Bonjour à tous,

Chose promise, chose due. Voici le chapitre 57 de cette histoire.

Encore merci pour les commentaires du précédent, je pense n'avoir oublié personne pour les réponses.

Guest : Thx for the review, and I hope you'll enjoy the next chapter.

Pour ce qui concerne celui-ci, j'espère qu'il vous plaira, c'est l'un de ceux que j'ai particulièrement apprécié d'écrire (une journée seulement tellement il m'inspirait). à voir maintenant si cette frénésie d'écriture s'est avérée utile où si la précipitation est mauvaise conseillère ;)

Bonne lecture !


L'heure était tardive, mais pourtant rarement Weimar n'avait été aussi animée qu'en cet instant. L'éclairage public n'était plus assuré depuis la veille lorsque son responsable avait pris la fuite sans demander son reste en apprenant que l'armée française s'approchait des habitants de la petite cité, et les nouveaux occupants devaient se résoudre à utiliser la lumière émise par la lune et des torches que certains tenaient pour se guider à travers les multiples ruelles.

Les habitations elles étaient pour la plupart inhabitées depuis quelques heures, la population ayant suivi la reine de Prusse et les quelques régiments devant tenir la ville lorsqu'on eut appris que les troupes prussiennes reculaient en nombre du champ de bataille. Mais à présent, ses habitants se composaient exclusivement de soldats français, certains ivres, alors que l'on fêtait sans retenue la victoire acquise à Iéna et Auerstaedt ; Ce n'était après tout pas tous les jours qu'une nation pouvait se targuer d'avoir anéanti en l'espace de quelques heures et à deux endroits différents l'une des plus puissantes armée au monde. À un contre trois, la seconde bataille avait été encore plus retentissante, mais les manuels d'histoire ne retiendraient la première qu'en raison de la seule présence de l'empereur des français.

La route vers Berlin était désormais grande ouverte, et plus aucun obstacle ne semblait pouvoir arrêter le rouleau compresseur qu'était la machine de guerre française déjà victorieuse à quatre reprises en moins d'une semaine : Des dizaines de milliers de morts et de prisonniers, un parc d'artillerie de plus d'une centaine de canons obtenu sans combat, des troupes prussiennes se débandant partout et un allié saxon qui à présent parlementait avec l'État major de Napoléon pour se joindre à lui, que la victoire était belle !

Harry s'imaginait déjà revenir en France d'ici à quelques semaines, auréolé d'une gloire nouvelle alors que la campagne semblait déjà se terminer, mais pas avant d'avoir pénétré pour la première fois dans la capitale du royaume de Prusse par la porte de Brandebourg et défilé dans les rues et boulevards de la ville. En tout cas, il en rêvait, et son esprit se transportait vers les confluents de la Spree où les berlinois devaient à l'heure qu'il était penser avec angoisse à l'arrivée prochaine des troupes de «l'ogre corse».

Tout à ses rêveries, il tentait maladroitement d'ériger une sorte de lit construit avec des ballots de paille subtilisés dans une écurie voisine et sur lequel il installait son paquetage alors qu'à côté de lui, Juliette l'éclairait grâce à une petite bougie trouvée dans la petite maison qu'ils avaient investie. Comme le reste de la population, ses occupants avaient pris le strict nécessaire et étaient partis dans la journée en abandonnant derrière eux tous leurs souvenirs, leurs biens et ce qui aurait pu leur être utile pour leur voyage imprévu. La pièce qui faisait à la fois office de salle à manger, de cuisine et de chambre, avait depuis lors été retournée par des soldats avides de trophées, d'argent ou par simple plaisir, et au milieu des meubles brisés, des ustensiles jonchant le sol et d'une cheminée dans laquelle ils avaient pu allumer un petit brasier, Harry, Nicolas et Juliette essayaient de s'aménager une petite couchette pour passer la nuit en attendant de reprendre la route dès demain.

- J'ai trouvé ça, déclara Nicolas en leur montrant les quelques tubercules qu'il avait entre les mains.

- Tu sais les cuisiner? S'enquit Juliette alors qu'elle et Harry se fabriquaient à présent de grossiers coussins avec des sacs de toile.

- Non, avoua t-il d'un air penaud. Puis de toute manière il faut les éplucher d'abord, trouver de l'eau et quelques accompagnements.

