Shadow : merci pour ton commentaire et d'être toujours là. Oui, Kagami va mieux, je ne suis pas si méchante. ^^ Il va y avoir une explication de texte entre eux, c'est indispensable pour la suite de leur relation. Et des bisous, il va y en avoir encore plein… XD

On reverra un peu Himuro, Takao et Kuroko bien qu'ils ne soient pas au centre de cette histoire. Après tout, Kagami et Aomine ne sont pas seuls au monde…

Je laisse avec la suite, j'espère que tu aimeras. Bonne lecture.


Le roman de notre histoire

Chapitre 20

Lorsqu'il franchit le seuil de chez lui, Kagami sentit déjà l'effet de bien-être que ce lieu lui apportait. Il était dans ses murs et il n'y avait rien de mieux pour remonter le moral. Il avait eu son père en visio et il lui avait assuré qu'il allait bien. Il en avait profité pour lui présenter Aomine en tant que correcteur et qui avait été à ses côtés. Kagami père le remercia du fond du cœur, ce qui le toucha beaucoup. Son fils lui interdit d'interrompre ses vacances, il avait ses amis, il n'était pas seul. De toute façon, il n'avait plus que deux jours à passer à Val d'Isère et serait bientôt rentré.

Il se sentait encore un peu vaseux, mais moins que le matin quand la perfusion lui avait été ôtée et que le médecin l'avait aidé à se lever. Le vertige qui le prit au dépourvu faillit le faire à nouveau tomber. Après une si longue inconscience avec un hématome, c'était une réaction parfaitement normale qui s'estompa rapidement. Il se doucha, se rasa et eut droit à un petit déjeuner plutôt copieux tout comme le déjeuner. Aomine arriva en début d'après-midi et après avoir récupéré tous les papiers, ils rentrèrent chez Kagami.

Il s'assit dans le salon pendant que son correcteur défaisait la valise et remettait en place tout ce qu'il avait emporté. Un quart d'heure plus tard, il s'installait à ses côtés. Jade pointa le bout de son museau et sauta sur les genoux de son humain. Il la prit contre lui et enfouit son visage dans son pelage en souriant. Ils avaient échangé peu de paroles, juste ce qu'il fallait. Aomine le rejoignit et posa sa main sur la sienne. Il baissa les yeux puis les releva pour les plonger dans ceux de son compagnon. Avait-il le droit de penser que c'était ce que Kagami était pour lui désormais ?

— Prends ton temps, lui dit celui-ci, conscient qu'il devait chercher ses mots.

— Tout ce que j't'ai révélé… à l'hôpital quand tu t'es réveillé… C'est la vérité… Tu t'souviens que… j't'ai raconté cet accident de bus quand j'allais à la finale universitaire…

— Oui… t'as perdu trois coéquipiers…

— Exact… l'un d'eux… Haruka… c'était… c'était mon p'tit ami depuis presque trois ans…

Kagami resta interdit, le cœur dans une poigne glaciale. Sa main cessa de caresser Jade et l'autre se crispa sur celle d'Aomine. Son regard s'égara dans le jardin. Il avait eu un amant avec qui il serait peut-être encore aujourd'hui s'il n'y avait pas eu ce drame. Il lui sembla qu'il venait de prendre un coup de poing dans la poitrine. C'était violent. Il ne s'attendait pas à être le premier loin de là, mais apprendre que l'homme dont on est amoureux en a aimé un autre avant lui… Il savait qu'Aomine avait un vécu tout comme lui et c'était somme toute une chose normale. Ils étaient deux adultes dans la trentaine sains de corps et d'esprit et qu'ils aient eu des amants et des maîtresses n'était pas surprenant. Mais s'entendre dire que ce Haruka était bien plus, ça faisait mal.

— Faire mon deuil a été très difficile… et ma rééducation me rappelait tous les jours pourquoi j'ai une rotule en plastique… Le temps a fait son œuvre… Aujourd'hui j'arrive à en parler sans problème… Il me reste de très beaux souvenirs…

Aomine voyait bien que Kagami était affecté par cette révélation. Craignait-il la comparaison ? Il n'avait aucune raison. Le romancier s'était fait sa propre place dans son cœur. Et il s'y était enraciné bien plus profondément qu'Haruka ne l'avait jamais fait. Il restera un merveilleux et précieux souvenir, mais il appartenait désormais à son passé. Maintenant, il regardait vers l'avenir, vers la lumière. Mais il devait tout lui dire, il voulait être honnête. Il refusait d'attendre que leur relation aille plus loin avec cette ombre qui planait dessus. Elle n'était pas malfaisante, mais il ne fallait pas qu'elle soit une source de discorde. Il y en aurait certainement d'autres sans rajouter celle-là.

— La première fois que je t'ai vu dans le bureau d'Harasawa, j'ai été surpris. Tu lui ressembles tellement…

— Je lui ressemble ? fit Kagami en posant un regard surpris sur lui.

— Pas physiquement mais… t'as la même démarche souple et athlétique, sourit le correcteur, ta voix est très similaire surtout au téléphone… t'es aussi grand que lui et tu t'emportes facilement… On a eu des disputes mémorables un peu comme nous, fit-il perdu dans ses souvenirs en laissant échapper un petit rire. Il se teignait les cheveux… il avait tout du surfeur californien… Rien à voir avec toi…

— Je sais pas quoi dire…, compatit sincèrement Kagami qui ne sentait pas l'étau dans sa poitrine se desserrer d'un iota.

— Y a rien à dire… c'est comme ça… Ça m'a même mis en colère au début, mais c'était pas ta faute…

— T'étais en colère parce que j'lui ressemblais ? s'enquit Kagami plutôt désorienté

— Tu me rappelais quelqu'un qui avait beaucoup compté et que j'avais perdu… C'était douloureux pour moi… et je comprenais pas ma réaction…

— Je t'ai rappelé de mauvais souvenirs…

— Oui mais… non… comment dire… Ça a été très dur et ça refaisait surface brutalement et j'm'y attendais pas… T'es pas responsable… Comment t'aurais pu savoir ? C'est moi… je croyais avoir enfoui tout ça…

— Tu croyais avoir fait ton deuil et c'était pas le cas ?

