Bonjour à tous !
Déjà un mois et demi depuis le dernier chapitre, j'espère que ça n'a pas été trop long pour vous !
Personnellement et à mon grand regret, je n'ai pas vraiment beaucoup de temps à accorder à cette fiction en ce moment à cause de mon mémoire ; Je trouve ça fascinant de devoir fouiller dans des vieux cartons d'archives, trier les informations qui nous sont utiles pour nos recherches de celles qui ne le sont pas... Le simple fait d'avoir entre les mains un papier qui n'a pas été touché depuis plus de 160 ans, c'est vraiment une sensation particulière, comme un morceau d'histoire qui refait surface après tant de décennies d'oubli et qui ne demande qu'à être exploité ^^. En tout cas j'adore ça (plus encore que l'odeur du vieux papier enfermé dans une boite xD) et je n'ai qu'une hâte, c'est de trouver un sujet encore plus vieux par la suite et qui me conduira à avoir entre les mains des documents et/ou objets datant de plusieurs siècles.
Concernant la fiction, disons que j'écris quand l'inspiration vient ou que j'ai un moment de libre ; Le rythme de publication restera à peu près le même avec une ou deux semaines de décalage au maximum.
Maintenant passons aux choses sérieuses : Le nouveau chapitre ! D'abord merci pour les commentaires ! Pour être honnête avec vous, l'appréhension de vos retours concernant le précédent chapitre et le fait que je ne l'ai pas beaucoup aimé moi-même font que je ne les ai même pas lu, mais comme je me dois de vous répondre, je vais m'y atteler aussitôt que j'ai publié ce chapitre. J'espère que vous n'avez pas trop été méchants ^^.
Guest: Gracias !
Guest2: Je n'ai pas compris la la référence à Wikipedia ^^, à moins que tu sois la personne m'ayant posé une question concernant le tableau !
I LOVE SSHH : Je crois y avoir répondu, à moins que j'y ai répondu après ce nouveau commentaire !
Xiophen : Thank You, but to be honest, I don't speak spanish at all and I don't really understand your review :/. But it's true that Dumbledore could remember the night of 31 october and the fact that Matthew wasn't the only little boy present in the bedroom... In his mind, Matthew is the only person who could be the chosen one because he has all specific criteria and he has completely forgotten Harry.
Concernant ce nouveau chapitre, le titre peut être trompeur dans le sens où il peut vous conduire en erreur. Ne vous arrêtez donc pas seulement à lui ! Le chapitre se recentre sur Harry, et comme il est à quelques mois maintenant de la fin de ses études, je me disais qu'il fallait bien retourner quelques temps à Metz.
Sur ce, bonne lecture !
Harry ne savait pas comment il s'était retrouvé là, de quelle manière et surtout, où diable il pouvait se trouver. L'endroit était sombre, lugubre et meurtri tandis qu'une désagréable atmosphère de mort planait dans l'air. Partout où il pouvait ses yeux, c'est à dire à peu près nul part, Harry ne voyait rien d'autre qu'un terrain boueux, défoncé sur lequel la rare végétation apparente semblait mourir à vue d'œil. Le brouillard qui s'était installé et ne voulait de toute évidence pas partir de sitôt rendait la zone encore moins accueillante pour lui, d'autant plus qu'un silence assourdissant contribuait à nourrir l'angoisse qu'il sentait grandir. Pas même le ciel ne pouvait être un indicateur sur l'heure qu'il pouvait bien être, sur le temps qu'il pouvait bien faire et même sur la période de l'année où il se trouvait. Non rien ne pouvait lui apporter le moindre secours, la plus petite aide aussi dérisoire soit-elle ou le coup de main salvateur qui pourrait l'extirper du problème qu'il rencontrait.
Désemparé, Harry n'avait d'autre choix que de marcher, fendre ce brouillard qui pourtant semblait le suivre à chacun de ses pas comme pour se moquer de lui, à essayer de cheminer sur le terrain défoncé et mouillé sur lequel progressaient ses jambes et ses bottes boueuses s'enfonçant de temps à autre jusqu'au niveau de ses chevilles tout en regardant les environs à la recherche du moindre indice. Nerveusement, ses mains se portaient machinalement vers ses cheveux dans lesquels il faisait glisser ses doigts sans même se rendre compte de l'absence de sa coiffe militaire, mais plus encore, il triturait machinalement la baguette magique qu'il faisait sortir puis rentrer dans sa manche en espérant au fond de lui qu'il n'en aurait pas à s'en servir.
Soudainement, il s'arrêta au bruit du hennissement d'un cheval, un son qui, en temps ordinaire lui faisait apprécier la majesté et la noblesse de cet animal, mais qui pour l'occasion ne faisait que rajouter encore à l'atmosphère pesante de cet endroit. Ô combien il aimerait pouvoir s'échapper d'ici, surtout pouvoir partir sur le dos de ce cheval pour l'heure invisible ! Mais comme le reste, l'équidé ne pouvait être vu, et seuls ses hennissements de plus en plus sonores rompaient la monotonie ambiante.
- Animalis Revelio ! Tenta t-il platement en visant un point imaginaire devant lui.
Manque de chance, sa baguette refusait de coopérer, et là où il espérait qu'elle pointerait dans la direction du cheval, celle-ci resta parfaitement immobile dans sa paume de main. À vrai dire, Harry n'avait pas même l'impression que la moindre once de magie ait pulsé à l'intérieur de celle-ci, ce qui l'inquiétait grandement.
- Stupefix ! S'écria t-il pour confirmer les craintes qui commençaient à germer dans son esprit.
Rien ne se produisit, et telle la brindille inutile qu'elle était devenue en cet instant, sa baguette resta comme morte, inerte dans le creux de sa main, vide de toute volonté d'aider son propriétaire. Dépité, Harry la rangea de nouveau dans l'étui dissimulé sous sa manche, mais une voix le fit aussitôt la reprendre :
- On se sent démuni, mon petit sorcier?
Surpris, Harry se mit immédiatement en position de combat, tournant sur lui-même de temps à autre pour mettre en joug la nouvelle personne arrivée sans crier garde et qui se cachait dans le brouillard. Celle-ci se fit de nouveau silence pendant près d'une minute au point qu'Harry crut qu'elle était déjà repartie, mais à peine cette idée lui traversa l'esprit que la voix se fit de nouveau entendre :
- Tu as peur… Je sens l'angoisse qui te gagne petit sorcier… Le petit lapin est pris dans le piège et tente désespérément de s'échapper du chasseur venu l'attraper…, disait-elle d'un ton onctueux et moqueur.
- Montre-toi, couard ! Lui lança Harry en continuant à regarder autour de lui frénétiquement.
- C'est que l'on est impatient ! Ricana l'autre tandis que sa voix semblait soudainement se répercuter tout autour d'Harry comme un écho. La patience est pourtant une vertu mon garçon, mais la connaissance des vertus a peut-être été étrangère à ton éducation.
- Je vous interdis de remettre en cause l'éducation que m'a apporté ma mère ! Répliqua t-il durement. Qui êtes-vous donc pour juger de ces choses là, vous qui de toute évidence aimez médire sur l'éducation des autres mais qui oubliez une chose essentielle : Avant d'interpeller quelqu'un, il est de bon ton de se présenter d'abord !
- Oh mais si vous insistez votre majesté ! Déclara l'autre avant de s'esclaffer bruyamment.
