Bonjour à tous,

Désolé pour le retard et l'absence de nouveau chapitre la semaine dernière, ce n'était pas du tout prévu malheureusement. Pour faire simple, disons qu'on ne ressort pas indemne d'un choc entre une voiture et un vélo... J'ai la chance de n'avoir que le bras cassé ^^.

Je galère d'ailleurs simplement pour écrire ce message... Mais bon, je tenais quand même à vous donner le chapitre initialement prévu aujourd'hui.

Merci pour les reviews, je sais que je me répète mais j'y répondrai dès que possible (en plus des précédentes, j'ai un léger retard à ce sujet...).

Sur ce, bonne lecture !


Loin de l'agitation du monde extérieur, des troubles qui l'agitent dans tous les sens comme un radeau ballotté par les flots d'une mer agitée, loin des manigances humaines propre à l'Homme pour qui une journée bien remplie se devait de l'être par une nouvelle turpitude du destin, loin des commérages, des rumeurs, des problèmes du quotidien étalés sur la voie publique ou des quolibets lancés à la volée pour faire parler de soi, Severus pourrait presque se sentir bien.

Ce n'était pas donné à tout le monde d'avoir le loisir de vivre une partie de son temps libre ou professionnel à plusieurs dizaines de mètres sous la surface terrestre, mais pour quelqu'un qui recherchait avant toute chose la tranquillité, le calme et une quiétude de chaque instant, être professeur de potions était le métier rêvé pour cela.

C'était ce qu'il pensait de temps en temps, quand sa salle de classe n'était justement pas remplie d'étudiants paresseux, inaptes à la moindre tâche et incapables de lire correctement des consignes comme c'était le cas aujourd'hui.

Soupirant légèrement, il dardait son regard froid et calculateur sur chaque élève à tour de rôle, les épiant continuellement en attendant le moment où, volontairement ou pas, l'un d'eux ferait un mauvais pas lui donnant la possibilité d'extérioriser par la parole le caractère asocial et misanthrope qui correspondait si bien à la personnalité de Severus Rogue.

Plongée dans une pénombre de circonstance et voulue par son propriétaire, la salle de classe était plutôt large, en forme de croix avec un plafond relativement bas. Les murs étaient noircies par des années de préparation de potions en tout genre, recouverts de suie par la fumée des multiples chaudrons bouillonnant joyeusement et laissant s'échapper des effluves aux senteurs particulières quand elles n'étaient pas toxiques. De multiples placards courraient le long des murs, la plupart contenant des ingrédients relativement rares et conservés précieusement dans des bocaux, des bols ou posés à même la surface des étagères. Quelques livres complétaient également la collection personnelle du professeur Rogue, mais ils étaient en si piteux état que plus d'un était rebuté à l'idée de s'en servir. Enfin, d'innombrables bougies étaient suspendues de ça et là à travers la pièce pour offrir un minimum de luminosité, mais par précaution, aucune ne se trouvait à proximité directe d'un chaudron ou d'une armoire ; Il ne fallait après tout pas que par un malencontreux accident l'une d'elles finissent dans une potion en préparation.

- Encore dix minutes, énonça t-il d'une voix lente en appréciant au passage la nervosité montante de ses élèves à cette annonce. Vos potions devraient avoir à présent la couleur bleutée indiquée dans vos manuels à ce stade de la préparation de la solution de force.

Et comme il s'y attendait, et sans avoir besoin de se pencher légèrement par dessus son bureau, les regards consternés de certains suffisaient à comprendre qu'encore une fois très peu auraient une note convenable à cet exercice pratique.

- Ne trouvez-vous pas que la solution de force est quelque peu disproportionnée pour des enfants de leur âge? Lui demanda alors la femme qui pour son malheur avait choisi cette journée pour observer le déroulement de ses cours.

- Que voulez-vous dire par là, Dolores? S'enquit-il distraitement sans regarder dans sa direction.