— Si, bien sûr que si… mais tous ces souvenirs qui sont revenus d'un coup… c'était brutal… C'est ça qui m'a mis en colère… parce que j'arrivais pas à gérer… Mais toi, t'y es pour rien… absolument pour rien… C'est moi… Mais aucune importance maintenant… Et puis on a commencé à travailler ensemble et plus je te connaissais, plus je te voyais et plus… ton image s'imposait… C'est pour ça que j'ai eu tellement peur quand tu t'es écroulé et que les médecins ont dit que t'avais un hématome…

À mesure qu'il parlait, Aomine avait la gorge serrée, les larmes aux yeux, la respiration saccadée. La simple évocation de ce souvenir lui était devenue intolérable. Kagami se tourna définitivement vers lui et le prit dans ses bras.

— Tout va bien… je suis là…

— Tu comprends pas… hoqueta Aomine en s'écartant de lui. J'ai cru qu't'allais disparaître… comme lui… Je commençais à me dire qu'j'étais maudit ou quelque chose du genre… Les deux seuls hommes que j'ai véritablement aimés dans ma vie, j'étais condamné à les perdre…

Avait-il bien entendu ? Aomine venait-il de dire qu'il l'aimait ? L'étau dans sa poitrine s'envola comme par magie dès qu'il comprit, dès qu'il eut la certitude, dès qu'il fut persuadé que ses propres sentiments étaient partagés. Et pas qu'un peu. Il sourit. Il enveloppa l'arrondi de la joue et capta le regard cobalt si douloureux qu'il eut mal. Il s'avança et embrassa Aomine avec une infinie tendresse. Les baisers étaient lents, ils ne demandaient rien de plus. Juste un contact plein de tendresse pour montrer à l'autre qu'on n'était pas pressé, qu'il était inutile de se précipiter. Juste un contact très doux qui n'était précurseur d'aucun rapprochement plus physique. D'ailleurs, ils ne ressentaient aucun désir sexuel. Enfin, pas vraiment. Il n'y avait que du respect et une profonde volonté de rassurer.

— Ça va aller maintenant, murmura Kagami en enlaçant son compagnon.

Il se renfonça dans le canapé et prit Aomine contre lui qui se lova dans son giron. Ils n'avaient besoin de rien d'autre. Ils savouraient leur présence, la chaleur de leurs bras. Kagami ne s'attendait pas du tout à ça. Perdre ainsi la personne qu'on aime, ce devait être terrible. Les psychologues s'accordaient pour dire que ce qui affectait le plus une personne c'était la perte d'un enfant en tout premier lieu et ensuite, celle du conjoint. Mais comme beaucoup de choses, il fallait en avoir fait l'expérience pour l'appréhender. Dire "Oui, j'imagine…" ou "Je comprends…" ce n'était que des paroles vides de sens. À la limite, se taire était encore ce qu'il y avait de mieux à faire. Kagami se tut. Il compatissait sincèrement dans le secret de son esprit. Parce qu'il commençait à entrapercevoir cette chose impossible et terrifiante. Sa vie sans Aomine… Pourtant il avait une imagination débordante, mais là, c'était au-delà de ses compétences et de ses capacités. Au-dessus de ses forces. Là, sa muse désertait son poste, elle était muette. Il perdait toute inspiration. Inconcevable. C'était totalement et irrémédiablement inconcevable. Ils restèrent comme ça un long moment puis Aomine se redressa.

— J'dois donner à manger à Corail, j'en ai pour une heure à tout casser, expliqua-t-il en se levant.

— Prends ton temps, j'bouge pas, sourit le romancier.

— J'ai peur de t'laisser tout seul, avoua le correcteur tout en mettant sa veste.

— Eh… On va pas s'arrêter d'vivre pour une connerie qu'j'ai faite... Je suis en bonne santé, tout va bien…

— Je sais, mais…

— File donner à bouffer à ton chat ! le chahuta Kagami en le poussant gentiment dehors.

Une heure, ce n'était rien du tout. Il en profita pour prendre une bonne douche et ranger un peu la maison. Madame Yoshino devait revenir la semaine suivante, mais inutile qu'elle trouve un champ de ruine. Alors que l'eau giclait sur ses épaules, il repensa à tout ce qu'Aomine venait de lui révéler. Et pendant un moment d'émotions intenses à en croire les larmes qu'il avait vues briller dans ces yeux. Ça donnait à ces paroles un poids bien plus grand encore et une vérité indiscutable.

Il ne songeait plus tant à ce Haruka, mais à l'aveu d'Aomine. Son compagnon lui avait dit qu'il l'aimait sans hésitation, sans gêne, en le regardant droit dans les yeux. Il savait que leurs sentiments étaient réciproques, mais se l'entendre dire de vive voix, ça il ne s'y attendait pas. Depuis ce que lui avait confié Himuro, il n'arrêtait pas d'y penser. Il était constamment en train d'analyser pour comprendre et il n'avait aucun doute. Lui aussi était amoureux. Comme un fou. L'avenir c'était eux, pas lui tout seul, mais bien eux, tous les deux ensembles. Il frappa le carrelage de la douche en se traitant de crétin ! Il n'avait même pas réagi. Il n'avait rien dit. La confession était si inattendue qu'elle l'avait pris au dépourvu, mais n'aurait-il pas dû lui dire qu'il l'aimait tout autant en retour ? Pourquoi ne l'avait-il pas fait ? Peut-être qu'Aomine était en train de se dire que c'était inutile, qu'il n'avait pas les mêmes sentiments ou pas si profonds ? Ça lui aurait mis du baume au cœur de savoir que son amour était complètement, totalement partagé avec une force qu'il n'imaginait pas exister en ce monde. Il devait lui dire, il fallait lui dire. Au bon moment.

