Bonsoir à tous.
Tout d'abord, Joyeux noël ! J'aurais aimé pouvoir vous donner de chapitre en guise de cadeau la veille, mais les préparatifs et le prolongement de la soirée ont fait que j'ai dû décaler ça au lendemain.
Désolé au passage pour le non respect du délai, mais peut-être que ce n'est pas si mal de le publier avec une semaine de retard, la symbolique de noël est là quelque part ;)
Merci pour vos retours concernant la note d'auteur précédente, ça m'a fait vraiment plaisir.
Concernant ce chapitre (qui aura quand même mis sept mois à sortir), la titre est suffisamment explicite pour ne pas avoir à tergiverser là dessus. Je me suis aidé de très nombreux livres pour l'écrire, alors attendez vous à ce qu'il soit très descriptif.
Sur ce, bonne lecture !
Vite.
Par ce seul mot, presque pensé comme une complainte, Harry parvenait aisément à résumer les dernières semaines de sa vie, écoulées si lentement qu'il avait l'impression qu'une année entière s'était passée en présentations protocolaires, salutations de hauts dignitaires et derniers préparatifs pour le mariage qui l'unirait à Daphné, mais surtout à l'envie presque honteuse qui le tiraillait de voir tout ceci se terminer pour reprendre le train habituel de son existence. Vite… oh oui, que tout cela se finisse au plus vite ! Non pas qu'il éprouvait une quelconque aversion à l'idée d'épouser sa fiancée, mais il aspirait surtout désormais à ne plus être le centre du monde, celui que tout le monde regarde, épie, juge et sur qui chuchotements mêlant compliments ou médisances coulaient sur son passage, bien que les dernières soient suffisamment rares pour ne pas avoir entendu parler jusqu'à présent d'un invité prié d'aller séjourner ailleurs par sa mère.
Mais qui aurait cru, il y a plus de dix ans maintenant et alors que James et le père de Daphné signaient le contrat de mariage qui allait unir leurs enfants, que celui-ci prendrait des proportions pareilles? Certainement pas lui en tout cas, et tandis que le duc d'Angoulème l'aidait à enfiler les derniers éléments de son costume de marié, Harry songeait distraitement à cet écart gigantesque entre ce qui devait être le mariage du fils honni et d'une jeune fille offerte en gage et cette union désormais princière et qui avait rameuté à Lamballe tout ce qui se faisait probablement de mieux au sein de la noblesse sorcière et européenne… Du moins tant que quelques antagonismes ne viennent pas entacher le mariage.
Distraitement, c'était également de cette façon qu'il observait à la dérobée les hommes présents dans la pièce, et hormis Cygnus qui en qualité de beau-père avait eu la permission d'assister à la cérémonie de l'habillement, aucun autre visage familier n'était malheureusement présent dans sa chambre, en tout cas un visage qu'Harry pouvait considérer comme amical. Ni son parrain, ni l'un de ses serviteurs, ni même ses camarades de régiment n'avaient pu même mettre les pieds dans l'antichambre et le salon attenant à ses quartiers, tous relégués au contraire dans d'autres pièces éloignées en compagnie du reste des invités devant lesquels Harry et Daphné devraient parader avant d'arriver à la chapelle.
Rien d'autre que des hommes, pour la plupart âgés et bourrus, princes de sang royal, ducs, marquis ou même comtes, acceptés par le roi et sans l'accord même du premier concerné et qui, en fonction de leur rang, se passaient l'un à l'autre les vêtements qu'Harry devrait porter pour son mariage dans une sorte d'insigne honneur que serait celui d'habiller un prince… Et dire que Daphné subissait la même chose dans sa propre chambre ! Par chance toutefois, elle pouvait compter sur le soutien de la princesse de Lamballe et d'autres dames bienveillantes pour la vêtir, mais l'idée même de la savoir nue devant des étrangères le révulsait autant qu'il avait eu bien du mal à accepter de le faire également devant ces hommes.
L'anxiété le gagnait également à mesure que les secondes s'écoulaient et que la cérémonie religieuse approchait, et il avait déjà presque l'impression d'entendre l'orgue se mettre à jouer à quelques dizaines de mètres de là, accompagnée des chants des enfants de chœur tandis que les prélats terminaient de préparer leur office avant l'arrivée des premiers invités et des deux mariés. Ou était-ce tout simplement dans sa tête? Lui-même l'ignorait, mais il n'aurait pas été surpris que le déroulement de la noce se soit une fois de plus joué dans son esprit sans qu'il n'en prenne vraiment conscience.
Pourtant la veille, Harry avait déjà pu avoir un arrière goût de ce que pouvait véritablement être ce mariage lorsque, accompagné de Daphné, de leur famille respective et des serviteurs du château, tous s'étaient dirigés vers le village de Lamballe, et devant le maire, les conseillers municipaux et les notables de cette petite bourgade, tous deux s'étaient échangés leurs vœux et leurs anneaux de mariage. Le roi lui, et les nobles qui l'accompagnaient, avaient préféré rester au château en avançant officiellement qu'ils ne seraient pas les bienvenus, mais officieusement que l'idée de se mélanger à la populace les répugnait.
«Dommage pour eux» avait alors pensé Harry au beau milieu des réjouissances qui avaient éclaté au sein du village pendant la journée.
Car avec les fontaines de vins installées aux quatre coins de Lamballe, les corbeilles de nourritures pour les habitants les plus pauvres, l'argent jeté à une populace se ruant sur les pièces tombant à terre, les multiples concerts de viole apparaissant spontanément dans certaines ruelles et sur la place du village accompagnés de chants, de danse et d'une ambiance gaie et festive, on ne pouvait guère dire que l'on s'était ennuyé, même si les principaux acteurs de ces festivités avaient passé l'essentiel de leur journée dans la salle de réception de la mairie en ne se mêlant à la foule qu'avec l'assurance qu'il ne leur arriverait rien de fâcheux.
Mais de l'aveu même d'Harry, rarement il ne s'était autant amusé, et il doutait que cette journée le soit également. Le protocole avait été simplifié, les invités avaient été choisis par lui et Daphné, la cérémonie avait été simple et intime, et surtout, il avait eu la possibilité de pouvoir se marier habillé de son rutilant uniforme de hussard, bien loin donc de cette tenue pompeuse et coûteuse dans laquelle on s'évertuait aujourd'hui à l'enfermer. Et comble de joie, Pajol lui avait fait la grâce de sa présence.
- Tendez votre pied, lui demanda soudainement le duc de Noailles en lui faisant perdre le fil de ses pensées.
Ne se faisant pas prier, Harry lui offrit d'abord son pied gauche sur lequel le duc lui enfila un soulier noir accompagné d'une boucle en argent. Le second pied eut droit au même traitement de faveur sous l'œil avisé du roi et de sa famille qui observaient en silence leur manège. L'ambiance était solennelle, pesante et à dire vrai froide, mais aucun élan d'allégresse n'était de rigueur pour ce qu'ils étaient en train de faire. Son travail terminé, le duc se remit debout et s'inclina une dernière fois devant Harry alors que celui-ci se relevait de son siège pour s'observer dans le miroir de sa chambre. Par Merlin, Heureusement que sa mère avait choisi selon ses goûts la tenue qu'il devrait porter ! Il n'osait imaginer si Louis XVIII aurait eu son mot à dire à ce sujet… Pour sûr, celle-ci serait bien loin du résultat actuel !
