Bonjour à tous,
Comme vous l'aurez remarqué et en raison d'un imprévu je n'ai pas eu le loisir de publier le nouveau chapitre comme il était prévu vendredi. Je m'en excuse d'ailleurs.
Merci encore pour les commentaires du précédent chapitre, je vais y répondre ainsi qu'à ceux du précédent dès que ce chapitre sera relu une dernière fois pour faire disparaître les hypothétiques fautes et publié.
Alors au programme... Bah la suite directe du chapitre précédent !
Sur ce, bonne lecture !
Le purgatoire n'était pas ce à quoi il s'était imaginé de l'antichambre du paradis, à moins que la douleur lancinante qu'il ressentait dans le bas du ventre n'était que le fruit de l'expiation de ses pêchés. Harry pouvait sentir sous lui un sol dur, particulièrement froid mais bosselé sur lequel une fine couche d'herbe faisait office pour lui de matelas.
L'air qu'il respirait à plein poumons était lui même froid, glaçant chaque partie de son corps à chaque inspiration alors qu'il imprégnait chaque pore de sa peau meurtrie. Harry gardait les yeux fermés, tant par fatigue que par crainte de les ouvrir et de se rendre compte du néant dans lequel il se trouvait. Pas un bruit n'était perceptible hormis le son du vent soufflant aux alentours, pas la moindre voix humaine, amicale ou non, dans sa langue ou dans une autre, le moindre mot ou soupir pouvant le rassurer. Rien, seulement lui et cette curieuse masse lourde posée sur son corps et qui le gênait dans ses mouvements.
Encore légèrement étourdi, il essaya de remuer et de s'extraire de cette position, mais une simple gesticulation suffit à le faire grimacer de douleur au point qu'il en oublia ses précautions d'usage et ouvrit brutalement ses paupières.
Sa vision était encore floue, mais il pouvait voir de là où il se trouvait un ciel particulièrement sombre, constellé d'étoiles brillantes et de nuages parcimonieusement disposés. Non décidément, le purgatoire ne pouvait ressembler à cela, ce ne devait être qu'une grande pièce vide dans laquelle il s'imaginait jusqu'alors la présence de Saint-Pierre faisant face à son registre des âmes et décidant si la personne qui se présentait à lui méritait ou non une place au paradis, et non pas cette voûte étoilée si semblable à celle qu'il avait admiré pendant si longtemps durant sa vie de mortel.
Sa tête se leva légèrement, et son regard croisa alors celui vide d'un autre homme, allongé les yeux ouverts sur son torse et qui semblait le contempler en silence, la bouche légèrement ouverte et un filet de sang séché s'écoulant de ses lèvres bleuies par le froid et la mort… ou peut-être le froid de la mort.
Horrifié, il tenta de s'extraire de nouveau de l'étreinte mortel de l'homme, mais tout ce qu'il réussit à faire fut d'haleter de douleur tandis qu'il passait par réflexe sa main sur l'origine de son supplice. Il eut à ce moment là, et sans trop savoir pourquoi, la satisfaction de voir qu'il avait toujours la capacité de bouger ses deux bras, et un autre exercice quelques secondes plus tard lui confirma qu'il en était de même pour ses pauvres jambes. Mais cet élancement constant dans le bas du ventre l'empêchait de pouvoir amorcer le moindre geste pour se redresser. Tout juste put-il de ses deux mains repousser le cadavre niché sur lui pour le basculer sur le côté, libérant totalement sa poitrine.
Harry regarda autour de lui, mais hormis la neige qui avait cessé de tomber depuis des heures, rien d'autre que des masses sombres l'entouraient, certaines à moitié dévêtues, d'autres ayant depuis longtemps de multiples plaies sanguinolentes que le froid avait gelé, certaines encore empilées les unes sur les autres pour former un monceau de corps immobiles. La carcasse à moitié éventrée d'un cheval lui donna l'envie de vomir, et l'air diffusait une affreuse odeur de sang et de chair.
