Bonjour à tous !
Vendredi est là, et même si vendredi ne rime pas avec nouveau chapitre, je me permets malgré tout ce petit jeu de mot pour vous annoncer la publication du nouveau chapitre.
Encore merci pour les précédents reviews, je vais y répondre dès que ce chapitre sera publié.
J'espère que celui-ci vous plaira en tout cas, son titre peut laisser dubitatif mais il vous suffira de le lire pour en comprendre les tenants et aboutissants.
Sur ce je ne vous retiens pas plus longtemps et vous souhaite une bonne lecture !
L'antique cuisine de la maison Black était bondée ce soir-là. Rarement avait-elle accueilli autant de monde à la fois, elle qui pourtant ne pouvait pas supporter la présence de plus de dix personnes à la fois devait aujourd'hui contenir la quasi-totalité des membres de l'Ordre du phœnix. Les murs à la tapisserie défraîchie sur lesquels étaient disposées des rangées entières de casseroles en tout genre et de toute taille laissaient filtrer le bruit des multiples conversations lancées autour de la table alors que les convives profitaient de la qualité des excellents repas de la petite femme dodue et aux cheveux roux qu'était Molly Weasley et qui faisait office de cuisinière pour la soirée.
Pour autant le repas n'était pas l'occasion d'une fête ou d'une commémoration joyeuse durant laquelle des invités festoieraient jusqu'à l'aube en s'abreuvant d'alcools divers dans la bonne humeur, et les mines sombres qu'affichaient la plupart des membres certifiaient que le sujet était on ne peut plus sérieux et grave.
Pour autant deux personnes ne participaient pas aux discussions autour d'elles. La première n'était nulle autre qu'Albus Dumbledore, chef de ce groupe de résistance et qui, assis en tête de table, observait avec cet aspect si caractéristique du bon père de famille ravi de retrouver toute sa famille autour de lui ses camarades de lutte sans dire le moindre mot. Ses yeux parlaient pour lui, et si l'étincelle habituelle était toujours perceptible dans son regard, la mine qu'il montrait à tous suffisait à comprendre qu'il n'était nullement là pour rigoler.
L'autre personne était tranquillement assise entre ses deux dernières recrues au sein du département des aurors du ministère de la magie. Ces deux êtres, qu'il avait formé et fait suer à longueur de journée, partageaient comme lui deux qualités qui les liaient de bien des manières : La première était le sens du devoir et la volonté inaliénable de rendre justice en toute occasion, et la lutte contre le seigneur des ténèbres et ses mangemorts était l'occasion toute trouvée de mettre en application ce credo. La seconde était simplement qu'ils étaient tout comme lui membres de l'ordre du phœnix, et si aucun des deux n'avaient participé à la première guerre en raison de leur âge, ils faisaient désormais partie de la même équipe et veillaient en toute circonstance l'un sur l'autre.
Enfin… C'est ce que le véritable Maugrey Fol Oeil aurait probablement pensé en les voyant, car Barty Croupton Jr n'avait par chance jamais eu à se coltiner ces deux boulets. Lui les observait d'un air morne, comme indifférent à ce qui se passait autour de lui, et si les autres pouvaient penser qu'il s'agissait de son air habituel et qu'il ne fallait pas s'inquiéter outre mesure, lui n'en pensait pas moins et réprimait les envies de meurtre qui le tiraillaient depuis qu'il avait eu le malheur de s'asseoir entre eux.
- … à quand bien même cela ne ferait que neuf, ça en fait déjà neuf de trop ! Siffla d'ailleurs Nymphadora Tonks sur sa gauche alors qu'elle s'adressait à l'homme à la peau noire et à la boucle d'oreille assis de l'autre côté.