Le brouillard sembla alors se dissiper devant lui, et petit à petit, une forme au départ trouble se dessina au travers de celui-ci. Bientôt, un cheval d'un blanc immaculé et contrastant avec le sol noir d'encre apparut, mais ce qui troubla davantage Harry fut le cavalier qui se tenait sur son dos. La voix lui avait été totalement étrangère, et preuve de sa méconnaissance, Harry ne pouvait pas davantage mettre un nom sur la personne qui lui faisait soudainement face, mais l'uniforme qu'il portait lui ne laissait aucun doute sur sa nationalité : Un autrichien, et de surcroît un autrichien dont le torse et la jambe étaient perforés pour chacun d'une épée. L'homme avait le teint cadavérique, et une large auréole de sang s'étalait sur le blanc de son haut d'uniforme, mais pour autant il tenait solidement les rênes de son cheval, et aussi droit qu'il pouvait l'être sur son animal, il avançait à petit vers Harry aussi tranquillement que possible.
- Impossible…, marmonna t-il en fronçant les sourcils. Vous ne pouvez pas être autrichien, vous n'avez aucun accent !
- Est-ce cela qui t'étonne le plus? Lui demanda l'homme en arquant un sourcil. Mon accent?!
Aussitôt après un rire sinistre s'extirpa de sa bouche tandis qu'au même moment et à l'horreur d'Harry, un jet de sang sortait également de la plaie de son torse pour éclabousser le poil blanc de son cheval.
- N'es-tu pas davantage intrigué par le fait qu'un homme ayant deux épées plantées dans son corps puisse tenir sur un cheval et tenir conversation de manière si insouciante? Reprit l'autre en continuant de s'avancer.
- Qui êtes-vous? Lui demanda sans prendre des pincettes Harry.
- Tu ne me reconnais pas? Lui dit l'autre. Regarde donc ceci…
Et sans plus attendre, l'homme se munit de l'épée plantée dans sa jambe, et après l'avoir retiré en perdant au passage encore plus de sang, il l'envoya d'un geste jusqu'aux pieds d'Harry. Sans demander son reste celui-ci la saisit, les sourcils encore davantage froncés qu'auparavant tandis qu'il examinait la lame puis le pommeau de l'arme. L'incrédulité laissa alors rapidement place à l'étonnement puis à l'effroi en constatant qu'il connaissait bien cette arme pour l'avoir actuellement rangé dans son fourreau… Du moins, c'est ce qu'il crut jusqu'à ce qu'il regarde par lui-même sa ceinture et qu'il se rende compte que son sabre manquait à l'appel.
- Cet indice a t-il été plus… percutant? Demanda l'autrichien.
Harry le regarda sous un nouveau jour cette fois-ci, cherchant dans sa mémoire le moment où il avait bien pu rencontrer cet homme par le passé, et une seule occasion possible lui revenait continuellement en tête, la seule d'ailleurs où il avait dû véritablement faire usage de son épée pour tailler en pièce un ennemi : Austerlitz. Comme un signal, le brouillard autour d'eux disparu totalement, et Harry découvrit qu'il se trouvait sur cette fameuse pleine de Moravie où, dans un temps qui lui semblait si lointain maintenant, il avait véritablement fait ses premiers pas dans la carrière de soldat, chevauché et chargé en compagnie de camarades d'un même régiment, risqué sa vie pour un autre et… tué aussi. Oh ça, il n'en était pas peu fier, et à voir les milliers de cadavres en putréfaction d'hommes et de chevaux autour de lui, la guerre lui apparaissait comme un moment dont la répugnance n'avait l'égal que l'odeur de pourri qui chatouillait ses narines. La désolation environnante elle, ajoutée aux lueurs rougeoyantes du ciel et du sang qu'il avait pris au premier abord pour des flaques d'eau n'améliorait en rien le paysage qui s'offrait à son regard, pas davantage lorsque ses yeux se reposèrent sur l'homme qui lui faisait face et dont l'étendard, secoué par un vent qu'il ne pouvait lui-même sentir, flottait derrière lui.
La compréhension se fit alors jour dans son esprit à la seule vue de ce drapeau, le même qu'il avait si ardemment voulu obtenir pour l'offrir à l'empereur de ses propres mains mais qui lui avait échappé par l'avidité d'un autre ayant depuis obtenu les lauriers de son travail…
- Vous êtes l'homme que j'ai affronté ce jour-là…, énonça t-il platement en se remémorant le duel qui les avait opposé.
- Tu es plutôt perspicace, se contenta de répondre l'autrichien. Oui, l'homme que tu as si astucieusement tué avec sa propre épée pour… Un simple bout de tissu…
Vu de cette manière, Harry trouva la raison particulièrement idiote, et il s'en voulu presque d'avoir été jusqu'à cette extrémité. Mais un rappel des circonstances de son acte lui ôta rapidement de la tête celui-ci : La guerre ne faisait pas de cadeau, et la mort n'était que l'une des conséquences de celle-ci, le danger qui pouvait guetter tous ceux qui y participaient.
- Si ça n'avait pas été moi, un autre aurait très bien pu vous tuer également, lui rappela alors Harry.
- Oui, mais vois-tu quelqu'un d'autre ici ayant eu l'insigne honneur de me sabrer? Ne remets pas ta faute sur un coup de dé ou sur une destinée qui t'aurait plus souri qu'à moi et vois les choses en face : Tu es un assassin.
Harry ne put s'empêcher de tressaillir devant l'insulte que venait de lui lancer l'autre, et la mâchoire serrée, il se sentit bien incapable de lui répondre. Depuis des semaines maintenant, ce sentiment ne le quittait pas, et la culpabilité le gagnait chaque fois qu'il songeait aux vies qu'il avait ôtées sur ce champ de bataille, à ces familles qui attendaient avec désespoir le retour de l'être cher, un être qui malheureusement pour elles ne reviendrait jamais, toutes ces femmes désormais veuves, ces enfants orphelins de père, ces parents dont le fils ne reviendrait jamais plus… Non, rien de ce que pouvait dire les autres ne parvenait à apaiser le malaise qui s'était immiscé en lui comme un ver dans une pomme désormais pourrie.
- Meurtrier…, souffla l'autre avec un soupçon de malice dans la voix. Quelle honte mon pauvre garçon. N'est-il pas interdit d'ôter la vie d'un autre d'après les saintes écritures? Que penserait donc Dieu en songeant que sa brebis s'est éloignée des sentiers vertueux de la droiture pour commettre le pire des crimes possible? Ta conscience est-elle seulement en paix depuis lors? Combien de fois as-tu seulement essayé d'expier tes méfaits, pauvre petit pécheur?
- Chaque jour durant, avoua bien malgré lui Harry en baissant les yeux vers le sol.
- Il te faudra bien plus que de simples prières pour que l'on puisse te pardonner de tels gestes, déclara l'autrichien en se délectant avec un plaisir manifeste du mal être de son vis-à-vis. Tu es dans le péché sorcier, et tu vivras éternellement avec ce poids sur le cœur pour le restant de tes jours. Oh comme je ne t'envie point, vivre avec un tel fardeau doit être si difficile à supporter…
Harry resta de nouveau silencieux, mais intérieurement il ne pouvait que donner raison à l'autre homme. Lui-même aimerait un seul instant ne pas avoir à se rappeler de cette journée, ne pas avoir cette petite voix dans la tête lui rappelant qu'il avait passé un cap dans sa jeune vie au moment même où il avait arraché la vie du corps de son premier ennemi, laissé le dernier battement de son cœur s'échapper avant de rester inerte à jamais. Comme le désir de revenir en arrière, de retourner au jour même de cette bataille et de se faire porter malade pour avoir à éviter de combattre était tentant… Mais non. Après deux mois maintenant, il en était toujours au même point, à faire ces horribles rêves où à chaque fois l'un de ses adversaires venait hanter ses pensées et le faire culpabiliser davantage.
Tandis que l'homme avançait, Harry remarqua quelques changements physiques chez lui, mais aussi dans sa manière de s'habiller. Ses cheveux commençaient à grandir et à tomber en cascade sur ses épaules, de la dentelle apparaissait à certains endroits de son uniforme tandis que les jambes de son pantalon fusionnaient pour se métamorphoser en une robe de plus en plus longue et gonflée par des paniers. Bientôt, le soldat avait totalement disparu, remplacé par la vision de la propre princesse de Lamballe dont le regard indéchiffrable donnait pourtant des frissons à Harry.
