Bonjour à tous,

Voilà le nouveau chapitre, en espérant qu'il vous plaise comme les précédents (bien qu'il soit difficile d'en juger).

Encore merci aux personnes qui ont laissé une review, des suivis ou des favoris... Il serait peut-être temps que je fasse un nettoyage de ma boite mail prochainement, avec tout ce que je reçois de ce site, j'aurais énormément de chose à faire disparaître ^^.

Normalement il n'y a aucune coquille, la correction a été faite juste avant la publication. Mais j'ai très bien pu oublier quelques petites erreurs grammaticales ou d'orthographe malheureusement.

Sur ce, bonne lecture !


En règle générale, Beauxbâtons autorisait ses élèves à veiller jusque tard le soir dans la limite du raisonnable, et ses étudiantes ne se faisaient pas prier pour appliquer à la lettre cette consigne. La seule condition était, à l'instar de Poudlard, de ne pas en profiter pour se promener librement dans les couloirs de l'école mais de rester bien sagement dans leurs appartements respectifs.

Madame Beaumont, si pointilleuse sur les règles, veillait au grain et tachait de punir sévèrement les plus récalcitrantes et de leur faire passer l'envie de réitérer la conduite inqualifiable qui les caractérisait si bien selon elle. Ses couloirs de prédilection demeuraient toujours ceux des filles les plus âgées, celles dont le comportement en grandissant les poussait à outrepasser les règles de bonne conduite pour se découvrir l'âme d'une aventurière et d'explorer de fond en comble les recoins les plus sombres de l'académie… Ou de tout simplement trouver un moyen de sortir de l'école et d'aller au village le plus proche le temps d'une soirée à festoyer en toute quiétude.

La nouvelle duchesse de Chateauvillain elle, logée désormais dans l'aile des épouses, n'avait pas à se soucier d'une telle menace planant sur sa petite tête blonde. Assise les pieds en éventail devant la cheminée du salon qui composait ses nouveaux appartements personnels, Daphné observait distraitement le feu ronflant lui réchauffant l'épiderme, la tête légèrement soutenue par son bras posé sur l'un de ceux de son fauteuil de prédilection. Madame Beaumont, confiante dans la probité et l'innocence des jeunes filles nouvellement mariées, ne prenait jamais la peine de venir dans ce couloir éloigné du reste de l'école, aussi Daphné ne se souciait t-elle guère de se coucher tardivement et de subir les réprimandes de la directrice adjointe. Celle-ci d'ailleurs avait la curieuse tendance de toujours éviter ce corridor, et certaines murmuraient avec amusement qu'elle craignait de rencontrer les jeunes hommes qui, le temps d'un soir, venaient retrouver leur dulcinée pour s'adonner à une activité qui ne se faisait généralement qu'à deux.

Daphné n'avait pas davantage à se soucier d'une visite d'Harry entre ces murs ; D'abord parce qu'il n'était jamais venu ici et ne semblait pas ressentir le besoin d'y venir, ensuite parce qu'il se trouvait à des milliers de kilomètres d'elle et que ses obligations l'empêchaient de pouvoir ne serait-ce que songer à l'approcher.

Soudainement, elle sentit un chatouillement sur ses pieds nus, et alors que par réflexe elle repliait ses jambes contre elle, renversant au passage le petit tabouret dont elle s'était servie jusqu'à présent, elle remarqua la présence de Tracey à ses côtés, une plume dansant entre ses doigts fins et regardant partout sauf dans sa direction.

- Aimes-tu à ce point me tourmenter même lorsque je souhaite être tranquille? Maugréa t-elle à l'encontre de sa meilleure amie qui persistait à ne pas la regarder.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, déclara Tracey en se déchaussant elle-même pour réchauffer ses petits orteils devant le feu de cheminée. Tu as sans doute du rêver, après tout cela fait bien vingt minutes que tu n'as pas dit une seule parole, on pourrait croire que tu t'es vraiment endormie.