Son œil magique s'attarda quelques temps sur elle alors qu'il l'analysait sans mot dire. Tonks avait été la toute dernière apprentie de Fol Oeil lorsqu'il travaillait encore au ministère de la magie, et l'histoire voulait que l'homme ait fait des pieds et des mains pour qu'elle soit acceptée dans ce département où jusqu'alors aucune femme n'avait été admise ; Il cherchait encore qu'elle avait bien pu être le talent caché de cette jeune femme pour que l'ex-auror s'intéresse autant à elle, car malgré ses capacités de metamorphomage, son caractère insouciant et rebelle lui tapait continuellement sur les nerfs. Quant à Kingsley Shacklebolt, lui aussi était un premier du genre, en l'occurrence le premier homme de couleur à intégrer les forces de sécurité du ministère, mais contrairement à Tonks, il était d'une nature beaucoup plus calme, patiente et réfléchie. À choisir donc, il aurait préféré avoir le second comme apprenti plutôt que la fille d'un sang-de-bourbe.
- Le ministère peut s'estimer heureux qu'il n'y en ait pas davantage, lui indiqua d'ailleurs Kingsley de sa voix profonde et grave. Tu-sais-qui n'a apparemment pas jugé bon de libérer tous les autres détenus des étages inférieurs.
- Quelle chance, ironisa Tonks alors que ses cheveux se coloraient d'une couleur rouge vif. Nous venons d'assister à l'évasion de neuf des plus dangereux criminels de ce pays, pour sûr que nous devrions nous réjouir qu'il n'y en ait pas eu plus !
- Je n'ai pas dit ça, lui rappela Kingsley.
- Je sais, mais nous devrions dès maintenant nous lancer à leur recherche plutôt qu'à rester là à attendre une décision du ministre, maugréa la plus jeune en croisant les bras.
Croupton se gardait bien de sourire à l'évocation du sujet principal de cette conversation. Aussi préféra t-il se saisir fébrilement de la fiole attachée à sa ceinture, et la débouchant rapidement, il but d'une traite le reste de la potion immonde qu'il conservait encore pour la soirée.
Bientôt cependant… Il n'en aurait plus la moindre utilité.
- Un de ces jours, je t'arracherai cette flasque et tu boiras dans un verre comme tout le monde, lui affirma Tonks en lui souriant d'un air provocateur.
- Et si tu le fais, je te jure pour ma part que ce sera la dernière chose que tu feras de toute ta vie, lui certifia t-il sans lui décocher le moindre rictus.
L'élève de Fol Oeil gloussa à sa menace, mais elle n'imaginait pas un seul instant qu'il puisse être véritablement sérieux, pas plus qu'elle ne pouvait penser qu'à quelques mètres de là, enfermé dans une malle solidement fermée et déposée dans un coin du salon de la famille de Sirius, le véritable Maugrey agonisait lentement, la caboche presque dépourvue de cheveux alors qu'il allait terminer sa pitoyable existence en même temps que les autres, entre les quatre murs de cette maudite maison.
Le plan était en effet lancé, ce plan si précautionneusement mis en place par les soins de son maître et dans lequel il allait jouer le meilleur rôle de sa vie, et l'occasion était trop belle pour ne pas essayer d'anéantir en une seule fois la quasi-totalité de l'ordre du phœnix. D'un seul coup, il pouvait réussir à mettre à terre ceux qui depuis si longtemps entravaient les plans du seigneur des ténèbres, ceux qui s'obstinaient à lutter contre lui et à retarder inéluctabilité de son accession au pouvoir. D'un seul coup… Ou du moins, en une explosion.
Un sourire de satisfaction se dessinait sur le visage constellé de rides et de cicatrices qui appartenait autrefois au véritable Maugrey Fol Oeil, mais qui depuis plus d'un an maintenant était le sien.
Déjà, il s'imaginait festoyant avec ses camarades mangemorts le soir-même au cours d'un bon repas où l'on chanterait toute la nuit à la mémoire des ennemis disparus et au coup douloureux infligé à l'Ordre du phœnix. Déjà, il s'imaginait félicité de ses bons et loyaux services et de sa dernière mission réussie par son bien aimé maître. Peut-être même pourrait-il définitivement prétendre à une place de bras-droit auprès du seigneur des ténèbres… Un poste que même cette chère Bellatrix dans ses plus grands rêves ne pouvait imaginer un jour occuper et qu'elle lui jalouserait éternellement.