- I-il faut que je p-parte…, bafouilla t-il autant par cause du froid que de panique.
Il se rendit alors compte en pliant ses jambes qu'elles étaient nues comme un ver, et qu'on l'avait délesté de son pantalon ainsi que de ses bottes.
- Fichus pilleurs…, maugréa t-il en soupirant. Aucun respect pour… pour les morts.
Mais lui n'en était pas un, du moins pas encore, et la vie semblait même l'avoir arraché au destin des dizaines d'autres hommes tombés comme lui.
Après bien des difficultés, Harry parvint enfin à se tenir assis, mais la douleur qu'il ressentait désormais autant au niveau de l'estomac que dans son dos fut si saisissante qu'il chercha à rapidement se mettre debout… pour retomber lourdement par terre.
Cette fois-ci, il ne put retenir un cri douloureux alors qu'il se tortillait sur le sol, les larmes aux yeux. La panique commençait à le gagner à la même vitesse que le froid de la neige lui glaçait une fois encore le dos. Mais pourtant, il fallait se relever, il fallait fuir au plus vite cet endroit et trouver de l'aide d'une quelconque manière pour ne pas finir comme ses compagnons de misère.
- à… à l'aide ! Cria t-il après avoir pris plusieurs inspirations. Par pitié ! Venez m'aider !
Était-ce ainsi qu'il allait finir, à moitié nu sur cette terre désolée de l'Est de l'Europe à attendre que le souffle de la mort vienne finalement le prendre? Devait-il terminer son existence dans le froid, la neige et la boue de cette terre prussienne loin de celle qui l'avait vu grandir, loin de cette famille qu'il aimait et qui l'aimait d'autant plus qu'ils attendaient son retour? N'allaient-ils recevoir de sa part qu'un bulletin de l'armée attestant de sa mort là où tous s'attendaient plutôt à le revoir auréolé d'un prestige nouveau? Était-ce une manière pour Dieu de la punir d'avoir transmis ces informations à l'ennemi? Juste pour cette unique fois, pour cette si ridicule missive, devait-il en payer le prix de sa trahison pour avoir obéi à des ordres extérieures? Oh non, il ne voulait pas mourir, pas ici et pas comme ça.
- Au secours ! Hurlait-il à plein poumons. À moi, je suis ici !
Qu'importait qui viendrait, soldats français, pilleurs, voyageurs, même un soldat russe pourrait faire l'affaire ! Il préférait encore être fait prisonnier mais soigné de sa blessure entre les mains des hommes du tsar puis envoyé Dieu sait où au cœur de la Russie plutôt qu'ici… Il ne savait même pas qui avait gagné cette fichue bataille, et à vrai dire il s'en fichait éperdument. Il fallait juste que quelqu'un accourt à ses plaintes car le froid rendait impossible pour ses jambes de le maintenir trop longtemps debout.
- Pitié…, chuchota t-il de désespoir en tournant de nouveau son regard vers le ciel. Ô Seigneur, pardonnez les p-pêchés d'un fils qui vous aime de tout son cœur… Si je vous ai offensé d'une… d'une quelconque manière que ce soit, punissez alors l'enfant qui aurait fauté et châtiez-le, mais un père qui aime son fils ne lui ôterai pas la vie…
Sa prière se perdit dans le ciel nocturne, et comme il s'y attendait aucune réponse céleste ne vint lui chuchoter à l'oreille quelques mots réconfortants. Du moins… Pas immédiatement.
Une lumière que l'on agitait à quelques mètres de lui attira son attention, et alors qu'il tournait la tête sur sa gauche, il vit plusieurs formes se découper dans le noir et se pencher de temps à autre sur un cadavre.
- Ohé ! Souffla t-il doucement en levant légèrement son bras. Je suis là !