- Peut-être que je n'avais pas l'esprit à tenir une conversation intelligente et profonde avec un esprit aussi brillant que le tien, contra Daphné en baillant avant de regarder la pendule face à elle.

- Tu sais toujours trouver les mots pour me faire plaisir, minauda t-elle avant de s'étirer sur le tapis moelleux du salon.

Au passage, elle en profita pour dénouer sa robe de chambre, laissant les pans de celle-ci se répandre librement par terre sans véritablement s'en soucier. Daphné était la seule encore en tenue scolaire dans la pièce, et intérieurement elle espérait pouvoir bientôt imiter Tracey et Lucie et s'allonger dans son grand lit à baldaquin.

- Qu'est-ce que vous avez pu ajouter à votre devoir sur Aliénor la mystique pour réussir à remplir trois feuilles de parchemin? Pesta pour sa part Lucie en raturant par de grands gestes un énième morceau de son devoir. Il me manque encore au moins une feuille !

- Si tes mots étaient aussi grands que les miens sur ta feuille, tu n'aurais pas à te soucier de la taille de ton devoir, lui conseilla simplement Tracey en soupirant d'aise tandis qu'elle bougeait légèrement ses doigts de pied.

- Et tu aurais droit à un énième rapport concernant cette tentative manifeste de triche, lui rappela Daphné.

- Oh, souffla Lucie que l'idée de Tracey avait semblé tenter un instant.

- Il y a un livre dans cette bibliothèque, ajouta la nouvelle duchesse en lui désignant d'un geste de la main la-dite bibliothèque située juste à côté de l'entrée. Je crois qu'il s'appelle «Traité des grands procès de sorcellerie du XVIe siècle, justice royale rendue par la cour souveraine de Guyenne». Tu trouveras des modifications apportées à certaines lois concernant les personnes magiques prises suite à des séries de procès concernant l'utilisation abusive de nos «capacités surnaturelles et maléfiques».

- Quelle époque charmante, ironisa Tracey en secouant légèrement sa tête. J'aurais aimé y vivre juste pour assister à ces parodies de procès. Ça devait être vraiment drôle à voir.

- Te connaissant, je suis certaine que tu aurais cherché à tous prix à te faire surprendre en train d'user de magie, lui lança Daphné.

- Tu ne me connais que trop bien, lui confirma son amie sans se départir de son sourire.

Bientôt, seul le grattement de la plume de Lucie sur sa feuille et les pages tournées de son manuel furent les seuls bruits émis dans la pièce. Les deux autres retombèrent dans un silence plutôt reposant, insouciant et agréable. Les soucis de la journée semblèrent s'envoler aussi facilement que les grains de poussière passant devant leur vision alors que Daphné commençait à sentir ses yeux devenir plus lourds, la vue obscurcie par un début de fatigue… Avant d'être brutalement ramenée à la réalité par les gloussements de Tracey.

- Que t'arrive t-il encore? Maugréa Daphné en se massant les paupières, l'air légèrement agacé.

- Rien, je repensais juste à tout à l'heure, ricana t-elle en se tournant vers elle. Je n'aurais jamais imaginé voir le jour où Daphné Greengrass, nouvellement Dame de Chateauvillain, gifler devant toute l'école Cordelia Duprès. Cette claque résonnera dans ma mémoire pour le reste de ma vie.

- Je te signale que cette gifle me vaut ce soir une convocation dans la bureau de la directrice, lui rappela t-elle avec un dépit manifeste. Je n'aurais pas dû me laisser aller à tomber aussi bas.

- Tu as bien fait, insista Tracey alors que Lucie approuvait d'un hochement de tête. Cette garce n'a de cesse depuis des mois de répandre les pires horreurs sur ton compte et sur celui de Gabriel, n'importe qui d'autre aurait agi de la même manière et certainement bien avant toi.

