Bonjour à tous,

Tout d'abord merci aux personnes ayant laissé une review. Je m'excuse d'ailleurs pour mon précédent message où je laissais peut-être l'impression de les quémander et de conditionner mes publications à cela ; Ce n'est pas du tout le cas et ça ne l'a jamais été, simplement j'aime bien entendre vos critiques et même après toutes ces années il m'arrive encore de me dire qu'il y a de nombreux points sur lesquels je peux m'améliorer.

Par ailleurs concernant cette fiction, comme je l'ai laissé sur ma page profil, plusieurs chapitres sont déjà prêts et je pourrais les publier à la suite sans problème… Mais je ne le ferai pas pour la simple et bonne raison que je veux laisser un certain délai avant de passer au grand dénouement.

D'ailleurs je commence à me demander si je ne vais pas faire en sorte d'en écrire de telle sorte que l'épilogue (oui je pense à l'épilogue depuis 2012, et j'ai vraiment hâte de pouvoir enfin l'écrire) soit le chapitre 100 ^^. Je ne sais pas si on arrivera à ce chiffre là, mais pour le simple fait que cela fasse un chiffre tout rond, j'aimerais beaucoup.

Sur ce, bonne lecture !


Ses yeux accompagnaient de temps à autre le lent mouvement de balancier de l'immense pendule installée derrière la table des professeurs qu'il observait plus que de raison, comme espérant qu'elle sonnerait bientôt la fin de la tâche qu'il était en train d'accomplir.

Ce va-et-vient constant, régulier et précis, avait pour lui quelque chose d'hypnotisant, d'envoûtant, et lui captait son attention de la même façon que ces sorciers aux pratiques étranges parvenaient sans le moindre sort et avec pour seul ustensile un objet suspendu à un fil que l'on agitait devant les yeux d'un autre pour lentement prendre le contrôle de son esprit.

Regarder ce pendule s'agiter lui faisait momentanément perdre le sens des réalités, la compréhension de l'endroit où il se trouvait ou même ce qu'il y faisait. Rien n'avait alors plus d'importance que de le voir passer d'un extrême à l'autre, siffler l'air comme une lame d'une masse prodigieuse pour venir s'élancer le plus loin possible de l'autre côté avant de recommencer encore et encore.

Peut-être espérait-il qu'en l'observant minutieusement, il pourrait repérer une anomalie, un basculement plus important qu'auparavant, ou même qu'un fait inattendu survienne, bouleverse la longue monotonie du geste et vienne troubler la quiétude des lieux indéfiniment. Ainsi s'écoulait le temps, dans ces secondes glissant comme de l'eau entre les doigts d'une main incapable de la contenir, représentées par ce balancement continuel qui arrivait malgré lui à lui faire perdre tout bon sens et ne laissait en lui qu'un grand vide, une absence totale de jugement et d'appréciation de son environnement.

- Plus que cinq minutes.

La voix de l'examinateur le ramena toutefois sur terre, et clignant bêtement des yeux, il se rendit compte qu'il était toujours à l'intérieur de la Grande Salle et qu'à côté de lui un chaudron continuait de bouillir lentement. Ses effluves s'échappaient en une légère brume vaporeuse, étonnamment fraîche et qui lui caressait agréablement le visage.

Autour de lui, plusieurs dizaines d'autres chaudrons étaient également allumés, et à côté de chacun se trouvait un élève occupé à produire un résultat suffisamment satisfaisant pour espérer une bonne note à leur examen. Le silence était assourdissant, du moins si l'on exceptait le bouillonnement des potions, des louches qui heurtaient de temps en temps les bords du chaudron fumant ou les marmonnements nerveux des élèves pestant devant l'absence de résultat notoire malgré les précautions prises.

Sa potion n'avait certainement pas la couleur turquoise espérée et qui aurait pu démontrer la qualité très nette de sa préparation, mais pour un filtre revigorant, le bleu qu'il avait obtenu bien qu'assez sombre demeurait malgré tout assez convaincant pour lui certifier d'obtenir au moins un acceptable à sa note d'examen, et pour quelqu'un qui, quelques mois auparavant, accumulait les mauvaises notes en la matière, cette appréciation était assez inespérée pour le noter.

