Eh salut ! à tous ! Comme promis avec juste deux jours de retard, le nouveau chapitre !

Je n'ai pas grand chose de plus à vous raconter depuis la semaine dernière hormis qu'en raison de mes examens, je ne serai pas disponible pour les deux semaines qui viennent ^^. Il faudra patienter pour la publication du prochain chapitre !

Encore merci pour vos commentaires ! Bon j'en ai eu moins que pour le précédent chapitre, mais merci tout de même !

Donc au programme : He bien... à vous de lire pour le découvrir ! Bon par contre le chapitre est clairement long, alors n'hésitez pas à passer des passages (je n'arrive jamais à supprimer des parties qui me semblent inutiles... Pour moi tout l'est, même IRL lorsque je fais un exposé et qu'il fait 7 pages... J'ai moyennement apprécié de me faire rabrouer par mon prof sur ce sujet (Non en fait j'étais furax, mais mieux vaut fermer sa bouche dans ces moments là pour éviter d'aggraver son cas xD)).

J'ai relu en grande partie ce chapitre pour enlever un maximum de fautes, mais il se pourrait que le dernier tiers (voir le dernier quart) en ait encore : J'avais trop la flemme d'aller jusque là ^^.

Sur ce, bonne lecture !


Pour la ville portuaire de Toulon, 1805 était une année loin d'être ordinaire, et il fallait bien remonter sept ans en arrière et l'expédition d'Aboukir pour voir une telle agitation aussi bien sur terre qu'en mer. Ce port militaire, employé à cette fonction depuis près d'un siècle, était l'emplacement stratégique de la France sur la côte méditerranéenne, celui qui lui permettait de se garantir un contrôle relatif sur une partie de la mer et de laisser planer une menace continuelle sur les multiples petits royaumes qui composaient la péninsule italienne. La présence de la flotte anglaise dans ce petit morceau de mer, devenue habituelle depuis la prise du petit territoire qu'était Gibraltar en 1704 par la Royal Navy, n'avait que peu d'incidence sur son activité commerciale, et loin d'impressionner, la flotte britannique n'empêchait nullement les autorités françaises de poursuivre leur œuvre de construction d'une puissante flotte pouvant rivaliser avec elle. Déjà promu plus grand port militaire de l'empire, Toulon accueillait ainsi en continu des bateaux par dizaines chaque jour durant, et l'activité économique tournait à plein régime.

Harry lui n'était pas venu ici pour prêter main forte aux ouvriers s'attelant à la construction des nouveaux navires du désormais empereur Napoléon Ier, pas plus qu'il n'était là pour admirer la mise en place des mats sur le pont des bateaux ou des voiles qui se déployaient et s'agitaient selon la force du vent. Bien que ce spectacle était beau à voir, il préférait plutôt se promener tranquillement sur les quais de la ville et respirer l'air marin du grand large qui venait constamment investir la région. Aout était le moment propice pour ceux qui souhaitaient faire du tourisme en une pareille ville, et la chaleur estivale en faisait transpirer plus d'un. Toutefois, si les hommes se laissaient tranquillement aller à bronzer sous les chauds rayons du soleil, la plupart des femmes elles, en particulier celles venant des classes les plus aisées, préféraient au contraire s'abriter sous une large ombrelle pour éviter de voir, comble d'horreur pour elles, leur peau pâle prendre quelques couleurs. Harry lui-même ne pouvait s'empêcher de les envier, lui qui par malheur était encore vêtu de son uniforme et en particulier de son satané chapeau sous lequel il sentait aisément la sueur s'étendre sur toute la surface de son front. Malheureusement pour lui, un soldat se devait de toujours faire bonne figure où qu'il soit, et ce n'était qu'en d'exceptionnelles circonstances qu'il pouvait se permettre le luxe d'ôter son couvre-chef Un exigence qu'Harry supportait mal et qui lui faisait plutôt rêver d'un bon bain lui permettant de s'extirper de ses habits poisseux.

- Qu'il fait bon ! lança à côté de lui son parrain alors qu'il passait tranquillement ses mains derrière sa tête. Si le ministère de la magie ne s'obstinait pas à garder à son service ces infâmes détraqueurs, je suis persuadé que le sud du Royaume-Uni serait aussi agréable qu'ici. Tu n'es pas d'accord ?

- Oh oui, très certainement…, marmonna Harry en s'épongeant le front.

- Je suis bien content que mon maître d'œuvre m'ait donné cette journée de repos, je n'imagine même pas les conditions de travail sur ces maudits bateaux ! reprit Remus en soupirant de façon théâtrale. Quelle chaleur ! Les pauvres malheureux ouvriers doivent cuire au soleil !

Harry remarqua alors que son parrain ne cessait depuis tout à l'heure de le regarder, et à la vue du sourire moqueur qu'il arborait, son filleul ne put s'empêcher de froncer ses sourcils tout en lui adressant au passage un léger coup de coude dans les côtes. Remus laissa échapper un léger gémissement mais pour autant il ne se départit pas du rictus qui avait le don d'agacer Harry.

- Ton école aurait dû inventer l'uniforme changeable si tu veux mon avis, argua t-il en le détaillant du regard. Ce que tu portes doit être très pratique pour les froides journées d'hiver, mais ce doit être une véritable prison en ce qui concerne les journées comme celle-ci.

- Tu n'auras qu'à aller faire cette remarque à la personne chargée de concevoir ces habits, rétorqua Harry d'un ton boudeur. Je suis certain que tes recommandations seront entendues jusqu'aux plus hautes sphères de l'empire !

Son parrain ne répondit pas, mais la lueur malicieuse qu'il pouvait observer dans ses yeux laissait supposer à Harry que Remus en était bien capable. Malgré tout il ne lui en tint nullement rigueur, appréciant au contraire de voir son parrain dans cet état d'esprit blagueur et joyeux qui contrastait avec son éternel sérieux. Le sud de la France lui avait fait le plus grand bien, et la peau hâlée qu'il affichait à présent ne laissait pas indifférente la gente féminine qu'ils croisaient. Les cicatrices zébrant son visage étaient presque camouflées par son bronzage, et à moins d'être particulièrement attentif à ces détails, il fallait un œil bien avisé pour remarquer les griffures qui jadis l'enlaidissait.

Lui-même n'avait rien à lui envier, et à 16 ans maintenant, Harry était désormais prêt à faire ses premiers pas dans la vie d'adulte qui lui tendait les bras. D'une taille convenable pour son âge, presque aussi grand que son parrain qui regrettait désormais de ne plus pouvoir le traiter gentiment de « petit nabot », son apparence, sa grâce et son attitude faisaient la joie de sa famille qui voyait en lui le digne descendant des multiples familles nobles qu'il représentait. Daphné en particulier ne tarissait pas d'éloges sur l'homme qui allait devenir d'ici un an son époux, et elle-même, avec la jolie gorge qu'elle possédait à présent et au début de poitrine qui faisait son apparition depuis quelques temps, promettait de fournir sa propre part de travail dans l'image du couple parfait qu'elle formait déjà avec Harry.

Le mariage lui n'allait arriver que dans un an, le temps de finaliser tous les détails de cette journée qui se devait d'être inoubliable, de préparer la liste des convives qui se devait d'être immense et de commencer à établir le budget pour chaque animation qui se déroulera les semaines qui précèderont et suivront la cérémonie le liant pour la vie à sa fiancée. Marie-Louise prévoyait déjà un budget de 300 000 francs simplement pour les feux d'artifice, soit presque autant que pour un mariage royal, et compte tenu de l'empressement de sa mère à déterminer dès maintenant les dépenses qu'il convient d'effectuer, Harry était prêt à parier sa fortune personnelle que tout cela avoisinerait bien le million de franc.

Bon nombre de discussions avaient déjà eu lieu à ce sujet, et encore hier, Harry avait dû subir avec une joie feinte les multiples questions concernant la tenue qu'il souhaitait porter ce jour-là, la disposition des fleurs qu'il souhaitait voir dans la nef de l'église et le thème des bals qui interviendraient au cours des réjouissances dues à son mariage. Il accepta malgré tout ces longues heures de discussion avec elle, non seulement par respect pour elle, mais aussi parce qu'ayant eu écho des derniers événements ayant eu lieu la semaine précédente en Angleterre, il prit soudainement conscience de l'importance de sa famille pour lui et à quel point il suffisait de peu de chose pour perdre ceux que l'on aimait. Apprendre en outre que sa petite sœur avait bien failli passer entre les griffes d'un loup-garou n'avait fait que renforcer encore davantage le lien qui l'unissait à elle, au point que Marie-Rose ne finisse par se plaindre de son omniprésence auprès d'elle.

Mais aujourd'hui, Harry prit l'excuse de l'absence prolongée de son parrain pour se dérober à ses devoirs, et bien que Marie-Louise lui fit remarquer qu'il n'était jamais bon de reporter à plus tard ses engagements auprès de ses créanciers et des politiciens locaux réclamant une audience auprès de lui, elle accepta tout de même de le laisser partir une journée en lui faisant toutefois promettre de revenir au plus tôt pour s'occuper des tâches administratives qui ne l'amusaient guère.

Remus s'était en effet établi loin de Lamballe quelques années plus tôt et semblait vraiment s'y plaire au point que son absence se faisait sentir chez ses plus proches connaissances, un manque que la correspondance écrite ne parvenait pas à combler. Il n'avait rien à reprocher à Marie-Louise et à sa générosité, mais la vie de château n'était vraiment pas un mode de vie qui lui convenait. Au milieu d'un luxe oppressant et tape-à-l'œil, d'une richesse nullement cachée et d'un univers de convenance bien au-delà des quelques notions de savoir-vivre qu'il connaissait, Remus ne s'était jamais senti à l'aise là-bas, alors même que Lily comme Rosie s'y étaient rapidement acclimatées. Pour lui, un environnement paisible fait de petits plaisirs et de simplicité était le meilleur des remèdes à la mélancolie, et une simple cabane pouvait être à ses yeux le plus merveilleux des abris. Son instinct de loup y était peut-être pour quelque chose, lui qui pendant longtemps l'avait habitué au grand air et à la recherche perpétuelle d'une vie tournée vers les plaisirs de la nature, mais le choix de Toulon pouvait tout de même surprendre : Cette ville, bien que proche des grands espaces boisés qui en font l'un des endroits le plus pourvu en arbres de France, mais également par la mer méditerranée toute proche et ses plages de sable chaud, ne ressemblait pas à l'endroit rêvé pour l'établissement d'un loup-garou, mais son parrain avait malgré tout eu un coup de cœur pour cette ville : Il appréciait tout particulièrement de voir amarrer les immenses frégates de la flotte impériale depuis la fenêtre de son humble appartement.

Par ailleurs comme il ne restait jamais en place, Remus était rapidement parvenu à retrouver un emploi similaire à celui qu'il avait eu à Londres du temps où il tentait de se faire oublier de Dumbledore. Les quais de la ville étaient en effet en effervescence ces derniers temps, et les emplois à pourvoir ne manquaient pas. Entre le chargement des bateaux, la réparation de la coque de certains navires revenant de combat ou d'une mer déchaînée ou encore la construction de nouveaux bâtiments renforçant la marine impériale pour ses prochaines campagnes, Remus n'avait pas le temps de se reposer. Mais loin de l'effrayer, cette avalanche de travail le poussait davantage à se surpasser et à se démener pour faire correctement ce qui lui était demandé. Son parrain avait également dû travailler longuement son accent pour ne pas aiguiller son employeur et ses collègues sur ses véritables origines, surtout lorsque justement France et Royaume-Uni étaient en conflit comme c'était le cas actuellement : Se faire accuser d'espionnage pour le compte de la couronne anglaise n'était vraiment pas ce qu'il désirait, surtout lorsqu'il s'épanouissait tant dans son travail.

