisoire en comparaison de la peine que toutes les deux éprouvaient à l'idée de ne pas voir aussi souvent qu'elles le souhaitaient leurs deux enfants. Néanmoins Lily comme Marie-Louise louaient les résultats obtenus sur le comportement de leur fille en l'espace d'un an, et il aurait fallu désormais un miracle pour qu'elles ne décident qu'il était peut-être temps de la désinscrire de cet établissement.
Les pensées de Rosie dérivèrent alors sur la vie qu'elle menait désormais et celle qu'elle avait vécu auparavant lorsque sa mère était sous le joug de James Potter. Quel changement ! Elle-même n'arrivait toujours pas a y croire, même plus de deux ans après sa propre adoption. Pourtant les choses n'avaient pas été aussi simples au départ, surtout auprès de l'opinion publique car la soudaine apparition d'une petite fille dans la famille que composait au départ Harry et Marie-Louise avait de quoi en surprendre plus d'un.
Les débuts furent pour elle comme pour ses deux mères très difficiles, notamment pour Marie-Louise. Les retombées de l'adoption ne se firent sentir qu'au bout de quelques mois lorsque la nouvelle mère de Rosie décida qu'il était temps pour elle comme pour sa fille de se manifester et d'annoncer à tous leur lien de parenté. Plusieurs possibilités s'étaient pourtant offertes à elle pour expliquer la soudaine apparition de Rosie dans sa vie, même les plus rocambolesques comme le fait qu'elle pouvait être la fille de l'une de ses sœurs dont elle prenait soin, une orpheline qu'elle aurait recueillie ou encore une pauvre enfant qu'elle aurait enlevée par besoin d'avoir une fille. Mais Marie-Louise préféra jouer la carte de l'honnêteté et de la franchise en annonçant par le biais de journaux locaux l'existence de cette petite fille à la population moldue.
Les sorciers et notamment les habitants du village de Lamballe furent à l'inverse mis au courant par elle-même, du moins par le biais du bouche à oreille, et la véritable histoire leur fut ainsi narrée sans chercher à cacher la moindre petite zone d'ombre tant qu'elle ne faisait pas intervenir Lily et la vie qu'elle avait vécue avec James Potter Il valait mieux après tout éviter de faire entendre à des oreilles indiscrètes que l'ancienne épouse du lord anglais se trouvait actuellement dans une résidence hautement sécurisée de l'Ouest de la France. Rosie était ainsi la fille adoptive de la princesse de Lamballe, une pauvre fille dont l'enfance malheureuse l'aurait incité à l'adopter légalement et aussi par le sang, ce qui expliquait pourquoi mère et fille avaient de nombreux points communs physiques.
La nouvelle fut bien accueillie, tout comme elle le fut quelques années plus tôt pour Harry, du moins chez les gens les côtoyant ou les connaissant, mais si les sorciers accueillirent avec joie cette nouvelle, le mystère entourant la soudaine apparition de cette petite eut le don d'intriguer fortement la population moldue. Les rumeurs se répandirent comme une traînée de poudre, et les mauvaises langues allèrent de bon train encore une fois pour dénigrer cette famille, mais une majorité de gens se moquaient à vrai dire des histoires personnelles de cette princesse devenue depuis quelques années maintenant une personnalité en retrait de la scène politique du pays.
L'histoire rapportée aux moldus fut au final qu'au cours de son exil, Marie-Louise tomba sous le charme d'un parfait inconnu auquel elle s'offrit un soir et qui contre toute attente et malgré son âge très avancé lui donna un enfant. L'identité de ce mystérieux homme fut bien évidemment cachée et les propositions de candidats potentiels ne manquèrent pas : Un riche seigneur anglais en mal d'amour, un politicien en quête de reconnaissance, un tavernier bien généreux lui ayant offert l'hospitalité, un amant caché pendant des années… Certaines personnes allèrent même jusqu'à penser qu'il pouvait en vérité s'agir d'un enfant conçu à la suite d'un viol, et que par pitié plutôt que de l'abandonner, Marie-Louise se serait résolue malgré tout à la garder en essayant péniblement d'oublier ce terrible événement. D'autres poussèrent leur imagination encore plus loin et suggérèrent qu'elle pouvait très bien être la fille du célèbre ami et disait-on également amant de la reine de France, le comte de Fersen, qui aurait pu trouver en la princesse de Lamballe un moyen d'oublier pour un temps son amour perdu. Mais comme cette rumeur n'atteignit jamais les oreilles du premier concerné, cette hypothèse fut rapidement oubliée.
Le plus étonnant fut cependant de constater que l'apparition d'une fille de la branche cadette de la maison de Savoie, bâtarde de surcroît, suscita un vif intérêt auprès des cours européennes et de la noblesse, et en moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, les premières demandes de mariage arrangé se firent connaître, dissimulées sous de courtoises invitations qui auraient pu donner l'impression d'être totalement désintéressées si la présence de Rosie, bien qu'habilement cachée par d'excellentes tournures de phrase, n'était pas expressément demandée. Des princes, des marquis, des ducs ou encore des comtes de tout âge - certains étaient même déjà veufs - devinrent soudainement des fiancés potentiels pour la petite Rosie, et si pour l'heure ni Lily ni Marie-Louise n'envisageaient de marier aussi rapidement que Harry leur fille, la princesse de Lamballe garda cependant un contact plus ou moins proche avec certaines de ces familles ; L'idée de marier sa fille avec un homme richissime et puissant était quand même une possibilité à ne pas laisser échapper.
Le moment n'était néanmoins pas encore propice à consolider des alliances par une quelconque union, et malgré le fait que les fiançailles à un aussi jeune âge n'étaient absolument pas rares, un mariage d'amour était également possible. Rosie n'avait pour le moment pas à se soucier de tout cela, et ce sujet lui était encore bien caché : Ses deux mères connaissaient parfaitement le fort caractère de leur fille, et même après deux ans d'enseignement intensif et de travail sur elle, lui parler de fiançailles pouvait encore la contrarier. Mieux valait donc omettre pour le moment les sujets qui pouvaient la contrarier.
Néanmoins, en dehors de ses sautes d'humeur anecdotiques mais mémorables, les gens qui côtoyaient Rosie s'attachaient rapidement à cette petite fille joyeuse et pleine de vie et qui contrastait fortement avec le caractère de son frère, beaucoup plus calme et mesuré dans son attitude. Si Harry avait été depuis son arrivée considéré comme un rayon de soleil illuminant l'ensemble du domaine de sa mère et des villes environnantes, Rosie elle fut davantage comparée au soleil lui-même, un soleil qui illuminait par sa joie et son caractère bon enfant tout ce qu'elle rencontrait. Il n'y avait bien là que Sœur Catherine pour le lui reprocher, mais Rosie prenait grand soin de modérer son comportement lorsqu'elle se trouvait en sa présence.
Mais un autre un problème demeurait cependant au sein de leur foyer : Lily, pourtant ravie de la nouvelle vie qu'elle menait, appréciait beaucoup moins de n'être que la sous-gouvernante de sa fille aux yeux du monde alors que Marie-Louise elle pouvait à loisir afficher les liens de parenté qu'elle avait avec Rosie. Mais comment dire au monde que cette fille n'avait pas de père biologique ? Personne ne les croirait, et à l'inverse, les gens considéreraient cette fille comme un monstre de foire, une bête curieuse ou même une erreur de la nature chez les plus radicaux, en particulier au sein du clergé. Par souci de sécurité et pour la survie de sa fille, Lily préférait éclipser son véritable statut dès lors qu'elle sortait du domaine de Lamballe, mais un certain ressentiment se faisait sentir malgré tout chaque fois qu'elle était présentée à un inconnu comme Lise Évane, sous-gouvernante de Sœur Catherine et chargée simplement de l'éducation de sa propre fille. Être reléguée à ce simple statut était très dévalorisant à ses yeux, sans parler du fait qu'elle déléguait en quelque sorte son rôle mère de manière exclusive à Marie-Louise, mais cette situation ne donnait pas l'impression pour le moment d'être modifiable dans un avenir plus ou moins proche à moins que les enfants d'une union entre deux femmes fassent leur apparition sur Terre. En un mot, Lily devait tout bonnement subir ce statut qui ne lui plaisait que très moyennement, et cela Rosie tentait d'en atténuer les effets en se montrant très proche d'elle et particulièrement affectueuse.
- C'est bientôt fini ? lui demanda Astoria en l'extirpant de sa rêverie.
- Hm ? Oh heu… encore trente minutes, lui répondit Rosie en regardant sa montre.
- Pff… Tu sais que si je ne t'avais jamais rencontré, je serais actuellement en train de jouer tranquillement dans le jardin du manoir de mes parents, préparer des pâtisseries avec ma maman, écrire des centaines de lettre à Daphné pour qu'elle me raconte ses journées de cours ou tout simplement à paresser dans mon lit en attendant que la journée se termine, et tout ceci au lieu d'être coincée ici ?
- Oui mais tu si n'avais jamais été mon amie, Daphné ne serait pas fiancée à mon frère, tu ne pourrais pas profiter des magnifiques étalons de ma deuxième maman, tu n'aurais pas une ribambelle de serviteurs se pliant au moindre de tes désirs dans mon château familial et tu n'aurais jamais eu dans l'idée d'aller suivre ta scolarité à Beauxbâtons où toi et ta sœur seriez à l'abri des perfidies de Dumbledore, rétorqua son amie d'un air entendu. Vois surtout les bons côtés de notre amitié et non point uniquement les mauvais ! Et puis, lorsque je serai mariée à un riche homme qui me comblera de cadeaux et qui me laissera choisir la petite Cour que je serai en droit de former, la place de première dame de compagnie te sera automatiquement attribuée !
- Intéressant…, marmonna Astoria en se caressant distraitement le menton. Aurai-je une belle rente pour vous supporter continuellement ?
- Déjà le souci de l'argent ! s'exclama Rosie en prenant un air faussement indigné. Vous me décevez ma chère ! Que de vilenies sortant de votre bouche ! L'avarice n'est pourtant l'apanage que des sots !
Toutes les deux gloussèrent de rire au point de faire tourner quelques têtes vers elles, mais la suite elle leur en fit passer l'envie de manière radicale : Les pas qui se rapprochaient d'elles ne les alarmèrent que trop tard, et ce ne fut que lorsque toutes les deux reçurent un violent coup sec sur le haut de la tête par le biais d'un exemplaire similaire au livre que Rosie tenait entre ses mains qu'elles comprirent que Sœur Catherine se trouvait derrière elles, d'une humeur massacrante.
- Comment osez-vous rire pendant un office !? s'insurgea t-elle en gardant le bras tendu, prête à recommencer son geste. Petites mal élevées ! Je vais vous faire passer l'envie de rire lorsque vous devrez recopier le règlement de cet établissement autant de fois que je le déciderai !
Ses paroles résonnèrent en écho à travers la pièce au point que même la mère-supérieure interrompit sa lecture pour se renseigner sur l'origine de ces hurlements. Mais si Rosie espérait de sa part une certaine clémence devant le sermon que leur faisait l'une de ses collègues, ou peut-être qu'elle-même se mette à fustiger les éclats de voix de Sœur Catherine, elle déchanta rapidement devant le regard glacial que lui envoya Mère Anastasie. Pour le soutien, elle pourrait repasser, surtout auprès des autres filles de son âge qui elles appréciaient follement ce petit moment : La solidarité n'avait pas lieu d'être entre elles, et lorsque l'une se faisait rabrouer, chacune adoptait la politique du chacun pour soi.