- Eh bien, je doute que le ministère approuverait que l'on puisse enseigner à des enfants de cinquième année à Poudlard la manière de préparer une potion aussi dangereuse et dont les effets pourraient s'avérer néfastes pour d'autres si quelqu'un s'avérait suffisamment inconscient pour en consommer, minauda Ombrage en prenant au passage quelques notes.

- Pourquoi alors ne pas avoir enlevé du programme de cinquième année la préparation de cette potion à votre accession au poste d'inquisitrice si vous la considérez comme dangereuse? Argua avec une pointe de moquerie Severus. Nous vous avons pourtant donné nos programmes dès le lendemain de votre nomination, et cela remonte à… plus de six mois maintenant? Oui je crois que c'est ça. Si j'avais su dès ce moment là que vous aviez à redire concernant les thématiques que j'allais enseigner, j'aurais pu avoir suffisamment de temps pour modifier certains aspects ne convenant pas à la grande inquisitrice de Poudlard… Ou au ministère, la chose est si difficile à distinguer.

Sa collègue se garda bien de lui répondre, mais en voyant la mine renfrognée qu'elle affichait à présent, Severus savoura intérieurement sa victoire sur le crapaud vêtu de rose qu'il allait devoir supporter encore quelques heures.

Cependant il savait avoir la victoire modeste, et face à l'inquisitrice, mieux valait surtout faire profil bas le reste du temps pour ne pas s'attirer son courroux. Ce poste lui octroyait en effet le droit d'inspecter à n'importe quel moment les autres enseignants de Poudlard, noter leurs performances, la manière dont se déroulaient les cours et l'appréciation des élèves par rapport à celui-ci. Severus savait qu'il ne remplissait pas tous les critères de qualité consignés dans les notes de Dolores et du ministère, et d'une certaine façon il ne faisait rien pour tenter d'améliorer l'appréciation que cette femme pourrait avoir le concernant. Rien ne devait changer à sa manière d'enseigner, Et Severus Rogue n'aimant pas le changement, cela n'allait certainement pas commencer ici-même.

- Avez-vous terminé? Lui demanda t-il en observant avec une impatience dissimulée Ron Weasley touiller sa mixture dans le mauvais sens. J'ai beaucoup à faire vous savez.

- Moi aussi figurez-vous, lui certifia Dolores en continuant à griffonner sur sa feuille de parchemin. Il est important que le ministère de la magie ait un retour conforme et le plus fidèle possible de la manière dont fonctionne cette école, et assister à votre cours m'aide certainement à m'affranchir de cette tâche avec le plus grand empressement possible.

- En me tenant compagnie toute l'après-midi? S'étonna le professeur Rogue en arquant un sourcil. Je ne savais pas que le poste de professeur de défense contre les forces du mal offrait autant de liberté. D'ordinaire je profite de la mienne pour corriger des copies, préparer les cours suivants, nettoyer le matériel ou accomplir mes devoirs de directeur de la maison de Serpentard. C'est beaucoup de responsabilité vous savez, je n'ai pas une minute pour moi. Comme j'envie votre temps libre…

Encore une fois ses propos acerbes semblèrent faire mouche dans l'esprit de l'inquisitrice qui écrivait furieusement de probables et fort peu élogieuses remarques à son encontre. Un sourire satisfait sur le visage, Rogue détourna la tête du crapaud à ses côtés, notant distraitement qu'elle-même faisait à présent le tour des étagères pour semblait-il en analyser le contenu.

Désireux de mettre le plus de distance possible entre elle et lui, il commença un énième et tant redouté tour de table. Ce moment, qui terrifiait un si grand nombre de ses élèves en raison des remarques sarcastiques et désobligeantes qu'il envoyait à tour de bras aux malheureux qui croisaient son regard, était au contraire pour lui le meilleur moment du cours, celui où il pouvait à loisir déverser le sourd mépris qu'il ressentait envers tout le monde, y compris pour ceux qu'il ne connaissait même pas.