Même si intérieurement Daphné partageait ce constat, elle gardait malgré tout pour elle l'impression d'avoir succombé aux provocations de Cordelia. Se faire entendre dire depuis des mois maintenant, dans les couloirs comme dans les salles de cours, dans le réfectoire comme dans les toilettes, à la bibliothèque ou dans le parc de l'académie qu'elle n'avait toujours pas consommé son mariage, que celui-ci était un échec dont l'entière responsabilité lui revenait, qu'elle comme Harry ne s'appréciaient déjà plus et que chacun se cherchait déjà des amants ou maîtresses ailleurs et qu'à ce petit jeu là son époux menait la danse en Pologne… Cette litanie de fausses vérités entendue à longueur de temps depuis si longtemps… avait aujourd'hui atteint son objectif en lui faisant perdre patience pour rabattre le caquet de son ennemie jurée.

Daphné avait regretté son geste dès l'instant où elle l'avait commis, à voir la forme meurtrie de Cordelia allongée par terre, la main sur une joue rapidement rougie par le coup tandis que de grosses larmes coulaient sur sa peau au beau milieu d'un silence soudain et gênant et des regards circonspects de ses camarades de classe.

Son geste avait ainsi pu donner l'impression que les propos désobligeants de cette vipère l'avaient finalement atteint, elle qui s'évertuait depuis cinq ans à figurer aux autres l'image d'une jeune fille calme et tranquille, et les rumeurs risquaient d'aller bon train à présent quant à la véracité des remarques de Cordelia sur l'état de son couple.

Mais d'un autre côté… Une infime partie d'elle considérait son action du jour comme légitime, lavant l'honneur bafoué d'une jeune mariée d'un plat de la main si violent qu'elle en ressentait encore une légère douleur aux phalanges. Cette portion de son esprit ne regrettait absolument rien, voyait en cela le moyen d'extérioriser les mois de souffrance qu'elle avait ressenti depuis le départ de son bien aimé, de cette journée en particulier où elle avait cru le sentir mourir sans pouvoir réagir… Cette partie de son âme se complaisait à revoir encore et encore le visage larmoyant de Cordelia et à se jurer de réitérer cet exploit à n'importe quelle occasion si d'aventure celle-ci osait encore remettre en doute sa fidélité pour Harry.

Et elle aimait ça.

- Tout le monde en parlait pendant le souper, ajouta Lucie alors qu'un discret sourire s'affichait sur le visage de Daphné. Les autres filles ont profité de ta retenue dans le bureau de Madame Beaumont pour commenter ton geste.

- Je vais être le centre d'attention de toute l'académie, pesta t-elle en se retenant de soupirer. Si ça n'était pas déjà assez difficile comme ça…

Trois coups retentirent subitement contre la porte d'entrée, et les filles tournèrent aussitôt la tête dans leur direction alors que le silence se faisait soudainement pesant. Sans se le faire demander, Lucie se précipita vers elle alors que Daphné et Tracey se remettaient péniblement dans une position plus digne pour accueillir leur invitée. La porte fut en effet à peine ouverte que se présenta à elles Madame Beaumont, l'air aussi sévère que lorsqu'elle avait pendant près d'une heure houspillé le comportement indigne de Daphné dans son bureau et lui avoir promis que son geste ne resterait pas impuni. La mine froide, les mains jointes devant elle, elle s'approcha sans se faire prier de la jeune fille et sans prononcer le moindre mot.

- Je vous suis, se contenta de répondre Daphné en inclinant légèrement sa tête dans sa direction.

- Vous autres, vous devriez vous trouver dans vos dortoirs si je ne trompe pas, lança t-elle en dardant un regard imperturbable aux deux autres filles qui demeuraient silencieuses. Vous savez ce que risquent les jeunes filles négligentes et faisant fi des règles de cette académie.

- Nous dormons ici ce soir Madame la directrice adjointe, lui répondit le plus calmement possible Tracey. Daph… Heu… Madame de Châteauvillain nous a cordialement invité à lui tenir compagnie pour la soirée, ajouta t-elle alors que Daphné réprimait l'envie de grimacer devant la manière dont parlait d'elle sa plus vieille amie.