- Tournez-vous donc Monsieur de Lamballe, lui intima l'ordre le roi alors que celui-ci restait assis sur son siège. Laissez-nous donc admirer là ce à quoi doit ressembler un prince français.
Conscient qu'aucun échappatoire ne s'offrait à lui pour éviter d'avoir à parader, Harry ne put qu'obéir à l'ordre de son oncle, et tournant lentement sur lui-même, il laissa ces messieurs hocher de la tête ou discuter brièvement à voix basse de son apparence. Pour sûr, jamais le roi ne l'aurait autorisé à se marier dans son habit militaire, cela ne lui aurait que trop rappelé qu'un autre siégeait actuellement sur son trône et qu'Harry le servait volontairement.
- Curieux comme cette journée me rappelle à de vieux souvenirs, commenta distraitement Louis XVIII en le regardant. Des années ont passé, mais je n'ai jamais oublié l'appréhension me gagnant alors que je devais épouser celle qui deviendrait ma femme encore aujourd'hui. Je n'avais d'ailleurs aucune idée du bonheur que me procurerait cette relation, et j'ose espérer que la vôtre vous gardera tout autant du malheur que pour la reine et moi.
Harry, bien que sceptique devant cette aveu, se garda pour autant de faire le moindre commentaire à ce sujet se opta plutôt pour une solution de secours qui mettrait tout le monde d'accord : une légère inclinaison de la tête suivie d'un sourire se voulant nerveux et qui sembla faire son effet puisque la bonne humeur du roi le reprit rapidement :
- Mais assez de bavardages inutiles ! Aujourd'hui est votre journée, et vous serez le centre de toute l'attention de toutes les bonnes âmes ayant eu à cœur de venir partager avec vous ce moment de bonheur !
Là encore, Harry fut davantage dubitatif que d'accord avec le roi, surtout lorsque l'on savait que la plupart des invités, si ce n'était même une bonne partie, avait été invité par lui-même sans que lui ou même Marie-Louise n'ait eu leur mot à dire à ce sujet ; Ce fut d'ailleurs dans la catastrophe que des places supplémentaires furent mises en place pour le banquet, et même qu'une troisième salle de bal pour les invités secondaires avaient été à la hâte préparée.
- Ne faisons pas attendre plus longtemps ces dames, leur dit alors le roi en se levant difficilement de son fauteuil.
Tout en parlant, il adressa un bref signe de tête aux deux hommes les plus proches de l'entrée qui semblèrent presque fondre sur les deux portes pour les ouvrir promptement. Bien évidemment et pour témoigner de son rôle majeur même dans cette journée, le roi se plaça devant Harry , suivi juste après par le reste de la famille royale qui devaient suivre le marié de très près. À peine les portes menant au salon furent elles ouvertes et l'arrivée d'Harry annoncée qu'au même instant celles en face de lui s'ouvrirent également pour révéler dans son embrasure sa fiancée. Tous deux entrèrent en même temps dans la pièce, Harry comme Daphné ne pouvant quitter des yeux l'autre alors qu'ils s'observaient et s'admiraient d'un même regard emplit autant d'amour que d'anxiété à la fois. Dans une robe style empire d'un blanc immaculé tombant allègrement sur le tapis et chargée de dentelles aux motifs fleuris, les cheveux relevés dans un chignon duquel ressortaient quelques boucles tombant sur son front et sur les côtés, d'un diadème serti de diamants et de quelques bijoux complétant sa tenue, Daphné était absolument magnifique, et de ce qu'il pouvait en juger par son regard, elle devait probablement penser de même le concernant. Faisant fi des commentaires élogieux des autres personnes présentes, Harry s'avança vers elle, et lui saisissant sa main gantée, il la lui baisa tendrement tandis qu'elle lui répondait par une légère révérence.
- Attendez donc d'être à ce soir pour vous permettre ce genre de familiarités jeunes gens, leur conseilla alors le roi sur le ton de la plaisanterie. Vous aurez toute la soirée pour exprimer à l'autre l'amour qui vous unira pour la vie.
Les joues de Daphné rosirent légèrement sur sa peau d'ivoire, mais elle parvint malgré tout à garder contenance alors que quelques ricanements se faisaient entendre. Harry lui ignora royalement le commentaire de son oncle, et se tournant vers sa mère qui le regardait avec la même adoration que s'il lui avait mis sous les yeux un premier petit-fils, il se permit la même familiarité qu'avec Daphné avant de lui présenter également son bras qu'elle s'empressa de saisir.
- Ne faisons donc point attendre plus longtemps nos invités, déclara le roi tandis que le père de Daphné laissait sa fille se saisir également de son bras.
Comme un ordre, la troisième paire de portes de la pièce s'ouvrit pour les laisser s'aventurer en direction du couloir devant les ramener vers l'entrée. Déjà, de nombreux invités les attendaient, désireux d'être les premiers à pouvoir admirer en chair et en os les futurs mariés et commenter au passage les tenues de chacun. Les commérages allèrent bon train rapidement, du moins une fois que le roi, la famille des deux fiancés et les grands notables furent passés, et cela dans chaque pièce, couloir et salle qu'ils traversèrent dans un cheminement parfait ; Tous devaient pouvoir les voir, même les simples serviteurs s'affairant aux derniers préparatifs, à quand bien même cela devait-il prendre dix minutes là où un trajet ordinaire jusqu'à l'entrée en prenait beaucoup moins. Chacun s'y plia tout de même sans maugréer ou montrer le moindre signe de contrariété, du moins si l'on exceptait le cas de Rosie qui, choisie comme l'une des demoiselles d'honneur et devant traverser les pièces au bras du comte d'Artois, parvenait difficilement à masquer l'embarras dans lequel le vieil homme la mettait chaque fois qu'il la complimentait sur sa jeune beauté et sur la fleur en plein épanouissement qu'elle semblait être. Remus et Lily eux, bien que liés de manière proches aux fiancés, n'avaient pas eu la chance de pouvoir défiler à leurs côtés, et ce fut bien là le seul point noir qui assombrit les pensées d'Harry.
Au bas de l'escalier qu'ils descendaient d'un pas digne, Harry les repéra au beau milieu de la foule des courtisans, mais si ces derniers semblaient surtout chercher à attirer le regard du roi sur eux, Harry lui pouvait sentir le regard de son autre mère posé sur lui, un regard plein d'amour, d'affection et de fierté, mais un regard qu'il ne pouvait qu'entre-apercevoir de loin parmi tous ces curieux qui eux ne referaient pour la plupart leur apparition à Lamballe que si le roi s'y trouvait de nouveau.
« Des courtisans en somme » pensa t-il en réprimant l'envie de rouler des yeux. « Je ne devrais même pas être étonné ».
