Disclaimer : L'univers de Kuroko no Basket que vous reconnaitrez aisément appartient à Fujimaki Tadatoshi. L'auteur me le prête très aimablement pour que je m'amuse avec et je ne retire aucun profit de quelque nature que ce soit de son utilisation si ce n'est le plaisir d'écrire et d'être lue.
Note de l'auteur : Je veux remercier du fond du cœur ma béta-lectrice, Futae qui s'est servie de son "Eagle Eye" (fallait que j'la case celle-là ! ^^) pour corriger cette histoire et me conseiller. C'est grâce à son enthousiasme, ses encouragements et son sens de l'analyse et de la critique sans détour, que cette histoire a pu voir le jour.
Note importante : j'avais décidé de retirer toutes mes histoires de ce site suite à ce que je pense être un piratage. Je me suis laissée convaincre de les remettre, mais malheureusement ce site fonctionne tellement mal que je n'ai pas pu toutes les récupérer. J'ai donc décidé de les reposter. Si vous les lisez et qu'elles vous plaisent, n'hésitez pas à le dire, ça me fera plaisir et ça me remontera le moral même si les commentaires ne seront pas les mêmes qu'à l'origine.
Shadow : Après 20 chapitres, il était temps ^^. Oui, c'est très chaud (en même temps ce ne serait pas eux, hein ? ^^) Dans toutes mes histoires, je mets en avant la profondeur des sentiments et le respect de l'autre. Après, il peut ne pas y avoir de sentiments, mais toujours du respect. Pour moi, c'est une condition sine qua non. Et les amis qui viennent prendre des nouvelles, c'est normal. Sinon, ce ne serait pas des amis. J'ai ouvert les vannes, ils vont s'en donner à cœur joie. Merci pour ta review et ta fidélité. Voici la suite, bonne lecture.
Le roman de notre histoire
Chapitre 21
Quand Kagami s'éveilla, les souvenirs de la veille lui revinrent immédiatement en mémoire. Il n'eut pas besoin de quelques secondes pour se rappeler où il était ni comment il était arrivé là. Il s'étira comme un chat pour chasser le sommeil de son corps et resta alangui quelques minutes. Contre son bras, il sentait celui d'Aomine et un rictus amusé se dessina sur sa bouche. Il tourna la tête et regarda son amant dormir. Il était beau, le visage détendu, les lèvres légèrement ouvertes d'où s'échappait un adorable petit ronflement. Il lui fit face et caressa sa joue avec le dos de son doigt. Il souleva la couette et sourit. Et pourquoi pas ?
Il se glissa discrètement sous le drap en évitant de faire trop bouger le matelas et se rapprocha de l'objet de son désir. Il posa sa main sur la toison et prit la virilité endormie dans sa bouche. Aomine se tortilla un peu, mais ne se réveilla pas. Il s'activa lentement, tout en surveillant les réactions qu'il provoquait. Le sexe s'éveilla avant son propriétaire et commença à présenter une fermeté intéressante. Il osa une caresse sur les bourses et là Aomine remua davantage, mais il ne fallait surtout pas qu'il se tourne sur le ventre. Kagami intensifia ses mouvements en voyant le visage se tendre certainement de plaisir et Aomine n'allait pas tarder à ouvrir les yeux.
— Eh… Mais… Oooh…
— Bouge pas, imposa l'écrivain en plaquant sa main sur le torse de son amant pour qu'il ne se redresse pas.
— Mais… mmh… nom d'un chien… C'est bon…
Kagami poursuivit sa fellation, s'évertuant à rendre complètement fou cet homme qu'il aimait tant jusqu'à ce qu'il se répande dans sa bouche en crispant ses doigts dans les cheveux aux mèches rousses avec un long gémissement de jouissance. Il remonta pour un baiser profond, il lui fit découvrir sa propre saveur. Aomine souriait sous ses lèvres.
— T'es dingue de faire ça…
— Pourquoi ? T'as pas aimé ?
