Bonjour à tous,

Nouveau weekend, nouveau chapitre. J'espère en tout cas que le reconfinement se passe bien pour vous (je n'ai aucune idée des situations des autres pays respectifs, alors bon courage à ceux qui sont dans la même situation que nous). J'ai la chance d'avoir un job qui ne permet pas le télétravail, alors pour ceux qui sont dans des situations très compliquées, je vous apporte mon maigre soutien.

Sur ce donc, nouveau chapitre. Celui là a été l'un des plus compliqués que j'ai eu le "malheur" d'écrire, j'ai dû le réécrire cinq ou six fois ^^. J'espère qu'il vous plaira en tout cas.

Merci aux habitués ayant laissé une petite review, je commence à voir apparaître des réguliers dans la session commentaire. J'ai d'ailleurs un peu de retard dans les réponses aux deux derniers chapitres... Désolé.

Bonne lecture !


La Grande Galerie du Louvre était comme à son habitude… très fréquentée. Les grandes baies vitrées côté Seine laissaient passer la lumière d'un soleil de mai particulièrement ensoleillé pour la saison et qui annonçait déjà les beaux jours à venir. L'immense pièce, ainsi éclairée, faisait apparaître la richesse des décors installés le long de ses murs en une enfilade de tableaux aux dimensions irrégulières et qui composaient presque exclusivement la surface du support sur lequel ils étaient accrochés.

Des colonnes de marbre agrémentaient la pièce dans un placement ordonné et régulier sur lesquels reposaient des bustes antiques si hauts qu'il était difficile de savoir qui ou quoi ils représentaient. Le parquet sur lequel s'aventurait les curieux visiteurs craquait de temps en temps sous le poids lourd de centaines de pied qui parcouraient la galerie de long en large.

Et il y avait de quoi faire tant la quantité de toiles, d'œuvres et de tableaux en tout genre et aux écoles diverses et variées étaient nombreux. Depuis près de quinze ans maintenant que le musée du Louvre était ouvert, ses collections s'étaient enrichies de milliers d'éléments supplémentaires par les dons des particuliers, les biens laissés depuis longtemps dans les réserves royales et remis au goût du jour, mais aussi et surtout par la spoliation des œuvres des émigrés lors de la révolution qui, en refusant de revenir malgré les injonctions du pouvoir, avaient abandonné aux yeux de la loi tout ce qu'ils possédaient en France. Enfin, et plus récemment, les nombreuses victoires du pays contre les coalitions successives, les invasions des États étrangers et l'installation de l'armée française dans ces mêmes pays avait eu comme conséquence de voir des collections entières quitter les villas et palais romains, les monastères et autres basiliques autrichiennes jusqu'au plus petit château allemand pour venir être exhibées au cœur même de l'ancien palais royal qu'était le Louvre. Ainsi, les œuvres des plus grands artistes italiens des siècles passés avaient désormais élu domicile pour longtemps sur le territoire français.

C'était par exemple le cas du tableau devant lequel s'extasiaient dans un silence religieux le groupe de jeunes filles guidées par Madame Beaumont, Les Noces de Cana par Veronèse et qui figurait dans les collections du palais depuis bientôt dix ans à la suite de la campagne victorieuse d'Italie.

Chaque visiteur, évoluant pour la première fois dans l'immense labyrinthe qu'était le Louvre, ne pouvait s'empêcher d'être ébahi par la taille du tableau, la qualité artistique de l'œuvre et s'interroger sur le temps qu'il a fallu à l'artiste pour arriver à ce résultat, et même Severus, qui pénétrait pour la première fois de sa vie en ce lieu, demeurait étonné du talent manifeste qu'il avait sous les yeux. Lui-même se considérait comme un virtuose de l'art de la préparation des potions magiques, mais il constatait sans vraiment être surpris que d'autres formes de perfection pouvaient exister, là juste sous son nez crochu, et qu'entre maîtres dans des domaines distincts, il aurait pu aisément et longuement discourir avec ce Veronèse.

