Bonjour à tous,

Comme promis, le nouveau chapitre… avec un jour de retard. Pour ma défense… Je m'en suis souvenu tard hier soir, et je n'allais pas le publier à une heure pareille !

Comme indiqué dans le précédent chapitre, nous allons tourner à partir de maintenant autour d'un chapitre toutes les deux semaines.

Cependant si cela peut en décevoir certains, dites vous simplement que cette histoire se rapproche de la fin alors autant la faire durer encore un peu. D'ailleurs pour donner une réponse plus globale à ce sujet, ce chapitre se déroule fin mai 1807, et l'histoire se terminera en… Hm non, j'étais sur le point de vous spoiler ça, mais je préfère garder le suspens ;)

Merci pour les commentaires, je vous répondrai dès que possible.

Sur ce, bonne lecture !

PS : Non, ce chapitre n'a aucun lien avec la chaumière aux coquillages de Bill et Fleur.


La route était déserte d'aussi loin qu'il pouvait l'apercevoir, et il n'avait rencontré jusqu'à présent que des petits groupes de personnes, certaines à pied, d'autres dans une charrette de fortune, errant sans but sur ce qui pouvait davantage être considéré comme un sentier poussiéreux qu'une véritable route reliant deux villes que les combats avaient dépeuplées.

Le temps était clair, le ciel sans le moindre nuage, un léger souffle venait de temps en temps lui caresser la peau et faire virevolter ses mèches qu'il n'avait pu tailler depuis des mois. Un calme olympien emplissait l'atmosphère d'une quiétude salutaire, un calme qui depuis des mois à présent était le quotidien des hommes qui, faute de combat, de mouvement et d'action, erraient sans but à travers les landes prussiennes en quête d'une activité qui ne venait jamais à eux.

La paresse avait distillé son venin dans les rangs français, et hormis les entraînements routiniers dont le but véritable était de ne pas sombrer dans la langueur et le dépérissement commun aux périodes de trêves, on ne pouvait dire que les hommes étaient actifs ces derniers temps. Hormis à Dantzig, où un siège de la ville durait déjà depuis presque deux mois, aucun événement notable n'était intervenu dans la trépidante et ô combien dangereuse aventure dans laquelle s'était lancé Harry.

Lui-même se morfondait depuis le lendemain de la bataille d'Eylau dans une torpeur désagréable pour quelqu'un habitué à l'action et à ne pas rester sans rien faire. La cicatrisation de ses blessures était depuis longtemps une histoire passée, et en trois mois, il avait largement eu le temps de retrouver des sensations et de reprendre des forces, mais comme les autres, il se contentait depuis tout ce temps de bivouaquer ici ou là, de surveiller les environs en patrouillant le long des routes ou de parader avec le reste des troupes devant l'empereur et son état-major lorsque celui-ci souhaitait un passage en revue de ses effectifs.

Pourtant jamais il ne s'en était plaint, raison pour laquelle peut-être sa demande de permission pour la journée d'aujourd'hui avait été si rapidement acceptée. Loin de ses camarades, Harry était une cible facile pour les cosaques russes, éparpillés dans la zone et effectuant de nombreux raids sur les soldats isolés comme sur les civils fuyant encore le conflit. Nerveusement, il regardait les alentours, prêt à voir surgir d'un buisson ou de derrière un arbre un homme armé et désespéré au point de s'en prendre à un sous-officier de l'armée impériale, mais la zone était toujours aussi terriblement calme, paisible et… angoissante.

Le vol soudain d'un groupe d'oiseaux dans un arbre à proximité directe de sa position le fit sursauter, et instinctivement il porta sa main au pommeau de son sabre, prêt à le dégainer, mais la vue des volatiles s'éloignant dans le ciel d'azur le fit souffler de soulagement.

- Anxieux? S'enquit avec un amusement nullement dissimulé Juliette à ses côtés.

- Qui ne le serait pas? Dit-il en esquissant un rictus nerveux.

Elle même n'en menait pas large, mais la présence respective de l'un pour l'autre avait de quoi les rassurer tous deux. Juliette avait accepté sans broncher de l'accompagner à son entrevue, et ce bien qu'il ne lui ait pas touché le moindre mot quant à la raison pour laquelle il s'éloignait tant de leur bivouac. Elle avait seulement dit oui, sans poser de question, sans argumenter, sans même paraître suspicieuse à ce sujet, et pour cela il la remerciait ; Parcourir cette route était moins pénible lorsque l'on avait quelqu'un avec qui discuter.