Il finit par sortir de la douche et passa un yukata. Il se sentait à l'aise dans ce vêtement. Il se rendit à la cuisine puis finalement renonça à préparer le dîner. Il n'en avait plus envie. Il envoya un SMS à Aomine pour lui dire de s'arrêter dans un Maji Burger. Ce n'était pas le repas idéal, mais pour aujourd'hui, ils s'en contenteraient. Puis il songea qu'Aomine n'allait pas vouloir le laisser seul cette nuit. En tout cas, lui aurait réagi comme ça. Ça ne le dérangeait pas le moins du monde. Avec un autre message, il lui suggéra de prendre quelques affaires pour dormir ici. Il retourna dans son bureau et le souvenir de leur premier baiser lui revint en mémoire. Un délicieux frisson lui parcourut l'échine. Si seulement il n'avait pas fait l'idiot… Il soupira. Inutile d'avoir des regrets, on ne pouvait rien y changer. Ils avaient la vie devant eux pour faire tout ce qu'ils désiraient.

Aomine tint parole et revint un peu moins d'une heure après être parti. Il déposa les sachets du Maji Burger dans la cuisine et alla mettre son sac dans l'une des deux chambres de libre. Il aurait préféré s'installer dans celle de Kagami, mais il ne voulait pas être trop envahissant. S'embrasser était une chose, s'incruster dans sa chambre en était une autre. Mieux valait ne pas brûler les étapes même s'il le souhaitait de tout son cœur. Voir son hôte en forme et très séduisant dans ce vêtement traditionnel lui plut énormément.

— Je peux t'en prêter un si tu veux, lui proposa Kagami.

— Euh… ouais, pourquoi pas… Je prends une douche et j'arrive…

— Je t'le pose dans la salle de bain…

Aomine se glissa avec délice sous l'eau chaude et la laissa délasser ses muscles encore tendus. Même s'il se sentait mieux, ce n'était pas tout à fait ça. Il avait bien remarqué que Kagami n'avait rien dit lorsqu'il lui avait avoué ses sentiments. Il venait de se mettre à nu devant lui et le romancier n'avait pas réagi. Peut-être ignorait-il comment ? Peut-être que s'entendre dire ce genre de chose était bouleversant au point qu'il faille un moment pour assimiler les implications d'une telle déclaration ? Il avait besoin de temps pour comprendre ce que lui-même ressentait. Il savait que Kagami éprouvait des sentiments à son égard, il devait juste lui laisser le temps de les ordonner.

Il lui faudrait encore une bonne nuit de sommeil pour récupérer complètement. Il prit des serviettes dans le meuble sous le lavabo pour s'essuyer et enfila le yukata d'une jolie couleur bordeaux brodé d'un dragon dans le dos. Un classique de la symbolique japonaise. Il termina de se sécher la tête et descendit dans la cuisine où il entendait Kagami s'occuper de leur repas.

— J'peux t'aider ?

— Wouah ! Ça t'va super bien ! s'exclama son hôte. Prends un plateau dans ce placard, on va se caler dans le salon.

Ils envahirent la table basse et se souhaitèrent un bon appétit. Kagami sembla avoir retrouvé sa cadence habituelle et engloutit trois hamburgers en un rien de temps. Il alluma la télévision sur une chaîne info histoire de savoir ce qui se passait dans le monde. Rien de bien nouveau, comme d'habitude. La crise économique, les conflits armés, la planète qui agonise, la météo pas trop mauvaise. La seule bonne nouvelle. Tout le reste plombait le moral par manque de diversité ou d'informations réjouissantes. Mais cela faisait si longtemps que c'était presque devenu normal. Il préféra mettre de la musique. Après avoir fini de manger, Kagami sentit la fatigue s'abattre sur lui. Il étouffa un bâillement, mais Aomine s'en aperçut.

— Il est tard, tu devrais monter te coucher, lui suggéra-t-il.

— Non, encore un moment… ça va aller…

— Tu dois dormir pour que ton corps finisse de réparer les dégâts, insista le correcteur en se levant pour débarrasser la table.

— Laisse, on rangera demain…

— Ce qui est fait n'est plus à faire, rétorqua doctement Aomine avec un sourire.

— D'accord, je t'aide…

L'intérêt de ce genre de gastronomie, c'est que la vaisselle est vite faite. Tout partait à la poubelle. D'un point gustatif, ce n'est pas mauvais, d'un point de vue nutritif, c'est épouvantable. Mais ça dépannait quand on avait la flemme de préparer le repas. Il ne fallait pas non plus avoir la flemme tous les jours sous peine de voir son tour de taille s'élargir. Kagami s'étira comme un gros chat et bâilla encore. Il retourna s'asseoir dans le salon suivi de son "garde-malade".

— Moi aussi j'suis fatigué, avoua Aomine en se décrochant la mâchoire à son tour.

— Mouais, on va aller s'coucher… Pourquoi t'as pris la chambre d'ami ?

— Ben où tu voulais que j'm'installe ?

— Dans la mienne…, sourit Kagami avec un regard lourd de sens.

— C'est pas une bonne idée… pas ce soir…

— Pourquoi ? De quoi t'as peur ? marmonna-t-il d'un ton langoureux chargé de sous-entendus.

Tout en parlant, il s'était rapproché d'Aomine jusqu'à poser son menton sur son épaule. Les mots prononcés avaient provoqué un insupportable frisson dans le cou du correcteur qui ferma les yeux. Ce diable d'écrivain avait décidé de jouer les tentateurs et il n'allait pas lui en falloir beaucoup pour céder. Mais il se refusait à prendre le moindre le risque. Il mourait d'envie de faire l'amour avec lui, mais pas comme ça. Pas avec l'ombre de la fatigue qui planait encore. Il le voulait en pleine forme parce qu'il avait bien l'intention de se repaître de son corps jusqu'à plus soif.