Et justement, par un miracle tombé du ciel, il remarqua du coin de l'œil que Drago Malefoy avait de toute évidence décidé de perturber une nouvelle fois sa classe en s'en prenant à ses victimes favorites : Matthew Potter et Neville Londubat. Sans même avoir le temps de l'en empêcher, il vit son élève se saisir d'un ingrédient sur son pupitre, le rouler rapidement en une petite boule d'herbe avant de la lancer dans le chaudron des deux gryffondors ; La potion, qui avait une couleur verdâtre, devint alors aussi noire que du charbon tandis que de grosses bulles épaisses apparaissaient en continu à sa surface.

- Potter et Londubat, encore et toujours les mêmes trouble-fête venus gâcher une autre séance de travail pour faire parler d'eux, lança t-il en faisant au passage disparaître la potion des deux garçons. Ce sera un autre D et un devoir supplémentaire sur feuille à me rendre pour la prochaine fois messieurs.

- C'est la faute de Malefoy ! Éructa Matthew en fusillant du regard l'héritier Malefoy. Il a lancé quelque chose dans notre chaudron !

Rogue adressa à Drago un regard suffisamment significatif quant à la réalité des faits pour lui faire passer l'envie de sourire encore longtemps avant de reporter son attention sur Matthew qui ne décolérait pas :

- Avez-vous une preuve de ce que vous avancez, ou est-ce encore l'une des nombreuses élucubrations rocambolesques de Matthew Potter, celui qui n'arrive pas à passer une seule journée sans provoquer des accidents ou se battre? Lui demanda d'un ton doucereux Rogue. Peut-être est-ce simplement la faute à votre maladresse légendaire? Après tout vous affirmiez cela lorsque vous auriez par inadvertance poussé dans les eaux du lac Monsieur Malefoy?

La retenue qu'il avait donné à Matthew et ses deux camarades venait à peine de se terminer, mais pour autant il ne se gênait pas de lui rappeler encore et encore qu'il pouvait à tout moment revenir sur ce sujet ; La rougeur qui apparaissait légèrement sur les visages de Potter et Londubat était suffisamment éloquentes pour comprendre que leur version était fragile.

- Je vois qu'il n'y a pas que dans mon cours que vous vous faites remarquer monsieur Potter, intervint alors Dolores en s'approchant également du pupitre.

- Il n'est pas difficile de se faire remarquer dans votre cours professeur puisque l'on n'y fait absolument rien, contra Matthew en lui adressant un petit sourire moqueur. Quelqu'un faisant tomber sa plume fait plus de bruit qu'une vingtaine d'élèves en train de lire votre manuel.

- Et c'est une nouvelle semaine de retenue que vous venez de gagner, lança t-elle alors d'une voix joyeuse. Je pense que le message n'est pas encore suffisamment imprégné dans votre esprit, ou ailleurs si vous voyez ce que je veux dire…

Le regard de Severus se posa immédiatement sur la main du garçon sur laquelle de vilaines coupures finissaient à peine de cicatriser. Sentant peut-être ses yeux sur sa peau, Matthew fit rapidement disparaître sa main à l'intérieur de la manche de sa robe d'écolier.

«Aussi fier que son imbécile de père» pensa t-il sur le moment en rencontrant le regard du jeune garçon.

Le bon sens et le respect qu'il éprouvait pour la mère aurait voulu qu'il l'informe aussitôt du genre de retenue auxquelles assistait Matthew, mais pour une raison qu'il ignorait ou qu'il cachait intentionnellement, jamais n'avait-il pris la peine de lui en toucher deux mots ; Par pudeur peut-être, par crainte des reproches qui en résulteraient, par précaution certainement quant à l'éventualité de voir Lily débarquer à Poudlard telle une furie pour s'en prendre à l'intégrité physique de Dolores Ombrage… Toujours est-il qu'il se gardait bien de lui en parler.