- Que je ne vous y reprenne plus à discuter en même temps que la mère-supérieure mademoiselle, autrement je pourrais réitérer ce que je viens de faire avec votre petite tête épaisse, la menaça derrière elle Sœur Catherine d'un ton autoritaire. Et cela est également valable pour vous mademoiselle Greengrass ! ajouta t-elle en tournant son visage vers Astoria qui, par peur du regard perçant qu'elle lui adressait, détourna aussitôt le sien. Continuez à jouer la forte tête et vous allez véritablement comprendre pourquoi votre mère tient tant à ce que je prenne part à votre éducation ! termina au bout d'un certain temps leur gouvernante avant de s'excuser de cette interruption en gardant la tête basse devant Mère Anastasie.
Celle-ci hocha sa tête au bout de quelques secondes, puis comme si rien ne s'était passé elle reprit sa lecture de cette même voix monocorde qui avait le don de faire davantage somnoler ses petites résidentes que de leur donner envie de l'écouter. Rosie elle n'avait que faire pour le moment de cette lecture liturgique : Le mal de tête qu'elle venait soudainement d'attraper ne faisait qu'empirer à mesure qu'elle frottait son crâne endolori.
- ça fait mal…, marmonna t-elle en se le massant vigoureusement, les larmes aux yeux.
- Vieille mule…, maugréa Astoria une fois que leur gouvernante fut éloignée. Elle me paiera ça !
Cependant, au-delà même de ses menaces, Astoria se tint le reste du temps parfaitement bien et n'osait même plus tourner la tête vers sa meilleure amie. Au lieu de ça, elle tenta de s'intéresser plus assidûment aux textes lus par les différentes Sœurs bien qu'une folle envie de dormir la prenait aussitôt.
Dix minutes plus tard, un autre incident eut lieu mais pour une fois ne les mit pas du tout en cause. Deux filles, du même âge que Rosie et Astoria, avaient cru bon de pouvoir échapper au sermon et discuter tranquillement en se réfugiant dans le confessionnal prévu initialement au prêtre venant de temps à autre écouter les plaidoiries des paroissiens. Les pauvres furent découvertes par Sœur Catherine, et si la plupart de ses collègues pouvaient se montrer clémentes à l'égard de ce petit écart de conduite, il ne fallait rien espérer d'elle : Après une nouvelle remontrance durant laquelle elle fit une fois de plus l'étalage de toute la puissance de sa voix, les deux fautives furent purement et simplement sorties de la pièce par une autre nonne dont les menaces se firent entendre au-delà même de la chapelle.
- Les pauvres…, commenta Astoria bien qu'elle n'éprouvait qu'une légère pitié à leur égard.
- Je n'avais jamais pensé à utiliser le confessionnal, déclara pour sa part Rosie en regardant avec une curiosité manifeste l'objet du délit. Avec un petit sortilège d'invisibilité et un Insonus correctement placé, nous pourrions passer une heure bien tranquille à l'intérieur !
- Tu sais lancer ces sortilèges ? lui demanda avec étonnement son amie.
- Non, mais je peux très bien regarder dans les livres de ma mère. Il doit bien y avoir un sortilège facile à effectuer pour une petite fille de neuf ans comme moi, dit-elle en souriant malicieusement. Et puis ce n'est pas tout : J'ai également ceci pour m'aider !
Tout en parlant, Rosie sortit discrètement de sa manche une jolie baguette magique qu'elle agita négligemment par la suite. En bois d'Aubépine et avec à l'intérieur un cheveu de vélane, la symbolique de ces deux éléments faisait de ce bout de bois une baguette très féminine que sa propriétaire appréciait grandement : Même Sœur Catherine avait été ravie de savoir que sa baguette avait été faite de ce bois précis, car l'Aubépine dans la religion chrétienne était associée à l'image de la vierge Marie et du Christ, en plus de ses fleurs symbolisant la pureté, la délicatesse et la beauté. Quant au deuxième ingrédient, si les vélanes avaient parfois la réputation d'être des aguicheuses et de faire remonter les instincts les plus vils des hommes d'un simple regard, elles demeuraient néanmoins l'incarnation même de toute la magnificence féminine et de l'idéal féminin aux yeux du monde. Une baguette en soi parfaite pour la mignonne petite fille qu'elle était, et avec ses beaux yeux bleus et sa merveilleuse chevelure auburn, son port de tête gracieux et sa jolie silhouette, il ne faisait guère de doute que la propriétaire de cette baguette ferait bientôt honneur à celle-ci. Astoria elle n'avait pas eu la même chance qu'elle, et pour le moment la seule baguette qu'elle avait pu utiliser à sa guise fut celle de sa mère lorsqu'elle lui prêtait pour ses leçons ; Autant dire que les occasions étaient rares, surtout ici.
- Range ça ! lui ordonna t-elle durement en regardant les alentours pour voir si quelqu'un avait également remarqué l'apparition de sa baguette magique.
- Tu te fais vraiment beaucoup de souci pour si peu ma chère Tory, répondit tranquillement Rosie en obéissant malgré tout. Il y a un sortilège de désillusion sur elle qui empêche les moldus de la voir, alors en dehors de nous et de notre chère gouvernante, il ne doit pas y avoir d'autres personnes ici pouvant également remarquer la merveille que j'avais entre les mains.
- Oui mais quand même…, marmonna son amie en secouant légèrement sa tête. Il n'empêche que ce n'est pas juste que tu en ais une et pas moi ! Maman n'a même pas pris en compte les remarques de ta mère sur l'intérêt de posséder une baguette afin de canaliser plus vite encore notre magie accidentelle ! Mieux valait que je sache lancer des sorts avec ça plutôt que de faire exploser le moindre objet sous le coup de la colère !
- Qui te monte justement à la tête si j'en crois les rougeurs sur tes joues, ricana Rosie alors qu'Astoria tentait de reprendre contenance. Tu sais, il me suffirait de faire mille louanges sur ce merveilleux instrument et son utilité dans ma formation à la magie pour qu'elle change peut-être d'avis… À toi de te montrer très gentille avec moi pour que j'interagisse en ta faveur auprès de ta chère maman…
Ce sous-entendu arracha un grognement de fureur à Astoria, mais malgré tout elle se doutait pertinemment que de toute manière Rosie lui viendrait en aide d'une façon ou d'une autre : Après tout, même elle ne cessait de ruminer sur les inconvénients de l'absence d'une deuxième baguette, d'autant plus qu'en étant la seule sorcière du couvent en dehors de Sœur Catherine, toutes les choses sortant de l'ordinaire lui étaient généralement mises sur le dos par leur gouvernante sans qu'elle y soit forcément pour quelque chose. Rosie y voyait ainsi autant d'intérêt qu'Astoria, et même cette tentative de chantage ne parvenait pas à le cacher. Astoria se préparait d'ailleurs à le lui indiquer, mais un toussotement derrière eux les fit aussitôt replonger dans leur lecture, muette cette fois-ci comme des carpes.
Le calme précaire qui était enfin revenu fut néanmoins une nouvelle interrompu, mais cette fois-ci aucune pensionnaire n'en était la cause. Les lourdes portes grinçantes de la chapelle en furent responsables au point d'en irriter la mère-supérieure qui s'arrêta dans sa lecture. La nouvelle arrivante n'était autre que l'une de ses employées, une toute jeune nonne qui ne devait probablement pas encore savoir qu'il ne valait mieux pas interrompre un sermon au beau milieu de celui-ci. Malgré tout elle ne s'en formalisa pas, et d'un pas décidé, elle vint informer sa supérieure d'une nouvelle qu'elle lui chuchota au creux de l'oreille. Mère Anastasie passa alors de la colère à l'incrédulité en quelques secondes seulement, puis Rosie manqua de déglutir bruyamment lorsque les yeux de la vieille dame se posèrent sur elle pendant qu'elle hochait la tête. La mère-supérieure fit alors signe à Sœur Catherine d'approcher, et tout comme précédemment, elle parla à voix basse avec elle pour l'entretenir d'un sujet qui échappait à tout le monde. Là encore, Sœur Catherine tourna la tête vers elle, et Rosie crut l'espace d'un instant qu'elle était une nouvelle fois au cœur d'un problème dont elle ignorait la source. Des sueurs froides apparurent sur son front lorsque sa gouvernante s'avança vers elle en arborant un visage sans la moindre émotion, comme vide. Mais si la fille de Lily et Marie-Louise s'attendait à subir les foudres de sa gouvernante, l'étonnement fit rapidement place chez elle lorsque Sœur Catherine s'adressa à elle d'une voix parfaitement calme :
- Votre mère et… votre sous-gouvernante vous attendent dans vos appartements Mademoiselle de Savoie, dit-elle en s'écartant légèrement de la voie pour la laisser quitter son banc et marcher dans l'allée principale de la chapelle. Il semblerait que votre présence soit on ne peut plus nécessaire à leurs desseins, et bien que quitter cette heure de lecture liturgique soit généralement impossible, nous ne pouvons rien refuser à celle dont les fonds permettent en partie à ce couvent de continuer à exister. Si vous voulez bien me suivre…
- Astoria peut-elle venir ? demanda Rosie en sachant pertinemment la réponse qui lui sera donnée.
- Certainement pas, lui confirma Sœur Catherine tandis que sa protégée échangeait un regard désolé avec sa meilleure amie. Vous ne serez pas absente très longtemps, et vous pourrez la revoir dès l'heure du dîner.
- Tant mieux alors, dit Rosie en saluant discrètement de la main Astoria. Bonne chance…, lui souffla t-elle au passage en souriant malicieusement.
Astoria lui répondit en lui tirant ouvertement la langue, mais des toussotements près d'elle et provenant de la bouche de Mère Anastasie la firent aussitôt se redresser sur son banc pour ne plus quitter des yeux ses pieds. Un silence angoissant accueillit le départ de Rosie et Sœur Catherine, et l'élève n'osait d'ailleurs même pas lever les yeux pour regarder les autres résidentes et supporter les regards envieux et dégoûtés de ses congénères. Ce ne fut qu'une fois les lourdes portes refermées qu'elle souffla de soulagement, et qu'au passage un rire discret sortit de sa bouche lorsqu'elle entendit depuis l'autre côté la lecture de l'évangile reprendre. Leur marche se poursuivit alors, mais pas comme elle l'espérait : Sœur Catherine ne semblait pas décidé à parler, et alors qu'au contraire elle désirait ardemment discuter pour détendre un tant soit peu l'atmosphère, elle n'osait malgré tout pas se heurter au mur de glace qu'était sa gouvernante.
- Mes… Mes mères nous attendent à l'entrée du couvent ? demanda t-elle craintivement après plusieurs minutes tandis qu'elles traversaient à présent le cloître.
- Bien sûr que non. Elles sont dans votre chambre mademoiselle Rosie, répondit sa gouvernante d'un ton qui laissait à penser qu'elle trouvait sa question particulièrement stupide. Nous n'allions pas les faire attendre dehors alors que ce mois de Novembre est particulièrement froid, et la moindre des choses est d'offrir notre hospitalité à ceux qui la demandent, même pour quelques minutes seulement. Mieux vaut nous hâter si vous le voulez bien : Je ne tiens pas à les faire attendre trop longtemps. Je n'ai point la moindre idée de la raison de leur présence ici, mais elles ne viennent probablement pas simplement pour vous dire bonjour.