Son salaire modeste lui permettait tout juste de vivre et de s'offrir quelques plaisirs simples comme un petit dîner au restaurant ou de faire quelques achats permettant d'embellir les trois pièces qui composaient son logement, et encore aujourd'hui, Remus avait choisi de manger tout à son aise dans son restaurant favori en compagnie cette fois-ci de son filleul. Harry avait à de nombreuses reprises questionné son parrain sur la vie qu'il menait et sur la sincérité de ses paroles lorsqu'il parlait avec gaité des journées qu'il passait sur le bord de mer, mais il lui fallait se rendre à l'évidence que Remus n'était plus disposé à revenir un jour vivre définitivement à Lamballe au plus près des gens qu'il aimait. Son parrain avait clairement besoin d'indépendance, de solitude pour faire le point sur son existence, et un tel éloignement était apparemment nécessaire à ses yeux pour redécouvrir petit à petit les petites choses du quotidien qui faisaient son bonheur. Leurs vies étaient ainsi radicalement différentes l'une de l'autre, mais malgré tout tous les deux étaient parvenus à rester en contact fréquent pour se donner des nouvelles ou répondre aux interrogations de l'un.

« Les femmes ont bien le droit à des discussions entre filles… Pourquoi ne ferions-nous pas la même chose ? » avait notamment déclaré un jour Remus dans l'une de ses lettres en précisant toutefois qu'il convenait d'éviter les sujets un peu trop frivoles et inintéressants comme l'étaient généralement ceux dans les conversations « des bonnes femmes ».

Le moment n'était cependant pas propice aux réjouissances des retrouvailles ou à se moquer des discussions féminines, et même si Harry tentait de ne rien laisser paraître, son anxiété se faisait quand même sentir chaque fois que Remus conduisait leur discussion vers un sujet précis : La nouvelle guerre imminente en Europe. L'empire français, nouvellement nommé ainsi en raison du couronnement de Bonaparte comme empereur près d'un an plus tôt, faisait en effet une nouvelle fois face à une coalition d'états dirigée contre lui, et si l'Angleterre se contentait de financer l'entretien des armées et des équipements des unités alliés, les empires russe et autrichien ainsi que le royaume de Suède eux avaient déjà mobilisé des dizaines de milliers d'hommes pour combattre Napoléon. Les hostilités avaient déjà débuté quelques mois plus tôt lorsque la Grande Bretagne fit saisir l'ensemble des bateaux français et hollandais amarrés dans ses ports suite aux difficultés commerciales qu'elle rencontrait en raison du traité d'Amiens de 1802 et du blocus instauré par Napoléon concernant l'acheminement de sa production vers le continent. Dans le même temps, la France avait entrepris ces dernières années d'annexer de nombreux territoires en Italie, notamment les duchés de Parme, de Piémont et de Guastalla, et par provocation peut-être, s'était attelée à envahir le royaume du Hanovre, propriété personnelle du roi d'Angleterre George III. Cette politique expansionniste avait fortement effrayé les autres puissances européennes, et l'empereur des français ne semblait pas vouloir en rester là : Durant la seule année 1805, Napoléon concentra une importante partie de ses troupes vers Boulogne, dans le nord de son empire, en vue d'un débarquement direct sur les côtes britanniques. Au même moment, une flotte franco-espagnole devait appuyer cette invasion en partant de Brest, de Toulon et de Cadix pour tenter d'attirer avec elle vers les Antilles une partie de la Royal Navy afin de désengorger en navire la Manche et préparer au mieux le débarquement. Par un heureux coup du sort, les navires amarrés à Toulon parvinrent à forcer le blocus des anglais au large de la ville, et si quelques vaisseaux britanniques se trouvaient toujours au large actuellement, leur utilité s'en trouvait fortement amoindrie et reléguée à de simples reconnaissances du littoral et des possibles mouvements de foule sur la côte. Néanmoins, la manœuvre opérée par la flotte de Napoléon semblait avoir pris beaucoup trop de temps aux yeux de l'empereur au point qu'il avait ces derniers jours ordonné un grand mouvement stratégique de ses armées vers l'Est afin de protéger au mieux les frontières de l'empire face aux armées autrichiennes et russes. Le régiment de Hussard d'Harry devait très prochainement accompagner cette imposante armée, et Metz, qui se trouvait près de la frontière, était devenu depuis quelques temps une importante place d'armes où se succédaient les régiments terrestres, qu'ils soient d'infanterie ou de cavalerie. L'académie était jusqu'en septembre fermée en raison des vacances scolaires, mais il ne faisait aucun doute que son bon fonctionnement s'en trouverait légèrement altéré lorsque ses élèves reviendront au moment même où s'amassent des troupes par milliers.

Cette nouvelle guerre était toutefois différente aux yeux d'Harry pour une raison bien simple : Il allait y participer. Cette annonce faite par son directeur lors de leur dernière séance de formation l'avait pour le moins surpris, mais Pajol avait simplement déclaré qu'il l'estimait suffisamment digne pour voir de lui-même la réalité du terrain et ce que ces conflits entraînaient,

« Ne pensez pas un instant que vous serez mêlé aux combats à venir… » lui avait-il toutefois dit en croyant percevoir dans la lueur de ses yeux une once d'impatience à l'idée de se mesurer à des armées ennemies. « Votre tâche consistera essentiellement à délivrer des messages et comptes-rendus à l'état major et à obéir au moindre de mes ordres. Si je vous dis de fuir, vous fuirez. Si je vous dis de retourner à Metz, vous y retournerez. Si je vous dis de rester en arrière auprès des bataillons de réserve, vous y resterez ».

Cette soudaine entrée en matière avait au départ laissé Harry sans voix et amorphe tandis que cette convocation imprégnait petit à petit son esprit. La guerre ne lui avait alors jamais paru à la fois aussi proche et aussi effrayante, et il découvrait à quel point elle semblait moins futile à ses yeux que lorsqu'il en discutait simplement en cours avec ses autres camarades de promotion. Même si les fonctions auxquelles il était prédestiné n'avait pas l'air mortelles et dangereuses, il savait pertinemment qu'un rien pouvait mettre à mal le moindre de ses projets et transformer ce qui était une futilité en un obstacle pouvant mettre sa vie en jeu. Mais inutile de reculer : Harry voyait surtout dans la confiance que Pajol mettait en lui un avantage certain dans sa quête de reconnaissance auprès des maréchaux de l'empire, gage certain d'un avenir assuré,

Ainsi, et ce malgré ses seize ans, il était décidé à faire honneur à l'uniforme qu'il portait et aux décorations qui le composaient et laissaient entrevoir à tous le grade qu'il possédait actuellement : Sergent du quatrième régiment de cavalerie de Hussard, premier grade des sous-officiers. La seule ombre au tableau fut la découverte de sa mobilisation par sa famille et si celle-ci fit la joie de Marie-Louise, la peur de le perdre prédomina davantage chez elle comme chez son autre mère. La perspective de voir leur fils unique tomber au combat finit par les hanter, et pendant des jours, toutes les deux eurent à cœur de passer le plus de temps possible en sa compagnie pour profiter des derniers instants offerts avant son grand départ.

Quant à Daphné… Son visage larmoyant en l'apprenant lui avait suffi à regretter l'espace d'une seconde le choix de carrière dans lequel il s'était lancé tant la peur et la tristesse de sa fiancée étaient grandes. Jamais elle ne le quittait plus de dix secondes, se cramponnant à son bras comme à une naufragée en pleine mer s'accrochant à une planche de bois par peur de se noyer, elle il avait fallu qu'Harry hausse le ton pour la faire céder et lui permettre de venir voir Remus. Sa réaction lui semblait légèrement excessive, mais il pouvait la comprendre : Surtout, il appréhendait le jour du départ fixé à deux semaines maintenant. Comment réagira t-elle à ce moment là ?

- Gabriel ? l'appelait Remus en faisant claquer ses doigts devant son visage.

- O-oui ? bredouilla t-il en essayant de reprendre contenance.

- Ah enfin ! Je commençais à croire que je marchais en compagnie d'un mort-vivant, se moqua son parrain avant de regarder à nouveau devant lui. Je disais que j'étais vraiment ravi que nous passions cet après-midi tous les deux un peu comme autrefois lorsque tu étais bien plus jeune… Nous n'avons plus beaucoup l'occasion de nous voir, surtout depuis que tu as intégré cette académie, mais je sais qu'elle t'a été bénéfique en voyant l'homme que tu es en train de devenir et ce que tu as déjà accompli jusqu'à présent.

- Mais je n'ai justement rien accompli d'extraordinaire…, lui répondit son filleul d'un air incrédule.

Remus ricana légèrement, et tout en secouant la tête il dévisagea Harry en souriant, d'une façon presque paternelle :

- Je ne te parle pas d'exploit sortant du commun ou d'une prouesse dont toi seul est le détenteur, mais de quelque chose de plus simple et pourtant beaucoup plus important encore : Tu as su unifier une famille détruite par des machinations malveillantes en restant le même jeune homme simple et affectueux. L'opulence et la richesse qui est tienne désormais ne t'ont cependant pas fait tourner la tête, et les valeurs d'amitié, de partage, de bonté et d'empathie que tu possédais déjà dix ans auparavant sont restées ancrées dans en toi pour ne plus en ressortir depuis. Tu es prédestiné à de grandes choses Gabriel, et je n'ai pas eu besoin de savoir que ton directeur d'académie avait choisi de te former lui-même en faisant le même constat pour le savoir. Mais ce qui te distinguera des autres politiciens sera ton désintérêt évident des choses matérielles et de la renommée dont tu jouiras par les actes que tu auras accomplis. Il sera bon pour les hommes que tu dirigeras un jour et pour la populace soumise à l'empereur qu'un homme aussi bienveillant que toi parvienne à un poste important en cet empire : Ta sollicitude ta permettra de comprendre les malheurs qui les habitent et de chercher ainsi à trouver les meilleures solutions les contentant tous, quelque chose que chaque individu de n'importe quelle nation recherche avant tout.

- Amen, ricana Harry bien que les paroles de son parrain le touchèrent plus qu'il ne l'avouerait jamais. Qu'il me tarde de voir si tes prédictions s'avèrent justes pour te prendre comme conseiller dans ce bel avenir que tu me prédestines !

Son rire nerveux ne parvint toutefois pas à cacher entièrement l'angoisse qui le prenait de nouveau lorsqu'il songeait à son avenir, et par un effet de cause à effet, il se remit à penser à la guerre se préparant au moment même où il y pensait et à ce qu'elle risquait d'entraîner pour lui comme pour sa famille. Remus sembla d'ailleurs remarquer le brusque changement d'humeur de son filleul car il s'arrêta soudainement au beau milieu de la route, la tête tournée vers lui alors qu'il affichait un air particulièrement sérieux qui ne lui était coutumier que lorsqu'il revêtait son costume de moralisateur et de conseiller pour lui et Rosie :

- Tu étais venu me voir une dernière fois avant ton départ, n'est-ce pas ? lui demanda t-il en le fixant intensément. Je ne suis pas idiot tu sais, et je sais que ta venue n'avait pas pour unique but d'échapper aux préparatifs de mariage de Marie-Louise mais bien de me parler, peut-être pour la dernière fois. Tu pensais en venant ici garder en mémoire le souvenir de ton vieux parrain en sécurité dans cette charmante ville pendant que toi tu allais risquer ta vie sur un champ de bataille ?

