Salut à tous ! Pour une fois, je suis à peu près dans les temps !

J'espère que vous allez bien ? Pour ma part j'ai terminé mes examens depuis environ deux semaines, et je devrai normalement savoir demain vers 14/15H si je passe enfin en Master Métier de l'Historien ^^. Pour le moment, bah on peut considérer que je suis en vacances xD.

Le léger retard de publication s'explique d'ailleurs par les révisions de dernière minute (du moins de derniers jours plutôt) que j'ai faites avant ces fameuses épreuves, et pour le moment j'en ai réussi 4 sur 10 (j'ai pour le moment raté l'anglais, mais avec un prof qui exige le mot pour mot et qui te barre ta réponse si celle-ci ne lui convient pas (même si tu dis exactement la même chose mais d'une différente manière), c'était certain que pour quelqu'un comme moi qui ne révise jamais complètement ses cours, ça allait être raté).

Pour ce qui est de mon ordinateur "cassé", disons que je n'avais pas envie d'investir dans des réparations pour un vieux tas de ferraille qui s'éteignait de lui-même si j'avais le malheur de le débrancher cinq minutes ou qui n'arrivait même plus à avoir les mises à jour de Google Chrome. J'ai réessayé de le faire fonctionner en utilisant les quelques astuces et recommandations que vous m'avez données mais il doit être complètement foutu (même le relier avec un câble HDMI à un écran ne fonctionnait pas). Donc pour la récupération des chapitres, bah disons très franchement que c'est mort. Merci en tout cas pour vos remarques !

Trêve de bavardages inutiles, passons maintenant à ce nouveau chapitre : C'est tout simplement la suite directe du précédent (logique vu son titre) ! Pour ceux qui réclamaient de l'action, vous allez être servis. Par contre, je tiens à préciser une petite chose : La bataille d'Austerlitz a duré presque toute une journée, sur un espace assez large et avec des mouvements de troupes différents selon leur placement d'origine ; Autant vous dire que je n'ai pas tout décris fort heureusement. Il n'y avait en fait pas beaucoup de sources sur le déroulé du combat heure par heure (voire pas du tout), seulement quelques bribes par-ci par-là, alors l'essentiel de ce qui est couché dans ce chapitre est de l'improvisation et de l'invention pure (ne le prenez donc pas totalement au sérieux). Pour vous aider, vous pouvez toujours aller sur google ou même sur Wikipedia pour voir un peu comment se faisaient face les deux armées et comment elles se sont déplacées pendant la bataille.

Encore merci à ceux qui ont laissé un commentaire, ça fait toujours plaisir, surtout que là j'aborde vraiment le moment qui me tenait à la fois le plus à coeur et qui est probablement le plus difficile à écrire de cette fiction ! Je vous répondrai comme d'habitude dans quelques jours, ou peut être quelques heures si mon flegme ne m'a pas encore emporté !

Loupiote54 : Merci pour ton commentaire ! Effectivement, on pourrait presque croire que je me suis appliqué (alors qu'en fait c'est uniquement selon le bon vouloir de ma motivation ^^).

Yaoipowa : Merci pour ton commentaire ! Effectivement ta solution ne fonctionne pas, mais c'est gentil de l'avoir proposé !

calaway : Merci pour ton commentaire ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira !

Loise Florent : Comme pour les autres, merci pour ton commentaire ! Je dois admettre ne pas être d'accord avec toi sur le premier point, même si peut-être que c'est un aspect propre à tous les autres de ne pas se trouver exceptionnel dans son écriture ^^. Effectivement, ce chapitre permet de se demander si Harry pourrait ou non participer au futur conflit se déroulant en Grande bretagne, et même de s'interroger si il pourrait se battre contre père, son frère et Albus en rejoignant dans le pire des cas Voldemort, ou si un troisième camp se formerait avec lui à sa tête. Tout est possible, mais ça nous permet d'une certaine manière de se mettre dans la position de notre jeune héros. En ce qui concerne l'Histoire, dernièrement je me suis rendu compte que les gens qui me lisent ne sont tout comme toi pas au fait de l'histoire de France et qu'il fallait que j'arrête d'être trop descriptif ; Je vais plutôt rester sobre dans le développement du contexte de sorte de rester compréhensible et ne pas transformer cette histoire en un cours d'Histoire ! Quant à ta dernière question, non ça ne me dérange absolument pas !

Une dernière petite information, en soit inutile, mais que j'oublie tout le temps de mentionner (j'aurais dû le faire il y a bien longtemps), c'est que Harry a comme nouvelle identité Gabriel de Bourbon (+ ses titres de noblesse), mais que dans toute la fiction, je continuerai à l'appeler Harry.

Sur ce, et bien que j'ai encore l'impression d'oublier de dire quelque chose, je vous souhaite une bonne lecture !

PS : J'ai corrigé une première fois ce chapitre, mais j'ai toujours des doutes sur certaines liaisons grammaticales ; Si vous en repérez, n'hésitez pas.


Si Harry avait espéré dormir autant que ses camarades pour se tenir fin prêt pour la bataille, les circonstances en voulurent autrement, et à peine trois heures plus tard, il dut se rendre à l'évidence que la mobilisation entamait son ultime étape. Fatigué, engourdi par le froid et par la sieste qu'il venait de faire, passablement éreinté depuis le sermon de Pajol sur le temps qu'il mettait à sortir de son lit de camp et l'état de son uniforme qu'il avait oublié d'enlever en partie pour dormir, tout cela n'avait cependant plus la moindre importance depuis qu'il avait été envoyé en mission par son supérieur. L'attente avait été longue, sa patience mise à rude épreuve tout comme ses nerfs, mais à présent, Harry avait de quoi sourire pour la première fois depuis qu'il avait quitté sa France natale, et il ne se passait pas une seconde sans qu'il ne pense intérieurement à la joie qu'il éprouvait de pouvoir enfin montrer de quoi il était capable.

Cependant pour l'adrénaline, il fallait encore attendre, même si les ennemis n'avaient jamais été aussi proches de lui qu'en cet instant. Un poignard en main, il s'activait pour l'heure à tracer une énième croix sur l'écorce d'un arbre choisi au hasard comme tous ceux qui avaient auparavant fait les frais de sa lame. Son geste, à première vue anodin et que chacun pouvait déterminer comme étant le résultat d'un possible ennui le gagnant, avait toutefois une tout autre signification que celle de tracer des X sur du bois ; Ses deux coups de lame effectués, il s'ouvrit ensuite volontairement la paume de la main de manière suffisamment profonde pour laisser couler librement son sang qui tombait par gouttes régulières sur le tapis de feuilles mortes sous ses pieds, et plaçait ensuite cette même paume sur le symbole qu'il venait de tracer. De son autre main, Harry pointa sa baguette magique sur la première et l'apposa délicatement sur elle. Ses compagnons le regardèrent faire en silence, certains scrutant les environs à la recherche d'un potentiel adversaire, mais les autres eux semblaient captivés par ce qu'il faisait, les yeux ne quittant jamais le moindre de ses mouvements et pour certains s'écarquillant lorsqu'une nouvelle fois, une lumière bleuâtre s'échappa de sa baguette pour illuminer un court instant la clairière.

- La balise est prête ? S'enquit Vanhoeven en observant comme les autres les agissements de son jeune accompagnateur.

- Presque, répondit simplement Harry en se concentrant sur son travail, les yeux désormais clos.

Ce geste, il l'avait peut-être effectué une cinquantaine de fois depuis plus d'une heure, mais il s'étonnait encore de constater qu'il était bien l'un des rares à savoir le faire. Sa rune de détection dans laquelle il insufflait une mince quantité de magie suffisante pour l'avertir du passage d'un individu à proximité n'avait pourtant rien de compliqué, mais elle nécessitait un contrôle absolu de sa magie brute et une concentration de tous les instants, deux choses que le commun des mortels n'arrivait généralement pas à effectuer ensemble. Le seul défaut de celle-ci était qu'elle ne permettait pas d'avertir de l'identité de la personne ou de la chose qui traversait l'écran de magie invisible se créant par la liaison entre l'une de ces runes et la plus proche d'elle, aussi fallait-il palier cela en la gravant sur l'écorce d'un arbre en l'inscrivant à hauteur d'homme, voire à hauteur de cheval.

