Bonjour à tous,
Nous sommes samedi, et donc comme prévu je vous laisse avec le nouveau chapitre.
Merci aux reviews laissées la semaine dernière, je les ai bien évidemment lues et j'ai d'ailleurs senti poindre une légère impatience vis-à-vis de ce nouveau chapitre (et je vous comprends). Je vous répondrai dès que j'aurais le temps ! Merci également aux follows/favorites etc. je ne vous oublie pas ;)
Le tamanoir : Merci pour ton commentaire ! ça me fait très plaisir de lire que tu fais l'effort d'écrire un commentaire malgré ta dyslexie, c'est très gratifiant. Quant à ton commentaire... La réponse se trouve dans ce chapitre ;)
Aussidagility : Merci pour ton commentaire ! J'espère que cette confrontation répondra à tes attentes !
Au programme donc... Hm... Je ne sais pas si c'est vraiment utile de vous en toucher deux mots puisque c'est tellement évident !
Bonne lecture !
PS : J'ai voulu corriger ce chapitre avant sa parution, j'ai modifié deux/trois passages et il se pourrait bien que des coquilles se soient glissées dedans... Mes excuses à l'avance !
Depuis la dernière fois qu'il était venu ici, Dumbledore pouvait affirmer que rien n'avait changé. Toujours la même disposition du mobilier, le comptoir légèrement renfoncé dans un coin face à la porte d'entrée ; les mêmes colonnes de bois soutenant le poids des murs de pierre et du plafond bas obligeant certains à rentrer leur tête dans leurs épaules pour éviter de se cogner ; la même crasse sur les tables sur lesquelles les clients vidaient leurs choppes avant une longue journée de labeur ; la même saleté sur le sol laissée par des dizaines de paires de bottes ou de souliers en toile grossière ; les même conversations mornes autour de lui, sans fondement, sans intelligence, la même odeur d'alcool bon marché mêlée aux effluves d'un bouillon sans saveur… Pourtant, ce lieu de perdition, où l'âme humaine rencontrait ce qui se faisait de plus pitoyable et pathétique à ses yeux, où les infortunes se croisaient et se décroisaient à mesure que l'on se saoulait avec un alcool amère en attendant d'aller cuver ailleurs, c'était bien là qu'il avait choisi de rencontrer son futur interlocuteur, et se sachant toujours recherché, il restait persuadé que les aurors n'iraient pas jusqu'ici pour le retrouver et tenter de l'arrêter.
Tranquillement, il jouait avec la tasse ébréchée que Pétunia Dursley lui avait de mauvaise grâce servi, et un thé fumant qu'il n'avait pas encore touché remuait lentement au rythme qu'il donnait au petit récipient avec sa main d'une manière distraite et en souriant de contentement. Sa gaieté n'était pas contagieuse, et les gens autour de lui restaient silencieux, la tête légèrement penchée au dessus de leur verre crasseux en arborant un air sombre pour le moins déplaisant et d'une certaine manière angoissant.
Au dehors la vie poursuivait son chemin, et une fine pluie tombait continuellement contre les vitres de la taverne en laissant s'écouler contre elles la saleté qui s'y était agglutinée depuis la dernière fois qu'elles avaient été nettoyées. De temps à autre un véhicule passait devant l'endroit, la plupart du temps une simple charrette transportant des marchandises en tout genre où se rendant vers les quais situés plus loin. Les gens hâtaient leur pas également, les mains au dessus de la tête pour se protéger inutilement des trombes d'eau qui tombaient sur eux quand ce n'était pas un châle, un chapeau ou tricorne qui leur recouvrait les cheveux.
Dumbledore se redressa sur sa chaise, et leva les yeux au plafond pour admirer les trophées de chasse de Vernon, un détail qu'il n'avait pas remarqué la première fois qu'il était venu ici. Deux têtes de sanglier encadraient une troisième appartenant à un cerf, et les trois animaux, morts depuis longtemps, étaient accrochés contre une poutre traversant dans toute sa largeur la salle. Les yeux sans vie des animaux avaient l'air de le regarder, ou du moins d'observer la pièce dans laquelle leur tête allaient pour un long moment trôner fièrement en attendant que d'autres les rejoignent et partagent avec eux cette longue attente avant que le temps finissent par avoir raison d'elles.
Un sourire s'étira sur ses lèvres en regardant ceux du cerf, et cette vue lui inspira soudainement l'idée qu'il avait peut-être là devant lui une allégorie de ce qu'il était advenu de James Potter ; Sa forme animagus était un cerf, et peut-être que par malchance pour lui, son allié avait également fini comme trophée de chasse pour le seigneur des ténèbres, décapité et fixé au dessus de l'immense table de banquet qu'il l'imaginait posséder et que Voldemort regardait de la même manière que lui chaque fois qu'il prenait ses repas.