Des murmures se firent alors entendre, et des bruits de bottes marchant sur la neige se firent de plus en plus bruyants à mesure que les hommes s'approchaient. Harry n'eut pas même le réflexe d'essayer vainement de se protéger contre une éventuelle menace ; Si ces gens en voulaient à sa vie, alors autant la lui raccourcir au plus vite.
- Ici ! Hurla alors en français un homme en se précipitant sur lui. Y'en a un là !
- Français? Lui demanda un autre en le suivant à quelques pas.
Le premier venu était déjà penché sur lui, et par la petite lampe à huile qu'il tenait de sa main droite, il tâtait scrupuleusement différentes parties du corps d'Harry. L'homme avait l'air beaucoup plus vieux que lui, et une moustache épaisse lui séparait la bouche du nez tandis que ses gros sourcils se fronçaient durant toute l'analyse qu'il effectuait.
- J'en ai l'impression, affirma t-il en regardant l'uniforme que portait le mourant. En tout cas ces sales rats lui ont piqué une partie de ses affaires, ajouta t-il en regardant ses jambes nues.
- Il va s'en tirer? S'enquit l'autre homme en s'approchant également, ses longs cheveux blonds lui tombant sur le visage.
- Je suis touché… là…, bafouilla Harry en leur montrant d'un geste l'endroit de sa blessure.
Le premier homme remonta légèrement sa pelisse et sa chemise pour observer la plaie alors que l'autre lui avait pris sa lampe pour la déposer près d'Harry dans une vaine tentative de le réchauffer.
- ça a arrêté de saigner et si t'es toujours conscient c'est que c'est bon signe petiot, l'informa au bout d'un certain temps l'homme à la moustache. T'as pas l'air bien vieux dis donc, ajouta t-il en le regardant. T'es de quel compagnie?
- 4e régiment des… des hussards, siffla t-il avant que le second homme ne lui tende une gourde qu'il but sans demander son reste.
- La cavalerie donc, argua l'homme. Vous nous avez sacrément aidé aujourd'hui, sans vous on était foutus.
- Qu'est-il… arrivé? Lui demanda Harry.
- Qu'est-ce que tu veux qu'il arrive? On a gagné crévindiou ! Lui dit-il en secouant sa tête. Dame, quel massacre quand même… Y'en a beaucoup qui ont pas eu autant de chance que toi aujourd'hui petiot. T'as sûrement une foutue bonne étoile qui brille quelque part… Ohé vous ! Amenez un brancard par ici ! Cria t-il en se relevant.
Avec précaution, les deux hommes l'aidèrent à glisser sur la toile faisant office de lit et maintenue par deux longues poutres qu'ils soulevèrent ensuite.
- Vaut mieux pas traîner, souffla l'homme blond alors qu'ils avançaient désormais à travers le champ de bataille. On a peut-être fini les combats mais les russes aussi finiront par revenir chercher leurs blessés, et on sait jamais ce qui pourrait se passer.
- Parait que les cosaques font pas dans la dentelle, argua l'autre. Y s'attaquent à tout le monde, en particulier ceux qui sont isolés et font aucun prisonnier. T'en croises un et hop là, ta tête se retrouve au bout de leur lance !
Harry lui somnolait de nouveau et n'écoutait leur conversation que par intermittence, les yeux dans le vague. Ses paupières redevenaient lourdes, et après quelques secondes à batailler contre le sommeil, celui-ci finit par gagner leur duel et il retomba dans un état inconscience.
Une lumière vive juste au dessus de lui le tira encore une fois de son sommeil, mais il mit encore davantage de temps à parvenir à ouvrir lentement les yeux. La pièce dans laquelle il se trouvait était encore floue, mais il parvenait à distinguer les contours d'une toile grisâtre au dessus de sa tête ainsi que les poutres en bois qui la maintenaient en équilibre sur le sol. D'autres pièces de tissus faisaient office de paravent, et il cligna davantage encore des yeux pour dissiper le brouillard qui persistait à lui masquer la vue.
