Bonjour à tous,
Cela faisait un petit moment que je n'avais rien publié (un peu plus d'un mois je pense), mais je me suis dit que j'allais faire exception et vous offrir à ma manière un petit cadeau de noël.
Désolé pour cette absence non prévue, mais c'est un enchainement de petites circonstances et autres qui font que j'ai volontairement tardé à publier : Le fait que ce chapitre m'ait fait galérer au point de le réécrire constamment, l'appréhension de vos retours et, en toute honnêteté, les faibles retours que j'avais ces derniers temps concernant cette histoire qui font que je commençais à me demander si l'intérêt pour cette fiction avait fini par s'essouffler.
Sur ce donc, nouveau chapitre. Je l'avais en tête depuis le commencement de cette histoire, du moins de la bataille cruciale qui s'y joue. Mon image de profil pour cette histoire est d'ailleurs tirée d'un tableau la représentant (et qui montre d'ailleurs une charge du 4e régiment de Hussard d'Harry), c'est donc vous dire depuis combien de temps j'attendais de pouvoir enfin l'écrire.
Bonne lecture !
La trêve que les circonstances avaient plus ou moins imposé depuis cinq mois était désormais une histoire ancienne, enterrée comme les milliers de cadavres que la guerre avait laissé dans son sillage depuis cette période. De chaque côté, le sentiment qui avait prédominé était qu'elle allait tôt ou tard reprendre, mais si certains s'en félicitaient, d'autres auraient espéré que l'issue de celle-ci se conclut par un accord de paix qui réglerait définitivement les points de litiges entre les deux nations ennemies.
Chaque camp avait ainsi pris ses quartiers d'hiver, attendant avec circonspection dans le froid et la faim que les beaux jours reviennent afin de déterminer si les combats allaient également réapparaître. Comme certains animaux, les hommes avaient fini par hiberner, abrités là où ils le pouvaient en dégustant ce qu'ils pouvaient trouver, se réchauffant là où le bois était suffisamment sec pour être brûlé, dormant à même le sol quand les plus chanceux trouvaient une couche confortable ou un fétu de pailles qui aurait pu échapper aux coup de dents rageurs des chevaux.
Cette transe avait donc fini, et comme après un long sommeil de plusieurs mois, les hommes se réveillaient au son des explosions, des cris et des brutalités d'une guerre qui n'en finissait plus. Les barbes hirsutes n'avaient pas le temps d'être rasées, les cheveux coupés et l'uniforme nettoyé qu'il fallait reprendre la route, droit vers une mort certaine et dont on ne tirerait rien d'autre qu'une gloire éphémère et le repos éternel. Finies les longues siestes, les heures à regarder le paysage en se questionnant sur ce qu'il advenait de leur pays, de leur famille ou des approvisionnement que la neige tombant sur la chaussée rendait toujours plus difficile. Tout cela était mort à l'instant même où le premier coup de fusil avait été tiré, le premier corps tombé, le dernier souffle de vie expiré.
Les russes étaient cependant à la manœuvre. Peut-être était-ce un trait de caractère propre à leur nation, peut-être qu'une fierté mal placée les poussait à commettre la faute en premier sans égard aux conséquences possibles d'un tel acte, peut-être aussi et simplement qu'ils en avaient assez d'attendre et qu'ils voulaient confirmer la «victoire» d'Eylau comme le rapportaient les journaux de l'empire du tsar par un autre coup d'éclat, repousser toujours plus loin la menace qui planait sur leur frontière et, pourquoi pas, réussir à redonner aux États vaincus la fierté qui leur avait manquée pour combattre Napoléon.
La patience n'étant pas l'une de leurs vertus, ils avaient rouverts les hostilités sans crier garde, sans leur laisser le moindre indice sur leurs intentions belliqueuses, sans leur laisser le temps de se préparer. Le 5 juin, Bennigsen et ses 50 000 hommes fondaient ainsi sur ceux des maréchaux Soult, Bernadotte et Ney, les forçant à se replier plus en retrait. Le 10, l'empereur contre-attaquait à Heilsberg et obligeait les russes à leur tour à battre en retrait. Et quatre jours plus tard, voilà que la grande confrontation, celle que l'on redoutait autant que l'on espérait, arrivait enfin.