- Tu m'as toujours pas payé vieillard, lui rappela Pétunia en s'approchant de lui tout en s'essuyant les mains dans le tablier qu'elle portait autour de la taille.
- Vous serez payée en temps et en heure, lui assura calmement Dumbledore en détournant son regard du cerf pour le poser sur elle. Je puis vous assurer que je ne repartirai pas d'ici tant que vous n'aurez pas votre dû, et si cela ne vient pas de moi, alors cela viendra de la personne que j'ai conviée à venir ici.
- J'espère pour toi, siffla t-elle en plissant ses yeux de fureur. Mon mari est pas aussi patient que moi, alors sorcier ou pas, il hésitera pas à te chasser à coup de pied dans le fondement !
- Mieux vaudrait pour vous éviter de causer une esclandre en ce lieu, lui conseilla Albus. Ce ne serait pas apporter du crédit à votre établissement que l'on sache que l'on bat un malheureux vieillard n'ayant pas payé ce qu'il devait.
- Les mauvais payeurs, on leur taloche la figure ou on les conduit à la garde pour qu'elle leur mette une rouste ! L'informa la tenancière. Ah ça, j'aimerais bien voir ta gueule quand la garde te rossera !
Puis satisfaite, elle lui tourna le dos et laissa derrière elle un vieil homme furibond qu'on s'adresse à lui ainsi. La tasse qu'il tenait entre ses mains se brisa d'ailleurs sous la colère et la pression qu'il exerçait sur elle.
- Et tu m'devras le prix d'ma tasse pour la peine, l'avertit Pétunia alors que Dumbledore s'épongeait la barbe avec la nappe tachée de la table.
- Maudite femme, pesta t-il en sortant discrètement sa baguette pour se sécher.
Les débris restaient devant lui, et il se garda bien de les réparer pour ne pas attirer l'attention des clients sur ce miracle. Les poches vides et sans un sou, il espérait qu'Harry daigne vouloir payer pour lui, autrement il risquait de se retrouver dans une posture bien fâcheuse une fois leur rendez-vous terminé.
Un coup d'œil sur sa montre l'avertit que l'heure fatidique approchait, et qu'il n'était plus qu'à quelques minutes maintenant de rencontrer enfin celui qu'il recherchait depuis si longtemps. Sa mauvaise humeur disparut en même temps que cette pensée, et plus calmement, il s'adossa contre sa chaise en tapotant distraitement sur sa table avec son index au rythme d'un air de musique qu'il pouvait entendre au dehors et à une certaine distance. L'attente avait souvent comme particularité de s'interroger sur des choses inintéressantes, sans valeur ou auxquelles il ne prêterait même pas attention en temps normal, mais subitement il se demandait qui pourrait être assez idiot pour jouer d'un instrument sous la pluie sans prendre le risque de tomber malade.
- La logique de certains moldus m'échappe à dire vrai, murmura t-il en fermant malgré tout les yeux.
L'air était enjoué, entraînant et plutôt bien exécuté. La musique redoublait de volume chaque fois que la porte d'entrée s'ouvrait et se refermait, et s'il avait cent ans de moins, qu'il n'avait rien eu d'autre à faire de sa journée et qu'il faisait beau, Dumbledore songeait qu'il aurait très bien pu se précipiter dehors dans sa direction, pris la première demoiselle qui s'offrait à lui et l'aurait invité à une danse endiablée.
Dans un univers parallèle peut-être.
- Cette place n'est pas occupée je suppose à moins qu'il y ait d'autres personnes que tu fasses chanter, lui lança alors quelqu'un dont il ne reconnaissait pas la voix.
Ouvrant les yeux, Dumbledore eut devant lui un jeune homme à peine adulte, plutôt grand et emmitouflé dans d'élégants habits sombres. Le jeune garçon avait les cheveux châtains, des yeux d'un vert étonnant et un début de moustache soigneusement coupée. Sa redingote était fermée jusqu'à la naissance de son cou, et un jabot de dentelles blanches ressortait de la petite ouverte de son col.
- Harry, le salua poliment Dumbledore en se levant de sa propre chaise pour l'accueillir. Si je ne m'abuse nous ne nous sommes pas vus depuis plus d'un an, et je n'aurais pu te reconnaître sans l'uniforme que tu portais ce soir là.
- à ma connaissance, il n'y a pas d'Harry ici, répliqua durement le jeune homme devant lui. Mes plus proches amis et ma famille ont le droit de m'appeler Gabriel, mais pour toi vieillard, nous en resterons aux titres de courtoisie. Ce sera donc Monseigneur ou Monsieur le prince de Lamballe, selon ta convenance.