Son trac lui ne cessait de grandir à la vue de tous ces visages tournés vers eux, et il se surprit à ressentir une accélération de plus en plus forte de son pouls à mesure qu'il s'approchait de la sortie. Sa mère dût le ressentir également car il la sentit resserrer son étreinte contre son bras, mais jamais il ne porta son regard vers elle pour en avoir confirmation. Au lieu de cela, il garda une expression totalement impassible sur la figure, adressant quelques légers sourires crispés à quelques personnes de son entourage tandis que les invités s'écartaient d'eux pour leur créer un large passage en direction de la cour.
Plusieurs calèches avaient été rangés devant l'entrée, et suivant le protocole, Daphné ouvrait le bal en entrant dans le premier en compagnie de ses parents. Suivait ensuite le sien, et encore une fois Harry fut suivi rapidement de sa mère et du roi qui faisait ici office de figure paternelle pour le jeune marié. Avec une pointe de regret, Harry regarda tristement son autre mère et son parrain, exclu de cette longue enfilade de voiture car n'ayant officiellement aucun lien de sang avec les deux jeunes fiancés, mais ayant tout de même une place tout à fait préparée pour eux au sein de la chapelle, et alors que son calèche quittait déjà la cour intérieure du château pour se diriger vers celle-ci attenante à l'édifice, il tenta d'adresser un signe de la main au reste de sa famille tout en ayant la curieuse impression d'être emmené vers la potence.
Leur périple ne dura que quelques dizaines de secondes, moins de cinq minutes tout au plus, avant que sa voiture ne s'arrête devant l'entrée de la petite bâtisse religieuse. La petite porte de sa calèche fut rapidement ouverte par un valet habillé de couleurs vives rappelant les couleurs du duché de sa mère, et prié par le roi de descendre à la suite de la princesse de Lamballe, Harry mit pied à terre et observa nerveusement les environs en ne prêtant aucune attention à la chapelle dans laquelle il était venu si souvent et qui allait sous peu être le témoin d'un changement brutal dans sa vie.
La chapelle était déjà garnie de monde, du moins dans les derniers bancs occupés par tout ce qui n'était pas de sang noble mais convié malgré tout à la cérémonie, et un petit air était déjà joué à l'intérieur le temps de distraire les invités de plus en plus remuant. Déglutissant comme jamais, Harry parvint malgré tout à se contrôler et à saluer de manière respectueuse l'archevêque venu à sa rencontre en compagnie de toute sa cohorte d'ecclésiastiques, et qui se pâmait d'avoir aujourd'hui l'insigne honneur de marier aujourd'hui un prince de sang à une jeune et ravissante anglaise.
«Dieu, dans sa grâce et sa bonté, a bien voulu m'offrir le privilège d'unir aujourd'hui dans sa demeure deux jeunes êtres dont le mariage, j'ose l'espérer, serait l'expression d'un adoucissement des coeurs emplis de haine entre nos deux nations. Puisse par votre alliance augurer de meilleurs auspices pour nos deux pays» avait-il notamment déclaré avant de s'adresser plus longuement au roi.
Du coin de l'œil, Harry s'assurait surtout que Daphné n'allait pas d'un instant à l'autre s'évanouir devant le trac qui le rongeait tout autant, mais sa fiancée sentait toujours garder contenance et faire preuve d'un sang froid fort admirable en l'occasion. Il n'eut cependant pas le temps de s'y intéresser davantage, car déjà l'archevêque pénétrait de nouveau à l'intérieur de la chapelle tandis que Daphné se positionnait dans l'allée centrale en tenant le bras gauche de son père. Harry suivit le même geste et offrit le sien à sa mère, tandis que le roi était pour l'occasion accompagné de Belvina. La musique joua alors un nouvel air, plus solennel, et immédiatement leur petite file se dirigea vers le cœur de la chapelle, suivie du reste des invités qui, arrivés entre temps en calèche eux aussi, devait dans un ordre parfait les accompagner dans le même ordre : Un parent du marié et de la mariée ensemble, et les jeunes filles toujours en compagnie de l'Homme à qui elles ont été présentées quelques jours avant et qui ferait office pour la journée de chaperon.
Aussitôt que Daphné pénétra à l'intérieur, les invités déjà présents se levèrent, la plupart de ses proches à gauche de la nef, ceux de Harry à droite, tandis que des jeunes enfants, prévus à cet effet, tenaient au dessus d'elle un poêle dont il tentait avec plus ou moins de réussite de le garder en équilibre pour ne pas déranger sa coiffure. Leur chemin jusqu'à l'autel parut en tout cas à Harry interminable, et ce ne fut que lorsque lui et Daphné furent agenouillés sur des prie-Dieu qu'il eut soudainement conscience du monde qui se trouvait là et qui continuait à grossir. Leurs parents ainsi que le roi se placèrent immédiatement auprès d'eux, tous tournés vers l'archevêque qui commençait déjà les préparatifs pour la cérémonie, alors que dans un silence religieux brisé par l'air joué des musiciens et le raclement des chaises, les gens prenaient place.
La cérémonie religieuse démarra par la suite par une homélie de l'archevêque, fort longue et à dire vrai ennuyante pour les deux jeunes mariés, entrecoupée de l'échange des anneaux, du don en argent d'Harry pour l'office du clerc et par de nombreux chants en latin, mais Harry fut bien incapable de se remémorer l'ordre précis dans lequel tout s'était déroulé, et sans même s'en rendre véritablement compte, la cérémonie était déjà terminée, alors qu'une cloche faisait déjà entendre ses tintements dans tous les environs en même temps que quelques clameurs que des regards scandalisés par tant de désinvolture faisaient taire rapidement. Leurs signatures sur le registre faites, Harry et Daphné se rangèrent à côté l'un de l'autre, les parents de Daphné se mettant à gauche tandis que ceux d'Harry faisaient de même à droite alors que l'ensemble des invités se joignaient finalement à un concert d'applaudissements et de félicitations volant aux quatre coins de la chapelle. Les deux nouveaux mariés ouvrirent de nouveau la marche, cette fois-ci en direction de la sortie, et Harry en profita comme le voulait la coutume pour présenter à Daphné les invités qu'elle ne connaissait malheureusement pas - et il y en avait beaucoup ! - tout comme Belvina eut pour rôle d'en faire de même avec les membres de la famille Greengrass qu'Harry n'avait pas eu la chance de rencontrer avant.
Durant tout ce temps, Harry lui ne pouvait s'empêcher de regarder dans la direction de sa femme, un sourire ne disparaissant jamais de son visage alors qu'il recevait les louanges d'hommes et de femmes le complimentant pour le choix de la mariée et l'abreuvant de quelques conseils censés l'aider à faire perdurer son mariage. Sa femme… Quelle curieuse sensation à cette seule idée ! Un frisson le parcourait rien qu'en pensant à elle de cette manière, mais il ne pouvait s'empêcher de trouver cela fort étrange de songer à la jeune fille l'accompagnant de cette façon.