- C'est pitié de vous voir ainsi Gabriel, dit-elle d'un ton froid en le regardant avec une hostilité peu commune. J'ai usé de mon temps et de mon énergie pour vous former, vous mouler dans l'héritier que je souhaitais que vous soyez et faire de vous un homme respectable, fort et partageant mes principes. Mais voilà bien la preuve de l'ingratitude qui n'a jamais cessé d'exister en vous depuis le jour où j'ai eu le malheur de venir dans ce misérable orphelinat ! Est-il trop dur pour vous de faire honneur à votre famille? Votre petit cœur d'enfant ne supporte t-il pas de voir couler le sang? Êtes-vous seulement un homme Gabriel, ou ai-je élevé depuis tout ce temps une mauviette? Regardez-vous ! Qui pourrait supposer ici qu'un prince se tient devant lui?
- M-mère…, commença t-il d'une voix désespérée. Ce n'est pas ce que vous semblez croire, je…
- Oh mais je sais parfaitement reconnaître un couard lorsque mes pauvres yeux se posent sur l'un d'eux, et en l'occurrence, l'héritier de la branche cadette des de Savoie semble avoir les nerfs trop fragiles pour suivre les traces de ses ancêtres ! Quelle honte vous jetez sur notre famille Gabriel ! S'écria t-elle de vive voix.
Puis, comme tout à l'heure, sa mère sembla de nouveau se métamorphoser. Ses cheveux prirent une couleur auburn, ses traits du visage semblèrent rajeunir à vue d'œil tandis que ses vêtements devenaient moins larges et moulaient davantage son corps. Rapidement, Marie-Louise laissa la place à Lily Evans, une Lily qui comme les deux autres avant elle regardait avec froideur le jeune homme devant elle et qui pour sa part était bien incapable de garder un contact visuel avec la nouvelle arrivante.
- Je n'ai jamais compris ce qui pouvait bien clocher chez toi Harry. Tu as toujours été un garçon si différent des autres, si renfermé sur toi-même au point de préférer la compagnie des livres à la compagnie d'autres enfants de ton âge, si distant avec ta propre famille que tu évitais au possible le moindre contact avec ton propre père… Peut-être est-ce pour cela que vous n'avez jamais pu créer le moindre lien ensemble…
Sa voix était calme, mais Harry pouvait aisément percevoir la pointe d'amertume qui le frappait en plein cœur aussi durement qu'un coup de poing en pleine figure.
- J'ai toujours pris ton parti et c'est peut-être bien là mon erreur, reprit-elle. Si j'avais écouté James, peut-être que les choses auraient été différentes et probablement pour le mieux. Notre famille serait toujours réunie, heureuse et soudée comme jamais. Mais il a fallu que je fasse l'erreur d'écouter les plaintes d'un petit garçon en manque d'attention, et aujourd'hui, ce petit garçon est devenu un homme prêt à assassiner n'importe qui pour un enjeu qui le dépasse et un étendard dont il ne serait jamais le propriétaire. Ciel, j'ai enfanté un monstre !
La dernière pique fut, bien plus que tout le reste, d'une douleur insupportable pour son fils dont les yeux commençaient à s'humidifier. Sans même songer à la contradiction des discours entre sa mère lui reprochant d'être incapable de surmonter le poids de ses actes en temps de guerre et de l'autre qui les condamnait, Harry se laissa submerger par l'émotion et laissa s'écouler les larmes qui depuis longtemps menaçaient de tomber. Oui, peut-être était-il tout simplement le monstre de froideur que dépeignaient si facilement cet autrichien et sa propre mère, ou alors ce lâche obéissant à des ordres le révulsant et dont il ne supportait les conséquences… Valait-il finalement plus que son propre frère? Leur famille était-elle destinée à n'être rien d'autre qu'un regroupement de couards, de fripons, d'individus incapables d'effectuer le moindre geste ou la moindre action sans que celle-ci n'ait de conséquences fâcheuses? Sa seule existence même contribuait-elle a tous ces bouleversements autour de lui? Peut-être que cette Lily avait raison : S'il n'avait jamais existé, le destin de la famille Potter aurait pu être tout autre, à commencer par le couple qui unissait ses parents.
Sans même s'en rendre compte, la figure de Lily se métamorphosa encore pour laisser place à sa propre sœur, puis à Daphné, puis à James, Matthew, Dumbledore, ses camarades de régiment… Chacun y allait de sa petite pique personnelle, d'un reproche à peine voilée visant à le déstabiliser sur des sujets qui le concernait et en premier lieu celui de la guerre. Encore et toujours.
- Arrêtez…, plaida t-il lorsque la forme ayant pris l'apparence de son propre lieutenant-Colonel lui affirmait ne jamais avoir eu une telle femmelette dans ses rangs.
- Peut-être n'avez-vous jamais eu votre place dans cette école, lui lança de manière cinglante Pajol d'un ton moqueur. Vos petites prouesses en escrime et en magie ne parviennent pas à masquer le fait que vous n'avez pas suffisamment de cran et de tripes pour supporter les affres d'un conflit. Peut-être auriez-vous dû vous reconvertir dans un autre domaine… Vivre dans un cloître pour le restant de vos jours peut-être? Je suis sûr que la tonsure et la robe de bure vous iriez si bien !
Jamais Harry ne s'était senti aussi démuni devant les invectives qu'on lui lançait, et il ne parvenait à répondre à celles-ci que par un mutisme qui plaidait presque pour une forme d'aveu de sa propre faiblesse. Agenouillé depuis un moment par terre, les mains plaquées contre le sol sur lequel il laissait librement tomber ses larmes, il était désormais bien incapable de supporter le poids de la culpabilité qui lui tombait sur le dos à mesure que chaque apparition faisait l'étalage de tous ses échecs, des choses qu'il n'aurait jamais dû commettre ou des décisions qu'il n'aurait jamais dû prendre.
- Gabriel?
Refusant de répondre à l'apparition de Juliette, Harry persista à garder son visage fixé sur la mare de sang sous lui dans laquelle il espérait pouvoir se noyer. Oh non, il était déjà bien difficile d'entendre ses horreurs de la bouche de ses proches, voir ses propres amis médire sur son nom ne ferait que l'achever encore davantage.
- Gabriel ! Réveille-toi !
«Me réveiller?» pensa t-il alors en sentant soudainement le poids de la culpabilité disparaître aussitôt.
- Gabriel !
Harry ouvrit finalement les yeux, la respiration saccadée et le corps pris de soubresauts. Autour de lui de multiples lumières semblaient flotter dans un halo immaculé qui lui donna l'espace d'un instant l'impression de s'être retrouvé au paradis. Puis, à mesure que sa vue se rétablissait, il remarqua qu'il n'était non pas avec Saint Pierre mais bien dans son dortoir, et ce n'était pas les anges qui l'accueillaient à bras ouverts mais quelques camarades de classe qui, à en juger par leurs airs fatigués et inquiets, devaient probablement être auprès de lui depuis un bon moment à l'écouter gémir dans son sommeil.
«Par Merlin», pensa t-il honteusement en réprimant l'envie de se replonger dans le duvet de ses draps et d'ignorer les regards que lui lançaient ses amis. «Je devrai placer un sortilège de silence beaucoup plus puissant la prochaine fois».
Étonnamment, Harry remarqua également la présence de Pajol aux côtés de ses camarades, mais si ces derniers laissaient paraître l'inquiétude ou leur curiosité sur les traits de leurs visages, son directeur lui paraissait parfaitement stoïque, presque indifférent à ce qui se passait. Cependant, connaissant l'homme depuis près de sept ans maintenant, Harry savait qu'un millier de questions devaient probablement batailler dans son esprit, et il n'était pas tout à fait certain de vouloir répondre à la plupart.
