Bonjour,

C'est avec une heure de retard que je vous donne ce nouveau chapitre, j'ose espérer que vous m'en excuserez (lol).

J'avais également promis de vous donner un chapitre mardi/mercredi, mais je n'avais pas pris à ce moment là en compte que l'on pourrait m'appeler pour m'annoncer la reprise du travail... D'une certaine manière je suis quand même bien content de ne plus avoir à rester chez moi et m'occuper l'esprit à d'autres choses qu'à ce fichu confinement, mais bon j'ai désormais moins de temps pour faire autre chose à présent.

Heureusement j'ai largement de quoi satisfaire vos attentes pour plusieurs semaines, alors on ne va pas trop s'en inquiéter pour le moment.

Encore merci pour les reviews, les follow et les favoris.

Pas besoin de vous parler du chapitre, le titre parle de lui-même. Nous quittons donc les forêts boisées de Thuringe pour notre chère école de sorcellerie.

Bonne lecture !


«Je ne dois pas dire de mensonges.»

La plaie sur sa main commençait à peine à cicatriser qu'en quelques secondes le sang perlait à nouveau alors que ses contours lui picotaient douloureusement. Pour autant jamais Matthew ne laissa paraître le moindre désagrément, et c'était avec une pointe de provocation qu'il continuait à écrire machinalement sur la feuille de parchemin devant lui en ne quittant jamais du regard la vilaine face de crapaud de son professeur de défense contre les forces du mal.

Celle-ci se contentait pour sa part de l'observer à la dérobée, un sourire carnassier sur son visage arrondi alors qu'elle étudiait tranquillement les multiples copies de devoirs disposées devant elle tout en s'amusant à les consteller d'annotations et de commentaires à l'encre rouge.

«Vieille tarée» pensa t-il sombrement avant d'écrire une nouvelle ligne.

«Je ne dois pas dire de mensonges.»

La douleur à sa main redoubla de vigueur, comme s'il s'amusait à creuser un peu plus sa plaie avec la pointe de la plume de sang que lui avait donnée le professeur Ombrage, mais c'était bien avec le sien qu'il étrennait chaque soir depuis une semaine cette courte phrase qu'elle tentait de lui incruster dans la peau à défaut de pouvoir le faire dans sa propre tête.

Cela faisait deux mois maintenant que les cours avaient repris, deux mois de supplice pour lui alors qu'il retrouvait les couloirs de Poudlard, ses élèves à l'esprit étroit et si facilement manipulable qu'il leur suffisait de lire dans la presse qu'il était fou pour qu'une grande majorité des étudiants le pense. Deux mois aussi maintenant à subir les punitions de leur professeur de défense contre les forces du mal, une espèce de vieux crapaud habillé continuellement dans de ridicules robes rose et surchargées de dentelles et de nœuds.

Cette femme était parvenue en un aussi court laps de temps à égaler Rogue dans la course au professeur qu'il haïssait le plus, et au rythme où allaient les choses, il ne faisait aucun doute dans son esprit que d'ici peu, elle le dépasserait. Tout chez elle lui donnait envie de vomir, de sa seule présence à voix mièvre aux tonalités de petite fille, sa fausse condescendance et sa sollicitude feinte masquant une âme presque aussi noire que celle de Voldemort, le fait aussi qu'elle fut jusqu'à récemment encore sous-secrétaire auprès du ministre de la magie et agissait à présent comme une sorte d'espionne pour son compte à l'intérieur de l'école de sorcellerie. Peut-être enfin le fait qu'elle faisait de sa vie un enfer vivant depuis la rentrée scolaire.

Le professeur Ombrage passait en effet son temps et son énergie à le rabrouer sans cesse, à contester la moindre de ses paroles et à persister dans son aveuglement concernant le retour de Voldemort. Chaque cours était l'occasion pour elle de le rabaisser aux yeux des autres élèves, de pointer du doigt les limites de ses allégations concernant le seigneur des ténèbres et les bruits de couloir qui circulaient le concernant tout particulièrement.