Il se retrouvait sur un lit de campagne, plutôt petit et étroit mais relativement confortable compte tenu du confort rudimentaire qu'offrait un hôpital de campagne. Une fine couverture moelleuse le recouvrait presque intégralement, et sa tête reposait sur un coussin de plumes beaucoup plus agréable que le sol dur sur lequel il s'était retrouvé auparavant.
Un homme était assis près de lui, les jambes et les bras croisés alors qu'il tapait distraitement du pied. Il arrêta cependant son geste après avoir levé la tête dans sa direction puis s'adressa à lui d'une voix grave qu'il reconnut immédiatement.
- Vous êtes réveillé, le salua t-il d'un ton neutre.
- M-monsieur Pajol, souffla Harry à voix basse.
Son supérieur avait l'air plutôt bien, en tout cas beaucoup mieux que lui c'était une évidence, et hormis la longue balafre qui lui traversait le visage comme une vilaine ride, il n'y avait rien à redire sur son apparence.
- Vous me reconnaissez c'est déjà ça, argua son supérieur. Nous dissertions justement sur l'état dans lequel vous vous trouveriez au moment de votre réveil et sur le besoin ou non de vous attacher en fonction de votre comportement. Je me réjouis de savoir que nous n'aurons nul besoin d'en arriver à une telle extrémité.
- O-où… Où suis-je? Lui demanda son élève.
- Cela ne se voit pas? S'enquit Pajol en dardant un coup d'œil furtif autour de lui. Vous êtes dans un hôpital de campagne, et je dois d'ailleurs aller informer votre médecin de votre réveil maintenant.
Le Lieutenant-Colonel se leva dans la foulée pour se diriger dans l'allée qui semblait faire face à son lit. Harry pouvait d'ailleurs voir devant lui un autre lit également occupé, et des lamentations et cris qu'il entendait à droite et à gauche, il n'était certainement pas le seul ici.
Des bruits de pas se firent entendre, et avec une joie sans commune mesure, son regard tomba sur ses deux meilleurs amis, tous les deux passablement fatigués et leurs uniformes toujours plus déchirés mais ravis tout comme lui de se retrouver.
- Gabriel ! S'exclama Juliette en se précipitant vers lui.
- Laisse le respirer voyons, maugréa Nicolas alors que leur camarade s'était littéralement jetée contre lui. Tu nous as fait une sacrée peur Gab', ajouta t-il en lui souriant. On t'a cherché toute la nuit sans rien trouver d'autre que des cadavres. On a juste retrouvé ton cheval, mais t'étais pas dessus alors…
- Merci…, marmonna t-il alors que Juliette relevait la tête vers lui, les larmes aux yeux.
- On t'a cru mort, dit-elle d'un ton larmoyant. C'était un tel foutoir qu'on ne savait plus où donner de la tête, et c'est seulement lorsque l'on a sonné le retour dans les campements qu'on s'est rendus compte que tu n'étais plus là !
- Depuis combien de temps suis-je… suis-je ici? Leur demanda t-il alors qu'il pouvait voir par delà la toile de la tente que le jour était levé.
- Deux jours à peu près, l'informa Nicolas avant de s'approcher de lui et de lui adresser une tape sur l'épaule. Tu m'as manqué mon pote !
Harry, malgré la grimace qu'il arbora au contact de son ami, était touché par leur sollicitude manifeste, et le sourire qu'il affichait à ce moment là était autant dû aux remontrances de Juliette à l'encontre de Nicolas pour son geste que par la joie de simplement les revoir, de pouvoir leur parler et d'imaginer déjà les prochaines aventures qu'ils vivraient ensemble.