Son regard se porta alors sur Juliette et Nicolas, tous les deux recouverts de leurs robes de chambre, et pour la première fois Harry se rendit compte de la quantité de sueur qui perlait sur son front… Sans parler du reste de son corps qui, dans des draps devenus humides, s'était complètement enchevêtré en eux.
- Gabriel? Lui demanda de nouveau Juliette. Est-ce que ça va?
- O-oui, enfin je crois…, bredouilla t-il en se passant une main sur le front pour l'éponger vaguement. Que s'est-il passé? Pourquoi êtes-vous là?
- Tu… Tu criais dans ton rêve, lui expliqua t-elle doucement.
- C'était plutôt un cauchemar si tu veux mon avis, l'interrompit Nicolas avant de se voir adresser un regard noir de la part de leur amie.
- Enfin voilà, tu avais l'air de supplier quelqu'un, ou des gens…, poursuivit-elle après quelques secondes de silence. Tu leur disais que tu étais désolé et des choses de ce genre, et l'on avait beau essayer de te réveiller et te secouer, tu continuais à dormir…
S'il en avait eu l'occasion, Harry aurait aimé s'enfoncer si profondément dans ses draps et son matelas que même sa tête aurait disparu, ou alors se précipiter vers la fenêtre et se jeter dehors pour ne plus jamais reparaître devant eux. Vu de cette manière, sa honte ne fit que redoubler de vigueur, et il avait l'impression maintenant d'être un petit garçon effrayé par un cauchemar et incapable de garder pour lui la panique qui l'avait gagné. Il espérait surtout, et cet espoir était probablement vain, que les autres n'aient pas eu la même pensée devant la scène qui s'était déroulée sous leurs yeux.
- Je… Ce n'est pas grave, dit-il en essayant de se montrer rassurant. Ce genre de choses arrive…
- C'est la quatrième fois ce mois-ci, lui fit cependant remarquer Juliette d'un ton bas pour ne pas que d'autres puissent l'entendre. Et celle-là est pire que les autres !
- Venez immédiatement avec moi Bourbon, lui ordonna tout à coup Pajol en repoussant d'un coup de baguette ses draps. Vous avez dix secondes pour vous préparer, et dix autres pour vous trouver derrière mois lorsque je quitterai ce dortoir.
Surpris, Harry le fut davantage encore lorsque Pajol mit sa menace à exécution en se déplaçant vers la sortie. Autour de lui, les chuchotements redoublèrent, mais ceux qui ne se trouvaient pas à proximité de son lit pensèrent à tort qu'il s'agissait probablement pour Harry d'une probable sanction pour une bêtise ayant nécessité le déplacement en personne de leur directeur. Hébété, Harry reprit cependant contenance lorsque Nicolas, peut-être par pitié, le frappa légèrement derrière le crâne pour lui remettre les idées en place. Harry se leva précipitamment de son lit, mit à la hâte ses chaussons et tenta tant bien que mal de rattraper son directeur qui avait déjà une bonne longueur d'avance sur lui.
Faisant fi des nombreux regards qui les suivaient tous les deux, Harry enjoignit le pas de son supérieur et le suivit tel une ombre en direction de la sortie. Cependant qu'il arrivait à hauteur de Boulanger, il ne put s'empêcher de remarquer le petit rictus un brin moqueur de son meilleur ennemi, un sourire qui, il pensait à juste titre, risquait de ne pas disparaître de sitôt s'il ne se donnait pas les moyens de le lui retirer lui-même.
«Tu riras beaucoup moins demain lorsque ton uniforme aura changé de couleur sans même que tu ne t'en rendes comptes» pensa t-il pour lui-même en répondant au geste de Boulanger.
Bientôt, directeur et élève se retrouvèrent dans les couloirs de l'académie, le talon des bottes de Pajol résonant avec fracas dans les multiples pièces vides qu'ils traversaient. Ni l'un ni l'autre ne soufflait le moindre mot comme plongés dans un mutisme qu'aucun n'osait rompre. Harry appréhendait surtout de savoir ce que lui voulait son supérieur, et surtout, quel reproche il pourrait bien lui faire : Ne venait-il pas de réveiller son dortoir avec ses gémissements? Ne venait-il pas de déranger Pajol pour un simple cauchemar? Et puis, que faisait-il donc à se promener dans les couloirs à une heure aussi tardive de la nuit? Le soleil n'allait de toute évidence pas se lever avant longtemps, et la pluie qui continuait à cogner sur les fenêtres devant lesquelles ils passaient n'était certainement pas propice à une ballade même nocturne. Pourtant, son directeur était trempé, du moins partiellement, mais Harry restait persuadé qu'il ne pouvait s'être plaint dans son sommeil suffisamment fort pour réveiller Pajol alors que ses quartiers se trouvaient de l'autre côté de la cour dans un bâtiment n'ayant aucune communication avec son dortoir.
- Un élève dans les couloirs ! Hurla alors d'une voix joyeuse Gaston en se précipitant vers lui, les clefs des multiples salles de l'académie s'entrechoquant sur son flanc à chacune de ses foulées. Quand le directeur le saura mon gaillard, tu connaîtras le fouet, ça je te le garantis !
- Je suis déjà au courant Gaston, répliqua d'une voix grave Pajol en se tournant vers lui. Je suis justement la raison pour laquelle Monsieur Bourbon est convié dans mon bureau.
Si le concierge avait semblé penser que noël était arrivé avec près de dix mois d'avance en repérant au loin la silhouette d'Harry, il fut fortement déçu en constatant la présence de son employeur à quelques mètres de lui, sa propre apparence se dessinant brièvement au moment où un éclair zébrait le ciel au dehors.
- P-pardonnez moi Monsieur Pajol, je… Je ne vous avais pas vu ! Bredouilla le vieil homme en baissant platement la tête. J'aurais dû me douter qu'un élève ne pouvait pas sortir de son dortoir en pleine nuit à moins que cela soit le fait d'un ordre venant d'au dessus ou d'une bêtise sans nom ! Quoiqu'à y voir de plus près, ça ne m'étonnerait pas de la part d'une mauvaise graine comme celui là…
- Nous nous passerons de vos commentaires Gaston, répliqua t-il en reprenant sa route. Allez donc vérifier que les grilles d'entrée sont bien fermées et qu'aucune gouttière ne fuit, et vous me ferez ensuite le plaisir d'aller vous coucher.
- Tout de suite Monsieur ! Lui répondit le concierge avant d'adresser un regard mauvais à l'encontre de l'élève encore présent. Toi un jour, je t'aurai !
- Alors il vous reste un peu plus de quatre mois maintenant pour mettre en application vos desseins, car je n'ai pas l'intention de m'éterniser ici une fois mon diplôme obtenu ! L'informa Harry avant de tourner les talons et de s'éloigner à son tour, un mince sourire aux lèvres. Bonne chance à vous Gaston !
Bizarrement, et tandis qu'il tentait de rattraper Pajol, Harry se sentit mieux par cette rencontre opportune, du moins avait-il l'impression qu'un poids s'était allégé sur ses épaules. La raison? Lui-même l'ignorait, et Gaston n'avait rien à voir avec la situation dans laquelle il se trouvait, mais peut-être tout simplement qu celui-ci était parvenu sans le vouloir à alléger l'esprit du jeune élève.
Son humeur légèrement plus joyeuse redescendit cependant de quelques crans lorsqu'il remarqua que son directeur s'était arrêté devant la porte menant à la cour, et un simple coup d'oeil dans sa direction lui certifia que Pajol n'avait nullement l'intention de prendre un long détour pour revenir à son bureau ; Il allait falloir traverser la cour, et par ce temps, Harry regretta de ne pas avoir pris davantage de soin à sa tenue.