Au dehors la musique avait cessé, mais Dumbledore n'y fit pas la moindre attention. Il préférait s'attarder longuement sur le garçon devant lui. Un garçon? Un homme plutôt, et c'était ce qui le décourageait. Il aurait été plus facile de mouler selon ses envies l'esprit d'un enfant afin de le manipuler, à l'image de ce qu'il avait fait autrefois avec Matthew les premières années de sa vie. Mais là… Il se retrouvait face à un mur infranchissable dont l'épaisseur était telle qu'un engin de siège ne pourrait pas même y creuser la moindre faille.
Harry paraissait être quelqu'un de parfaitement équilibré, sûr de lui et sa puissance ne s'arrêtait pas uniquement à la magie qu'il avait déjà pu montrer ce fameux soir à Poudlard ; Sa nouvelle identité, la richesse qui se cachait derrière et les alliances politiques qu'il pouvait en tirer suffisaient à en faire un être à l'influence bien au delà de ce qu'il pouvait imaginer pour lui.
Ce défi, Dumbledore doutait de pouvoir le réussir, et il s'étonnait encore qu'Harry ait pu accepter de le rencontrer ; Le chantage qu'il exerçait sur lui au travers de sa mère pourrait-il être le levier qui lui permettrait d'abuser de lui et de le pousser à faire tout ce qu'il pourrait exiger? Jusqu'où pourrait-il aller avant que le jeune homme finisse par lui refuser son aide? Cette discussion allait en tout cas répondre à certaines des questions qu'il se posait à ce sujet.
- Allons, inutile de monter sur tes grands chevaux si rapidement, ricana t-il en l'invitant d'un geste à s'asseoir tandis qu'il raclait sa chaise sur le sol pour en faire de même. Nous n'en sommes même pas encore à la raison pour laquelle je t'ai demandé de venir.
- Tutoyez-moi encore une fois et je vous jure que je mets un terme immédiatement à cet entretien, lui assura Harry en le fusillant du regard. J'exige un minimum de respect de part mon statut, et je ne tolérerai aucune incartade venant de l'homme qui me fait chanter en échange de la vie de ma mère.
- Le respect va dans les deux sens, lui rappela Dumbledore, en particulier celui que l'on doit à nos aînés.
- Pour vous? Souffla t-il avant de rire. Veuillez m'expliquer comment je pourrais avoir du respect pour un homme aux bassesses aussi minables que les vôtres, je suis curieux de vous entendre à ce sujet. Pour sûr qu'un homme comme vous ne devrait pas s'abaisser à enlever des personnes, à s'immiscer dans les affaires d'une famille ou même à torturer une petite fille dans le seul but de ramener sa mère dans son giron. Allons Dumbledore, expliquez-moi en quoi je devrais éprouver du respect pour vous en sachant cela?
L'ex-directeur de Poudlard ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun son n'en sortit pour autant. Il resta là pendant quelques secondes, les lèvres entrouvertes et les yeux fixés sur le garçon devant lui sans savoir quoi lui dire, et sous l'œil satisfait de celui-ci.
- J'avais mes raisons pour agir ainsi, finit-il par dire sans conviction. Ton père…
- Je n'ai plus eu de père depuis le jour où vous l'avez convaincu de m'éloigner de ma famille, le coupa Harry. Et même avant cela l'amour que je pouvais éprouver pour cet homme s'était déjà volatilisé. James Potter n'a été que mon géniteur, et je me suis libéré des contraintes qui me reliait à lui depuis longtemps. Cet homme et ce qu'il peut bien penser m'indiffèrent désormais.
- Je serais curieux de savoir comment tu… Hm… Comment êtes-vous parvenu à vous libérer de lui jusqu'à la nature même de votre relation, concéda Dumbledore. De ce que j'ai cru comprendre grâce à Lily, vous êtes devenu le fils biologique de la princesse de Lamballe tout en étant toujours le sien… J'avoue ne pas comprendre comment.
- Et vous n'avez pas à la savoir, lui certifia le prince de Lamballe.
Dumbledore soupira, puis posant son regard sur la tasse toujours brisée devant lui, il dirigea son attention autour de la pièce à la recherche de Pétunia.
- J'en oublie les bonnes manières, gloussa t-il en essayant de paraître plus jovial. Voulez-vous quelque chose à boire, Monseigneur?
Harry se contenta de lui adresser un sourire, mais le manque de chaleur qu'il percevait à travers son geste décida Dumbledore à abandonner rapidement cette nouvelle approche.
- Saviez-vous qu'à l'origine, vous deviez grandir ici? Reprit-il sur le ton de la conversation. J'avais demandé à vos parents de vous confier aux bons soins de votre tante en attendant votre onzième anniversaire pour vous laisser intégrer Poudlard. C'est curieux comme les choses peuvent changer par une simple décision… Je me demande ce que vous seriez devenu si Lily avait respecté sa part du contrat.