- C'est tout à fait logique, concéda son élève alors que sa curiosité était de nouveau titillée.
Leur progression fut par conséquent très rapide, et les pièces changèrent si rapidement que Rosie ne put déterminer si certaines étaient déjà occupées ou non. Les dortoirs à l'autre bout du couvent furent bientôt en vue, et après être entrées toutes les deux dans le couloir séparant les chambres, Rosie et Sœur Catherine pénétrèrent dans la première, la soi-disant plus agréable chambre de tout l'établissement réservée aux étudiantes les plus riches logeant ici. Rosie soufflait dédaigneusement à cette affirmation, et en connaissance de cause, elle savait pertinemment que cela était parfaitement faux : Il suffisait simplement de poser les yeux à l'intérieur pour rapidement s'en rendre compte et trouver le loyer de cette chambre bien trop élevée pour le service proposé.
Celle-ci n'avait d'ailleurs rien de particulier hormis le fait qu'elle ne ressemblait pas du tout à celle qu'elle possédait dans son château familial. Austère et froide comme tout le reste du couvent, il n'y avait pas la moindre décoration ni mobilier personnel qui lui permettait de dire que cette pièce était la sienne. Un simple lit, une armoire dans laquelle toutes ses tenues se trouvaient, une table de nuit et un bureau composaient presque exclusivement ses meubles, le reste étant ceux d'Astoria qui avait exactement les mêmes de son côté. Une seule fenêtre donnant sur la rue égayait quelque peu l'endroit, mais en comparaison, Rosie préférait de très loin se trouver à Lamballe qu'ici, dans cette toute petite chambre où selon elle il n'y avait pas suffisamment d'espace pour s'y sentir à l'aise. Lily et Marie-Louise se trouvaient déjà là, la première assise sur la chaise du bureau à la regarder avec joie tandis que la seconde, occupée à fouiller dans ses vêtements pour une raison quelconque, mit plusieurs secondes à remarquer sa présence.
- Marie-Rose, dit-elle en s'approchant d'elle tandis que Lily elle n'avait pas perdu de temps pour le faire. Comment vous portez-vous ?
- Bien mère, dit-elle avec émotion en l'enlaçant également. Vous m'avez manqué toutes les deux ! Mais… Que faites-vous ici ?
Marie-Louise se détacha d'elle, puis après un regard en direction de Lily, toutes les deux se tournèrent vers Sœur Catherine qui n'avait pas encore prononcé le moindre mot depuis qu'elle était là. La nonne remarqua leur petit manège, et après un hochement de tête en direction de son employeuse, la bonne sœur prit la parole :
- Il vaudrait mieux la faire revenir ici avant midi, autrement Mère Anastasie pourrait bien la priver de repas en pensant qu'elle aurait volontairement retardé votre petite escapade. Elle devra bien évidemment rattraper les cours perdus ainsi que rester plus longuement à l'office de ce soir, mais la compagnie et l'aide de Mademoiselle Greengrass devrait lui être salutaire. Cependant je tiens à vous rappeler que cette sortie est exceptionnelle et qu'elle ne se reproduira probablement pas avant longtemps. Ce n'est que parce que votre fille est l'une de nos plus éminentes pensionnaires que vous avez pu obtenir un tel accord, et surtout par respect pour vous. Annoncez à l'accueil votre retour lorsque ce sera le cas : Je viendrai moi-même chercher Rosie.
Puis sans plus de cérémonie, mais avec malgré tout une révérence polie de sa part, Sœur Catherine sortit de la chambre sans se retourner, la tête de nouveau occupée par ses obligations de religieuse. Rosie la regarda partir sans réagir, et la curiosité la gagnant depuis trop longtemps, elle ne mit pas longtemps à poser la question qui lui brûlait les lèvres :
- Alors, que me vaut l'honneur de votre visite ? leur demanda t-elle une fois les bruits de pas éloignés.
- Nous devons traiter d'une affaire on ne peut plus importante avec le directeur de Gringott's, Monseigneur Griffdur, et nous avions pensé à juste titre que nous pourrions en profiter pour vous inscrire dans cette banque et vous permettre ainsi d'avoir accès à nos voûtes. Cela ne veut cependant pas dire que vous pourrez retirer autant d'argent que vous le désirez comme le peut votre frère, mais voyez-vous, les portes de nos voûtes ne s'ouvrent qu'aux membres de la famille de Savoie. Il vous faudra pour cela donner un peu de votre sang pour que celles-ci le reconnaissent à l'avenir et vous permettent de pouvoir avoir accès au contenu qui se trouve à l'intérieur. Me comprenez-vous ?
- Oui, mais pourquoi ne puis-je pas retirer d'argent comme Gabriel ? demanda t-elle d'un ton légèrement déçu.
- Tu es encore trop jeune pour réfléchir de manière raisonnée ma chérie, lui répondit Lily en s'agenouillant également. Nous pensons que les questions d'argent sont encore trop importantes pour que tu y songes. Tu ne pourras avoir ton propre porte-monnaie que lorsque nous te jugerons suffisamment mature pour dépenser avec raison ton argent.
Bien qu'amère, Rosie hocha néanmoins sa tête. L'argent pouvait attendre, et elle ne manquait de toute façon de rien. La discussion terminée, Marie-Louise sortit sa baguette magique, et après l'avoir pointé vers l'armoire dans laquelle les multiples robes et accessoires semblaient frémir, elle entreprit alors d'habiller rapidement sa fille en usant de magie. En quelques secondes, Rosie fut dépouillée de sa petite robe noire pour une autre beaucoup plus élégante et chargée de dentelles. Culotte, collants, corsets, bijoux et gants de soie la complétèrent bien vite, suivis rapidement par d'autres vêtements d'hiver que Rosie enfila très rapidement. Un chapeau agrémenté de quelques fleurs termina l'habillage, et même s'il était quelque peu hors saison, le mariage des couleurs et des tissus fut de l'avis des deux mères parfait pour un rendez-vous officiel chez le directeur de Gringott's.
- Effectivement, cela va beaucoup plus vite qu'avec des domestiques ! déclara pour sa part Rosie d'un ton gai en tournant sur elle-même. Vous pourrez m'apprendre à le faire ?
- Seulement si vous êtes sage, et surtout dans l'éventualité où je ne reçois aucune remontrance sur votre comportement de la part de votre gouvernante, lui promit Marie-Louise en se couvrant rapidement d'un épais manteau.
- Je ne suis point certaine de pouvoir remplir la deuxième partie de notre marché, souffla à demi-mot sa fille en détournant le regard, gênée par cette aveu.
- Je ne suis même pas étonnée, marmonna en riant Lily avant d'ouvrir la porte pour sortir.
Un fiacre conduit par Antoine les attendait à la sortie, et après les avoir aidé toutes les trois à monter et au passage exprimé sa joie de revoir sa petite maîtresse, le cocher fendit l'air de son fouet pour faire avancer son véhicule dans une rue déjà très animée par les multiples carrosses y circulant.
Le trajet leur prit près d'une heure, le temps pour elles de parcourir les 13 kilomètres séparant le couvent de la basilique St-Denis. L'édifice majestueux était visible de loin grâce à sa haute flèche nord, nom qui était donné à la plus haute des tours de la basilique et qui s'élevait bien au dessus des habitations alentours. Situé au centre de la ville du même nom, l'édifice de style gothique fut pendant très longtemps la nécropole royale dans laquelle furent déposées presque toutes les dépouilles des souverains français, mais depuis sa profanation en 1793 durant laquelle les révolutionnaires extirpèrent tous les corps, volèrent une grande partie de son trésor et détruisirent certaines pièces inestimables comme la couronne de Charlemagne, la basilique avait considérablement perdu de son identité pour n'être plus aujourd'hui qu'une simple bâtisse imposante mais peu intéressante.
Pourtant elle demeurait le point de rencontre de tous les sorciers de France, comme un étendard autour duquel tous se réunissaient pour se donner rendez-vous dans le quartier des chiffonniers se trouvant juste à côté. Certains s'étonnaient encore de la promiscuité entre le bâtiment religieux et ce quartier magique, mais c'était sans rappeler que le fondateur de l'abbaye fut lui-même un sorcier, un sorcier qui cependant se garda bien d'afficher au grand jour ses pouvoirs.
- Nous y sommes, lança Marie-Louise alors que leur fiacre s'arrêtait juste devant les portes de la basilique.
- Nous pourrions en profiter pour visiter cet endroit, proposa Lily qui tout comme Rosie ne pouvait détacher ses yeux de l'édifice religieux.
- Alors que je viens seulement de quitter ce sinistre couvent !? Jamais ! bougonna sa fille en croisant les bras.
Pour une fois son autre mère fut d'accord avec elle, mais ce fut davantage pour éviter de se remémorer d'amers souvenirs que pour échapper à une heure de promenade qu'elle prit parti pour sa fille. Toutes les trois entreprirent plutôt de se diriger vers une sombre ruelle à quelques mètres de là suffisamment large pour les laisser passer l'une après l'autre et qui débouchait sur une autre place délabrée où morceaux de bois, détritus et saletés faisaient figure de décor. La petite cour n'avait rien d'extraordinaire, pourtant Marie-Louise se dirigea vers une petite clôture en bois étrangement apposée sur l'un des murs, alors qu'un gros rat particulièrement laid retenait davantage l'attention de Rosie qui couina de terreur lorsque le petit animal courut à quelques mètres à peine de ses pieds.
- L-les moldus ne peuvent pas voir cet endroit ? demanda t-elle nerveusement en tournant son regard vers d'autres amoncellements d'objets, effrayée à l'idée de voir d'autres rongeurs surgir devant elle.
- La petite ruelle que nous venons de traverser est invisible pour eux à cause d'un sortilège incartable qu'il faut de temps à autre réalimenter pour conserver ce secret. Le quartier des chiffonniers lui-même est placé sous un tel sortilège, ce qui fait que personne d'autre hormis un sorcier ne peut y approcher ou même en deviner l'existence. Imaginez simplement deux maisons pouvant s'écarter afin de laisser apparaître un quartier de ville entier, mais qui aux yeux des moldus resteraient parfaitement immobiles.
- C'est en quelque sorte le même principe que le chemin de traverse en Angleterre, n'est-ce pas ? s'enquit Lily tandis que Marie-Louise confirmait sa question d'un hochement de tête.
- En beaucoup plus grand toutefois, ajouta t-elle avec un sourire entendu. Ah, c'est ici.
Alors que jusqu'à présent, elle n'avait fait que toucher et retoucher les planches de bois de la clôture, la princesse de Lamballe finit par se saisir de l'une d'elle qu'elle écarta légèrement. Un cliquetis se fit soudainement entendre, et tandis que la barrière commençait à présent à se séparer, le mur sur laquelle elle reposait faisait de même dans un grondement bruyant. Un chemin apparut alors derrière, bientôt suivit par une très longue allée d'habitations et de devantures illuminées par les rayons du soleil. L'effet ressemblait à s'y méprendre avec la même allée magique de Londres, mais Rosie comme Lily ne purent s'empêcher de rester bouche-bée devant la vision qui s'offrait à elles.
- Allons-y, leur proposa Marie-Louise en se saisissant délicatement du bras de Lily et en poussant gentiment sa fille en avant.