Souriant, il ajouta les racines d'asphodèle à sa potion avant de touiller cinq fois dans le sens contraire des aiguilles d'une horloge. Trois. Quatre. Cinq. Sa potion prit alors instantanément une nuance vert bouteille, et de fines bulles commençaient à voleter de son chaudron pour éclater quelques mètres plus haut dans un petit «PLOP» sonore. Là encore le résultat n'était pas tout à fait le même qu'exigé par le manuel qu'il gardait ouvert à côté de lui, mais il restait malgré tout très satisfaisant.

Son sourire s'élargit lorsqu'il darda brièvement un regard en direction de Ron, installé quelques places devant lui et qui se dépêtrait piteusement devant la potion boueuse et malodorante obtenue. Un autre examinateur s'approcha rapidement de lui, un chiffon devant le nez, et d'un coup de baguette, il la fit disparaître avant de lui indiquer le chemin de la sortie. Les joues aussi rouges que son blason de Gryffondor, Ron ramassa sans cérémonie ses affaires, les fourra dans son sac et se précipita vers l'entrée.

«Bien fait» pensa bien malgré lui Matthew en le voyant disparaître.

S'épongeant le front, il touilla encore sa potion en suivant les nouvelles consignes de son livre. Un frisson le parcourut brièvement en imaginant Severus se pencher soudainement au dessus de son chaudron, l'examiner précautionneusement, puis accomplir le même acte que l'examinateur en le gratifiant de ses sarcasmes habituels sur la paresse innée chez les Potter ou son absence de talent à l'image de son père. Mais Rogue n'était plus là pour le tourmenter désormais, et depuis trois mois qu'il avait pris la poudre d'escampette, Matthew s'étonnait de commencer à apprécier l'art subtile de la préparation des potions magiques.

- Veuillez commencer à prélever un échantillon de vos potions à l'aide des fioles préparées à cette intention, leur indiqua le premier examinateur tout en continuant de parcourir les allées d'élèves.

Ne se faisant pas prier deux fois, Matthew s'assura de ne pas pouvoir obtenir un meilleur résultat que celui là avant de respecter les consignes et de refermer à l'aide d'un bouchon de liège les fruits de son labeur. Il apposa par la suite une petite étiquette dessus renseignant sur l'identité de son propriétaire avant de s'asseoir pour la première fois depuis deux heures, soufflant de soulagement dès lors que son derrière entra en contact avec le bois dur de sa chaise.

Sa curiosité le poussa à regarder les chaudrons les plus proches, et une pointe de déception lui transperça la poitrine en constatant que son résultat était loin d'être unique.

«Tant pis» pensa t-il amèrement en fermant les yeux.

Son menton trouva rapidement son chemin dans le creux de sa main, et il se massait lentement la joue, perdue dans ses pensées et sans se soucier de ce qu'en penseraient les autres. Rester sans rien faire avait la fâcheuse tendance chez lui à lui rappeler aussitôt tous les désarrois qu'il pouvait rencontrer dans sa jeune vie d'écolier, ces désagréments qui semblaient prendre un malin plaisir à venir le contrarier chaque fois qu'il pensait pouvoir remonter lentement la pente et partir sur de nouvelles bases plus solides, plus paisibles.

Mais non, par amusement peut-être de le tourmenter encore et encore, le destin l'avait décidément choisi pour subir son funeste châtiment. Ces vicissitudes jalonnant sa route concernaient toujours un membre de sa famille, et si cela n'était pas le cas, c'est qu'il s'agissait alors d'un proche. Or cette fois-ci, les deux cas de figure étaient diamétralement liés.

Son père lui vint en premier à l'esprit et sans trop savoir comment. Devait-il le tenir pour responsable de la nouvelle réputation qu'on lui attribuait, pour cette nouvelle étiquette solidement collée sur son front à côté des autres titres de menteur et de fou qu'on lui décernait? Devait-il faire acte de repentance, comme tout le monde semblait l'imaginer, pour une faute commise par son géniteur? Devait-on l'ostraciser une fois encore de l'école pour n'être que le fils du meurtrier présumé. Oui, non et non.