— Bien sûr que si, idiot…
— J'vais prendre une douche et j'prépare le p'tit-déj, déclara Kagami en sortant du lit particulièrement en forme comme put le constater Aomine en l'observant s'éloigner entièrement nu.
Le correcteur roula dans le lit comme un gros matou encore ensommeillé et regarda par la fenêtre. Le ciel était couvert, mais rien ne viendrait entamer cette journée qui avait si bien commencé. Qu'est-ce que c'était bon d'être dorloté comme ça ! Il entendit l'eau couler dans la salle de bain et se leva à son tour. Il entra discrètement dans la pièce et s'incrusta dans la douche en enlaçant Kagami.
— Oh… t'es à nouveau en forme, le provoqua l'écrivain en se pressant contre le sexe dont il sentait la raideur sur ses fesses.
— Pas d'raison qu'tu t'amuses et pas moi…
— Vas-y, te gêne surtout pas…
Aomine ne se le fit pas dire deux fois. Il ceintura son amant d'une main pour le plaquer contre lui et de l'autre, il commença à caresser cette arrogance qui s'impatientait en haut des cuisses musculeuses tout en dévorant ses épaules et son cou. Kagami eut un grondement fauve et rejeta la tête en arrière. Il appuya ses poings contre la paroi et se laissa envahir par le plaisir. La vapeur de l'eau chaude les enveloppait comme un cocon protecteur, les isolant du monde. Ils se mirent à gémir et leurs mouvements se firent plus ardents. Kagami se retourna et s'empara de leurs sexes pour les cajoler ensemble jusqu'à atteindre la jouissance qui les éblouit. Tenant à peine sur leurs jambes, ils reprirent leur souffle lentement et finirent de se laver.
Kagami prépara une soupe miso, une omelette et Aomine s'occupa du riz. Ils mangèrent sur l'îlot de la cuisine en se donnant la béquée, riant, heureux comme jamais ils ne l'avaient été.
— Va falloir que j'passe au bureau, fit Aomine en terminant son bol.
— Et ton chat ?
— Je vais aller chez moi pour prendre d'autres fringues et lui donner à manger.
— Dis… j'veux pas précipiter les choses, ni que tu crois que j'veux changer tes habitudes ou t'obliger à quoi que ce soit, mais… si tu venais ici quelque temps avec Corail ?
— Tu veux que j'emménage ? fit Aomine interloqué.
— J'ai bien compris que… que tu voulais me surveiller…
— Non, se défendit Aomine, le médecin a dit que tu devais pas rester seul par précaution, c'est pas d'la surveillance… c'est d'la prudence…
— Je sais et j'suis d'accord… Alors juste pour quelques jours, ça t'éviterait de faire des allers-retours et Corail risque de se sentir abandonné s'il te voit moins souvent… Moi je suis toujours là, y s'ra pas seul…
— Et Jade ? Ça va être la guerre entre les deux…
— Corail va pas trop sortir au début, c'est un chat d'appartement, mais il s'habituera quand il verra faire Jade et ils finiront par se connaître.
— Voilà c'que j'vais faire… J'vais passer chez moi pour remplir sa gamelle, je fais un saut à Touou et je le ramène ce soir. D'accord ?
— Parfait… sourit l'écrivain, ravi de constater que son idée n'avait pas été rejetée en bloc sous prétexte qu'ils venaient tout juste de se mettre ensemble.
Soudain, ils virent Jade traverser la chatière comme une furie et filer sous l'étagère d'un tokonoma, dans une attitude effrayée. Ils se regardèrent surpris, se demandant quelle mouche avait bien pu piquer la minette. Et c'est alors qu'ils la ressentirent. Une faible vibration qui s'amplifia en un petit tremblement à peine plus fort. La maison fut parcourue d'un lourd frisson comme si elle eut été vivante, mais rien ne tomba des étagères et les luminaires vacillèrent à peine.
— Tu crois qu'c'est nous ? plaisanta Kagami en accompagnant son amant jusqu'à la porte.