- Jusqu'à nouvel ordre, et aussi longtemps que ce cours durera, je vous prierais de bien vouloir éviter de régenter cette classe, lui conseilla t-il calmement en lui accordant à peine un regard. Inquisitrice ou pas, c'est à moi d'attribuer les sanctions durant le cours de potion.

Ce fut alors comme si le temps s'était arrêté, qu'un vent glacial venait subitement de s'abattre sur l'ancien cachot peu reluisant du château et avait gelé sur place l'entièreté des personnes présentes à l'exception des deux adultes. Pas un bruit ne pouvait être entendu, pas le moindre murmure et aucun geste commis comme si cela semblait inopportun en pareille occasion. Severus pouvait sentir tous les yeux braqués sur lui, et à l'image des mines ahuries des élèves les plus proches, il supposait à juste titre que les autres ne devaient pas être en reste non plus. Seule Ombrage, la mine stupéfaite et les yeux brûlants d'un feu violent prêt à se déchaîner sur lui et à le consommer à l'instant gardait une once de vie en elle.

- Je suis là pour observer, juger et corriger ce qui doit l'être, dit-elle après quelques pesantes secondes de silence. Monsieur Potter s'est en outre permis quelques remarques désobligeantes à mon égard, et en tant que professeur titulaire de cette classe, c'est à vous qu'il aurait dû échoir de le punir comme il se doit. Or, vous n'avez rien fait pour me défendre.

- Si vous avez quelques griefs contre Potter, cela ne regarde que vous, l'informa t-il froidement. Vous pouviez tout aussi bien attendre la fin de ce cours, accompagner les élèves à l'extérieur de ce cachot et le prendre à parti dans le couloir, cela n'aurait ainsi plus été de mon ressort et je n'aurais pas eu à vous rappeler qu'en matière de discipline, je reste pendant les minutes qu'il reste avant la fin de cette séance l'émanation même de l'autorité.

Et sans lui laisser le temps de répondre ou même de profiter du regard flamboyant qu'elle lui lançait, Severus continua sa longue observation des potions. Leur querelle publique eut au moins l'avantage d'imposer un calme plat au sein des étudiants, et pas un ne broncha devant ses remarques cinglantes ou les moqueries qui sortaient de sa bouche devant les résultats plus ou moins pathétiques auxquels son attention avait droit.

- Veuillez mettre un échantillon de vos potions dans une fiole que vous déposerez sur mon bureau, ordonna t-il lorsque la fin de l'heure arriva. N'oubliez pas de l'étiqueter, certains ici semblaient penser que je puisse deviner le propriétaire d'un flacon par la seule couleur de sa potion lorsqu'ils me l'ont rendu la semaine dernière… Au risque de les décevoir, je ne peux malheureusement pas distinguer la médiocrité d'une personne comparée à celle d'une autre. Potter, Londubat, vous me ferez donc trois feuilles de parchemin sur les propriétés de la solution de force, son utilisation ainsi que sur les raisons de votre échec.

- Puis-je préciser qu'une fouine a malencontreusement saboté ma préparation? Argua une nouvelle fois Matthew alors qu'il rangeait ses affaires.

- cinq points de moins pour Gryffondor, se contenta de répondre Rogue en faisant disparaître d'un coup de baguette le contenu des chaudrons.

Severus l'entendit encore grommeler quelques instants avant d'emprunter le même chemin que ses camarades de classe et le laisser finalement seul avec lui-même… et le professeur Ombrage.

- Avez-vous un problème avec moi, Monsieur Rogue? Lui demanda t-elle alors que le calme revenait peu à peu.

- Non, certifia t-il d'un ton indifférent en rangeant ce qui devait l'être dans les étagères. Pourquoi me posez-vous la question?

- Une impression sans doute, dit Dolores en le suivant comme son ombre. J'ai comme l'intuition que ma présence ne vous satisfait guère, et cela remonte à déjà plusieurs mois pour tout vous dire.