Toujours est-il qu'on le méprisait encore une fois pour cela, une fois encore il était le centre de l'attention de chacun, encore une fois on le pointait du doigt en l'accusant d'un crime dont il était totalement étranger, les murmures l'accompagnaient à chacune de ses sorties, rares étaient ceux qui le plaignaient, et pourtant il ne se sentait guère triste à cette idée. Avoir interprété ces très longs mois de silence de son père comme le signe d'une cassure entre eux, avoir fait le deuil de cette relation qui le liait autrefois à James lui avait-il d'une certaine manière permis de relativiser les choses et de traverser les obstacles sans s'en soucier davantage? Peut-être. Être le fils du meurtrier lui était égal, et même s'il espérait que ce ne soit pas véritablement le cas et qu'une vérité finisse par rejaillir et laver son honneur dans un avenir proche, il se sentait aussi détaché que possible de cette situation, comme témoin d'un événement lui étant étranger et dont on tenait à lui décerner le premier rôle. L'absence de son père, d'information le concernant, d'annonce sur une éventuelle arrestation ou sur la découverte de sa mort… Tout cela le désintéressait franchement. L'homme pourrait tout aussi bien lui écrire demain en lui donnant des informations quant à sa position ou sur l'aide dont il aurait besoin qu'il chiffonnerait purement et simplement la lettre avant de la jeter au feu.

Parfois, il s'étonnait comme aujourd'hui de cette froideur qu'il ressentait à l'égard de l'homme qui lui avait fait passer le moindre de ses caprices, qui l'avait aimé à sa façon pendant des années, l'avait consolé de l'absence de sa mère et formé à la mesure de ses capacités, mais les souvenirs de l'indifférence manifestée par James depuis la découverte de son véritable statut vis-à-vis de Voldemort lui revenaient constamment en mémoire, et par esprit de vengeance peut-être, il éprouvait désormais autant de désaffection pour lui que James ces derniers mois à son égard.

Seuls comptaient à ses yeux ses deux meilleurs amis désormais, les seuls qui ne lui avaient jamais tourné le dos et qui encore aujourd'hui, aussi bizarres qu'ils soient, demeuraient à ses côtés pour affronter l'école dans son intégralité et les quolibets qu'on lui adressait. Il n'y avait désormais plus que Neville, Luna, et Sirius.

Ses yeux se rouvrirent à la pensée de son parrain, et un pli se dessina lentement sur son front tandis qu'il fronçait ses sourcils. À l'image de son père, de Rogue et de Dumbledore, Sirius avait également disparu sans laisser de trace, mais à la différence des trois autres, son parrain n'était pas recherché dans le cadre de cette affaire de meurtre.

Au contraire, on s'interrogeait sur son absence prolongé, soudaine et passée jusqu'à présent inaperçue, mais qui revenait à présent dans les conversations maintenant que l'on trouvait cette coïncidence curieuse. Personne n'arrivait à se rappeler de la dernière fois où Sirius avait été aperçu en compagnie d'une autre personne, à quel endroit ou dans quelles circonstances, pas plus que l'on ne parvenait à se remémorer de la durée de son absence. Existait-il un lien entre sa disparition et celles des trois fugitifs? Avait-il participé de près ou de loin à l'assassinat de Fudge? Où se trouvait-il désormais? Les gens avaient beau se remuer les méninges, personne n'avait de réponse concrète à apporter à cet état de fait.

Seul Matthew s'inquiétait vraiment de cette disparition, comme si son parrain s'était subitement volatilisé dans les airs sans laisser de trace. Et cela le troublait. Même face au danger, même devant la difficulté, même à l'article de la mort, Sirius aurait cherché d'une manière ou d'une autre à entrer en contact avec lui. Or, son parrain gardait le silence depuis des mois maintenant. Il aurait voulu remuer ciel et terre, lancer des équipes à sa recherche ou user de méthodes moins conventionnelles pour lui mettre la main dessus, s'assurer qu'il était toujours vivant, caché quelque part pour une raison ou une autre, mais il n'avait aucune idée de comment s'y prendre. Ses lettres envoyées lui revenaient sans cesse entre les mains, jamais décachetées, jamais chiffonnées, jamais lues. Et Sirius demeurait toujours introuvable.