— Non, pas assez fort, blagua Aomine. On a fait mieux qu'ça cette nuit…
— Pas faux…
— Tout juste deux sur l'échelle de Richter…
— Mouais… Entre deux et trois j'dirais…
— J'y vais, ça risque d'être un peu la pagaille en ville…
— Sois prudent…
Après plusieurs baisers échangés, Aomine quitta la maison. Kagami inspecta toutes les pièces pour repérer d'éventuelles fissures dans les cloisons et dehors il fit le tour de la demeure pour regarder si les murs n'étaient pas endommagés. Il ne vit rien. Rassuré, il rangea la cuisine et chercha Jade qu'il trouva au même endroit.
— Ben alors mon bébé, fit-il en la caressant, tu l'as senti avant tout le monde, hein ? C'est fini, c'est pas la première fois pourtant…
Il la reposa et constata qu'elle était moins apeurée. Il s'assit à son bureau et alluma son ordinateur. Il ne l'avait pas fait depuis quatre jours et sa boîte mail devait être remplie de spam. Il envoya également des SMS à son père et ses amis pour avoir de leurs nouvelles et donner des siennes. Même Hyuga, le superviseur des éditions Seirin, en reçut un. Tous répondirent qu'ils allaient bien et c'est l'esprit serein qu'il se mit au travail.
Tokyo et tout le Japon en général étaient régulièrement ébranlés par de microséismes. L'île et toute la région étaient au croisement de quatre plaques tectoniques. Les tremblements de terre étaient habituels et les Japonais avaient appris à vivre avec cette menace en construisant des structures résistant aux fortes secousses, bien que cela n'empêchât pas de lourds dégâts, mais également en appliquant des procédures d'alertes élaborées avec précision et en faisant périodiquement des exercices d'évacuations et de mise en sécurité. Ainsi, ils minimisaient les pertes humaines. Et leur capacité à déblayer et rebâtir était impressionnante. La population accoutumée à ces petits séismes ne s'affolait pas plus que ça même s'il y avait, malgré tout, des perturbations dans la vie de tous les jours. Nul doute que les radios et les chaînes d'infos allaient relayer l'évènement et passer en boucle les messages d'appel au calme et à la prudence.
Aomine n'échappa malheureusement pas aux embouteillages dus à la secousse sismique. Il contacta sa secrétaire pour prévenir qu'il serait certainement en retard et après plus de deux heures dans les bouchons il arriva à Touou. Il envoya un message à Kagami pour le rassurer et alla directement à son bureau. Il vérifia ses courriels et en trouva un de Furihata avec quelques chapitres de son nouveau roman, un polar fantastique. Curieux, il lut le résumé et plusieurs pages et fut enthousiasmé par l'idée. Il transféra le mail à Wakamatsu, le chef du département Policier et Thriller Fantastique, avec une recommandation positive. Il appela Matsuoka pour savoir où en était le ivre de Momoi. Il ne la supervisait plus, mais il gardait un œil sur elle. La jeune femme avait un talent énorme et, correctement exploité, il pourrait lui valoir des récompenses littéraires. Il termina de vérifier ses courriels et envoya tout ce qui concernait Le prix de la Liberté dans son espace personnel du serveur de Touou. Il avait dans l'idée de prendre son portable et de travailler chez Kagami en récupérant tout ses documents. Il appela Harasawa qui était arrivé un peu avant lui et le rejoignit dans son bureau.
— Ça va ? Pas de casse ? s'enquit le PDG en lui proposant une boisson chaude.
— Non, c'était une toute petite secousse, et toi ? demanda Aomine en s'asseyant face à son patron
— Plus de peur que de mal… Comment va ton poulain ?
— Bien, plus de peur que de mal aussi… Justement, je m'installe quelques jours chez lui, j'ai pris tout ce dont j'ai besoin pour bosser…
Harasawa l'observa et comprit immédiatement la situation en le voyant éviter son regard. Mais quel crétin ! Comment avait-il pu se faire piéger ainsi ? Une fois ne lui avait pas suffi ? Il s'assit dans le canapé et but une gorgée de son thé.