- Voyez-vous ça, marmonna t-il distraitement. J'en suis navré si vous vous sentez ainsi vis-à-vis de moi.

- Et moi donc Severus, avoua t-elle alors qu'il notait dans son esprit qu'elle l'appelait pour la première fois par son prénom.

Tout en parlant elle s'approchait lentement de lui, et il pouvait sentir à mesure que ses petits pieds grassouillets raccourcissaient l'espace entre eux les émanations puissantes et nauséabondes de son parfum de fleurs.

- Cela me dérange pour tout vous dire…, continua t-elle en arborant une moue attristée. Quand j'ai appris que j'allais occuper le poste de d'inquisitrice avec la possibilité de pouvoir réformer en profondeur les méthodes d'enseignement trop longtemps souillées par des années de laisser-faire, je pensais recevoir de la plupart de mes collègues un soutien manifeste dans la volonté qui m'animait d'améliorer la réputation de cette école. J'imaginais peut-être à tort que vous autres m'apporteriez conseils, recommandations et appuis dans ma démarche, mais je n'ai rencontré qu'indifférence et mépris de votre part…

«Misère...» pensa t-il avec dépit.

- Oh je sais ce que vous me direz, que ce n'est pas du tout le cas, que ce n'est que le reflet de votre personnalité d'être constamment hostile envers qui que ce soit et que je ne suis pas la seule à subir cela, mais Severus, ne pensez-vous pas que des personnes partageant autant de points communs que nous ne puissent pas s'entendre et construire ensemble quelque chose de nouveau, de positif pour le bien-être de cette école et de ceux qui chaque jour durant parcourent ses couloirs?

- Faites-vous le même genre de discours aux autres professeurs ou suis-je un privilégié? Argua t-il d'un air interloqué.

- Bien évidemment que non, minauda t-elle en gloussant. Je ne pense pas pouvoir tenir le même discours avec vous qu'avec Minerva, Filius ou même Pomona. Nous ne sommes pas du même moule, nous ne sommes pas façonnés de la même manière et nos positions sont bien trop divergentes sur certains points qu'il me navre de dire qu'une unité professoral est une vaine utopie avec de tels individus.

- Ne seriez pas vous plutôt le problème? Contra Severus en croisant les bras tout en lui faisant finalement face. Il est tout de même curieux que vous ne parveniez pas à vous trouver le moindre allié parmi nous hormis ce vieil imbécile de Rusard, mais le petit personnel ne compte pas. Vous remettez constamment la faute sur les autres, comme un enfant qui préférerait mentir à un adulte plutôt que d'avouer ses erreurs, de telle sorte qu'aucune remise en question de vos agissements n'est possible. Je n'ai pas besoin d'allié entre les murs de cette école comme en dehors et aussi puissante soit-elle.

- C'est votre dernier mot? Dit-elle en perdant toute trace de mièvrerie dans la voix.

- ça l'est, acquiesça t-il en inclinant légèrement sa tête.

- Vous savez que votre insolence et le mépris dont vous faites preuve à mon égard ne resteront pas impunis, l'informa Dolores dont les joues devenaient aussi roses que la robe qu'elle portait.

- Je ne me fais pas de souci à ce sujet, certifia Rogue. Si mon talent n'est pas reconnu à sa juste valeur au sein de cette école, d'autres m'ouvriront leurs portes avec une joie sans commune mesure. Il est après tout de notoriété publique que le double détenteur du prix du potioniste de l'année n'a jamais usurpé ses titres et toutes les reconnaissances qui en découlent. Je serais simplement curieux de lire les gazettes européennes à l'annonce que l'un de ses plus illustres préparateurs de potion ait été chassé de son poste pour… dissensions avec une collègue?