En clair, il devenait difficile de déterminer si elle était véritablement professeur de défense contre les forces du mal ou professeur de défense contre Matthew Potter, et lui avait beau se défendre, l'attaquer sur l'inutilité de ses cours théoriques et affirmer qu'il disait la vérité, il ne gagnait rien d'autre une fois l'heure de cours terminée qu'une autre retenue dans le bureau décoré avec le plus mauvais goût du professeur Ombrage.

«Je ne dois pas dire de mensonges.»

La plaie saignait abondamment maintenant, et à quand bien même parvenait-il à la soigner dans l'heure qui suivait, il doutait de jamais perdre à présent la cicatrice qui avait élu domicile sur le revers de sa main.

- Hm hm.

Levant la tête, Matthew remarqua que le professeur Ombrage le regardait fixement, son sourire frustrant toujours vissé sur sa vilaine figure alors qu'elle tapotait joyeusement le bord de son pupitre.

- J'ai bien peur de vous annoncer avant vos camarades que vous avez une fois encore échoué à votre examen, dit-elle d'un air navré qui ne lui ressemblait guère. J'avais pourtant cru comprendre que vous ne vous débrouilliez pas trop mal dans cette matière, mais depuis septembre, je n'ai eu droit de votre part qu'à des devoirs bâclés et des réflexions sur mes méthodes d'enseignement qui perturbent le bon déroulement de mes leçons.

Et tout en parlant, elle leva devant elle la feuille de parchemin de son dernier devoir en haut duquel trônait en rouge un «désolant» cerclé.

- Il va falloir vraiment vous ressaisir Monsieur Potter, dit-elle en secouant tristement sa tête. Il serait regrettable que l'élu de la nation redouble sa cinquième année par son manque de travail…

En d'autres temps, Matthew aurait répliqué d'une remarque acerbe et peut-être aussi immature, mais il préféra simplement se concentrer sur la feuille qui lui servait pour la soirée d'exutoire de toute sa frustration accumulée depuis des semaines.

«Je ne fois pas dire de mensonges.»

- Vous savez que je ne suis pas votre ennemie, l'entendit-il dire sans plus lever les yeux vers elle. Il me chagrine profondément d'avoir à faire ce que nous faisons chaque soir dans mon bureau, mais parfois, les enfants ont besoin d'être éduqués d'une manière plus rigoureuse, surtout lorsqu'ils font des bêtises ou qu'ils mentent…

Malgré lui, Matthew sentit sa prise sur la plume se resserrer, et il se demanda pendant une fraction de seconde ce que dirait le professeur Ombrage s'il arrivait malheur à sa plume chérie.

- Vous avez une bien drôle de façon de montrer à quelqu'un que vous n'êtes pas son ennemie en lui charcutant chaque soir la main, dit-il méchamment en sentant ses doigts commencer à trembler.

- Vous n'auriez pas à subir cette douloureuse séance si vous cessiez de colporter des rumeurs infondées dès que vous en avez l'occasion, lui rappela t-elle d'un ton gai. Si vous cessiez de perturber mes leçons, d'admettre que vous êtes un menteur et de ne plus jamais répandre les élucubrations grotesques du directeur de cette école, nous pourrions même devenir de bons amis…

Matthew se retint de rire en l'imaginant traversant les couloirs main dans la main avec le crapaud assis devant lui et opta pour sa sortie favorite : continuer sa punition.

«Je ne dois pas dire de mensonges.»

Cependant il ne put s'empêcher de grimacer de douleur cette fois-ci alors qu'il voyait à présent sa main droite saigner abondamment. Son halètement sembla avoir été entendu par son professeur car il entendit un raclement de chaise puis des gros doigts boudinés portant de lourdes bagues se saisir de sa main meurtrie pour l'analyser scrupuleusement.

- Hm… Cela va de plus en plus vite à mesure que nos séances se déroulent, commenta t-elle joyeusement en passant l'index de son autre main sur la plaie. Il ne vous faut que dix minutes à peine pour obtenir ce résultat, là où il vous fallait une heure auparavant ! Pensez-vous que le message est suffisamment passé maintenant?

- Je suppose que oui, à moins que vous vouliez que l'on creuse jusqu'à la paume de ma main, répliqua t-il en détournant le regard.