L'endroit était une très large vallée dégagée, parsemée au loin de quelques arbres et de buissons que les pluies des dernières semaines avaient rendu feuillus et plein de vie. L'herbe était haute, et les hommes comme les chevaux avançaient avec prudence pour ne pas se tordre la cheville dans un trou masqué par la végétation. Le ciel était normalement clair, mais une fumée constante nourrie par les bouches tonnantes des canons et des fusils emplissait les poumons et masquait la vue des hommes qui se battaient à proximité de Friedland.
La bataille en elle-même avait commencé depuis plusieurs heures. Certaines langues affirmaient même qu'elle durait depuis la veille au soir, quand les premiers coups de canon furent tirés sur les positions respectives de chaque camp. Les russes s'étaient disposés à proximité d'une rivière, la Alle, dont ils défendaient la rive gauche, mais avoir dans le dos ce cours d'eau particulièrement profond et en face une armée plus de 60 000 soldats était une position intenable pour eux et les rares sorties qu'ils avaient tentées contre les divisions françaises s'étaient la plupart du temps heurtées à un solide mur de défense qui ne laissait rien passer.
Un moment la situation sembla tourna en leur faveur lorsque le maréchal Ney, pourtant fer de lance du dispositif français, dut reculer face aux assauts répétés de leurs ennemis et des boulets qui éclaircissaient les rangs de ses troupes. Mais la tactique française avait fini par payer, et comme Harry l'avait remarqué en participant lui-même à cette manœuvre, les trois ponts qui avaient permis aux russes de traverser la rivière étaient désormais coupés et les empêchaient désormais de pouvoir prendre la fuite. Outre cela, la canonnade française qui pendant trois heures avait sans interruption éventré les lignes ennemies en se postant à seulement deux cent mètres d'elles avait considérablement fait basculer la situation à leur avantage, et dans un capharnaüm indescriptible, les deux armées étaient à présent mélangées, luttant férocement pour leur survie et pour terrasser l'autre dans un combat sans merci. Déjà des milliers de corps gisaient à terre, l'odeur infect du sang imprégnait l'air et les cris de douleur précédant l'agonie perçaient le vacarme ambiant.
Harry lui sabrait à tout va, du haut de son cheval et sans se poser de question ; C'était lui ou celui qu'il affrontait tout simplement. Diriger sa garnison était de toute manière impossible en la circonstance car ses ordres ne seraient probablement même pas entendus. Alors il luttait sans relâche, perçait de ses coups vengeurs les uniformes sombres des russes, tranchait quand il en avait l'occasion, frappait d'un coup brutal le crâne de l'adversaire avec le tranchant de son sabre, ne pensait plus, ne raisonnait plus clairement et laissait pour une autre fois les questions d'éthique et de morale qui lui brûlaient les lèvres lorsqu'il repenserait à cette nouvelle bataille.
Des cors se faisaient parfois entendre, mais le choc des baïonnettes et le bruit des balles sifflant dans les airs les camouflaient, les faisaient taire comme pour inciter leurs propriétaires à continuer de lutter, à répandre toujours plus la mort autour d'eux et à ne cesser que lorsque le dernier homme serait jeté à terre et piétiné par les sabots d'un cheval au galop.
- Gabriel ! Entendait-il quelque part près de lui. Regarde !
Guidant son cheval pour se retourner, Harry regarda dans la même direction que Juliette pour constater que les russes fuyaient massivement vers la rivière dans un désordre extraordinaire, se glissant entre les flancs des chevaux ou esquivant les coups que l'on tentait de leur porter. Au même moment d'autres cors pouvaient être entendus, et un hurlement général parcourut les rangs français en entendant l'appel à les pourchasser.
- Messieurs, avec moi ! Hurla t-il en se tournant vers sa petite troupe.