Il garda cependant ce constat pour lui, comme un secret inavouable pour le commun des mortels et inatteignable pour les non-initiés.

Les jeunes filles de Beauxbâtons n'avaient pas autant de facilité que lui à cacher leur admiration, et distraitement, il écoutait les murmures à peine perceptibles de certaines d'entre elles quant au choix du sujet traité, du style employé et du message véhiculé tout en prenant de nombreuses notes. Severus ne pouvait s'empêcher de louer l'académie française sur la diversité des matières enseignées, et bien qu'il ne s'agisse ici que d'art moldu, il était malgré tout intéressant de pouvoir l'étudier sous toutes ses coutures comme le faisaient actuellement les demoiselles qu'il suivait discrètement. Lui-même avait parfois lutté contre Dumbledore pour instaurer de nouvelles options scolaires et élargir le champ des possibles à Poudlard, mais il s'était toujours heurté à un refus net et sans appel du directeur qui demeurait inflexible sur les matières prioritaires à enseigner des leçons considérées comme superflues.

«Et aujourd'hui, c'est une académie ayant à peine plus de cent ans d'existence qui donnerait le ton de l'excellence à toute l'Europe quant à la qualité des cours dispensés» songea t-il amèrement.

Tout près de lui se promenaient également de multiples visiteurs qui, contrairement à la tenue noire qu'il portait comme à son ordinaire, s'étaient vêtues de la manière élégante dont se paraient les bourgeois et aristocrates de la capitale. Il eut brièvement l'impression de faire tâche dans ce décor somptueux, mais l'opinion des gens lui était aussi importante que de savoir quel temps il ferait demain.

Cependant, il ne pouvait omettre le fait qu'il se sentait toujours aussi mal à l'aise en public et que la froideur de ses cachots lui manquait terriblement.

- Par ici Mesdemoiselles, entendit-il à quelques pas de lui alors que Madame Beaumont invitait les jeunes filles à parcourir toujours plus la galerie.

La seule dont il avait à se préoccuper était légèrement en retrait, son attention toujours portée sur la toile dont elles avaient longuement commenté toutes les spécificités alors qu'elle ne semblait pas avoir entendu l'appel de sa supérieure. Un coup sur l'épaule de la part de son amie la ramena cependant sur terre, et après une brève discussion, toutes les deux rattrapèrent le reste du groupe précipitamment, Severus sur les talons.

- Allons-y, soupira Severus plus pour lui-même que pour l'homme qui servait également de chaperon à Daphné Greengrass, ou comme on aimait à l'appeler à présent, Madame la duchesse de Chateauvillain.

Comme à son habitude depuis les deux semaines qu'il cohabitait avec lui, Remus se contenta d'un vague bruit de bouche pour lui répondre avant de lui emboîter le pas, l'air aussi las et indifférent d'un homme pour qui les plaisirs du monde avaient été à jamais enlevés.

Rien n'aurait pu prédestiner ces deux-là à travailler en équipe au moins une fois dans leur vie. Cette dernière ne leur avait d'ailleurs jamais offert cette opportunité jusqu'alors, mais Severus imaginait aisément qu'en temps normal, si cette possibilité lui avait été offerte sur un plateau, il aurait considéré celui-ci avec un mépris manifeste avant de le renvoyer à son propriétaire avec une petite remarque cinglante en prime. Lui, travailler main dans la main avec l'un de ses tourmenteurs? La belle affaire ! Et pourtant… Le voilà aujourd'hui obligé de supporter la morosité persistante d'un loup-garou dont les états d'âme l'accompagnaient en toute circonstance et laissaient dans son sillage le sentiment d'une frustration constante impossible à soulager.

Et il devait aujourd'hui encore cohabiter avec un individu aussi taciturne que lui. Quelle drôle de destinée tout de même.