Eh bien moi je pense que non, dit-elle en le relâchant pour retourner s'asseoir. Nos précédents tête à tête ne vous ont pas empêché de recommencer à faire des bêtises, alors allons plus en profondeur des choses pour que le message soit aussi lisible et durable que s'il était gravé dans le marbre. Allez-y.

Matthew la regardait d'un air interloqué, abasourdi par la cruauté manifeste de son professeur, mais il se garda bien de le lui exprimer et de lui donner satisfaction ; Le rictus qu'elle arborait déjà suffisait à le rendre fou, il n'allait pas lui faire plaisir en lui hurlant dessus à moins de lui donner l'occasion d'une soirée de retenue supplémentaire.

Machinalement, il reprit possession de la plume de sang alors qu'il examinait les quelques lignes qu'il avait tracées depuis qu'il était là : Combien en faudrait-il d'autres avant qu'elle ne daigne enfin le libérer? Et surtout, sa main en sortirait-elle indemne d'ici là?

«Je ne dois pas dire de mensonges.»

La douleur fut encore plus violente qu'avant, et le pupitre devant lequel il était assis commençait à présent à être recouvert par des gouttelettes de sang tout comme sa feuille de parchemin. Mais décidé à en finir rapidement, il poursuivit sa punition sans rechigner, se mordant les lèvres à chaque fois que la coupure de sa main s'aggravait mais sans jamais se plaindre à voix haute.

Neuf heures du soir finirent par sonner, et tandis que sa main était à présent totalement écarlate, le professeur Ombrage se leva de nouveau, fit encore une fois le tour de son bureau et se saisit délicatement de celle-ci.

- Ce doit être si douloureux, minauda t-elle en arborant une moue désolée. Vous auriez pu être bien au chaud dans votre dortoir à discuter avec vos camarades de vos devoirs ou de n'importe quel sujet qu'ont l'habitude de commenter les enfants comme vous, mais au lieu de ça vous avez dû me pousser à vous punir de cette manière parce que vous ne savez pas garder fermée cette si petite bouche.

Et tout en parlant, elle tapota gentiment la joue de son élève qui n'osait pas éloigner sa tête par peur de lui donner une autre occasion pour le punir. Merlin qu'il souhaitait pouvoir la maudire à cet instant !

- ça ira pour ce soir, dit-elle en récupérant sa plume. Ne me donnez pas d'autres occasions de me plaindre de votre comportement à l'avenir, ou vous regretterez la punition d'aujourd'hui car la prochaine sera certainement pire. Me suis-je bien fait comprendre, Monsieur Potter?

- Oui professeur, marmonna t-il en rangeant difficilement ses affaires, sa main meurtrie n'aidant pas pour le faire plus rapidement.

- Sortez dans ce cas, lui ordonna t-elle en reportant son regard sur les multiples assiettes de porcelaine représentant des chatons qui décoraient les murs de son bureau. Le couvre-feu est déjà passé, alors soyez prudent !

Sans davantage la saluer, Matthew sortit à grandes enjambées de ses quartiers, puis une fois la porte fermée, il s'adossa quelques instants au mur en contemplant grâce au clair de lune visible à une fenêtre la vilaine blessure qu'il avait à présent. Celle-ci picotait tellement désormais qu'il avait l'impression que l'on avait versé une salière pleine dessus, mais il jugea préférable de simplement la nettoyer d'un coup de baguette magique en l'aspergeant d'une quantité raisonnable d'eau. Une mare commençait à se former devant la porte du bureau, mais pour autant il s'en fichait : ombrage aurait simplement une mauvaise surprise en l'ouvrant demain matin, et cette perspective lui arracha le premier sourire de la soirée.

Fatigué, Matthew eut du mal à se remettre debout et à prendre la direction de la salle commune de Gryffondor, mais à vrai dire, il n'en avait pas vraiment envie.

Comme le reste de l'école, une grande partie des gryffondors le considérait depuis le début de l'année avec mépris et froideur, tout le monde s'étant fait une opinion à son idée la plupart du temps négative sur ces allégations concernant Voldemort. Cohabiter avec les lions demeurait aussi difficile qu'avoir affaire avec les serpents ces derniers temps, et si déjà l'année dernière il avait été difficile de supporter les suspicions constantes de ses camarades quant à son entrée volontaire ou non dans le tournoi des trois sorciers, cette année était bien pire encore.