Dolores était sur le point de lui répondre, et déjà ses grosses lèvres s'écartaient l'une de l'autre prête à laisser sortir le torrent d'injures qui sommeillait en elle que la prochaine classe de Severus commençait à rentrer avec bruit et fracas dans la salle, ignorant qu'à quelques secondes prêts ils auraient pu assister à une querelle inédite dans l'histoire de Poudlard entre deux professeurs censés être collègues de travail.

- Nous en reparlerons, siffla finalement Ombrage.

- J'y compte bien, approuva Rogue en esquissant un rictus particulièrement moqueur. Cinq points de moins pour Gryffondor Weasley pour le tintamarre que vous causez, ajouta t-il en offrant à peine un coup d'œil à Ginny qui gloussaient bruyamment avec deux autres filles.

Pensant en avoir fini avec les ennuis, Severus se tourna à nouveau vers les immenses feuilles de papier qui lui servaient à écrire les consignes pour le cours à suivre de manière suffisamment larges pour être vues et lues par le plus grand nombre, mais une soudaine cacophonie attira son attention derrière son dos, et avec une avec une certaine surprise, il assista à l'entrée du professeur Dumbledore dans sa classe, un petit sourire aux lèvres alors qu'il saluait courtoisement les élèves de quatrième année tous étonnés eux-aussi de voir le directeur de Poudlard parmi eux.

Le vieil homme se dirigea rapidement vers lui en caressant distraitement sa barbe alors qu'il saluait à son tour Dolores d'un petit sourire amical auquel l'inquisitrice ne répondit pas.

- Severus, dit-il poliment. Pardonnez-moi de devoir vous laisser échapper à vos obligations, mais je tenais à m'entretenir avec vous aussi tôt que possible et cela ne pouvait attendre la fin de la journée.

- Je m'apprêtais à donner un cours Albus si vous ne l'avez pas encore remarqué, l'informa t-il en désignant d'un mouvement de tête les élèves qui terminaient de prendre place.

- Oh mais je suis persuadé que Dolores se fera un plaisir de surveiller votre classe en attendant votre retour, cela ne devrait prendre tout au plus que quelques minutes, certifia Dumbledore.

Intrigué, Severus finit par hocher sa tête avant de suivre les pas du directeur vers la sortie. Il nota au passage qu'à nouveau Ombrage prenait quelques notes dans son dos, et le grattement de sa plume sur le parchemin l'accompagna tout au long du chemin. Il l'entendit en outre se précipiter non pas dans sa direction mais vers les élèves les plus proches, et juste avant de refermer la porte sur lui, il crut percevoir les bribes d'une conversation qui commençait par «Arrive t-il souvent au professeur Rogue de quitter momentanément sa classe pour discuter avec le professeur Dumbledore?».

Dans le couloir se trouvait également James Potter, la mine pâle et les traits marqués par des journées complètes sans trouver le sommeil ou la quiétude qui sied habituellement à un homme aussi occupé que lui. Son apparence paraissait plus négligé qu'à l'ordinaire, et une barbe de quelques jours commençait à apparaître sur sa peau blanche.

- Potter, le salua t-il en lui adressant un petit sourire narquois. Que me vaut donc l'honneur d'être en ta présence?

- Il est là sur mon insistance Severus, l'informa Dumbledore en les regardant tour à tour.

Severus fit mine d'en paraître étonné, mais voir James suivre telle une ombre le directeur de Poudlard n'était plus aussi déconcertant qu'avant. La seule différence était que Sirius ne traînait plus non plus dans les parages, et voir l'un sans l'autre était assez troublant pour être noté.

Des trois, lui seul était en mesure de savoir où se trouvait Black, et sans se l'avouer à lui-même, il éprouvait un malin plaisir à garder le silence sur la disparition de Sirius auprès de Potter et de Dumbledore ; Les voir ces dernières semaines énoncer des élucubrations aussi insolites que farfelues pour l'un et noyer sa détresse dans les alcools bon marché pour l'autre était un cadeau inestimable dont il n'était pas prêt à se séparer. Et tant pis s'il faisait cela sur le compte d'un homme mort.