Un moment, il eut dans l'idée de faire appel à Susan Bones pour lui servir d'intermède auprès de sa tante afin de l'aider dans les recherches qu'elle pouvait avoir initié pour retrouver son parrain, mais l'idée lui avait semblé farfelu dès l'instant où il y avait pensé. La jeune fille, assise à quelques distances de lui et qui rebouchait tranquillement sa fiole de potions, ne lui avait jamais adressé la parole, et par timidité peut-être, il avait renoncé à l'aborder pour la première fois de sa vie en lui demandant un service aussi insensé que celui-là.

Et aujourd'hui, il restait encore dans l'expectative d'un signe de son parrain. Il en prierait presque le Dieu des moldus de lui envoyer ce signe afin de la rassurer, d'éclaircir cet horizon toujours plus sombre et hostile dont il n'entrevoyait pas la fin.

- C'est terminé, leur annonça l'examinateur d'une voix forte. Veuillez poser ce que vous avez entre les mains et vous écarter de votre chaudron.

Obtempérant comme les autres, Matthew recula de quelques pas en évitant soigneusement de heurter le chaudron se trouvant derrière lui. Un sentiment de soulagement eut l'air d'imprégner l'atmosphère du lieu, et les visages se détendirent à mesure que les examinateurs passaient dans les rangs pour récupérer les échantillons et faire disparaître les potions. Lui-même se permit un léger étirement des bras en se rendant compte qu'après avoir passé trois heures à remuer, découper, mélanger et soupeser des ingrédients, ses muscles étaient endoloris par l'effort.

-Ramassez vos affaires en silence et veuillez attendre que les préfets de votre maison vous raccompagnent à vos dortoirs, poursuivit froidement le même homme en continuant d'effectuer sa tâche. Rangez vous en file indienne à distance les uns des autres.

Une autre vague de soupir parcourut les élèves, mais celle-ci était davantage de dépit et de lassitude que de satisfaction. Obéissant malgré tout, quatre files firent face à la porte d'entrée, dans un ordre parfait et en respectant les consignes données. La nouvelle disposition voulait que filles et garçons soient constamment séparés, qu'une certaine distanciation sociale se fasse entre les sexes afin d'éviter tout relâchement moral et autre perversion jugée scandaleuse par la nouvelle directrice de Poudlard. En classe, aux repas, dans les couloirs, même dans les salles communes, les interactions devaient se limiter au maximum, et selon Matthew, il ne serait pas étonnant qu'à la prochaine rentrée scolaire qu'une seconde salle commune soit attribuée pour les séparer encore davantage ; Faire état d'une désapprobation générale des étudiants à ces nouvelles règles serait en soit parfaitement inutile tant leur rigueur semblait surfaite et abusive. Mais pour le moment tout le monde s'y pliait de mauvaise grâce, et Ombrage se sentait probablement renforcée dans son autoritarisme et dans les décisions à prendre pour l'avenir.

- Allez-y, leur ordonna l'homme alors qu'ils marchaient lentement vers la sortie.

Aucune parole ne fut échangée durant ce laps de temps, et seul le claquement des souliers contre les dalles de la salle se répercutait en écho contre les murs de la Grande Salle. Chacun attendait patiemment d'en être sorti pour retrouver l'usage de la parole par crainte d'une retenue, chose qui arriva rapidement dès l'instant où ils furent dans le hall d'entrée.

- Pfiou, souffla Neville en s'approchant aussitôt de lui. J'ai sûrement tout raté…

- Dis-toi qu'il y a eu pire que toi aujourd'hui, commenta Matthew en regardant furtivement Ron se précipiter vers Seamus et Dean, les joues toujours aussi roses qu'auparavant. Je n'imagine même pas la tête de sa mère lorsqu'elle verra qu'il aura eu un troll en guise de note pour son examen de potions.