Pajol profita de ce moment-là pour réapparaître en compagnie d'un autre homme plutôt âgé aux cheveux grisonnants et muni d'un épais monocle lui couvrant l'œil droit. En guise d'habit, l'homme portait un vêtement à l'aspect rapiécé, mais surtout un tablier lui recouvrant tout le torse et agrémenté d'une énorme tache de sang qui lui glaça aussitôt le sien.
- Ah, je vois que notre petit patient est effectivement conscient, dit-il en hochant sa tête en direction du lieutenant-colonel. Comment vous sentez-vous, jeune homme?
- Un peu fatigué, mais mieux je pense…, lui répondit Harry d'une voix incertaine.
Cette affirmation était cependant vraie dans la mesure où à titre de comparaison il ne pouvait pas se sentir pire que lors de cette pénible soirée.
- On va voir ça…, marmonna le médecin en s'approchant de lui. Des douleurs quelque part?
- N-non, affirma t-il immédiatement. Juste l'impression d'être encore un peu faible au niveau des bras et des jambes…
- Vous êtes resté sans bouger pendant deux jours, alors c'est tout à fait normal, l'avisa le vieil homme en le palpant à certains endroits. Un peu d'exercice devrait vous faire du bien… Et si j'appuie ici?
Harry eut immédiatement l'impression qu'on venait de lui adresser un coup de poing dans le ventre, et une grimace apparut sur les traits de son visage.
- Ah ça, ça ne guérit pas en un claquement de doigt les blessures de ce genre, l'instruisit le médecin. Mais à la vitesse où vous vous rétablissez, vous n'aurez qu'une simple cicatrice d'ici à une semaine.
- Si peu? S'étonna Harry en le regardant avec un scepticisme manifeste.
- En temps normal non, mais vous êtes quelqu'un de très étonnant jeune homme, affirma t-il après avoir pris quelques notes. Si vous voulez bien me permettre de continuer mes analyses…
Et sans pour autant attendre son approbation, l'homme sortit une baguette magique de sa poche et la passa lentement sur l'ensemble du corps d'Harry en s'attardant longuement sur l'endroit où se trouvait son noyau magique.
- êtes vous capable d'avoir un contrôle parfait sur votre noyau magique? Lui demanda l'homme pendant qu'il continuait ses investigations.
- Je ne sais pas s'il est parfait, mais plutôt bon oui, lui confirma Harry.
- Et êtes vous capable d'utiliser votre magie pour vous prémunir de vos blessures? S'enquit le médecin.
- Comment? Bredouilla t-il en arquant un sourcil.
- Voyez-vous, lorsque l'on vous a ramené ici pour vous soigner, la gravité de votre blessure était telle que vous n'auriez normalement pas dû en survivre, l'informa l'homme en griffonnant sur son parchemin. Le foie était touché, et la perte de sang était suffisamment conséquente pour n'avoir aucun espoir de guérison.
Du coin de l'œil, Harry vit Juliette pâlir progressivement à mesure que le médecin énonçait l'état de santé de son ami, mais pour autant elle ne l'interrompit à aucun moment.
- Mais après des analyses multiples en apprenant que vous étiez toujours vivant malgré les heures qui se sont écoulées, j'ai été pour le moins stupéfait de constater que votre noyau, par une sorte d'instinct de survie, puisait dans ses propres ressources pour cautériser votre plaie, réparer les tissus endommagés et stabiliser suffisamment votre état pour qu'un autre puisse prendre le relais, reprit le médecin. Alors je vous repose ma question, jeune homme : Avez-vous d'une certaine façon ordonné à votre noyau de vous venir en aide?
- N-non, avoua Harry alors qu'il commençait lui-même à être intrigué par ce talent caché.
- C'est fantastique ! S'exclama alors l'homme en écrivant furieusement de nouvelles notes. Si tout le monde était capable de faire cela, imaginez donc la quantité de travail en moins que nous aurions !
- En effet, approuva Pajol en gardant ses yeux fixés sur son ancien élève. Un noyau magique agissant de son propre gré, ce n'est pas chose banale. Sera t-il bientôt pied, Monsieur?