- C-comment le sais-tu ? le questionna bien malgré lui Harry d'un ton incrédule.

Remus ricana légèrement devant cette question, puis reprit la parole après avoir légèrement secoué sa tête :

- Je réagissais de la même manière que toi chaque fois que je devais accomplir une mission pour l'ordre et Dumbledore, expliqua t-il d'un air mélancolique. Je craignais tout le temps de ne pas survivre à ces escapades à travers le monde et de mourir loin de ceux que j'aimais, seul, livré à moi-même, sans la moindre possibilité de rebrousser chemin et de laisser Dumbledore à ses machinations délirantes.

- Mais… Mais ne m'avais-tu point dit il y a longtemps que tu n'avais plus d'attaches en Angleterre ? lui demanda en cherchant soigneusement ses mots Harry.

Son parrain ne sembla pas se formaliser du fait qu'il abordait le douloureux sujet de la disparition de ses parents lorsqu'il était en quatrième année à Poudlard. Au contraire, un sourire se glissa sur ses lèvres lorsqu'il pensait à la réponse qu'il allait lui donner :

- Je venais pour vous voyons, avoua t-il sans se départir de son sourire à la vue du visage gêné de son filleul. Il fut un temps où je considérais encore toute ta famille comme l'exemple parfait de celle que j'aurais aimé avoir, et j'avais grand plaisir à venir vous voir. Ta famille était ce qui comptait le plus au monde à mes yeux, et le simple fait d'être ton parrain faisait de toi un être à part entière qui était durablement inscrit au fond de moi. Chaque geste, chaque agissement, peut-être même chaque souffle d'air pouvait avoir une incidence sur la relation qui nous liait, une relation fragile ne tenant qu'à un fil et qui pouvait à tout moment et au moindre faux pas se rompre. Alors oui, je venais le plus souvent possible vous voir et te voir en particulier car cela me permettait de me rappeler que peu importe l'endroit où je me trouvais, il y avait dans un petit manoir anglais une petite famille qui m'attendait et qui me donnait une raison justifiée de rester vivant et en bonne santé… Du moins si l'on excepte le cas de James…

Sans même attendre une réponse ou une réaction de la part de son filleul, Remus reprit sa marche en enjoignant Harry à faire de même en passant un bras autour de ses épaules. Le silence fit pour la première fois son apparition dans leur conversation, mais celui-ci fut toutefois extrêmement court car Remus n'en avait pas terminé avec les états d'âme de son protégé :

- Tu as peur, n'est-ce pas ? dit-il d'un ton qui laissait clairement entendre qu'il connaissait déjà la réponse. Ton académie t'a appris beaucoup de choses, mais la peur elle ne s'apprend pas : Elle se ressent, elle se vit à l'instant présent. Tu peux être capable de contrôler tes émotions grâce à l'occlumancie et les enfouir au fond de toi, mais tu ne peux pas les annihiler totalement.

- Je sais, répondit Harry en baissant la tête, l'air vaincu. Mais je n'ai pas peur pour moi : Je me sais suffisamment préparé pour faire face à n'importe quelle situation et suffisamment instruit par mes enseignants et Monsieur Pajol pour agir de la meilleure des manières. J'ai simplement peur de mourir là-bas et de laisser derrière moi mère, maman, Rosie et Daphné en proie à d'immenses peines que je ne pourrais pas adoucir. Je dois te sembler confus, mais ce n'est pas la mort qui m'effraie mais les répercussions qu'elle pourrait avoir sur ma famille si je venais à disparaître.

- Tu confirmes donc là ce que je disais tout à l'heure cher filleul : Même face à la mort, tu songes avant tout aux autres avant de te soucier de ce qui pourrait t'arriver. Une attitude très chevaleresque dis-moi… Tu fais honneur à la longue lignée dont ta mère et toi êtes issus.

Harry réprima l'envie de rougir aux louanges de son parrain, mais le compliment lui fit quand même plaisir. Restait toutefois à leur faire véritablement honneur en s'illustrant sur le terrain des campagnes militaires, et c'était une tout autre paire de manches…

- Je ne pouvais pas en dire autant à ton âge pour ma part, reprit Remus d'un air songeur. Je n'ai commencé à accomplir des missions pour Dumbledore que plus d'un an après mon examen final à Poudlard, et ce n'était que des broutilles au départ. Je n'ai véritablement mis ma vie en jeu que quelques temps plus tard, à l'époque où ta mère était enceinte de toi. C'est d'ailleurs à ce moment là où Lily et James m'ont fait l'immense honneur et plaisir de me désigner comme ton parrain. Tu n'imagines pas la joie qui m'avait envahi à ce moment là ! Je n'ai d'ailleurs jamais su pourquoi ils m'avaient préféré à Sirius alors que James avait toujours été plus proche de lui que de moi ou Peter, mais je suppose que ta mère a jugé préférable d'avoir un homme plus responsable comme parrain de son premier enfant.

Responsabilité et Sirius ne collaient effectivement pas ensemble aux yeux d'Harry, et il remercia pour le coup sa mère de lui avoir épargné le déplaisir d'avoir ce débauché de Sirius comme parrain.

- Ce n'est qu'à ce moment-là où j'ai commencé à refreiner les élans de bravoure qui me conduisaient parfois à me mettre dans des situations dangereuses, surtout en raison du fait que pour la première fois de ma vie, j'avais quelqu'un qui comptait sur moi pour être présent dans sa vie et qui m'attendait. La peur de mourir m'accompagnait à tout instant, mais jusqu'alors je craignais surtout de mourir seul dans un endroit isolé sans que personne ne puisse un jour retrouver mon corps. Et puis tout comme toi, j'ai commencé à avoir peur surtout de ne jamais te revoir, de revoir ta mère ou même Rosie, et cette période coïncidait étrangement avec celle où Dumbledore me demandait de rentrer en contact avec des tribus de loup-garou aux quatre coins du monde… C'est drôle parfois comme le hasard peut se jouer de nous de cette façon…

- Mais tu es quand même revenu vivant de chacun de tes voyages, lui rappela Harry.

- Ouais, mais il ne faut jamais omettre le facteur risque dans chacun de nos périples et rester sur ses gardes en toute circonstance. Souviens-toi simplement de ça, tout comme il te faut te souvenir que ce que tu laisses derrière toi attendra ton retour avec impatience, et c'est en cela que tu dois puiser la force de te surpasser pour retrouver ceux que tu aimes.

Harry hocha sa tête d'un air entendu, mais il ne put en faire davantage car une certaine agitation à l'autre bout du quai où ils se promenaient leur fit interrompre la conversation qu'ils entretenaient. Une foule de plus en plus grosse semblait former un cercle autour d'un individu pour une raison qui leur échappait, mais les gloussements de rire et les cris excités des badauds laissaient supposer que cette animation devait être particulièrement amusante. L'une des voix, particulièrement grossière et bruyante, échaudait les esprits en rabrouant une autre personne tout en prenant à témoin les nombreux spectateurs présents.

- Je me demande bien ce qui peut se passer, commenta Harry en regardant curieusement le groupe devant eux.

- Surement une nouvelle scène de ménage, proposa négligemment Remus en s'approchant tout de même. Où alors une bagarre entre ivrognes… Cela ne manque pas par ici…

Leur route ne fut pas longue, mais se frayer un chemin à travers la foule pour connaître la raison de tout ce tapage fut beaucoup plus difficile pour eux. Même l'uniforme que portait Harry ne dissuadait pas les toulonnais s'amassant de plus en plus à cet endroit de lui laisser un passage, et ce ne fut qu'au prix de nombreux coups d'épaule et de contorsions qu'Harry et Remus purent poser leurs yeux sur le spectacle s'offrant à eux. Comme annoncé, la voix de tout à l'heure appartenait à un homme à l'aspect négligé et dont les cheveux trop longs lui collaient au visage et dans sa barbe mal taillée. Celui-ci haranguait la foule de ses beuglements en lançant de temps à autre des petites piques à l'encontre d'une deuxième personne agenouillée près de lui qui de son côté persistait à se montrer silencieuse et parfaitement immobile. Il était impossible de pouvoir la décrire car elle portait une très longue cape dotée d'une capuche qu'elle avait rabattue sur son visage pour le masquer totalement, mais il semblait évident à vue d'œil que cette personne était d'une taille modeste laissant à supposer qu'il s'agissait d'un adolescent ou d'une personne de petite taille. Les chaussures qu'elle portait cependant, par chance non dissimulée par la cape, permettaient de déterminer qu'il s'agissait d'une jeune fille, probablement de son âge ou légèrement plus jeune que lui, mais rien d'autre ne pouvait donner une indication sur son identité. L'homme lui ne semblait pas s'en formaliser comme s'il était habitué à la croiser fréquemment, mais son comportement envers elle témoignait surtout de l'amusement qui le gagnait en voyant sa victime être réduite à l'état de bête de foire pour toute la foule autour d'eux.

- Alors petite salope, encore de sortie hein ? beuglait-il joyeusement en essayant de lui enlever sa capuche. Allez quoi, fais pas ta mijaurée ! Tout le monde serait ravi de voir ta jolie tête ! Ne fais pas attendre tes spectateurs, eux aussi aimeraient avoir l'occasion de voir un monstre au moins une fois dans leur vie !

Les exclamations redoublèrent, et loin de se montrer offusquée par le comportement de cet homme à l'égard de la jeune fille qu'il humiliait, la foule cherchait à l'inverse à trouver le meilleur angle de vue pour apercevoir son visage dissimulée.

- Mesdames messieurs, pour la somme symbolique de deux francs seulement, je lui arrache sa cape et vous pourrez à loisir admirer le résultat des amours entre une truie et un singe ! reprit l'homme en parcourant des yeux l'ensemble des badauds. Pour dix, je la balance dans le port pour voir si cette bête sait nager !

Et pour faire bonne mesure il adressa au passage à sa victime un coup de pied dans l'estomac, la faisant rouler de douleur sur le pavé. Certaines personnes parurent soudainement moins enthousiastes devant les idées de l'imbécile, mais à la stupéfaction d'Harry, d'autres fouillaient déjà dans leurs poches afin de trouver les pièces réclamées. Fou de rage, il s'extirpa alors du cercle des curieux pour s'avancer vers l'homme, la main gauche déjà posée sur le pommeau de son sabre.

- Hé là ! s'écria t-il en s'approchant. En voilà des manières ! Que vous a donc fait cette pauvre fille pour que vous la malmeniez ainsi !?

L'homme penché juste au dessus d'elle tourna lentement la tête vers lui, un sourire moqueur sur le bout des lèvres. De toute évidence, il semblait se préparer à lui répliquer durement, mais à la vue de l'uniforme d'Harry, son rictus se transforma bientôt en une grimace qu'il peina à cacher. Sa bonhomie disparut immédiatement, et c'est avec une voix beaucoup plus amicale qu'il s'dressa à lui :

- Ce qu'elle nous a fait ? répéta t-il en tournant de nouveau la tête vers elle. Le simple fait que ce monstre respire le même air que moi suffit à ce qu'elle reçoive la correction qui lui est due ! Peut-être qu'après ça elle y réfléchira à deux fois avant de pointer le bout de son nez dehors pour nous dégouter de sa laideur !