Le premier pas fait, Rosie put tout à sa guise admirer l'endroit, et sa première impression fut que le quartier des chiffonniers était tel qu'elle se l'était imaginée : D'un autre temps. Quiconque posait un seul pied dans cette espace avait automatiquement l'impression de se retrouver plusieurs siècles en arrière, dans un quartier moyenâgeux où rien ne semblait avoir évolué. Toutes les maisons étaient en colombages avec des murs en torchis très clairs contrastant avec les poutres en bois serpentant les façades de chaque habitation. Les rues étaient très serrées, étroites et l'espace servant à circuler était encore raccourci par les nombreuses étales de marchands vendant aussi bien des produits clairement magiques que de simples fruits et légumes, viandes et charcuteries en tout genre et même quelques animaux exotiques comme un sympathique petit capucin autour duquel de nombreux enfants s'étaient agglutinés. D'autres animaux se promenaient tranquillement parmi les quelques badauds se baladant à une heure aussi matinale en ces lieux, et Rosie manqua de peu de trébucher sur une poule ayant eu le malheur de venir picorer sur son chemin.
L'endroit était malgré tout très sombre, et les hautes maisons aux toits pourvus de tuiles obscurcissaient encore davantage la petite allée dans laquelle progressaient Rosie et ses deux mères. Par chance les chemins eux n'étaient pas contrairement à ce qu'elle s'imaginait en terre mais déjà pavés, et malgré les nombreux fruits et légumes moisis faisant le bonheur des animaux se promenant, le quartier était relativement propre et sain. Il avait également pour avantage de ne pas se concentrer uniquement sur une seule allée comme à Londres mais dans plusieurs petites ruelles dont chacune avait une spécificité : Animaleries, librairies, magie runique, apothicaires… en plus des nombreux cafés et terrasses se trouvant sur le passage et qui devaient probablement donner beaucoup de vie et d'animation à ce quartier parisien durant la journée.
Un seul détail la déconcerta cependant durant son exploration : La vieille potence trônant presque fièrement au centre de la place principale du quartier, celle par où presque toutes les rues convergeaient :
- Ce quartier fut pendant longtemps considéré comme un haut-lieu de la sorcellerie par les autorités religieuses et politiques du pays, lui expliqua Marie-Louise lorsqu'elle lui demanda l'origine de cet objet. À raison devrais-je ajouter… La plupart des sorciers et sorcières pris sur le fait furent brûlés ou pendus ici-même dans le but d'effrayer les habitants et de leur faire passer l'envie d'utiliser certaines pratiques qu'ils jugeaient contre-nature. Bien évidemment personne ne mourut de cela, et il suffisait simplement de geler les flammes tout en hurlant à plein poumons avant de transplaner lorsque le brasier était suffisamment important pour donner l'illusion d'une mort douloureuse. Mais dès lors que les persécutions devinrent trop importantes, un puissant sortilège d'illusion fut utilisé pour faire disparaître entièrement le quartier aux yeux des moldus. Seules la monarchie et la haute noblesse connaissaient encore l'existence du quartier des chiffonniers, mais aucun n'envisagea de rapporter sa présence par peur d'être pris pour un fou. Aucun d'ailleurs ne prit la peine d'y mettre les pieds depuis une bien triste affaire ayant eu lieu plus d'un siècle auparavant. Voyez-vous cette maison ?
Tout en parlant, Marie-Louise lui indiquait d'un mouvement de tête une vieille maison à l'abandon et dont les fenêtres et la porte étaient obstruées par de lourdes planches de bois, comme pour prévenir le moindre curieux de ne pas aller plus loin.
- Ce fut au XVIIème siècle le domicile d'une bien mauvaise sorcière, Catherine Deshayes. Cette femme aurait participé à de mystérieux crimes ayant lieu dans la Cour du roi Louis XIV à l'époque de sa liaison avec la marquise de Montespan. Bien des nobles particulièrement sots vinrent la voir pour obtenir ses services pour des raisons malhonnêtes et honteuses : Ensorceler une rivale, éliminer son mari pour vivre le grand amour avec son amant, faire mourir l'un de ses proches pour hériter de sa fortune, avorter d'un enfant non désiré… On aurait ainsi dénombré plus de 2500 corps d'enfants dans son jardin et des restes dans son four. On raconte aussi que cette femme répondait à ces demandes en faisant participer ses clients à des rituels de pure magie noire que l'on appelait messes noires et où les démons étaient invoqués tandis quel'on sacrifiait de jeunes nourrissons. Bien évidemment ce n'était que fadaises de sa part, mais les gens payaient une fortune pour acheter ses fioles de poison et ses filtres d'amour. La marquise de Brinvilliers aurait ainsi empoisonné son propre père et ses deux frères pour hériter de la fortune familiale, et la Montespan elle fut soupçonnée longtemps d'avoir utilisé des filtres d'amour sur le roi afin de garder non seulement sa protection mais son entière attention.
- Qu'est-il arrivé à cette sorcière ? lui demanda Rosie, captivée par le récit de sa mère.
- Oh, elle fut comme la plupart de ses complices arrêtée et jugée pour sorcellerie. La plupart de ses clients furent condamnés à des disgrâces et bannissement du royaume, voir dans le pire des cas à la peine de mort. Catherine Deshayes fut de celles là, mais le roi s'était assuré qu'elle mourrait vraiment sur le bûcher en demandant aux sorciers de lancer quelques sortilèges empêchant toute fuite de sa part. Depuis on raconte que sa boutique est hantée par son fantôme, et que les malheureux osant y pénétrer mourraient de peur en la voyant. Il est difficile de savoir si ces histoires sont vraies, mais les commerçants de cette place ont préféré condamner cette boutique sans oser la détruire. La peur prédomine encore même plus d'un siècle après la mort de cette créature du diable…
Un coup d'œil en direction de Rosie lui confirma que son récit l'avait autant impressionné que captivé, et contrairement à ce qu'elle aurait pensé, sa fille ne regardait pas la vieille boutique d'un air effrayé mais plutôt avec une lueur d'intérêt manifeste, la même qui s'accompagnait généralement d'une bêtise de sa part. Aussi prit-elle les devants et s'empara de sa main pour la tirer doucement vers leur objectif, une sage précaution que Lily prit également.
En raison de l'heure matinale, la place n'était pas noire de monde comme on aurait pu l'imaginer, mais en comparaison des quelques rues qu'elles avaient toutes les trois traversées, Rosie jugea qu'il y avait bien plus de personnes ici qu'ailleurs, et l'animation elle était déjà là. Les commerçants s'époumonaient déjà à attirer leur clientèle vers leurs stands, et le caquètement des poules était ici particulièrement désagréable étant donné la multitude de volailles présentes. Rien cependant n'avait réussi à les distraire au cours de leur périple, et la banque de Gringott's fut rapidement visible à l'autre bout du parvis. Son aspect était exactement le même que celui de la banque du chemin de Traverse, et en plus de ses colonnades légèrement tordues et du dôme qui le surplombait, l'édifice avait pour lui de jolies fresques murales représentant les gobelins sous leur meilleur jour : À la forge, à la guerre ou encore dans leur élément favori, le monde de la finance.
Deux gobelins protégeaient l'entrée de la banque munis d'immenses hallebardes et vêtus d'une lourde armure en fer serties de diamants. Avec leurs airs renfrognés et cette curieuse manière d'épier méchamment les quelques personnes marchant près d'eux, il fallait admettre qu'ils n'inspiraient pas la confiance, et la plupart des clients de la banque y réfléchissaient à deux fois avant d'avoir suffisamment de courage pour passer cet obstacle. Par chance pour le moment l'attention des deux créatures était plutôt orientée vers un petit marchand de journaux hurlant à pleins poumons les derniers faits d'actualité tandis qu'il essayait vainement de contenir le tremblement de sa voix causé par le froid.
- Nouveau scandale au département de la justice : Un condamné à mort s'évade pendant les délibérés ! Les enquêteurs n'omettent pas la piste d'une complicité au sein même de la garde ! Nouvelle fusillade dans le quartier des Halles : Un règlement de compte entre plusieurs contrebandiers sur fond de vente d'amulettes prétendument égyptiennes mais obsolètes serait à l'origine de la tuerie ! Accident mortel sur la route : Le chariot de Monsieur Finault des établissements du même nom se serait renversé sur le bas côté de la route en raison du poids trop important des caisses de Bierraubeurre qu'il transportait ! La rédaction du Sorcier de Paris exprime ses plus sincères condoléances à sa famille, en espérant toutefois que leur partenariat perdurera au-delà même de ce tragique incident !
- Les nouvelles ne sont pas très joyeuses…, commenta sarcastiquement Lily en écoutant avec attention les informations du jeune vendeur.
- Dans un pays de plus de 20 millions d'habitants, il serait étonnant qu'il ne se passe pas une journée sans un incident de ce genre, lui répondit Marie-Louise en les conduisant vers l'entrée de la banque. J'aimais beaucoup Monsieur Finault soit dit en passant : Il vendait ses bouteilles de bierraubeurre à un prix raisonnable et se gardait bien d'offrir à ses clients des boissons contrefaites…
Les dernières annonces du petit vendeur la coupèrent cependant dans son explication au moment même où un nom qui leur était bien familier fut lancé :
- Drame peu ordinaire en Grande-Bretagne : Une élève de Poudlard sérieusement blessée par l'attaque d'un troll des montagnes au sein même de l'école ! Lisez notre article page 7 où vous apprendrez notamment le silence étonnant des journaux anglais sur cette affaire et les pratiques douteuses du directeur de cette école pour ne pas l'ébruiter !
Il n'en fallait pas plus pour que Marie-Louise, poussée par une curiosité presque malsaine, ne se précipite vers lui pour lui acheter un exemplaire de son journal. Le jeune homme parut autant impressionné par sa tenue et celles de Lily et Rosie que par la frénésie avec laquelle la princesse de Lamballe s'était approchée de lui, mais une fois l'effet de surprise passé, il lui tendit rapidement le fameux journal, non sans au passage regarder de manière intense et continuelle la pauvre fille de Marie-Louise, la bouche légèrement ouverte.
- à combien vendez-vous cet exemplaire ? lui demanda la princesse de Lamballe en essayant d'ignorer l'intérêt presque grossier que portait le garçon à l'égard de sa fille.
- Cinq noises madame, répondit le jeune vendeur en ouvrant déjà sa main pour recueillir la somme demandée.
Marie-Louise paya aussitôt, non sans au passage donner un léger supplément à son jeune interlocuteur qui écarquilla légèrement les yeux à la vue du galion présent dans sa main. De manière exagérée, le garçon entreprit alors de la remercier en la gratifiant de dizaines de révérences maladroites tout en l'inondant de compliments, allant même jusqu'à lui-même pousser la porte de la banque pour la laisser entrer ainsi que ses deux accompagnatrices.
- C'était amusant, commenta Rosie une fois à l'intérieur après que le petit vendeur ait eu à la malchance de se prendre la porte en pleine tête en voulant s'incliner une dernière fois sur leur passage.