Un sourire s'esquissa de nouveau sur le visage ravagé qu'il arborait en pensant à cette femme, tout juste sortie d'Azkaban et qui pour l'heure prenait un repos bien mérité au manoir Malefoy. Oui sa fidélité au seigneur des ténèbres était louable, et renoncer à sa liberté plutôt qu'à mentir sur ses véritables convictions la grandissait d'une aura de profond respect aux yeux des autres mangemorts, mais en attendant son utilité pour leur maître avait été négligeable contrairement à lui qui suait corps et âme pour remplir toutes ses missions.
Ô comme elle devait le haïr ! Mais cette pensée loin de lui faire peur l'enthousiasmait au contraire ; Rien n'était plus beau que cette douce jouissance, cette agréable sensation d'avoir dépassé dans l'estime du seigneur des ténèbres la confiance qu'il accordait jusqu'alors à sa plus puissante et fidèle mangemort.
- Je pense qu'il est temps que nous commencions, lança alors Dumbledore en parvenant par sa seule voix à interrompre toutes les conversations.
L'ambiance fut alors beaucoup plus pesante que la minute auparavant, et tous les regards se tournaient vers le bout de la table où le directeur se trouvait. Croupton lui croisa les bras et posa son pied en bois sur la table en ignorant les regards indignés de certains autres invités.
- Deux choses à l'ordre du jour, énonça calmement Dumbledore. La première est comme vous le savez tous l'évasion massive qui a eu lieu aujourd'hui à Azkaban. Vous me confirmez bien que neuf des plus dangereux détenus se sont échappés, Kingsley?
- Oui et pas des moindres, lui répondit Kingsley. Les trois étages supérieurs de la prison ont été attaqués aujourd'hui sans qu'il y ait eu la moindre résistance de la part des détraqueurs. Nous déplorons la perte de plusieurs gardiens au cours de l'attaque ainsi que la disparition des neuf prisonniers qui étaient gardés là.
- Et savez-vous déjà ce qu'en dira notre cher ministre? Lui demanda le directeur. Cette question vaut également pour toute personne travaillant au ministère…, ajouta t-il en jetant un regard sur le reste de la tablée.
- Le ministre est resté toute la journée enfermé dans son bureau avec ses conseillers, alors il est difficile d'imaginer ce qu'il pourrait bien faire dans les jours qui viennent, mais il est certain qu'il essaiera de minimiser au maximum la portée de cette affaire, certifia Sturgis Podmore. Vous connaissez sa ligne de conduite concernant Vous-Savez-Qui, il n'admettra jamais qu'ils ont bénéficié de son appui pour fuir Azkaban.
- En effet, avoua Dumbledore. Annoncer une évasion massive de mangemorts au moment où nous persistons à affirmer que leur maître est bien de retour serait contre-productif pour lui. Il craint la panique que pourrait engendrer une telle nouvelle, mais surtout il a peur de perdre sa fonction de ministre de la magie. La peur peut pousser les gens à commettre des actes ou à prendre des décisions contraires au salut public.
- Vous auriez dû accepter ce poste lorsqu'on vous l'a proposé, argua avec désinvolture James. Nous n'en serions pas là aujourd'hui et vous auriez pu mobiliser l'ensemble des forces de sécurité pour faire face à la menace de Voldemort.
Quelques-uns frissonnèrent à l'entente du nom du seigneur des ténèbres, mais Croupton lui était plutôt furieux comme à chaque fois qu'il entendait prononcer ce nom sortant de la bouche d'une vermine comme eux.
- Je n'ai jamais aimé m'occuper de politique James, lui rappela Dumbledore alors qu'autour de la table personne ne croyait une seule seconde à ses paroles. De toute manière Poudlard est bien plus pénible à diriger qu'un ministère, même si les adultes le faisant fonctionner sont à certains égards encore de grands enfants…
Nymphadora lui lança un regard étonné, mais Dumbledore n'y fit pas la moindre attention.