- C'est une exposition intéressante…, commenta t-il en dardant à peine un coup d'œil aux tableaux devant lesquels ils passaient.

- Hm…, lui répondit encore une fois Remus.

- Charmante oui, bien qu'il manque un peu de tableaux anglais, ajouta distraitement Severus. Ceux-là les français n'ont pas encore eu l'occasion de les voler.

Le silence accompagna de nouveau ses paroles alors que Remus ne dédaignait même pas lui jeter un regard.

- Je devrais être à Poudlard en ce moment, reprit t-il après quelques instants. Oui, un cours en commun entre les quatrième année de Poufsouffle et Serdaigle sur les antidotes. Nous devions prochainement commencer à les tester, mais les circonstances m'obligent malheureusement à devoir reporter à plus tard ces essais.

Puis désignant d'un geste de la tête le petit groupe de jeunes filles devant eux, il ajouta :

- Et me voilà aujourd'hui ici à jouer les chaperons d'une jeune fille qui a probablement autant d'estime et de respect pour moi que le premier olibrius croisé au détour d'une rue, pour le compte d'une princesse qui ignorait encore mon existence deux ans auparavant et qui n'a rien de mieux à m'offrir pour le moment qu'à surveiller sa bru, énonça t-il d'une voix désabusée. Ma qualité d'espion m'offrait un avantage certain sur les événements en cours, mais maintenant, je suis juste utile à ça, protéger une duchesse. L'ironie de la chose me ferait presque sourire si je n'étais pas le principal acteur de cette misérable scène.

Et c'était peu dire qu'il regrettait sa situation. Deux semaines de fuite en avant depuis le fatidique affrontement entre Dumbledore et Voldemort avaient déjà eu raison de sa patience, et depuis ce temps, il avait l'impression de tourner inlassablement en rond, comme un cheval occupé à parader dans un manège selon le bon vouloir de son cavalier et qui, le soir arrivant, était ramené à son box en attendant la prochaine sortie le lendemain. S'il avait seulement soupçonné que les événements du ministère auraient lieu et qu'il en serait le malheureux témoin, jamais il n'aurait accompagné Dumbledore à cette rencontre…

Mais maintenant, le temps des regrets était déjà passé, celui de la dissimulation et de la ruse arrivé et la prudence était désormais de rigueur. Suspect dans une affaire de meurtre, et pas n'importe lequel, Severus se savait traqué sans relâche par les autorités anglaises, et il ignorait sur quel axe se portaient les recherches lancées contre lui ; se contenteraient t-ils de fouiller les moindres recoins anglais en espérant lui mettre la main dessus, où soupçonnaient t-ils déjà qu'il ait pu traverser la Manche et trouvé refuge en territoire ennemi? Eux-seuls le savaient, et pour quelqu'un qui aimait à tout savoir, sa frustration atteignait un paroxysme peu commun.

- Je devrais te plaindre peut-être? Siffla froidement Remus. Tu n'as que ce tu mérites. À jouer sur trois tableaux différents, il fallait bien qu'un jour les masques tombent et que tu te retrouves dans cette situation.

- Par Merlin, je crois que c'est le plus long monologue sorti de tes babines depuis mon arrivée fortuite à Lamballe, répliqua Severus. Tu fais des progrès Lupin, à ce rythme tu pourras très bientôt participer à des discussions entre personnes civilisées. Mais dis-moi, penses-tu de même concernant le cas de Black? Lui aussi méritait son sort pour avoir décidé de changer de camp au dernier moment?

Sans le regarder directement, Severus sentit Remus se tendre subitement à côté de lui, et avec une force peu commune, il se saisit soudainement de son épaule pour lui faire face. Son regard se faisait intensément menaçant, et la lueur dans ses yeux sombres rappela à l'ancien professeur de potions qu'une bête sommeillait toujours en lui, un être particulièrement féroce et qui, s'il le pouvait, se serait probablement déjà jeté sur lui pour le mettre en pièces.