Ses deux mères elles n'avaient pas le cœur à rire, mais aucune ne jugea le moment propice pour se lancer dans la lecture de ce fameux article ; Les gobelins n'aimaient pas attendre, et Lily comme Marie-Louise préféraient encore réprimer la curiosité les tiraillant plutôt que de prendre le risque de mécontenter leur interlocuteur. Par chance Gringott's était encore presque vide en cette heure, et un seul guichet sur les onze était occupé. Mais cela ne voulait toutefois pas dire qu'elles ne patienteraient pas car chacun avait une fonction précise permettant d'étudier et de répondre beaucoup plus rapidement aux requêtes des clients de la banque. La malchance aurait pu les faire tomber justement sur celui-ci, mais heureusement, ce comptoir concernait surtout les transactions financières et non pas celui des rendez-vous auprès du directeur en personne de Gringott's qui se trouvait lui tout au fond de la salle, en face des portes d'entrée. La disposition des guichets était toutefois très curieuse, et si les virements et transactions financières se déroulaient à ceux qui se trouvaient le plus loin de l'entrée, les simples demandes de rendez-vous ou de règlement de litiges en tout genre eux étaient généralement à l'opposé, comme si ces activités peu lucratives pour Gringott's ne valaient pas que ce type de clientèle reste longtemps en son sein.
Le hall d'accueil était par ailleurs immense, autant en longueur qu'en hauteur. Néanmoins à l'inverse des multiples châteaux et résidences de cette taille qu'avait pu visiter Rosie jusqu'à présent, Gringott's n'avait rien d'accueillant entre ses murs, et loin des du blanc éclatant de la façade extérieure et du dôme serti d'or et de pierres précieuses qui brillait au soleil, le noir et le mobilier austère prédominaient à l'intérieur de la banque. De nombreuses chandelles et torches flottaient ou étaient accrochées un peu partout dans la salle mais l'omniprésence de l'obscurité restait quand même très présente et donnait au tout une atmosphère sombre et très lugubre qui invitait davantage à quitter rapidement cet endroit qu'à s'y éterniser plus qu'il ne le faudrait.
Craintive, Rosie s'empara alors de chacune des mains de ses deux mères pour évoluer dans la banque, son regard résolument fixé sur le guichet vers lequel elles s'avançaient toutes les trois et au sommet duquel un vieux gobelin particulièrement laid semblait plongé dans son travail. Le bruit de leurs pas aurait normalement dû le prévenir de leur arrivée, mais à moins qu'il n'était sourd, le gobelin donnait l'impression de volontairement les ignorer, et il fallut que Marie-Louise toussote légèrement pour attirer son attention :
- Vous désirez ? lui demanda t-il d'un ton abrupt sans même relever la tête pour la regarder.
- Vous occupez bien le comptoir des visites auprès du directeur de cette banque si je ne m'abuse ? Il me semble que cela est évident par conséquent…, rétorqua Marie-Louise, piquée au vif par l'irrespect de cet employé.
- Monseigneur Griffdur est un gobelin fort occupé vous savez ? lui répondit-il en continuant de l'ignorer. Pour discuter avec lui, il vous faut une trace écrite de sa part, un certificat portant sa marque et attestant de sa connaissance au sujet de ce rendez-vous.
- Nous sommes justement en possession d'un document de ce genre, lui certifia la princesse de Lamballe en fouillant rapidement dans son petit sac pour en ressortir un rouleau de parchemin soigneusement maintenu par un ruban.
Malgré l'évident plaisir qu'éprouvait le gobelin à prendre de haut son interlocutrice, Marie-Louise réprima elle l'envie de lui jeter à la figure le rouleau qu'elle tenait pour opter pour une solution beaucoup plus pacifique en le posant tout simplement sur le pupitre. La créature ne le regarda pas tout de suite et griffonna plutôt pendant un temps qui leur parut interminablement long sur une feuille de parchemin qu'elles ne pouvaient voir. Lorsque finalement il consentit à accorder davantage d'attention au papier qu'elle venait de lui donner, le gobelin prit une nouvelle fois son temps pour dénouer le cordon le retenant et le déplier, mais seule Rosie exprima ouvertement son impatience en soufflant bruyamment. Ses yeux traversèrent rapidement les lignes inscrites sur la feuille qu'il lisait, puis une fois sa lecture terminée, il posa enfin ses yeux sur le petit groupe devant lui, les lèvres esquissées dans un sourire peu encourageant.
- Tout semble en règle, nota t-il en tapotant distraitement du bout de ses longs ongles son pupitre. Cependant il vous faut encore prouver votre identité en passant un dernier test sanguin qui révélera si oui ou non vous êtes bien la princesse de Lamballe et non pas une usurpatrice. Sachez que dans le deuxième cas, nous nous verrons dans l'obligation de vous chasser de ces lieux de la manière qui nous semblera la plus justifiée, que vous soyez une femme d'âge mûr ou… une petite fille.
Rosie eut alors un mouvement de recul devant ces menaces, et instinctivement Marie-Louise et Lily se mirent en travers du chemin la séparant du gobelin. Celui-ci néanmoins ne semblait pas pour le moment disposé à les attaquer, même si la minuscule dague qu'il sortit quelques secondes plus tard n'annonçait rien de bien réjouissant pour elles.
- Voulez-vous le faire vous-même, ou me ferez-vous l'insigne honneur de vous piquer le doigt ? demanda d'un ton faussement poli le gobelin en pointant la dague vers Marie-Louise.
- Je m'insurge ! répliqua t-elle durement en fronçant les sourcils. Je n'ai encore jamais eu à faire cela pour rendre visite à Monseigneur Griffdur ! Notre famille est l'une des rares à pouvoir se targuer d'être en très bon terme avec lui, et son éminence nous a toujours eu en grande estime jusqu'à présent !
- Ceci est la nouvelle procédure réglementaire pour une visite auprès du directeur Griffdur Madame, lui rappela le gobelin en souriant d'un air mauvais, comme ravi à l'idée de voir la femme devant lui se plier aux exigences de la banque. Nous ne faisons qu'appliquer la politique de la banque pour ce genre de rencontre…
- Très bien, soupira Marie-Louise en enlevant lentement son gant avant de tendre son index pour que la créature face à elle lui entaille légèrement le doigt.
Le gobelin ne se fit pas prier, et une fois le sang recueilli, il frotta la lame sur une feuille de parchemin posé son sur pupitre qu'aucune des trois ne put cependant voir. Celle-ci se mit soudainement à briller au point d'illuminer le visage déformé de l'employé de la banque et de révéler encore davantage les traits disgracieux qui jalonnaient sa peau. Cela ne dura que quelques secondes, puis dès l'instant où tout s'arrêta, le gobelin reporta de nouveau son attention sur Marie-Louise, un air légèrement plus doux et amical qu'auparavant :
- Marie-Louise Thérèse de Savoie, née le 8 septembre 1749 à Turin et veuve du prince Louis-Alexandre de Bourbon, prince de Lamballe, est-ce bien cela ? demanda t-il d'un ton poli.
- Il me semble oui, à moins que l'on m'ait caché durant toutes ces années une affiliation que je ne découvrirais qu'aujourd'hui grâce à vous, répondit-elle sarcastiquement.
- Veuillez m'excuser Madame si j'ai pu d'une quelconque manière vous contrarier, s'empressa de répondre le gobelin. Gringott's se doit de garder une image irréprochable quelque soit la raison pour laquelle un client vient en ces lieux, et nous avons si souvent à faire avec des gens malhonnêtes qu'il nous est malheureusement impossible de faire autrement que de faire passer à nos plus éminents clients ces tests afin de s'assurer de la véracité de leurs propos et de leur identité. Ces personnes viennent également avec vous ?
- Oui, répondit-elle en passant délicatement une main derrière Rosie. Ma fille Marie-Rose Charlotte de Savoie est la raison principale pour laquelle nous sommes ici. Quant à cette femme, elle se nomme Lise Evane et occupe la fonction de sous-gouvernante pour ma fille. Je ne pouvais point me séparer de ses services pour une seule journée, et Marie-Rose apprécie tant sa présence !
Les explications semblaient légèrement farfelues, mais le gobelin tomba facilement dans le piège ; Peut-être même n'en avait-il tout simplement rien à faire, auquel cas cela expliquait pourquoi il n'avait pas éternisé plus longtemps son petit interrogatoire. D'un simple signe de main, il les invita à la place à le suivre vers l'une des portes se trouvant derrière lui pendant que lui descendait les quelques marches de son pupitre en soufflant légèrement. Rosie fut d'ailleurs surprise de constater que sans son perchoir, le gobelin était pour le moins très petit et qu'elle le dépassait de plusieurs centimètres, sans parler de son embonpoint qui arrondissait nettement sa silhouette au point de donner l'impression que les boutons de son gilet allaient sauter à tout moment. Toujours fut-il que la créature les guida par la suite dans un long tunnel de pierres noirâtres et seulement éclairé par une multitude de torches de chaque côté. La suite fut similaire, et malgré le dédale de couloirs et de portes qu'ils empruntèrent, le décor lui restait le même et ne permettait pas de différencier une pièce de l'autre. Le claquement sinistre de leurs talons résonnait fortement partout où ils passaient et donnait à mesure que le temps s'écoulait un angoissant sentiment d'appréhension. Le gobelin lui, pensant peut-être avoir été jusqu'à présent malpoli envers elles, s'abstenait de toute discussion et se contentait simplement de les guider en regardant de temps à autre derrière lui pour vérifier qu'elles suivaient toujours.
Puis finalement, au détour d'un énième couloir, une porte à l'autre bout de celui-ci était fermement gardée par un gobelin portant une lourde armure. Comme ses homologues à l'entrée de la banque, il tenait également une longue hallebarde qu'il pointa vers eux dès lors qu'il les eut dans son champ de vision, et ce malgré le fait que l'un de ses collègues faisait partie du petit groupe s'avançant vers lui.
- On ne passe pas, grogna t-il en montrant ses dents pointues et bizarrement alignées. Personne n'entre ici sans une convocation !
- C'est le cas mon cher Scarpa, répondit l'autre en lui tendant le fameux sésame.
Le garde la lui arracha presque des mains, mais un rapide coup d'œil sur le parchemin lui certifia bien la validité du document.
- Ont-ils passé les tests recommandés pour une telle visite ? demanda t-il en lui rendant la convocation.
- Madame de Savoie s'y est pliée avec bienveillance et empressement, répondit-il aussitôt en dardant un coup d'œil vers Marie-Louise. Quant à ces personnes, elle se porte garante pour elles, et nous ne pouvons mettre en doute la parole d'une si bonne cliente. Monseigneur Griffdur ne nous pardonnerait jamais la moindre marque d'irrespect à son égard, et je ne pense pas qu'il apprécie également que nous fassions attendre plus longtemps cette dame devant sa porte…
Comprenant l'allusion, Scarpa entreprit d'ouvrir rapidement la porte pour les laisser passer en s'inclinant au passage sur leur passage. Tous les quatre purent alors se glisser dans le bureau de Griffdur, l'antre dans laquelle peu de gens avaient le privilège de pouvoir poser les yeux, et le moins que l'on pouvait dire en y pénétrant était que la salle offrait un contraste saisissant avec le reste de la banque. Là où l'entrée et les quelques couloirs traversés ne brillaient pas par leur richesse et l'opulence, cette pièce elle était on ne peut plus chargée en or, en pierres précieuses et en mobilier coûteux et extravagants. Du sol au plafond, sur tous les murs et dans les moindres détails des meubles, l'or prédominait partout et même là où on ne l'attendait pas, comme sur les manches des ustensiles disposés à côté de l'immense cheminée du bureau et servant simplement à son entretien. Partout également des artefacts forgés par les gobelins eux-mêmes étaient présents, en particulier des armes et armures constellées d'ornements en tout genre et qui rappelaient le passé pas si lointain de ce peuple de guerrier. Des fenêtres de style gothique avaient même été insérées dans les murs alors que normalement cette pièce comme une grande partie de la banque se trouvait sous terre, mais malgré tout, par un vieux procédé permettant de refléter le paysage extérieur dans une zone étant dépourvue de cette possibilité, les vitres laissaient apercevoir une jolie vue sur le parvis du quartier des chiffonniers à présent beaucoup plus animé qu'auparavant.