- Severus n'a pour l'heure pas pu me confirmer qu'ils étaient bien retournés auprès de leur maître, mais je ne me fais pas d'illusions à ce sujet, reprit Dumbledore en soupirant.
- Dans quel but pensez-vous qu'il ait agi de cette manière, Albus? Lui demanda alors Arthur Weasley. Une raison particulière pour qu'il ait libéré ses fidèles aussi soudainement?
- Des raisons, j'en ai beaucoup et elles sont toutes aussi abracadabrantesques les unes que les autres, lui dit le directeur. Nous n'avions eu aucune signe avant coureur quant à cet acte, et je suis persuadé que Voldemort ne manque pas d'hommes pour commettre ses crimes. Ma première idée serait surtout qu'il manque de soutien tactique et d'une force de frappe conséquente, d'où la libération anticipée de détenus aussi puissants que le couple Lestrange ou de Rockwood…
à l'évocation de Bellatrix, le visage de Nymphadora s'assombrit mais personne d'autre que Maugrey ne le remarqua ; Ce n'était après tout pas tous les jours que sa tante puriste jusqu'au bout des ongles mettait le pied dehors après treize ans passés derrière les barreaux d'une cellule, et du fait de sa réputation, Bellatrix représentait une menace presque aussi grande que le seigneur des ténèbres lui-même.
- Je vous demande donc la plus grande vigilance, reprit Dumbledore. Ne vous attendez pas à croiser ces évadés très rapidement au détour d'une ruelle ou dans l'allée des embrumes, ils seront au départ aussi insaisissables que Peter Pettigrow. Mais si la moindre piste vous arrive aux oreilles, si le soupçon du plus petit indice vient à votre connaissance, prévenez immédiatement l'ordre.
- Compris, répétèrent ensemble quelques-uns des membres.
- Maintenant pour le deuxième point, et sur une note beaucoup plus joyeuse, Sirius ici présent à une bonne nouvelle à nous annoncer je crois, dit-il en invitant celui-ci à se lever d'un geste.
- En effet, approuva t-il en affichant un sourire particulièrement étincelant. Cela concerne nos petites recherches pour retrouver Harry…
Pour la première fois depuis le début de la réunion, Croupton accorda toute son attention à ce qu'allait dire Sirius, ses deux yeux braqués sur lui.
- Vous l'avez trouvé? S'enquit Sturgis en se redressant sur son siège.
- Pas exactement, le corrigea Sirius. Harry reste notre priorité, mais pour l'atteindre, nous avons envisagé de tourner le problème dans un autre sens et de concentrer nos recherches sur l'un de ses proches, quelqu'un que vous connaissez bien et qui fut autrefois membre de notre Ordre… Remus Lupin.
Les réactions furent diverses à l'évocation du nom de l'homme loup-garou mais aucun ne laissait paraître la moindre trace d'animosité vis-à-vis de son souvenir.
- Nous avons supposé que la raison de l'absence de notre regretté ami coïncidait avec la disparition de son neveu, et qu'en conséquence, l'un ne pouvait être éloigné de l'autre… Nous avons donc remonté une nouvelle piste beaucoup plus concrète que toutes celles que nous avons eu jusqu'à présent, et nous sommes parvenus à remonter jusqu'à l'ancien domicile de Remus.
Si Sirius espérait des acclamations ou des félicitations pour son récit et sa découverte, il dut à l'évidence revoir sa manière de narrer les faits ; Certes les autres étaient bon public, mais ils gardèrent un silence où la confusion dominait très clairement.
- Sa logeuse nous a dit qu'il avait quitté précipitamment son logement il y a de cela quelques années, mais elle était certaine de l'avoir vu en compagnie d'une femme aux cheveux roux peu de temps auparavant, poursuivit-il après quelques instants de silence.