- Mettez ceci, lui ordonna son supérieur tandis qu'il faisait apparaître une épaisse cape dans laquelle Harry s'emmitoufla immédiatement. J'espère qu'une petite course sous la pluie ne vous dérangera pas.
Mettant de côté les questions qui le tiraillaient concernant la capacité extraordinaire de son chef à deviner en une fraction de seconde les pensées qui germaient dans l'esprit de ses élèves, Harry courut à la suite de Pajol en direction de la porte lui faisant face alors même que l'orage redoublait de violence et qu'un vent insolent soufflait sur sa maigre protection. Malgré tout, ils parvinrent tous deux sans encombre à leur destination, et retenant l'envie de souffler de soulagement, l'élève suivit les traces boueuses laissées par son directeur dans le couloir dans lequel ils s'engageaient. En quelques minutes à peine, ils parvinrent finalement à leur point de chute, et à peine Pajol eut-il ouvert la porte de son bureau qu'une chaleur accueillante s'invita dans l'embrasure de la porte et qu'un feu ronflant dans la cheminée encore allumée maintenait à une température agréable. Délaissant sa cape qu'il posa sur l'un des fauteuils, Harry laissa Pajol s'asseoir à sa place habituel pendant qu'il étirait discrètement ses membres un à un ; Traverser l'école et un orage pouvait être bien plus éreintant qu'on se l'imaginait.
- Asseyez-vous, lui intima le directeur en pointant sa baguette magique en direction de l'âtre de la cheminée où les flammes redoublèrent d'ardeur.
Ne se faisant pas prier deux fois, Harry hocha simplement sa tête avant de se poser avec toute la grâce dont était capable un jeune garçon de près de dix-sept ans encore légèrement somnolent et qui s'était vu tiré d'un mauvais cauchemar moins de dix minutes auparavant. Du coin de l'oeil, Harry remarqua que la couchette de Pajol était encore parfaitement rangée, les draps pliés avec soin et l'absence totale d'un creux sur le coussin. Son directeur avait-il seulement dormi cette nuit, ou s'était-il offert le luxe d'une nuit blanche à travailler sur des dossiers ou à assister à une réunion très tardive? Lui seul le savait, et il se savait en aucune façon capable de pouvoir le questionner à ce sujet.
- Café? Thé? Lui proposa Pajol en prenant lentement place dans son propre fauteuil.
- Je ne veux rien Monsieur, lui répondit-il d'une faible voix.
- Et moi, je veux que vous preniez quelque chose, parce que vous n'êtes pas prêt de sortir de cette pièce avant que vous ne m'expliquiez ce qui vient de se passer, répliqua Pajol d'un ton dur en dardant ses yeux sur lui. Nous avons toujours les idées plus claires après avoir pris un petit remontant.
- Un café alors, lui dit alors Harry après quelques instants de réflexion.
Un coup de baguette plus tard, une tasse fumante et odorante fit son apparition devant lui, et sans demander la permission, Harry se saisit du sucre disposé dans la coupelle pour l'agrémenter au café et porter ensuite le liquide ambré à sa bouche. La café lui brûla légèrement la langue, mais en quelques secondes, il se sentit beaucoup plus éveillé qu'il ne l'avait été depuis qu'il avait été arraché des bras de Morphée auparavant.
- Bien, reprit Pajol en se servant lui-même une tasse. Je crois ne pas avoir à vous expliquer la raison de votre présence dans mon bureau, alors venons-en droit au fait, voulez-vous?
- Je vous assure Monsieur qu'il n'y a nul besoin d'un entretien pour discuter d'un sujet aussi dérisoire qu'un simple cauchemar, tenta Harry avant de comprendre par un simple regard que son supérieur n'était pas du tout de cet avis.
- Cela aurait pu être vrai en d'autres circonstances, mais quand ce problème se renouvelle presque chaque semaine au point que votre amie Mademoiselle Rivelli vient en personne m'en tenir quelques mots, je puis me permettre d'en douter.
«Traîtresse» ne put s'empêcher de penser Harry en songeant à son amie, mais la raison lui soufflait surtout qu'après avoir réveillé à plusieurs reprises sa camarade ces dernières semaines, elle pouvait bien être en droit de s'inquiéter pour lui.
- Voulez-vous me parler de ce qui vous tracasse, Bourbon? Lui demanda alors son directeur.
- Je… Ce ne sont que des cauchemars, bredouilla t-il en baissant les yeux, presque honteux à l'idée d'en troubler ses nuits et celles de ses amis.
- Toujours les mêmes? S'enquit alors Pajol d'un ton distrait.
- à peu de choses près oui…, répondit-il en essayant brièvement de se les remémorer.
- Tournent-ils autour d'un fait qui se serait déroulé… Disons… au mois de décembre? Poursuivit-il du même ton.
Là, Harry ne put s'empêcher de froncer légèrement les sourcils tandis que l'étonnement le gagnait. Pajol avait-il effectué de la légilimancie sur lui sans même qu'il puisse s'en rendre compte, ou était-il tout simplement trop prévisible? La deuxième possibilité était davantage sensée et logique, mais il ne parvenait malgré tout pas à comprendre comme son supérieur était capable d'arriver à une conclusion aussi facilement.
- Je n'ai pas besoin de réponse puisque je la connais déjà, lui lança alors Pajol. J'ai rencontré bien trop souvent dans ma carrière des cas s'apparentant au vôtre pour ne pas comprendre le mal dont vous souffrez…
- Je ne suis pas malade, le coupa brutalement Harry d'une voix froide.
- Pas comme vous le pensez effectivement, approuva t-il en croisant les bras. Et je vous rappelle qu'entre ces quatre murs, vous n'avez pas à m'interrompre et à manquer à vos devoirs, jeune homme. Lorsque quelqu'un parle, on l'écoute et on ne lui coupe pas la parole.
Bien malgré lui, Harry se tortilla sur sa chaise, mal à l'aise à l'idée d'avoir été ainsi réprimandé tel un enfant pour un manquement au respect qu'il devait à son aîné. Mais Pajol avait raison, et son jeune élève se sentait mal d'avoir eut l'audace de lui parler ainsi.
- Pardonnez-moi, s'excusa t-il platement en baissant de nouveau le regard sur ses chaussons qu'il trouvait soudainement fascinants.
- Je passerai l'éponge pour cette fois, mais que cela ne se renouvelle pas, trancha Pajol avant d'observer de nouveau la tasse fumante qu'il tenait et le café qu'il touillait machinalement. Pour en revenir à notre conversation, je disais donc que vous souffrez d'un mal qui m'est coutumier, que j'ai observé à diverses reprises par le passé et pour lequel il n'existe aucun véritable remède.
- Et qu'est-ce que c'est? L'interrogea Harry.
- Les retombées de la guerre mon garçon, énonça t-il tranquillement comme si cela était l'évidence même.
Harry en aurait presque été déçu, lui même ayant établi ce constat bien rapidement. Cependant, un poids semblait disparaître à la vérité même que d'autres avant lui pouvait souffrir des mêmes maux, des mêmes angoisses et des mêmes retombées d'un conflit dont il avait été l'un des acteurs et dont il ne parvenait pas à se soustraire l'idée qu'il avait eu beaucoup de chance d'en ressortir vivant après la boucherie qu'il fut.
- Ce que j'aimerai cependant savoir, c'est la raison pour laquelle vous n'avez pas jugé utile et logique de venir m'en parler, reprit Pajol en prenant de nouveau un ton dur et ferme. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi quelqu'un d'aussi intelligent que vous n'a pas eu l'idée somme toute saugrenue que ses supérieurs, ses enseignants ou même ses camarades de régiment ont ou aient pu par le passé souffrir du même problème que vous. Pourriez-vous éclaircir mes lanternes Bourbon, parce qu'à la vérité, je ne conçois pas que l'on puisse garder cela pour soi.