Le tout était complété par un bureau entouré de quatre fauteuils, en plus des multiples vitrines regorgeant d'objets étranges, et qui donnaient à cette pièce pourtant large et haute de plafond un aspect très chargée malgré tout pas désagréable. Un seul détail clochait cependant au beau milieu de tout ce faste : L'absence du maître des lieux.
- Monsieur Griffdur n'est point encore là…, nota Marie-Louise en regardant par-dessus le fauteuil du directeur comme pour vérifier que celui-ci ne se trouvait pas caché derrière.
- Vous êtes en avance madame, lui rappela le gobelin avant de s'incliner devant elle pour signaler son départ. Monseigneur Griffdur sera là dans cinq minutes : La ponctualité a toujours été l'une de ses plus grandes qualités, et il prendrait comme une honte personnelle de vous avoir fait attendre trop longtemps. Si vous voulez bien m'excuser chère madame…
- Vous pouvez disposer, répondit-elle en inclinant légèrement la tête.
Le gobelin ne mit pas longtemps à quitter la salle, refermant sur son passage la lourde porte que son collègue surveillait toujours. Dès l'instant où elle se referma, toutes les trois eurent l'impression de se trouver dans une salle où aucun son ne pouvait percer les murs, comme cloîtrées comme des bêtes dans un environnement guère accueillant. Cela ne semblait pas émouvoir Marie-Louise qui feuilletait à présent le journal qu'elle avait durant tout ce temps tenu dans sa main, alors que Rosie elle s'émerveillait des fresques et autres tableaux de maître fixés aux murs en trouvant le portrait trônant derrière le siège du directeur de la banque particulièrement laid, sans savoir si le gobelin représentait était aussi moche que l'original ou si l'artiste avait pour une raison quelconque enlaidi celui-ci sans que cela ne choque son modèle. Seule Lily regardait craintivement la pièce, des images peu joyeuses dans l'esprit tandis qu'elle repensait au bureau exactement identique se trouvant à Londres et dans lequel elle avait quatorze ans plus tôt officialisé son union avec James devant le directeur de la banque anglaise, Ragnok.
- Je n'aurais jamais cru qu'il puisse en arriver à ce point…, marmonna soudainement Marie-Louise en regardant avec une colère à peine perceptible l'article concernant Poudlard.
- Qu'avez-vous trouvé de si troublant pour vous émouvoir, mère ? demanda immédiatement Rosie en se penchant légèrement sur son siège pour regarder également l'article.
- Tenez-vous bien Marie-Rose, lui rappela t-elle pendant que sa fille reprenait une position plus digne, les yeux cependant lorgnant encore sur la revue.
Celle-ci termina d'ailleurs dans ses mains, sans même l'ombre d'une explication de la part de sa mère. Un simple « merci » sortit de sa bouche par la suite avant qu'elle ne feuillette fébrilement le journal sous les yeux de Lily qui elle aussi espérait lire rapidement l'article sur Poudlard. Matthew suivait après tout sa première année dans cette école, et si elle ne cherchait aucunement à avoir de ses nouvelles par la presse officielle du Royaume-Uni par peur des On-dit qu'elle pourrait y lire sur elle, un article traitant de ce sujet dans un journal français pourrait peut-être s'avérer beaucoup plus neutre dans ses investigations que leurs homologues anglais.
- Cette lecture devrait être très instructive pour vous ma chère, lança Marie-Louise à sa fille en penchant légèrement la tête vers elle. Vous comprendrez qu'après cela, votre inscription à Beauxbâtons me semble on ne peut plus logique…
Rosie ne put qu'être d'accord avec elle dès que ses yeux se posèrent sur le titre de l'article, et effectivement, il y avait de quoi se questionner sur la sécurité des étudiants de Poudlard dès la première phrase.
« NUIT D'HORREUR À POUDLARD :
UNE ETUDIANTE SAUVAGEMENT AGRESSÉE PAR UN TROLL DES MONTAGNES !
L'affaire ne semble pourtant pas faire grand bruit outre-manche, mais les faits avérés sont pour le moins graves. Dans la nuit du 31 octobre, la soirée de Samain qui devait pourtant s'annoncer comme un moment de recueillement et de fête pour toute la communauté magique d'Angleterre s'est brusquement transformée en drame sans nom lorsqu'un troll adulte s'est faufilé dans l'enceinte même de l'école de magie de Poudlard pour venir la gâcher. Mais comment diable un troll peut-il entrer aussi facilement dans une école ? Telle est la question que vous êtes en droit de vous poser chers lecteurs, car la raison de cette irruption importune demeure pour le moment inconnue. Aucun professeur n'a semblé vouloir répondre à cette question, et notre journaliste a d'ailleurs été purement et simplement expulsé de l'école sans avoir eu le temps d'enquêter davantage sur cette affaire. Des sources anonymes nous indiquent toutefois que le troll aurait été aperçu aux alentours de 20h30 par Quirinus Quirrell, le professeur de défense contre les forces du mal lui-même dans les cachots de Poudlard, et que celui-ci se serait évanoui peu après avoir averti l'ensemble des élèves et des enseignants réunis dans la Grande Salle de l'école… »
- Évanoui ? répéta Rosie en réprimant l'envie de rire. Et c'est un professeur chargé d'apprendre à lutter contre les forces du mal ?
- Je me rappelle de lui…, marmonna Lily en regardant distraitement le feu de cheminée. Il était un peu plus âgé que moi et faisait partie de la maison de Poufsouffle. Cependant il était loin d'être peureux mais il excellait surtout dans l'étude des créatures magiques. Cela m'étonne qu'il ait fini par devenir professeur dans cette matière, il n'a jamais été très brillant dans les rares duels auxquels il a été confronté.
- Une préférence pour les créatures magiques dites-vous ? intervint Marie-Louise en la regardant. Curieux pour un homme ayant préféré avertir une école de la présence d'un troll alors qu'il devait probablement connaître les moyens de calmer cette créature… Je m'interroge également sur sa présence dans les cachots de Poudlard : Le repas devait probablement démarrer à 20 heures, or il avait de toute évidence plus d'une demi-heure de retard. Son comportement parait suspect…
- Attendons de lire la fin avant de se faire une opinion, leur rappela avec sagesse Rosie avant de parcourir de nouveau l'article.
« Les témoignages divergent cependant sur la suite des événements étant donné que les élèves furent renvoyés dans leurs maisons respectives par Dumbledore. Notons tout de même l'idiotie du directeur qui ordonna également le renvoi des élèves de la maison Serpentard dans leur salle commune ; Une salle qui, comble d'ironie, se trouvait justement dans les cachots. Seule la clairvoyance du directeur de cette maison a permis d'éviter un drame beaucoup plus terrible en suggérant que ses élèves devaient plutôt attendre dans un endroit sécurisé qui s'avéra être la bibliothèque de Poudlard. Des tours de garde furent par la suite organisés par la direction pour assurer la sécurité des élèves et tenter de retrouver le troll, mais malheureusement toutes ces précautions furent néanmoins inutiles, car à peine 20 minutes après la fin des festivités, des hurlements et des bruits de bois brisés furent entendus dans le couloir du premier étage, un étage qui avait échappé à la surveillance vigilante des professeurs de l'école. Le troll fut découvert au beau milieu du couloir, face à la porte défoncée des toilettes de cet étage et des débris de bois traînaient partout autour de lui. La créature fut rapidement mise hors d'état de nuire par les bons soins du directeur, mais des recherches dans les toilettes qu'elle venait au préalable de détruire ont montré qu'une malheureuse jeune fille s'y trouvait également pour une raison que l'on ignore actuellement. Par chance cette élève aurait survécu à son agression, mais son état fut jugé suffisamment sérieux pour être directement envoyé à l'hôpital Ste Mangouste dans lequel elle serait toujours actuellement. Des témoignages d'élèves avançaient ainsi qu'elle aurait été évacuée en pleine nuit, qui plus est par le corps professoral lui-même et sans l'aide nécessaire à un tel transport de médecins qualifiés. Un moyen de cacher l'affaire peut-être ? Sans doute, surtout lorsque l'on sait que dès le lendemain le professeur Dumbledore avait choisi de se montrer très rassurant durant le petit-déjeuner en conseillant toutefois aux élèves de ne rien dire à ce sujet à leurs parents pour ne pas les inquiéter. Sa tentative de minimiser l'affaire fut telle qu'il en arriva ainsi à expliquer l'absence de sa jeune élève comme étant causée par une urgence familiale la retenant auprès de ses parents mourants... »
- Qui pourrait croire à cela ? se moqua Rosie en secouant sa tête.
« Un détail cependant n'a pas échappé à notre journaliste ces derniers jours : Pas un seul journal ne mentionnait cette curieuse affaire, même dans la rubrique des faits divers. Seul le chicaneur, une revue satirique jugée peu fiable compte tenu des divagations farfelues que l'on pouvait y lire traitait longuement du sujet, mais l'article perdait rapidement de son intérêt dès lors que celui-ci avançait une théorie du complot fomenté par le ministre de la magie afin de pousser le directeur de Poudlard à autoriser le renforcement de la sécurité de son école par le biais des instances politiques, une solution à laquelle s'était toujours refusé Dumbledore y voyant une tentative du ministre Cornelius Fudge de s'immiscer dans les affaires de Poudlard.
Nous ne pouvons vous en dire plus pour le moment chers lecteurs hormis une chose bien curieuse constatée lors de notre investigation : Le couloir du troisième étage de l'aile droite de cette école serait actuellement interdit d'accès pour les élèves, et les seules explications de Dumbledore pour en expliquer la raison furent : « Ne vous y aventurez pas, à moins de vouloir mourir dans d'atroces souffrances ». Poudlard devrait-elle encore être dépeinte comme l'une des écoles les plus sûres du monde après ceci ? Comment peut-on laisser ses enfants suivre des cours dans un institut où des trolls se promènent allègrement, où un professeur chargé d'enseigner la défense contre les forces du mal s'évanouit au moindre problème, où un danger de mort les guette au détour d'un couloir et où l'agression d'une élève est volontairement camouflée par le propre directeur de cet établissement ? Vous êtes en droit de vous faire votre propre opinion à ce sujet, mais si nous ne pouvons vous conseiller qu'une seule chose, ce serait bien de faire le choix de la sécurité pour vos enfants en ne les envoyant pas étudier là-bas.
Jules Busigny, Journaliste ».
- Curieuse affaire mais qui se finit d'une bien triste manière, conclut Lily à la fin de sa lecture. Je me demande ce qui peut bien se cacher dans ce troisième étage…
- Vous pourriez tout aussi bien nous le demander que cela irait plus vite, déclara alors une voix qui les fit toutes les trois sursauter.
Son origine fut rapidement trouvée sous les traits d'un vieux gobelin à la peau flétrie et aux sourcils si touffus qu'ils ressemblaient à deux buissons. À cette vision Marie-Louise se leva aussitôt et s'inclina respectueusement devant lui, et le gobelin, Que Rosie comprit être Griffdur, lui retourna le salut en lui faisant au passage un baisemain particulièrement sonore qu'il réitéra par la suite à ses deux accompagnatrices. Rosie réprima l'envie de grimacer en sentant les lèvres sèches et le nez crochu de la créature toucher sa main, mais par politesse elle répondit à sa salutation en effectuant le même geste que sa mère. Griffdur s'attarda d'ailleurs longuement sur elle, ses petits yeux vifs et espiègles la regardant avec tant d'intensité qu'elle crut presque rougir.