Là dessus les premières exclamations se firent entendre. Maugrey fit lui-même rapidement le rapprochement entre cette fameuse femme aux cheveux roux et l'épouse de James Potter car la coïncidence était trop évidente pour passer à côté d'un détail aussi net que celui-là : Le parrain et la mère étaient ensemble, et la mère étant en France, le parrain devait également y être ce qui signifiait que le fils aîné des Potter devait aussi s'y trouver. Petit à petit, les pièces du puzzle finissaient par s'assembler…
- Et donc? L'interrogea Hestia Jones après une bonne minute de discussion.
- Donc notre piste s'arrête là, termina Sirius d'un air penaud. Nous n'avons rien trouvé d'autre à Londres, ce qui signifie qu'il ne doit plus s'y trouver, mais nous allons faire le tour des grandes villes du pays, et si cela ne suffit pas, nous essaierons ailleurs…
- ça ne nous avance pas beaucoup pour retrouver ton fils, Potter, argua d'un ton presque moqueur Barty en fusillant du regard le concerné.
James soutint son regard mais se garda du moindre commentaire.
- Londres est une très grande ville, mais il ne nous aura fallu que deux jours pour avoir la certitude qu'ils ne se trouvent plus là, lui rappela patiemment Dumbledore. Imaginez donc le temps qu'il nous aurait fallu en ratissant ses ruelles de long en large… Si maintenant nous appliquons cette méthode à des villes de moins grande envergure comme Manchester, Liverpool ou Cardiff, la durée des recherches se réduit encore davantage, et nous pourrions en une semaine seulement avoir la certitude qu'ils se cachent dans ce pays ou qu'ils l'ont quitté depuis un moment.
- Et comment faites-vous donc Albus pour parvenir à des résultats aussi rapidement? Intervint Molly alors qu'elle continuait à récurer des plats.
- Hé bien ma chère, nous nous sommes offerts les services d'un loup-garou, lui expliqua t-il. Son excellent flair peut repérer à des kilomètres une odeur qu'il aurait reconnue, et ainsi nous permettre de cibler des quartiers entiers d'une ville en quelques minutes seulement.
- Donc il vous suffirait d'apparaître avec lui dans une ville et lui laisser le temps de renifler l'air pour certifier si oui ou non Remus s'y trouve? Énonça t-elle en haussant ses sourcils. C'est fabuleux !
- Mais il y a des milliers de villes et villages dans ce pays, intervint Tonks avec une pointe de scepticisme dans la voix. Ça va vous prendre des mois avant de les retrouver.
- Oui, mais pour le moment nous nous concentrons uniquement sur les grandes villes, déclara Dumbledore. Nous pensons avec James et Sirius qu'il n'est pas impossible que Remus puisse se rendre au moins une fois dans l'année dans un endroit très fréquenté, auquel cas nous pourrions alors remonter sa trace, questionner les personnes ayant pu le croiser et finalement le retrouver. Comme je vous l'ai dit nous allons d'abord orienter nos recherches dans les grandes villes anglaises, puis nous passerons aux capitales voisines : Paris, Madrid, Rome, Berlin… Et si cela ne fonctionne toujours pas, nous pourrions demander l'aide de plusieurs loups-garous et étendre nos recherches à plusieurs zones en même temps. Nous couvririons alors davantage de terrain et serions à même d'obtenir des résultats encore plus probants.
L'idée d'avoir à travailler en équipe avec une meute entière de loups-garous ne semblait pas obtenir l'approbation générale si Barty en jugeait par les mines renfrognées des autres membres de l'Ordre. Mais les décisions de Dumbledore étant le plus souvent sans appel, pas un seul n'eut l'audace d'exprimer à voix haute le doute qui s'emparait de sa personne.
- Quelqu'un a autre chose à rajouter concernant les deux points que nous avons soulignés au cours de cette réunion? Leur demanda le directeur en les regardant tour à tour.
C'était le moment.