Sans jamais l'avouer, Matthew se considérait comme un paria, un élève sur qui les quolibets blessants coulaient comme de l'eau sur sa peau partout où il allait, et en si peu de temps, il avait bien compris que toutes ces années où il s'était crû le centre de l'attention et du respect de tous n'avaient été qu'illusion ; Le désenchantement lui était pour le coup réel et particulièrement amer.

Tout le monde l'évitait, du moins presque tout le monde, car aussi surprenant que cela était, il restait encore deux personnes à Poudlard qui semblaient se soucier un tant soit peu de lui : Neville Longdubat, dont la compagnie était étonnamment plus agréable qu'il ne l'aurait crû, et une Serdaigle en quatrième année du nom de Luna Lovegood. La jeune fille s'était approchée de lui l'air rêveur, et sans attendre une parole de sa part, lui avait certifié croire au retour de Voldemor avant d'ajouter que son esprit était sans doute infesté de nargoles. Matthew ne la connaissait pas, ne lui avait encore jamais parlé, mais il avait rapidement compris que Neville et elle étaient amis de longue date, et bien qu'il ne le leur montra pas à ce moment là ni lors de leurs rencontres suivantes, il commençait à apprécier la présence de l'un comme de l'autre… Mais de là à les considérer comme des amis, il y avait encore un fossé qu'il n'était pas prêt à enjamber.

- Qu'est-ce que vous faites là, Potter? Intervint alors une voix appartenant à la personne qu'il détestait le plus au monde dans cette école.

La lumière extérieure laissait apparaître dans la pénombre les traits lisses et les chevaux gras du professeur Rogue tandis qu'émergeant d'un couloir dérobé, l'homme s'était arrêté au milieu du couloir et lui faisait face sans lui laisser la moindre possibilité de le contourner pour continuer sa route. La froideur de l'un répondait au mépris évident de l'autre, et chacun se jaugeait en silence dans un duel de regard duquel aucun ne voulait sortir vaincu :

- Je sors d'une retenue avec le professeur Ombrage, expliqua t-il durement en fronçant ses sourcils.

- Oh, alors il semble que tout ne soit pas perdu concernant le cas de cette femme si elle a le bon sens de voir tout comme moi quel élève vous êtes réellement, dit-il d'une voix traînante. Et à quelle heure s'est terminé votre entretien avec elle?

- Neuf heures, souffla t-il en essayant de passer à côté de lui et de continuer sa route, mais son professeur lui attrapa vivement le bras pour l'en empêcher.

- Tut tut, on ne bouge pas, lui lança Rogue. Cela fait donc vingt minutes que vous traînez dans les couloirs et donc autant de temps depuis l'instauration du couvre-feu… Cela fera donc vingt points de moins à Gryffondor.

- ça m'est égal, pesta Matthew en essayant de se dégager. Aie !

Sans le vouloir, le professeur Rogue l'avait maintenu en lui serrant la main de laquelle suintait encore une petite quantité de sang. Le «Je ne dois pas dire de mensonges» était cependant parfaitement visible, ce que ne manqua pas de remarquer son professeur en regardant la plaie distraitement et sans émettre le moindre commentaire.

- Lâchez-moi ! Pesta t-il en se libérant finalement de la poigne de son professeur. Il est tard, et j'ai encore beaucoup de devoirs à faire, alors bonne nuit professeur.

Matthew s'attendait à ce que Rogue l'interpelle à nouveau et le rabroue pour le ton qu'il avait employé pour s'adresser à lui, mais au bout de dix secondes interminables et angoissantes, seul le silence continuait à l'accompagner alors qu'il s'éloignait de sa position.

- Potter ! L'appela finalement Rogue sans pour autant s'approcher de lui. De l'essence de Murlap fera l'affaire.

- Quoi? Bafouilla Matthew en se retourné, intrigué.

- Votre coupure, lui expliqua t-il en soufflant de dépit. Même un enfant de cinq ans aurait compris que je vous recommandais l'essence de Murlap pour la soigner. Mais comme vous n'avez jamais ouvert de manuel de potions de votre vie, vous n'en avez probablement jamais entendu parler. Vous pourrez vous en procurer auprès de Madame Pomfresh.