- J'ai l'impression que tu oublies parfois que tu es un sorcier, gloussa Harry alors qu'il faisait sortir de sa manche sa baguette magique. Pour les deux premiers problèmes, c'est très facile.

D'un geste, les pommes de terre s'extirpèrent des mains de Nicolas pour venir flotter à quelques centimètres de la tête d'Harry. D'un autre, les tubercules se mirent à tourner sur eux-mêmes alors qu'ils étaient délestés de leur peau brunâtre au fur et à mesure qu'il les faisait bouger avant de les couper en petits morceaux.

- Wingardium Leviosa, dit-il en pointant cette fois-ci une casserole retournée à quelques mètres de lui qui se mit à son tour à léviter vers lui. Aguamenti.

Un filet d'eau s'extirpa de sa baguette et vint progressivement remplir le récipient alors qu'il déposait les pommes de terre à l'intérieur.

- Je ne suis pas très bon cuisinier, alors si vous avez des suggestions à faire pour le repas de ce soir, je vous laisse l'embarras du choix, expliqua t-il alors qu'il disposait la casserole au dessus du feu.

- J'ai quelques carottes et un oignon, marmonna Nicolas en fouillant dans sa besace.

- Un restant de pain de mon côté, ajouta Juliette. Ah, et du lard.

- La même chose, dit-il en disposant à côté de lui le lard emballé dans une feuille de papier. J'ai quelques fruits aussi pour le dessert, mais j'ai l'impression qu'ils commencent à être trop mûrs.

- Tu n'auras qu'à couper la zone qui est gâtée, l'informa son amie. Il faut cependant qu'on fasse attention : On ne sait pas quand est-ce que les prochaines rations vont arriver, alors il nous faudra faire preuve de retenue.

- Quand même, autant nous avons la meilleure armée du monde, autant le rationnement est lamentable ! Pesta Nicolas alors qu'il épluchait désormais ses carottes. À croire qu'ils pensent que nous nous battons mieux l'estomac vide !

- C'est peut-être le cas, argua distraitement Harry. Mais si le besoin s'en fait vraiment sentir, je pourrais très bien transplaner jusqu'à Lamballe et demander à Giuseppe de nous réapprovisionner en nourriture. Sa cuisine me manque quelques fois.

En vérité tout lui manquait à Lamballe, y compris bien évidemment la présence de sa propre famille. Impossible pour lui de pouvoir leur envoyer des nouvelles, le courrier ne fonctionnant pas pour le moment alors que les relais le long des routes étaient desservis de leurs chevaux et que les postiers prenaient la poudre d'escampette comme le reste de la population. Quant à utiliser Archimède, la présence d'un faucon serait trop étrange pour passer inaperçue.

Impossible donc de les rassurer, de leur raconter ses exploits quotidiens où la routine des journées s'écoulant calmement, mais également pour lui de se sortir de la tête les pensées constantes qu'il avait sur la campagne actuelle, sur les morts par milliers qu'il avait croisés, sur les horreurs de cette guerre et le comportement bestial de ceux qui se prétendaient hommes mais qui agissaient à l'occasion comme des animaux en lisant les dernières sottises de sa petite sœur, les calculs politiques de marie-Louise ou les recommandations de Lily sur son bien-être.

- Cela peut-être considéré comme un abandon de poste, argua Juliette en fronçant les sourcils. Si l'on te cherche alors que tu te trouves en France, tu auras de sérieux ennuis.

- Sauf si cela ne se sait pas, répliqua t-il tranquillement en lui jetant un coup d'œil. J'ai pleinement confiance en vous pour savoir que jamais vous n'iriez voir nos supérieurs pour leur rapporter ma petite excursion sur mes terres. De toute manière je n'irai jamais à l'encontre des recommandations de Pajol concernant l'utilisation intempestive et dangereuse de la magie à des fins personnelles, et ce cas de figure est exactement un interdit qu'il nous a expressément déconseillé.

- Très juste, approuva t-elle en reportant son attention sur les différents aliments à leur disposition.

- Ouais mais quand même, j'aurais pas dit non à quelques légumes supplémentaires, maugréa de son côté Nicolas. Ou à une bonne livre de viande bien grasse… Rien que d'y penser, j'en ai l'eau à la bouche… Ou… Une bonne grosse volaille bien tendre…

- Tu vas te taire oui? Pesta Juliette en lui lançant le premier objet à sa portée. Tu vas finir par me donner faim à moi aussi !