— Écoute-moi, Daiki, commença son patron en l'appelant par son prénom, signe qu'il était très sérieux. Quand t'es arrivé ici, t'étais un vrai zombi. Tu venais de perdre tes coéquipiers et ton petit ami, mais quelque chose en toi m'a poussé à t'embaucher… T'étais encore en rééducation et ça a été un enfer, mais tu t'es accroché et tu t'en es sorti… J't'ai vu te débattre pour garder la tête hors de l'eau…
— Où tu veux en venir ? l'interrompit le correcteur dans sa tirade.
— J'veux pas qu'tu replonges parce que t'auras le cœur brisé encore une fois… Je sais pas comment c'est arrivé vous deux, mais j'ai pas envie que tu souffres encore parce que j'ai peur que cette fois tu t'en remettes pas…
— Ça n'arrivera pas…
— Je l'espère de tout mon cœur... T'étais dans un sale état et j'veux pas qu'ça recommence, tu comprends ?
Aomine sourit et son regard brilla d'affection. Il avait démarré en bas de l'échelle. Il s'était lancé à fond dans ce boulot. Ça avait été une thérapie pour lui et, cerise sur le gâteau, il adorait ce qu'il faisait. Ces compétences s'étaient rapidement développées et il avait gravi les échelons jusqu'à se voir offrir un poste de chef de département. Et il s'était senti comme un poisson dans l'eau. Il devait beaucoup à Harasawa et il ne voulait pas le décevoir.
— Rassure-toi, ça n'arrivera pas, parce que j'ai rencontré l'homme de ma vie…
— Et toi ? Es-tu l'homme de la sienne ?
— Oui…
Cette simple affirmation, sans exagération, sans grandiloquence, sans insistance sur les mots ou le ton de la voix, cette certitude sans faille, fit prendre conscience au PDG de Touou que le meilleur joueur de son équipe allait devenir encore meilleur. Cette rencontre avec cet écrivain pourrait bien être ce qui était arrivé de mieux à Aomine et à Touou.
— Très bien, va pour le télétravail... Mais j'aimerais quand même que tu passes ici ou moins deux fois par semaine pour qu'on fasse le point sur le roman de Kagami de vive voix…
— Si tu veux…
— Venez tous les deux, on discutera tous ensemble…
— J'ai reçu aussi quelques chapitres de Furihata… Tu t'rappelles de lui ?
— Rafraichis-moi la mémoire ?
— Auteur de romans policiers, il a été agressé, c'est un ami de Kagami…
— Ah oui… Et alors ?
— J'ai transféré son mail à Wakamatsu... Ça ressemble beaucoup à du thriller fantastique…
— T'as bien fait… On a récupéré plusieurs écrivains de Rakuzan. Des gars connus. On va ouvrir un nouveau département de littérature érotique… On va éditer Moriyama Yoshitaka (1). Il écrit des polars érotiques et y a ceux de Kagami aussi… Je pense que Suza (2) sera très bien pour gérer ce département…
— C'est une promotion pour lui et il s'entend bien avec Imayoshi… Tu pouvais pas mieux choisir… Par contre Kise risque d'être un peu débordé, non ?
— J'ai fait publier des offres d'emplois pour le seconder… Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?
— J'ai tout envoyé sur mon cloud... Je vais passer prendre mon chat, mon portable, des fringues et je retourne chez Kagami…
— Sois prudent, il doit y avoir encore des embouteillages, le mit en garde Harasawa, mais sa phrase sous-entendait de faire également attention à ses sentiments alors qu'Aomine se levait pour partir.