Les clameurs redoublèrent au moment de sortir de la chapelle, et des milliers de pétales de fleurs leur tombaient sur la tête alors qu'ils saluaient gracieusement les personnes présentes. Déjà les festivités se poursuivirent, et à peine fut-il temps de revenir au château dans les mêmes voitures que précédemment - mais dans un agencement des places modifiés – et de rentrer de nouveau à l'intérieur qu'il était désormais temps pour les jeunes mariés d'assister à la longue et, pour être tout à fait honnête, fort pénible séance des présentations officielles dans la salle d'apparat. Installés sur des sièges face à la grande porte d'entrée, Harry et Daphné durent, durant plus d'une heure, accueillir un an un les invités qui n'avaient pas encore été présentés, et ce selon qu'ils étaient apparentés à la famille du marié ou à sa femme, ou simplement affiliés à l'une ou à l'autre par des liens amicaux, professionnels ou diplomatiques. Présentés par Marie-Louise ou Belvina, chacun ou chacune s'approchait d'eux, s'inclinait profondément, échangeait avec eux quelques amabilités et leur offrait un présent en guise de cadeau de mariage avant de rejoindre la foule qui s'amassait progressivement sur les côtés en laissant un espace pour les nouveaux entrants jusqu'à eux. Madame Davis, accompagnée de sa fille, eut ainsi l'honneur de cette présentation, de même que d'autres familles magiques d'Angleterre comme les Zabini, Londubat ou Mcmillan qui auraient pu, en d'autres circonstances, être de proches intimes d'Harry et Daphné. Mais d'autres malheureusement comme les compagnons d'arme d'Harry ou la timide Lucie n'eurent pas cette chance.
Curieusement, Harry eut également la visite du professeur de potion de Poudlard, et si il n'en laissa rien paraître, cette visite le déconcerta franchement, d'autant plus lorsque sa mère le présenta comme issu d'une ancienne famille ayant fidèlement servi par le passé la sienne. Il l'accueillit toutefois avec la même politesse feinte que pour les autres, le même petit remerciement sincère à son encontre lorsqu'il lui présenta le cadeau de mariage qu'il avait apporté – un kit de potions – avant de se fondre parmi les autres invités. Jamais il ne remarqua le trouble dans le regard de son autre mère lorsque ses yeux se posèrent pour la première fois depuis longtemps sur la silhouette de son ancien ami.
À 16 heures pile, succéda à la réception des cadeaux le repas nuptial, et menant l'immense marée humaine à travers le dédale des pièces du château, Harry les conduisit en direction de la salle de banquet. Celle-ci, déjà d'ordinaire fort grande, avait été magiquement agrandie par les soins de Marie-Louise, et partout des tables avaient été installées pour satisfaire les besoins des plus éminents invités. La plus importante, située face à eux, faisait presque toute la largeur de la salle, et tout autour d'elle s'affairaient les domestiques y apportant les toutes dernières retouches avant que les maîtres de maison n'y prennent place. Harry y conduisit immédiatement Daphné tandis que d'autres, dans ce même ordre protocolaire prévu à cet effet, s'y dirigeaient également pour s'installer sur leurs chaises attitrées : Les mariés se faisant face, Cygnus à gauche de Daphné tandis que le roi s'installait à sa droite, Harry lui ayant pour l'occasion comme voisines Belvina et sa mère, chacune faisant respectivement face à leur mari pour l'une et leur parent pour l'autre. Dans un raclement de chaises tirés par ces messieurs pour les dames, des conversations animées rythmant l'atmosphère et des serviteurs se précipitant d'une table à l'autre pour guider les convives, le banquet semblait pouvoir enfin commencer, et déjà un petit orchestre se mettait à jouer d'un air paisible même s'il était difficile de pouvoir clairement l'entendre. Du coin de l'œil, Harry vit sa femme soupirer de soulagement, et Daphné se rendant compte qu'elle avait été repérée, elle se contenta d'un sourire penaud auquel il répondit par un rictus moqueur.
- Déjà épuisée? demanda t-il bassement sans que personne d'autre qu'elle ne l'entende.
- J'ai connu des jours meilleurs, reconnut t-elle d'une petite voix.
- Je n'osais vous faire la demande ma chère princesse, mais il me tarde de connaître le menu que vous nous avez concocté pour cette merveilleuse journée, lança alors le roi en regardant Marie-Louise.
- J'espère qu'il conviendra aux goûts de votre majesté, j'ai pris grand soin de choisir certains plats dont je savais que vous étiez fort friand sire, lui assura aussitôt Marie-Louise. Il m'a paru toutefois évident qu'il fallait également faire plaisir à nos deux jeunes mariés, aussi votre majesté m'excusera pour les possibles ajustements qui ne pourraient lui convenir dans l'ordre des plats.
Dans le même temps, elle pressa tendrement la main de son fils posée sur la table qu'il s'empressa de prendre délicatement pour y déposer un baiser.
- La sollicitude de Madame ma mère a toujours prévalu sur ses propres intérêts, renchérit Harry. Le souci du bien être des autres reste et restera toujours l'idée qui dictera sa conduite pour les années à venir. Jamais vous ne verrez tant de bontés en quelqu'un qu'en elle.
- Et jamais vous ne verrez tant de flatteries sortant d'une si jolie bouche que dans celle de Monsieur mon fils, dit-elle avec ce même ton taquin.
Le roi sourit à ces enfantillages mais ne décocha le moindre mot pour autant. De toute manière avec le brouhaha ambiant dans la pièce, il eut été difficile de pouvoir écouter les conversations se trouvant à quelques sièges à peine de leur position.
Petit à petit, les plats firent leur apparition, et chacun put alors se servir dans les plats mis à leur disposition. L'amusement pointa également le bout de son nez lorsque les convives anglais, habitués aux manières de table de leur pays, parurent décontenancés à l'idée de ne pas à avoir à se faire servir par un autre mais bien à piocher eux-mêmes dans les différents plats. Les conversations elles allaient bon train, et Harry se surprit à apprécier la bonhomie et le sens de l'humour du comte d'Artois, frère du roi. De toute évidence, l'homme avait toujours été ainsi, et de ce qu'il pouvait constater, sa mère et lui avaient été très proches par le passé pour avoir été des intimes de l'ancienne reine. La bonne entente était en tout cas bien présente, et Harry n'aurait pu rêver mieux pour son mariage. Le roi lui semblait plutôt indifférent aux conversations de la table, et bientôt il s'excusa pour aller converser avec d'autres personnes sans que quelqu'un tente véritablement de le retenir.
Au bout d'un certain temps, lui et Daphné durent cependant quitter brièvement leurs convives pour se rendre dans les autres salles de banquet réservées aux invités de plus basse condition. Les pièces étaient moins décorées, la vaisselle moins rutilante, le buffet plus classique et moins recherché, mais là encore, l'ambiance était conviviale, et les invités se pressèrent immédiatement autour d'eux pour les saluer de manière plus ou moins solennelle.
- Gabriel ! S'exclama notamment d'un ton joyeux Nicolas en s'approchant de lui alors qu'il l'entraînait ensuite dans une franche accolade scandalisant quelques puritains. Bon Dieu quel monde ! Je ne pensais pas pouvoir te rencontrer de la journée ! Et Daphné ! Toujours un plaisir de voir une aussi jolie demoiselle… Ah non, une dame maintenant !