À première vue, cette mission semblait ridiculement simple et ne consistait qu'en un travail de repérage afin d'alerter l'état-major du moindre mouvement suspect de l'ennemi pour que celui-ci puisse prendre les mesures adéquates. Mais à dire vrai, elle n'était simple que sur papier et terriblement dangereuse en vérité. Vanhoeven avait dû s'approcher au plus près des lignes ennemies sans mettre en danger la vie de ses hommes, mais dans l'obscurité encore quasi-complète de cette fin de soirée, il était toujours difficile de distinguer la silhouette d'un cavalier ou d'une unité d'infanterie d'un buisson ou du tronc d'un arbre, tâcha rendue encore plus ardue par l'absence totale du moindre éclairage ; Une torche aurait pu clairement faire son office pour illuminer leur passage, mais elle aurait pu tout aussi bien faire d'eux des cibles parfaites pour les mousquets ennemis.

Toutes les dix minutes cependant, Vanhoeven envoyait faire un rapport de l'avancement de leurs travaux à leurs supérieurs, écrivant lui-même sur une feuille de parchemin par le biais de sa baguette un état des lieux de ce qu'ils avaient accompli et de la situation dans laquelle semblait être plongée les régiments du prince Bagration et faisant fi du fait que son escadron se réduisait comme peau de chagrin. Ces rapports n'avaient jusqu'à présent rien révélé d'inquiétant, alors même que déjà, des premiers coups de canon et des tirs en rafales pouvaient être entendus par instant beaucoup plus au sud, témoignages des premiers mouvements de troupes des coalisés contre le flanc le moins protégé du dispositif français.

Soudainement, la rune se mit à briller de manière très brève alors qu'Harry ôtait de son côté sa main de l'écorce, content du résultat. Sa plaie saignant toujours fut rapidement nettoyée et soignée, et se reculant de quelques pas, il put observer avec satisfaction l'accomplissement de son œuvre, un mince sourire sur le bout des lèvres. Presque toute la forêt masquant le campement des coalisés était désormais sécurisée, le reste n'ayant par manque de temps pu être faite, mais aussi parce qu'une partie de ce bois était constamment observé par les éclaireurs de l'armée.

Se tournant vers la dizaine d'hommes qui avait comme lui fait le trajet, il hocha la tête en direction de Vanhoeven, puis remonta à cheval et attendit patiemment les ordres de son supérieur.

- Avec ça, les russes pourront venir que nous les attendrons de pied ferme ! Déclara d'ailleurs celui-ci à voix basse, conscient qu'ils avaient depuis longtemps franchi la limite sécuritaire de leur propre campement.

Quelques hochements de tête approuvèrent ses dires tandis qu'un des soldats, porté par son enthousiasme, donna quelques tapes dans le dos d'Harry qui de son côté ne savait pas s'il devait ou non lui demander d'arrêter ou essayer désespérément de ne pas tomber de cheval sous la force des frappes de son compagnon.

- C'est qu'y en a là dessous ! Disait-il avec un petit rire. Pour sûr, j'aurais jamais crû qu'un sang bleu aurait le destin d'un régiment de l'empereur entre ses petites mains ! T'as toute notre confiance mon p'tit gars, alors nous déçoit pas !

- ça ira comme ça Duchamps, lui répondit Vanhoeven en faisant demi-tour. Si nos ennemis ne se doutaient pas encore de notre présence, je pense qu'avec vous, ils seront prévenus bien plus tôt qu'on ne le voudrait, et toute cette opération n'aurait servi à rien ! À présent retournons au campement.

Au trot malgré l'épaisse végétation les entourant, Vanhoeven conduisit sa petite compagnie en direction de l'Ouest en essayant de se frayer un chemin entre les arbres les entourant. Harry l'accompagnait à quelques mètres derrière, mais bien qu'il essayait d'en faire rien paraître, la tension le gagnait à présent. Les mots de Duchamps firent étonnamment mouche en lui et lui firent prendre conscience que la vie des hommes qu'il côtoyait était véritablement entre ses mains ; Les multiples barrages qu'il avait semés dans les environs le confortèrent dans son idée qu'il avait correctement fait les choses, mais il suffisait d'une seule erreur, d'une barrière magique mal placée ou qu'il omette de restaurer à distance ses runes par le lien fragile qu'il avait crée avec chacune d'elles pour que les ennemis entrent dans la brèche et les prennent par surprise. Alors là… chaque mort serait directement causée par cette faille, et irrémédiablement cette erreur lui retomberait dessus… Du moins c'est ce qu'il croyait. Ce facteur, cette équation dans le plan conçu par Pajol et probablement encore au-dessus par les maréchaux Lannes et Murat qui contrôlaient le nord du dispositif français et faisaient face à l'infanterie du prince russe Bagration, cette possibilité ne lui était finalement même pas venu à l'esprit, et il avait fallu qu'un soldat aux mœurs dissolus et qui terminait de cuver son vin le lui rappelle pour qu'il en prenne enfin conscience. Autant dire que le poids sur ses épaules venait soudainement de gagner plusieurs dizaines de kilos après cela.

Afin de ne pas alerter l'ennemi de leur présence, leur course continua dans un silence pesant, mais de toute manière la tension était telle que personne n'envisageait d'émettre le moindre son ; La simple idée d'être pris par un régiment entier de cavaliers ennemis suffisait à en faire déglutir plus d'un, d'autant plus que les rumeurs voulaient que les russes ne traitent pas correctement les prisonniers qu'ils faisaient. Les sens en alerte et le cœur battant la chamade, chacun observait les environs, prêt à débusquer le moindre petit éclaireur susceptible d'avoir traversé leur barrière de détection, et sursautant lorsque, par malheur, un animal sauvage faisait remuer les feuilles sur lesquelles il marchait. L'escadron réprima d'ailleurs l'envie de rire bruyamment lorsque, surpris par les craquements des feuilles mortes, Duchamps faillit tomber de son cheval tandis que l'animal fautif de ce boucan, un pauvre petit écureuil terrorisé par l'imposante masse des chevaux, se mit à fuir sans demander son reste.

Bientôt, la forêt qu'ils traversaient se mit à s'éclaircir, les arbres à se dégager, et la faible luminosité du ciel à percer les branches dénudées pour les guider vers leur campement. Comme un signal, la pression qu'ils sentaient au fond d'eux se relâcha quelque peu, mais au même moment, Harry sentit une légère secousse dans son noyau magique, comme une petite décharge qui, brève, ne l'aurait que moyennement rassuré, mais qui en cet instant était continuelle et sans la moindre interruption.

- M-mon lieutenant, bredouilla Harry en se mettant au niveau de Vanhoeven.

- Quelqu'un a traversé votre champ de force ? Demanda aussitôt celui-ci.

- Il ne serait pas tout seul alors, répondit-il nerveusement. Mon signal est continu depuis quelques secondes maintenant, et ce n'est plus seulement une barrière mais plusieurs qui m'alertent d'un passage de troupes !

- Alors ne traînons pas ! Lança alors son supérieur d'un ton ferme. Messieurs, il faut retourner au plus vite au campement, les circonstances veulent que nous rapportions au plus vite des déplacements de troupes !

Redoublant de vitesse, le petit corps de cavalerie tenta de se frayer un chemin dans la brousse environnante, tandis qu'Harry lui continuait à ressentir le déploiement constant des régiments ennemis traversant son dispositif. Combien étaient-ils ? 1000 ? 2000 ? 5000 ? 10 000 ? Impossible de le savoir, mais il était en tout cas sûr qu'ils étaient très nombreux. Quant à savoir s'il s'agissait d'unités d'infanterie, de cavalerie, ou même d'artillerie, il fallait bien être devin pour le savoir, mais il espérait qu'à côté de ça, les troupes françaises sauraient y faire face.

Soudainement, alors qu'Harry commençait à songer que leur cavalcade leur permettrait en tout cas de distancer suffisamment leurs ennemis pour retourner sain et sauf dans leur campement, des cris poussés par des cavaliers se firent entendre sur sa droite et, traversant les bois, des uniformes blancs fondaient désormais sur eux en vociférant en allemand, sabres brandis et pour certains pistolet à la main.

- C'est une embuscade ! Cria l'un des compagnons d'Harry.

Comme un seul homme, une partie de leur groupe se scinda et se précipita sur les ennemis, hurlant tout aussi fortement et prête à en découdre au péril de leur vie. Harry fut tenté de les imiter, mais à peine eut-il commencé à faire dévier la course de son cheval vers le groupe ennemi que Vanhoeven se présenta sur son flanc droit, lui barrant le passage.