Même s'il se sentait désolé de l'état dans lequel se trouvait la matriarche Weasley depuis la mort de ses deux fils aînés, une petite partie de lui imaginait que le choc provoqué par les résultats de son plus jeune fils pourrait avoir des vertus thérapeutiques insoupçonnées qui pourraient peut-être lui faire beaucoup de bien.

- Ma potion était rougeâtre, ajouta Neville en secouant sa tête. On aurait dit un chaudron rempli de sang… Pour un filtre revigorant c'est plutôt raté.

- Arrête d'être défaitiste, pesta t-il. Tu disais toi-même encore hier soir que de toute manière tu ne t'attendais pas à un miracle pour cet examen. De toute façon ta note en botanique rattrapera très certainement celle que tu auras eu en potions !

- C'est vrai, avoua t-il d'un air penaud. Mais quand même… Ma grand-mère va me tuer !

- Monsieur Potter ! Le héla alors la personne qu'il détestait le plus au monde dans cette école. Un mot je vous prie ! Nous serons mieux dans mon bureau !

La nouvelle directrice s'était approchée de lui de manière théâtrale, à moins que l'allée faite par les élèves jusqu'à lui soit tout bonnement spontanée. Un grand silence cependant s'installa autour d'eux, et les regards alternaient d'une personne à l'autre dans l'attente d'un coup d'éclat, d'une énième dispute ou d'une humiliation publique dont Ombrage était coutumière dès lors qu'il s'agissait de lui.

- Je vous suis Madame la directrice, obéit-il le plus poliment possible. Je te rejoindrai plus tard Neville, ajouta t-il plus bas en direction de son camarade.

Celui hocha sa tête, mais déjà Matthew s'était éloigné en suivant la petite femme replète qui affichait une continuelle et écœurante gaîté. Quelques compliments de la part de certains serpentards l'accompagnèrent sur son trajet, et la curiosité mal placée du reste des étudiants les suivit des yeux jusqu'à ce que la gargouille permettant d'accéder au bureau directorial leur permit d'emprunter l'escalier en colimaçon de pierre.

Malgré lui, et comme à chaque fois qu'il était convoqué par Ombrage, Matthew sentit monter en lui l'appréhension et la crainte d'une nouvelle entrevue avec elle. Quatre avaient déjà eu lieu depuis sa nomination à ce poste, trois concernant son père et Dumbledore, et la dernière le concernant tout particulièrement lui et ses résultats scolaires. Mais en vérité il n'était pas dupe, et il savait pertinemment que ces raisons n'étaient que des prétextes pour le garder en vue, le questionner durement et, faire usage de la force si ses réponses n'étaient guère convenables.

Et plus personne ne pouvait désormais le défendre à Poudlard.

Sa première impression à chaque fois qu'il pénétrait dans l'ancien bureau de Dumbledore était qu'un artiste avait de toute évidence renversé sa palette de couleur rose dans toute la pièce, du sol au plafond, sur tous les murs et les ustensiles disposés, sur certains meubles aussi. Des napperons étaient posés sur les tables, les chaises, les étagères, et les hideuses assiettes de chatons d'Ombrage avaient en grande partie remplacé les tableaux des anciens directeurs de Poudlard. On aurait ainsi crû pénétrer dans l'antre d'une vieille dame un peu gâteuse et dont les goûts datés juraient horriblement avec l'architecture moyenâgeuse du reste de l'école. Mais Ombrage se fichait comme d'une guigne de ces questions.

- Installez-vous, l'invita t-elle en lui désignant de la main le fauteuil face à son bureau.

Elle-même prit place derrière celui-ci, mais ayant appartenu à Dumbledore et n'ayant pas la même silhouette que lui, Matthew ne voyait presque que le haut de son crâne dépasser du pupitre, et comme à chaque fois, il se retint d'en rire.

- Comment s'est passé votre examen, Monsieur Potter? Lui demanda t-elle poliment tandis qu'il la voyait agiter sa baguette pour faire apparaître un service à thé.