- Le plaisir est partagé mon cher Nicolas, dit-elle en rougissant légèrement devant l'attention se formant autour d'eux. J'espère que le repas vous convient…
- Pour sûr ! C'est d'un autre niveau que les rations du réfectoire à l'académie ! Assura t-il aussitôt.
- Vas-tu baisser d'un ton, imbécile !? Le rabroua Juliette alors qu'elle lui adressait au passage une tape sur l'épaule. Tout le monde nous regarde !
- Bah quoi, c'est logique que tout le monde nous regarde, Gabriel et Daphné sont les mariés je te rappelle, dit-il en se massant immédiatement à travers son uniforme.
Juliette se contenta de rouler des yeux avant de féliciter ses amis de manière plus conventionnel, mais leur échange s'arrêta rapidement devant la masse de personnes qu'il fallait encore saluer. Harry aurait bien aimé que leur conversation dure plus longtemps ou même qu'ils sortent tous les quatre dans le parc pour se promener ensemble de manière plus tranquille, mais il était en l'état des choses impossible de pouvoir être seul sans qu'une personne ne le suive partout pour essayer de discuter avec lui. Il n'arrivait plus à savoir combien de main il avait dû embrasser ou le nombre de fois qu'il avait dû incliner la tête pour saluer respectueusement un convive, mais le mal qu'il pouvait ressentir sur sa nuque lui était symptomatique du caractère répétitif de ce geste.
Ce ne fut finalement qu'au bout d'une autre heure de salutations qu'il put enfin approcher son autre mère et Remus, curieusement à l'écart dans un couloir alors qu'ils discutaient nerveusement l'un avec l'autre d'un sujet qu'ils se gardèrent bien de développer en voyant les jeunes mariés s'approcher d'eux.
- Harry, l'accueillit t-elle en souriant alors qu'elle se permettait de le prendre dans ses bras. J'aurais aimé pouvoir te le dire plus tôt, mais toutes mes félicitations pour ce mariage !
- J'aurais effectivement aimé vous savoir à mes côtés aujourd'hui plutôt que relayé sur les derniers bancs de la chapelle au beau milieu d'autres invités anonymes, dit t-il avec une évidente pointe de regret. Je regrette vraiment que tu n'aies pas pu avoir un meilleur rôle le jour le plus important de ma vie…
- Trop de questions auraient été posées sur ma présence si j'avais eu le privilège de m'asseoir au beau milieu de toutes ces têtes couronnées, lui dit-elle calmement sans la moindre rancune dans la voix. Je n'avais pas envie de gâcher ton mariage par des questionnements inutiles, et je ne tiens nullement rigueur à ta mère pour ne pas avoir insisté auprès du roi pour me tenir à tes côtés.
Harry se dégagea lentement d'elle, l'air toujours aussi dépité par cette situation, mais Lily elle se contentait de replacer tendrement quelques mèches de ses cheveux sans s'arrêter de sourire.
- Tu es magnifique mon chéri, dit-elle en le regardant de haut en bas. Et toi aussi Daphné, ajouta t-elle en tournant la tête vers elle tout en lui saisissant la main. Vous faites un bien merveilleux couple tous les deux.
- Merci Madame, lui répondit Daphné en esquissant également un sourire.
- Allons, nous ne sommes plus à ce niveau de familiarité depuis quelques heures maintenant, tu peux également m'appeler maman désormais, la taquina sa désormais belle-mère en lui adressant un clin d'œil.
Gênée, Daphné se contenta d'un vague " oui maman " en rougissant, au grand amusement des adultes présents et alors que son mari lui caressait de manière réconfortante le bras.
- Je persiste à penser que tu aurais dû être mon témoin pour cette grande occasion Remus, reprit Harry en se tournant vers son parrain.
- Nous avons déjà eu cette conversation à de nombreuses reprises Harry, lui rappela celui-ci d'un ton calme. Comme pour ta mère, trop de questions auraient été soulevées par ma présence, et surtout par ce rôle crucial dans ton mariage. Imagine un instant que tu aurais pris l'un de tes amis de l'académie pour ce rôle, l'effet aurait été le même que si cela avait été moi à cette place ; Un étranger présent auprès du marié et qui n'a pas la moindre notoriété auprès des amis de ta mère ou du roi. Il y avait plus de grandeur, de prestige même à l'idée d'être secondé par son altesse que par un homme inconnu de tous, et cela te sera sûrement beaucoup plus bénéfique pour l'avenir auprès des contacts de cet homme.
- Pour des intérêts financiers assurément, mais pour ce qui est des liens du cœur, je puis te certifier que je n'aurais pas mis longtemps à faire un choix entre vous deux si celui-ci m'avait été permis, lui certifia son neveu d'une voix blasée.
- Je n'en doute pas, lui confirma Remus en posant sa main sur son épaule. Toutes mes félicitations Harry.
Harry lui rendit son sourire, et malgré les cicatrices lui zébrant le visage et qu'un peu de maquillage avait légèrement atténué, son neveu eut soudain l'impression qu'il n'avait jamais vu son parrain aussi heureux qu'en cet instant. Calme, reposé et nullement préoccupé par sa lycanthropie, Remus semblait même avoir rajeuni, et ce constat lui fit grandement plaisir.
- De quoi parliez-vous avant que l'on arrive? Demanda t-il alors en reportant son attention sur sa mère. Vous sembliez tous les deux soucieux d'un sujet suffisamment important pour vous éloigner du reste des invités et converser dans une cache isolée.
- Rien d'important, lui assura immédiatement Lily même si le ton de sa voix semblait affirmer le contraire. Nous pensions aux frais engagés pour cette journée et à la montagne de travail qui allait attendre les serviteurs quand tout ceci serait terminé.
- Maman, tu n'as jamais su mentir, et je peux affirmer avec conviction qu'en ce moment même tu es encore en train de le faire, lui répondit calmement son fils. Si cela te concerne ou concerne une personne de notre famille, je suis en droit de savoir de quoi il en répond. Et avant que tu n'utilises cette excuse, je puis t'affirmer que cela ne gâchera pas non plus notre fête.
Décontenancée par la pertinence d'Harry, mais surtout par l'anticipation des arguments qu'elle s'apprêtait à sortir, Lily regarda quelques instants Remus comme pour lui demander l'autorisation de divulguer ou non ce qui les tracassait, et au haussement d'épaule de celui-ci, elle poussa un profond soupir avant de reprendre la parole, l'air moins calme qu'auparavant :
- J'ai… Je m'attendais à ne connaître pour ce mariage que les personnes qui te sont directement liées à toi ou à Daphné, et je ne me faisais pas d'illusion sur leur identité ou sur les personnes qui pourraient les accompagner, commença t-elle d'une voix tendue. Cependant, une personne à laquelle je ne m'attendais absolument pas était également là, et je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose…
- Vous parlez du professeur Rogue? S'enquit immédiatement Daphné à la surprise de tous. Loin de moi l'idée de vous blâmer, mais je n'ai pu m'empêcher lors de sa présentation de regarder dans votre direction pour savoir si vous étiez ou non informée de sa présence. Je ne puis moi-même garder en moi le fait d'avoir été fort surprise par sa venue, mais à l'évidence, il s'agit bien de l'un des invités de ta mère Gabriel.