Harry lui-même observa l'endroit d'un œil circonspect, presque curieux, mais l'opinion qu'il devait s'en faire n'était probablement pas positive.
- De ce que je peux en juger, je n'aurais certainement pas eu la même enfance que celle qui m'a été offerte par les bons soins de Madame ma mère, affirma t-il. Votre objectif à l'époque était surtout de m'éloigner de ma famille pour que celle-ci concentre son attention exclusivement sur Matthew, qu'elle lui apporte la douce chaleur d'un foyer, l'impression constante d'être aimé à sa juste valeur, d'être quelqu'un d'important, d'essentiel... Moi? Mais vous vous fichiez comme d'une guigne de ce qu'il pouvait advenir de moi. Je n'étais même pas un pion dans vos plans rocambolesques, je n'étais qu'un élément superflu, inutile, un obstacle à la bonne mise en œuvre de vos desseins. Ce qu'il pouvait donc m'arriver, la manière dont j'aurais pu être élevé par cette tenancière et son mari n'avait pas la moindre importance pour vous. Le destin en a cependant voulu autrement, et ce même garçon dont vous pensiez pouvoir vous débarrasser et aujourd'hui celui dont vous quémandez l'aide, cet "élu" dont vous aviez même oublié l'existence jusqu'à ce que son souvenir refasse surface au moment même où votre plus grand ennemi revient d'entre les morts, ce prince de sang royal, lié à de nombreuses autres familles ducales ou princières et dont le pouvoir politique est d'autant plus grand qu'il dépasserait même les espoirs que vous fondiez sur mon imbécile de frère, un pouvoir entre des mains si juvéniles que vous espériez et espérez peut-être encore user et abuser à votre convenance. Mais je ne suis pas une marionnette dont vous pouvez tirer les ficelles comme vous l'entendez, vieillard.
- Ecoutez Har... Monseigneur, se corrigea t-il rapidement. Je sais que les choses ont été très... compliquées entre nous, que nos histoires respectives et communes ne jouent certainement pas en ma faveur et qu'il faudra beaucoup de temps et de patience pour que nous parvenions à nous faire confiance...
- à vous faire confiance, le coupa encore une fois Harry.
- Oui... à me faire confiance... Cependant, ce n'est pas en vous montrant aussi manifestement hostile à mon égard que nous parviendrons à corriger cela. Depuis votre arrivée, vous n'avez fait que vous confronter à moi, vous braquer à la moindre de mes paroles et à n'être nullement ouvert à la discussion. Pourtant c'est bien pour cela que nous sommes là…
- Je ne suis là que pour entendre les conditions de votre chantage, contesta le prince face à lui. Rien d'autre. Je ne suis pas là pour me lier d'amitié avec vous, ni pour fomenter le moindre complot avec vous, encore moins pour ressasser le passé en compagnie d'un homme qui a su si facilement jouer avec le mien.
- Pour autant mon petit jeu avec vous vous a permis d'être l'homme que vous êtes aujourd'hui, rétorqua le vieil homme. Sans moi, vous ne seriez pas membre de la puissante maison des de Savoie.
Un nouveau sourire apparut sur le visage d'Harry, mais cette fois-ci Dumbledore ressentait davantage de sincérité dans celui-ci qu'auparavant.
- C'est vrai, approuva t-il en détournant le regard. D'une certaine façon, vous avez permis que ces choses là arrivent sans les anticiper ni même les encourager, et sans votre intervention rien des merveilleuses choses qui me sont arrivées n'auraient pu être possible. Mais si vous croyez que je vais vous remercier pour cela, vous vous trompez lourdement.
Albus s'apprêtait encore une fois à le contredire, mais d'un geste de la main Harry le fit taire sur le champ.
- Avant que nous allions plus loin, et dans l'éventualité où je vous prêterais main forte pour venir à bout de Voldemort, j'aimerais d'abord que vous répondiez à quelques questions, dit-il en croisant les bras contre sa poitrine.
- Et de quoi s'agit-il? S'enquit avec un brin de méfiance le vieil homme.
- Rien de bien méchant, certifia Harry. Je veux seulement éclaircir certains points avec vous, des petits détails qui me turlupinent l'esprit et dont je vous soupçonne d'être derrière cela. C'est ma condition sine qua non à notre… alliance. À prendre ou à laisser.
La conversation prenait un tournant qu'il n'aimait guère, et l'obstacle qui se trouvait à présent sur sa route ne lui laissait que deux possibilités ; La défiance qu'il sentait poindre en lui lui intimait comme conseil de renoncer sur le champ à sa tentative d'approche vis-à-vis d'Harry, de mettre un terme à leur entretien et de trouver un autre moyen de venir à bout de Voldemort. Mais l'autre cas, l'autre possibilité, celle qu'il n'aimait pas mais qui semblait la plus logique, lui conseillait à l'inverse de jouer la carte de l'honnêteté envers lui afin de pouvoir entrouvrir un début de confiance mutuelle. Sa résolution fut alors rapide.