— T'inquiète, ça va aller, lui répondit-il avec un petit sourire. Et merci… pour tout…
Une fois chez lui, Aomine envoyant un autre message à Kagami qui lui répondit : fais gaffe, je t'aime. Il sentit son cœur se gonfler de bien-être. Il fit rapidement un sac où il mit la nourriture pour son chat, sortit son panier de transport, le mit dedans, sans oublier son ordinateur portable et repartit chez son romancier, parce que oui, maintenant c'était le sien. En arrivant, il s'aperçut qu'il s'était absenté presque quatre heures. Kagami vint l'aider en prenant son sac pour le monter dans leur chambre et il le rejoignit pour faire la connaissance de Corail.
— Il est trop beau, s'exclama l'écrivain en caressant doucement le chat qui semblait un peu effrayé par son nouvel environnement.
— Y va faire son timide, mais y cache bien son jeu, hein, mon gros ?
— Faut lui laisser un peu de temps… Jade va être surprise…
— J'espère que ça va pas être la guerre entre eux…
— On verra, t'inquiète pas… Viens un peu par ici, toi…
Kagami l'attrapa par la nuque et l'embrassa goulûment. Aomine le poussa contre l'îlot de la cuisine et pressa leurs corps dont le désir s'était raffermi presque instantanément.
— Va falloir qu'on remplisse nos… mmh… nos poches de capotes si on doit faire ça n'importe où n'importe quand… anh…
— Comme ça, tu veux dire ? sourit Kagami en sortant un préservatif de son pantalon.
— T'avais prévu ton coup ! éclata de rire Aomine, mais il se rembrunit devant l'air sérieux de son amant.
— Prends-moi… maintenant…
— À tes ordres…
Alors qu'il ne s'y attendait pas du tout, Kagami fut fermement retourné contre l'îlot et son survêtement baissé sur ses chevilles. Aomine mit le préservatif, glissa son sexe entre les fesses fermes et se frotta de haut en bas. Le romancier haletait, son désir était douloureux, mais son excitation faisait fi de ce détail. Il sentit une pression sur son intimité et alla doucement à sa rencontre. Son corps s'ouvrit pour accueillir l'intrus. Un grondement fauve résonna dans sa poitrine tandis qu'un long gémissement s'égara dans sa gorge. Aomine fit de petits mouvements pour habituer son écrivain à sa présence, mais Kagami allait vers lui avec une certaine brutalité. Il comprit qu'il souhaitait une étreinte plus sauvage. Très bien, qu'à cela ne tienne, il allait lui donner de la sauvagerie. Ses coups de reins devinrent plus rapides et durs. Les cris qu'il récolta furent plus éloquents que tous les mots. Il força son amant à coucher son torse sur l'îlot en le maintenant d'une main sur la nuque ahanant à chacun de ses retours dans cette étroitesse brûlante. Il le bloqua avec son corps et accéléra la cadence de ses hanches et de sa main sur la virilité de Kagami qui gémissait sans discontinuer jusqu'à ce qu'il se répande posant son front sur le marbre froid du plan de travail, tétanisé par son orgasme. Soudain, il se libéra d'Aomine, se tourna, lui ôta le préservatif, s'agenouilla et le prit dans sa bouche. Le correcteur s'appuya des deux mains sur l'îlot et sa jouissance lui coupa le souffle quelques secondes quand il se déversa enfin dans la gorge qui l'avait si bien enveloppé. Il tomba à genoux aux côtés de son amant toujours au sol.
— Ça va ? murmura Kagami en le prenant dans ses bras.
— J'sens plus mes jambes…, fit-il avec une grimace de plaisir.
— Tu m'as manqué, j'ai pensé à ça tout le temps où t'étais pas là…, avoua le romancier en l'embrassant.
— Tu m'as manqué aussi…
Ils finirent par se lever. Ils s'embrassèrent et se blottirent dans les bras l'un de l'autre lorsqu'ils entendirent un bruit inhabituel et surtout inattendu.
— Merde ! Les chats ! s'écria Aomine en filant vers l'endroit d'où provenaient les grondements.