- Vous entendez? Leur demanda tout à coup Harry en tournant son regard vers l'une des fenêtres brisées de l'entrée.

Au dehors, plusieurs éclats de rire pouvaient en effet être perceptibles dans la rue, mais il n'était pas rare à cette heure-ci d'entendre les élucubrations d'ivrognes particulièrement avinés.

- Sûrement des camarades qui ont un peu trop fait la fête, commenta Juliette après quelques secondes de silence. On devrait peut-être fermer la porte avec quelque chose par mesure de précaution.

- Au contraire, ils vont trouver ça louche une porte fermée alors que toutes les maisons ont été fouillées, lui répondit Nicolas. Quelqu'un devrait plutôt effectuer un tour de garde et on se relaierait toutes les deux ou trois heures.

- Bonne idée, approuva Harry alors qu'il sortait de son sac deux bouteilles d'un vin bon marché données par les vivandières de l'armée et son gobelet.

Bientôt une agréable odeur de bouillon emplit la pièce alors que les trois camarades se réunissaient autour de la casserole et de son liquide bouillonnant. Leur gamelle respective remplie, chacun s'affaira pendant un court laps de temps à contempler avec plaisir leur maigre repas.

- Bon appétit, leur lança Nicolas avant de tremper son morceau de pain dans la soupe. Et santé !

- Santé ! Répétèrent en chœur ses amis en faisant s'entrechoquer leurs verres puis de se désaltérer.

- Cette gnôle est vraiment dégueulasse, pesta t-il en grimaçant après avoir bu une gorgée. Parait que ça tient aux tripes, mais ça va surtout nous rendre malade…

- C'est la boisson réglementaire des troupes, si tu souhaites t'en plaindre tu n'as qu'à écrire à l'administration qui gère le ravitaillement des armées, commenta avec amusement Harry bien qu'il approuvait totalement les dires de Nicolas.

- J'me gênerai pas pour le faire, affirma t-il en hochant sa tête. Faudra par contre que tu l'écrives à ma place, t'as une plus belle écriture et surtout tu tournes les phrases bien mieux que moi.

- Tu te contenteras de me donner l'idée générale et j'aviserai, répondit-il avant d'enfourner un morceau de pomme de terre.

Le crépitement des flammes fut pendant les minutes suivantes le seul émetteur de bruit, sauf si l'on exceptait les poivrots en dehors de la maison, et chacun préférait plutôt apprécier son repas en silence. Tout en le faisant d'ailleurs, Harry observait distraitement l'agencement de la salle en s'attardant sur les quelques éléments de coquetterie de la probable femme qui occupait les lieux ; quelques fleurs un peu fanées, des tableaux de piètre qualité fixés aux murs ou jetés par terre, un ou deux bibelots de porcelaine ayant miraculeusement échappé aux mains des pilleurs…

En voyant ça, il ne pouvait s'empêcher d'être d'accord avec Juliette au sujet de l'empiétement de l'espace privé de cette personne, d'une violation de domicile pure et simple et qui, même en temps de guerre et donc parfaitement logique, le rendait malgré tout mal à l'aise, comme s'il n'avait rien à faire ici. Si les rôles étaient inversés et que les prussiens occupaient son château de Lamballe, il n'aurait certainement pas réagi de manière convenable.

- Vous pensez qu'ils étaient nombreux à vivre ici? Demanda t-il en les regardant.

- Une famille sans doute, argua Juliette. J'ai vu des vêtements d'homme et de femme ainsi que ceux pour au moins un enfant, alors ça m'étonnerait pas.

- Ils ne vont probablement pas s'absenter très longtemps, commenta Harry en se frottant le menton. Ils doivent se cacher dans les parages en attendant que l'armée quitte la ville pour se diriger plus au Nord. Avant de partir, on pourrait peut-être arranger leur maison pour la rendre de nouveau habitable.

Nicolas le regardait d'un air étrange comme s'il se demandait si son meilleur ami n'était pas devenu fou soudainement, mais Juliette elle le regardait en souriant, et une lueur joyeuse pouvait aisément être observée dans ses yeux.

- Je suis sûre qu'ils en seraient ravis, dit-elle en replongeant son regard vers le contenu de sa gamelle. Cette sollicitude t'honore Gabriel.