- Très bien, finit-il par dire. Que voulez-vous savoir?
- Jouons carte sur table dans ce cas. Est-ce bien vous qui avez tenté voilà plusieurs années de cela de vous servir de ma petite sœur pour ramener ma mère auprès de vous? Lui posa Harry d'une voix égale.
- En toute transparence… oui, avoua t-il.
Un énième rictus apparut sur le visage d'Harry au moment de son aveu, mais celui-ci fut si bref que Dumbledore ne fut pas certain d'en avoir été témoin.
- Est-ce vous qui avez commandité l'enlèvement de mon parrain? Poursuivit t-il. Remus m'en a informé à mon retour de campagne, et il sait que vous êtes dans le coup puisque vous l'avez interrogé d'une manière plutôt brutale… Je veux seulement savoir s'il s'agit de vous ou de James.
- Votre père n'avait certainement pas l'intelligence nécessaire pour songer à un tel plan, certifia Dumbledore. Il a favorisé la mise en place de ce plan, mais les détails et l'idée générale sont de moi.
- Bien évidemment..., murmura Harry tandis qu'il glissait lentement vers le bord de sa chaise pour se trouver plus près de lui. Dernière question, et ensuite nous pourrons envisager de discuter en détail de vos affaires. Comment avez-vous réussi à attirer ma mère loin de chez nous et à la prendre au piège?
Dumbledore sentit sur son propre visage un léger sourire se dessiner sur ses lèvres en y repensant, mais la prudence lui soufflait de faire attention à ce qu'il faisait ; Son geste pourrait être mal interprété, à quand bien même n'éprouvait-il aucun regret à ce sujet.
- En usant de la fibre maternelle, lui expliqua tranquillement l'ex-directeur de Poudlard. Je me suis jouée de l'amour qu'elle portait pour votre frère en lui faisant parvenir une lettre de sa part dans laquelle il expliquait beaucoup lui en vouloir pour son abandon, mais était désireux de la revoir au moins une fois. Au préalable, j'avais écrit une lettre à son intention en mimant l'écriture de votre mère à partir des quelques papiers encore en ma possession et écrits de sa part. Là encore, en me faisant passer pour Lily, il me fut aisé de réveiller en votre frère les sentiments qu'il éprouvait pour elle. Je n'avais ainsi qu'à réceptionner leurs lettres respectives, à changer quelques tournures de phrases, puis à proposer une date de rendez-vous lorsqu'il m'apparut clair que votre frère souhaitait la rencontrer. Je n'ai alors eu qu'à attendre le jour escompté, l'apparition de Lily devant le manoir Londubat, et à l'enlever.
Si un regard aurait pu tuer, alors Dumbledore était persuadé d'être à l'instant même foudroyé par la colère qu'il pouvait lire au-delà des yeux si semblables à ceux de Lily. Un instant, il pensa qu'Harry allait avoir la même idée que lui auparavant et quitter sur le champ leur conversation après avoir entendu ce qu'il avait orchestré, mais jamais le jeune homme ne se leva, amorça le moindre mouvement ou ne donna l'impression de vouloir le faire. Au contraire, il demeurait là, face à lui, une main tapotant la table tandis que l'autre était posé contre son flanc, là où il supposait que le pommeau d'une épée se trouvait.
- Que lui avez-vous fait depuis? Demanda t-il durement alors que son regard se faisait à chaque seconde plus ferme et haineux.
- Je pensais qu'il s'agissait de votre dernière question? nota Dumbledore avant de se rendre compte que ce constat n'amusait que lui. Très bien... Votre mère a de bonnes défenses en occlumancie, concéda le directeur. Cependant elles se sont avérées inefficaces sur la durée, et au bout de quelques jours, ses boucliers ont été brisés. Je n'ai eu qu'à plonger dans ses souvenirs pour comprendre ce qui vous était arrivé depuis tout ce temps, cette adoption, cette histoire d'académie de Metz, cette carrière dans les armes, ce mariage avec Mademoiselle Greengrass…
- Veuillez ne pas manquer de respect envers ma femme en l'appelant par son titre, l'avertit à nouveau Harry.
Dumbledore souffla de lassitude, mais hocha cependant sa tête.
- Depuis je maintiens en vie votre mère en attendant que vous remplissiez le rôle pour lequel vous êtes prédestiné depuis votre naissance, poursuivit-il sagement. Morte, elle ne me servirait à rien.