Au grand désarroi d'Harry, quelques murmures approbatifs fusèrent de ça et là parmi la foule qui s'agglutinait encore autour d'eux. Pas un seul ne lui reprocha d'ailleurs son geste lorsque quelques secondes plus tard, le bougre eut l'audace de cracher sur la capuche de la malheureuse toujours à terre, un filet de bave coulant de sa lèvre. Harry lui ne l'entendait pas de cette manière, et après avoir enlevé son gant, il gifla violemment la joue de l'homme au point de lui laisser une marque rosâtre sur la peau.

- Plutôt que de violenter les jeunes filles pour une raison aussi futile qu'une figure disgracieuse, mesurez vous donc à moi, le provoqua t-il tandis que le silence s'était soudainement abattu sur la foule se pressent. Aurez-vous l'audace de vous attaquer à un sergent de cavalerie au service de l'empereur ou vous contenterez-vous de fuir ce combat en bon couard que vous êtes ?

- Tu n'aurais jamais dû faire ça gamin, soldat ou non…, murmura l'homme en se redressant de toute sa hauteur, les poings serrés. Je vais te réduire en bouilli au point que tu ne pourras plus jamais remonter à cheval…

Et sans plus attendre, l'homme tenta de le frapper directement en pleine figure. Son coup était rapide, et une personne ordinaire n'aurait probablement jamais pu l'esquiver, mais Harry lui n'eut aucun problème à le faire. Ses capacités sensorielles considérablement accrues par les entraînements qu'il avait suivis avec sa mère et son directeur lui permettaient désormais de sentir et d'anticiper les moindres gestes de ses adversaires lorsqu'ils fendaient l'air de leurs poings ou de toute autre partie du corps. Ainsi, Harry put aisément déterminer l'objectif visé par son attaque et la parer habilement tout en anticipant sa prochaine attaque.

Concentrant sa magie dans son poing, il s'élança alors vers lui pour lui administrer un coup en pleine tête. Parfaitement maître désormais de ses capacités, il attendit que la magie recouvrant sa main entre en contact avec la peau de son adversaire pour la faire exploser afin de rendre son coup beaucoup plus puissant. L'effet fut immédiat, et là où le pauvre homme aurait simplement dû s'écrouler sur le sol en se tenant la joue, Harry lui ne fit pas dans la dentelle et l'envoya rouler sur plusieurs mètres sans avoir l'air particulièrement épuisé par son geste. Son adversaire n'eut même pas le temps de terminer sa course qu'un autre homme, probablement l'un de ses amis, se jeta sur Harry pour tenter de le frapper par derrière. Malheureusement pour lui, la perception des mouvements accordée par les capacités magiques d'Harry lui permettait de sentir également l'agitation derrière lui, et concentrant de nouveau sa magie dans ses mains, il arrêta non seulement le geste de l'autre homme en lui saisissant le poignet, mais il parvint également à lui administrer un coup de poing de son autre main, l'envoyant lui aussi s'écraser quelques mètres plus loin.

Un troisième larron, armé d'un petit poignard, s'élança alors vers lui en brandissant son arme. Harry le vit arriver longtemps à l'avance, et avec une vitesse prodigieuse, il dégaina son sabre dont il se servit pour stopper le geste du brigand. Les deux lames s'entrechoquèrent dans un bruit sourd, mais la lame d'Harry, dans laquelle il insufflait à présent une petite quantité de sa magie, était à présent suffisamment puissante pour briser celle de l'autre. Le morceau de lame n'était même pas encore tombé par terre que le sabre d'Harry était lui déjà pointé vers la gorge de l'homme, prêt à la lui trancher au moindre geste. L'action n'avait au final duré que quelques secondes, mais un silence pesant lui s'était installé désormais autour d'Harry : La foule autrefois bruyante et moqueuse regardait désormais avec des yeux ronds le jeune sergent devant elle, à la fois impressionnée et intimidée par les capacités extraordinaires de ce jeune garçon pourtant plus petit et plus faible que les trois hommes qu'il venait de terrasser.

- S'attaquer à un sous-officier vous vaudrait la prison Monsieur, surtout lorsque vous essayez d'attenter à sa vie, certifia Harry alors qu'il gardait toujours en joug son dernier adversaire. Je ne pense pas que c'est ce que vous voudriez, n'est-ce pas ?

- Tu m'as provoqué…, lui rappela à juste titre le premier homme en peinant à se relever.

- Je ne vous aurais jamais crû suffisamment bête pour répondre à ma provocation, répondit-il en souriant narquoisement. Je pensais que la logique vous aurait rappelé cela, mais il semblerait que vous soyez dénué de la moindre once de réflexion.

De nombreux rires fusèrent, mais Harry parvint à rétablir très facilement le silence en fusillant du regard les personnes concernées.

- Aussi certain que cet homme est dénué de bon sens, vous tous semblez frappés d'une autre maladie tout aussi condamnable : l'indifférence. Quoi ! Trouvez-vous amusant de voir un homme brutaliser une pauvre fille sans raison apparente !? Trouvez-vous juste que l'on humilie ainsi quelqu'un pour un problème d'ordre physique ? Pourquoi riez-vous tant du malheur des autres ? Pensez-vous que cela ne puisse jamais vous arriver ? Ne faites donc point aux autres ce que vous ne voudriez pas que l'on vous fasse, et plutôt que d'éprouver de la moquerie pour elle, référez-vous en aux sages paroles du christ : Tu dois aimer ton prochain comme toi-même ! Jésus s'est-il moqué du pauvre lépreux lui demandant aide et secours ou de l'aveugle mendiant sur la route menant à Jéricho ? Non ! Il leur est venu en aide, et pour votre salut comme pour celui de vos proches, il vous faut en toute circonstance suivre les préceptes de ce saint homme !

Son discours eut au moins pour effet d'effacer les quelques sourires qu'il pouvait voir au milieu des badauds, et religieuse comme l'était la société française en ce temps là, une grande partie d'entre eux se rendit compte qu'à la vérité, Harry était dans le vrai quant à leur conduite inqualifiable. Pas un en tout cas n'éleva la voix pour le contredire, de tout façon Harry n'était pas là pour faire du prosélytisme religieux. Un coup d'œil en direction de son parrain lui certifia qu'il avait eu en tout cas le bon comportement face à cette situation, et qu'une âme noble et chevaleresque pouvait avoir du bon si elle s'inscrivait dans la droite ligne indiquée par la religion.

La foule commença alors à se disperser, et l'allégresse retombant, les conversations animées se firent pour le moins rares. Les trois hommes eux restèrent quelques secondes de plus que les autres, le temps pour eux de se relever et de regarder d'un air courroucé le jeune homme qui les avait mis tous les trois au tapis avant de disparaître sans demander leur reste. Harry de son côté attendit que les curieux se soient éloignés pour reporter son attention sur la jeune fille qu'il venait de sauver, jeune fille qui par ailleurs n'avait pas fait le moindre geste pour s'en aller elle aussi ou même s'intéresser à celui qui l'avait protégé de la brute l'humiliant devant tous ces gens. Dans un geste amical, Harry lui tendit la main pour l'aider à se relever, mais contre toute attente, la réaction de la jeune fille ne fut pas du tout celle à laquelle il s'attendait :

- Laissez-moi tranquille, monstre ! vociféra t-elle en se dégageant d'un geste.

Désarçonné par cette pique, Harry recula de quelques pas en regardant la jeune fille se relever d'elle-même. S'il ne s'attendait pas forcément à des remerciements, il fut néanmoins déçu de voir qu'elle n'avait pas la moindre reconnaissance pour l'aide qu'il lui avait apporté, et l'incrédulité laissa rapidement place à une franche réprobation :

- La moindre des choses aurait été de vous montrer polie à mon égard mademoiselle, dit-il en la regardant d'un air contrarié. J'aurais pu vous laisser vous débrouiller seule et faire face à cette foule moqueuse sans lever le petit doigt, mais en honnête homme que je suis, je ne pouvais laisser ceci impuni.

- Cela m'est complètement égal, répliqua t-elle alors qu'Harry constatait qu'elle parlait avec un accent anglais fort prononcé. Je ne vous ai rien demandé !

La jeune fille se releva totalement, puis après un dernier regard en direction d'Harry, elle prit la direction opposée pour aller se perdre dans l'un des quais de la ville. Sa route s'arrêta toutefois brusquement lorsqu'Harry lui colla volontairement les semelles de ses chaussures sur les pavés de la route, et tandis qu'elle tentait vainement de se dépêtrer de ce problème, lui vint tranquillement à sa hauteur d'un pas léger, satisfait de ce qu'il venait de faire.

- Libérez-moi ! ordonna t-elle en sachant pertinemment qu'il en était l'auteur.

- Pas avant que vous ne m'ayez dit pourquoi vous insinuez que je suis un monstre, répondit-il tranquillement en tournant autour d'elle. Je n'ai pas pour habitude d'être insulté de cette manière, et les malheureux ayant eu cette audace pourront témoigner qu'il vaut mieux avoir une bonne raison de le faire pour ne pas subir l'humiliation d'un duel contre moi.

- Parce que vous seriez prêt à vous mesurer à moi ? se moqua la jeune fille en ricanant. Vous venez de me sauver, et vous souhaitez à présent m'humilier : Où est la logique dans vos dires et vos actes ?

- Il n'y en a pas, tout comme je ne sais point où est la vôtre lorsque vous insultez de monstre celui qui vous tend la main.

Cette phrase fit immédiatement mouche chez elle, et son gloussement se tut immédiatement. Pendant quelques secondes, elle garda parfaitement le silence en n'essayant même plus au passage de se dégager du sortilège d'Harry. Puis, alors qu'Harry pensait qu'elle s'obstinait désormais à rester muette dans l'espoir peut-être qu'il la laisserait tranquille, elle reprit finalement la parole d'un ton cependant très froid et sec :

- Je sais ce que vous êtes, et je ne suis pas la dernière des idiotes, dit-elle en tournant son visage vers lui. Ce que vous avez fait tout à l'heure n'est pas dans les capacités d'un être humain normal, encore moins chez un jeune homme comme vous. Il est impossible de pouvoir parer une arme sans même la regarder et sans même analyser son angle d'attaque lorsque l'on est de dos !

- Gabriel est un soldat expérimenté, contra Remus en s'approchant également. Cela fait cinq ans maintenant qu'il apprend justement à parer ce type d'attaque, sans compter la formation qu'il suit au sein de son académie militaire…

- Laissez-moi deviner…, dit-elle tout à coup en portant la main à son visage pour se tenir le menton. 3ème régiment des cuirassiers ? 7ème régiment d'infanterie de ligne ? 8ème régiment de dragon ?

Son regard, bien que caché par sa capuche, continuait cependant de le détailler de long en large comme une œuvre d'art particulièrement intéressante à analyser. Harry lui n'en menait pas large, car les trois corps d'armée qu'elle venait de citer étaient tous des régiments composés uniquement de sorciers. Cette fille en était donc une ?

- Je sais, dit-elle tout à coup en le sortant de sa rêverie. Le 4ème régiment de Hussard, c'est bien ça ? J'aurais dû me fier plus tôt à la couleur de votre uniforme : Un tel étalage de rouge sur votre pilasse ne devrait pas m'étonner plus que ça.

- Vous en êtes une également, argua Harry en perdant toute envie d'arrondir les angles. Il n'y a bien qu'un vous-savez-quoi pour être à ce point renseigné sur le statut des étudiants et soldats de ces académies.