- Je vois, marmonna t-il en croisant les bras. Et en quoi cela me concerne?

- Cela concerne plutôt l'ordre du phœnix, mais étant donné que vous êtes un membre éminent de notre organisation, il va de soit que vous ne pouvez être tenu dans l'ignorance encore longtemps, le renseigna Dumbledore en essayant de paraître le plus courtois possible.

Encore une fois Severus demeurait perplexe face aux propos du directeur, lui qui avait sensiblement senti une certaine défiance de sa part depuis l'escapade mortelle de Sirius. Il ne faisait aucun doute depuis ce jour-là pour Albus que son professeur de potions avait d'une manière ou une autre contribué à l'évasion de Lupin, malgré le fait d'avoir été trouvé inconscient, d'avoir été ensorcelé par Black et laissé là dans un couloir obscur, et sans mot-dire, sans véritablement le lui dire ouvertement, sans chercher à le lui faire comprendre par des paroles ou des discours, son attitude envers lui, cette défiance manifeste par les actes, cette sensation de suspicion constante qu'il ressentait à chaque réunion de l'ordre suffisait à Severus pour entrevoir que son avenir s'écrivait désormais en pointillé. Parfois les actes étaient bien plus éloquents que les dires, et cette situation en était la parfaite illustration.

- Si cela concerne Sirius, je vous répète encore une fois que je n'en sais pas plus que vous à ce sujet, énonça t-il lentement. Je vous ai répété un nombre incalculable de fois que…

- Ce n'est pas pour ça que nous voulions vous voir, le coupa Dumbledore. Au contraire, nous tenions à vous informer d'une bonne nouvelle.

- Vraiment? Argua Severus en arquant malgré lui un sourcil. Et cela ne pouvait attendre la prochaine réunion de l'Ordre?

- En aucune façon, certifia le directeur. Pas lorsqu'il s'agit de rencontrer le ministre de la magie lui-même.

- Attendez, pourriez-vous me répéter ça encore une fois parce que j'ai bien peur de ne pas avoir entendu? Lui demanda t-il alors qu'il songeait que la journée était décidément riche en rebondissement.

De l'autre côté de la porte, il pouvait entendre sa classe être de plus en plus bruyante sans en comprendre la raison, mais la voix de Dolores pouvait de temps à autre percer les éclats de voix sans parvenir pour autant à rétablir le calme. Un petit sourire se glissa sur le bord de ses lèvres en l'imaginant être impuissante à calmer l'agitation qui semblait prendre de l'ampleur, mais surtout en songeant à la quantité de points qu'il allait retirer d'une minute à l'autre aux imbéciles causant tout ce chahut.

- C'est tout à fait inattendu, n'est-ce pas? Argua avec satisfaction Dumbledore. C'est Cornelius lui-même qui a abordé James alors que notre ami ici-présent venait de signaler la disparition de Sirius auprès du département des aurors. Il semble que notre cher ministre fasse soudainement preuve d'une clairvoyance que je lui pensais depuis si longtemps disparue, mais nous pouvons nous tromper finalement.

- Vous êtes sûr que ce n'est pas un piège? L'avertit Rogue en fronçant ses sourcils. Cela me semble trop beau pour être vrai. Une énième machination de Cornelius pour vous faire tomber vous ainsi que vos plus proches collaborateurs? Qui vous dit que le seigneur des ténèbres n'est pas derrière ce retournement de situation rocambolesque?

- Pensez-vous que je n'ai pas songé à cela? Répondit-il patiemment. Pourquoi ne pas avoir provoqué cette rencontre au lendemain de l'évasion massive d'Azkaban plutôt que d'attribuer tout ceci à Pettigrow? Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de m'accorder un entretien qui aurait pu changer tant de choses plutôt que de feindre l'ignorance et la tromperie devant notre communauté?

- Il avait l'air sincère, ajouta d'une voix morne James en prenant pour la première fois la parole. Presque… Jovial.