- Vous n'aurez qu'à faire les fées du logis si vous le souhaitez, moi ça me dit absolument rien, grogna Nicolas alors qu'il se frottait le ventre avec satisfaction. Bon Dieu que j'ai bien mangé !

Un coup violent et soudain sur la porte en bois de l'entrée leur fit tous les trois tourner la tête dans cette direction alors que dans le même temps, des ombres pouvaient être observées depuis les fenêtres l'encadrant.

Un autre coup accompagna très vite le premier, tout aussi puissant et menaçant de faire tomber la porte qui tremblait sur ses gonds. Harry sortit aussitôt sa baguette magique alors que ses deux amis optaient plutôt pour porter la main au pommeau de leurs sabres.

Finalement la porte s'ouvrit avec fracas au troisième coup, et la faible luminosité de la cheminée ne permettait pas au premier coup d'œil de déterminer de qui il s'agissait ni de leur nombre, mais cela suffisait malgré tout à Harry pour qu'il se remette prestement debout sur ses jambes.

- Qui vive ?! Ordonna t-il sans quitter des yeux la silhouette menaçante à l'extérieur. Réponds coquin, ou nous n'hésiterons pas à tirer !

Pour autant l'homme n'obtempéra pas et pénétra sans y avoir été invité dans la pièce d'une démarche légèrement incertaine. Dire alors qu'Harry fut surpris par l'identité de la personne était un euphémisme car il ne pensait pas revoir de si tôt les traits grossiers et le visage hautain de son éternel rival d'académie.

- Boulanger? Dit-il d'un ton surpris en voyant apparaître son camarade de régiment. À quoi doit-on l'honneur de ta présence?

- C'est comme ça qu'on accueille un vieux camarade? Répondit l'autre d'une voix moqueuse et légèrement hésitante.

- J'croyais qu'on t'avais arrêté y'a pas plus tard qu'aujourd'hui même? S'enquit Nicolas bien qu'il continuait à garder sa main prête à dégainer son épée.

- C'est vrai, avoua l'autre d'un air nonchalant. Mais… Avant d'être renvoyé à Paris pour passer en jugement disciplinaire, j'me suis dit qu'on allait faire une petite tournée d'adieu avec les gars, histoire de ressasser le bon vieux temps…

Comme un signal, deux autres personnes déboulèrent dans la pièce, toutes les deux ayant comme eux l'uniforme réglementaire du 4e régiment. Harry les reconnut aussitôt pour avoir été les sous-fifres d'Auguste lors de leur scolarité à l'académie de Metz, deux brutes sans cervelle et sans le moindre talent mais qui avaient malgré tout réussi l'exploit d'obtenir leur diplôme et d'intégrer les troupes en partance pour la nouvelle campagne.

- Je vois que vous avez même préparé le repas, ajouta t-il en dardant un coup d'œil sur le potage d'Harry. Faudra que vous rajoutiez trois couverts supplémentaires…

- Tu es saoul, lui indiqua Harry en le voyant rester maladroitement debout.

- Bien vu, approuva Auguste en ricanant. J'ai fait la fête avec les autres pour fêter cette brillante victoire, et vu que ce sera probablement la dernière fois que je pourrais le faire avant d'être forcé à quitter l'armée, autant qu'elle soit… mémorable.

- Si tu es venu chercher querelle, tu aurais pu choisir un meilleur moment et un meilleur endroit pour le faire, intervint Juliette d'un ton froid. Tout ce que tu arriveras à faire, c'est d'alerter les sentinelles.

- Allons, une minute seulement de retrouvailles et tu parles déjà de querelle, Rivelli? Dit-il moqueusement.

- Ce que je ne comprends pas, c'est ce que tu fiches ici, lui lança alors Harry. Tu devrais être bien gardé à l'heure qu'il est, et si on découvre que tu t'es échappé, tu seras recherché et ta peine aggravée.

- L'armée a eu la brillante idée de me faire garder par des moldus, expliqua l'autre tranquillement. Le pire, c'est qu'ils m'ont pris mes armes, mais ils ont oublié ceci.

Et tout en parlant, il fouilla dans sa poche de pantalon avant d'en ressortir un bâton de bois d'une vingtaine de centimètres qu'il faisait négligemment bouger entre deux doigts.

- à partir de là, il n'y a rien de plus facile que de les assommer par un petit sortilège, continua t-il en ricanant. Berliot et Marlet ont été autant surpris que vous de me voir, mais on s'est dit qu'on allait se promener un peu à Weimar en attendant le lever du jour pour voler un cheval et m'enfuir loin d'ici.