Quant à l'état actuel dans lequel elle se trouvait, il préférait le taire pour ne pas définitivement se mettre à dos son pion.
- Je ne pensais pas avoir un jour une image aussi négative de vous que maintenant, maugréa Harry. Je me demande ce que les gens pourraient penser de l'homme qui a vaincu Grindelwald s'ils savaient qu'il puisse être capable d'enlever et de torturer des gens innocents, de se servir d'enfants, de fomenter des complots dans l'ombre pour ses propres desseins et d'user des méthodes les plus viles pour parvenir à ses fins. La vieillesse est un naufrage parait-il, et vous en êtes la personnification incarnée.
- Quand ces desseins servent à une cause plus large pour le bien de tous, alors il faut parfois user de méthodes moins conventionnelles…, répondit froidement Dumbledore en fronçant lui aussi ses sourcils. L'éthique n'entre nullement en jeu lorsqu'il s'agit de sauver le monde dans lequel nous vivons.
L'atmosphère déjà froide autour de leur table sembla encore perdre quelques degrés pour devenir véritablement glaciale. Une chape de plomb s'était abattue sur eux, et Dumbledore avait l'impression qu'il suffisait d'une simple étincelle pour mettre le feu aux poudres à l'instant. Sa main battait elle aussi la mesure sur la table comme Harry, mais son autre glissait lentement vers sa poche, prêt à sortir sa baguette magique immédiatement si les choses s'envenimaient encore davantage.
- Ai-je votre assentiment? Lui demanda t-il.
- Est-elle toujours en vie? Le sonda pour sa part Harry.
Las, Dumbledore ne put s'empêcher de soupirer bruyamment en levant les yeux au ciel, puis sortit finalement sa baguette magique qu'il approcha de son visage, le bout levé vers le plafond.
- Moi Albus Dumbledore, jure au nom de ma magie que Lily Potter est toujours vivante et en bonne santé, qu'aucun mal physique ne lui a été administrée et qu'elle sera rendu à son fils lorsque celui-ci aura accompli ce que je lui demanderai. Ainsi soit-il.
Puis, vérifiant que personne aux alentours ne les regardait, il agita très légèrement sa baguette au bout de laquelle apparut une toute petite lumière vive qui ne dura pas plus de cinq secondes avant qu'il ne la fasse disparaître.
- Vous êtes rassuré? Pesta t-il en rangeant sa baguette. Ou avez-vous besoin d'autres performances du même acabit pour vous prouver ma bonne foi?
- Ce ne sera pas nécessaire, certifia le jeune homme en dardant un coup d'œil lui aussi à travers la pièce. Vous avez juré de me la rendre, et je n'attendais pas de votre part que vous le juriez sur votre magie ; Vous savez donc ce que cela implique si vous ne respectez pas votre part du marché. J'ose espérer toutefois que ce n'est pas un mauvais coup de votre part et que lorsque vous disiez que je la retrouverai, ce sera bien vivante et non pas morte.
- Je ne tue pas pour le seul plaisir de le faire, lui garantit Dumbledore. Aidez-moi à vaincre Voldemort, et votre famille sera libre de vaquer à ses occupations sans craindre que je vienne vous solliciter de nouveau.
- Cela reste à voir, rétorqua Harry. Mais passons.
Le jeune homme se redressa de nouveau, et les mains jointes sur la table, il regardait fixement le vieil homme assis en face de lui d'un air plus amical, presque curieux.
- Avez-vous un moyen de vaincre Voldemort? Le questionna t-il. Un plan peut-être?
- Connaissez-vous les horcruxes, Monseigneur? L'interrogea Albus.
- Je dois admettre que non, répondit Harry. De quoi s'agit t-il?
- Il s'agit d'une magie particulièrement vile et honnie des rares personnes en ayant encore connaissance. Il s'agit de séparer son âme en deux, et d'en cacher une partie dans un objet. Ainsi, si le corps physique est détruit, on ne peut malgré tout pas mourir car un morceau de notre âme est resté attaché à la vie terrestre sans avoir subi aucun dommage.
- Et je suppose que si vous me dites cela, c'est que Voldemort en a probablement fait un, énonça t-il sous les hochements de tête de Dumbledore.
- Pas qu'un malheureusement, avoua sombrement l'ex-directeur. J'en ai pour ma part détruit deux, mais je suis persuadé qu'il en existe d'autres.