- Justement, depuis quand Cornelius est-il d'humeur jovial en songeant à rencontrer le directeur de Poudlard a qui il a mis depuis si longtemps des bâtons dans les roues? Contra t-il. S'il avait voulu amorcer un premier pas vers vous, il aurait fallu qu'il rappelle auprès de lui le vieux crapaud dans la pièce de l'autre côté de cette porte.

- C'est pour cela que nous pensions à vous pour m'accompagner si jamais les choses tournaient mal, lui proposa Albus plus sérieusement. Minerva surveillera Poudlard en mon absence, et en raison de la traîtrise de Sirius et des responsabilités des autres membres de l'Ordre au ministère, je n'ai personne d'autre que vous pour me seconder.

Severus vit l'espace d'une seconde James réagir à l'utilisation du terme «traîtrise» pour évoquer son meilleur-ami, mais il s'abstint du moindre commentaire.

- J'avais aussi des obligations pour cette soirée, l'informa t-il en songeant à l'entrevue qu'il devait avoir avec la princesse de Lamballe et Lily le soir-même.

- Cela vous retiendra t-il toute la soirée? S'enquit Albus. Ne pourriez-vous pas reporter ces obligations à une date ultérieure? Cette rencontre est peut-être capitale dans notre lutte contre Voldemort, songez-y.

Et en effet, à mesure qu'il y pensait, il devenait intéressant de savoir ce qui pourrait découler de cette discussion pour les temps à venir. Au moins aurait-il également de quoi susciter l'intérêt de Marie-Louise à leur prochaine rencontre s'il ressortait en un seul morceau de cette soirée.

- C'est d'accord, dit-il bien qu'il restait sur ses gardes non seulement envers l'issue de cette soirée qu'envers le directeur lui-même. Potter sera également là je présume.

- Effectivement, lui confirma James en le fusillant du regard. Je serai là pour te surveiller Servillus si jamais tu t'égares encore une fois.

- Si je m'égare comme ton vieil ami Sirius peut-être, approuva t-il en souriant narquoisement. Peut-être vais-je également voir la lumière au bout du tunnel et fuir comme un lâche, qu'est-ce que tu en penses Potty?

- Allons allons calmez-vous, les arrêta Dumbledore alors que James serrait furieusement les poings. James, suivez-moi, nous avons quelques détails à régler pour ce soir. Severus… Merci pour tout.

Et laissant là un professeur de potions stupéfait par ces dernières paroles, Dumbledore s'éloigna à grand pas vers les étages supérieurs, James sur les talons. Severus regarda la silhouette du directeur devenir de plus en plus indistincte alors que les ténèbres l'enveloppaient, puis une fois disparue, il soupira, et jetant un dernier regard dans le tunnel désormais désert en dehors de lui, il reporta son attention sur la porte de sa classe où le bruit se faisait toujours plus fort qu'auparavant :

- Allons-y.


A/N : Ce chapitre m'a donné beaucoup de mal, j'ai dû le recommencer trois ou quatre fois avant de pondre quelque chose de suffisamment intéressant pour être publié. Je ne sais pas si vous l'aimerez, personnellement il fait partie des chapitres qui me laissent sur ma fin (et pour lesquels je n'ai pas ce coup de cœur que je pourrais avoir pour d'autres).

Initialement nous devions passer directement de la mort de Sirius au chapitre suivant et la rencontre entre Dumbledore et Fudge, mais comme je l'ai dit dans le précédent j'ai décidé d'incorporer des chapitres supplémentaires pour ne pas laisser l'impression d'un enchaînement soudain des événements sans laisser de repos au lecteur.

Je trouve que cette rencontre donne l'impression d'être soudaine, tombée de nul part, d'où peut-être le fait que je n'apprécie pas plus que ça ce chapitre, mais les suivants relèvent largement le niveau, croyez moi ;)

Sur ce, à la semaine prochaine !