- Moi, lança Barty alors que les autres commençaient déjà à amorcer un geste pour se lever.
- Dans ce cas nous t'écoutons Alastor, l'invita Dumbledore en lui adressant un sourire amical.
Qu'est-ce qu'il pouvait le détester...
- En vérité ce n'est pas vraiment lié à cette réunion ni aux thèmes dont nous avons traité ce soir, mais plutôt à l'Ordre en lui-même, à ceux qui le composent et qui se battent pour lui…, commença t-il en se levant de sa chaise. Cette… idéologie que vous défendez continuellement et pour laquelle beaucoup d'entre vous sont morts en luttant sans relâche contre un ennemi Ô combien puissant…
Tandis qu'il parlait, il fit lentement le tour pour arriver derrière Tonks sous les regards curieux des autres membres de l'Ordre.
- Voyez-vous après tout ce temps passé en votre compagnie, j'ai eu le temps de comprendre certaines choses dans votre manière de fonctionner.
- Je dois admettre ne pas comprendre où vous voulez en venir Alastor, lui fit poliment remarquer Albus.
- Où je veux en venir? Répéta en ricanant Barty. Mais… à ça voyons.
Et sans attendre, il se saisit sans ménagement de Tonks en passant son bras autour de son cou alors qu'il la rejetait violemment en arrière et la maintenait serrée contre lui. Les autres réagirent immédiatement et se levèrent de leurs chaises, mais Barty se mit à rire bruyamment, d'un rire qu'aucune personne assise à cette table n'avait jamais entendu sortir de sa bouche mutilée.
- Qu'est-ce qui te prend, Fol Oeil !? S'exclama Kingsley en pointant sa baguette magique vers lui.
- Vigilance constante mon pote ! Gloussa Barty en resserrant sa prise sur Tonks alors qu'il se dirigeait à reculons vers la sortie. Depuis le temps, vous auriez dû suivre les conseils du vieux Maugrey plutôt qu'à vous terrer dans cette putain de cuisine à échafauder des plans grotesques contre le seigneur des ténèbres !
- Qui êtes-vous? Lui dit d'un ton froid et qui sonnait comme un ordre Dumbledore alors que lui-même visait l'imposteur avec sa propre baguette.
- Oh mais qui je peux bien être n'aura aucune importance lorsque j'en aurai fini avec vous Dumby, lui assura t-il en continuant à reculer, sa baguette elle aussi orientée vers eux.
- Relâchez Tonks, et ensuite nous pourrons discuter…, lui proposa alors Sirius alors qu'il regardait d'un air inquiet la jeune fille se débattre vainement dans l'emprise qu'exerçait sur elle Maugrey.
Mais loin de faire réfléchir l'homme, la seule réponse qu'il obtint de lui en premier lieu fut un autre ricanement sonore et relativement long.
- Discuter? Mais pourquoi perdrais-je mon temps à discuter avec une bande de minables incapables de lutter contre la toute puissance du seigneur des ténèbres, Black? L'interrogea Barty. Pourquoi devrais-je m'asseoir sur une putain de chaise à écouter vos élucubrations loufoques pendant que dehors, mon maître assoit sa domination sur notre monde? Plus d'un an maintenant que je dois supporter votre présence, souffrir en silence de me trouver dans la même pièce que ceux qui le combattent et à attendre mon heure, cette fatale heure où je pourrais enfin me libérer de ce carcan et retourner servir fidèlement mon maître… Oh il sera tellement heureux d'apprendre que j'ai réduit à moi seul la force de frappe de son plus farouche ennemi.
- Et je serais curieux de savoir comment vous parviendriez à vaincre une dizaine de sorciers d'un seul coup, argua avec suffisance James.
- Mais comme ceci Potter, dit-il alors en apposant sa baguette sur une zone précise du mur.