Certains semblaient manquer à l'appel, mais le gros de ses hommes était encore debout, et Nicolas à leur tête, ils le rejoignirent avant d'amorcer le même mouvement que l'armée et de suivre la même direction que leurs adversaires vaincus. Les russes n'avaient aucun moyen de traverser en toute quiétude la rivière, et ceux qui pensaient que les trois ponts étaient encore accessibles se faisaient cueillir par les troupes françaises qui en gardaient désormais l'accès. Alors Harry en vit des centaines se jeter dans l'eau, tenter péniblement de passer de l'autre côté au beau milieu des cadavres des malheureux qui s'étaient déjà noyés et que le courant emportait. Leur paquetage devait peser bien lourd et n'était sûrement pas adapté à une telle situation, car bientôt de nouveaux hommes vinrent grossir les rangs des victimes de la rivière. D'autres ne savaient même pas nager, mais entre la honte d'être capturé par l'ennemi ou le suicide, le choix était fait.
- Bigre ! S'exclama Nicolas alors qu'ils approchaient eux-mêmes des bords de la Alle. Ça en fait des cadavres !
En dessous d'eux le courant continuait à emporter avec lui le tribut qu'il estimait devoir lui revenir en morts, mais beaucoup n'en arrivèrent pas à une telle extrémité et se laissèrent capturer sans lutter quand ils estimèrent la situation perdue.
- Bande de lâches, commenta amèrement Juliette en remarquant plus loin un petit groupe d'hommes tirer à vue sur les corps flottant par simple amusement. Des bêtes ! Qu'on leur troue la panse à eux aussi !
- Certains ont heureusement pu réussi à fuir, l'informa Harry en lui désignant d'un geste de la tête de nombreux russes parvenir à rejoindre l'autre côté et à se précipiter dans leur fuite toujours plus loin de la rive.
Mais comme l'horreur précédait parfois à la bêtise, certains estimèrent bon d'afficher au grand jour leur talent pour le tir en abattant les fuyards avec leur fusil. Quelques cadavres vinrent donc s'ajouter à la longue liste des morts de la journée.
- Victoire ! Hurla quelqu'un à quelques mètres de là.
Son cri du cœur fut rapidement suivi par le reste de la multitude présente, et les prisonniers, qui ne comprenaient probablement pas un mot de français, les regardaient faire d'un air incrédule pour certains, furieux pour d'autres, triste à en laisser couler quelques larmes pour ceux qui avaient suffisamment de jugeote pour l'interpréter.
- Gabriel ! Jules ! Les héla Nicolas en s'approchant d'eux, l'air ravi d'un homme qui aurait passé une excellente journée. Encore une victoire pour la fine fleur de l'académie de Metz !
Un sifflement perça les tympans d'Harry lorsque la terre sembla soudainement se soulever là où se trouvait encore une seconde auparavant son meilleur ami, et un nuage mêlant poussière, gravats et motte de terre lui masqua son champ de vision. Harry sentit son cheval cabrer, les pattes avant dressées dans les airs alors qu'il demeurait effrayé par cette soudaine explosion, mais gardant solidement les rênes en main, il parvint à se stabiliser et à rester assis sur son dos. Autour de lui, des cris dont il ne parvenait pas à déterminer la cause pouvaient être entendus, comme les rugissements d'un animal surpris par la foudre tombée près de lui. Un éclair était-il effectivement venu se joindre à eux pour fêter la victoire? Jupiter les aurait-il foudroyé pour venger la défaite des russes? Était-il seulement en train de délirer ou une explosion avait-elle eu lieu à quelques pas de lui?
- G-Gabriel ! Bredouilla Juliette en apparaissant à travers le brouillard. Est-ce que ça va?
- Je crois, marmonna t-il en se rendant compte qu'il avait soudainement perdu quelques octaves dans la voix.
Une quinte de toux le prit lorsqu'il inhala par malchance des grains de poussière, et il ne dut son salut qu'à la gourde que lui tendait son amie pour nettoyer sa gorge des particules qui s'y étaient glissées.