— J'ai peur de rien… Moi aussi j'suis crevé… J'ai pas beaucoup dormi ces deux derniers jours… et j'veux être au top de ma forme… tu comprends ? J'veux pas te décevoir, se justifia Aomine en espérant ne pas avoir été trop explicite mais un peu quand même.

Au top de sa forme, très bien. Mais ce n'était pas tant à leur bien-être en général auquel il pensait, qu'à une activité plus mouvementée et plus intime pour laquelle il valait mieux avoir retrouvé ces forces. Il était évident qu'ils en crevaient d'envie mais ils n'étaient pas non plus des adolescents esclaves de leurs hormones. Ce qui était arrivé à Kagami n'était pas anodin et il ne voulait prendre aucun risque. Le médecin avait dit qu'il lui fallait un jour ou deux de repos donc il allait le laisser récupérer. Attendre encore un peu n'allait pas faire s'envoler ce désir. Demain il serait toujours là et encore plus fort.

— T'as raison… Au lit…, capitula Kagami en se levant.

Ils montèrent à l'étage et après d'innombrables baisers, ils se retirèrent dans leur chambre. Si Kagami s'endormit presque immédiatement, pour Aomine, ce fut un peu plus long. Il avait réussi à lui résister, mais de justesse. On n'avait pas idée non plus d'être aussi sexy dans un yukata !

Alors qu'il pensait que la journée du lendemain serait paisible, Aomine vit débarquer pas moins de cinq personnes en moins d'une heure. Furihata avait décidé de faire une pause dans sa tournée de dédicaces, Himuro et Takao avaient été les premiers à se rendre auprès de Kagami à l'hôpital ainsi que Kuroko et son compagnon Ogiwara qui connaissaient le romancier depuis le lycée. Il était regrettable qu'il plût, et malheureusement, ils furent contraints de rester à l'intérieur. Mais qu'importe, ils n'étaient pas là pour le jardin, mais pour s'assurer que leur ami avait complètement récupéré. Celui-ci eut droit à tous les sermons possibles et imaginables. Surtout que personne ne comprenait comment ce goinfre avait pu "oublier" de manger. Il avait beau leur expliquer qu'il était plongé dans son roman, qu'il ne se souvenant pas avoir eu faim, rien à faire, ça n'était pas normal. Himuro lui suggéra même de consulter un "médecin du cerveau" parce qu'il aurait certainement trouvé des choses étranges. Tous se moquèrent gentiment et Aomine était heureux de voir que Kagami avait des amis si proches. Il se sentait intégré à ce petit groupe et ça lui faisait du bien. Encore plus quand l'écrivain l'embrassa à la commissure des lèvres, comme ça, pour rien.

— Taiga ! T'aurais pu nous dire que vous étiez ensemble ! lui reprocha Himuro en riant, ravi pour son ami.

— Tu l'as surtout caché pour le garder que pour toi, le chambra Furihata.

— C'est tout neuf, j'ai pas eu l'temps ! se défendit Kagami.

— Félicitations ! les congratula Ogiwara en levant son verre vers eux.

— Et ça vous est arrivé quand ? demanda Takao, le menton sur l'épaule d'Himuro.

— Ben… on s'embrassait quand j'ai tourné d'l'oeil, dévoila Kagami.

— Ce devait être chaud, fit Kuroko avec un léger sourire amusé.

— J'ignorais que j'lui faisais un tel effet ! rétorqua le correcteur déclenchant l'hilarité de tout le monde.

La demeure résonnait de rires et Kagami était aux anges. Il avait des amis formidables, l'homme qu'il aimait et tout ça réunit dans la maison de ses rêves, son havre de paix. Que pouvait-il vouloir de plus ? Finir ce roman, ce serait bien. La cerise sur le gâteau dans une vie qui commençait à ressembler à un conte de fées. Mais n'était-ce pas trop beau pour durer ? Vivait-il vraiment ce bonheur extraordinaire ? Lui appartenait-il ? N'allait-il pas se passer bientôt quelque chose de terrible qui allait tout lui arracher ? Il l'ignorait, mais Aomine se faisait un peu les mêmes réflexions. La vie pouvait faire de cadeaux splendides d'une main, mais de l'autre ne faisait-elle pas payer sa générosité ? Et le prix était parfois exorbitant. Il en savait quelque chose. Elle lui avait accordé Haruka et le lui avait cruellement repris. Pour mieux lui offrir Kagami peut-être. Mais rien n'était moins sûr. Chat échaudé craint l'eau froide dit le proverbe et il ne pouvait s'empêcher de ressentir un malaise diffus. Il avait cette crainte en lui comme une ombre sournoise prête à l'engloutir au moment où il sentirait enfin à l'abri. Était-il condamné à être toujours sur ses gardes ? À ne plus jamais avoir l'esprit tranquille ? Parce qu'il avait vécu la perte d'une personne essentielle à sa vie, il connaissait la dévastation que cela pouvait causer. Et il ne voulait plus jamais éprouver ça. Du moins, pas avant de très longues et très nombreuses années.

Kagami vit bien que son compagnon s'était un peu mis à l'écart. Il se doutait qu'il avait des pensées lugubres. Il passa derrière lui, l'entoura de ses bras et l'embrassa sur le front.

— Y a un gros nuage noir au-dessus de ta tête, lui chuchota-t-il.

— Ah… C'est rien, je songe encore à ta chute…

— À d'autres… t'es en train de te dire que tout ça c'est trop beau pour être vrai…

— Pourquoi j'penserais ça ?

— Parce que je commence à t'connaitre et que c'est exactement c'que j'étais en train d'me dire… Et que je sais pourquoi tu penses ça…

— Éclaire-moi…

— Plus tard… les gars vous partez déjà ?