- Si Madame la duchesse le désire, alors je n'y vois pas d'objection, acquiesça Madame Beaumont avant de se diriger vers la sortie. Veuillez me suivre je vous prie.

Et après un dernier regard vers ses deux camarades, Daphné emboîta le pas de la femme et s'aventura à sa suite dans les couloirs déserts de Beauxbâtons. Comme elle s'y attendait, l'école était totalement déserte partout où elle passait, mais ce n'était pas cette angoissante sensation de se promener dans un endroit clos et vide de toute forme de vie ni l'obscurité persistante malgré les torches éclairant les corridors et espaces qu'elles traversaient toutes les deux qui accroissaient le sentiment de malaise qu'elle sentait en elle mais bien la froide ignorance dont faisait preuve à son égard son professeur d'étiquette et qui, en temps ordinaire ne l'aurait pas dérangé, mais qui prenait une étrange tournure aujourd'hui, comme si son geste avait d'une certaine manière profondément déçu la sous-directrice.

Le son de ses talons et sa marche au pas étaient ainsi les seuls bruits perceptibles à ses oreilles pour de longues minutes, et le dos trop droit et rigide de cette femme la barrière physique qui l'empêchait d'engager la conversation avec elle.

Daphné se demanda si une femme aussi antipathique, glaciale et autoritaire était malgré tout parvenue à trouver chaussure à son pied, si cette froideur constante avait pu être réchauffée par les caresses d'un homme et si ce cœur si fermé à la tendresse avait pu être percé par les flèches d'un cupidon, si finalement cette femme pouvait comprendre que l'honneur d'une autre en amour valait bien une gifle envers une autre, ou si ces questions là lui étaient finalement étrangères, comme écrites dans une langue étrangère dont elle n'avait ni les connaissances nécessaires ni même les moyens de la traduire. Oui, Madame Beaumont était décidément une énigme, mais Daphné n'était jamais réticente à relever un défi.

Sans véritablement s'en rendre compte, toutes les deux étaient arrivées devant la porte du bureau de la directrice, et après avoir tapé à trois reprises sur celle-ci, Madame Beaumont attendit l'invitation à entrer de sa supérieure qui ne fut pas bien longue. Le cabinet de travail de Madame Maxime était une grande pièce carrée aux couleurs vives et chaleureuses qui correspondaient d'une certaine manière à la personnalité avenante de leur propriétaire. De grandes arcades faisaient office de fenêtre sur un pan de mur, et en raison de l'heure avancée, des rideaux de damas rouge avaient été tirés devant elles.

Plusieurs bibliothèques étaient disposées le long des murs, certaines possédant des vitrines derrière lesquels des bibelots en tout genre et de la porcelaine de chine trônaient fièrement, tandis qu'au centre de la pièce, un bureau d'une taille imposante en bois d'acajou surmontait un épais tapis persan qui avait l'air d'avoir connu des jours meilleurs.

Dans un coin avait été installé un piano, bien trop petit pour que Madame Maxime puisse s'y asseoir mais suffisamment pour accueillir les élèves qui avaient accepté d'apprendre à en jouer sous la direction de celle-ci.

Quelques tableaux de grand maître, magiques ou non, étaient également suspendus entre les fausses dorures boisées qui habillaient les murs, et une magnifique représentation mystique, composée de multiples petits angelots et de personnages à demi-nus magnifiaient le plafond du bureau d'où pendait un lustre serti de multiples bougies allumées.

Plus curieux encore, des têtes d'animaux, qu'ils soient magiques ou simplement les malheureuses victimes d'une chasse à courre, avaient été accrochés au dessus des deux portes qui complétaient l'aménagement de l'espace. L'esprit d'aventure et de curiosité des coutumes étrangères était en tout cas bien présent dans la pièce et décrivait sans même le demander et admirablement bien leur bien-aimée directrice.