- Mère m'a rapporté une chose curieuse qui se serait déroulé il y a plusieurs mois, se souvint alors Harry en se massant distraitement le menton. Le directeur de la branche française de Gringott's nous a rapporté avoir trouvé dans la voûte des Lestrange un morceau d'âme dont on ignorait la provenance ou à qui il appartenait. Parait-il qu'il s'agissait de la coupe d'Helga Poufsouffle…
Les yeux de Dumbledore s'élargirent comme des soucoupes à cette révélation, et un sourire, dissimulé sous sa longue barbe, menaçait de lui séparer le visage en deux tant il était grand. Maintenant qu'il y pensait, cela lui semblait logique que Voldemort puisse dissimuler un morceau de son âme dans un endroit aussi sécurisé que la banque Gringott's et de surcroît de confier son âme à l'un de ses serviteurs les plus dévoués. Ne l'avait-il pas déjà fait avec Lucius Malefoy et son journal? Se pourrait-il qu'un autre horcruxe soit caché dans une voûte appartenant à un autre lieutenant? Rockwood? Avery? Mulciber?
- Bellatrix Lestrange a été assassinée il y a quelques jours par un inconnu ayant réussi à franchir la sécurité mise en place pour protéger son corps à Sainte-Mangouste, l'informa Dumbledore. Elle était gardée en vie dans l'éventualité où sa santé s'améliorerait depuis l'attaque du ministère de la magie… Cet inconnu pourrait très bien être Voldemort lui-même pour protéger les secrets dans lesquels elle pourrait avoir une part non-négligeable, et cet horcruxe en ferait partie… A t-il été détruit? S'empressa t-il de demander.
- Je ne sais pas, je suppose? Répondit platement Harry. Les gobelins en avaient l'intention, et connaissant le zèle qu'ils mettent dans tout ce qu'ils souhaitent entreprendre, je n'en serai pas étonné.
- C'est fabuleux ! Se réjouit t-il d'une voix sincère. Mais il en reste encore, et tant qu'ils ne sont pas détruits, Voldemort ne peut disparaître à tout jamais. Je pense connaître l'emplacement d'un autre horcruxe, et au regard des objets qu'il a employés pour les concevoir, il me paraît évident qu'il puisse s'agir de reliques ayant appartenu aux fondateurs de Poudlard ou ayant un rapport avec lui-même.
- Cela réduit le champ des possibilités à… plusieurs centaines d'objets, ironisa Harry. Je n'ai pas l'intention de remuer chaque brin d'herbe ou de soulever chaque pierre de ce pays pour retrouver ces horcruxes, j'ai d'autres obligations envers ma famille, mon pays d'adoption et l'Empereur que je sers avec ferveur et dévouement.
- Vous devriez d'ailleurs reconsidérer votre choix de carrière, argua Dumbledore. Il serait malheureux dans notre lutte contre Voldemort que son opposant légitime périsse sur un champ de bataille…
L'ambiance qui s'était depuis quelques minutes réchauffées au cours de leur discussion retomba brutalement, et même Dumbledore pouvait sentir qu'un changement soudain s'était opéré à en juger par la mine froide qu'affichait Harry.
- Ce que je peux bien faire de ma vie ne vous regarde en aucune manière, rétorqua t-il d'ailleurs en le fusillant du regard. Quant à ce titre «d'opposant légitime», je serais curieux de connaître la raison qui vous pousse à m'affubler d'un tel titre.
- Je vous la dirai en temps et en heure, lui assura Dumbledore. Mais tout part d'une prophétie qui m'a été annoncée avant même votre naissance. J'ai pendant longtemps cru que votre frère en était le sujet, mais il s'avère que je me suis trompé sur toute la ligne.
- Ce ne serait pas la première erreur que vous avez commise dans votre vie, commenta avec une pointe de moquerie Harry.
Dumbledore sentit poindre dans sa gorge une réponse toute faite et prête à être lancée contre son vis-à-vis, mais par crainte d'envenimer une fois encore leur discussion, il préféra la taire pour le moment.
- Toujours est-il que d'après cette prophétie, c'est vous qui seriez amené à vaincre Voldemort, et j'espère que dans cette optique, je peux compter sur vous pour le faire. Il en va de la vie de centaines, peut-être même de milliers de personnes… Si rien n'est fait et que Voldemort prend le pouvoir dans ce pays, la Grande-Bretagne court à sa perte, et avec elle le monde moldu. Et que pourrait-il se passer après? Imaginez donc que le seigneur des ténèbres autoproclamé décide d'étendre son pouvoir sur d'autres pays ; La France, puis toute l'Europe pourrait sombrer à son tour dans le chaos le plus complet. Il faut empêcher cela, vous ne croyez pas?
- Ce ne sont là que des suppositions sans fondement, rétorqua Harry bien que Dumbledore sentait une petite note d'incertitude dans sa voix.
- Peut-être, mais mieux vaut éviter un tel scénario, répondit-il. Aidez-moi à vaincre la menace que représente Voldemort, aidez-moi à rétablir la paix dans ce pays et à chasser définitivement les forces des ténèbres qui chaque jour se font plus puissantes, et je vous promets qu'une fois cela fait vous n'entendrez plus jamais parler de moi.