- Je ne me fais pas vraiment de souci à ce sujet, mais j'ai été comme vous surpris, concéda t-il. Mère sait ce qu'elle fait, et si elle a jugé bon de le faire venir, il ne devait probablement y avoir aucun danger. Mais j'aurais tout de même aimé le savoir, et je lui en toucherai deux mots dès que l'occasion se présentera.
- C'est un mangemort, leur rappela sombrement Remus. Qui sait s'il n'est pas là pour espionner pour le compte de Voldemort.
- Et dans quel but? Le questionna Harry. Nous ne savons même pas si Voldemort est effectivement revenu d'entre les morts, et à quand bien même serait-ce le cas, il faudrait un miracle pour qu'il puisse faire le rapprochement entre la famille Potter restée en Angleterre et la famille des De Savoie installée à Lamballe.
- Je ne crois pas aux coïncidences, persista Remus. De tous les endroits de cette planète, il a fallu que l'on tombe sur lui aujourd'hui. Cela relève trop d'un calcul planifié pour ne pas laisser de côté la possibilité qu'il soit là pour autre chose que faire acte de présence au nom de la famille Principe. Je ne savais d'ailleurs même pas qu'il avait des origines italiennes…
- Justement Remus, ce mariage est à mon grand dam l'un des plus prestigieux de l'année, il n'est de ce fait pas étonnant d'y voir une partie de la noblesse européenne y assister.
Remus ne dit rien, mais l'argument de son neveu ne semblait pour autant pas avoir eu le moindre effet sur lui. Il garda en tout cas le même air sérieux et sceptique qu'au départ.
- De toute manière, il ne pourra jamais voir au-delà du déguisement de maman, lui rappela Harry. Le sort jeté sur le visage de maman perdurera aussi longtemps qu'elle parviendra à le maintenir en place, et je ne me fais aucun souci quant à ses capacités magiques. Jamais il ne saura que c'est elle, et encore moins que ses autres enfants sont également ici.
- Pardonne moi de m'inquiéter de votre bien être à vous trois, souffla son parrain. Toutes ces histoires sur Voldemort, ces rumeurs qui circulent parmi les loup-garous que j'ai pu rencontrer… ça me turlupine depuis un bon moment maintenant.
Harry ne pouvait clairement pas lui en vouloir, aussi hocha t-il simplement sa tête en lui adressant un regard emplit de reconnaissance. Lui-même, malgré son air détaché et indifférent, gardait dans un coin de sa tête l'idée que peut-être Voldemort était effectivement là, mais Matthew était de son avis sa principale cible ; Seule une possibilité, aussi minime soit-elle, pouvait faire d'eux des cibles à approcher pour atteindre son but final, mais encore fallait-il pour cela que le seigneur des ténèbres parvienne à faire le rapprochement entre un garçon disparu depuis de nombreuses années et un prince français tout juste marié.
- Nous devrions revenir au banquet, le repas n'était pas terminé, lui rappela alors Daphné en le sortant de ses pensées.
- Tu as raison, approuva t-il en souriant. Mère nous tuerait pour ne pas faire honneur à nos invités et à notre rôle d'hôte, et tu pourrais même être la cible de son courroux maintenant que tu es sa belle-fille.
- Alors mieux vaut se dépêcher, dit-elle aussitôt. Je n'ai pas envie d'être la cible de l'un de ses sortilèges dont elle est si friande lorsqu'il s'agissait de te punir.
Harry gloussa légèrement, puis adressant un dernier regard à ses deux autres parents, il conduisit son épouse en direction de la salle de banquet principale où, comme ils s'en doutèrent, la cohue reprit de plus belle encore qu'auparavant. À peine un pied fut-il posé dans la pièce que de nouveaux courtisans vinrent les voir pour solliciter une rencontre, faire une demande ou simplement se montrer courtois au point qu'il leur fallut de longues minutes de bataille pour arriver à leur place là où le trajet n'aurait dû prendre que quelques secondes.
L'après midi se déroula ainsi en successions de nouveaux plats, des rencontres et discussions en tout genre, et le roi semblait particulièrement attentif à ce qu'Harry fasse la connaissance des notables étrangers et soucieux de la cause royaliste dans le conflit qui opposait Louis XVIII à Napoléon. L'approche semblait à première vue classique et les sujets abordés étaient tout à fait ordinaires, mais les sous-entendus quant aux plans de l'empereur pour ses voisins européens et l'état de ses troupes laissaient à supposer aux yeux d'Harry que la moindre petite information, même banale, allait rapidement passer de bouche en bouche à destination des autres rois et empereurs du vieux continent. Aussi resta t-il la plupart du temps vague, arguant à juste titre qu'il n'était pas suffisamment lié à l'homme qui gouvernait ce pays-ci pour connaître à l'avance les idées qu'il pourrait avoir en tête ou même les déplacements de troupes qu'il pourrait effectuer à la moindre alerte sur les frontières.
Un bal eut par la suite lieu, bien que bref puisque le plus important devait se dérouler demain pour clôturer les réjouissances de la semaine, et encore une fois Daphné et Harry furent les principaux acteurs de celui-ci dans la mesure où ils durent l'inaugurer. Au départ ensemble, Harry eut par la suite pour cavalière sa mère, sa belle-mère, la reine, et bien d'autres dames encore dont certaines semblaient littéralement au bord de l'extase d'avoir la chance de danser «avec un aussi beau jeune homme», tout comme Daphné qui eut à subir sans broncher les compliments des hommes qui purent lui servir de cavalier. Les menuets et autres joyeusetés se succédèrent longuement au point qu'Harry en eut mal au pied, mais il devait malgré tout se conformer à cette obligation avec le sourire et sans jamais montrer la moindre contrariété à cette idée aussi longtemps que quelqu'un venait lui demander une nouvelle danse… Et il y en eut beaucoup.
L'après-midi succéda rapidement à la soirée, et un feu d'artifice fut tiré dans les jardins du château sous l'œil admiratif des convives qui, pour la plupart, s'étaient contentés de l'observer depuis les fenêtres quand d'autres avaient choisi de s'y aventurer de plus près. Pendant de longues minutes, les explosions bruyantes et colorées s'enchaînèrent dans un rythme soutenu sous les «Haaa» et «Hoo» des chanceux pouvant le voir, mais Harry accordait lui autant d'attention à celui-ci qu'au regard brillant de bonheur de son épouse, debout près de lui, et qui telle l'enfant qu'elle était encore, regardait avec excitation les fusées s'élever dans les airs et exploser quelques secondes plus tard.
- Je me suis dit que tu aurais aimé cette petite attention, lui chuchota t-il discrètement en souriant légèrement. Mère voulait une petite illumination du parc avec des lampions, mais j'avais depuis le départ dans l'idée d'un final en apothéose comme celui-ci.