Moins confiant sur la capacité de son meilleur ami à garder un secret, Harry n'avait pas demandé à Nicolas d'en faire autant, et ce dernier aurait très certainement refusé de toute manière ; Rares étaient les tavernes et autres établissements de ce genre à n'avoir pas reçu l'extrême honneur de la visite de Nicolas Fleury, mais son camarade savait raison garder, et jamais il n'était rentré saoul d'une beuverie.

- Serons-nous rentrés avant le couvre-feu? Lui demanda t-elle alors que les secondes continuaient à s'égrener. Les sentinelles veillent au grain, on pourrait nous poser des questions fâcheuses si nous revenons trop tard.

- Je pense que oui, dit-il bien qu'il n'en savait rien.

- On pourrait croire que tu complotes avec l'ennemi à vouloir mettre autant de distance entre le reste de l'armée et le lieu de ton rendez-vous, dit-elle sur le ton de la plaisanterie.

Lui-même fit mine de la partager en gloussant également, mais à dire vrai Juliette n'était pas si loin de la vérité, et il se demandait ce qu'elle penserait, dirait, ou ferait si elle connaissait l'identité de la ou les personnes qu'il était sur le point de rencontrer. L'invitation qu'il avait reçu un matin, glissée sous son oreiller sans qu'il ne sache comment ni même par qui, lui demandait expressément de rencontrer son interlocuteur dans une chaumière, à environ huit kilomètres de la ville de Königsberg sur la route reliant celle-ci à Rauschen où étaient stationnées la majeure partie des français. Aucun nom n'avait été laissé sur le papier, mais pour avoir déjà vu à quelques reprises l'écriture élégante inscrite dessus, il n'avait eu aucun mal à rassembler les indices et à deviner qu'il allait très certainement faire face au ministre des affaires étrangères.

- Je crois que c'est là, dit-il en désignant d'un geste de la main une petite chaumière, légèrement à l'écart de la route et qui semblait inhabitée.

Il n'aperçut pas le froncement de sourcils de son amie à la vue de la petite demeure. Aucun cheval n'était attaché à proximité, pas même la moindre petite charrue ou diligence, comme si son interlocuteur était venu à pied. Donnant un rapide coup de talon dans le flanc de sa propre monture, il s'approcha de l'endroit, l'œil alerte dans l'éventualité d'un guet-apens. La chaumière donnait effectivement l'impression d'être abandonnée à mesure qu'il approchait, et de l'herbe sauvage commençait à pousser devant sa porte tandis que certaines vitres avaient été brisées en partie. La masure était basse de plafond, ses murs faits d'un mélange de terre, de pierre et d'autres matériaux fragiles. La charpente était en mauvais état, prête à s'effondrer au moindre coup de vent, et la clôture autour de la maison avait été enlevée à certains endroits, ses pieds de bois arrachés de la terre et emportés ailleurs. Les restes d'une petite grange se trouvaient à proximité, mais ce n'était plus qu'un amoncellement de poutres et de planches effondrées par le temps, l'humidité de la région et par la main de l'homme.

- Tu es sûr que c'est ici? L'interrogea avec scepticisme Juliette en regardant avec circonspection l'endroit. Ça m'a tout l'air d'être abandonné.

- Je ne sais pas, avoua Harry en descendant de son cheval avant de l'attacher à l'ancienne clôture. Je vais vérifier, et nous reprendrons notre route s'il s'avère que je me suis trompé.

Son amie était restée sur son cheval, prête à passer à l'attaque au moindre problème, alors qu'il progressait lentement vers ce qui semblait être la porte d'entrée. Aucun bruit n'était perceptible de l'autre côté, et ce malgré les traces de coups, les trous percés à travers le bois et les morceaux qui pouvaient manquer. Prudent, Harry sortit sa baguette magique, tendit l'oreille contre la porte, puis après un dernier regard en direction de sa camarade, baissa lentement la poignée tout en la poussant. Un grincement strident accompagnait son geste, et l'espace d'une seconde, l'obscurité sembla l'envelopper comme un linceul tandis qu'il passait sa tête dans l'embrasure pour observer la scène qui se déroulait en son absence.

Une unique pièce composait la chaumière, mais contrairement à son état extérieur, la salle était relativement propre ou du moins mieux rangé qu'au dehors. Les rares meubles étaient tranquillement à leur place, des petites décorations étaient mêmes disposées sur une étagère, et assis à l'unique table, un homme à l'apparence gargantuesque assis sur une chaise à roulettes semblait l'attendre patiemment, l'air détaché.