- Ne t'avise plus jamais de salir la mémoire de Sirius devant moi, le menaça t-il en resserrant son emprise sur lui. Lui ne méritait pas la mort qu'il a eu…

- Surveille tes manière le loup, répliqua Severus en se dégageant de sa main. Nous sommes en public, et les gens pourraient s'interroger sur ton comportement… bestial.

Et en effet, plusieurs personnes s'étaient tournées dans leur direction et les regardaient étrangement. Les femmes s'étaient rapprochées de leurs époux, comme si elles anticipaient une bagarre à venir, tandis que les hommes attendaient patiemment la suite des événements, prêts peut-être à agir si la situation échappait à tout contrôle.

Severus lui fixait froidement les pupilles de son camarade loup-garou, peu impressionné par les propos de celui-ci, puis, levant les yeux au plafond, il reprit tranquillement sa marche dans la direction suivie par Daphné.

- Ce serait malheureux d'avoir à rapporter ton comportement auprès de ta maîtresse, reprit-il alors qu'autour de lui le calme était revenu. Tu risques d'être interdit de sortie si cette esclandre arrivait jusqu'à ses délicates oreilles… Et comme tu n'es déjà pas dans ses bonnes grâces dernièrement, cela ne ferait que confirmer à nos yeux à tous que ton état actuel ne te permet pas ce genre de promenade.

- Et je parie que tu te ferais une joie de l'en informer, certifia derrière lui Remus. Ta langue de vipère ne resterait pas bien longtemps tapi derrière tes dents fourchues si tu avais l'occasion de pouvoir causer du tort à quelqu'un.

- Tu sembles bien me connaître pour quelqu'un qui s'évertuait par le passé à ignorer jusqu'à mon existence à défaut de participer aux calomnies et autres quolibets stupides de ses meilleurs amis, narra Severus. D'un autre côté cette soudaine attitude nonchalante et indifférente à tout me rappelle également celle que tu utilisais lorsque Potter ou Black me suspendaient dans les airs et s'amusaient à m'enlever mes vêtements, l'air de celui qui ne voit rien, n'entend rien, n'est même au courant de rien pour ne pas avoir à dénoncer ses camarades. Aujourd'hui, tu n'entends rien des commentaires que tes proches peuvent avoir à ton encontre sur cette facette peu avenante de ta personnalité, et surtout tu ne vois rien de l'état pitoyable dans lequel tu te trouves. Oh oui Lupin, jouer l'homme malheureux continuellement te rend pitoyable.

Severus s'attendait encore à un coup d'éclat du loup garou juste derrière lui, et par précaution, il avait déjà sorti de sa manche sa baguette magique qu'il gardait dans la paume de sa main, prête à servir en cas d'attaque. Mais cependant, le coup qu'il pensait arriver rapidement ne vint pas.

Devant eux le groupe des jeunes filles s'était à nouveau arrêté, et celles-ci admiraient à présent une autre peinture plus moderne que la précédente et qui représentait un groupe de personnes pauvrement vêtues dans un intérieur tout aussi triste que les expressions qu'affichaient chacun des personnages. Un rire faillit s'extirper de sa bouche lorsqu'il songea un court instant que cette toile aurait très bien pu représenter l'état d'indigence dans lequel se trouvaient aujourd'hui les Weasley.

- Le Nain, commenta t-il en écoutant d'une oreille Madame Beaumont décrire en détail les différents aspects de l'œuvre. Jamais entendu parler.

- Pour ça, il faudra peut-être que tu sortes plus souvent et que tu délaisses de temps à autre tes chaudrons, répondit Remus d'un ton cinglant.

- Pardonne moi de ne pas avoir eu autant de temps libre que toi ces dernières années pour m'adonner à une activité aussi saine et salutaire qu'une visite d'exposition, répliqua du même ton Severus. Bien que ces derniers temps, c'est sur la décoration de ta chambre à Lamballe que ton œil critique d'expert en art moderne s'attardait. On ne peut pas dire cependant que le jugement d'un loup ait une quelconque valeur quand celui-ci se morfond dans l'apathie et l'abattement.