- Où est Nicolas? Demanda t-elle en observant les alentours, l'air tendue.
- Il se trouvait là quand cela est arrivé, indiqua t-il en pointant son doigt dans la direction où l'explosion avait eu lieu.
Tous deux s'approchèrent alors que la clarté du jour reprenait finalement ses droits et que l'ampleur de la scène s'offrait à leurs yeux. Plusieurs cadavres de chevaux gisaient à terre, certains présentant des plaies béantes sur les flancs ou le ventre quand un membre n'avait pas purement et simplement été arraché. Des gémissements de douleur sortaient de leur bouche alors qu'ils tentaient péniblement de se relever pour mieux chuter après, déjà las et fatigués des efforts qu'ils tentaient vainement de faire.
Auprès d'eux, d'autres cadavres tombés étaient déjà recouverts en partie d'une petite couche de terre, mais les hommes cachés en dessous essayaient pour certains de s'en extraire, désespérés d'échapper à l'étreinte de la terre dans laquelle le sang suintant de leurs plaies se mêlait déjà. Des jambes arrachées, des bras mutilés, l'uniforme déchiré par les projectiles, ils rampaient en pleurant, hurlant de douleur ou agonisant dans des râles effrayants.
Et au beau milieu de cela se trouvait Nicolas Fleury, allongé de tout son long qui regardait le ciel d'un air hébété alors que ses jambes étaient écrasées par le poids de son cheval.
- Nick ! S'écria Harry en descendant du sien pour se précipiter vers lui.
Son meilleur ami tourna son visage vers lui, les yeux dans le vague comme étonné de le voir. Il tendit une main dans sa direction, mais ses forces semblaient l'abandonner et son bras retomba mollement par terre.
- Tiens bon, lui ordonna Harry en s'accroupissant près de lui tandis qu'il lui prenait la main.
- G-gaby? Marmonna t-il à peine plus fort qu'un murmure.
- Je suis là mon ami, le rassura t-il en inspectant rapidement la situation dans laquelle il se trouvait.
Contrairement à ce qu'il avait pensé, et à sa plus grande horreur, le cheval à présent mort de Nicolas n'écrasait qu'une de ses jambes… L'autre n'étant plus là. Un flot continu de sang s'écoulait librement du trou laissé derrière elle et formait une auréole sur l'herbe tendre.
- Tout va bien se passer je te le promets, dit-il pour le rassurer alors que Juliette se saisissait de son autre bras.
- On a gagné…, souffla Nicolas en souriant à travers la saleté qui avait recouvert son visage encore juvénile. On a gagné G-gabriel…
Autour d'eux, d'autres soldats s'affairaient auprès des blessés, soulevaient les corps pour libérer les malheureux prisonniers ou tentaient vainement de les secourir en sachant pertinemment que leurs efforts étaient vains.
- Fais mine de soulever le cheval, ordonna t-il à Juliette tandis qu'il sortait discrètement sa baguette magique. Wingardium Leviosa !
L'animal s'éleva légèrement de quelques centimètres, juste assez pour pouvoir être déplacé et glissé loin de l'unique jambe qui restait à Nicolas. À peine eut-il terminé qu'il tenta de stopper l'hémorragie en utilisant tous les tissus s'offrant à sa disposition, et ce malgré les halètements de douleur de son ami.
- Il faut qu'on trouve quelqu'un pour le sauver ! S'écria Juliette en se relevant. Il faut l'amener d'urgence à un docteur ! Je vais…
- N-non, bredouilla Nicolas en s'accrochant à sa main comme un homme sur le point de basculer dans le vide le ferait pour une corniche. R-reste avec moi, je t'en prie…
- Es-tu fou ?! Éructa t-elle alors que des larmes commençaient à apparaître au coin de ses yeux. Je ne te laisserai pas mourir ici Nicolas Fleury!
- C-c'est trop tard…, marmonna t-il en reportant son attention sur le soleil couchant.