- Non je ne le suis pas ! répliqua t-elle en haussant le ton. Je hais votre monde et tout ce qu'il représente !

- Je propose que l'on poursuive cette conversation dans un endroit plus tranquille si vous le voulez bien, suggéra Remus.

- Et qu'est-ce qui vous fait penser que je vais vous suivre où bon vous semble ? répondit l'autre d'un ton tout aussi peu courtois qu'auparavant.

- Parce que je suis persuadé que mon filleul serait prêt à vous suivre partout où vous allez en rendant votre promenade aussi difficile que possible tant que vous n'aurez pas répondu à ses questions, dit-il en tournant la tête vers Harry qui lui confirma d'un clin d'œil ses propos.

- Et si je me mettais à crier ? tenta l'autre d'une voix mal assurée.

- Un simple sortilège de mutisme, et vous aurez beau vous époumoner, vous n'aurez comme résultat que de passer pour une folle aux yeux des gens de cette ville, lui répondit Harry en souriant malicieusement.

L'autre fut aussitôt sans voix, et Harry pouvait aisément sentir émaner de sous sa cape une colère viscérale tournée contre lui. Pendant quelques secondes, la fille resta parfaitement muette, les poings serrés le long du corps alors qu'elle pesait le pour et le contre de la situation dans laquelle elle se trouvait. Puis, constatant qu'elle n'avait rien à gagner à s'opposer à lui, elle poussa un long soupir d'abattement alors que toute la pression accumulée dans son être semblait disparaître immédiatement.

- Très bien, souffla t-elle d'un ton las. Je répondrai à toutes les questions que vous souhaitez me poser, mais ensuite je ne veux plus jamais avoir à faire avec vous. C'est compris !?

- Je n'en espérais pas tant, lui certifia Harry en arborant un rictus vainqueur. Souhaiteriez-vous manger un bon repas ? Mon parrain et moi-même allions justement diner dans un charmant petit restaurant qui proposerait apparemment le meilleur bouillon de toute la région !

La jeune fille lui adressa pour toute réponse un simple hochement de tête avant de remarquer qu'Harry sortait de nouveau sa baguette. Bien cachée dans sa manche et dans la paume de sa main, il effectua quelques gestes dans sa direction tout en marmonnant des paroles qui lui étaient incompréhensibles. Un étrange courant d'air glissa alors sur ses chaussures, et un instant plus tard, elle constata avec soulagement que ses pieds étaient de nouveau aptes pour une longue marche. Toutefois, elle prit soin de ne pas le remercier, et après un cours exercice testant la solidité de ses chevilles, elle passa de nouveau devant Harry sans même vérifier qu'il la suivait en direction du centre-ville.

- Pardonnez ma curiosité, mais pourrais-je au moins connaître votre nom mademoiselle ? demanda t-il en la rattrapant pour marcher à ses côtés.

- Je vous le dirai lorsque nous serons arrivés, répondit-elle d'un ton froid. D'ailleurs prenez donc les devants, je ne sais absolument pas de quel restaurant vous parliez tout à l'heure.

Se doutant qu'elle ne dirait rien de plus, Harry entreprit alors de la conduire jusqu'à leur destination en poursuivant une discussion avec Remus dans laquelle ce dernier essayait vainement d'inclure leur nouvelle camarade. Mais celle-ci s'obstinait à les ignorer, à moins qu'elle était trop occupée à faire mine de ne pas voir les regards curieux ou parfois hostiles qu'elle croisait sur son chemin. Harry lui aussi les remarqua sans peine, mais contrairement à ces gens, il ignorait encore pourquoi toutes ces personnes observaient de cette manière cette jeune fille dont le seul tort à ses yeux était d'avoir un très mauvais caractère. Son visage devait probablement en être la cause, mais il jugea bon d'attendre qu'elle le lui montre avant d'avoir l'audace de relever lui-même son capuchon. Comble de malchance, Toulon était de plus en plus animé au fur et à mesure qu'ils s'aventuraient à l'intérieur de la ville, et à présent qu'il était près de midi, les cafés, auberges et restaurants étaient désormais noirs de monde et de clients mangeant goulument les plats qui s'offraient à eux.

- C'est ici, lança alors Remus en s'arrêtant devant un petit restaurant à l'aspect bien sympathique si l'on omettait la tête de mouton fixée au dessus de la porte d'entrée.

Prenant les devants, Harry ouvrit par politesse la porte à la jeune fille tout en lui adressant un sourire sympathique, mais celle-ci ne le gratifia même pas d'un remerciement ou même d'un regard. À l'inverse, elle pénétra dans l'établissement sans se retourner et en direction d'un table au fond de la salle, comme si elle cherchait à se faire la plus discrète possible et disparaître dans le décor.

- Je vais confirmer ma réservation…, l'informa Remus en dardant un dernier regard vers leur nouvelle convive. J'espère que le repas se déroulera mieux que ce que je pressens…

Et sans plus attendre, il s'éloigna vers une jeune serveuse à l'air charmant et dont il gratifia d'une maladroite courbette en guise de présentation. Harry laissa échapper un petit rire à la vue de son maladroit de parrain, puis s'approcha de la table où la fille continuait à vouloir éviter tout contact visuel avec lui. Elle ne sembla même pas remarquer sa venue lorsqu'il s'installa sur l'une des quatre chaises entourant la table, pas plus qu'elle ne parut intéressée lorsqu'il lui demanda si elle souhaitait commander un rafraichissement. Mais loin d'être embarrassé, Harry en profita pour étudier plus en détail les lieux et les clients du restaurant. D'apparence rustique, cet endroit respirait malgré tout la convivialité et la bonne humeur, et des rires pouvaient être fréquemment entendus des multiples tables placées de façon désordonnées ou du comptoir derrière lequel le patron servait d'énormes pintes de bière à des clients au teint déjà rosé par l'alcool. Le tabac régnait en maître à l'intérieur, et pas une table hormis la sienne n'était épargnée par la présence d'un fumeur gratifiant ses camarades de la fumée de sa pipe. Mêlée aux délicieux effluves provenant de la cuisine au fond, le tout laissait une odeur particulière recouvrant l'ensemble de l'unique pièce à vivre et faisait grisonner les murs autrefois blancs de la pièce. Les clients eux provenaient de tous les milieux sociaux de la ville, du simple marin au fonctionnaire distingué en passant par les jeunes filles joliment vêtues et qui gratifiaient les quelques jeunes hommes en mal d'amour de sourires polis les renforçant dans leur idée qu'ils étaient très attirants.

Les minutes s'écoulèrent ainsi dans un silence pesant que ni l'un ni l'autre ne semblait vouloir rompre, bien qu'Harry était tenté de la questionner sur elle ou sur ce qu'elle aimait. Mais se doutant qu'il rencontrerait un mur devant chacune de ses questions, il opta pour la même stratégie qu'elle : L'ignorance. C'est ainsi que les retrouva Remus, et bien qu'interloqué par l'ambiance maussade qui émanait de leur table, il renseigna Harry sur la durée d'attente pour leur repas.

Une ravissante serveuse, à peine plus âgée qu'Harry en vérité, vint quelques minutes plus tard à leur table en disposant devant eux divers couverts en étain et une cruche d'eau ainsi qu'un panier de tranche de pain blanc. Celle-ci adressa au passage à Remus un petit sourire charmeur qui le fit aussitôt rougir jusqu'à la racine des cheveux, mais la bonne humeur de la serveuse sembla disparaître lorsqu'elle posa ses yeux sur la forme voutée et masquée du troisième convive de la table. Sa perplexité ne fit que s'accroitre lorsqu'elle revint quelques instants plus tard avec une énorme marmite dont les délicieux effluves qui s'y dégageaient faisaient tourner de nombreuses têtes sur son passage. Devant l'aspect peu avenant de la jeune fille, la serveuse finit par détaler rapidement, le temps pour elle de servir de généreuses portions de bouillons et de morceaux de perdrix dans chacune des assiettes.

- Quel dommage, il semblait pourtant que tu lui plaisais, remarqua Harry un brin moqueur.

- Un peu trop jeune pour moi si tu veux mon avis, lui répondit son parrain avant de se plonger dans son assiette.

Harry lui-même l'enjoignit quelques instants plus tard, le temps d'une brève prière, mais alors qu'il portait la cuillère à sa bouche, il remarqua que leur invitée elle ne touchait à absolument rien, et surtout, qu'elle s'obstinait à garder sur sa tête cette capuche qui masquait la quasi-totalité de son visage.

- Vous savez, je n'ai point pour habitude de manger en compagnie d'une personne qui ne se découvre pas le visage, l'informa Harry d'un ton détaché. En règle générale, il est inconvenant à l'égard de ses convives de garder son capuchon à table.

- Si cela vous gêne, nous pourrions abréger ce repas et nous dire adieu dès maintenant, répliqua t-elle en accompagnant le geste à la parole.

Cependant, comme elle s'en rendit compte aussitôt, sa cape et les pans de sa robe semblaient à présent collés au siège, l'empêchant de ce fait de pouvoir se lever. Elle ne tenta toutefois pas un instant de forcer les choses en tirant sur ses vêtements, préférant à l'inverse tourner son regard vers Harry qui, bien que ne pouvant le voir, était persuadé qu'elle devait le regarder avec une haine indescriptible.

- Je n'aime pas forcer la main aux gens, mais les circonstances me poussent à le faire, dit-il en souriant malicieusement.

- Vous êtes le pire enquiquineur qui soit, le savez-vous ? contra t-elle d'un ton mauvais.

- Oh mais je n'agirais point ainsi si vous ne me poussiez pas à le faire. Il ne tient qu'à vous pour que ce repas se passe dans les meilleures conditions possibles, mais vous faites preuve d'une telle mauvaise foi que je crains qu'il ne s'éternise inutilement !

Le ton ironique eut l'effet escompté, et si sa convive persistait à faire acte d'une mauvaise humeur constante, elle se montra beaucoup moins prompte à la fuite dans ses gestes, préférant s'attarder sur l'examen approfondi de ses couverts.

Peu désireuse d'ouvrir la bouche, Harry et Remus eux ne s'attardèrent pas là dessus pour engager une nouvelle conversation entre eux, essayant malgré tout de la convier à celle-ci de temps à autre sans qu'elle ne réagisse, et sans même toucher à son repas à vrai dire.