- Et que sais-tu de moi de toute façon? Maugréa durement Lupin en le fusillant du regard. Hormis tes petits commentaires cinglants destinés à faire mal, que sais-tu faire d'autre, Rogue?

- Tel un miroir, j'aime simplement montrer aux autres ce qu'ils sont réellement, pas ce que l'on cherche à leur faire croire par des allusions fallacieuses ou de touchantes remarques. Tu espérais peut-être que quelqu'un console tes peines, calme tes douleurs par de gentilles attentions, des mots doux et un petit bisou sur le haut du crâne en t'assurant que tout irait pour le mieux, que les beaux jours arrivent et que demain sera encore meilleur que la veille… Mais je ne suis pas de ce genre là. Moi ce que je vois, c'est un loup à l'apparence d'homme, taciturne à souhait et qui culpabilise de la mort d'un autre qu'il n'a pu empêcher et dont il se rend responsable parce qu'il a l'impression d'en être la cause. Je vois quelqu'un qui se morfond sur lui-même, qui évite les autres autant par crainte des jugements qu'on pourrait avoir sur lui que des jugements que lui pourrait avoir à leur encontre par excès de colère. Je vois un individu qui n'arrive pas à sortir la tête de l'eau, qui préfère être emporté par le courant et noyer le chagrin qui l'habite parce qu'il ne supporte pas d'affronter la vérité en face. Alors oui Lupin, je trouve ton attitude pitoyable chaque fois que je te vois, et pour quelqu'un qui pourrait se targuer d'avoir appartenu à la maison des braves et des courageux à Poudlard, je dirais même que tu es un lâche. Je pense que ce rapide résumé des sentiments que je te porte te permet de comprendre ainsi que j'en sais beaucoup plus sur toi que tu ne pourrais le supposer.

Satisfait, Severus laissa là un loup-garou subjugué par ce monologue criant de vérité pour s'approcher de la demoiselle dont il avait aujourd'hui la charge et qui, encore une fois, restait en arrière et continuait à prendre quelques notes sur l'œuvre.

- Madame, la salua t-il en se faisant violence à l'idée d'avoir à appeler ainsi une fille beaucoup plus jeune que lui, vous devriez vous dépêcher sinon vous risquez de perdre de vue vos camarades.

- En effet, dit-elle en constatant d'un regard qu'elle était la dernière de sa classe à n'avoir pas encore bougé. Merci Monsieur.

- Au plaisir, siffla t-il en la regardant s'éloigner de nouveau.

Sa silhouette disparut derrière un artiste ayant posé son chevalet en face d'un autre tableau, et un petit cercle s'était formé autour de lui tandis qu'il donnait de temps à autre un coup de crayon sur sa toile tout en adressant à de multiples reprises un coup d'œil sur l'original.

Lupin lui avait de toute évidence reprit contenance, et déjà il s'approchait de nouveau vers lui, la démarche décidé de quelqu'un prêt à repartir dans une joute de mots dont il avait perdu la première manche.

- Venant d'une personne qui depuis plus de vingt ans n'a jamais eu une once de courage pour avouer à la femme qu'il aime ses sentiments, je trouve cela culotté de venir me questionner sur ce registre là, attaqua t-il d'emblée d'un air furieux. Avant de remettre en question ma bravoure, commence donc par t'interroger sur la tienne.