- C'est une évasion dans ce cas, l'informa Harry. Et vous deux, ajouta t-il en jetant un œil sur les deux gorilles à ses côtés, c'est de la complicité. Je devrais immédiatement aller voir l'État major pour les informer de ces faits.

- Sauf que tu ne feras rien, affirma Boulanger en refermant violemment la porte.

La tension monta alors d'un cran alors que les deux groupes se faisaient face.

- Tu vois Bourbon, ça fait des années que je constate toutes ces prérogatives qu'on t'accorde, ces avantages que tu as toujours eus au détriment des autres, cette… bienveillance constante de la part de nos supérieurs, dit-il en prenant un ton de plus en plus menaçant. Tu as peut-être su abuser les enseignants à l'académie, et plus surprenant encore, le lieutenant-colonel lui même pour qu'il te donne ces fameux cours particuliers dont tout le monde était au courant, mais personne ne semblait trouver à en redire…

- Peut-être parce qu'il n'y avait rien à dire à ce sujet, répliqua Juliette. Gabriel était le meilleur élève de notre promotion, et son niveau était tellement en avance sur les nôtres que Pajol a jugé bon de ne pas laisser un tel talent gâché.

Harry lui adressa un sourire reconnaissant à ses paroles, mais Boulanger lui laissait à l'inverse toute la rage qu'il accumulait depuis des années rejaillir et creuser davantage les traits de son visage.

- Moi j'ai à dire à ce sujet ! Hurla t-il en la regardant d'un air méprisant. Ce putain d'aristocrate vient d'une famille qui n'a jamais eu à se baisser pour ramasser de quoi se nourrir, à qui l'on mangeait directement dans la main pour obtenir des privilèges et devant qui on devait continuellement se courber pour obtenir des grâces, et voilà que la révolution passant, tous ces foutus avantages lui ont été retirés. Mais bien sûr, il fallait bien qu'il trouve un moyen de se refaire, de restaurer le foutu prestige de sa famille en s'attribuant le mérite des autres qui eux ont sué corps et âme pour arriver là où ils se trouvent !

- Tu délires mon pauvre, argua Nicolas en le regardant comme s'il devenait effectivement fou sous leurs yeux.

- Moi? Maugréa Boulanger. Tu rêves ! Au contraire, contrairement à vous je vois au-delà des apparences, et j'ai vu dès le premier jour sous cette couche de vernis que la suffisance et le mépris des classes étaient omniprésents chez lui !

- Suffisant, moi? Répéta d'un ton moqueur Harry en haussant un sourcil. Je vais mettre sur le compte de l'alcool ton discours totalement décousu et sans le moindre sens, il ne doit pas y avoir d'autre explication pour essayer de comprendre ton comportement.

- Je pense plutôt qu'il est juste jaloux, intervint Nicolas en adressant à Auguste un rictus qui eut le don de le faire rougir de colère. Il aurait bien aimé être prince, riche, doué du moindre talent et reconnu par sa hiérarchie. Au lieu de ça il n'est que le fils d'un accapareur, sans esprit et aux capacités magiques limitées.

- Sonomine domus ! S'écria alors Auguste en pointant directement le mur de la maison avec sa baguette.

Rien ne sembla se passer au premier abord, mais Harry ressentit un léger frisson le parcourant rapidement et qui attestait de la réussite du sortilège. Un bruit de bois que l'on brisait se fit alors entendre, et il remarqua que Berliot venait de casser d'un coup de botte le pied de la table en bois retournée qui trônait autrefois au centre de la pièce, et qu'il s'amusait à présent à le faire rebondir dans la paume de son autre main demeurée libre.

- On va régler nos petites histoires une bonne fois pour toute, les informa Auguste alors qu'il ôtait sa pelisse.

Et sans plus attendre, il fondit sur Harry qui, surpris par son geste, n'eut pas même le temps de l'en empêcher et se retrouva plaqué contre un mur. Dans la seconde qui suivit Auguste lui administra un coup de poing en pleine figure puis un autre dans le ventre qui le laissa sans souffle quelques instants. Boulanger tenta de réitérer son geste sur son visage, mais Harry écarta rapidement celui-ci et son poing vint s'écraser contre le mur. Il n'entendit rien, mais le cri de douleur que son adversaire poussa alors et le fait qu'il se tenait le poignet lui indiqua qu'il devait se l'être cassé, aussi en profita t-il pour lui donner à son tour un coup de genou dans l'abdomen suivi tout de suite après par un coup de poing juste sous le menton.