- Quelques jours de repos devraient suffire oui, lui confirma l'autre homme en hochant la tête. Vous devrez simplement prendre ceci deux fois par jour à raison d'une cuillère à soupe.
Tout en parlant, le médecin déposa sur un tabouret demeuré libre trois fioles de petite taille semblables à celles qu'il possédait en temps normal dans sa propre besace.
- Vous vous assurerez qu'il respecte mes consignes, ajouta t-il en dardant son regard sur l'officier supérieur et les deux militaires.
- Ces jeunes gens y veilleront, lui répondit Pajol en fixant Nicolas et Juliette. Mais vous n'avez rien à craindre de cet officier ; Le respect des consignes est l'une de ses qualités. Vous vous portez donc garant de son état auprès de l'Empereur donc?
- Pour sûr, mes collègues moldus vous confirmeraient mon avis sur le sujet, certifia le médecin en se levant. Au plaisir de vous revoir sous peu, jeune homme, dit-il en saluant une dernière fois Harry avant de s'éloigner.
- L'Empereur? L'interrogea t-il en fronçant ses sourcils.
- Sa majesté est venue rendre visite aux soldats blessés et mutilés durant la dernière bataille, lui expliqua son supérieur en reprenant place sur sa chaise. Les bulletins de l'armée envoyés à Paris parlent déjà d'une victoire retentissante pour les braves soldats de l'Empereur, mais la vérité est que nous avons subi d'importantes pertes. Il a décrété l'arrêt des combats pour quelques semaines, le temps pour nos troupes de se réorganiser et d'apporter réconfort et soin aux malheureux de cette boucherie.
- Il était ici? S'enquit Harry en imaginant déjà l'Empereur à son chevet.
- Oui, et il a paru soucieux de votre état, l'informa Pajol. Il m'a ordonné de lui transmettre au plus vite les bilans de santé des blessés de notre régiment, mais surtout le vôtre car il souhaite avoir « soin du brave Bourbon qui s'est battu pour les armées de l'empire».
L'étonnement le gagna encore une fois à cette annonce, et il se demandait bien ce que pouvait bien entendre par là l'Empereur, mais il fut rapidement coupé dans sa réflexion par la voix réjouie de Nicolas :
- Il m'a parlé ! L'informa avec extase son meilleur ami. Il m'a demandé si je m'étais bien battu, Gabriel ! Ça fait tout drôle de se retrouver si près de lui…
- Vous discuterez de cela plus tard si vous le voulez bien, le coupa Pajol en le foudroyant du regard. Pour le moment veuillez laisser votre camarade se reposer.
Le lieutenant-colonel amorça un geste pour se retirer, mais au moment où il se détourna de lui, il s'arrêta dans son geste et porta à la place la main dans son uniforme pour en retirer une feuille de parchemin soigneusement pliée.
- Ceci est pour vous je crois, dit-il en la lui tendant. Elle est arrivée hier par la poste. Apparemment elle vadrouillerait depuis près d'un mois à travers le continent à votre recherche, mais nos déplacements n'ont pas facilité la tâche de ses porteurs. Je ne l'ai pas ouvert évidemment, ajouta t-il en le voyant décacheter la cire qui avait permis de sceller le message.
- Merci, lui lança son ancien élève en dépliant la feuille.
- Vous deux, laissez donc un peu d'intimité à Monsieur Bourbon, leur intima t-il l'ordre alors que ses deux amis se tenaient droit comme des I. Vous avez peut-être des choses plus importantes à faire comme nourrir vos chevaux, je me trompe?
- Heu… non monsieur, lui déclara Nicolas avant de voir sa bouche être brutalement masquée par la main de Juliette. Hmpf !
- Évidemment Colonel, argua t-elle en inclinant légèrement sa tête. On reviendra plus tard pour parler un peu si tu le veux bien.