- C'est merveilleux, dit-elle avec ravissement. Tu n'aurais pas dû te donner tant de mal pour moi, cela a dû te coûter fort cher…
- Considère cela comme ma première grosse dépense en ton honneur. Personne n'a jamais eu à se plaindre de mes dépenses par le passé, alors j'ai bien le droit de me faire ce petit plaisir pour une fois.
Le sourire de Daphné s'élargit encore davantage alors qu'elle renforçait sa prise sur le bras de son époux avant de reporter de nouveau son attention sur le feu d'artifice. Mais sa bonne humeur commença lentement à disparaître à mesure que la soirée se poursuivait, et il n'était pas difficile pour Harry de savoir pourquoi. Le repas se terminant, il remarqua que de plus en plus de regards se tournaient vers eux à mesure qu'une certaine échéance approchait. Lui-même réprima l'envie de soupirer en y songeant, mais inutile de chercher à s'y dérober : La cérémonie du coucher allait bientôt débuter. Déjà mise au courant par sa désormais belle-mère, Daphné n'en menait pas large elle non plus, et un regard échangé entre elle et son époux lui confirma que lui aussi appréhendait grandement ce moment. Par cet acte, leur union serait définitivement ancrée dans les esprits de tout le monde, et même si le procédé commençait à devenir dépassé, cet usage avait encore lieu dans certaines vieilles familles, et pour son malheur Harry en faisait partie.
Essayant malgré tout de faire bonne figure, Harry tenta de participer aux réjouissances et aux conversations légères qui s'échangeaient autour de la table et dans la pièce, riant aux remarques des uns, intervenant dans les discussions des autres, donnant son point de vue sur un sujet débattu, et ce en ne laissant jamais transparaître la moindre anxiété sur son visage ou dans ses manières. En tant qu'hôte et raison de la venue de toutes ces personnes en son château, il eut conscience tout au long du repas de l'importance de l'image qui ressortait de lui, et même si être le centre de l'attention ne lui plaisait guère, tout le monde s'accorda au terme de celui-ci à dire qu'il fut un excellent maître de maison. La chose fut moins évidente pour sa désormais femme, mais son silence contenu et son calme olympien furent davantage assimilés à une certaine timidité qui ne déplut aucunement : Après tout comme le disaient les plus puritains des invités, l'épouse n'était là avant tout que pour honorer son mari, tenir sa maison et rester discrète quand lui se devait d'illuminer par sa prestance toutes les personnes qu'il rencontrait, et le résultat de cette soirée s'en approchait grandement d'après eux.
Soudainement, et comme un signal, le roi se leva de sa chaise, et frappant légèrement son verre avec sa cuillère, il parvint en quelques secondes à faire taire l'ensemble des personnes présentes.
- Chers amis, il est désormais temps pour nos charmants jeunes mariés de se retirer dans leurs appartements, dit-il d'un ton solennel.
L'annonce laissa quelques sourires s'esquisser sur les visages alors qu'Harry et Daphné, conscients qu'un petit discours serait fort apprécié, se levaient également de leurs sièges pour s'adresser également à eux :
- Permettez moi au nom de mon mari de vous remercier pour votre présence en cette journée si particulière pour nous deux, commença Daphné d'un ton étonnamment calme. L'accueil positif que vous avez daigné accorder à notre invitation est un gage de bonne foi et de sincérité quant aux sentiments que vous porter pour notre famille.
« Ou qu'ils portent au roi » pensa pour lui-même Harry en réprimant l'envie de rouler des yeux.
- Nous n'oublierons pas ce geste lorsque viendra le temps de la reconnaissance, mais pour ce soir, je vous invite à profiter encore quelques temps des animations organisées par nos chers parents, poursuivit-elle. Puissiez-vous y trouver de l'occupation et quelque amusement que ce soit. Bonne soirée à tous.
Harry loua intérieurement les talents déjà acquis de maîtresse de maison de sa femme, mais il ne put s'empêcher de remarquer que la poigne de Daphné sur sa main se mit subitement à se relâcher dès l'instant où elle termina son petit discours improvisé. Un sourire se glissa sur ses lèvres face à cette pression relâchée, mais il fut rapidement disparu dès l'instant où il dut accompagner le roi en direction de la sortie.
Épuisé, mais surtout anxieux, Harry se laissa une dernière fois conduire en direction de ses quartiers, une haie de nobles aux têtes inclinées l'accompagnant sur son chemin tandis que leur groupe s'éloignait des réjouissances du repas pour s'aventurer à travers le château. Pas un instant il n'accorda un regard en direction de Daphné, certain de toute manière de ne voir en elle que le même désarroi face à cette situation, et surtout pour ne pas la troubler davantage encore. Tout juste lui donna t-il un énième baiser sur la main en guise d'adieu avant que leur groupe ne se scinde en deux et que les hommes le suivent dans la même pièce que ce matin.
De nouveau, Harry pénétra à l'intérieur, mais il s'agissait cette fois-ci de le déshabiller et de lui apporter sa chemise de nuit. Comme tout à l'heure, le roi avait la préséance sur les autres dans le dernier geste, mais certains eurent cependant l'honneur de pouvoir l'aider à enlever certaines de ses affaires. Rougissant légèrement à la faible lueur des chandelles allumées dans la pièce, Harry se retrouva de nouveau presque nu, frigorifié et intimidé par ces visages lugubres dans l'obscurité, et il accueillit presque avec soulagement la chemise d'une blancheur éclatante que lui tendait Louis XVIII.
Puis dans un timing parfait, Harry et Daphné rentrèrent au même moment dans leur chambre. Un coup d'œil vers elle affirma au nouveau marié que son épouse était tout autant que lui décontenancée et mal à l'aise devant la tournure des événements. Tous les deux se dirigèrent vers le lit sur lequel ils montèrent après s'être agenouillés pour une dernière prière. Un aumônier avait au préalable bénit le lit en l'aspergeant d'eau bénite alors que l'on se disputait à présent les places disponibles face à celui-ci afin d'avoir une meilleure vue sur le petit couple princier qui se glissait désormais entre les draps. Le roi et Marie-Louise avaient accompagné les deux tourtereaux jusqu'à leur lit, et alors que sa mère leur lançait un regard presque désolé, Louis XVIII lui ne put s'empêcher d'adresser à Harry un sourire plein de sous-entendu quant à ce qui allait arriver cette nuit dans cette chambre. Chacun referma alors les deux rideaux sur les deux côtés du lit avant de refermer le troisième d'un geste vif et les plongeant dans un noir complet. Toutefois, ce dernier fut aussitôt rouvert, permettant aux curieux de pouvoir se pencher légèrement et de regarder de leurs petits yeux alertes les deux jeunes gens qui venaient de se coucher. Harry, intimidé par cela, regarda dans la direction de Daphné pour voir comment celle-ci supportait cette cérémonie, mais il n'eut pas le temps de voir autre chose que des yeux bleus vides et résignés que le rideau fut une deuxième fois fermé, cette fois-ci quelques secondes de plus que précédemment.