Les minutes défilèrent lentement, ponctuées de longues conversations entre Remus et Harry, mais alors que celui-ci s'engageait dans un nouvel exposé de ses activités scolaires et des dernières frasques de Nicolas sur le champ de tir avoisinant l'académie, la jeune fille consentit à leur grande surprise à retirer son capuchon. Bien que préparé à toute éventualité et malgré ses précautions, Harry ne put s'empêcher alors d'avoir un mouvement de recul devant le visage qu'elle arborait. Jamais encore il n'avait vu une telle chose sur le visage d'une personne, encore moins lorsqu'il s'agissait d'une fille, et la pitié le gagna aussitôt qu'il eut sous les yeux la raison pour laquelle elle s'évertuait à cacher à tout le monde sa figure. Le côté gauche de son visage laissait entrevoir une jeune fille d'environ quatorze ans au teint halé et aux yeux de couleur noisette qui laissait transparaître une certaine vivacité d'esprit et une intelligence obscurcies toutefois par une froideur dont Harry n'était pas coutumier. Son nez long et légèrement pointu lui donnait l'air hautain alors que son visage lui était encadré par d'épais cheveux broussailleux d'une couleur oscillant entre le châtain et le brun. Cette fille aurait pu être jolie, et sa fine bouche aurait pu inciter plus d'un jeune homme à y poser ses lèvres… Mais ça, c'était si l'on faisait abstraction du côté droit de sa tête. Difforme, comme grossièrement moulu dans de l'argile, son crâne semblait avoir littéralement été défoncé par un lourd objet, à moins qu'elle n'ait violemment heurté un mur ou ait chuté d'une hauteur vertigineuse. Des cicatrices zébraient son visage de bas en haut alors que sa bouche de ce côté-là tombait piteusement en laissant apparaître une rangée de dents en aussi mauvais état que le reste. Son œil lui était complètement de travers, la pupille dirigée vers le haut comme si elle tentait de regarder ce qui se passait dans les airs depuis la fenêtre, mais ce qui choqua surtout Harry fut l'absence totale d'oreille de ce côté-là, un détail que la fille entreprit de cacher en positionnant ses cheveux devant le trou ayant pris place à cet endroit.

- Ce n'est pas très joli, hein ? dit-elle d'un ton ironique en rabattant sur son visage son capuchon. Et encore, je ne vous ai pas montré toute la partie droite de mon corps. Même un infirme muni d'une hache émoussée aurait fait un meilleur travail avec un morceau de bois que la boucherie que les chirurgiens ont fait avec mon bras.

Remus, qui avait gardé le silence pendant de longues minutes et avait paru tout aussi horrifié qu'Harry en voyant le visage de son interlocutrice, tenta vainement de prendre la main de la jeune fille dans un geste de compassion, mais celle-ci se dégagea aussitôt de sa poigne de façon brusque en manquant au passage de faire tomber son verre.

- Je n'ai nul besoin de votre pitié monsieur, dit-elle durement à son encontre. Depuis près de trois ans maintenant je vis avec cette tête, et je vois suffisamment souvent la même compassion sur le visage de mes parents pour ne pas avoir besoin que d'autres personnes se mettent également à éprouver ce sentiment à mon égard.

- Je ne voulais pas vous blesser, insista Remus d'un air peiné. Je pensais simplement que vous comprendriez en me voyant que je sais parfaitement ce que vous ressentez en ce moment, et que tout comme vous derrière les cicatrices se trouve un être humain capable de sentiment, un être qui lui est parvenu à surmonter ses angoisses et à faire fi de ses tares pour avancer et faire abstraction du passé. Vous n'êtes pas la seule à plaindre mademoiselle : D'autres comme vous doivent chaque jour vivre avec des problèmes physiques ou psychologiques, et je suis le premier à reconnaître que tout n'est pas simple dans la vie lorsque l'on possède quelques petites cicatrices disgracieuses sur le visage…

- Quelques cicatrices dites-vous ? répéta t-elle en pouffant. Je ne pense pas que nos situations puissent être comparées.

- Ce que mon parrain voulait dire était que…

- Je sais ce qu'il voulait dire, le coupa t-elle d'un ton dur. Mais encore une fois, quelques cicatrices ne peuvent être comparées à une défiguration partielle du visage. Vos cicatrices peuvent être facilement cachées par un bronzage ou un peu de maquillage : Moi non.

Soudainement bavarde, et peut-être aussi gagnée par la faim, leur invitée commença alors à manger le contenu de son assiette sans se préoccuper des regards perplexes que lui lançaient Harry et Remus.

- Mon nom est Hermione Granger, mais je me fais appeler ici Hermine de la Grange pour ne pas éveiller les soupçons sur ma véritable identité, commença t-elle en gardant ostensiblement la tête penchée vers le bas. Mon père est actuellement un artisan reconnu dans la ville pour le merveilleux travail d'horlogerie qu'il exécute depuis notre arrivée dans cette ville. Ma mère quant à elle tient un salon dans lequel elle invite chaque jour des intellectuels, des comédiens ou des écrivains pour l'animer par de longues conversations. Notre situation n'est pas des plus agréables, mais nous n'avons pas à nous plaindre lorsque nous voyons comment vit une grande partie de la population locale.

- Et vous, que faites-vous de vos journées ? s'enquit Harry en remarquant qu'elle évitait ouvertement de s'inclure dans le quotidien de ses parents.

- Moi ? dit-elle avec un petit rire amer. Moi je passe mes journées dans ma chambre à lire, à regarder le temps défiler par la fenêtre et à essayer de me faire la plus discrète possible pour ne pas indiquer aux invités de ma mère qu'une jeune adolescente se trouve actuellement auprès d'eux. Autrefois j'accompagnais mon père chez les malades qu'il soignait du temps où il était médecin à Londres, mais aujourd'hui je lui fais grâce de mon absence dans son atelier. Mon père était un médecin très reconnu et apprécié là-bas, aimé de ses patients et suffisamment bien payé par ces derniers pour nous offrir à ma mère et à moi un relatif confort dans les quartiers aisés de la capitale.

-Alors pourquoi être partis dans ce cas ? lui demanda Remus qui paraissait intrigué par le récit plutôt positif d'Hermione.

Celle-ci ne répondit pas tout de suite à sa question, préférant plutôt savourer le délicieux nectar de sa chope. Puis, une fois son verre posé, elle reprit la parole d'une voix plus froide qu'auparavant :

- Pour une seule et unique raison : Mon visage. Ne croyez cependant pas que j'ai toujours été ainsi. Oh non, il fut un temps où je pouvais me targuer d'avoir un bien joli minois que je n'hésitais aucunement à afficher aux yeux de tous. Mais de biens malheureuses circonstances ont poussé mes parents à quitter notre terre natale pour venir s'installer ici.

- Cette blessure sur votre visage a été causée par un acte magique je présume ? supposa Harry à voix basse. Cela expliquerait l'aversion que vous semblez avoir envers tout ce qui sort de l'ordinaire, et notamment votre réaction suite au duel que j'ai eu contre ces trois hommes…

- Vous êtes intelligent, concéda Hermione en laissant apparaître un fantôme de sourire sur la partie visible de son visage. Effectivement, la raison pour laquelle j'ai aujourd'hui ce visage est que j'ai eu l'immense honneur de pouvoir mettre un jour les pieds dans votre monde, et sachez bien qu'aujourd'hui je le regrette profondément.

À nouveau, Hermione marqua un temps de pause volontaire en se replongeant cette fois-ci dans le contenu de son assiette. Sa pelletée était légère, mais elle prit un soin particulier à faire durer le suspens en mastiquant longuement le morceau de perdrix qu'elle venait d'enfourner.

- Il y a toujours eu des choses bizarres autour de moi, des phénomènes que nous étions incapables d'expliquer, reprit-elle une fois sa viande avalée. Cela arrivait généralement lorsque j'étais très en colère ou quand j'étais surprise par quelque chose. Des objets se mettaient soudainement à exploser, à voler dans la pièce ou à s'animer sans raison apparente. Mes parents ont cru pendant longtemps qu'un esprit nous tourmentait et qu'il semblait avoir une préférence pour moi, aussi ont-ils cru bon de faire appel à de nombreuses reprises à des spécialistes des phénomènes inexpliqués. Autant vous dire qu'il s'avérait au final qu'ils n'étaient que des charlatans, mais nous ne le découvrions que bien plus tard lorsque tout recommençait. Et puis un jour, j'ai reçu cette fameuse lettre, la même qui était envoyée à tous les nouveaux élèves de Poudlard. Apprendre que j'étais une sorcière et que j'étais invitée à intégrer une école de magie m'avait au départ effrayé, mais cela répondait également aux nombreuses interrogations que j'avais en tête quant aux bizarreries qui m'étaient arrivées jusqu'à ce moment là. Mes parents ont été tout aussi choqués que moi à la lecture de cette lettre, d'autant plus qu'à notre connaissance il n'y a jamais eu de sorcier ou sorcière dans notre famille, et nous avons même cru à une mauvaise blague de la part d'un des pauvres malheureux ayant eu l'immense honneur d'assister un jour à l'un de mes accidents magiques. Mais lorsque Mcgonagall est venue nous voir et m'a prouvé que la magie existait réellement, qu'elle n'était pas un mythe et que cela ne faisait pas de moi un monstre, j'ai finalement accepté mon statut de sorcière et accepté l'offre qui me tendait les bras pour embrasser une carrière à laquelle je n'aurais jamais songé.

- à quoi vous prédestiniez-vous au départ ? ne put s'empêcher de demander Remus.

- Je voulais être médecin comme mon père, mais il y avait peu de chance pour que cela arrive, avoua t-elle pensivement en jouant avec son verre. Les écoles de médecine n'acceptent pas dans leur rang des femmes en tant qu'étudiantes, et le mieux qui pouvait s'offrir à moi était d'être une sage-femme. Je pense que j'aurais pu finir comme ma mère, femme au foyer se lançant dans la création d'un club de lecture ou un salon de thé regroupant d'importantes personnalités de notre société afin de discuter des dernières actualités du pays et du parlement britannique. Mais Poudlard a remis en cause ce destin si j'ose dire, car en détaillant les nombreuses possibilités de carrière qu'offrait le monde magique, j'ai vu avec étonnement que l'on pouvait également devenir médecin chez les sorciers.

- Un médicomage oui, confirma Harry en hochant sa tête. Ma mère voulait également le devenir, mais ma naissance et celles qui sont arrivées par la suite ont reporté à plus tard ce choix de carrière. Il faudrait d'ailleurs lui demander si cela lui tient toujours à cœur, ajouta t-il en se tournant vers Remus. Maintenant que Marie-Rose et moi sommes suffisamment âgés, elle pourrait essayer de reprendre ses études, même par correspondance…

- C'est une idée…, marmonna Remus d'un ton distrait.

- Toujours est-il que je ne voyais aucun inconvénient à prendre un autre chemin que celui qui se prédestinait pour moi, et mes parents, loin de se montrer effrayés, m'ont au contraire encouragé dans cette voie en m'accompagnant dans toutes les démarches que je lançais comme l'ouverture d'un compte à Gringott's... Avant d'intégrer Poudlard, je souhaitais également en savoir davantage sur votre monde et ce qu'il pouvait m'apporter afin de ne pas être prise au dépourvu lorsque je rencontrerai d'autres sorciers. Les perspectives de carrière ont été mes premières lectures car je ne voulais pas entrer dans un univers où les femmes n'avaient que peu d'avenir devant elles. J'ai d'ailleurs été agréablement surprise par tout ce qui s'offrait à moi ! S'il y a bien un point sur lequel les sorciers sont en avance sur les moldus, c'est bien à ce niveau là. J'ai également voulu en apprendre plus sur l'histoire des sorciers, sur la magie en elle-même et ses multiples dérivés, mais également sur l'actualité de votre monde et connaître l'opinion des sorciers sur des évènements concernant pourtant les moldus. Cela m'a permis en outre de me renseigner sur le système politique en place dans votre communauté mais aussi sur les guerres que vous meniez jusqu'alors et les individus célèbres qui se distinguent au beau milieu de tout ce monde. Le professeur Dumbledore revenait fréquemment dans toutes les discussions que j'ai pu entendre lorsque je suis allé pour la première fois sur le chemin de Traverse, mais il y avait également un autre nom qui était très souvent prononcé : Matthew Potter.