Les deux couples et Furihata avaient décidé qu'il était temps de laisser Kagami et Aomine seuls. Ils s'étaient assurer que leur ami allait bien et ils étaient satisfaits. Ils avaient aussi compris que le correcteur avait emménagé pour quelques jours – ou plus – afin de prendre soin d'un idiot qui oublie de manger, au nom d'un roman qu'il voulait peut-être écrire dans sa totalité en moins de deux jours ? Un idiot doublé d'un crétin ! Ils se retrouvèrent seuls dans le silence paisible de la maison. Ils rangèrent le léger désordre et Kagami vint enlacer son compagnon en regardant le jardin par-dessus son épaule.

— Ton jardinier est un magicien, observa Aomine en posant ses mains sur les siennes pour les maintenir contre son ventre.

— Le vieux Takeda adore s'occuper de tout ça, il a la main verte… Je suis sûr qu'il doit avoir d'autres employeurs dans le coin…

— Comment tu te sens ?

— Je vais bien… T'es là… J'ai besoin de rien d'autre…

— T'as même pas allumé ton pc…

— Y s'ra toujours là demain… J'aimerais qu't'arrêtes de broyer du noir…

— Pourquoi tu dis ça ? enjoignit le correcteur en se retournant dans les bras du romancier pour le regarder dans les yeux.

— Parce que j'pense un peu la même chose… que c'est trop beau pour être vrai… que ça va pas durer…

— Tu peux pas m'en vouloir d'être inquiet…, se défendit Aomine.

— Non, j't'en veux pas, j'comprends… quand plusieurs bonnes choses nous tombent dessus, on a tendance à s'demander c'que ça va nous coûter, que ça peut pas être gratuit…

— C'est un peu ça…

— Alors écoute bien c'que j'vais te dire, déclara Kagami en déposant un baiser sur les lèvres qui le tentaient tant, on va profiter de c'qui nous arrive tant qu'on peut sans s'poser de question. Et s'il faut passer à la caisse, ben… on verra l'moment venu. J'suis fou amoureux de toi, je t'aime comme un dingue et j'veux qu'on fasse un bout d'chemin ensemble, le plus longtemps possible.

Les yeux cobalt se mirent à briller de larmes contenues soulignées par un sourire lumineux. Aomine venait d'entendre les mots les plus merveilleux du monde. Il embrassa Kagami avec une telle fougue que celui-ci éclata de rire. Mais cette fois, ils n'allaient pas en rester là. Leur première étreinte, juste avant le malaise de l'écrivain, était encore très présente à leur esprit. Et là, leurs corps les poussaient irrémédiablement l'un vers l'autre. Aomine relâcha sa prise et attrapa la main de l'auteur. Il le tira vers l'escalier dont il gravit les marches à reculons. Leurs yeux ne se quittaient pas, ils frissonnaient d'excitation. Le correcteur ouvrit la porte de la pièce, lâcha son hôte et retira son sweat dans le même mouvement.

— On va s'aimer pour la toute première fois, murmura Aomine, j'veux qu'ce soit dans ta chambre…

— On aurait pu le faire dans la tienne…, parvint à dire Kagami un rien de plaisanterie dans la voix et en le dévorant des yeux.

— Elle est beaucoup trop loin…, rétorqua son compagnon qui ne cachait plus son impatience

— T'es tellement…

Mais il ne put finir sa phrase. Une bouche vorace venait de se coller à la sienne. Le contact de la peau d'Aomine sous ses mains l'électrisa. Il retira son pull et agrippa le coude pour l'attirer à lui. Leurs peaux firent connaissance et propagèrent dans leurs veines un désir brutal et fulgurant. Chacun explorait l'autre avec ses mains, avec ses lèvres, avec sa langue, parfois avec douceur, plus souvent avec force. Ils goûtaient à leur saveur, respiraient leur odeur, s'enivraient de tout ce qui était l'autre. Soudain Kagami poussa Aomine qui rebondit sur le lit. Avec un rictus carnassier, il le surplomba et l'embrassa avec un rien de sauvagerie. Il pouvait être plus féroce encore. Il s'en alla à la découverte de nouveaux territoires à conquérir. Un gémissement d'une sensualité extrême glissa jusqu'à son oreille et le fit sourire alors qu'il malmenait un téton de la langue. Il retardait le moment où leurs corps se rencontreraient. Mais c'était sans compter sur l'envie de son compagnon qui retourna la situation d'un coup de reins.

— Moi aussi j'veux jouer…, souffla Aomine en débouclant leurs ceintures de pantalon l'une après l'autre.

Ce simple geste augmenta la tension qui régnait entre eux. Ce fut lui qui s'allongea sur ce corps brûlant, plaçant ses jambes de chaque côté des hanches de l'écrivain. Il remonta ses mains au-dessus de sa tête et l'embrassa à en perdre la raison. Il lécha toute la peau qu'il trouvait et dont la saveur salée lui fouetta les reins. Leurs désirs durs étaient encore prisonniers, mais Aomine commençait à s'impatienter. Il retira le pantalon de Kagami puis il se releva. Il ôta le sien et son sous-vêtement avec une lenteur calculée, un brin de folie dans les yeux. L'écrivain s'était redressé sur les coudes et ne ratait rien du spectacle. Le plus beau qu'il lui a été donné de voir de toute sa vie. Le corps qu'il avait devant lui était tout simplement magnifique. Il devinait la force qu'il renfermait juste en observant les muscles rouler sous la peau comme des dunes sahariennes ondoyant sous la caresse du vent. Cette peau mate faisait ressortir les creux et les sillons qui changeaient à chaque mouvement. Il était fasciné par ce grand fauve qui se préparait pour une chasse dont il était la proie. Oh oui, il voulait être dévoré. Son regard parcourut de haut en bas et inversement celui qui s'offrait à sa vue dans le plus simple appareil, avec une lenteur aguicheuse. Il tendit la main.