Celle-ci était d'ailleurs assise à son bureau, le visage penché vers son pupitre alors qu'elle écrivait de son élégante écriture quelque chose dont Daphné ignorait la teneur et ne l'aurait pour rien au monde demandé.

- Madame Maxime, la salua sa directrice adjointe en lui faisant une très légère révérence. Je vous amène Madame de Châteauvillain comme nous l'avions convenu.

- Je vous remercie, lui répondit-elle en levant la tête pour la gratifier d'un sourire. Asseyez-vous donc devant moi Madame, ajouta t-elle en tournant son regard vers Daphné.

Gênée comme toujours d'être appelé ainsi, Daphné opina malgré tout de la tête en s'avançant vers le bureau pour s'asseoir sur l'un des sièges face à elle. Après une dernière salutation, Madame Beaumont elle tourna les talons et sortit pour les laisser seule. La pièce était à nouveau silencieuse, et étrangement, Daphné se sentit mal à l'aise devant cette situation, mais surtout toute petite devant l'imposante masse qu'était le pupitre de sa directrice. Ce n'était pas la première fois qu'elle venait ici, mais les raisons avaient toujours été moins importantes, et surtout elle n'avait jamais été en faute contrairement à aujourd'hui.

- Bien, souffla tout à coup Madame Maxime en reposant sa plume dans son encrier. Je ne pensais pas avoir à régler un problème de discipline si tard, et certainement pas que vous seriez concernée par ce petit écart de conduite, mais mieux vaut terminer cela au plus vite et passer à autre chose rapidement, vous ne croyez pas, Daphné? Me permettez-vous d'ailleurs une telle familiarité pour notre discussion?

- Oh… Bien sûr, répondit t-elle immédiatement. Cela m'incommode pour tout vous avouer, je ne me fais pas à l'idée que l'on m'appelle Madame ou Madame la duchesse alors que je n'ai que quinze ans.

- Pourtant vous devrez vous y faire, lui répondit la femme devant elle. Vous êtes appelée à devenir une dame influente, un soutien de poids pour votre mari dans la carrière qu'il pourrait exercer, et vous rencontrerez d'innombrables personnes qui vous appelleront de cette façon.

- Oui, mais quand ce sont mes propres amies qui sont obligées de m'appeler comme cela devant d'autres personnes quand je les ai toujours entendu dire mon prénom, vous me pardonnerez d'en ressentir une profonde gène, avoua simplement Daphné d'un ton poli.

- En effet, dit-elle. Maintenant revenons-en à la raison pour laquelle Madame Beaumont a insisté pour que nous discutions des événements malheureux survenus aujourd'hui. Selon ses dires, et j'ai eu bien du mal à le croire la première fois qu'elle me l'a raconté, vous auriez giflé volontairement une camarade classe dans un couloir et devant de multiples témoins. Est-ce exact Daphné?

- Oui madame la directrice, lui confirma t-elle. Mais…

- Vous rappelez-vous que dans le règlement de cette institution, il est formellement interdit d'agir de la sorte? La coupa Madame Maxime. Que le simple fait de s'insulter vaut sanction? Qu'une querelle doit être réglée auprès d'un enseignant ou d'un membre administratif de cette académie, au cours d'une discussion entre personnes civilisées et non pas en s'adonnant aux pratiques les plus basses qui ne sied pas à une dame de votre statut?

- Oui, mais…

- Figurez-vous mon trouble lorsque, revenant à peine d'un entretien avec le ministre de la magie, je me vois contrainte de régler des broutilles d'enfant? Poursuivit t-elle d'une voix pourtant toujours aussi calme. Est-ce donc ce que vous êtes, Daphné? Une enfant que l'on doit punir?

- Non ! Rétorqua plus fort qu'elle ne l'aurait souhaité son élève.

- N'avez-vous pas la maturité pour trouver une solution autre que gifler votre camarade et provoquer une esclandre au sein même de mon école? Lui demanda posément Madame Maxime.