Dans ces moments là, Harry ne pouvait que louer la capacité de son directeur à rendre les gens encore plus misérables qu'ils ne l'étaient au départ, mais il se sentait surtout bête de ne jamais avoir approché Pajol ou l'un de ses professeurs pour une telle question. Oui, sa réflexion avait été on ne peut plus stupide et dépourvue de bon sens, et chose peu coutumière pour lui, il en vint à reconsidérer l'intelligence que tout le monde louait à son sujet. Pajol avait vécu tellement de conflits, de guerres, de combats rapprochés, qu'il avait dû bien depuis le temps embrocher des centaines d'ennemis… Et lui ne parvenait pas à s'enlever de la tête que ce qu'il avait fait était mal et lui pesait sur la conscience depuis des semaines maintenant.
- Vous savez, je pourrais presque me sentir responsable et concerné par votre état, lui lança Pajol en détournant le regard vers le portrait de l'empereur accroché au dessus de sa cheminée. Mais presque est le mot qu'il faut retenir dans ma phrase parce que la seule erreur que je veux bien vous concéder est la mauvaise évaluation des risques que vous pouviez encourir en m'accompagnant il y a quelques mois. Peut-être n'avez-vous pas les tripes pour supporter ce genre de péripéties?
- Je ne suis pas faible, répliqua t-il durement en ayant la désagréable impression d'un déjà-vu familier pour l'avoir déjà vécu dans son propre rêve quelques minutes plus tôt.
Pajol se contenta d'un sourire froid lui donnant l'impression qu'il doutait fortement de ses propos alors que les flammes crépitantes de la cheminée sonnaient presque comme un ricanement.
- Je ne remets pas en question vos talents, vous même savez que vous êtes bien au dessus des autres dans la grande majorité des matières enseignées dans cet établissement. Non, je pensais plus à problème qui proviendrait d'ici, dit-il en pointant tranquillement son crâne. Il est bien beau de savoir manier une baguette et une épée, mais l'aspect psychologique est un facteur qu'il ne faut pas omettre Gabriel.
Rares étaient les fois où son directeur l'appelait par son prénom, et à chaque reprise, Harry le remarquait rapidement. Il pouvait d'ailleurs les compter sur les doigts de ses deux mains, et quand cela arrivait, il s'agissait généralement d'ouvrir la discussion dans un cadre beaucoup plus intime, d'établir une proximité dont Pajol n'était pas d'ordinaire le plus friand, mais qui se traduisait alors par une certaine sollicitude de sa part, une forme d'empathie peu coutumière de cet homme froid et distant qui ne montrait que rarement des émotions dépassant le cadre strictement professionnel. Dans ces moments là, Harry savait alors qu'il pouvait ouvrir totalement son cœur et son esprit à cet homme et qu'il ne serait pas jugé autrement que de manière juste, ferme, et compréhensive, tout comme l'inverse était possible.
- Si c'est de courage dont vous parlez, vous savez que je n'en manque point, persista t-il malgré tout.
- Non plus, mais vous oubliez que le courage n'est qu'un élément à prendre en compte pour se sortir sans encombre d'une situation périlleuse. Il ne suffit pas d'en avoir pour se croire invincible, il faut vous endurcir, construire une barrière mentale particulièrement forte pour supporter l'adversité, ou dans votre cas les contre-coups d'un combat et les sentiments contraires qui se confrontent, se battent et vous empêchent de prendre du recul quant à ce qui vous tracasse.
- N'est-ce pas une forme d'occlumancie? Ne put s'empêcher de demander son élève.
- à moins que vous parveniez à maintenir vos barrières d'occlumancie durant votre sommeil ce qui ferait de vous un sorcier aux pouvoirs dépassant l'entendement, je ne pense pas que cette solution puisse fonctionner correctement. Avez-vous seulement fait le vide dans votre esprit depuis décembre pour réfléchir à tête reposée à ce qui vous trouble?
À vrai dire Harry l'avait fait depuis longtemps, mais il était vrai que les nombreuses fois où il l'avait fait, le résultat était loin des attentes qu'il se lançait. Au terme de ses réflexions, davantage de questions venaient s'ajouter à celles qui fourmillaient déjà dans sa tête, et loin de calmer ses craintes, celles-ci ne faisaient qu'en rajouter encore et remettre une couche supplémentaire de culpabilité sur celle qui grandissait déjà en lui. C'est devant ce genre de conseil aussi simple qu'Harry se rendait compte qu'il avait encore beaucoup à apprendre de la sorcellerie, et qu'au lieu d'aller chercher des solutions complexes, il pourrait tout bonnement trouver son salut dans des remèdes beaucoup plus simples. Si sa mère était là, elle l'aurait probablement déjà grondé pour ne pas avoir eu une idée aussi lumineuse que celle-là...
- Vous en parlez comme si vous le viviez vous-même…, remarqua tout de même et à voix haute Harry.
- Parce que c'est le cas, lui confirma Pajol. Il ne faut point avoir de cœur et d'âme pour oser affirmer que l'on ne ressent rien lorsque l'on enlève la vie à quelqu'un et que cela n'a pas le moindre impact sur notre conscience. Je me rappellerai toujours et jusqu'à ma mort de la première personne que j'ai vu mourir sous mes yeux par ma faute. Connaissez-vous l'histoire du marquis de Launay?
- Non, lui avoua son élève.
- Il était gouverneur de la Bastille à l'époque où la révolution n'en était qu'à ses balbutiements. C'était une époque trouble Gabriel, tout le monde se méfiait de tout le monde, les amis d'autrefois se guettaient du coin de l'œil pour déterminer à qui chacun faisait allégeance, les classes populaires se liguaient contre un pouvoir monarchique affaibli et une caste de privilégiés qui ne se sentait pas concernée par les affres de la vie du bas peuple qui mourrait de faim au-delà de leurs belles propriétés… à l'époque, je n'étais que le fils d'un avocat au barreau de Besançon, mais ma place était tout à fait enviable et j'aspirais à devenir moi-même avocat. J'étais encore étudiant lorsque les circonstances ont voulu que je me trouve à Paris en Juillet 1789. Les nouvelles n'étaient alors pas bonnes, et l'on parlait d'une décision du roi quant à l'encerclement de la ville par les régiments de province. Les gens avaient peur, et si l'on ajoutait à cela les problèmes de subsistance et la cherté du pain, cette peur se couplait à une colère sans borne contre le pouvoir, contre les accapareurs des grains, contre ceux qui préféraient stocker des réserves de vivres et laisser mourir ceux qui en auraient le plus besoin. Le renvoi du contrôleur des finances par le roi, qui était à l'époque très aimé, a été on pourrait dire le déclencheur du soulèvement populaire qui embrasera Paris. Comme beaucoup d'étudiants en droit, je fréquentais à ce moment là le palais royal du duc d'Orléans, et il m'est souvent arrivé à ce moment là d'assister aux harangues d'autres étudiants comme moi, des meneurs charismatiques qui arrivaient à électriser les foules en quelques phrases. Il m'est moi-même arrivé de participer à ces débats et à soulever la foule contre ce que nous considérions à l'époque comme une forme de tyrannie. Le 13, j'avais été nommé sergent d'un groupe de volontaires dans ce qui était la nouvelle garde nationale, et en compagnie d'autres nouvelles unités, nous nous sommes rendus au son du tocsin en direction des Invalides pour nous prémunir des possibles combats qui pourraient avoir lieu contre les régiments du roi. Nous avons alors pris d'assaut l'hôtel sans que celui-ci ne résiste, et nous avons sorti des milliers de fusils et quelques canons.
Tout en parlant, Pajol semblait distant aux yeux d'Harry, comme plongé dans ses souvenirs et dans un passé pas si lointain que ça mais dont il se souvenait avec une exactitude certaine. Dans tous les cas son élève était captivé, et il écoutait avec attention le récit de son directeur.