- Sire? S'étonna Harry en écarquillant légèrement les yeux. Vous, ici?

- Monsieur de Lamballe, l'accueillit poliment le roi en inclinant légèrement sa tête pour répondre à sa révérence. Vous aviez raison mon cher Talleyrand, lui-même ne se doutait de rien.

Le ministre des affaires étrangères se tenait à quelques mètres de lui, debout devant la cheminée tandis qu'il roulait des feuilles de tabac entre ses doigts.

- Il va s'en dire que je sais être discret quand les circonstances l'exigent, approuva le ministre en portant ses doigts en direction de son nez pour humer l'odeur particulière de ces feuilles. L'avez-vous été aussi?

- Oui, affirma Harry avant de soudainement se souvenir qu'à l'extérieur l'attendait son amie. Attendez…

Et en repassant à l'extérieur sa tête, il fit un geste positif en direction de celle-ci pour la rassurer. Juliette arqua un sourcil, mais elle hocha sa tête avant de se tourner vers la route qu'elle regardait de droite à gauche.

- Vous n'êtes pas venu seul, commenta Talleyrand en se précipitant vers la fenêtre pour regarder la hussarde surveiller les environs.

- Il est impossible de se promener seul, répondit-il. Même en permission, il faut être deux au minimum pour assurer l'état-major que nous ne causerions pas de grabuges.

- En effet, lui confirma t-il avant de lui tendre une main qu'Harry s'empressa de serrer. Cela fait bien longtemps que nous ne nous sommes point vus, depuis cet entretien dans mon bureau au ministère si je ne m'abuse… Je suis ravi de vous savoir vivant et en bonne santé. J'espère que votre camarade saura garder le secret de notre rencontre, si l'empereur apprenait que je me trouvais en Prusse Orientale plutôt qu'à Paris, les choses tourneraient vite à mon désavantage.

- Je ne lui ai rien dit, avoua Harry. Il sait simplement que j'avais affaire ici et a accepté de m'accompagner. Je puis vous jurer sur mon honneur et ma vie qu'il ne rapportera rien de notre escapade à qui que ce soit.

- à la bonne heure, approuva le roi en hochant sa tête.

Celui-ci piochait de temps à autre dans l'assiette se trouvant devant lui, et le plat particulièrement raffiné qui s'y trouvait paraissait incongru dans cette misérable habitation.

- Je suppose que c'est vous qui vouliez me voir et que le ministre n'a été qu'un messager, lui lança t-il poliment.

- Vous supposez bien Monsieur de Lamballe, lui dit le roi. Il aurait été difficile pour moi de pénétrer les lignes de l'usurpateur et de venir à votre rencontre sans être pris. Alors il fallait vous attirer à l'extérieur, quelque part entre le territoire tenu par les français et celui tenu par les russes où je me trouve également. Même un mot de ma part n'aurait pu être suffisant pour empêcher les cosaques de vous éliminer sur le champ dès qu'ils vous auraient vu, ainsi cette curieuse place était tout à fait adaptée à notre entrevue. Monsieur le ministre aurait par le passé approché de cet endroit lors d'un voyage en Russie, il lui était donc tout à fait facile de pouvoir… Comment dites-vous déjà? Transporter?

- Transplaner sire, corrigea Talleyrand tout en sortant de sa poche une longue pipe blanche qu'il remplissait de tabac. Mais transporter pourrait tout aussi bien convenir.

- Oui transplaner, répéta Louis XVIII. Ainsi donc ce cher Talleyrand est venu me chercher pour me conduire ici car j'avais à vous parler Monsieur, et cela ne pouvait attendre plus longtemps.

Harry sentait que la conversation n'allait pas être fort agréable, et il supposait à juste titre que cela concernait son implication dans les plans du roi pour anéantir les armées de l'empereur, voir l'Europe toute entière se coaliser contre lui et le renverser de son trône pour y remettre l'homme qui savourait une volaille devant lui.

- Je suis fâché de vous Monsieur de Lamballe, commença le roi. Je pensais que pour vous les liens du sang prévalait sur tout le reste et qu'en temps de guerre la famille passait avant les devoirs que l'on pourrait avoir envers une personne que l'on penserait à tort au dessus de nous. Cependant j'ai à regretter l'erreur de jugement que j'ai eu à votre égard voilà de cela quelques temps maintenant, et je me retrouve à penser que vous n'êtes pas du tout l'homme que je pensais que vous seriez en pareille occasion. Les circonstances voulaient que vous remplissiez le rôle que l'on vous avait attribué auprès de l'usurpateur, que vous œuvriez à ma gloire plutôt qu'à la sienne en permettant aux armées étrangères de fouler du pied celle de notre ennemi, mais au lieu de ça vous n'avez rien fait pour l'empêcher de se trouver aujourd'hui aux portes de la Russie.