- Voilà donc la fameuse Marie-Rose de Savoie, dit-il alors qu'il terminait ses salutations. L'objet de notre rencontre… Du moins l'un des objets si j'en crois votre dernière lettre ma chère princesse. Un peu de thé Madame de Lamballe ?
- Je ne dirais pas non, avoua t-elle en se rasseyant. Cela nous mettra du baume au cœur pour les affaires que nous traiterons sous peu.
Le gobelin acquiesça à ses paroles, et tout en faisant apparaître d'un claquement de doigt un plateau contenant quatre tasses dégageant un délicieux arôme et quelques biscuits, il fit le tour de son bureau pour prendre sa place à son tour et enfiler son meilleur costume : Celui de directeur et banquier.
- Par quoi souhaitez-vous commencer ? dit-il négligemment en portant l'une des tasses à ses lèvres. Le temps c'est de l'argent voyez-vous, mais je ne peux rien refuser à ma meilleure cliente…
- Nous souhaiterions d'abord vous confier un papier pour le moins compromettant dans la mesure où s'il tombe entre de mauvaises mains, un danger pourrait guetter ma famille, et je ne tiens pas à prendre un tel risque…
Griffdur arqua un sourcil, mais bientôt l'autre lui enjoignit le pas lorsqu'il vit Lily sortir de son petit sac un rouleau de parchemin soigneusement noué qu'elle lui tendit. Le gobelin, avec une dextérité peu commune pour son espèce, prit avec un soin particulier de dénouer le ruban qui le maintenait, et précautionneusement il le déroula pour en lire le contenu. Son visage disparut rapidement derrière la feuille tandis que Rosie regardait curieusement tour à tour ses deux mères dans l'espoir que l'une d'elles lui explique ce qui se tramait.
- Voilà donc le papier ayant fait grand bruit outre-manche…, marmonna alors Griffdur en reposant la feuille devant lui. Vous n'imaginez même pas le scandale que cela a causé là-bas, même avec la soudaine entrée d'argent qui a mystérieusement accru les réserves d'or de Gringott's.
- Nous… Nous souhaiterions que tout ceci reste entre nous…, répondit Lily d'un air embarrassé.
- Rassurez-vous madame, rien de ce qui se passe au sein de notre banque n'est su par le ministère de la magie, encore moins lorsque le service rendu est aussi bien rémunéré par cette chère princesse de Lamballe, répondit le gobelin en adressant une grimace sensée être un sourire à la dénommée princesse. Les gobelins n'ont cependant pas pour habitude de lancer des procédures contre ses clients sauf lorsque ceux-ci n'ont plus suffisamment d'argent pour payer la location de l'une de nos voûtes. Monsieur Potter a été très dépensier ces dix dernières années, néanmoins il lui reste encore suffisamment de fonds pour pouvoir espérer rester client de notre succursale londonienne pour un bon moment encore. Quelle raison a par conséquent été avancée par mon ami Ragnok pour lancer une inspection dans son domicile ?
- Des virements suspects à l'étranger me semble t-il…, l'informa pensivement Marie-Louise. Une histoire sans queue ni tête dans laquelle vos congénères anglais s'étonneraient d'un échange d'argent passant des voûte de Monsieur Potter à celle d'un criminel notoire aux yeux des autorités. Monsieur Ragnok a été bien difficile à convaincre pour une telle affaire, mais il fallait absolument récupérer ce papier au domicile de notre cible, quitte à ce qu'une quantité négligeable à mes yeux d'argent change de maître.
- Quel est donc ce papier ? s'étonna Rosie qui les regardait confusément.
- Le contrat de mariage entre votre frère et Daphné, lui répondit Marie-Louise alors que sa fille jetait désormais un coup d'œil curieux sur le parchemin.
- Mais pourquoi maintenant ? s'enquit t-elle d'un ton curieux.
- Lorsque vous êtes toutes les deux parties du domicile de votre ancien père, vous avez omis d'emporter avec vous la plupart des documents vous liant de près ou de loin à cette famille. Cela n'aurait pu avoir aucune incidence si ce contrat de mariage ne comportait pas les signatures magiques de votre frère et de sa fiancée. Votre mère m'a avoué cet oubli il y a quelques semaines maintenant, et j'ai cru bon alors de faire en sorte que ce contrat ne tombe pas entre de mauvaises mains. Par chance, il semblerait que James en ait totalement oublié l'existence, mais il valait mieux ne pas attendre plus longtemps. Je craignais surtout que le parchemin l'informe de la nouvelle identité de votre frère, et cette précaution s'est avérée nécessaire car lorsque Gabriel a changé d'identité, le parchemin a également modifié le nom du futur époux pour Gabriel Louis-Victor Alexandre de Savoie, donnant ainsi une indication parfaite à cet homme et à Dumbledore sur l'emplacement où se trouve le fils disparu et par conséquent sur le reste de sa famille.
- Vous avez bien fait, répondit sa fille en s'imaginant ce qu'il serait advenu si ce parchemin serait tombé entre les mains de Dumbledore.
- Je sais, et par chance Gringott's a rapidement répondu favorablement à ma requête, bien que je doute désormais qu'il puisse me rendre le moindre service avant longtemps. Les pousser à voler un document, même contre de l'argent, reste à leurs yeux une faveur honteuse qu'ils ne risquent pas d'oublier.
- Une faveur nécessaire si l'on s'en tient à ce que vous m'avez raconté, objecta Griffdur en croisant ses doigts au dessus du fameux contrat.
L'atmosphère devint aussitôt lourde à la suite de ces paroles, et chacun jugea intérieurement que les circonstances valaient bien de monnayer les services des gobelins.
- Et si nous passions à la deuxième raison de notre présence et notamment à celle de notre fille ? proposa alors Lily pour changer de sujet.
- Bonne idée, approuva Marie-Louise en se tournant vers Rosie. Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit tout à l'heure, n'est-ce pas ma chérie ?
- Comment pourrais-je l'oublier ? argua t-elle d'un ton gai. J'attendais ce moment depuis si longtemps !
- Il vous faut également savoir que cette procédure vous permettra d'être officiellement reconnue aux yeux de Monsieur Griffdur comme ma fille et par conséquent vous donnera accès à tout ce qui me concerne dans cette banque tout comme votre frère. Cette reconnaissance n'est donnée qu'une seule fois, aussi tachez bien de ne pas courroucer notre partenaire, autrement il pourrait bien vous interdire pour un temps indéfini l'accès à nos comptes.
- Je comprends, dit-elle patiemment en regardant du coin de l'œil le directeur de la banque.
- Rappelez-vous bien qu'il vous faudra mon autorisation pour retirer de l'argent aussi longtemps que je jugerai cette procédure nécessaire, peut-être même jusqu'à votre majorité. Je tiens à être certaine que vous n'abuserez pas de ce privilège dès lors que je vous l'aurais donné avant de vous laisser l'entière responsabilité de vos actes. Me suis-je bien fait comprendre ?
- Oui mère, répondit Rosie. Cela veut dire que je n'aurais pas de porte-monnaie comme Gabriel ?
- Pas tout de suite, lui confirma Marie-Louise. Votre frère est davantage digne de confiance que vous, et je n'ai eu besoin que de deux ans pour m'en rendre compte. Travaillez sur vous et votre comportement et je réviserai mon jugement à votre égard.
Rosie hocha simplement sa tête, des résolutions plein la tête. Griffdur lui s'affairait à présent à fouiller dans l'un des tiroirs de son bureau à la recherche d'un objet dont l'utilité échappait à Lily et sa fille.
- Ce maudit tiroir…, grommelait-il en tirant littéralement sur l'objet en question. J'aurais dû penser à l'agrandir pour une telle occasion… Ah tout de même !
Un instant plus tard, une coupe de taille conséquente trônait fièrement sur son bureau, et Rosie put alors la contempler tout à son aise. Le calice était pour le moins original, composé d'un pied en forme d'aigle royal soulevant grâce à ses ailes une coupe incrustée de pierres précieuses et bordée de motifs creusés dans l'argent. Une grande croix de Savoie blanche sur fond rouge était représentée sur sa surface au beau milieu de scènes anciennes rappelant les grandes heures de cette famille, et à l'intérieur de la coupe se trouvait au fond un rubis étincelant qui était solidement incrusté à l'intérieur du calice.
- Vous allez à présent participer à un rituel d'acceptation chère Marie-Rose, lui annonça alors Griffdur en la regardant. Comme son nom l'indique, vous devrez être reconnue par le rubis se trouvant au fond de cette coupe et qui est directement relié à celui sur la voûte principale de votre famille. Votre sang jouera le rôle de pièce d'identité si vous préférez, et dès l'instant où il entrera en contact avec ce rubis, vous serez à jamais autorisée à pénétrer dans toutes les voûtes de la maison royale de Savoie.
- Tu ne pourras pas y entrer alors ? demanda d'un ton peinée Rosie à Lily en se tournant vers elle.
- Malheureusement non, lui confirma t-elle en souriant.
- Ce n'est pas grave, parce que je pourrais te donner autant d'or que tu le souhaites quand j'en aurais l'accès ! lui certifia sa fille.
- Avec modération, lui rappela tout de même Marie-Louise bien qu'elle se joignit aux gloussements qu'avaient entraîné sa fille.
Griffdur proposa alors à Rosie de se lever et de placer la paume de sa main juste au dessus du récipient, puis une fois que ses deux mères la rassurèrent sur la douleur qu'elle aurait pu ressentir, le gobelin lui entailla très superficiellement la peau pour collecter le sang qui s'écoulait de la petite coupure. Les quelques gouttelettes amassées tombèrent directement à l'intérieur du calice, et le rubis au contact du sang se mit soudainement à briller d'une lueur aveuglante qui les força quelques secondes à fermer les yeux. Alors, dès l'instant où la lumière disparut, Griffdur l'incita alors à boire son propre sang pour finaliser le rituel d'acceptation, ce que Rosie fit de mauvaise grâce.
- La pierre jumelle à ce rubis doit à présent vous reconnaître comme sa nouvelle maîtresse ma chère, lui annonça le directeur en reprenant avec lui le calice qu'il rangea de nouveau dans le tiroir de son bureau. Vous n'aurez normalement aucun mal à forcer l'ouverture de toutes vos voûtes lorsque vous désirerez y pénétrer. Suivez-moi maintenant, leur dit-il en se levant. Nous allons remettre ce contrat là où il ne devrait plus être un danger pour vous. Nous en profiterons pour voir si l'accès est autorisé à votre fille maintenant.
- Quelle brillante idée, approuva Marie-Louise en le suivant vers la dernière porte dont l'utilité leur était encore cachée.
Le petit groupe se remit de nouveau en marche, mais contrairement à tout à l'heure Griffdur était un hôte beaucoup plus accueillant et sympathique que son employé. Il anima ainsi la discussion pendant tout le trajet au point que Rosie comme ses deux mères ne firent même pas attention à la direction qu'elles empruntaient.
- Pourquoi disiez-vous tout à l'heure qu'il suffisait de vous demander ce qui se tramait dans le couloir du troisième étage de Poudlard pour le savoir ? l'interrogea la sœur d'Harry avec curiosité.