Il n'était pas dans les habitudes d'Aomine de faire un tel numéro de strip-tease, mais là, il avait eu envie de voir comment réagirait Kagami. Alors qu'il s'attendait à une réaction plus directe, voilà qu'il le dévisageait avec une expression en même temps sulfureuse et amoureuse. Être détaillé de la tête au pied était à la fois embarrassant et terriblement excitant. Ça, il ne pouvait pas le cacher quand bien même l'aurait-il voulu. Mais il n'avait pas honte de montrer qu'il désirait l'homme qu'il aimait et c'était réciproque à en juger par la déformation du sous-vêtement. Devait-il encore les faire attendre ou allait-il se laissait piéger par sa proie et en devenir une lui-même ? Il prit la main tendue et s'allongea sur Kagami qui roula sur lui en l'embrassant.

— Tu veux nous rendre fous ? sourit l'écrivain dans son cou en le mordillant.

— Complètement… anh, gémit Aomine alors que deux doigts s'occupaient de la chair érigée de son torse.

— En fait… je crois que… on est bien au-delà… de la folie…, murmura Kagami en faisant pleuvoir un déluge de baisers brûlants, de pincements piquants, de caresses gourmandes sur ce corps qu'il désirait toujours plus à chaque seconde.

— Au-delà de la folie… Carrément…

Le romancier descendait de plus en plus bas, sentant contre sa poitrine le sexe raide. Il savait que sa sensibilité était à son paroxysme tout comme la sienne. Il retira le dernier vêtement qui lui restait et poursuivit son exploration. La respiration d'Aomine était erratique, ses plaintes lascives. Les bras rejetés loin au-dessus de sa tête, il était complètement à la merci de son tortionnaire. Un grondement animal franchit ses lèvres et son corps se tétanisa lorsqu'il ressentit la langue de Kagami parcourir sa fierté de bas en haut en s'attardant sur l'extrémité plus que réceptive. Mais c'était compter sur ce diable d'écrivain qui l'engloutit jusqu'à la garde. Aomine se plia en deux sous l'effet terrible et si délectable de sentir cet écrin chaud et doux tout autour de lui. Son cri de surprise et de plaisir emplit la chambre et il faillit se répandre dans la bouche si affolante.

— Annh… doucement… merde… c'est trop bon…

— Doucement… répéta Kagami avec un sourire provocant.

— J'vais… j'vais pas tenir longtemps si tu continues comme ça…

— Et tu veux que j'continue comment ?

Il recommença la même chose sans attendre la réponse, récoltant d'autres petites plaintes. Tout en s'adaptant à cette forme phallique, Kagami jouait avec les muscles de sa gorge pour procurer une pression qu'il savait être d'une volupté inouïe. Et voir son amant se tordre de désir, admirer son corps tressauter au moindre coup de langue, tremblant d'impatience de sa prochaine flatterie, était un pur délice. Il ne se lassait pas de ses réactions. Il savait comment les provoquer, mais Aomine ignorait ce qu'il allait faire. Et cette ignorance rajoutait à la concupiscence qu'il éprouvait. Il était perdu si loin dans les limbes de sa passion, qu'il ne voulait plus rien ressentir d'autre. Seulement cette bouche qui le courtisait sans vergogne. Et elle appartenait à l'homme qu'il aimait, à celui dont il était amoureux. À cette pensée, il retrouva ses esprits et se redressa sur les coudes.

— Viens là…, susurra-t-il en passant sa main sur ce visage qu'il adorait pour l'attirer à lui.

— Ton genou… ça va aller ? s'enquit Kagami inquiet que son amant puisse se faire mal.

— Tu crois que ça peut me gêner ? Tu vas voir…

Ils échangèrent encore des baisers qui ne faisaient d'attiser l'incendie qui dévorait leur chair. Leurs ventres n'étaient qu'incandescence, leurs esprits ne concevaient que ce corps à corps, que le désir, le plaisir. Leurs cœurs battaient à l'unisson à un rythme effréné. Ils s'enlacèrent tête-bêche pour s'aimer à l'envers. Rien ne comptait plus que l'autre, seulement l'autre qui, en cet instant, était leur univers. Rien n'existait en dehors. Aomine put enfin se repaître de cette verticalité semblable à la sienne et entendre à son tour les gémissements de satisfaction. Il eut un hoquet quand une langue mutine et horriblement délicieuse s'égara sur son intimité. La sensation délectable l'encouragea à reproduire la même faveur pour un résultat identique. Les soupirs lascifs emplissaient les lieux. Ils étaient à la fois patients et pressés. Ils désiraient plus que tout que ce moment se prolonge indéfiniment, mais ils souhaitaient également atteindre la délivrance ultime pour mettre un terme à ce calvaire insupportablement enivrant que seul l'amour charnel permet d'obtenir.

Ils avaient perdu la notion du temps. Étaient-ils là depuis une heure ? Depuis des heures ? Allaient-ils tenir encore longtemps à supplicier leurs sens de la sorte ? Aomine se dégagea de l'étreinte de Kagami pour s'allonger sur le dos. Sa main s'empara de son sexe, et son regard planté comme une dague dans celui de son amant, il entama un lent mouvement de bas en haut. À cet instant, il était la luxure faite homme. Un désir sauvage cravacha les reins de Kagami qui tendit le bras vers le tiroir du chevet. Après avoir trouvé ce qu'il cherchait s'en être servi, il surplomba son compagnon et l'embrassa à en devenir fou. Il prit leurs érections dans sa main et les caressa ensemble. Des cris, des plaintes, des mots incompréhensibles sortirent de leurs bouches qui s'écrasaient l'une sur l'autre, complètement folles et avides. Mais Aomine ne l'entendait pas ainsi et inversa leur place pour le chevaucher. Il fit glisser la colonne de chair entre ses fesses, jouant des hanches tout en poursuivant sa flatterie en solitaire. Puis il ne bougea plus. Il l'encouragea du regard à se perdre enfin entre ses reins. Soudain son souffle se bloqua dans sa poitrine pendant de longues secondes.

L'union de leur corps se fit les yeux dans les yeux.