- Tu as une mission, Bourbon ! Criait-il tandis qu'ils poursuivaient leur périple à travers les bois. Tâche de t'y conformer ! Ces informations seront essentielles pour l'état-major, alors ne gâche pas tout ! Rappelle-toi ce que je t'ai dit tout à l'heure !

« Tes erreurs ne doivent pas porter préjudice à l'ensemble de ton régiment ». Inlassablement, comme une règle d'or à ne jamais oublier, Harry se répétait ces mots tandis qu'il fouettait son cheval pour accélérer l'allure. Derrière lui, les cris se poursuivaient, accompagnés désormais par des coups de feu tirés par on ne savait qui, mais il espérait que ce soit par ses camarades de régiment. Sans se l'avouer, il espérait aussi qu'ils parviendraient à les retenir suffisamment longtemps pour distancer leurs poursuivants et rapporter en lieu sûr leurs informations à l'état major ; La conduite de la bataille devait se jouer sur cela. Pendant plusieurs minutes, Harry comme les autres firent galoper à toute vitesse leurs montures, chacun conscient de la situation dans laquelle ils se trouvaient désormais, mais également du fait que malgré leurs précautions, des soldats ennemis avaient pu les avoir à revers et menacer la pérennité de leurs actions.

- Avais-tu senti leur présence ou que quelqu'un était parvenu à traverser tes barrières avant même que nous faisions demi-tour, Bourbon ? Lui demanda alors Vanhoeven comme pour confirmer ses propres soupçons.

- Non ! Jura Harry tandis qu'ils continuaient leur course à travers bois, boue et fougères. J'ai constamment gardé au maximum mes connections avec les barrières !

Bien qu'il ne le vit pas, Vanhoeven lui répondit par un hochement de tête, préférant opter pour la solution de confiance vis-à-vis de lui plutôt que de mettre en cause les talents du jeune protégé de Pajol.

- Cela voudrait donc dire que depuis tout ce temps, ces soldats se trouvaient probablement hors de leur campement, reprit-il au bout d'un certain temps. Peut-être étaient-ils en repérage dans le notre, ou surveillaient-ils simplement la zone… Dans tous les cas, nous devons revenir au plus vite !

Sans avoir à le répéter, tous accélérèrent encore la cadence, du moins si leur monture voulait bien se le permettre. Harry pouvait clairement entendre la respiration difficile de son propre cheval, épuisé d'avoir à galoper dans une boue épaisse et à zigzaguer entre les troncs d'arbre alors que lui même commençait à avoir vraiment mal aux fesses à force d'être secoué par son étalon. Bientôt, la forêt commença à devenir beaucoup plus éparse, suffisamment large aussi pour créer des semblants de sentiers, puis à disparaître totalement pour laisser place à la vaste étendue herbeuse séparant les deux bois. Cette zone était terriblement grande, propice à un combat de mêlée où un important contingent d'hommes pouvait se mesurer à l'autre sans avoir à marcher les uns sur les autres ; Un terrain idéal pour un combat. Par chance, celui était complètement désert pour le moment, une aubaine qui pouvait presque se transformer en miracle étant donné les circonstances actuelles, mais l'inconvénient était qu'ils pouvaient également être vus de loin et nullement à l'abri d'un bombardement orchestré par un canon bien dissimulé dans les fougères ou sur les hauteurs avoisinantes.

Harry et les autres n'avaient pas parcouru la moitié de cette vaste plaine que de nouveaux hurlements se firent entendre derrière eux, et malgré l'obscurité encore totale de ce début de matinée, on pouvait distinguer sortant du bois plusieurs hautes silhouettes fondre sur eux comme des boulets.

- Voilà la cavalerie qui débarque ! S'exclama avec une joie étonnante Duchamps. Les autres sont sympas : Ils nous en ont laissé quelques-uns !

Faisant fi du fait que les autres pouvaient ne pas avoir survécu à leur attaque ou se trouvaient désormais entre les mains des autrichiens, Duchamps continuait à se réjouir de l'arrivée de leurs adversaires, n'hésitant pas à les narguer au passage en tirant volontairement en l'air avec son arme de poing. Même lorsqu'ils retournèrent de nouveau dans leur bois, il persista dans ses provocations, ignorant les reproches de Vanhoeven quant au fait qu'il attirait les cavaliers ennemis dans leur campement. La chance semblait d'ailleurs les abandonner, à moins que les chevaux de l'Est s'avéraient plus rapides et vigoureux que les leurs, mais la distance les séparant s'amenuisait au fur et à mesure que le temps passait, et bientôt, il n'y avait plus que quelques dizaines de mètres entre eux.

- Ils ne vont pas nous lâcher, s'insurgea Vanhoeven en constatant que même à l'approche de leur campement, les cavaliers persistaient à leur donner la chasse. Ils doivent supposer à juste titre que nous savons qu'ils sont sur le point d'attaquer…

- Ne devrions-nous pas nous battre alors ? Lui demanda alors Harry alors que, tournant légèrement la tête pour regarder derrière lui, il remarqua que leurs poursuivants n'étaient vraiment plus qu'à quelques pas d'eux.

- En dernier recours, répondit son lieutenant. Même si nous mourrons, le bruit que nous causerons alertera nos camarades.

Une seule personne ne sembla pas avoir conscience de la situation dans laquelle ils se trouvaient : Duchamps, puisqu'il s'agissait de lui, persistait de son côté à invectiver les soldats adverses et n'hésitait d'ailleurs pas à faire montre de sa vulgarité légendaire pour provoquer des hommes qui ne devaient probablement même pas le comprendre :

- Approchez donc mes jolis que j'embroche du cosaque ! Continuait t-il en armant désormais son arme qu'il vidait dans leur direction. Saleté ! Pourriture ! Fils de…

Duchamps s'interrompit, surprit par la soudaine brûlure qu'il pouvait sentir dans son dos. Au même moment, son uniforme se colora d'une teinte rougeâtre s'élargissant à mesure que le temps passait, et alors que sa vision se troublait et que le souffle commençait à lui manquer, il se permit l'insigne honneur d'une dernière provocation en ralentissant l'allure, dégainant son sabre, et sabrant le bras de celui qui s'apprêtait à l'embrocher avant de voir sa tête quitter le reste de son corps lorsque le suivant, prenant le relais de son camarade amputé, le décapita d'un geste de son épée courbée. Harry n'eut pas besoin de se tourner pour comprendre cela, l'arrêt soudain des jurons de soûlard de son compagnon suffisait à le renseigner là dessus ; Au lieu de ça il redoubla de vitesse, déterminé désormais à venger ses camarades morts en terminant avec succès leur mission, et ce sans se douter un seul instant qu'il venait pour la première fois de côtoyer de près la mort.

La poursuite continua sans donner l'impression d'avoir été à un quelconque moment interrompue, et faisant un rapide état des lieux, Harry vit qu'ils n'étaient désormais plus que quatre à tenter de revenir au campement sain et sauf quand les autrichiens eux n'étaient pas moins de cinq pour tenter de les en empêcher.

- Si vous avez une idée pour nous sortir de là Bourbon, c'est le moment ! Lui lança alors Vanhoeven.

- J'en ai une, dit-il avec une légère hésitation, mais elle nécessite vous savez quoi !

- Du moment que ce n'est pas trop visible, tout me conviendra !

Satisfait par cette réponse, Harry sortit alors sa baguette magique de l'étui accroché à son avant-bras, puis, désignant avec celle-ci la forêt les environnant, il effectua quelques gestes furtifs tout en se concentrant sur son sortilège :

- Radix mobilis ! Chuchota t-il en pointant sa baguette sur quelques arbres au hasard.

Par chance, tous ses sorts fonctionnèrent, et ce malgré le fait qu'il était presque incapable de garder le contrôle de ses mouvements en raison du galop de son cheval. Les arbres visés se mirent immédiatement à frémir, comme soudainement vivant, mais il passa si vite devant eux qu'il ne put en observer davantage. Ses poursuivants eux n'y firent même pas attention, concentrés sur leur objectif qui tentait toujours de leur échapper, de même qu'ils ne remarquèrent pas les soudaines et épaisses racines qui se glissaient désormais sur le chantier de la même manière que se mouvaient des serpents sur le sol. Les deux premiers cavaliers passèrent sans encombre l'obstacle, mais leurs trois camarades, légèrement distancés, firent les frais du sortilège d'Harry lorsque ces mêmes racines vinrent discrètement se mettre en travers de la route des pattes de leur monture ; Un cheval se prit les sabots dans l'une d'elles et fit lourdement chuter son maître, le second fut brutalement frappé par une autre racine sur son flanc et jeté au sol, écrasant malencontreusement son cavalier sous son poids, tandis que le troisième, le moins chanceux peut-être, eut en moins d'une seconde la patte avant gauche entourée par une racine qui la lui brisa nette et désarçonna encore une fois sa charge.