Ils virent Jade, le poil hérissé en train de feuler sur Corail qui s'était réfugié sous une chaise. Même s'il était plus massif, il n'en menait pas large comme s'il savait que c'était lui, l'intrus.
— Bon… ben c'est pas gagné, constata Kagami avec dépit.
— Tu sais quoi ? Ils s'ignoreront et de temps en temps, y s'gueuleront dessus… Ils finiront par s'habituer…
— T'as raison… Je vais préparer le dîner, donne-moi la pâtée de Corail, je vais lui en mettre dans une assiette, il faut qu'il sente qui peut avoir confiance…
— C'est dans mon sac, je vais te chercher ça et je prendrais une douche après…
Aomine revint avec une boîte et son ordinateur portable. Kagami lui proposa de s'installer sur son bureau en face du sien et lui donna le code d'accès au wifi. Le correcteur passa par la salle de bain et se concentra sur la récupération de ses documents. Le romancier prépara le repas, avec un sourire béat sur les lèvres. Ainsi commença leur vie de couple…
Depuis que Nebuya avait agressé Higuchi et que Nijimura avait temporairement rendu la direction des éditions à Akashi, les choses s'étaient stabilisées. Les nouvelles conditions accordées aux écrivains étaient plus avantageuses et leur donnaient plus de marge de manœuvre. Ils avaient perdu de nombreux d'auteurs qui s'étaient séparés de Rakuzan au terme de leur contrat, mais il y en avait également des nouveaux, attirés par une plus grande liberté dans leur choix de genre. Si un auteur voulait passer du polar à la fantasy, il pouvait le faire. Avant Akashi ne voulait pas ce genre de changement, c'est pour cela qu'il avait refusé Le prix de la Liberté, mais depuis, il avait revu sa copie. Contraint et forcé, certes, mais finalement c'était une bonne chose. Et il regrettait de n'avoir pas été plus souple, en particulier avec Kagami. Peut-être que le romancier serait encore chez Rakuzan. Mais là encore, ce qui était fait était fait.
Quelques mois auparavant, Akashi avait parlé de créer un département Science-Fiction et Heroic Fantasy. Les évènements ne lui avaient pas permis d'initier ce projet et récemment il en avait discuté avec Hayama pour faire marche arrière peu après. Mais là, il ne voulait plus attendre parce que son dessein avait évolué. Il s'était installé chez Mibuchi et en dehors des heures qu'il passait au bureau, il mettait en place l'idée qu'il avait eue. Et il savait que ça allait contrarier beaucoup de monde à commencer par Nijimura et son parrain, Shirogane. Mais il n'en démordrait pas. Sa décision était prise et c'est ce dont il souhaitait parler à ses deux amis.
— Hayama sera bientôt là, déclara Mibuchi en regardant l'horloge murale de la cuisine, au-dessus du micro-ondes.
— Il devait faire le point sur plusieurs campagnes promotionnelles…
— Higuchi n'a toujours pas repris l'boulot…
— Y devrait plus tarder… Nijimura m'a dit qu'il était en télétravail depuis une semaine, mais qu'il avait bien l'intention de revenir au bureau, l'informa Akashi tout en pianotant sur son ordinateur.
— Tu lui as quand même bien facilité la tâche, il va s'en attribuer tout l'mérite, rétorqua son compagnon d'un ton méprisant.
— Peu importe, mon projet est bien plus essentiel…
— J'ai hâte que tu nous en parles…
— Vous connaissant comme je vous connais, vous s'rez pas déçu, sourit le PDG en titre seulement de Rakuzan.
— Ah désolé ! s'écria Hayama en faisant irruption dans l'appartement de ses amis. Ça n'en finissait plus !
— Tu veux une bière ?
— Avec plaisir… Alors ? De quoi tu veux nous parler ?
— J'viens de commander notre dîner en ligne, j'ai pris comme d'habitude…
— Et si tu nous disais tout maintenant ?