- Plutôt bien Madame la directrice, répondit-il courtoisement.

- Merveilleux, dit-elle joyeusement bien qu'elle n'en avait pas du tout l'air. Pardonnez mon empressement à vous rencontrer et à vous séparer de votre ami, mais je tenais à aborder avec vous un sujet qui, je le conçois, risque d'être particulièrement douloureux.

Intrigué bien qu'anticipant déjà le plaisir que devait éprouver la directrice à le tourmenter, Matthew arqua un sourcil à cette annonce dans l'attente de ce fameux sujet qui allait d'un instant à l'autre tomber.

- Cela concerne votre lieu de résidence pour l'été, lui expliqua t-elle patiemment. Oh j'oubliais, un peu de thé Monsieur Potter?

- Non merci, dit-il en anticipant le fait qu'elle puisse y glisser du polynectar.

- J'insiste pour que vous ne mourriez pas de soif dans mon bureau, contra Dolores en faisant tranquillement léviter une tasse vers lui.

Matthew s'en saisit avec prudence, puis après avoir observé le haut du crâne de la directrice et imaginé son sourire tordu et malfaisant, fit mine d'y porter ses lèvres pour y goûter le nectar qui s'y trouvait.

- Beaucoup mieux, le félicita t-elle. Maintenant pour en revenir à notre sujet, je disais donc que compte tenu du fait de votre situation actuelle, la direction s'interrogeait sur votre lieu de résidence pour les mois à venir. Votre père étant recherché par le ministère et votre mère supposée disparue depuis des années, je me trompe peut-être en affirmant que vous n'avez plus de famille?

Dolores aurait voulu lui poignarder le cœur face à cet aveu qu'elle ne s'y serait pas prise autrement. Une boule sembla se former dans sa gorge alors qu'il réfléchissait à ce constat, cette vérité difficile à entendre et à laquelle la réponse ne pouvait être que négative.

- N-non madame la directrice, avoua t-il d'un air penaud.

- Vous m'en voyez navrée, dit-elle bien qu'il ne puisse pas voir son visage pour en attester. Qu'allez-vous donc faire à présent? Avez-vous un parent éloigné chez qui loger? Et qui est-ce?

- Chez Neville, répondit-il aussitôt. Sa grand-mère a accepté de me loger pour Juillet et Août.

- Oh, répondit Dolores d'un ton déçu. Et avez-vous été en contact avec vos parents dernièrement? Vous savez qu'il est dans votre intérêt de tenir informé le ministère du moindre indice permettant de retrouver votre père.

- Non, dit-il immédiatement en commençant à percevoir le petit manège de la directrice.

- Rien du tout? Insista t-elle lourdement. Pas la moindre petite lettre depuis notre dernière entrevue?

Perplexe, Matthew répondit encore une fois par la négative, mais en vérité il avait bien reçu une lettre dernièrement… de sa propre mère. Cachée sous son matelas, la courte lettre de Lily, telle un phare dans la nuit noire et obscure de son existence, l'informait qu'elle était toujours en vie, cachée de son père et de Dumbledore pour sa sécurité comme celles de son frère et de sa sœur, mais qu'elle n'avait jamais cessé de penser à lui, à ce qu'il faisait, ce qu'il pensait, ce qu'il subissait chaque jour durant depuis son départ, aux regrets qu'elle éprouvait à avoir dû l'abandonner, seul auprès d'un père aveuglé par la gloire et d'un Albus Dumbledore autoritaire et envahissant.

Probablement consciente de ce qui se tramait autour de lui, sa mère lui avait donc écrit pour s'enquérir de lui, de sa situation et de ce qu'il traversait, mais ce soudain élan de sympathie et de tendresse après des années de silence le laissait de marbre, indifférent… pour ne pas admettre qu'il était furieux. Ô combien de fois avait-il failli la déchirer ! Combien de fois s'était-il promis de ne plus la lire, de la jeter au feu à la moindre occasion qui pourrait se présenter… pour au final la ranger dans ses affaires et la relire tous les soirs? Il ne les comptait plus.