- Nous avions les fusils et les canons, mais ils ne nous étaient d'aucune utilité sans la poudre qui allait avec, poursuivit-il en continuant de fixer le portrait de l'empereur. Alors la rumeur s'est répandue que celle-ci se trouvait à la Bastille, et comme un seul homme, toute la foule s'est déplacée vers la vieille forteresse. Nous étions alors le 14 juillet. Nous avions l'espoir que celle-ci se rendrait aussi facilement que les Invalides et que les soldats s'y trouvant se rangeraient à nos côtés. Des représentants du peuple ont alors commencé à parlementer avec De Launay, mais il ne voulait rien entendre, du moins au départ. Par la suite, il a accepté de retirer les canons disposés au sommet de la prison et qui pointaient en direction de la ville et de recevoir ces représentants au sein même de la forteresse. Mais il restait ferme sur un sujet : Il ne donnerait jamais la poudre stockée.
- Alors? C'est pour cela que la prison a été prise d'assaut? Lui demanda son élève.
- Pas tout à fait, objecta Pajol. La vérité est que l'erreur commise vient de notre côté et non pas de celui du gouverneur. Un citoyen plus dégourdi que les autres était parvenu en montant sur les toits des habitations voisines de la Bastille à se glisser à l'intérieur de la première enceinte et à ouvrir la porte d'entrée. La foule s'est alors glissée à l'intérieur, et par peur probablement, le gouverneur a alors donné l'ordre aux soldats retranchés de faire feu sur elle. Il y a eu beaucoup de morts ce jour-là, suffisamment en tout cas pour que la cour soit baignée de leur sang et par la poudre des balles. Mais pour éviter que le massacre se poursuive et que la vie de ses soldats soit menacée, De Launay a préféré agiter le drapeau blanc et se rendre. La Bastille était à nous, et tout ce qu'il y avait dedans aussi. Le gouverneur a alors été arrêté, et il devait normalement être conduit à l'hôtel de ville pour un possible procès de trahison à son encontre…
- Devait? Ne put s'empêcher de noter Harry. Cela ne s'est pas passé comme prévu?
Un léger sourire s'étira sur le visage de son directeur, mais celui-ci disparut tout aussi rapidement dès lors qu'il reprit son récit :
- Vous avez l'œil Gabriel, remarqua t-il. Ou du moins, vous avez le chic pour faire attention au moindre détail. Oui, tout ne s'est pas passé comme prévu, car à peine étions-nous arrivés devant l'hôtel-de-ville que des manifestants s'en sont pris physiquement à lui. Je vous épargnerai les détails, mais ce n'était pas beau à voir. Sa tête s'est rapidement trouvée suspendue au bout d'une pique, et toute la nuit qui a suivi, autour d'un beau feu de camp, les gens ont dansé avec cette tête, ri et bu à en s'écrouler par terre. Et moi je restais là à observer De Launay et les horreurs que l'on commettait sur lui au nom de la liberté.
- Mais… Ce n'est pas vous qui l'avez tué, lui indiqua son élève. Vous n'êtes pas coupable.
- Ce n'est pas moi qui tenait les baïonnettes qui ont pourfendu son corps, ou la hache qui a servi à le décapiter, mais c'est moi qui devait coordonner les déplacements de cette foule furieuse, qui devait faire régner l'ombre d'une discipline sur ces gens et assurer la sécurité de cet homme jusqu'à ce qu'il soit présenté devant la nouvelle administration de Paris. Et j'ai échoué. Alors je ne suis peut-être pas coupable à vos yeux, mais je me sens depuis toujours responsable, et ce sentiment ne disparaîtra jamais.
Pajol se leva alors, sa tasse fumante et à moitié terminée dans la main pour s'approcher du feu et tourner le dos à son élève. Durant quelques instants le silence se fit, troublé seulement par le craquement des bûches et le frottement de la robe de chambre d'Harry sur le dossier de son siège tandis qu'il remuait maladroitement devant le sentiment de gêne qui l'habitait ; Peu familier des anecdotes aussi privées de son directeur, son jeune élève ne savait désormais pas s'il fallait continuer à la pousser à la confidence ou prendre congé de lui, même si intérieurement il se doutait que la conversation était loin d'être finie.
- Par la suite en 1791, je me suis engagé dans les troupes de volontaires pour faire face à l'imminence d'une guerre contre l'Autriche puis toute l'Europe, reprit-il. Mes antécédents parlaient pour moi, et j'ai rapidement gravi les échelons et grades pour commander moi-même des unités. Je coordonnais les opérations sur le terrain, je menais les troupes sur le front sur ordre de mes supérieurs, je les conduisais vers tel ou tel hameau, village ou cité dans l'objectif de nous en emparer et faire flotter le pavillon français sur les plus hauts sommets. Vous ne pouvez imaginer la fierté qui nous animait lorsque nous sommes entrés dans les Pays-Bas autrichiens alors que nous parvenions à nous extraire de situations désespérés par des prouesses individuelles et par un courage sans bornes quelques semaines auparavant… Mais pour y arriver, nous avons dû lutter, batailler et tuer tout ce qui se trouvait sur notre chemin et bloquait notre progression.
Pajol se tourna vers lui, et libérant la main qui tenait encore sa tasse, il montra à Harry la vilaine blessure qui, bien que depuis longtemps cicatrisée, parcourait encore la surface de sa main et venait s'arrêter au petit auriculaire déformé de son directeur.
- Je me suis fait ceci à Spire, expliqua t-il en posant son regard sur elle. Nous avions franchi le Rhin quelques jours auparavant et nous commencions à peine à entrer en terre allemande que cette ville se trouvait sur notre route. Je devais être l'un des premiers à être entré qu'un boulet de canon explosait non loin de ma position. Par chance si l'on puis dire, un éclat s'était logé dans ma main, mais je pouvais m'estimer heureux qu'il ne l'ait pas fait ailleurs. Je ne pouvais décemment plus me servir de mon fusil, mais il me restait encore l'usage de mon autre main, et sans même penser à aller me faire soigner, j'ai simplement recouvert la plaie d'un chiffon, sorti mon sabre et me suis précipité vers les unités ennemies qui tentaient de maintenir leur position dans les axes de la ville. La suite de la guerre n'aura été qu'une continuité d'avancées et de reculs. Les villes que nous prenions pouvaient bien être reprises le lendemain, peu importait à l'assemblée tant que nous poussions le conflit hors de nos frontières. Durant ces années de service j'ai beaucoup tué, plus peut-être que vous ne pourriez l'imaginer, et chaque visage, chaque souvenir de cette période, chaque homme qui se trouvait à portée de mon fusil ou de mon sabre me reste en mémoire. Comme vous Gabriel, les premières fois furent les plus douloureuses, et il ne se passait pas une journée sans que je ne remette en question mes engagements. Était-ce bien pour cela que nous avions fait la révolution? Notre volonté d'exporter au-delà de la France notre idéal de liberté se résumait-il à le faire par la force des armes et dans le sang? N'y avait-il pas d'autres moyens? Oh j'ai longtemps étudié ces questions, et même encore aujourd'hui je n'ai pas les réponses, mais ce que je sais, c'est que si j'avais une seule seconde hésité à éliminer mon adversaire, je ne serais pas là aujourd'hui à vous dire que ce que vous ressentez est le fardeau de beaucoup d'hommes en France et au-delà.