Ce fut un moment d'une intense communion physique et sentimentale. Leurs esprits étaient en pause, seul l'instinct les guidait. Ils entamèrent une danse venue du fond des âges, jamais apprise, mais toujours connue. Aomine avait la bouche entrouverte sur un cri muet incapable de détacher son regard de son amant. Il reprit son souffle avec une violente inspiration quand Kagami fit un léger mouvement. Il se tendit comme un arc, laminé par la vague de plaisir qui lui dévasta les reins. L'écrivain recommença en grondant l'excitation qui irradiait de son bas-ventre pour se répandre dans tout son être. Il regardait l'homme entre ses bras qui n'était plus que plaintes lascives, soupirs d'une folle sensualité, cris et sursaut de surprise lorsqu'il toucha enfin son paradis intérieur. Les mouvements devinrent plus vifs, ils n'étaient même plus capables d'avoir une pensée cohérente. Ni l'un ni l'autre n'avait jamais éprouvé un tel bonheur. Est-ce à dire que les sentiments sont cruciaux pour atteindre un plaisir aussi voluptueux ? À l'évidence. Aomine avait ressenti quelque chose de similaire, mais bien loin de cette violence délicieuse qui le ballotait comme une feuille dans une tornade. Cette jouissance était si forte qu'elle en était presque douloureuse. Mais pas au point de vouloir la faire cesser. C'était une souffrance effroyablement exquise.

— Ao… Aomine…, balbutia Kagami quand de la lave remplaça le sang dans ses veines.

— Aime-moi… aime-moi…, gémit son amant, une grimace de volupté sur ses traits sublimés par le plaisir qu'il éprouvait.

— Je t'aime tellement…

Le romancier se redressa pour enlacer ce corps qui se mouvait si bien sur lui, ondulant pareil à une liane souple. Il dégageait un tel magnétisme animal qu'il ne pouvait en détacher ses yeux. Il embrassa cette peau devenue moite et luisante, la mordillant parfois pour mieux la goûter. Il pétrissait les fesses rondes qui se contractaient à chaque fois qu'il revenait entre ses reins comme les vagues sur la grève. Mais à mesure que le temps passait et que leur désir s'intensifiait, ces vagues grandissaient et ressemblaient de plus en plus à un tsunami. Jamais il n'aurait cru connaître un bonheur aussi ineffable. Il ne l'aurait même jamais imaginé tant c'était au-delà du divin. Il en voulait encore plus. Il se rallongea, entraînant Aomine avec lui. Il le serrait si fort que ses bras lui faisaient mal, mais il n'y eut aucune protestation. La chambre débordait d'un érotisme fiévreux et magnifique qui semblait rayonner sur toute la maison. Vue de l'extérieure, la demeure aurait pu paraitre enveloppée d'une lumière chaude et battant au rythme de leurs deux cœurs. Une zone visible seulement pour les initiés, pour ceux qui connaissent et vivent leur amour de tout leur corps, de toute leur âme. Ce sentiment si fort qu'il transcende la notion même de vie et de mort.

Les deux hommes basculèrent sur le côté poursuivant toujours leur quête du plaisir absolu pour se guider mutuellement vers lui et y succomber dans une explosion de sensations sublimes. Mais ils résistaient encore tout en sachant qu'il leur faudrait abdiquer devant cette force implacable. Malgré l'ouragan qui les dévastait, ils avaient l'esprit étonnamment clair. Ils savaient exactement ce qu'il voulait et comment l'obtenir. Et ils s'y employaient de toutes leurs forces. Aomine se libéra pour mieux revenir contre Kagami, plaçant son dos contre sa poitrine. Ils s'emboîtèrent parfaitement, comme les pièces d'un puzzle. Le romancier reprit ses mouvements puissants tout en frôlant cette glorieuse et arrogante érection qui réclamait maintenant une attention de tous les instants. Le moindre effleurement arrachait des exclamations de volupté à Aomine qui ruait dans ses bras, tel un étalon sauvage. Il pilonnait impitoyablement la source interne de son plaisir à chacun de ses retours. De sa main il enveloppa le sexe dur qu'il caressa au même rythme que ses hanches dont il amplifia la cadence.

Le cri qui déchira la gorge d'Aomine quand la jouissance ultime le ravagea, se planta dans le cœur de Kagami et s'y enracina à tout jamais. Il fut pris de soubresauts incontrôlés, son souffle était entrecoupé comme s'il peinait à retrouver sa respiration après un effort particulièrement intense. Son esprit fut incapable d'assimiler tout ce qu'il percevait pendant quelques secondes. Les mouvements de son amant entre ses reins prolongèrent son plaisir jusqu'à ce qu'à son tour, il succombe à la puissance de l'orgasme qu'ils n'avaient eu de cesse de poursuivre. Et qu'ils avaient enfin rattrapé. Il resserra ses bras comme les mâchoires d'un étau et son propre feulement s'étouffa dans le cou d'Aomine. Deux grondements magnifiques à quelques secondes l'un de l'autre.

Leurs corps se détendirent et leurs respirations se calmèrent lentement. Des vagues intermittentes de bien-être les traversaient et les faisaient frissonner. Leurs mains furent les premières à retrouver leur mobilité en venant caresser tendrement leurs peaux. Les limbes du plaisir enveloppaient encore leurs esprits. Kagami glissa naturellement hors du corps de son amant qui se retourna pour lui faire face. Ils s'embrassèrent avec beaucoup de douceur, les yeux dans les yeux se murmurant des mots qui n'appartenaient qu'à eux seuls. Ils restèrent de longues minutes ainsi s'observant, se cajolant, se chuchotant leur amour du bout des lèvres.

— J'avais imaginé ce moment… si souvent, commença Aomine, mais j'étais loin du compte…

— La réalité est bien plus belle, fit Kagami en enfouissant sa main dans les cheveux aux reflets bleutés.

— C'est toi qui la rends belle… sourit le correcteur en attirant son amant contre lui.