- J'en serai ravi, lui confirma Harry en répondant à son sourire.
Les trois finirent par lui faire leurs adieux, laissant Harry désormais seul avec pour unique objet d'intérêt la lettre qu'il tenait entre ses mains, qu'il déplia promptement et dont il reconnut l'écriture d'un simple coup d'œil :
« à Lamballe, ce jour du lundi 4 janvier 1807
Cher fils,
C'est avec une profonde peine que nous vous informons de la disparition de votre bien aimé parrain, et je vous prie de croire que nous remuons ciel et terre depuis hier pour le retrouver.
Selon les renseignements pris auprès de votre maman et de notre aventure personnelle, l'attaque aurait été commanditée par les lords Potter et Black que vous connaissez de sinistre réputation. Avec une audace insolente, ces messieurs nous ont agressé en pleine festivité de l'Alcyne de Sainte-Geneviève et auraient enlevé Monsieur Lupin sans que nous puissions réagir.
Je me dois également de vous informer d'une attaque des serviteurs du seigneur des ténèbres contre nos personnes le même jour, et en vérité au même moment que celle qui a vu votre parrain disparaître ; Nous nous interrogeons encore sur cette curieuse coïncidence.
Nous avons le regret d'avoir perdu plusieurs serviteurs au cours de cette fâcheuse affaire, et nous pleurons leur mort tout en nous réjouissant d'en être sorties indemnes. Votre sœur, votre épouse, votre maman et moi-même sommes aujourd'hui en sécurité.
Encore une fois soyez certain que nous mettons tout en œuvre pour faire avancer les recherches sur l'endroit où se trouverait votre parrain. J'ai l'espoir que nous parviendrons rapidement à un résultat que nous pourrons vous envoyer au plus vite. J'ose espérer que vous vous portez bien, et je vous embrasse ainsi que votre maman de tout mon cœur.
Votre mère qui se soucie de vous plus que quiconque,
Marie-Louise de Savoie-Carignan.»
Harry acheva finalement sa lecture avec bien des difficultés tant la fureur l'aveuglait. Ses yeux écarquillés pourraient presque brûler la feuille qu'il tenait dans ses mains tremblantes alors qu'une seule et unique pensée lui traversait continuellement l'esprit :
«Je vais tuer James Potter.»
A/N : Chapitre terminé. Dans la même lignée que celui de l'alcyne de Sainte-Geneviève, j'ai particulièrement aimé l'écrire et je suis plutôt satisfait du résultat.
Pour la première scène, je me suis inspiré des misérables et du père Thenardier au lendemain de la bataille de Waterloo lorsqu'il dépouille les cadavres (et sauve par la même occasion le père de Marcus) pour récupérer les effets personnels et de valeur des morts. En me documentant rapidement j'avais également lu que des pilleurs suivaient fréquemment les troupes en attendant le bon moment pour se servir à loisir (y compris en vêtement).
J'avais également oublié d'expliquer dans le précédent chapitre que la bataille d'Eylau est la première de Napoléon où le résultat est mitigé (pour ne pas dire autre chose) ; Les pertes sont équivalentes, les russes ont pu se retirer tranquillement et l'armée française elle n'a pas pu avancer comme elle l'aurait souhaité. On parle d'ailleurs d'une victoire à la Pyrrhus, et les russes vont même jusqu'à célébrer cette bataille comme une victoire pour eux.
Sinon par rapport au contenu de ce chapitre, Harry est au courant des agissements de son "père"... Va t-il tenter quelque chose? Va t-il rester sagement en Pologne? Mystère.
Je ne sais pas encore si je vais poster le prochain chapitre vendredi afin de respecter la journée traditionnelle ou si je vais attendre la semaine suivante pour respecter le délai d'une semaine entre chaque chapitre... Vous verrez bien ma décision à ce moment là ;)
à bientôt !