Son teint devenait de plus en plus blanc à mesure que les secondes s'écoulaient, mais curieusement, un sourire ne quittait jamais ses fines lèvres durant tout ce temps, comme si malgré la douleur ou malgré l'échéance qui s'approchait, leur ami persistait à vouloir sourire à la vie avant de sourire à la mort qui l'attendait.
- A-arrête, dit-il en repoussant la baguette qu'Harry continuait à agiter contre les blessures de son camarade en tentant avec ses maigres connaissances de le sauver. Ça ne sert à rien…
- Jamais ! Répliqua Harry. Si tu crois que je vais te laisser mourir sans réagir, alors c'est qu'après toutes ces années tu me connais bien mal !
- C-c'est justement parce que je te co-connais bien que je sais que tu… que tu feras tout ce qui est possible pour essayer de me sauver…, contra t-il sans se départir de son énigmatique sourire.
- Ne l'écoute pas Gabriel, il délire, l'avertit Juliette en essayant de se dégager de la poigne de Nicolas.
Si leur ami délirait vraiment, la force qu'il exerçait pour maintenir à distance la baguette d'Harry tout en s'accrochant au poignet de Juliette elle était bien réelle, et durant de très longues secondes, leur petit affrontement resta à l'avantage du mourant.
- S-si vous m'aimez, alors arrêtez, leur ordonna t-il tout à coup.
L'ordre les surpris tous les deux au point qu'ils en arrêtèrent momentanément de se débattre avec leur camarade dont la respiration commençait à être difficile et sifflante. Des sentiments mitigés imprégnaient l'esprit D'harry alors qu'il contemplait son premier véritable ami, là allongé dans l'herbe et se vidant de son sang, dont la volonté de vivre semblait l'abandonner à la même vitesse que le sang qui imbibait les chiffons placés contre sa plaie, et qui mettait en jeu l'amour fraternel qu'ils lui portaient en échange du droit à mourir dignement et de la manière dont il le voulait.
- Espèce de crétin, fulmina Juliette en frappant la terre de son poing à défaut de pouvoir le faire sur Nicolas. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi bête de toute ma vie ! Comment peux-tu même imaginer qu'on puisse…
- Juliette, la coupa Harry d'une voix blanche, c'est assez.
Sa camarade avait relevé ses yeux brillants de larmes vers lui, et si cette vision lui déchira le cœur, il demeurait désormais inflexible quant à la propre résolution qu'il avait prise, à quand bien même celle-ci lui était douloureuse. Nicolas lui le gratifia d'un sourire plein de reconnaissance.
- Le soleil m'aveugle…, marmonna t-il en portant sa main vers ses yeux. Déplacez-moi à l'ombre…
Levant les siens, Harry garda pour lui le fait que le soleil qui commençait à mourir à l'horizon était en partie masqué par les nuages du crépuscule à venir. Il passa un bras sous la jambe brisée de son meilleur ami et tenta le plus doucement possible de passer l'autre sous son dos pour le relever. Indécise, Juliette finit par lui venir en aide et le souleva précautionneusement de terre avant de le conduire vers un petit groupe d'arbres sous lequel ils le déposèrent.
- Je ne sens plus mes jambes…, les informa t-il inutilement sans jamais porter son regard vers le bas de son corps.
Harry demeurait assis à ses côtés, immobile sans trop savoir quoi faire à présent pour le soulager. Son regard ne quittait jamais le sien, mais son meilleur ami continuait à regarder droit devant lui, dans le feuillage des arbres qu'un vent de juin secouait tranquillement. Il sentit alors une goutte s'écouler librement sur sa joue, et croyant à tort qu'il commençait à pleuvoir, il se rendit compte que tout comme Juliette ses larmes trop longtemps contenues derrière ses paupières glissaient désormais contre sa peau sans qu'il chercha à les en empêcher.