- Avec tout le respect que j'éprouve à votre égard sire, je me demande encore comment vous pouviez espérer quoi que ce soit de la part d'un simple brigadier tout juste sorti de son académie, répliqua Harry d'un ton courtois. Vous vous imaginiez peut-être qu'en raison de mon nom, de mes origines et de la prestigieuse lignée que je défends, que j'aurais peut-être des accès privilégiés auprès de sa majesté l'empereur et de son État-major, mais la vérité est que je n'ai pas plus de droit auprès de lui qu'un simple garde, et qu'il serait étonnant de voir siéger aux côtés des maréchaux un jeune homme qui n'est même pas sous-officier.

- Qui ne l'était pas, intervint Talleyrand en le scrutant entre deux bouffées sur sa pipe. Bonaparte s'est arrangé pour vous faire sauter quelques grades si je ne me trompe pas, et si je n'étais pas intervenu lorsque nous en discutions à son retour du front, vous auriez très bien pu finir lieutenant à l'heure où nous parlons. D'aucun aurait pu voir ici une complaisance manifeste de sa part pour l'ancienne noblesse honnie de ce pays.

Harry se retint de rougir face à cet aveu, et les nouvelles épaulettes qu'il arborait semblaient davantage luire à la lumière du feu de cheminée. Au lendemain de la bataille d'Eylau, l'empereur avait en effet mis sa promesse à exécution, et du jour au lendemain pour le récompenser de ses multiples services, Harry avait été promu maréchal des logis. Outre cela, cette nouvelle fonction lui permettait de diriger un escadron d'une dizaine d'hommes, mais il n'avait pour le moment jamais eu la chance de pouvoir le faire. Une petite renommée commençait en outre à voir le jour à Paris où quelques articles faisaient mention du brave Bourbon défendant la juste cause de l'Empereur. Cette publicité le gênait autant que ce nouveau grade dont il estimait que d'autres le méritaient bien davantage, mais ainsi fut décidé par Bonaparte de le gratifier, et il ne pouvait rien faire à ce sujet.

- Un maréchal des logis, voyez-vous cela, ajouta le roi en regardant également les nouvelles décorations sur l'uniforme d'Harry. Ces breloques suffisent-elles à faire votre Bonheur, Monsieur?

- Ces breloques comme vous dites témoignent de la bravoure dont j'ai fait preuve au combat, répliqua t-il froidement. C'est en récompense des multiples fois où j'ai failli laisser ma vie sur les champs de bataille que sa majesté l'empereur a daigné m'offrir ce privilège.

Harry avait vu avec satisfaction le teint du roi devenir légèrement rosé à l'énoncé du titre de courtoisie qu'il avait utilisé pour parler de Napoléon, et il ne se priverait désormais pas pour le réutiliser en sa présence. Si le roi souhaitait le provoquer, il n'allait certainement pas se dérober.

- Je tiens en outre à vous rappeler qu'il m'est arrivé une fois de vous communiquer les déplacements de nos troupes pour faciliter l'ennemi dans son offensive, et cette seule fois a failli m'être fatale, reprit-il.

- Une seule fois, lui confirma Louis XVIII en fronçant ses sourcils. Si vous aviez été plus constant dans vos rapports, l'usurpateur n'aurait pas envahi la Prusse, mis à terre ses armées et ne se dirigerait pas désormais vers Moscou.

- Comme je vous l'ai dit, un brigadier n'a aucun pouvoir pour approcher l'empereur, dussé-je être fils de bonne famille, lui lança tranquillement Harry en croisant les bras.

- Il n'était pas compliqué de faire usage de ce patrimoine pour tenter une approche, mais là aussi vous n'avez rien tenté, l'interpella durement le roi.

- Cette réunion n'avait-elle pour but que de soulever les innombrables reproches que vous puissiez trouver contre moi ou devait-on parler d'un sujet plus sérieux que celui-ci? Argua Harry en perdant patience. Je pourrais bien mourir demain ou dans un mois dans une autre bataille que vous vous contenteriez de me reprocher de ne vous avoir encore rien dit avant de succomber ! Jamais vous n'avez même pris la peine de m'adresser la moindre lettre pour vous soucier de mon état au lendemain d'Eylau, l'empereur lui s'en est inquiété !