- Je n'ai jamais prétendu être brave ou courageux, répliqua Severus d'une voix où l'amusement et le mépris s'entremêlaient avec harmonie. Quant à ta remarque, nos histoires respectives divergent totalement, ce qui fait que les comparer est aussi risible que de parler grammaire quand le sujet principal de discussion concernerait l'algèbre. J'ai appris à accepter la réalité des faits qui peuvent m'échapper et sur lesquels je n'ai aucun contrôle, ces petits riens sur lesquels je peux faire une croix car ils ne sont que rêves et chimères, souvenirs d'un passé qui n'existe plus et d'un futur qui ne pourrait jamais voir le jour. Toi cependant, tu fuis cette réalité qui te fait peur, tu fermes les yeux pour ne pas la voir et ne pas avoir à la surmonter, tu t'accroches à un souvenir car tu ne veux pas en admettre l'existence. Tu aimerais que Black soit encore là, tu aimerais qu'il vive encore et oublier que c'est en te sauvant qu'il est mort. Que penses-tu qu'il dirait en te voyant ainsi, prostré sur toi-même à remuer sans cesse le couteau dans la plaie? Il se dirait sûrement : «Mais bon sang, est-ce donc cette larve là que j'ai sauvée d'une mort certaine? Si j'avais su, j'aurais peut-être confié les clefs du futur à un autre homme qui aurait beaucoup de plus de cran, des épaules plus solides et d'une fiabilité à toute épreuve». Oui je crois que c'est ce que Black se dirait, et je l'imagine fort déçu de là où il se trouve à voir la bête de foire traînant sa peine comme un boulet au bout d'une chaîne qui me fait l'insigne déplaisir de sa présence aujourd'hui.

Une fois encore, Remus parut sans mot devant le discours emplit de vérité de Severus, mais celui-ci ne s'attendait pas davantage à une réponse que précédemment. Mais alors qu'il s'apprêtait à rejoindre les demoiselles de Beauxbâtons dont il apercevait par instant les chapeaux dépasser au beau milieu des têtes des autres visiteurs, le loup-garou l'arrête encore une fois en s'accrochant à son épaule d'une main bien moins ferme que la première fois.

- Merci, souffla alors Remus avant de prendre les devants et de s'éloigner.

Surpris, Severus le regarda disparaître, étonné de ce revirement de situation. Son regard le suivit jusqu'à ce qu'il passe l'une des nombreuses portes du palais, perdu désormais dans une foule toujours plus nombreuse.

- Par Merlin, je jure que je ne comprendrai jamais l'esprit humain, marmonna t-il amèrement plus pour lui-même que pour le tableau qu'il regardait sans vraiment le voir. Ou peut-être est-ce l'esprit animal...

Les mains jointes devant elle et la silhouette légèrement mise de profil, la femme représentée semblait étrangement lui sourire, et au moment même où il se détourna d'elle pour s'éloigner, il jura l'avoir vu lui adresser un discret clin d'œil.

Mona Lisa n'avait pas souvent l'occasion de croiser deux sorciers se quereller.


A/N : Ce chapitre a été écrit après mon petit weekend détente sur Paris pendant les journées du patrimoine le mois dernier. Visiter le Louvre pendant que les touristes étrangers sont interdits de territoire est assez étrange, les couloirs étaient clairsemés et on avait tout notre temps pour admirer les œuvres ^^.

Bien évidemment, l'œuvre à la toute fin du chapitre est un petit clin d'œil à notre chère Joconde. Quand je suis passé devant ce jour-là je me suis amusé l'espace d'un instant à l'imaginer bouger comme les portraits à Poudlard, et l'idée m'est resté en tête lors de l'écriture de ce chapitre. C'est amusant d'ailleurs de se dire qu'aujourd'hui c'est l'un des tableaux les plus connus au monde, mais qu'au début du XIXe siècle c'était plutôt un tableau comme un autre.

Sinon comme vous l'aurez remarqué, le chapitre tourne surtout autour des états d'âme de Remus et la frustration de Rogue quant à sa situation. L'un a peut-être réussi à voir la lumière au bout du tunnel, l'autre... va probablement continuer à se morfondre sur ses chaudrons laissés à Poudlard.

J'espère que ça vous aura plu en tout cas, de mon côté ce n'est clairement pas l'un de mes chapitres favoris. Mais bon.

à la semaine prochaine !