- Finite incantatem, marmonna Harry une fois qu'il fut persuadé que son sort ne pouvait plus être d'aucune utilité.

Tournant encore une fois la tête derrière lui, il eut la satisfaction de voit qu'il n'y avait plus que deux poursuivants après eux, alors même que pour leur part ils étaient encore quatre à s'en retourner vers leur campement. Vanhoeven sembla se faire la même réflexion qui lui trottait désormais à l'esprit car il se mit immédiatement à ralentir l'allure tout en ordonnant aux autres de le faire puis, changeant de direction, il décida de faire face aux deux cavaliers ennemis en leur barrant la route, sabre brandi. Surpris par ce soudain changement, les autrichiens arrêtèrent également leur course, et c'est en se rendant compte qu'ils étaient désormais en infériorité numérique qu'ils comprirent que le vent venait de tourner pour eux.

- Allez-vous continuer à nous donner la chasse, messieurs ? Leur demanda avec amusement Vanhoeven en s'approchant de quelques pas.

L'un d'eux lui répondit, mais son dialecte allemand ne fut compréhensible que pour Harry qui ne se gêna pas pour le rapporter à son supérieur :

- Si je ne m'abuse mon lieutenant, ce charmant monsieur vient de nous insulter de chiens de français à la solde d'un petit caporal, l'informa t-il en esquissant un rictus moqueur.

- Sabre au poing ! Leur ordonna aussitôt Vanhoeven tandis qu'un concert de lames de fer extirpées de leur fourreau se faisait entendre.

Leur geste fit immédiatement rebrousser chemin aux autrichiens sous les hurlements de joie des deux soldats accompagnant encore Harry et leur lieutenant. Une fois suffisamment loin pour être définitivement tranquille, tous les quatre s'en retournèrent vers leur destination finale, Vanhoeven arguant que leur petite escapade leur avait déjà fait perdre un temps précieux en préparation pour l'ensemble du dispositif français. Leurs chevaux épuisés eux durent encore une fois supporter une course de longue haleine et harassante qui les faisait souffler si bruyamment qu'Harry pensait qu'à tout instant sa monture allait s'écrouler par terre sans jamais pouvoir se relever.

- Bourbon, quel était ce sortilège que vous avez utilisé ? Lui demanda alors son supérieur tandis qu'ils poursuivaient leur route, la tension redescendant par la même occasion. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais il nous a rudement bien servi !

- C'est un sortilège que m'a enseigné ma mère avant que je n'intègre l'académie, répondit-il. Il reprend le même principe de défense du filet du diable sauf qu'il s'étend à des plantes qui ne sont pas prétendument magiques. Les racines de ces plantes se mettent soudainement à bouger et à obéir à la volonté du lanceur du sortilège ; Elles peuvent alors simplement déplacer l'arbre ce qui s'avère très utile pour des travaux de jardinage et d'embellissement d'un espace, ou alors comme ici à faire obstacle à un danger ou même à se saisir du-dit objet pour le broyer.

- Intéressant, commenta Vanhoeven. Pour un combat rapproché au cœur d'une forêt, il pourrait être terriblement efficace ! Rappelez-moi d'en toucher quelques mots à Pajol quand nous en aurons l'occasion.

- Bien monsieur !

La dite occasion s'offrit à eux quelques minutes plus tard au son des tambours battants et des bruits de bottes marchant sur un sol boueux. Enfin de retour à leur campement, les quatre survivants purent enfin souffler de soulagement après l'épreuve qu'ils venaient de traverser. Par milliers, les hommes s'activaient autour d'eux, signe peut-être que les missives qu'avait envoyé Vanhoeven semblèrent aux yeux de l'état-major suffisamment équivoques pour lancer une offensive contre un campement ennemi qui avait l'air bien calme…

- On dit que les russes se sont lancés à l'assaut du corps du maréchal Davout au Sud et que l'empereur voudrait faire contrepoids en les attaquant par le Nord, déclara sur leur passage un soldat à son ami.

… Ou tout simplement que les circonstances avaient voulu que les maréchaux Lannes et Murat n'attendent pas les rapports que leur envoyait Vanhoeven en qualité d'éclaireur pour agir et mobiliser leurs troupes. Dépité, Harry ne put s'empêcher de penser que tout ce qu'ils avaient fait depuis plus d'une heure maintenant, tout le travail effectué à la périphérie du campement ennemi ainsi que les pertes qu'ils avaient subies depuis avait finalement été vain et inutile. Était-ce cela guerre? Une succession d'entreprises hasardeuses et dangereuses pour un objectif incertain qui n'engageait que ceux qui l'établissaient pour qu'en définitif sa réussite ne dépende que des aléas du destin et d'un plan qui à tout moment pouvait finalement changer ? Pour peu, il en aurait presque hurlé de fureur, mais avec contenance, il se contenta d'exprimer son agacement par un léger froncement de sourcils. Vanhoeven lui ne semblait pas particulièrement peiné par la nouvelle, lui-même ayant fait le même constat que son jeune compagnon chez qui il pouvait malgré tout percevoir la déception poindre le bout de son nez.

- Allons Bourbon, tu en connaîtras d'autres, crois-moi ! Relativisa t-il en passant un bras autour de ses épaules tandis qu'ils se dirigeaient vers la tente des officiers.

- Mais… n'êtes-vous pas triste de voir que la mort de nos camarades n'aura servi à rien !? S'insurgea Harry, étonné par l'attitude de son supérieur.

- La mort est le lot de tous les soldats Bourbon, lui répondit Vanhoeven. Duchamps, Peletier et les autres savaient les risques qu'ils encouraient en participant à cette mission et ils ne se sont pas pour autant désistés. Prends cela comme une expérience positive, après tout c'est bien la première fois que tu étais envoyé sur le terrain. Quant à la réussite ou non de notre mission, considère cela au même titre qu'un combat dont la tournure nous est au final défavorable mais qui ne nous condamne pas à un échec retentissant. Je suis persuadé que l'état-major sera ravi de connaître tes observations sur la progression des troupes de Bagration et Liechtenstein.

Vu sous cet angle, Harry ne trouvait rien à y redire, mais malgré tout il ne partageait pas le manque d'émotion à l'idée que plusieurs camarades étaient morts ou capturés et que lui, par hasard ou grâce à sa bonne étoile, venait d'échapper au même sort peu enviable. Sur cette pensée, il poursuivit son chemin dans le campement sur les traces de son supérieur, mais alors qu'il pensait que leur route allait les mener jusqu'à la tente du maréchal Murat, Vanhoeven lui opta pour une autre destination : La tente de Pajol. Là aussi, les soldats s'affairaient à terminer leur préparation et à ajuster leur équipement sur le dos de leur monture, certains de manière légèrement hésitante en raison de l'alcool coulant encore dans leur corps. Alors qu'il passait à côté, Harry constata également avec résignation que le feu de camp lui était depuis bien longtemps éteint, signe qu'il était décidément le seul à s'en préoccuper ou tout simplement à y être de corvée. Les braises n'émettaient même plus la moindre gerbe de fumée tandis que le bois, humidifié depuis longtemps par la brume persistante de cette matinée, ne risquait plus avant longtemps de pouvoir resservir à autre chose qu'à réchauffer l'atmosphère glaciale d'une nuit de décembre. Pajol lui était déjà là, droit comme un I à l'entrée de sa tente alors qu'il les regardait s'approcher doucement sur des chevaux qui, s'il pouvait parler, crierait probablement grâce pour une petite heure de repos, tandis que lui-même sirotait tranquillement une tasse de café.

- Je ne vous attendais pas si rapidement, déclara t-il en tournant tranquillement sa cuillère tandis qu'Harry et les trois autres descendaient de cheval. Je ne m'attendais pas non plus à ce que vous soyez si peu nombreux… Des problèmes sur la route, Vanhoeven?

- Mon colonel, commença le concerné en enlevant son chapeau, nous avons fait ce que vous nous aviez demandé dès l'instant où j'ai jugé que nous étions suffisamment proches du camp ennemi pour nous y atteler, et je me porte garant du soldat Bourbon sur la réussite de votre plan.

Pajol darda un coup d'oeil sur Harry, mais il se garda bien d'émettre le moindre commentaire.