Et cette demande à la toute fin de la lettre, cet appel désespéré, ces traces de larmes qui faisaient baver certains mots, cette supplication à la rencontrer bientôt, à lui parler face à face, à essayer de renouer des liens distendus… Devait-il accepter? Il hésitait oui… Mais une partie de lui, infime et depuis longtemps enterrée sous des couches de haine, grattait petit à petit cette carapace pour qu'il écrive à l'adresse mentionnée et donne son accord, qu'il puisse revoir cette femme aux cheveux auburn et lui cracher au visage toute la rancœur qui lui inondait le cœur au point d'en suffoquer. Mais Ombrage était-elle seulement au courant de cette lettre? Quelqu'un l'avait-il surpris en train de la lire? Weasley peut-être? Ou Malefoy? La chose paraissait insensée, mais les paroles de la directrice le mettait profondément mal à l'aise.

- C'est fâcheux, souffla t-elle après quelques secondes de silence. Vous ne savez toujours rien sur votre père, votre parrain, le professeur Rogue ou sur Albus Dumbledore?

- Non, marmonna t-il en commençant à perdre patience face à cet interrogatoire qui n'en avait pas le nom mais bien l'aspect. Cela fait plusieurs fois que vous m'amenez ici pour me questionner à ce sujet, et la réponse sera toujours la même : Aucun d'entre eux ne m'a adressé la moindre lettre depuis la mort du ministre.

Un long silence accompagna ses dernière paroles, et si il ne voyait pas la tignasse d'Ombrage dépasser du pupitre, il aurait pu croire que celle-ci avait déjà quitté les lieux et l'aurait laissé comme un imbécile dans cette pièce. Les rares portraits des directeurs les plus prestigieux de l'école regardaient l'échange avec circonspection tandis que les chatons, particulièrement bruyant pour des petites boules de poils, continuaient à vaquer à leurs occupations.

- Votre insolence n'est toujours pas partie à ce que je vois, commenta finalement Ombrage. Vous savez que je garde toujours en réserve quelques petites plumes de sang dans mon tiroir, prête à l'emploi contre les vilains élèves malpolis et méchants. Vous avez le mérite d'être dans ces deux catégories Monsieur Potter, et si cela ne tenait qu'à moi, vous seriez déjà expulsé de cette école et envoyé dans un institut spécialisé dans le traitement des maladies mentales. Estimez-vous heureux d'inspirer encore de la sympathie au sein des membres de l'administration de cette école qui font encore barrage à ma volonté de vous chasser de Poudlard. Ce n'est cependant qu'une question de temps avant que ce ramassis de vieillards ne soit révoqué et remplacé par des personnes plus à même d'accepter mes futures décisions concernant cette école et la manière de la diriger.

- Grand bien vous fasse Madame la directrice, répliqua t-il en se levant pour avoir de nouveau un aperçu sur la face violette et les yeux globuleux du crapaud devant lui. Si vous en avez terminé avec moi, je vais retourner à mon dortoir.

Matthew avait imaginé que la directrice l'attaque dans le dos, lui claque brutalement la porte au nez en l'informant qu'il allait rester encore quelques heures à inonder une feuille de parchemin de son sang pour le seul plaisir pervers d'une vieille femme, mais curieusement rien ne survint, et une fois sur le seuil de la porte, il souffla de soulagement avant de se résoudre à aller dans son dortoir, prendre un rouleau et de l'encre, et écrire probablement la plus longue lettre de sa vie.


A/N : Chapitre terminé. J'ai souvenir de l'avoir terminé en une journée celui-là tant il était inspirant. J'espère qu'il vous aura plu en tout cas.

L'élément important de ce chapitre est surtout vers la fin avec cette histoire de lettre. Je vous laisse à vos spéculations ;)

Nous avons également un bref aperçu des premières mesures de la nouvelle directrice de Poudlard... Je peux vous affirmer que la prochaine rentrée réserve son lot de surprises.

Je reprendrai un rythme classique de publication dès la semaine prochaine avec la sortie du chapitre 79 Vendredi... Ou samedi? Surveillez vos boites mail en tout cas.

à bientôt !