- Votre blessure à Eylau était malheureuse, mais vous voilà aujourd'hui sur pied, et j'attends désormais mieux de vous que ce que vous avez fait jusqu'à présent ! Répliqua Louis XVIII en haussant également le ton. Peut-être que si vous vous étiez montré plus prompt à remplir vos obligations, Dantzig ne serait pas assiégé aujourd'hui !

Harry en avait assez et était décidé à abréger au plus vite cette discussion. Remettant rapidement sur sa tête le shako qu'il tenait jusqu'à présent dans sa main, il foudroya du regard le roi qui, nullement impressionné, continuait à le regarder de haut, fixement et d'une manière telle qu'il avait l'impression de n'être rien d'autre pour lui qu'un subalterne sans intérêt. Mais n'avait-il pas toujours été ainsi en définitif? Sa relation avec ce pseudo roi n'avait trait qu'à ce complot bancal pour renverser Napoléon en lui servant d'espion, en dehors de cela il n'éprouvait rien pour cet homme obèse et antipathique à souhait.

- Je ne pense pas à avoir de leçon à recevoir sur la manière de bien mourir sur un champ de bataille de la part d'un homme qui depuis quinze ans s'est évertué à fuir toujours plus loin le danger plutôt qu'à le combattre, fulmina t-il d'un ton tranchant. Je ne pense pas d'ailleurs vouloir mourir pour un homme aussi couard que vous l'êtes. Mère aura beau dire ce qu'elle veut à ce sujet, je ne changerai pas d'avis là dessus. Je mourrais mille fois pour elle si cela pouvait lui sauver la sienne, mais vous… Lorsque vous ferez preuve de compassion et de sollicitude à mon égard pour les efforts entrepris et servant vos desseins, alors je reconsidérerai mon opinion vous concernant. En attendant, je suis fier de combattre pour son altesse l'empereur, et ce même si à vos yeux il n'est qu'un usurpateur. L'homme qu'il est est de très loin bien plus grand que vous ne l'êtes.

- Vous vous aventurez sur un terrain bien dangereux Monsieur, intervint calmement Talleyrand en soufflant de nouveau dans sa pipe. L'empereur est ce qu'il est, mais comme tout homme sain de corps et d'esprit, il a ses défauts. Vous n'êtes pas encore suffisamment proche de lui pour les connaître dans leur moindre détail, mais pour avoir cette… chance, je puis vous affirmer qu'il est loin de l'image idéalisé que les gens se font de lui. Surtout, ne négligez pas le fait que sa légitimité ne repose que sur des victoires militaires, que son appétit pour la guerre le conduira toujours plus loin pour le satisfaire et que tôt ou tard, cette machine implacable qui s'abat sur l'Europe sera stoppé nette. Alors se soulèveront de nouveau les peuples du continent contre l'homme qui les a humilié, écrasé comme la vermine grouillant dans cette chaumière, et ce rendez-vous avec l'histoire, c'est à vous de décider si vous souhaitez le prendre en marche et dans quel camp vous vous tiendrez : Celui des vainqueurs, ou celui des vaincus? Réfléchissez-y.

Harry le regarda, perplexe quant à son monologue et moins décidé qu'il ne l'était face au roi. Restant de très longues secondes debout devant la porte à observer tour à tour Louis XVIII demeuré imperturbable et le ministre qui attendait tranquillement une hypothétique réponse, il opta pour une autre solution et se précipita dehors sans un regard derrière lui.

- Déjà fini? S'enquit Juliette alors qu'il montait à cheval.

- Oui, dit-il froidement. Rentrons maintenant, j'ai beaucoup à réfléchir.

Et le trajet du retour serait propice à cela.


A/N : Chapitre terminé. J'avais hésité à mettre ensemble celui-ci et le précédent compte tenu de leur taille respective, mais comme les deux sujets étaient radicalement différentes j'ai opté pour une séparation.

Harry face à un dilemme donc ; La famille ou le devoir? Enfin, la famille… C'est davantage un rendez-vous avec l'histoire qui se joue. Tourner le dos à Louis XVIII lui apporterait une gloire éphémère d'environ six/sept ans et beaucoup d'inconvénients lorsque le roi remontera sur le trône en 1815. Va t-il louper le coche? Mystère.

Le prochain chapitre arrivera donc dans deux semaines, d'ici là portez vous bien.

à bientôt !