Auguste se recula de quelques pas en tombant sur une chaise, mais déjà il se relevait, du sang coulant en un léger flot de sa bouche tandis qu'il regardait avec une haine non dissimulée son adversaire.

- T'es mort, Bourbon ! Hurla t-il en se précipitant de nouveau vers lui.

Harry lui-même était encore légèrement sonné par le coup de poing, mais cette fois-ci il parvint aisément à éviter la nouvelle attaque de Boulanger qui vint frapper dans le vide là où il se trouvait encore quelques secondes en arrière. Harry lui attrapa le col, lui administra un crochet de sa main droite avant de l'envoyer s'écrouler promptement sur une commode.

- Gabriel ! L'appela alors d'une voix alarmé Nicolas alors qu'il était lui-même aux prises avec Marlet.

Tournant la tête, Harry constata avec effroi que si son ami ne s'en sortait pas trop mal dans son duel, il n'en était pas de même de Juliette qui se trouvait déjà à terre et subissait les assauts répétés des bottes de Berliot sur son flanc.

- Hé ! Berliot ! Hurla t-il en se saisissant rapidement des restes du potage encore fumant dans la casserole.

Et sans plus de cérémonie, il les lui envoya directement au visage, rapidement rejoints par l'ustensile de cuisine. Berliot gémissait de douleur, les mains sur la figure alors qu'il s'effondrait par terre aux côtés de Juliette qui bougeait à peine. Harry aurait voulu se précipiter vers elle pour s'enquérir de son état, mais Boulanger revenait déjà à la charge et l'avait saisi par derrière en enroulant ses bras autour de sa taille.

- Foutre qu'il est collant celui-là ! Pesta t-il en essayant de s'extraire.

S'abaissant légèrement il prit de l'élan, puis sans prévenir, se releva brusquement pour donner un coup de boule à Auguste. Des milliers d'étoiles semblaient danser devant ses yeux alors qu'il s'écartait de Boulanger légèrement groggy, mais sans plus attendre, et surtout pour en terminer avec cette bagarre, il sortit sa baguette et la pointa dans la direction où son adversaire portait ses mains vers son nez cassé :

- Stupefix ! Scanda t-il alors qu'un jet de lumière rouge sortait de sa baguette pour atteindre très vite le torse d'Auguste.

Celui-ci fut soufflé par la force du sortilège, décolla du sol et vint s'écraser quelques mètres plus loin sur une armoire dont il défonça les portes sous le choc. Mais à peine eut-il atteint le sol que le meuble trembla, pivota sur ses pieds, et vint s'effondrer sur lui dans un fracas assourdissant.

Harry respira profondément, plus fatigué qu'il ne l'aurait cru alors qu'il s'affaissait contre un mur. Près de lui Nicolas était également parvenu à assommer Marlet en cassant sur le haut de son crâne une lourde planche de bois et hocha sa tête dans sa direction quand il lui demanda d'un simple regard s'il allait bien.

- Juliette ! S'exclama t-il alors en se précipitant vers leur camarade.

Celle-ci gisait à terre et n'avait pas bougé de sa position depuis tout à l'heure. Inquiet, Harry se dirigea également vers elle et la fit légèrement rouler pour avoir un aperçu de son visage ensanglanté. Par chance, elle demeurait toujours consciente, mais le filet de sang qui s'écoulait de sa bouche était tout de même peu réjouissant.

- ça va aller, dit-il pour la rassurer alors que Nicolas se précipitait déjà vers sa besace pour en retirer quelques potions. Prends le filtre de régénération du sang et celui de réparation des plaies et ecchymoses.

- S'il en reste ! Pesta Nicolas alors qu'il regardait dans les trois sacs désormais.

- J-je n'avais aucune chance…, bredouilla t-elle en grimaçant de douleur lorsqu'Harry voulut la relever.

Nicolas revint vers eux, et donna à Harry les potions qu'il avait réclamées, celui-ci les déboucha aussitôt pour les donner à boire à leur camarade. De plus, il en profita pour établir rapidement un diagnostic médical sur elle avec sa baguette magique, et les volutes de fumées qui en sortaient formaient des groupes de mots à mesure qu'il parcourait l'ensemble du corps de Juliette.