- Vous vous rappelez notre première… rentrée? Marmonna doucement Nicolas. J-j'étais effrayé… J-je faisais mine d'être confiant et assuré, m-mais la vérité est que je pensais que cette formation à l'académie allait… allait être pénible et longue… J'ai jamais été quelqu'un d'intelligent… J-j'ai jamais eu une… haute opinion de moi… alors j'allais forcément me ramasser en beauté à l'académie…
Une quinte de toux le prit subitement, et quelques gouttelettes de sang vinrent consteller davantage le haut de son uniforme.
- J'aurais pu être… comme mon père… cultiver mon c-champ… vendre mon blé, agrandir ma ferme, faire des enfants, les voir grandir, se marier à leur tour… et récolter encore jusqu'à ce que je sois trop vieux pour le faire…, expliqua t-il lentement. M-mais le destin a voulu que je sois un sorcier… Que j'ai des pouvoirs… Qu'ils me permettent d'intégrer l'académie de Metz… La vie m'a offert la chance d'avoir une autre destinée, plus glorieuse, moins… moins calme… Mais elle m'a surtout offert l'opportunité de rencontrer les deux personnes qui compte le plus pour moi après mes parents…
Son teint était blafard, presque aussi blanc que de la craie, et son menton strié par des traînées de sang de plus en plus nombreuses à mesure qu'il déglutissait entre chaque phrase, mais pour autant jamais il n'avait paru aussi paisible, aussi calme qu'en cet instant. Juliette continuait à pleurer abondamment à côté de lui, sa main serrant fermement la sienne tout en se frottant les yeux de l'autre sans parvenir à en tarir la source. Autour d'eux l'agitation continuait, les blessés avaient été en partie évacués tandis que l'on laissait là ceux qui étaient déjà morts, auprès de leurs chevaux avec qui ils allaient parcourir leur dernière aventure, celle dont on ne revenait pas.
- S-si vous n'aviez pas été là, je… Je ne sais pas ce que j'aurais fait, continua t-il difficilement. V-vous m'avez tiré vers… vers le haut, vers la réussite… Je suis fier de vous avoir eu comme amis… J-j'aurais aimé que nous le soyons encore longtemps…
- Tais-toi, souffla douloureusement Harry. Tu parles trop, tu as toujours trop parlé…
Le sourire sur son visage s'agrandit davantage alors qu'il regardait brièvement dans sa direction, puis ses yeux se reposèrent une dernière fois vers le ciel orangée de cette funeste journée.
- S-si un jour l'opportunité vous est offerte d'intégrer la… La garde impériale… Acceptez-là en m-ma mémoire…
Son corps fut parcourut d'un puissant et dernier soubresaut, sa poitrine se souleva une dernière fois alors que ses poumons se gonflaient d'air. Nicolas releva alors la tête, ouvrit grande sa bouche et sembla alors s'adresser à l'immensité du ciel au dessus de lui :
- Vive l'Empereur !
A/N : Alors... Comment vous dire que ce chapitre pue le cliché à la plein nez? Bah de cette façon. La deuxième partie avec l'agonie de Nicolas est mélodramatique à souhait, très certainement trop (et j'en suis conscient), mais c'était ça ou la possibilité qu'elle soit bâclée, froide et ne laisse rien transparaître du désarroi des protagonistes. Je pense que c'est d'ailleurs pour cela que je ne suis pas du tout satisfait de ce que je vous livre, mais bon je le réécrirai probablement lorsque cette histoire sera définitivement terminée.
Pour ceux qui pourraient penser qu'il est impossible de vivre aussi longtemps après une telle blessure, je vous invite simplement à aller vous renseigner sur le maréchal Lannes et l'agonie de plusieurs jours qu'il a endurée après s'être fait déchiqueter les deux jambes par un boulet de canon (bon d'accord, il ne les a pas perdu sur le coup, mais vu la gravité des blessures ce devait être particulièrement douloureux)).
Je ne sais pas encore si je vous donne le prochain chapitre ce samedi, le 31 (pour la symbolique du nouvel an) ou samedi prochain... En tout cas il est déjà terminé depuis longtemps et est donc déjà prêt à être publié (et je l'aime beaucoup plus ^^).
à bientôt !