- Et qu'est-ce que ça peut vous faire? Insista t-il sombrement. Ce n'est pas comme si vous vous êtes déjà soucié un jour de ma santé.

- oh mais je ne m'en soucie nullement, lui affirma Rogue. Simplement vous n'êtes pas le seul ayant subi les retenues du professeur Ombrage et ses méthodes peu orthodoxes. Suivez mon conseil.

Et sans en ajouter davantage, l'homme s'éloigna d'un pas vif de l'autre côté du couloir, les pans de sa cape flottant derrière lui comme les ailes d'une chauve-souris. Matthew le regarda partir d'un air étonné, debout au beau milieu du corridor désormais vide de toute autre présence que de la sienne, puis reprenant ses esprits, il se précipita dans la direction de la tour de Gryffondor sans rencontrer personne d'autre.

La salle commune était encore occupée lorsqu'il s'y présenta. La douce caresse du feu de cheminée l'accueillit dès qu'il amorça un premier pas dans la pièce circulaire recouverte d'une tapisserie d'un rouge éclatant. Des portraits d'illustres élèves de cette maison les recouvraient, et des notes de papiers voletaient d'un coin à un autre de la salle commune, guidées par les baguettes magiques des étudiants répartis en groupe autour des tables de travail en chahutant et bavardant bruyamment. En d'autres temps cela aurait pu être lui, l'esprit libéré de tout autre préoccupation que celle des devoirs à venir, des prochaines sorties à Pré-au-lard ou des tensions existantes entre les maisons de Poudlard... Mais le destin était décidément un bien mauvais ami, et en se penchant au dessus de son berceau lorsqu'il n'était qu'un nourrisson, il avait semblait-il décidé de faire de sa propre vie un enfer sur Terre.

Son arrivée avait eu le mérite de mettre un terme immédiat aux conversations, et en dehors d'une fine pluie se brisant à présent sur les fenêtres de la salle commune, pas un autre son que celui de ses pas ne pouvait être perceptible aux oreilles les plus délicates. Son regard se posa brièvement sur chaque groupe, et chaque fois il ne voyait rien d'autre que mépris évident, regard condescendant ou indifférence manifeste envers lui.

Assis tranquillement sur l'un des fauteuils en chintz face à la cheminée, Ron se montrait particulièrement éloquent dans sa capacité à laisser transparaître toute la haine qu'il lui inspirait sur son visage, tandis qu'à côté de lui, Seamus Finnigan se penchait tranquillement à l'oreille de Ginny, et après lui avoir murmure quelque chose à l'oreille, tous deux partirent dans un ricanement à peine perceptible. Cette vision lui arracha un battement de cœur douloureux, et là où Ginny cherchait avec évidence à le confronter du regard, lui au contraire préférait fuir le sien plutôt que d'avoir à supporter l'étreinte amoureuse dans laquelle son ex-petite amie s'était réfugiée depuis plusieurs mois maintenant.

La fuite étant sa meilleure alliée pour l'heure, et afin d'échapper à la tension pesante qui s'était installée depuis son entrée, il se précipita se précipita vers l'escalier menant à son dortoir, puis une fois sur place, se jeta dans son lit à baldaquin dont il referma les rideaux. Plongé dans l'obscurité, Matthew souffla bruyamment, le regard orienté vers le toit de son lit alors qu'il était perdu dans ses pensées. Il se sentit finalement beaucoup plus détendu, l'esprit plus tranquille et le corps plus léger sur le matelas de plume. Le bruit des conversations dans la salle commune ne parvenait pas à arriver jusqu'à lui, mais il se doutait parfaitement que quelques mètres plus bas, les commentaires sarcastiques allaient bon train le concernant ; Certains pourraient y voir une once de paranoïa et l'impression constante d'être harcelé, mais lui y voyait plutôt du bon sens et la preuve qu'il était plus rationnel que l'on pourrait le penser puisque lui-même ne se serait pas gêné pour le faire si un autre se trouvait dans sa situation.