Les dernières paroles se voulurent rassurantes, mais pour Harry, elles avaient plutôt les mêmes effets qu'un poison s'insinuant lentement dans ses veines… Mais étrangement, ce poison avait le mérite de faire basculer sa culpabilité vers un autre horizon, comme un mal dont les effets lui seraient pourtant bénéfiques à long terme ; Plutôt que de se lamenter sur ce qu'il avait commis par le passé, il s'en voulait désormais d'avoir pu un seul instant penser qu'il serait le seul à ressentir cela, que l'épée de Damoclès flottant au dessus de sa tête n'était qu'un fardeau lui étant propre et qu'il n'y avait bien que lui pour avoir ce genre de problème. Oh oui il avait tué, mais il n'était pas le seul bon sang, et Pajol s'en plaignait-il un seul instant? Avait-il culpabilisé comme lui? Non, son directeur était ce qu'il est : Un homme capable de se relever, de surmonter les embûches jalonnant sa route pour devenir un haut gradé militaire, un puissant sorcier et un directeur estimé et respecté. Mais un point restait malgré tout à éclaircir, et Harry n'attendit pas davantage de temps pour l'aborder :
- Si cela vous reste encore en mémoire, c'est que ces souvenirs remontent encore de temps à autre à la surface, commença t-il d'un ton incertain en essayant de trouver rapidement le meilleur angle d'approche. Comment… Comment faites vous pour les enfouir à nouveau?
- Que pensiez-vous que je faisais ce soir? Lui demanda alors Pajol d'une voix neutre.
- Vous… Vous vous occupiez du bon fonctionnement de notre académie, supposa Harry, aux dernières directives à donner au concierge… à répondre à votre courrier, à l'organisation des horaires pour les prochaines sorties scolaires…
- Vous avez eu votre réponse sans même vous en rendre compte, lui répondit son directeur. Je m'occupe et en particulier je m'occupe l'esprit. Certains noient ces souvenirs dans l'alcool, mais moi je préfère les noyer dans le travail, et vous vous rendrez compte que c'est un remède très efficace pour s'alléger la tête et penser à autre chose. Si comme vous le ressentez actuellement ces souvenirs vous perturbent durant la nuit, effectuez des exercices physiques avant de vous coucher : Vous serez bien trop fatigué aussi bien dans votre corps que dans votre tête pour seulement penser à ces choses là.
- Des exercices physiques? Répéta l'élève sous les hochements de tête de Pajol.
- Oui, et si le cœur vous en dit ou que le besoin se fait sentir, n'hésitez pas à venir directement dans mon bureau pour que nous le fassions ensemble : Vous découvrirez que la course à pied, si elle est effectuée à plusieurs, peu s'avérer salvatrice pour les esprits troublés.
- Ce sera avec joie Monsieur, lui répondit sincèrement Harry.
De nouveau Pajol esquissa l'ombre d'un sourire, mais fidèle à ses habitudes, son comportement froid reprit rapidement le dessus. Sa tasse désormais vide, il revint directement à son bureau, et prenant place dans son fauteuil, il darda quelques instants son regard sur la silhouette de son élève avant de reprendre la parole :
- Maintenant retournez dans vos quartiers Bourbon, ordonna t-il tandis qu'Harry notait qu'il l'appelait de nouveau par son nom. Vos cours commencent à huit heures demain si je ne m'abuse, et vous n'êtes pas exempté d'y assister pour de simples terreurs nocturnes.
- Tout de suite Monsieur, obéit-il aussitôt en se relevant tout en remettant la robe de chambre qu'il avait auparavant posé sur le second siège faisant face à son directeur. Merci à vous Monsieur.
Pajol ne lui répondit pas, de nouveau plongé dans ses dossiers qu'il lisait si rapidement que ses yeux semblaient danser au fur et à mesure que sa lecture glissait vers le bas du parchemin, mais il esquissa un geste de la main pour intimer l'ordre à son élève d'aller plus vite dans sa tâche. Précipitamment Harry se retira et se dirigea vers la sortie, l'esprit beaucoup plus léger que lorsqu'il était entré, moins de questions aussi dans le crâne, mais quelques nouvelles aussi qui demandaient de nouvelles réponses mais qui pouvaient encore attendre ; Pajol avait été bien gentil de le convier dans son bureau et écouter ses problèmes, il n'allait certainement pas pousser sa chance aussi loin en le questionnant sur les détails de ses campagnes militaires.
- Accio sachet.
Surpris, Harry n'eut pas le temps de retenir le petit sac accroché à son poignet que celui vola directement dans la paume ouverte de son directeur. Pajol observa longuement sa nouvelle acquisition, soupesant le sachet par quelques lancées avant de humer le parfum s'en dégageant et de tremper son doigt dedans pour goûter la poudre rosée s'y trouvant.
- Que je ne vous reprenne pas avec cette chose là entre les mains, dit-il d'une voix polaire en le fusillant du regard. Il est une chose de souffrir de remords au point d'en troubler son sommeil, il en est une autre de se droguer avec des plantes pour soulager sa conscience. Qui vous a donné cela?
- N-notre médecin de famille Monsieur, bredouilla t-il en perdant à nouveau de sa superbe sous le regard inquisiteur de son supérieur. Mère s'inquiétait des mauvaises nuits que je passais et en a informé notre médecin qui m'a prescrit cette poudre. Elle possède d'autres propriétés psychiques utiles en combat, mais…
- Mais vous n'en reprendrez pas, trancha son directeur. Je connais cette poudre, je connais aussi son parfum et je peux vous dire qu'elle peut vous rendre aussi amorphe qu'un vieillard en fin de vie, et je n'aurais aucune utilité de vous si d'ordinaire il nous arrivait de nous retrouver à nouveau sur un champ de bataille. Vous résoudrez vos problèmes par le travail, pas par les plantes, suis-je assez clair?
- Oui Monsieur…
- Bien alors sortez maintenant, le convia t-il de nouveau replongeant dans la lecture de ses papiers.
Sans attendre, Harry resserra la ceinture de sa robe de chambre et se retrouva en quelques secondes dans le couloir obscur des bureaux administratifs. Pour la première fois depuis bien longtemps, son esprit était apaisé, en proie à une sérénité qui lui était devenue étrangère mais dont il appréciait les effets plus encore que ceux de cette poudre hallucinogène. Détendu, mais un brin fatigué tout de même, Harry s'engagea en direction des escaliers, prêt à terminer sa nuit avec l'assurance qu'il pourrait peut-être pour la première fois depuis des semaines la mener jusqu'au bout, et ce sans penser un instant que l'avenir risquait bien de remettre à l'épreuve la résistance mentale que Pajol lui recommandait pour supporter les conflits qu'il mènerait… Ou les retombées du choix de l'ultimatum que lui imposait son oncle.
A/N : Donc voilà, chapitre terminé ! Alors contrairement à l'autre, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire, et beaucoup plus de facilité aussi.
Je me suis dit que ce chapitre devait être utile dans le sens où je ne pouvais pas décemment laisser l'impression que la guerre n'avait pas secoué Harry ; Il fallait bien qu'il ait quelques contre-coups à cette histoire, et le chapitre s'y prête relativement bien. Après je ne dis pas que cette simple discussions avec Pajol va régler le problème. Dans le même temps il permet de voir un autre aspect du directeur, plus proche de ses élèves, plus compréhensif etc. Par ailleurs, j'ai véritablement adoré écrire sur son histoire, en particulier sur la prise de la Bastille ! J'ai écris ce passage d'une traite tant j'étais inspiré xD.
Le chapitre met également en avant les contradictions s'opérant entre ce que veut Harry et ce que l'on attend de lui, ses ambitions et celles des autres, sa peur de décevoir et dans le même sa volonté de briller... Comment ne pas devenir avec de tels problèmes ?
J'ai également expliqué l'utilisation de cette poudre : Je me suis dit qu'il n'y avait pas de problèmes à ce qu'en raison de la mondialisation qui s'opère aux quatre coins du monde, des petites plantes tropicales aux vertus apaisantes n'entrent dans le marché pharmaceutique français ^^. Alors, Gabriel est-il un drogué ou pas? Telle est la question !
Pour ce qui est du prochain chapitre, honnêtement je sèche : Dois-je parler de la deuxième tâche? Est-ce que je m'avance et je fais un bon de plusieurs mois? Je n'ai pas d'idée en fait avant la troisième tâche pour combler un peu, alors on verra.
à bientôt !