- Seulement ? Répondit-il finalement au bout de quelques secondes.

- Le dispositif venait à peine d'être mis en place que le soldat Bourbon a senti la présence par centaines d'individus le traversant, reprit Vanhoeven.

Pajol, qui continuait à touiller son café, s'arrêta immédiatement dans son geste, et pour la première fois depuis le leur arrivée, Harry sentit que l'attitude calme dans laquelle s'était plongé leur supérieur venait subitement de voler en éclat.

- Que dites-vous ?! Dit-il d'un ton cassant, ses yeux fusillant désormais du regard son subalterne.

- Bourbon est persuadé que les troupes du prince Bagration et de son homologue autrichien sont en mouvement et qu'elles se dirigent vers nous…

Vanhoeven n'avait même pas terminé que Pajol jeta brutalement sa tasse par terre, et s'engouffrant dans sa tente, il en ressortit quelques instants plus tard avec son bicorne sur le haut du crâne alors qu'il tentait fébrilement de mettre ses gants.

- Vos rapports ne faisaient aucunement mention d'un quelconque mouvement de troupes jusqu'à présent, indiqua t-il à l'encontre de son lieutenant d'une manière presque accusative. Quant au fait qu'il puisse être possible que les troupes nous faisant face soient en mouvement dans notre direction, j'ose espérer pour vous que ce soit vrai Bourbon, car autrement, je n'ose imaginer ce que le commandement déciderait comme punition à votre égard. Êtes vous sûr et certain d'avoir senti des personnes traverser vos barrières en grand nombre ?

- Absolument sûr, lui répondit Harry d'un ton légèrement boudeur, vexé que l'on remette en cause ses capacités. Je pouvais le sentir jusqu'au moment où nous traversions la plaine séparant les deux morceaux de forêt. J'ai alors brisé la connexion entre mes barrières et moi-même pour ne pas gaspiller plus longtemps mes réserves de magie.

- Bien, dit-il. Je me sentirais terriblement honteux si vous ne saviez pas utiliser correctement ce système alors même que j'ai pris du temps et beaucoup de patience pour vous l'enseigner. Je suppose que vous avez dû rencontrer quelques petits soucis sur la route pour expliquer l'absence de vos autres camarades, Vanhoeven.

- Nous… Nous avons malheureusement croisé sur notre chemin un groupe de cavaliers autrichiens, expliqua t-il d'une voix navrée. Le groupe s'est scindé en deux pour permettre à celui où se trouvaient Bourbon et moi-même de revenir au camp vous avertir du déplacement de nos ennemis, mais certains cavaliers ennemis nous ont pris en chasse jusqu'à quelques lieues à peine de notre position. Bourbon s'est débarrassé de la plupart d'entre eux, les deux derniers ont réussi à fuir cependant.

- Personne ne vous a vu, j'espère ? Demanda t-il d'un ton sévère à Harry en se doutant pertinemment qu'à défaut de ses talents d'escrimeur, son apprenti avait bien d'autres cartes à jouer tout aussi efficaces.

- Non mon colonel, jura aussitôt Harry.

- Je vais aller de ce pas en avertir l'état-major et connaître leur décision sur ce que nous ferons par la suite, déclara alors Pajol en s'éloignant d'eux. Vous, avertissez vos camarades de ce que vous savez ainsi que les autres régiments pour qu'ils se tiennent au plus vite prêts. Comme vous avez pu le voir, tout le monde est déjà sur le pied de guerre depuis que l'on sait que les russes ont attaqué Davout, nous n'attendions plus qu'un ordre de l'empereur. Je pense qu'avec vos informations, nous devrions sous peu aller nous confronter à nos petits amis coalisés. Bon travail Bourbon.

Et sans attendre, Pajol disparut en transplanant vers une destination qui ne leur était pas précisément connue, mais Harry se garda bien de demander à Vanhoeven si l'état-major dans son ensemble était au fait avec les sorciers ou si leur lieutenant-colonel allait se risquer à apparaître directement dans la tente de l'empereur, dans celle de Murat, ou à proximité de l'une d'elles. Même lorsque leur colonel revint vingt minutes plus tard, l'air passablement nerveux et irrité, Harry estima que le temps des questions n'était pas encore arrivé ; Sa curiosité mal placée pouvait encore attendre.

Entre temps, lui et Vanhoeven avaient précipité la préparation de leurs camarades, du moins surtout grâce à son camarade car à vrai dire personne ne prenait vraiment au sérieux un jeune homme de près de dix-sept ans dont le seul fait notable était d'être l'apprenti de leur supérieur hiérarchique. Montebello prenait d'ailleurs un malin plaisir à prendre son temps pour terminer d'accrocher à sa selle les quelques éléments essentielles à une chevauchée autant parce qu'il appréciait d'enrager le pauvre Harry que parce qu'il détestait cordialement Vanhoeven. Mais la vue de Pajol le fit arrêter rapidement, et bien qu'étant le dernier à être prêt, il défia d'un regard son rival d'en toucher deux mots à leur supérieur…

- Montrez l'exemple Montebello, le rabroua Pajol en passant devant lui.

… avant de souffler de dépit, tandis que Vanhoeven lui ne se gênait pas pour sourire malicieusement.

- L'infanterie de Lannes partira la première, les informa leur colonel pendant qu'il montait le cheval qu'un aide de camp lui avait préparé et apporté. Nous nous posterons en arrière, prêts à charger en soutien de nos compagnons dès que Murat nous en donnera l'ordre. En avant messieurs !

Prenant la direction du régiment, Pajol fut bientôt à la tête d'un bon millier de cavaliers, Harry s'incluant dedans, tandis qu'ils se dirigeaient à nouveau vers le bois. L'infanterie elle était déjà en déploiement, certains régiments empruntant les sentiers menant à leur objectif quand d'autres s'étendaient à travers la forêt en formant une longue ligne d'attaque parfaitement droite et avançant rapidement. À leur tête, les commandants les conduisaient vers le lieu de l'affrontement, leur uniforme brillant de richesses à la lueur du jour se levant maintenant. Il devait désormais être un peu plus de huit heures, mais déjà, les canons s'activaient de part et d'autre à éliminer toute cible ennemie à portée. La marche allait leur prendre plusieurs dizaines de minutes encore, mais ce délai allait leur permettre de pouvoir disposer efficacement et de manière coordonnée les différents régiments, bataillons et escadrons qui allaient bientôt se mesurer aux coalisés. Le 4ème régiment de hussards se tint légèrement à droite du dispositif, à quelques dizaines de mètres des uniformes bleus de l'infanterie qui continuait inlassablement à avancer à travers les arbres sans sourciller lorsqu'un craquement de branche ou l'explosion d'un boulet frappant la terre ne se fasse entendre. D'autres régiments de cavalerie les suivaient de chaque côté de leur position de telle sorte qu'une seconde ligne s'était formée derrière la première, mais leur rôle allait pour le moment se cantonner à de l'observation avant de pouvoir réellement intervenir.

Dans leur uniforme rouge, les camarades d'Harry risquaient très certainement d'être des cibles idéales pour les ennemis, mais ce constat n'effleura même pas son esprit ; L'adrénaline montant, Harry ne pensait plus qu'à l'échéance qui allait finalement arriver à son terme sous peu. Lui qui souhaitait la veille encore de l'action, il allait être servi ! À côté de lui Vanhoeven, qui dirigeait à nouveau un petit escadron, n'en menait pas large lui non plus, mais il était difficile de deviner qui surpassait l'autre entre l'appréhension et l'excitation. Ce sentiment devait en tout cas être partagé par bien des hommes autour de lui, et à mesure qu'ils s'approchaient de la fameuse plaine et que les explosions redoublaient de vigueur, la tension montait elle aussi d'un nouveau cran.

Bientôt, par un ordre qui se répandit comme une traînée de poudre d'un bout à l'autre de la ligne de cavalerie, cette dernière s'arrêta au beau milieu des bois, laissant le loisir aux hommes à pied de poursuivre leur chemin vers l'Est.

- Nous allons devoir manœuvrer efficacement pour réussir à nous porter contre nos adversaires en pleine course, déclara Harry en regardant les multiples arbres leur barrant encore le passage.

- Contentez-vous de me suivre, et tout ira bien pour vous, lui répondit Vanhoeven. Si vous ralentissez ou que vous montrez quelques difficultés à contourner ces obstacles, ce sont ceux derrière vous qui risquent d'en pâtir.