- Je regrette, lui dit t-elle d'un air véritablement attristé. J'ai regretté mon geste dès l'instant où je l'ai commis, mais je n'en pouvais plus des racontars de Cordelia faisait passer sur mon compte à longueur de temps, et des horreurs qu'elle osait dire me concernant et concernant mon mari…

Madame Maxime ne répondit rien, mais au lieu de ça, elle entreprit d'ouvrir l'un des tiroirs de son bureau, d'en sortit un fin dossier qu'elle tendit sans en préciser davantage à Daphné et sur la couverture duquel trônait en grosses lettres les mots suivants : Dossier de plaintes à l'encontre de Mademoiselle Duprès.

- Vous pensiez peut-être que nous n'en savions rien, commenta distraitement Madame Maxime. Madame Beaumont comme vos autres enseignants m'ont rapporté à plusieurs reprises les propos désobligeants de Mademoiselle Duprès vous concernant. Les menaces, les sanctions disciplinaires, les retenues lui ont été administrées depuis des mois maintenant sans qu'elle ne semble en comprendre le sens.

Et Daphné pouvait effectivement constater que des rapports multiples concernant sa camarade complétaient ce dossier, certains datant d'il y a déjà plusieurs mois comme un autre d'aujourd'hui et était signé par la directrice adjointe elle-même. Madame Maxime se leva alors de sa chaise, se dirigea lentement vers un pan de mur auquel Daphné n'avait jamais vraiment fait attention avant d'en décrocher un instrument qui lui fit aussitôt froid dans le dos.

- Votre comportement mérite sanction Daphné, lui dit doucement Madame Maxime en s'approchant d'elle alors que son élève commençait à paniquer. Savez-vous de ce dont il s'agit?

- C-c'est une férule, bredouilla t-elle nerveusement en regardant avec une peur manifeste les multiples brindilles nouées entre elles.

- Oui, mais pour ce soir vous y échapperez, la rassura sa directrice en voyant avec amusement le soulagement de la jeune fille. Cependant, je pense qu'une semaine en compagnie de Madame Beaumont a écrire jusqu'à en avoir mal au poignet les passages du règlement concernant la conduite à tenir dans cette école et notamment ce qui concerne les combats devrait faire définitivement rentrer dans votre tête cette partie que vous sembliez avoir momentanément oublié.

- O-oui Madame Maxime, approuva son élève non sans continuer à regarder l'instrument de douleur entre les mains de sa directrice.

- Quant à Mademoiselle Duprès, je pense que quelques coups de férule sur le derrière devant toute l'école réunie devrait à l'avenir lui faire comprendre qu'il ne sied à personne de colporter des ragots si déplaisant.

L'image de Cordelia se faisant fouetter au centre du réfectoire traversa brièvement l'esprit de Daphné, et elle n'arrivait pas à savoir si elle devait se sentir ravie d'une telle humiliation ou désolée pour elle.

- Vous commencerez dès demain votre punition, l'informa alors Madame Maxime en reposant la férule sur son bureau et en se rasseyant derrière. Bien évidemment, vous n'assisterez pas à la sanction contre Mademoiselle Duprès. Et estimez-vous heureuse de ne pas subir la même chose. J'ose d'ailleurs espérer que vous ne me donnerez plus jamais l'occasion d'envisager ceci contre vous à l'avenir, je serai fort peinée d'avoir à fouetter une duchesse devant ses condisciples.

Daphné se contenta de déglutir lourdement en posant son regard sur les brindilles mises sous ses yeux avant de hocher frénétiquement sa tête pour lui confirmer sa pleine et entière obéissance. Juste à ce moment là des coups furent de nouveau entendus contre la porte, et après l'invitation à entrer de la directrice, madame Beaumont refit son apparition, l'air encore moins amical que précédemment et traînant par le bras une jeune fille que la duchesse de Châteauvillain ne connaissait que trop bien : Marie-Rose de Savoie-Carignan.