Comme s'il venait d'allumer une mèche, une petite gerbe d'étincelles circulait à une vitesse folle sur le mur, et au moment où Dumbledore tenta de l'éteindre en lui jetant un sortilège, l'étincelle se divisa en deux, puis en quatre, puis en huit, et ainsi de suite alors qu'elles s'éparpillaient sur les murs, se réfugiaient derrière les meubles de la cuisine ou filaient à travers les ustensiles fixés dessus.
Bientôt, elles atteignirent le mur des casseroles, et une par une, elles se glissèrent en dessous. À cette vue Barty se précipita dans le couloir en traînant toujours avec lui Tonks qui continuait à se débattre. Il avait finalement atteint la porte du salon lorsqu'une violente secousse ébranla la maison, si puissante que même les meubles de cette pièce en tremblèrent et pour certains se renversèrent. Des débris en tout genre, mais aussi de petits bibelots et autre breloques décoratives furent propulsés dans les airs au moment où le souffle de l'explosion les atteignait et les faisait tous les deux voler en direction du mur opposé sur lequel ils s'écrasèrent.
Sa prise sur Tonks se desserra sous l'effet du vent, et Barty ne put réprimer un halètement de douleur lorsque son dos rencontra sur sa route l'immense glace qui trônait en temps ordinaire au dessus de la cheminée et qui se fracassa à son contact en le transperçant ça et là de morceaux de verre.
Les secondes semblèrent des minutes puis des heures alors qu'il se relevait péniblement, et du sang coulait en abondance de sa bouche. La douleur dans son dos était telle qu'il fut incapable de se tenir debout et tomba lourdement dans le fauteuil le plus proche resté miraculeusement en place.
- Putain… marmonna t-il en serrant les dents. J'ai peut-être… un peu abusé sur la dose de poudre…
Et c'était peu dire, mais il avait néanmoins la satisfaction de supposer qu'aucun n'avait pu survivre à une telle attaque. Seule restait Tonks, immobile dans un autre coin du salon alors qu'une lourde armoire était tombée sur ses jambes meurtries.
- Bon…, commenta t-il avec ravissement. Je n'ai plus qu'à… retourner auprès du maître maintenant…
Mais des bruits de pas l'alertèrent sur la présence de quelqu'un à proximité, et un instant plus tard, s'extirpant du nuage de poussière qui avait fait son apparition après l'explosion, Albus Dumbledore en personne se trouvait devant lui, une partie du visage ensanglantée mais sur ses deux jambes et furieux comme jamais.
Rapidement, Sirius et James apparurent également, et si les blessures semblaient plus graves que pour leur mentor, ils risquaient malgré tout de demeurer des adversaires coriaces et difficiles à vaincre dans son état.
Un jet de lumière écarlate s'échappa de la baguette d'Albus, mais ayant encore suffisamment de réflexe pour le faire, Barty le dévia en utilisant un «protego» qui permit au sortilège d'aller s'écraser contre la tapisserie démodée et les dorures abîmées qui décoraient le salon.
- Rends-toi misérable, lui ordonna Dumbledore d'un ton agressif.
- Hé hé… il semblerait qu'on ait perdu son calme… Dumby, ricana Croupton en essayant de se redresser.
Un autre sort lui fut envoyé, mais encore une fois il parvint à dévier sa course en usant du même procédé.
- Attaquer un homme à terre… C'est si bas venant de votre part…, commenta t-il narquoisement.
- Pour les gens comme vous, au diable les convenances, rétorqua le directeur.
- Les gens comme moi? Mais sommes-nous si… Différents? S'enquit Barty. Chaque camp use des mêmes procédés, mais vous… Vous vous les maquiller pour les faire paraître convenables, sans reproche, nécessaire pour… Comment vous dites déjà? Ah oui : Le plus grand bien. Combien de gens avez-vous tué pour le plus grand bien? Combien de familles détruites parce qu'elles... elles pensaient différemment de vous? Combien de décisions avez-vous prises en pensant agir pour le plus grand bien alors qu'elles ne répondaient qu'à votre intérêt personnel...? J'en ai vu suffisamment vous concernant durant cette année d'espionnage pour me faire une opinion de vous, et elle n'est guère brillante…
- Où est le véritable Maugrey ?! Le questionna Sirius.