Harry hocha sa tête, son regard porté droit devant lui alors que les premiers échos des combats pouvaient se faire entendre. Les russes et les autrichiens devaient depuis longtemps maintenant se trouver dans la plaine, mais menés à ce même endroit au pas de course, les français étaient parvenus à combler leur retard et à les empêcher d'avoir la totale main mise sur ce vaste espace. Maintenant… C'était aux aptitudes et à l'adresse de chacun de faire leur preuve sur le terrain, et cela se traduisait entre autre par la capacité de chaque soldat à savoir bien manier son fusil et à faire mouche.

L'attente lui parut longue, mais dix minutes plus tard, Harry entendit clairement les premiers coups de fusil déchirer la plaine et les soldats hurler leur rage et leur envie d'en découdre en poussant de puissants cris ; Devant l'imminence d'un affrontement, les instincts les plus primaires de l'homme semblaient finalement jaillir d'eux, et Harry eut l'impression que c'était surtout l'espérance de transpercer de sa baïonnette un homme ayant eu le malheur de servir dans une autre armée ou d'avoir eu la malchance d'être d'une autre nationalité qui motivait les hommes à se porter à la rencontre de leur vis-à-vis et de l'éliminer. Lui-même n'attendait que ça, du moins n'était-il pas tenté par l'appel du sang se profilant devant lui, mais l'idée de prouver ce qu'il valait véritablement à ses supérieurs, de se surpasser dans un monde où les hommes pouvaient surmonter toutes les difficultés ou au contraire disparaître, inscrire peut-être aussi son nom dans la légende par un acte héroïque, motivait ici sa présence.

«Quand je raconterai ça à Jules et Nicolas, ils n'en reviendront certainement pas !» se disait-il en songeant déjà à son retour prochain à l'académie.

Pour sûr, il allait probablement être le centre d'attention de toute son école dans les jours qui suivront son retour, mais pour l'heure, il n'était qu'un soldat comme un autre attendant l'ordre de ses supérieurs pour fondre sur sa proie pendant que quelques centaines de mètres plus loin, ses camarades d'infanterie servaient de chair à canon pour les boulets ennemis ou se faisaient trouer de part en part par les balles des fusils adverses.

Les minutes défilaient désormais sans qu'il ne se passe quoi que ce soit pour les régiments restés en arrière, et tandis que l'aube avait définitivement laissé la place à un ciel nuageux menaçant à tout instant de laisser tomber sur eux une énième pluie, les combats eux faisaient toujours rage plus loin devant eux sans qu'aucun ne puisse aller y participer. Cependant, l'arrivée soudaine d'une partie de l'état-major avec à sa tête le maréchal Murat en personne bouscula la monotonie du moment. Pajol alla immédiatement au devant de son supérieur, supposant à juste titre que leur intervention n'était plus qu'une question de minute, mais il revint rapidement vers eux, le visage fermé sans qu'il n'ordonne le moindre ordre à ses subalternes. D'autres avaient apparemment plus de chance, car les généraux commandant les régiments situés les plus au Sud se précipitèrent au galop vers eux, sabres brandis tandis qu'ils ordonnaient d'une voix forte de les suivre. Les cavaliers se précipitèrent immédiatement dans une autre direction, toujours en direction du Sud, comme pour prêter main forte à d'autres unités disposées beaucoup plus loin.

De temps à autre, un cavalier venait à l'inverse vers leur état-major, une feuille de papier en main qu'il tendait immédiatement au maréchal pour l'informer de l'avancée des combats afin qu'il juge le moment opportun pour à leur tour attaquer ou rester encore en retrait… Quand l'ordre ne proviendrait pas de l'empereur lui-même. Et puis, alors qu'Harry ne l'attendait plus, Pajol fut appelé par Murat pour s'entretenir brièvement avec lui, de même que la plupart des autres généraux diligentés pour cette bataille. Leur conversation ne dura que quelques secondes tout au plus, mais si tout à l'heure Pajol semblait presque déçu de ne pas encore intervenir, l'air farouche qu'il affichait désormais montrait qu'il fallait à tout instant se préparer à fondre sur leur adversaire.

- Messieurs, préparez-vous ! Ordonna t-il tandis qu'ils leur faisaient face. Au signal de Monsieur le Maréchal, ce sera à nous de jouer, et j'espère pour vous que vous êtes fin prêts !

Des cris de joie lui répondirent immédiatement alors que ses hommes levaient leur sabre en l'air, effectivement prêts à en découdre.

- Participez donc à la gloire de l'empire et de notre bien aimé empereur en lui rapportant quelques étendards pris à l'ennemi ! Reprit-il d'une voix forte. Que ces drapeaux tapissent les murs de ses palais au prix du sang de ses valeureux guerriers ! Soldats, rendez fier l'empereur tout comme vous me rendrez fier en faisant honneur au 4e régiment de Hussards ! Puisse Dieu nous garantir la victoire, nos ennemis ployer sous nos coups de sabre, et que nos femmes soient bien sages dans nos lits en attendant le retour de leurs héros !

Galvanisés de la sorte, ses hommes redoublèrent d'impatience et de joie, et même Harry, qui n'était pourtant pas concerné par ses dernières paroles, espérait presque désormais retrouver Daphné et passer un long moment en sa compagnie. Ailleurs, des scènes similaires se déroulaient, chaque général haranguant ses hommes et les poussant à aller au-delà de leur limite par un simple discours qui faisait mouche. Un bruit de trompette se fit alors entendre, et tournant tous leur tête dans la direction d'où il provenait, chacun constata qu'il s'agissait d'un accompagnateur du maréchal Murat sonnant la charge. Sabre au poing, Murat lui-même les invitait à le rejoindre, et après une petite acrobatie de la part de son cheval, il s'élança droit devant lui, suivi par ses subalternes.

- En avant ! Hurla en réponse Pajol en levant au ciel son sabre. Pour l'empereur !

Des beuglements et cris guerriers lui répondirent alors que son régiment entier, tout comme le reste de la cavalerie, se lançait dans une cavalcade dantesque dont l'objectif se trouvait à quelques centaines de mètres devant eux. Dans un grondement sonore aussi bruyant qu'un orage, les chevaux se mirent en route, traversant la forêt en essayant de se frayer un chemin tandis que leurs propriétaires essayaient quant à eux de garder leur équilibre sur la selle. Avant même d'être enfin sorti du bois, Harry remarqua la présence de plus en plus importante de soldats blessés, transportés bras dessus bras dessous par des camarades quand ils ne pouvaient tout simplement pas se déplacer par eux-mêmes vers leur campement, et qui tentaient à leur approche de se protéger derrière un tronc pour ne pas se retrouver piétinés par leur charge. Leur progression s'en trouvait de ce fait plus compliquée, plus lente aussi, mais avec habileté, tous purent passer sans encombre ce léger obstacle et se retrouver sur le lieu de la bataille. À peine le dernier arbre fut-il passé qu'un boulet vint exploser près de sa position, soulevant un nuage de terre humide et de feuilles mortes, mais celui-ci n'avait même pas encore terminé de tomber qu'il le dépassa, sans même un regard, vers l'épaisse fumée qui se dégageait plus loin et que les tirs de mousquets continuaient à nourrir toujours plus.

À côté de lui, les soldats continuaient à pousser des hurlements tels des damnés, arme à la main voire pour certains une baguette soigneusement dissimulée dans la manche de leur uniforme et qu'ils pointaient vers leur destination. Suivant leur geste, Harry déverrouilla le mécanisme enfermant la sienne dans l'étui accroché à son bras, et la pointant sans vraiment viser un point imaginaire, il conjura un léger bouclier magique susceptible de maintenir à distance les balles de fusil pouvant s'approcher de trop près de lui. La protection presque invisible s'étendit aussitôt devant son cheval, mais il vit rapidement que celle-ci ne lui serait d'aucune utilité quand un boulet vint exploser devant d'autres cavaliers quelques mètres sur sa droite ; Certains parvinrent à s'en sortir indemne, mais le morceau de botte passant devant lui le persuada que d'autres n'avaient pas eu la même chance. Faisant fi de cette analyse, il poursuivait inlassablement sa route, ne pensant à rien d'autre qu'à ce qui allait se passer dans quelques secondes et dont il allait être l'un des acteurs, l'une des victimes peut-être aussi, mais n'était-ce pas ce qui était justement stipulé dans le contrat le liant à son régiment ? Le risque… il allait le rencontrer encore de très nombreuses fois s'il survivait à cette bataille ; Le bruit des boulets de canon tombant parmi les cavaliers, le bruit des balles tirées par les mousquets et traversant de part en part les corps des malheureux se trouvant dans leur ligne de mire, les cris, les hurlements, les pleurs aussi… ce n'était qu'une sorte de supplément, un ajout qui n'avait à présent aucune importance, quelque part comme si son cerveau n'assimilait plus qu'une seule idée en faisant abstraction de tout le reste, et cette idée n'avait que pour seul but d'entrer comme dans du beurre contre la ligne ennemie.