Les deux derniers mots leur avaient presque été crachés au visage, et le dégoût était clairement perceptible dans sa voix. Si Harry éprouvait des sentiments relativement similaires à l'égard de son petit frère, jamais encore il n'avait entendu quelqu'un exprimer autant de haine à son égard. Ainsi donc cette fille connaissait son frère ? La chose en elle-même ne l'étonnait pas vraiment, mais pour en venir à parler de lui de cette façon, il était clair qu'elle avait dû d'une façon ou d'une autre être en contact rapproché avec lui Leur âge correspondait en tout cas, mais Harry, plutôt que de se laisser aller à lui poser les dizaines de questions qui fourmillaient dans sa tête à mesure que la curiosité le poussait à en savoir plus sur son petit frère, préféra au contraire feindre l'ignorance et tenter de l'influencer indirectement pour collecter les informations qu'il jugerait utiles à ses yeux :

- Matthew Potter…, marmonna t-il distraitement en pianotant sur la table. Ce nom ne me dit absolument rien… Vous êtes certaine que cette personne est célèbre ?

- Peut-être pas dans ce pays-ci, mais je peux vous assurer qu'au Royaume-Uni, il ne passe pas une semaine sans qu'il ne soit cité dans la rubrique des faits divers, lui affirma Hermione d'un ton sec. Cet imbécile… Si les gens le côtoyaient juste une journée, ils se rendraient rapidement compte qu'il n'est pas du tout le garçon parfait que l'on s'obstine à dépeindre dans les journaux !

Harry réprima l'envie de le lui confirmer, mais surtout, il se rendait compte que loin de l'avoir changé en bien, le départ d'une partie de sa famille n'avait rien arrangé dans le caractère de son petit frère : Peut-être que certaines personnes ne peuvent pas se remettre en question et évoluer positivement après tout.

- Et qu'à donc fait ce garçon pour être si extraordinaire aux yeux des anglais ? s'enquit-il d'un ton faussement curieux. Il est étonnant que personne ici ne connaisse son nom alors qu'il est de nature aux anglais de constamment se vanter de leurs illustres personnalités.

- Il aurait éliminé le plus terrible mage noir qu'ait connu le monde magique depuis Grindelwald, répondit-elle sur le ton de la conversation. Entre nous j'ai beaucoup de mal à le croire, je veux dire : Comment un enfant d'à peine un an peut vaincre un sorcier beaucoup plus âgé que lui ? Cela parait invraisemblable lorsque l'on s'y intéresse de plus près, d'autant plus que généralement, les premiers signes de magie se déclarent vers quatre ans ! Je n'aurais pas été aussi dubitative si Matthew avait fait preuve d'un quelconque talent magique les quelques semaines où je l'ai connu, mais en dehors d'une certaine habileté à piloter un balai volant, il n'a vraiment rien prouvé.

- C'est étonnant oui, confirma Harry. Personne ne s'est jamais demandé pour quelle raison ce garçon semble si ordinaire ? Étant donné le portrait que vous dressez de lui, on ne peut point dire qu'il puisse être capable de vaincre un mage noir…

- Comme si cela les intéressait ? maugréa Hermione en ricanant. La nuit où Voldemort a été vaincu, il n'y avait que lui et sa mère inconsciente dans la pièce, alors les gens n'ont pas cherché plus loin et lui ont décerné le surnom de « survivant » sans vérifier qu'il l'était réellement. Maintenant tout le monde s'extasie sur lui, se prosterne presque sur son passage et pense à tort que chacune de ses paroles vaut amplement celles des plus hautes instances de la communauté magique. Ce garçon pourrait aussi bien dire qu'une certaine personne est un disciple de ce mage noir que ces idiots le croiraient aussitôt. Vous n'avez pas idée de la vénération que les sorciers anglais ont pour lui… C'en est presque maladif.

Soupirant, Hermione marqua de nouveau un temps de pause en terminant de manger le contenu de son assiette sous l'œil de ses deux compagnons de table. Pas un ne prononçait le moindre mot pour lui faire reprendre son récit, mais la perspective d'en apprendre davantage sur ce qui se déroulait à Londres et à Poudlard de la bouche d'une parfaite étrangère valait tout de même bien la peine d'attendre encore qu'elle daigne continuer de parler. Hermione elle ne semblait pas remarquer leur intérêt évident pour elle, et contrairement au début de leur repas, elle semblait à présent disposée à leur raconter son histoire sans le moindre à priori, comme si narrer tout ceci à des inconnus lui procurait un bien fou. En tout cas, elle ne perdit pas de temps pour discuter à nouveau dès l'instant où elle reposa sa cuillère :

- Comme je vous l'ai dit, j'ai eu l'occasion de rencontrer ce garçon lorsque je suis allée à Poudlard. Nous avions le même âge, mais nous n'étions pas du même milieu. Je pensais cependant que cela ne ferait aucune différence, et tous les récits que j'ai pu lire sur lui à travers les livres que j'ai achetés m'ont donné l'illusion qu'il pourrait être sympathique et d'une grande gentillesse… Quelle idiote j'ai pu être !

Hermione partit alors dans un grand éclat de rire qui fit tourner au passage de nombreuses têtes vers eux. Mais cette soudaine attention n'avait pas l'air de la contrarier puisqu'elle n'y fit même pas attention Tout juste eut-elle le soin de fusiller du regard le malheureux assis à la table juste à côté.

- Je n'ai jamais rencontré un garçon aussi mal élevé, dit-elle d'un ton acide. Imbu de sa personne, prétentieux, grossier et méchant, il n'a absolument rien pour plaire, sans parler de l'embonpoint qui lui faisait prendre deux sièges dans le compartiment du carrosse qui nous conduisait à Poudlard. À ses yeux, personne ne valait mieux que lui, et sa plus grande joie était de prendre les gens de haut et de leur montrer à quel point ils n'étaient rien de plus qu'un étron sur lequel il aurait marché. Notre première rencontre ne s'est absolument pas bien déroulé, même si je dois l'admettre, je n'ai pas été agréable non plus : J'étais tellement excitée à l'idée d'intégrer Poudlard et de le rencontrer que j'ai pu donner l'impression d'être collante ou même trop curieuse… Mais s'il y a bien un point sur lequel Matthew ne déroge jamais, c'est sur la rancune tenace qu'il peut porter contre quelqu'un. Au cours des semaines qui ont suivi, je suis devenue en quelque sorte sa… souffre-douleur.

- Que voulez-vous dire ? Il vous a fait du mal ? s'enquit aussitôt Harry d'un ton soucieux.

- Pas vraiment, dit-elle d'une voix polaire. Ce n'est pas de la violence physique comme vous pouvez le penser mais plus des mots insultants qui ont été portés contre moi. On ne sous-estime que trop la violence que les mots peuvent avoir contre quelqu'un, surtout lorsque ces mêmes mots sont dit à longueur de temps…

Tout en parlant, Harry remarqua qu'elle serrait à présent sa chope si fermement qu'il pouvait entendre le métal grincer dangereusement dans sa main. Mais il n'eut pas le temps de lui dire qu'elle n'était pas obligée de poursuivre son récit qu'elle reprenait déjà la parole :

- Au fil du temps, ces insultes se sont transformées en provocations et moqueries en tout genre. Matthew appréciait grandement de m'humilier, surtout lorsqu'il y avait beaucoup de monde autour de nous car personne n'osait prendre partie contre lui. Il arrivait même que les serpentards le soutiennent car il n'y avait rien de plus beau à leurs yeux que de voir le célèbre Matthew Potter s'en prendre à une née-moldu comme moi. Ce statut de souffre-douleur a fait que personne n'osait être mon ami, même dans ma propre maison… Quant aux professeurs, aucun n'osait faire état auprès du directeur des agissements de Matthew à mon égard ou sur n'importe quel autre élève. On aurait presque dit qu'ils le craignaient, ou alors qu'ils craignaient de déplaire à Dumbledore en dénigrant son élève préféré. Alors la plupart du temps, ils fermaient les yeux sur ce qu'il faisait et ne venaient que très rarement en aide à l'élève brutalisé. Matthew pouvait alors faire absolument tout ce qu'il voulait à Poudlard sans jamais craindre d'être grondé, mais il se gardait bien de faire ce qu'il faisait dans les autres cours dans celui du professeur Rogue : Cet homme était probablement le seul de toute l'école à voir cet imbécile tel qu'il était, et si j'étais la victime toute désignée de Matthew, lui était celle de notre professeur de potions.

Ne l'ayant jamais connu autrement que par les critiques de James et Sirius, Harry trouva soudainement beaucoup plus d'intérêt à ce professeur de potions qu'auparavant : Si lui seul tenait tête à Dumbledore et Matthew à Poudlard, il pourrait peut-être à l'avenir s'avérer utile si dans un avenir proche Harry décidait d'un plan à leur encontre et nécessitant un collaborateur se trouvant au plus près de ses cibles. Encore fallait-il établir un contact avec cet homme, et de ce qu'il en savait, ce Severus Rogue n'était pas du genre à offrir ses services au premier venu surtout lorsqu'il ne le connaissait pas.

- Combien de temps cela a-t-il duré ? lui demanda soudainement Remus en extirpant Harry de ses pensées.

Hermione parut alors considérablement se renfrogner, et la durée d'attente pour une réponse de sa part leur parut immense avant qu'elle ne souffle du bout des lèvres les mots qui lui semblaient difficile à sortir :

- Deux mois…, répondit-elle en se cachant de nouveau derrière son capuchon. Deux mois de souffrances continuelles, d'humiliations plus avilissantes les unes que les autres, à supporter les critiques et les moqueries en faisant profil bas et à longer les murs en essayant de disparaître aux yeux des gens. J'avais l'impression que c'était dans la nature des sorciers de s'en prendre ainsi aux gens qui étaient différentes d'eux, à ceux qui n'avaient pas eu l'immense honneur de faire partie d'une famille de la magie, ceux qui avaient eu le déplaisir de déplaire à la vedette en chef de l'école… Personne ne me venait en aide, ne cherchait à comprendre ce qui pouvait bien me tracasser ou l'origine du mal-être qui m'habitait… J'étais toute seule pour affronter ce monde inconnu rempli de gens mauvais ou sans la moindre once d'humanité… Ce que vous avez vu tout à l'heure sur le port n'était qu'un spectacle que j'ai souvent connu à Poudlard et dans lequel je tenais le premier rôle… Et puis… Il y a eu cette journée de Samain…

Un frisson sembla la parcourir entièrement, alors que sa voix prenait soudainement un ton plus aigu donnant l'impression qu'elle muait. Harry et Remus se regardèrent brièvement devant ce soudain changement de comportement, mais par égard pour Hermione, aucun ne prit la peine de lui demander de poursuivre son récit pour lui laisser le temps d'assembler suffisamment de courage pour le faire.

- Ce jour là, j'ai eu une nouvelle altercation avec Potter au sujet de nos leçons et du fait que je n'avais pas d'ami. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais cette fois-ci l'émotion a été trop forte et je n'ai pas supporté cette vérité. Je me suis alors enfuie dans les toilettes et j'y ai passé toute la journée à pleurer et à me demander s'il ne fallait pas mieux pour moi retourner chez moi et m'éloigner du monde magique… En début de soirée, je me suis finalement décidée à sortir de la cabine dans laquelle je me suis réfugiée pour retourner au dortoir de Gryffondor. J'avais auparavant entendu la porte du couloir s'ouvrir assez violemment, mais j'ai davantage pensé à ce moment là qu'il pouvait s'agir d'une élève particulièrement pressée de se soulager. Mais lorsque je me suis retrouvée nez à nez face à un troll des montagnes, j'ai rapidement regretté d'avoir passé la journée dans cet endroit…

- Un… Un troll des montagnes ? répéta d'un ton incrédule Harry. Vous voulez dire qu'une telle créature se baladait paisiblement dans Poudlard au beau milieu des élèves ?