- En vérité je ne peux qu'avancer quelques suppositions très chère, lui répondit-il. La recommandation du directeur à ce sujet a été faite le jour de la rentrée de Poudlard, c'est en tout cas ce que nous avons cru entendre. Le même jour, la banque Gringott's de Londres était cambriolé, et le coffre en question appartenait justement à Dumbledore. Rien n'y a été pris car il avait été vidé le matin même, alors nous ne pouvons que penser qu'il se trouverait à présent à Poudlard.
- Et vous ne savez pas ce qui se cachait à l'intérieur je suppose ? le questionna Marie-Louise.
- Les affaires secrètes de nos collègues anglais ne nous sont pas connues malheureusement, mais nous en faisons de même avec eux. Chacun doit garder une part de mystère…, ajouta t-il avec un sourire presque carnassier.
- C'est peut-être quelque chose de dangereux ? supposa Lily pensivement. Mais pourquoi le cacher dans une école pleine d'enfants ?
- Peut-être parce qu'il se soucie peu de la vie de ses élèves ? avança Marie-Louise d'un ton amer. Poudlard est reconnu jusqu'à présent comme étant l'endroit le plus sûr du Royaume-Uni en dehors de Gringott's, peut-être espère t-il que son seul nom dissuadera le plus grand nombre de tenter de prendre ce fameux objet…
- Connaissant les galères dans lesquelles se met ce cher Dumbledore, je suis prêt à parier que nous en saurons plus bientôt, conclut Griffdur avant de les faire arrêter d'un geste. Nous y sommes…
Devant eux, au bout de la passerelle se trouvant elle-même au sein d'un large tunnel creusé dans la roche et éclairé par des torches suspendues aux parois, se trouvait un étrange petit chariot de bois joliment taillé et dans lequel se trouvaient quatre places assises. Posées sur une sorte de piste en bois, les roues du chariot, creusées et moulées de telle sorte qu'elles épousaient parfaitement le rail sur lequel elles avaient été placées. La piste en elle-même semblait s'étendre sur des kilomètres, et tandis que ses deux mères s'interrogeaient sur cet étrange moyen de locomotion, Rosie elle en profita pour admirer plus en détail l'aspect étonnant de ce qui allait probablement être leur outil pour se diriger vers les chambres fortes de sa famille.
- Qu'est-ce donc ? demanda curieusement Marie-Louise au gobelin en examinant le chariot devant eux.
- Une invention venant directement de Russie madame, répondit Griffdur en ouvrant la petite porte en permettant l'accès. Les moldus ont inventé une activité se nommant « Montagnes Russes » et qui consiste à faire glisser une luge ou un traîneau sur une piste spécialement conçue pour cela en usant du relief des paysages dans lesquels elle est pratiquée. La banque de Gringott's implantée dans l'empire russe s'en est inspirée pour créer ce nouveau procédé de déplacement rapide et confortable, et le concept comme vous pouvez le remarquer est en train de se développer à travers le reste du monde. Pour l'heure nous n'avons malheureusement que deux grandes pistes de construites dont celle-ci, mais nous envisageons de mettre en place trois nouvelles voies dans les années à venir afin de relier à cette passerelle les chambres fortes de nos plus récents et moins fortunés clients.
- Pourquoi ne pas avoir commencé par eux ? s'interrogea Rosie en se tournant vers lui une fois qu'elle eut prit place à l'arrière au côté de Lily. Si je ne m'abuse, les sorciers les moins riches possèdent des chambres fortes situées au plus près de la banque : Vous auriez très rapidement pu leur permettre de pouvoir bénéficier de ce moyen de transport…
- Bien que votre sollicitude soit fort louable mademoiselle de Savoie, Gringott's privilégie depuis toujours la qualité à la quantité, et cela concerne notamment nos plus éminents clients, répondit le gobelin. Nous nous faisons un devoir de satisfaire au mieux ceux qui, bien que minoritaires, possèdent les plus grandes fortunes ou dont la famille fait confiance à cette banque depuis des siècles en les plaçant en priorité dans tous les projets que nous mettons en place. Ainsi nous avons voulu faire des personnes comme votre mère les premiers bénéficiaires de ce chariot sur rail au détriment des clients plus pauvres et pourtant plus proches de notre position.
- Ce n'est pas très gentil de priver ainsi les plus démunis des bienfaits de vos projets, lui fit-elle remarquer d'un air bougon.
- Marie-Rose ! s'indigna Marie-Louise en se tournant brusquement vers elle. Ne parlez point ainsi à notre gestionnaire de comptes !
Mais le gobelin, loin de se sentir offensé par les propos de sa jeune cliente, ricana légèrement en prenant à son tour place dans la rangée de siège devant Rosie et Lily, à côté de la princesse de Lamballe.
- Allons donc madame, ne blâmez point cette demoiselle ! Je suis persuadé qu'elle changera d'avis à ce sujet au moment même où le chariot se mettra en marche ! Attendez juste quelques petites secondes…
Soudainement, dès l'instant où Griffdur referma sa porte, une rambarde fixée au siège devant eux tomba en arrière, leur bloquant ainsi les jambes. Surprises, toutes les trois se regardèrent d'un air mal assuré avant de l'empoigner presque automatiquement en appréhendant chacune la suite des évènements. Le chariot se mit alors à vibrer, puis après un « accrochez-vous bien » du gobelin, l'engin fut propulsé en avant et démarra son périple dans le tunnel. Bien plus rapide qu'un cheval, la vitesse avec laquelle elles se déplaçaient les surpris toutes les trois, et bientôt celle-ci augmenta encore davantage lorsque les premières descentes commencèrent. Comme l'avait annoncé Griffdur, Rosie oublia finalement son ressenti à l'égard de cette invention pour se laisser aller à crier de joie à chaque fois que le chariot amorçait une descente vertigineuse, un virage serré ou que l'on voyait au loin un soudain brasier s'animer à cause de l'un des nombreux dragons surveillant le tunnel. Même lorsque le trajet se termina face à l'une des voutes de sa mère, Rosie restait enthousiasmait par cette première expérience, et l'arrêt définitif du wagon ne calma nullement ses ardeurs :
- Encore ! s'exclama t-elle joyeusement en se tournant vers le gobelin. Rarement je ne me suis autant amusé !
- Oh par pitié, pourrions-nous plutôt aller moins vite pour le retour ? le pria quant à elle la princesse de Lamballe en arborant un visage particulièrement pâle.
- Nous ne pouvons contrôler la vitesse de ces engins madame, j'en suis navré…, lui répondit Griffdur d'un ton qui laissait toutefois entendre qu'il ne l'était nullement.
Celle-ci soupira, mais elle parvint sans mal à se défaire du wagon tout comme les trois autres pour faire face à la lourde porte. Rosie, après un coup d'œil en direction de sa mère et après avoir écouté les recommandations de son gestionnaire de compte, apposa sa main sur le rubis placé au centre de la porte. Une petite piqûre sur la paume la fit sursauter, néanmoins quelques secondes plus tard, le bruit de mécanismes s'enclenchant se fit entendre, et alors qu'elle se reculait, la porte elle se mit au contraire à glisser à l'intérieur du mur pour laisser apparaître au final une véritable montagne d'or et d'argent. Partout où les yeux se posaient, des pièces, des lingots, des pierres précieuses et tout un arsenal d'objets coûteux s'étendaient à perte de vue. De lourdes malles, transportant divers objets, des livres, des vêtements anciens et même des armes, agrémentaient de temps à autre par leur couleur brune cet amas de richesse, et Rosie eut la surprise de voir des silhouettes portant d'épaisses armures et lourdement armées de haches, hallebardes et même mousquets marcher au beau milieu des monceaux d'or au pas de garde.
- Ces armures sont enchantées pour donner l'illusion qu'une personne se trouve en dessous, lui expliqua sa mère alors qu'elles entraient à l'intérieur, les armures s'inclinant aussitôt qu'elles virent dans leur champ de vision leur maîtresse et sa fille se présenter à elles. Elles garderont cette voûte même après ma mort, et vous pouvez être certaine qu'elles prendront ce rôle très à cœur.
- Je peux le certifier, ajouta Griffdur derrière elles. Impossible pour un gobelin d'entrer ici sans prendre le risque d'être embroché par vos gardes.
- Je pense que c'est à toi de poser ce contrat ici, lui dit alors Lily en lui tendant le contrat de mariage de son frère qu'elle prit des deux mains.
Un petit autel en pierre posé dans un coin fut jugé parfait pour elle, et d'un pas presque impérieux, elle s'y dirigea pour poser délicatement le parchemin liant à jamais son frère et sa future belle-sœur. Satisfaite, elle se retourna alors vers Lily, Marie-Louise et Griffdur, un sourire aux lèvres :
- Maintenant ils vont pouvoir être tranquilles, dit-elle gaiement. Mais nous aussi !
A/N : Donc voilà ! Chapitre clos ! J'espère qu'il vous aura plu en tout cas et que vous ne l'aurez pas trouvé trop long (On peut toujours espérer).
Donc comme vous avez pu le voir, j'ai répondu à certains points que l'on m'a plusieurs fois demandé d'éclaircir : La vie de Rosie depuis deux ans, la vision que les gens ont d'elle et de son arrivée soudaine, ce qu'il est advenu du contrat de mariage entre Harry et Daphné (j'ai d'ailleurs bien vérifié que Lily ne l'avait vraiment pas emporté avec elle dans les chapitres précédents... J'espère ne pas m'être trompé en tout cas !), et également le ressenti de Lily vis-à-vis de sa nouvelle situation.
J'espère que vous avez apprécié la description du quartier des chiffonniers, personnellement j'arrive facilement à me l'imaginer xD. Je préfère ça à une simple allée marchande comme le chemin de Traverse, en plus je garde le petit côté parisien avec les nombreux cafés et terrasses (les stéréotypes ont parfois du bon !). J'ai d'ailleurs pensé rajouter à ce moment-là les deux anecdotes sur la basilique St Denis (j'en parlerai d'ailleurs de manière plus longue dans mon autre fiction) et la sorcière histoire de donner un peu d'authenticité au quartier (j'espère que vous avez pu regarder le dernier épisode de "secrets d'histoire" sur Madame de Maintenon mardi : Ils faisaient justement mention de La Voisin et de l'affaire des poisons dans laquelle elle s'est illustrée (quelle coïncidence !)).
Le nom du quartier provient d'un métier qui était courant au XIXème siècle : Pour faire simple ce sont des personnes qui rachetaient des objets à des prix dérisoires pour ensuite les revendre à d'autres qui pourraient en être intéressées (Tissus, métaux etc...). Je suppose que ce genre de métier avait un autre nom dans le temps étant donné que ramasser des morceaux de tissu à travers les villes ne devait pas être une pratique récente, mais malheureusement je n'ai rien trouvé : On optera donc pour les chiffonniers !
Le moment sur le couvent de l'Assomption était peut-être de trop, mais je pensais que faire apparaître un moment entre Astoria, Rosie, leur gouvernante, et la situation qui est la leur au sein de cet institut pouvait être intéressant.
Le prochain chapitre sera bien évidemment sur Harry et le fameux moment dont j'ai parlé dernièrement. Je pense également refaire apparaître Daphné très bientôt (c'est vrai qu'on ne sait rien d'elle depuis le temps). Après... Bah je verrais xD.
à bientôt !