Cet autre aurait pu être ce fameux frère dont l'image s'évaporait avec le temps, ce garçon partageant son sang et pour qui il éprouvait une aversion peu commune alors même qu'il ne l'avait pas vu depuis très longtemps. Ce Harry dont personne ne soupçonnait l'existence en dehors d'un petit groupe restreint d'adultes, il le détestait corps et âme et de tout son être. Mais ce frère, peut-être mort depuis le temps, avait auprès de lui le reste de sa famille disparue, cette moitié que depuis des mois maintenant son père et le reste de l'ordre du phœnix cherchaient en vain à travers toute l'Angleterre. À ce constat, Matthew se releva, descendit de son lit pour fouiller dans la malle qu'il avait dissimulée en dessous avant d'en extraire un miroir d'une taille modeste mais joliment ouvragé.

- Sirius ! Appela t-il à voix haute en regardant autour de lui pour vérifier qu'il était bien seul.

L'image de son parrain apparut quelques instants après, les cheveux légèrement décoiffés et une barbe de trois jours sur le visage, mais en dehors de ça il semblait en bonne forme et souriant.

- Hé chiot, le salua t-il de cet éternel surnom idiot. Ça fait un moment que tu ne m'avais pas appelé.

- J'avais… D'autres choses en tête, dit-il en évitant d'aborder le sujet du harcèlement dont il était sujet à Poudlard.

- Allons bon, ces choses comme tu dis n'auraient-elles pas une belle gorge, ne se promèneraient-elles pas en troupeau et n'auraient-elles pas autre chose que le petit asticot que tu as entre les jambes? Lui demanda Sirius en s'esclaffant devant la rougeur évidente sur la figure de son neveu.

- C'est drôle, pesta Matthew en roulant des yeux. Je suis écroulé de rire. Ah ah ah.

Mais son parrain lui était à présent bien incapable de poursuivre la conversation, et Matthew dut attendre de longues secondes avant que Sirius ne reprenne son sérieux.

- Bon alors, de quoi voulais-tu me parler? Lui demanda t-il en se frottant les yeux pour faire disparaître les quelques larmes qui restaient encore.

- Je me demandais si vous aviez des nouvelles concernant maman, dit-il d'un air qui se voulait détaché.

Le visage de son parrain s'assombrit immédiatement alors que ses sourcils semblaient disparaître derrière les mèches éparses de ses cheveux.

- Ton père ne t'a rien dit à ce sujet? Le questionna t-il au bout d'un certain temps.

- Non pourquoi? Il y a quelque chose que je devrais savoir? S'enquit aussitôt Matthew alors qu'il se redressait sur son matelas.

- Non, mais j'aurais imaginé que la première personne que tu interrogerais à ce sujet serait lui, avoua t-il en haussant ses épaules.

Sirius marquait un point à ce sujet, mais tout comme pour Dumbledore, ses échanges avec son père n'avaient pas le moins du monde progressé depuis le premier septembre. Quelques lettres lui étaient parvenues en réponse aux siennes, mais celles-ci étaient si décousues et sans chaleur qu'il terminait toujours leur lecture avec un goût amer en bouche ; celui d'une impression persistante d'abandon.

- Je ne sais pas quand est-ce que j'aurais eu une réponse de sa part si je lui avais envoyé une lettre ce soir, expliqua t-il maladroitement. De toute manière cela va beaucoup plus vite en utilisant ces miroirs, et tant qu'il ne m'en donnera pas un pour discuter de cette façon, tu devras supporter ma présence encore longtemps.

- Merlin, qu'ai-je fait pour mériter ça? Maugréa Sirius en se prenant la tête à deux mains. Ouille… ces maudits maux de tête me reprennent encore…

- Est-ce que ça va? L'interrogea son neveu d'une voix inquiète.

- Oui…, marmonna Sirius en gardant une main appuyée contre son front. Tu sais depuis le temps à quel point ces maudites migraines peuvent être douloureuses par moment… Enfin bon, c'est passé ! S'exclama t-il en essayant de paraître en meilleure forme qu'avant.

Matthew gardait ses propres sourcils froncés en l'analysant du regard, mais son diagnostic devait être positif car lui-même finit par se détendre.