«Approchez donc mes jolis que j'embroche du cosaque» avait hurlé Duchamps avant lui-même de s'effondrer.

L'adversaire n'était pas le même, n'était pas sur un cheval et ne parlait pas nécessairement allemand, mais l'idée était la même, et sous peu, il allait la mettre en application. Déjà, l'infanterie se dispersait pour leur faire plus de place, et l'artillerie ennemie redoublait de vigueur pour les décimer, mais l'écart se réduisait inexorablement.

50… 20… 10… Puis le choc. L'impact fut violent, et Harry manqua de peu de tomber de son cheval dès que celui-ci heurta lourdement le premier malheureux se trouvant sur son chemin. Mais à peine eut-il le temps de reprendre ses esprits qu'un autre cavalier venait le heurter par derrière, le poussant davantage dans la cohue. Bientôt, ce furent des baïonnettes qui l'accueillirent et menaçaient de le transpercer de part en part, et il dut jouer les contorsionnistes pour les éviter tant bien que mal. Avec son sabre, il se mit alors à les contrer, à les repousser du mieux qu'il pouvait et, si possible, à répliquer aux attaques, mais il dut rapidement se rendre à l'évidence que sur un cheval, la mobilité était moindre qu'à pied, et qu'en dehors de sabrer et contrer tout ce qui se trouvait sur son chemin, ses gestes étaient limités. À un soldat adverse qui le menaçait de sa baïonnette, il ne pouvait qu'esquiver, reculer ou bouger sa monture de telle sorte que ce soit elle qui se fasse poignarder plutôt que lui. Malgré tout, il parvenait à toucher quelques ennemis dès que l'un d'eux se trouvait à portée de son arme, mais au beau milieu de ces tenues aux couleurs diverses, il devait encore faire attention à ne pas s'en prendre à un allié… Ou à ne pas être pris pour un ennemi par ses camarades, et dans la bousculade, les uniformes ne devenaient plus que des formes aux contours indistincts, des couleurs passant comme des éclairs devant ses yeux et les hommes des cibles mobiles qui bougeaient, remuaient et se déplaçaient si vite qu'il fallait décider en une fraction de seconde s'il fallait ou non sabrer de son épée, sans parler des quelques soldats qui, se pensant bien à l'abri et à une distance suffisante, se permettait encore le luxe de tirer à vue sur les cavaliers ; Si l'un de ses domestiques avait été là, pour sûr que le terme qu'il emploierait de «beau bordel» conviendrait parfaitement à la situation.

Une douleur soudaine, aiguë, le ramena brutalement à la réalité de cette même situation, et baissa rapidement le regard, Harry vit la lame d'une baïonnette profondément entrée dans sa cheville gauche, le sang ruisselant déjà de celle-ci, alors que son propriétaire, un homme de ligne autrichien, le regardait d'un air rageur, la mâchoire serrée alors qu'il s'amusait à présent à enfoncer toujours plus profondément son arme dans la chair de son vis-à-vis. Rapide comme l'éclair, Harry se pencha légèrement vers lui, et d'un coup de sa propre épée, il lui trancha le bras tenant son fusil avant que, par une ruade inespérée, son cheval ne se retourne et lui assène son sabot en pleine figure. L'homme n'avait même pas encore touché terre que d'autres venaient déjà lui marcher dessus sans savoir s'il était toujours vivant ou non.

- Pas de bobos Bourbon ?! Lui demanda en criant Vanhoeven tout près de lui.

- ça ira ! Lui hurla t-il alors que la fumée se répandait toujours plus loin sur le champ de bataille.

- Restez près de moi dans ce cas ! Nous nous soutiendrons mutuellement !

Guidant son cheval au milieu de la mêlée, Harry ne perdit pas de temps pour continuer à trancher, embrocher et éliminer toute forme de danger autour de lui sans se préoccuper d'éliminer de dos certains hommes ; Après tout, c'était soit lui, soit eux non ? Ses états d'âme mis de côté, il continuait dans son œuvre de mort sans sourciller, le sang tachant bientôt son uniforme et son visage alors que son épée poursuivait son travail en frappant ici à la tête, là au ventre, encore ailleurs dans le dos ou les bras. Le temps passait, mais personne n'y faisait attention : Qui après tout regarderait sa montre dans un moment pareil ? Tout ce qu'Harry voyait était un amoncellement d'hommes vivants ou morts qui semblait toujours plus nombreux et d'autres qui revenaient à la charge au beau milieu des cadavres. Leur régiment lui tenait apparemment le cou, du moins c'est ce qu'il semblait s'il en jugeait par les brèves analyses qu'il faisait d'un simple regard, mais il était impossible de savoir si la situation elle évoluait en leur faveur : l'artillerie alliée ou ennemie pouvait faire beaucoup de dégâts, et les boulets ne se préoccupaient pas en retombant de savoir s'ils touchaient des compagnons ou des adversaires. Les explosions elles continuaient, les cris aussi, mais bien qu'il était tenté de descendre de cheval pour poursuivre ses combats à pied, Harry préférait encore rester les fesses sur sa selle, trouvant étrangement qu'être assis sur le dos d'un cheval était réconfortant et sécurisant.

- Bourbon, avec moi ! Lui hurla alors Vanhoeven alors que le régiment se regroupait.

Harry opina aussitôt de la tête, et le rejoignant au trot, il vit qu'à sa tête se trouvait toujours Pajol, le visage taché de sang et l'uniforme par endroit décousu et coupé. Lui même ne devait pas être mieux, mais à peine eut-il cette idée que son supérieur repartait à l'assaut, cette fois en direction de la forêt tenue par les coalisés, alors qu'à travers le brouillard, de nouvelles unités ennemies venaient fondre sur eux, des unités qui semblaient terriblement familières aux yeux d'Harry pour en avoir déjà rencontré quelques unes quelques heures auparavant : Des cavaliers autrichiens à l'uniforme tout aussi éclatant de blancheur que leur infanterie.

Galopant au beau milieu des hommes et des cadavres, les hussards se lancèrent sur eux, et Harry décida d'utiliser pour la première fois son pistolet qu'il sortit de son étui en attendant le bon moment où, suffisamment près d'eux, il pourrait en faire un unique usage sur la meilleure cible s'offrant à lui. Son choix se porta rapidement sur le premier venu, un homme beaucoup plus vieux que lui et qui devait avoir connu davantage de guerre mais qu'un jeune homme mit rapidement à terre d'un simple tir. Les deux vagues de cavalerie se rencontrèrent alors, chacun cherchant à tuer l'autre de son sabre tandis qu'ils pénétraient plus profondément encore dans le dispositif adverse. Harry fut rapidement pris à partie par deux cavaliers, ces derniers cherchant à manœuvrer pour l'attaquer sur deux côtés, mais il répondait à leurs coups en entrechoquant sa lame sur les leurs. L'un d'eux tenta de lui porter un coup directement dans le ventre, mais il parvint à l'éviter en se couchant vers l'arrière, la lame ne passant qu'à quelques centimètres de son collet, avant qu'il ne se relève et d'un coup lui trancha la gorge. L'autre n'était pas en reste, mais plutôt que de s'attaquer directement à lui pour le tuer, il visait plutôt les jambes afin de le blesser en plusieurs endroits. Tant bien que mal, et au mépris de sa propre sécurité, Harry enlevait alors les pieds de ses étriers pour bouger suffisamment ses jambes et les mettre hors de portée, mais son cheval lui se trouvait harponné en plusieurs endroits supplémentaires par l'épée de l'autrichien. Celui-ci tenta alors de porter un coup d'estocade au niveau du torse d'Harry, mais il l'esquiva habilement en heurtant suffisamment fort son épée avec la sienne pour la dévier de sa course et, malgré les recommandations de Pajol, il glissa légèrement sa baguette magique dans son autre main :

- Stupefix ! Lança t-il d'un ton bas en la pointant vers l'autre.