- Côtes cassées, marmonna t-il en parcourant des yeux les résultats obtenus. Un médicomage pourrait te réparer ça en une nuit, mais je ne sais pas s'il y en a dans le coin… Si on demandait de l'aide à un médecin moldu en revanche, tu en aurais pour plusieurs semaines de soin et tu serais éloignée des combats pour un moment.

- Le problème, c'est que si on l'amène à un médecin qui ne sait pas qu'elle est une femme, elle risque de gros ennuis, commenta nerveusement Nicolas.

- Effectivement…, grommela Harry. Et dans son état, on ne peut pas transplaner…

Ses yeux se posèrent alors sur les débris de l'armoire de laquelle s'échappaient des monceaux de vêtements en tout genre. Harry s'y dirigea promptement, et fouillant rapidement dans les différents tissus, il en extirpa une robe dans un tissu grossier et quelques accessoires adaptés à la vie paysanne.

- J'espère que tu n'as rien contre le fait de te déguiser ma chère Juliette, argua t-il avec amusement en lui montrant ses trouvailles.

- Qu-quoi? Bafouilla t-elle en regardant curieusement les vêtements.

- Imaginons que nous nous promenions tranquillement aux portes de la ville quand soudain, nos oreilles furent alertées par les plaintes douloureuses provenant des fossés longeant les murailles, narra Harry en se massant distraitement le menton. Là, sous nos yeux ébahis, se trouvait une pauvre saxonne qui avait été probablement molestée par de vilains soldats français voulant abuser d'elle. Ni une ni deux, nos valeureux hussard du 4e régiment entreprirent de la sortir de là et de la conduire à un médicomage qui pourrait rapidement la remettre sur pied… Qu'est-ce que tu penses de mon petit récit, Juliette?

- Qu'il aurait pu ê-être un excellent plan si… Si la saxonne en qu-question savait parler allemand, intervint t-elle d'une voix douloureuse.

- Mais personne ne vous a dit que vous auriez à parler durant votre sauvetage ma chère petite saxonne, répondit t-il avec amusement.

- Brillant, confirma Nicolas en souriant joyeusement. C'est incroyable, tu as imaginé tout ça en un rien de temps !

- Je sais, moi-même je me surprends, déclara t-il d'un ton faussement pompeux. Bien, Nicolas tu vas l'aider à s'habiller, et évite lui de faire le maximum de mouvement. Moi pendant ce temps je vais modifier la mémoire de ces trois imbéciles et leur faire oublier notre rencontre…

Son regard se fit plus sombre alors qu'il regardait les formes inertes des deux accompagnateurs d'Auguste, mais lui-même était encore enseveli sous la lourde armoire. Harry le chercha quelques secondes en essayant tant bien que mal de déplacer le meuble qui l'écrasait, mais il fut accueilli par une auréole de sang qui grandissait toujours plus puis une tête sanguinolente surmontée de cheveux blonds et collés. Perplexe sur son état, Harry tendit deux doigts pour lui tâter le pouls, mais le constat était sans appel :

Auguste Boulanger était mort.


A/N : Donc voilà, la boucle est bouclée. Comme je l'ai dit j'ai beaucoup aimé écrire ce chapitre, et c'était comme si ce duel se déroulait sous mes yeux tandis que je le retranscrivais sur papier (enfin, sur word).

Le déserteur Boulanger est donc mort écrasé sous une armoire... Quelle drôle de fin.

J'espère que ça vous aura plu en tout cas. Le titre évoque surtout la rivalité qui a très vite démarrée entre Auguste et Gabriel et dont l'apothéose s'avère être cette funeste soirée.

à partir de maintenant la magie se fera plus présente, avec quelques petites surprises à la clé ;). Mais nous n'en oublierons pas qu'Harry est toujours en guerre, et que la campagne ne se termine qu'en juin 1807... De longs mois l'attendent encore avant de pouvoir se reposer.

Il se pourrait bien que je publie deux chapitres la semaine prochaine : J'avais dans l'idée de le faire si j'arrivais à en avoir dix d'avance (ce qui est presque chose faite), alors peut-être qu'un chapitre pourrait arriver mardi ou mercredi prochain... en plus de l'habituel du vendredi.

Sur ce, à la semaine prochaine !