Cette tendresse fit ressurgir leur désir seulement endormi. Il ne lui fallut pas longtemps pour dominer leur chair à nouveau. Sa brûlure se propagea dans leurs veines à la vitesse d'un feu de brousse sans que rien ne puisse l'arrêter. Aomine se coula, souple comme un chat, entre les cuisses qui s'ouvrirent pour l'accueillir avec impatience. Il se reput de cette virilité et de ses bourses jusqu'à voir la folie traverser les yeux grenat qui semblaient le supplier, mais il lui refusa cet assouvissement. Kagami s'assit et prit le visage de son amant entre ses mains pour bien lui faire comprendre ce qu'il voulait. Mais il ne dit rien. Il se contenta de l'embrasser puis il s'allongea sur le ventre et replia la jambe. Le message était clair. Avec une agilité toute féline, Aomine rampa sur le dos qui s'ornait de petites griffures. Il sourit, bien conscient qu'elles étaient de son fait. Il déposa une myriade de baisers sur les épaules, le cou, le long de l'échine pour remonter et recommencer. Il pressait son érection contre les fesses rondes et charnues qui venaient à sa rencontre.

La fusion de leur corps embrasa leur désir une nouvelle fois. Aomine crut mourir de bonheur d'être entouré d'une telle étroitesse chaude et moite. Kagami eut le souple coupé. Il resta la bouche ouverte pendant quelques secondes. Il n'avait pas souvent été à cette place, mais il devait s'avouer qu'il pourrait bien revoir ses préférences. Le picotement disparut et d'un mouvement, il s'offrit totalement à son amant. Il le sentit se retirer comme les vagues sur le sable pour mieux revenir, ferme et puissant. Les caresses, les baisers se succédaient sans schéma réel, faisant plus appel à l'instinct qu'à une quelconque réflexion. Ils ne faisaient que ce qu'ils avaient envie de faire, rien d'autre. Le romancier se souleva sur les genoux et là, leur corps à corps devint plus frénétique, plus sauvage encouragé par leurs gémissements exaltés, et leurs souffles de plus en plus irréguliers.

Le mouvement suprême, le cri sublime. Kagami crut perdre définitivement la raison. Lui aussi avait un paradis intérieur que son amant venait de trouver et il s'obstinait à y revenir. C'était un véritable supplice dont il ne voulait pas être libéré. Il désirait rester prisonnier de son tortionnaire à tout jamais. Il se redressa et Aomine le tint contre lui, plongeant toujours plus loin dans ce corps à qui il vouait désormais une adoration sans limite. Ses caresses laissaient des rivières de feu sur la peau sensible. Le moindre effleurement la faisait réagir et Kagami grondait de plaisir. État-il possible de garder l'esprit sain après avoir éprouvé tant de sensations à la fois puissantes et douces ? Fortes et suaves ? La sensualité qui transpirait de cette union charnelle avait atteint des sommets inexplorés pour aucun d'eux.

Il aimait se sentir ainsi à la merci du bon vouloir de son amant, qui se délecter de ses plaintes. Il savait que cet échange allait être plus long. Ils s'étaient déjà épanchés une première fois et là, ils pouvaient faire durer les choses encore plus longtemps. Ils le pouvaient, mais le désiraient-ils ? La main sur sa turgescence le frustrait au possible en passant d'un attouchement léger à une caresse plus rapide. Les changements de rythmes étaient diaboliques et lui ôtaient toute possibilité de s'assouvir. Alors qu'il y était presque, Aomine ralentissait. C'en était presque désespérant.

— J't'en prie… finit-il par supplier son bourreau.

— Tourne-toi… j'veux te voir…

— Je suis tout à toi…, souffla Kagami en roulant sur le dos comme un tigre alangui.

— T'es c'qui m'est arrivé de mieux dans la vie, ronronna Aomine en se calant entre les cuisses qui s'écartèrent avec avidité.

Le romancier passa sa jambe sur le dos de son amant qui joignit leur corps une fois de plus. Leurs gémissements se firent écho et ils se ruèrent à nouveau à la recherche de la jouissance ultime. Leur désir se fit ardent, leurs mouvements sauvages. Leurs regards ne se quittaient plus. Leur peau brillait de sueur, leurs respirations haletantes devenaient de plus en plus bruyantes. Kagami ne s'appartenait plus. Il renonça à comprendre ce qui lui arrivait, profitant simplement de ce que lui offrait Aomine : le plaisir incommensurable de l'amour charnel.

— Encore…, ânonnait-il sans discontinuer, encore… annh…

— J'arrêterai… jamais…

— C'est… c'est bon… plus vite…

Il se tendit à s'en faire craquer l'échine tant son plaisir fut violent. Il se répandit sur son ventre, à peine eut-il effleuré sa virilité. Ses cris déchirèrent l'intimité de la chambre. Il fut pris de sursauts, presque des convulsions, tant la force de son orgasme fut immense. Aomine ne put se retenir plus longtemps vaincu par les contractions. Voir ainsi son amant perdre pieds à cause ou grâce à ce qu'il lui avait fait subir, eut raison de sa résistance. Un feulement sortit de sa gorge pour aller se perdre sur les lèvres de Kagami qui peinait à reprendre son souffle. Il s'écroula sur lui, désarticulé comme une poupée de chiffon. Il retira son préservatif et se lova entre les bras qui l'enlacèrent d'un geste possessif.

— Qu'est-ce qui nous est arrivé ? entendit Aomine.

— Je t'aime et tu m'aimes… c'est tout…, répondit celui-ci dans sourire.

— Attends… Y peut pas y avoir que ça… C'était trop…

— Trop bon ? Trop fort ? Trop intense ? énuméra le correcteur en souriant.

— Oui et encore plus que ça…

— Ben c'est peut-être c'qui nous attend à chaque fois…

— Je veux bien, fit Kagami avec un petit rire en roulant sur le corps de son amant pour s'étourdir de baisers.

Ils ne poussèrent pas plus loin leurs réflexions. Le sommeil les faucha comme les blés mûrs…

À suivre…

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