Dumbledore pouvait parfaitement voir les rouages à l'intérieur de la tête du jeune homme tourner à plein régime, et le dilemme dans lequel il se trouvait le plongea dans une profonde réflexion de plusieurs secondes. Il savait pertinemment qu'Harry le haïssait, et que si cela ne tenait qu'à lui, un duel aurait déjà eu lieu entre eux au beau milieu de cette pièce avec pour témoins des moldus abrutis par l'alcool et la famille moldue du prince qui lui faisait face. Mais la vie de Lily étant dans la balance, il ne fallut pas longtemps à Harry pour prendre une décision.
- Je vous aiderai, dit-il finalement d'un air froid. Cependant que l'on se mette d'accord tout de suite : Vous ne me cacherez aucune information, nos rapports se feront sur un plan d'égal à égal et lorsque toute cette pagaille sera derrière nous, vous laisserez à jamais ma famille en paix, autrement je me trouverai dans l'obligation de vous détruire vous et tout ce que vous représentez. Et dernier point : Jurez que vous ne dévoilerez à quiconque mon ancienne identité. Je suis et je resterai à jamais Gabriel de Bourbon, prince de Lamballe et du Duc de Châteauvillain. Harry Potter est mort et enterré.
Curieux d'une telle demande, Dumbledore consentit malgré tout à faire ce serment sans se poser de question car n'y voyant aucun intérêt. Il jura de nouveau, baguette sortie et sa magie désormais liée aux paroles qu'il prononçait. Puis satisfait, il tendit la main par dessus la table pour sceller leur union, geste qu'Harry ignora royalement pour se lever plutôt et remettre sa chaise sous la table.
- Messieurs, dit-il d'une voix forte et en français, nous pouvons y aller. J'ai tout ce qu'il me faut.
Et dans un raclement de chaises tonitruant, la totalité des clients présents dans la taverne se levèrent comme un seul homme, payèrent leur consommation d'une pièce laissée sur chaque table et se dirigèrent vers la sortie en se revêtant de leurs manteaux.
- Tu vois vieil homme, moi aussi je sais préparer à l'avance mes entretiens, et j'aime en particulier avoir quelques témoins pour assurer ma sécurité si les choses devaient tourner au vinaigre ou pour entendre des détails qui auraient pu m'échapper, l'informa Harry avant de se diriger lui-même vers la sortie sous l'œil abasourdi de Dumbledore.
La porte se referma sur lui, et l'ex-directeur pouvait voir sa silhouette se détacher de derrière la fenêtre avant de tourner sur sa droite et se diriger plus loin dans la rue. Au même moment il vit du coin de l'œil une autre silhouette se précipiter vers lui, la démarche rapide et les poings serrées devant elle :
- Qu'est-ce que t'as encore fichu pour faire fuir mes clients, canaille !? Éructa Pétunia en lui jetant au visage un vieux torchon sale et humide. Bougre d'imbécile, paie moi ce que tu me dois et sors d'ici !
Les poches toujours aussi vides, Dumbledore soupira bruyamment.
A/N : Chapitre terminé. Alors je sais que les griefs d'Harry à l'encontre de Dumbledore sont beaucoup plus nombreux, que la haine qu'il pourrait avoir contre lui aurait probablement dû être beaucoup plus démonstrative et que quelques sorts auraient probablement dû être échangés, mais j'avais peur de tomber dans le cliché. C'était une conversation "courtoise", très tendue et qui débouche sur un accord de principe. Cependant les interactions qu'ils auront par la suite mettront en évidence toutes les rancoeurs que peut avoir Harry à son égard.
J'avais également peur de faire un chapitre extrêmement long à ce sujet, et lire 10 000 mots de reproche, d'arguments hostiles et de haine manifeste m'aurait moi-même ennuyé sur la durée.
Donc voilà, une "alliance" de circonstance se forme entre eux. Mais jusqu'où ira t-elle, et surtout tiendra t-elle? Mystère. Il est en tout cas évident qu'aucun des deux ne fait confiance à l'autre, et étant donné comment les choses sont parties, on peut douter de la solidité de celle-ci.
Petit aparté pour dire que j'aime décidemment beaucoup le personnage de Pétunia dans cette fiction, une femme du peuple qui n'a pas sa langue dans sa poche et qui n'a aucun mal à remettre à sa place un sorcier aussi puissant qu'Albus Dumbledore ^^.
Le prochain chapitre arrivera bien évidemment la semaine prochaine. De manière générale, et à moins d'ajouter à la dernière minute un chapitre supplémentaire à cette fiction, elle devrait se terminer aux alentours... d'Avril, environ un an après avoir repris son écriture ;)
à bientôt !