Sans répondre, Barty se contenta de lui indiquer du doigt la lourde malle qui contenait en temps normal les biens d'Alastor Maugrey, mais qui durant l'année écoulée avait eu en supplément le corps de son propriétaire.
- Il est mourant…, les informa t-il en ricanant. Je voulais l'amener ici pour participer au feu d'artifice, mais je n'étais pas sûr que... que voir apparaître deux Maugrey Fol Oeil durant notre petite réunion aurait été du meilleur effet. Vous m'excuserez cette marque de délicatesse…
- Toi aussi tu vas bientôt mourir si tu ne te rends pas ! Lui affirma James d'un ton furieux.
Lui-même savait que sa fin était proche, et il n'avait pas besoin de Potter pour le lui rappeler. C'était soit ça, soit se rendre et prendre le risque de dévoiler les plans de son maître. Dire qu'il s'imaginait festoyer avec ses véritables amis quelques minutes auparavant… Il espérait en tout cas que le seigneur des ténèbres lui accorderait un hommage comme il n'en avait jamais fait jusqu'alors en sa mémoire.
- J'ai choisi mon destin, souffla t-il en se tenant debout face à eux. Ma vie se terminera certainement ici, mais j'espère emporter les vôtres avec moi en enfer.
Puis levant sa baguette, il lança vers eux un dernier sourire narquois, fier face à la mort.
- Feudeymon ! Hurla t-il alors qu'au même moment, une gerbe de feu s'échappa de sa baguette pour se précipiter vers ses adversaires.
Les flammes envahirent bientôt toute la pièce, et déjà il pouvait les sentir lécher sa peau sur toute la surface, mais comme dans un état de transe, il ne sentait la douleur que légèrement, comme si son esprit se trouvait déjà en dehors de son enveloppe corporelle. Il ferma les yeux, appréciant d'une certaine manière cette caresse mortelle, sans plus se préoccuper de ce qui se passait autour de lui.
Le reste de la maison fut bientôt consumé par un incendie incontrôlable prenant l'aspect de différents animaux magiques ou non, et dans une autre pièce, caché jusqu'alors dans une verrière dont personne ne se souciait, un médaillon à l'aspect ancien était pris de secousses violentes tandis qu'il se consumait comme le reste du mobilier de la noble et ancienne maison des Black.
Un autre horcruxe venait d'être détruit.
A/N : Voilà. Donc comme je l'avais annoncé, il n'y aura pas vraiment de chasse aux horcruxes à proprement parler, et celui-ci en est la parfaite illustration. Alors vous me direz peut-être que c'est un raccourci assez facile pour leur destruction, mais je trouve au contraire qu'en détruire un de cette manière est d'une certaine façon cohérent (ça ne l'aurait pas été si je l'avais laissé intact au beau milieu des débris de la maison des Black).
Après ça ne sera pas aussi simple pour les autres, mais je n'en dis pas plus ;)
Donc maintenant si l'on résume, ordre du phœnix 0 / Camp de Voldemort 1. Dumbledore parviendra t-il à remonter la pente ou l'attaque de Barty a t-elle été fatale pour lui? C'est quand même dommage alors qu'ils obtenaient déjà des premiers résultats dans leur traque pour retrouver Rémus.
En tout cas étonnamment ce chapitre a été à la fois difficile à écrire (première partie) et très facile (l'attaque de Barty jusqu'à la fin).
Comme toujours et à moins d'un inconvénient majeur le prochain chapitre arrivera vendredi prochain. D'ici là... Portez vous bien ;)
à bientôt !
PS: Je ne me souvenais plus si le maléfice du feudeymon avait une incantation spécifique, et mes recherches sur internet n'ont rien donné à ce sujet, alors j'ai joué la facilité narrative en l'écrivant simplement de cette façon. Désolé d'avance si ça n'est pas le cas !