L'homme, bien que simplement assommé, tomba à son tour de son cheval, mais étant donné la cohue environnante, il risquait fort de se faire écraser par quelques sabots égarés. Vérifiant que Pajol n'avait rien vu, Harry rentra rapidement sa baguette dans sa manche, mais alors, il repéra au beau milieu des combats un étendard autrichien, accroché à l'arrière d'un cheval tandis que son propriétaire se fondait dans les combats à la recherche d'un nouvel adversaire. Pris d'une soudaine envie de montrer sa valeur, Harry se porta alors au devant de lui, prêt à lui arracher son drapeau pour le ramener en main propre à l'empereur, mais il dut se rendre à l'évidence que le combat s'annonçait beaucoup plus compliqué que prévu lorsque son sabre qu'il dirigeait dans le dos de son adversaire fut contré par celui-ci. Le cavalier ne fut pas en reste, et dégageant d'un geste son épée, il fendit l'air en cherchant à lui trancher le torse, mais Harry esquiva au tout dernier moment son attaque même si son uniforme possédait à présent une déchirure le parcourant du buste au bas du ventre. Il tenta alors de viser plus haut, mais Harry para à son tour son attaque avec son arme, et tous deux commencèrent alors un duel se prolongeant de seconde en seconde sans qu'aucun ne semble prendre le dessus sur l'autre, chacun rendant coup sur coup à son adversaire dès lors que celui-ci essayait de passer au travers de sa défense.

L'autrichien était très habile de son épée, mais Harry lui était beaucoup plus malin ; enlevant de nouveau ses pieds des étriers, et malgré les blessures qui le lançaient de temps à autre, il profita d'une énième attaque pour coincer la lame de son adversaire avec celle de son épée et de son petit poignard puis d'un geste, il parvint à la lui arracher des mains et à la faire valser dans les airs. C'est alors qu'il se mit accroupi sur sa selle, et qu'après avoir brièvement analysé le déplacement de l'épée de son ennemi dans les airs, il planta la sienne dans la jambe offerte par ce dernier avant de rattraper au vol son arme et la lui enfoncer directement dans le ventre. L'autre n'avait même pas encore fini d'agoniser et de s'affaisser sur son cheval qu'il prit l'étendard accroché à l'arrière de son cheval avant de s'en retourner vers l'endroit où il supposait que se trouvait Pajol et Vanhoeven… Avant qu'une main soudaine sur son épaule l'en empêche et le fit tressaillir.

- Je crois que ceci m'appartient, dit une voix derrière lui avant de lui arracher le bâton des mains.

- Montebello ?! Bredouilla Harry en dévisageant le nouvel arrivant.

Celui-ci se contenta de sourire, un sourire particulièrement mauvais qui lui était pour autant tellement coutumier mais qu'il n'arborait généralement qu'à destination de Vanhoeven.

- C'est capitaine Montebello pour toi Bourbon, rectifia t-il en ignorant éperdument le combat qui se poursuivait autour d'eux. Et estime toi heureux que ce soit moi : tête en l'air comme tu l'es, tu aurais pu te faire si facilement tuer par derrière par un de ces foutus autrichiens. D'un autre côté, si je te tue maintenant, personne ne le saura…

Sa remarque lui fit immédiatement froid dans le dos, et Harry ne savait pas s'il était véritablement sérieux ou si cela faisait partie de l'humour discutable de Montebello.

- Maintenant si tu veux bien m'excuser, j'ai un étendard à apporter à l'empereur, dit-il en s'éloignant. Quand j'entrevois une opportunité de briller aux yeux de son altesse, je la saisis au vol, même si cela se fait au détriment d'un petit garçon encore en âge de se faire culotter par sa maman…

Et sur ces gentilles paroles, il disparut rapidement au beau milieu des combats, laissant derrière lui un Harry pantois dont l'humeur s'assombrissait au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient et qu'il se rendait compte qu'on venait de lui voler son petit moment de gloire. Furieux, il dut cependant rapidement revenir à la réalité lorsqu'à nouveau des soldats ennemis vinrent se porter à son encontre avec la ferme intention de le tuer. Harry ne savait pas depuis combien de temps il se trouvait là à embrocher, empaler avec son épée et tuer, ni même à combien d'hommes il venait d'ôter la vie, mais brusquement, le bruit d'un cors se fit entendre, et presque immédiatement, il remarqua que les cavaliers ennemis changeaient de direction et prenaient tout bonnement la fuite dans un désordre généralisé. À cheval ou à pied, les russes et les autrichiens repartaient vers la forêt, et de ce qu'il pouvait voir, celle-ci était soudainement devenue la cible directe de l'artillerie française tandis que la leur s'était brusquement fait muette.

- Ce n'est plus l'heure de roupiller Bourbon ! Lui lança Vanhoeven en passant près de lui au galop. Maintenant vient la phase deux du plan : Poursuivre et faire un maximum de prisonniers !

Ceux qui le pouvaient encore étaient effectivement en train de pourchasser leurs ennemis, et malgré les blessés sur lesquels ils marchaient ou trottaient, chacun y allait désormais de sa petite course à travers les rangs des fuyards pour les prendre de vitesse, les dépasser et les prendre à revers pour les forcer à s'arrêter. Ceux qui osaient encore se défendre étaient pour leur part purement et simplement éliminés, mais pour l'essentiel, l'infanterie adverse était bien incapable de se mettre à l'abri des assauts de la cavalerie française parmi ses unités. Suivant le geste de son supérieur, Harry fit de même, songeant pour la première fois depuis le début de la bataille qu'effectivement, une guerre ne se jouait pas sur un coup de dé, et qu'à la vue de l'amoncellement de corps éparpillés au quatre coins de la plaine, il s'en est fallu de peu, d'une once de chance peut-être, pour qu'il se retrouve lui même face contre terre, une plaie béante à l'abdomen ou un membre arraché par un boulet, tandis qu'autour de lui les combats se seraient poursuivis : Mourir anonymement, comme tous ces hommes, n'était clairement pas le destin qu'il s'imaginait.


A/N : Donc voilà, j'ai préféré m'arrêter là plutôt que de poursuivre sur les troupes de Murat qui se portent vers le plateau de Pratzen que Napoléon avec le soutien de ses maréchaux a pris à ses ennemis, la contre-offensive des coalisés et leur fuite (le chapitre aura fait 30 000 mots facilement).

Beaucoup de description n'est-ce pas ? En même temps, je me suis dit que pendant une bataille, les soldats ne devaient pas avoir beaucoup l'occasion de discuter entre eux mais plutôt de crier comme des tarés pour impressionner ou intimider l'ennemi ^^.

J'espère que ça vous a plu en tout cas ! Désolé pour les scènes de combat un peu brouillon, mais je me suis dit qu'en pleine bataille, un soldat ne pouvait pas combattre un ennemi plusieurs minutes sans qu'un autre adversaire vienne tenter de le tuer chaque seconde qui passe : Il fallait donc faire en sorte qu'ils soient expéditifs, rapides, et qu'ils s'enchaînent les uns après les autres. ça se résumait ainsi à "deux/trois coups d'épée, une petite acrobatie et Vlan je te tue !". Quant à faire usage de magie, je l'ai fait mais de manière très... discrète xD.

Pour la petite anecdote, j'ai lu il y a longtemps un récit sur un soldat qui revenait chaque fois du champ de bataille (je ne sais plus laquelle, peut-être bien Austerlitz) avec un étendard pris à l'ennemi au point qu'il en ait ramené une dizaine à Napoléon (prendre l'étendard d'un régiment ennemi était bizarrement l'un des objectifs que se donnait un soldat pendant une bataille, peut-être pour le prestige). Pris d'un pressentiment, Napoléon lui aurait demandé au bout d'un certain temps de ne pas y retourner, mais le soldat y est quand même allé ; Mal lui en a pris, il n'est jamais revenu. J'ai repensé à cette anecdote, et j'ai voulu l'inclure dans ce chapitre, d'où la petite scène de fin où Harry parvient à en avoir un, mais Montebello le lui prend immédiatement pour s'attirer la gloire à son compte.

J'aime vraiment le personnage de Vanhoeven : Je ne pensais pas au départ en faire un élément important de l'histoire, mais je pense que je pourrais bien lui donner un rôle plus important à l'avenir.

Le prochain chapitre sera totalement différent de celui-là : Beaucoup plus calme ! Il traitera de politique et... d'alliance. Je meurs déjà d'envie de l'écrire car il fait partie des chapitres clés de mon histoire. Je pense que l'envie fera que je commencerai à l'écrire dès demain !

Sur ce, à la prochaine !