Une troisième ouverture fut faite quelques instants plus tard, par chance la dernière de ce long cérémonial. Harry put voir à travers la multitude des visages ceux de ses proches, tout autant intrigués que lui par ce qui se passait. Sa sœur semblait elle-même interloquées par ce qui lui arrivait, et la petite lueur de crainte qu'il sentait poindre dans ses yeux lui laissait à penser qu'elle devait peut-être s'imaginer dans le même cas de figure quelques années plus tard, même si elle avait pour elle la chance de n'être qu'une fille et de surcroît cadette de sa famille; Son cérémonial aurait au moins le mérite d'être beaucoup plus tranquille que le sien.
Les rideaux furent pour la troisième fois tirés, mais contrairement aux autres fois, les bruits de pas eux n'appartenaient pas aux curieux désireux de voir ce petit couple princier allongé côte à côté dans le même lit mais à l'ensemble des invités se dirigeant désormais vers la sortie pour terminer la soirée autour d'un bon verre. Le tumulte des conversations et de quelques gloussements mit du temps à disparaître, mais le bruit finit par être camouflé par la fermeture de la double porte, les laissant enfin dans une tranquillité totale, seuls dans cette immense chambre où l'on devait à présent s'imaginer à travers le château que le mariage allait enfin être consommé.
Cette perspective était toutefois loin de réjouir Harry, pourtant préparé à cette échéance depuis des mois. Mais étrangement, il ne se sentait pas prêt à passer à l'acte aussi tôt, et surtout en n'obéissant uniquement qu'au protocole établi et non pas à sa volonté propre. Daphné pour ne rien arranger restait parfaitement immobile à côté de lui, comme prête à se soumettre à lui, et dans l'obscurité totale de leur lit, Harry était bien incapable de savoir si son visage reflétait également cette apparente résignation qui ressortait d'elle aussi vivement que s'il était capable de pouvoir la toucher.
- Daphné, Je…
- N-non Gabriel, l'interrompit-elle d'une petite voix. N-nous devons le faire…
- Pas si tu n'en as pas envie, la coupa t-il aussitôt. Je ne t'ai jamais forcé à faire quoi que ce soit dont tu n'aies pas envie, et ce n'est certainement pas pour une raison pareille que je vais changer d'avis là dessus. Daphné, si tu ne le veux pas, si tu ne te sens pas encore prête à franchir ce palier, alors je ne t'y forcerais pas, dit-il d'un ton doux en lui caressant le visage. Je ne veux rien faire qui puisse causer de l'embarras à mon épouse, surtout si elle n'y est point consentante. Tu n'as qu'un mot à me dire, un murmure ou même un geste m'indiquant ton opinion à ce sujet, et j'obéirai…
- Mais ta famille ? plaida t-elle de cette même petite voix timide et craintive.
Son ton, bien que le peinant intérieurement, fit malgré tout sourire Harry, à la fois amusé et peiné par sa voix de petite fille apeurée qu'il fallait de toute évidence rassurer et réconforter.
- Mère comprendra, du moins je l'espère…, dit-il comme pour se convaincre lui-même. Il faudra bien que tôt ou tard nous nous y mettions et que nous concevions cet héritier tant attendu par mes proches, mais nous avons tout notre temps pour cela, et pour ma part, je ne pense pas qu'il soit sage de devenir parent à notre âge, surtout lorsque tu n'es pas encore diplômée de Beauxbâtons. T'imagines-tu un seul instant assister aux cours avec un enfant dans les bras?
- Non c'est vrai, dit-elle. Mais nous ne pouvons pas mentir sur un sujet aussi grave…
- Pourquoi mentir? S'enquit-il. Je sais que la question de l'avenir de notre famille sera soulevée et qu'un héritier mâle devra tôt ou tard voir le jour, mais en l'état actuel des choses, il me serait bien difficile de remplir mon rôle de père, et bien que nos mères pourraient parfaitement te seconder dans le rôle auquel tu sembles te prédestiner, cet enfant doit être un enfant voulu et non pas un enfant conçu par la contrainte et le devoir. Quant à l'acte en lui-même…
Harry fit mine de réfléchir, mais la solution était déjà toute trouvée à ses yeux :
- Mère m'a raconté un jour que le roi s'était vanté au lendemain de ses noces d'avoir honoré à huit reprises son épouse durant la nuit, mais personne n'était dupe. Je pense que nous pourrions réutiliser cette ficelle à notre avantage bien que je n'avancerai jamais un tel chiffre. Après tout, son altesse ne pourrait nous en vouloir d'utiliser un tel stratagème puisque lui-même en a fait usage par le passé.
- Retourner ses arguments à notre avantage, vous êtes bien malin mon cher mari, ricana Daphné en semblant beaucoup plus détendue.
Puis elle s'approcha de lui, et se blottissant contre son torse, elle déposa un tendre baiser sur ses lèvres auquel il répondit avec empressement.
- M'est-il permis d'être entreprenante à votre égard, mon cher? Susurra t-elle.
- Oh mais vous pouvez, tâchez cependant d'être sage et bonne pour votre mari, autrement celui-ci pourrait fuir le lit conjugal face à tant d'empressement, dit-il du même ton taquin.
Souriante, Daphné se blottit davantage encore contre lui, et échangeant de longs baisers et caresses avec Harry, elle finit tout comme lui par s'endormir après quelques minutes sans jamais entendre, quelques mètres plus bas, les invités lever leur verre vers le plafond et s'exclamer à voix haute :
- Aux nouveaux mariés !
A/N : Donc voilà, chapitre terminé. Pour être honnête, je ne sais pas si c'est le temps d'écriture extrêmement long et l'écart entre ce qui a été écrit il y a plusieurs mois et ces dernières semaines qui me perturbe, mais j'ai un avis très mitigé à son sujet. J'avais de bonnes idées au départ, mais j'en ai oublié une bonne partie, et je ne me sens pas capable de pouvoir les ajouter maintenant. Je pense que ça pourrait d'ailleurs se sentir dans la lecture.
Au départ ce chapitre devait avoir beaucoup plus de dialogue, mais il dépassait allègrement les 20000 mots. De même, certaines scènes devaient être encore plus descriptives que maintenant, mais j'ai décidé de faire un choix et d'en supprimer quelques unes (la cérémonie religieuse par exemple, je me suis dit qu'une messe en latin ne devait pas vous intéresser).
Le mariage en lui-même laisse un goût contrasté puisqu'au final, il est surtout question de protocole et d'arrangement en faveur du roi au détriment de l'amusement des deux principaux protagonistes. D'ailleurs, j'ai décidé d'opter pour un mariage mélangeant pratique du XVIIIe siècle (cérémonie du coucher) et du XIXe siècle ( Entrée dans les différentes pièces selon un ordre prédéfini, une jeune fille célibataire jamais avec un garçon de son âge etc.). Je pense qu'un mariage beaucoup plus intime aurait davantage plus à Harry, mais bon, quand on est prince, il faut quelque chose de fastueux !
Je ne dévoilerai rien du prochain chapitre puisque je n'ai pas encore fait mon choix sur ce qui se passera à l'intérieur, alors attendez vous à tout.
Bonne journée !