- Il ne faisait pas que se balader, dit-elle d'un ton ironique. Oh non, il s'amusait aussi à tout détruire sur son passage, et comme vous pouvez le voir, il a follement apprécié jouer avec moi. Je n'ai aucun souvenir de cette soirée après son entrée dans les toilettes, mais compte tenu du résultat sur mon corps, je pense qu'il vaut mieux ne pas s'en rappeler.

Un frisson parcourut son corps au même moment alors que malgré elle, une brève image du troll lui revint en mémoire.

- Je me suis réveillée quelques jours plus tard dans une chambre d'hôpital, Sainte-Mangouste je crois que ça s'appelait…, poursuivit-elle d'un air distrait, comme plongée dans son souvenir. Ma tête était couverte de bandages et je n'arrivais plus à bouger toute une partie de mon corps… Vous n'imaginez pas la peur que j'ai eue à ce moment là ! J'ai cru que j'allais être impotente pour le reste de ma vie ! Et puis la vérité m'est apparue quelques jours plus tard lorsque mes parents se sont inquiétés de l'état dans lequel je me trouvais. Le médecin était parvenu à me rendre l'usage de mes membres même s'il me fallait d'après lui des mois de rééducation. Mais pour mon visage… C'est tout de même étonnant d'être capable de faire repousser des os après les avoir supprimé mais ne pas être capable de redonner à quelqu'un son apparence d'origine !

Un petit rire cristallin sortit de sa bouche devant l'ironie de sa situation, et Harry ne pouvait être que d'accord avec elle : La magie pouvait faire des choses extraordinaires, mais elle ne pouvait pas tout, même des choses que l'on penserait dérisoires.

- Alors mes parents ont ordonné aux médicomages de terminer aux plus vite les derniers traitements à faire afin de me ramener à la maison. Mon père leur a assuré qu'il s'occuperait personnellement de mon cas puisqu'il est lui-même médecin, mais il a aussi assuré que ce serait la dernière fois que l'on mettrait les pieds dans le monde magique, que la magie ne nous a rien apporté d'autre que malheur et tristesse, qu'il regrettait à présent d'avoir écouté le professeur McGonagall et d'avoir accepté mon inscription à Poudlard… Le personnel de Sainte-Mangouste a bien tenté de le dissuader de faire une chose pareille, que mon avenir n'était pas brisé et qu'ils pourraient m'aider à me remettre sur pied, il n'a rien voulu entendre, et une semaine après mon admission dans cet hôpital, j'ai retrouvé mon foyer. Nous ne sommes restés que quelques mois à Londres, puis mes parents ont pensé qu'un changement d'air me ferait du bien et qu'il n'y avait rien de mieux pour se remettre en forme que les côtes méditerranéennes. Mon père avait quelques relations ici, c'est la raison pour laquelle nous avons choisi de venir y vivre en pensant que le sud de la France serait l'endroit idéal pour commencer une nouvelle vie, et je dois avouer que ce n'est pas si désagréable en effet, sauf si l'on excepte les imbéciles comme tout à l'heure qui s'amusent de mon handicap.

A nouveau, Harry sentit le regard dur d'Hermione le transpercer comme une lame que l'on s'amuserait à remuer dans une plaie. Raviver ces souvenirs lui était pénible, et le fils de Marie-Louise pouvait aisément le sentir au point d'en regretter de lui avoir forcé la main pour expliquer son étrange comportement. Vu comme cela, il pouvait comprendre la réticence d'Hermione en ce qui concernait la magie et sa haine farouche pour celle-ci, mais malgré tout, sa conscience elle lui soufflait qu'il était injuste d'en vouloir à tout ce qui avait attrait à la magie en raison d'une personne, quand bien même celle-ci s'avère être son propre frère.

- Vous comprendrez facilement désormais que j'abhorre tout ce qui concerne votre foutu monde, et qu'il me serait fort agréable de ne plus avoir à faire avec qui que ce soit lié de près ou de loin à celui-ci, que ce soit Albus Dumbledore, Matthew Potter ou même vous, confirma t-elle d'un ton froid qui eut le don de lui hérisser les poils de son corps.

- Je… Je suis désolé de vous avoir poussé à raconter cette triste histoire, s'excusa d'un ton navré Harry. Je n'aurais point dû vous forcer de la sorte…

- Aucun problème, le coupa Hermione en levant la main pour le faire taire. Je suis bien contente en vérité de vous l'avoir dit, je n'en ai encore eu l'occasion et cela fait du bien. Mais entendons-nous bien sur un point : Ceci est notre première et dernière conversation.

Harry la regarda pensivement, puis soudainement, une idée lui vint en tête. Tandis que sa main fouillait dans sa poche à la recherche de quelque chose, son autre main elle s'était discrètement munie de sa baguette magique. Quelques secondes plus tard, il ressortit finalement de son pantalon un morceau de papier qu'il réduisit d'un coup de baguette, puis, il fit voltiger le bout de sa baguette sur la feuille de parchemin, une écriture fine y apparaissant immédiatement pendant qu'il inscrivait quelques mots sur son support.

- Ceci est l'adresse de mon domaine, expliqua t-il sous les yeux d'une Hermione étonnée par son comportement. Si vous disposez d'une cheminée ou si vous connaissez un endroit où vous pourriez utiliser de la poudre de cheminette, n'hésitez pas à venir chez nous. Mère saura peut-être vous rendre service, mais surtout vous rendre raison.

- Que diable pensez-vous…

- Vous avez un don Hermione, la coupa t-il en élevant légèrement la voix. Cette magie, que vous le vouliez ou non, fait partie de vous, et vous ne pouvez l'ignorer. C'est un don précieux qui vous permettrait de faire de grandes choses, mais surtout qui vous rend différente des autres. Maîtrisez-là, domptez-là, ne la rejetez pas et vous comprendrez ce que je veux vous dire… Si le Seigneur dans sa grande bonté nous a donné ces pouvoirs, ce n'est pas par pur hasard ou amusement mais bien pour les employer à construire un monde meilleur, un monde où chacun puisse vivre en paix, sorcier comme moldu, à voir au-delà des inégalités qui déchirent toujours nos sociétés et provoquent ces guerres incessantes qui causent tant de douleurs. Vous pourriez faire de grandes choses avec votre magie mais vous ne le savez pas, ou plutôt vous vous refusez à le croire. Pensez à ce que vos pouvoirs pourraient vous apporter ainsi qu'à vos proches, pensez aux opportunités qui s'offrent à vous ! Vous vouliez être médecin, n'est-ce pas ? Ne pensez-vous pas que concocter des potions médicinales puissent vous être plus utile dans cet objectif que de pleurer sur votre sort ? Moi je le pense, et surtout je le dis. Alors non Hermione, ne gaspillez pas votre don en le bridant.

Harry se releva de son siège, puis tout en fouillant dans sa poche à la recherche de sa bourse qu'il sortit quelques instants plus tard, il fit tomber sur la table une généreuse quantité de pièces moldus que son parrain refusa vainement, arguant que c'était à lui de payer. Mais son filleul ne l'entendit pas de cette oreille, et après avoir tendit son morceau de papier qu'Hermione consentit à prendre, il la salua d'une respectueuse inclinaison de la tête avant de sortir, Remus sur les talons.

- N'oubliez pas Hermione : Vous n'êtes pas seule, et une main sera toujours tendue à celui ou celle qui le réclame, lança t-il tout de même juste avant de sortir.

Les mots furent entendus de tous, et un silence assourdissant accompagna ces paroles alors que les autres clients regardaient alternativement l'entrée du restaurant et la silhouette encapuchonnée assise dans un coin de la salle. Hermione elle regarda encore un long moment le morceau de papier qu'elle tenait entre ses mains, perdue dans ses pensées alors qu'elle faisait le pour et le contre de cette proposition soudaine. L'écriture élégante la surprit comme elle ne s'attendait nullement à découvrir que l'on pouvait écrire avec une baguette magique. Mais ce furent surtout les mots qui l'interpellèrent, chaque lettre, chaque syllabe, chaque son étant pour elle comme une invitation ou même un étendard lui annonçant qu'un espoir existait, qu'il était à portée de main et qu'elle pourrait se sortir de la situation dans laquelle elle se trouvait… Mais cela, c'était avant qu'elle le fasse bruler. Le morceau de bois qu'elle cachait dans sa manche depuis tout ce temps fut à peine sorti qu'elle le guida en direction du papier, et après avoir marmonné un «incendio », elle réduisit en cendre cette porte ouverte vers l'échappatoire qu'était cette proposition. Non, personne ne pouvait l'aider, et encore moins un sorcier. Hermione préférait encore demander aide et conseil à la dernière des ordures plutôt que de se fier à l'avis d'un sorcier, et même si elle possédait toujours une baguette magique, jamais plus elle ne voulait avoir à faire avec eux.

Sans un regard sur le tas de cendres à présent crée par ses soins, elle se releva puis sortit sans un bruit du restaurant, sa silhouette disparaissant au coin d'une rue, tournant définitivement le dos à l'occasion inespérée qui s'était présentée à elle.


A/N : Donc voilà ! Chapitre bouclé et première apparition d'Hermione ! Honnêtement j'adore le nom français que je lui ai donné, ça sonne à la fois comme un nom noble mais également champêtre xD.

Je ne sais pas encore si je vais la refaire apparaître dans la fiction, mais j'avais en tête depuis longtemps ce passage et cette rencontre inopinée entre elle et Harry. Bon d'accord, elle aurait pu mieux se passer, mais qui sait ce que l'avenir lui réserve ? En tout cas je suis plutôt vache avec elle hein : Ce n'est pas que je n'aime pas ce personnage, mais je ne la voyais pas ressortir de sa rencontre avec le troll sans dommage !

Sinon comme vous l'avez vu au début du chapitre, la guerre est là ! Harry part bientôt pour les combats, mais pour cela il me faudra d'abord finir de lire le livre sur Napoléon que j'ai commencé et en particulier le chapitre sur Austerlitz ^^.

également avant que je n'oublie, comme la profession de dentiste n'existait pas à l'époque (du moins je crois, je me rappelle que c'est un médecin qui avait fait office de dentiste pour Louis XIV mais qui au lieu de lui arracher deux dents de sagesse lui a carrément arraché un morceau de mâchoire !), j'ai opté pour le médecin pour Monsieur Granger, et comme c'était un emploi relativement bien vu, j'ai pensé à juste titre qu'Hermione devait par conséquent être issue d'une bonne société (Peut-être pas aussi riche que Malefoy en terme de fortune personnelle, mais en tout cas bien au dessus des Weasley ^^).

Quant au pourquoi le sud de la France, j'ai repensé à la promenade des anglais à Nice et je me suis dit que cette partie de la France avait toujours eu un certain succès auprès de nos voisins britanniques : J'ai opté pour Toulon pour me détacher un peu de ça, mais l'idée de départ reste la même.

J'ai l'impression d'oublier encore une fois de vous parler de certaines choses, mais bon si cela me revient, je les mettrai ici.

Le prochain chapitre ne sortira pas avant quelques temps, mais je ferai encore durer un peu le suspens ^^.

Sur ce, à bientôt !