- Pour répondre à ta question, nous n'avons toujours aucune piste pour remonter jusqu'à elle, l'informa alors son parrain. Nous pensons toujours qu'elle est en compagnie de Remus et qu'ils doivent se cacher quelque part, peut-être dans le monde moldu… Notre priorité est donc de le trouver en premier et de faire en sorte qu'il nous conduise jusqu'à elle, car nous soupçonnons qu'elle utilise des artifices pour cacher sa véritable identité. Remus lui en raison de sa lycantropie ne peut en faire autant, alors il lui est plus difficile de se fondre dans la masse… Nos agents travaillent en tout cas de pied ferme pour le retrouver.

- Vous avez pensé à aller voir ailleurs en Europe? Se renseigna Matthew. Peut-être même qu'ils se cachent dans le Nouveau-Monde…

- Oui, lui certifia son parrain, mais la zone de recherche est absolument immense et il nous faut être très vigilant. En plus de ça les moldus sont encore en guerre, alors le contexte n'est pas évident pour mener des recherches en toute discrétion. Mais étant donné qu'il est impossible pour Remus de trouver un emploi au sein d'une entreprise magique à cause de son état, nous pensons qu'il peut avoir fait de sa force lycantropique un atout afin d'être accepté pour un poste nécessitant une force peu commune… Peut-être dans l'artisanat, ou dans la construction… Peut-être même sur un navire !

- C'est vaste…, commenta amèrement Matthew en soupirant.

- En effet, concéda Sirius. Mais nous devons faire vite car nous ne sommes pas les seuls sur le coup.

- Comment ça? S'enquit son neveu.

Sirius sembla regarder autour de lui comme pour s'assurer qu'il était bien seul dans la pièce qu'il occupait, puis reporta son attention sur Matthew qui avait les deux yeux braqués sur lui :

- D'après notre informateur au sein des mangemorts, Voldemort chercherait également ton frère pour terminer ce qu'il avait commencé. Il aurait envoyé une grande partie de ses sbires à travers toute l'Europe pour retrouver ta mère car il sait qu'elle est avec lui. Et si il lui met la main dessus, il sait qu'il fera d'une pierre deux coups. Malheureusement nous n'en savons pas davantage car il ne fait pas partie du cercle étroit des conseillers de Voldemort, mais nous savons que nous devons nous dépêcher si nous voulons gagner cette guerre.

À nouveau, Sirius s'interrompit dans son récit alors qu'il se reprenait encore une fois la tête entre les mains tout en gémissant de douleur. La sueur semblait perler en quantité sur son front tandis que ses mains tremblaient violemment.

- Sirius? L'interpella Matthew d'un air plus alarmé.

- D-désolé gamin, je vais devoir te laisser…, bredouilla t-il sans le regarder. Je… Je crois que je vais aller me reposer…

Et sans lui laisser le temps de lui dire au revoir, Sirius coupa la communication entre eux, et Matthew se retrouva à observer devant lui son propre reflet pâle et alerte.

- Merlin, pesta t-il en rangeant rageusement son miroir dans sa malle.

Sans se soucier s'il l'avait cassé au passage, il se déshabilla rapidement, mit sa chemise de nuit et s'engouffra dans ses couvertures après avoir refermé les rideaux de son lit. Plongé dans le noir, il pensa quelques secondes aux informations transmises par son parrain au sujet de sa famille, mais le sommeil le gagnant à la vitesse d'un vif d'or en pleine course, il ne mit pas plus de cinq minutes à rejoindre les bras de Morphée.


A/N : Bon bah voila. Pour être honnête avec vous, ce chapitre ne m'a pas particulièrement plu à écrire, et j'ai dû le recommencer à trois reprises avant de trouver quelque chose qui me convient plus ou moins (même maintenant je n'en suis pas satisfait... Quelque chose me gêne dans sa construction et la narration). Je l'ai d'ailleurs modifié à deux endroits juste avant de le publier, c'est dire si il ne m'a pas posé problème !

Pour ceux qui se "plaignaient" de ne pas voir suffisamment Matthew, j'espère avoir répondu à vos attentes. à partir de maintenant nous allons pendant quelques chapitres nous concentrer sur d'autres personnes qu'Harry.

Le prochain chapitre sera là vendredi sans retard, soyez patient ;)

à bientôt !