- Marie-Rose…, souffla avec une lassitude manifeste la directrice alors que la jeune fille était amenée vers son bureau. Qu'avez-vous encore fait?

- Bonsoir Madame Maxime, répondit Rosie en lui souriant aimablement. Je voulais simplement aller aux toilettes, mais Madame Beaumont n'en croyait pas un mot…

- Vous surprendre dans le couloir menant aux cuisines et loin de votre chambre me laisse effectivement à penser que vous me mentez encore une fois, répliqua la directrice adjointe en la fusillant du regard.

- Laissez-nous je vous prie, dit alors sa supérieure en se massant les yeux d'un air las. Mademoiselle de Savoie, asseyez-vous à côté de votre belle sœur s'il vous plaît.

- Avec plaisir, répondit la plus jeune en tournant sa tête vers l'épouse de son frère. Bonsoir Daphné ! Je n'aurais jamais imaginé que nous nous rencontrerions ici !

Sa belle-sœur était déjà en pyjama, pantoufles aux pieds et une charlotte dans les cheveux mais paraissait aussi pétillante et éveillé que la normale. Cette énième convocation dans le bureau de la directrice n'avait pas l'air de l'inquiéter outre mesure, et si l'on en jugeait par le dépit évident de Madame Maxime, celle-ci ne semblait plus savoir quoi faire pour maîtriser la fille de l'une des plus illustres familles de France.

- Qu'allons-nous faire de vous, jeune fille? Pesta t-elle en fronçant ses sourcils. Peut-être devrions-nous franchir un cap et vous administrer les châtiments corporels? La férule est déjà toute prête.

Le sourire innocent de Marie-Rose fondit brutalement en remarquant la présence de l'objet sur le pupitre, et comme Daphné, elle devint subitement tout à fait nerveuse et empruntée sur le dossier de son fauteuil. Discrètement, elle jeta un coup d'œil en direction de sa belle-sœur comme pour la questionner silencieusement sur l'éventualité qu'elle ait déjà eu affaire à cette sanction, mais elle garda sa question derrière ses lèvres closes.

- Enfin, votre présence me permet de régler un point qui aurait dû l'être demain lorsque le courrier devait arriver. J'ai ici une lettre de votre mère ma chère, ajouta t-elle en se tournant vers la plus jeune de ses élèves. Elle souhaitait qu'elle vous soit remise en main propre plutôt que de prendre le risque d'être perdue sur le chemin jusqu'au château. Cela vous concerne toutes deux.

Intriguée, Daphné se saisit de la fameuse lettre non décachetée que lui tendait la directrice, et très lentement, elle déplia le papier sur lequel reposait les mots joliment écrits de sa belle-mère.

« à Lamballe, ce jour du 17 février 1807,

Mes biens chères filles,

Il faut battre le fer quand il est chaud.

Lunard sera bientôt parmi nous.

Tendrement,

Marie-Louise de Savoir-Carignan.

PS: Détruisez ce message lorsque vous l'aurez lu.»

à la fin de leur lecture, et tandis que Daphné respectait scrupuleusement les recommandations de Marie-Louise en demandant à Madame Maxime de bien vouloir détruire ce message, toutes les deux ne pouvaient s'empêcher de se sourire mutuellement en ne songeant qu'à une seule chose :

Pour la première fois depuis deux mois, l'horizon se faisait enfin plus clair.


A/N : Chapitre terminé. Comme le précédent il est un peu plus léger et ne traite que d'une trame secondaire à l'histoire, mais un petit retour sur Daphné ne fait jamais de mal. J'ai bien aimé l'écrire d'ailleurs, peut-être que le cadre est propice à l'inspiration. Bref.

L'information principale reste qu'une tentative de sauvetage de Remus est à l'oeuvre, à voir maintenant si elle se concrétisera par une réussite ou un échec.

Le prochain chapitre ne sera pas publié aux horaires habituels ; Il le sera soit très tôt le vendredi, ou dimanche après-midi pour des raisons qui me regardent.

à bientôt !