— Très bien. Asseyez-vous, c'est plus prudent, fit Akashi l'ombre d'un sourire sur son visage. Je vais vendre mes parts de Rakuzan…
Si le sol s'était déchiré sous leurs pieds pour les engloutir dans une tempête de flammes infernales, ça les aurait moins surpris que ce que venait de leur dire leur ami. Ils en restèrent muets de stupeur. Hayama avait ouvert la bouche, mais aucun son n'en sortit et Mibuchi souriait avec un air niais sur le visage. Effectivement, il valait mieux qu'ils soient assis.
— C'est une blague ? demanda le promoteur, complètement incrédule.
— C'est un test, c'est ça ? fit le superviseur en pointant du doigt son amant.
— Pas du tout... Tout est presque terminé, je n'ai plus qu'à vendre mes parts et entrer en possession de l'héritage de ma mère...
La mère d'Akashi était l'unique héritière d'un important groupe de métallurgie pesant plusieurs milliards de yens qui reviendrait à son fils. Elle avait bien compris que Seijuro allait être formaté par son père pour entrer dans le moule des Akashi. Aussi avait-elle voulu lui ménager une porte de sortie. Comme elle ne pouvait pas le déshériter, elle décida que quatre-vingt-quinze pour cent de son héritage soit dispersé dans différentes associations d'aide à l'enfance. Son fils n'obtiendrait que les cinq pour cent restants. En apprenant cela, son mari entra dans une colère noire, la traitant de mère indigne pour oser faire ça à son enfant. Elle savait qu'elle n'en avait plus pour très longtemps et qu'à travers leur fils, c'était son mari qui aurait la main mise sur ses biens. Et elle s'y refusait absolument.
La condition pour que Seijuro hérite de la totalité était qu'il vende ses parts du groupe Rakuzan pour sortir de l'influence de son père avant son trente-cinquième anniversaire. Ce qui ne l'empêcherait pas de se retrouver en possession de Rakuzan à la mort de celui-ci puisqu'il était son descendant direct. Chose qui arriva bien plus tôt qu'elle ne l'avait imaginé et encore moins de ce que son fils allait en faire. Soixante-cinq pour cent de la firme était à lui. Les trente-cinq pour cent restants étaient répartis entre les différents membres du conseil d'administration, Nijimura en tête.
L'exécuteur testamentaire avait révélé ce fait à Akashi alors qu'il venait d'avoir trente ans à peine, selon le désir de sa mère. Elle lui laissait cinq ans pour se décider. Mais devant la masse d'argent qu'il brassait en tant que PDG, les cinq pour cent lui semblèrent bien ridicules. Il considéra ça comme quantité négligeable. Mais c'était sans compter sur les problèmes qui allaient lui tomber dessus pour avoir joué avec le feu. Aujourd'hui, il ne lui restait que quelques mois pour prendre possession de l'héritage de sa mère dans son entièreté s'il voulait mener son projet à bien. Et c'est ce qu'il allait faire. Puis il revendrait le groupe et aurait un volume conséquent de liquidité pour réaliser son idée.
— Je comprends bien ta décision maintenant que tu es ruiné…
— Hayama !
— Quoi ? C'est la vérité !
— Laisse Reo, il a raison…
— C'est quoi ce projet ? Tu n'as toujours rien dit…
— Je vais monter ma propre maison d'édition et j'vous veux avec moi…
— Moi je suis partant, fit le brun, mais qui va te racheter les parts de Rakuzan ?
— Une banque que j'ai contactée…
— Nijimura va en faire une jaunisse, ironisa le chef du marketing.
— Shirogane aussi… Lui qui avait promis à mon père de veiller sur moi…
— Il peut continuer à le faire… Tu vas pas vivre en fonction de c'que les gens attendent de toi, objecta Mibuchi qui voyait là une occasion de lui dire enfin ce qu'il avait sur le cœur. Pendant toutes ces années, tu t'es conformé aux désirs de ton père de son vivant et même après son décès… Tu t'es jamais demandé que c'que t'as fait en spéculant c'était peut-être à cause de se carcan dans lequel t'as été élevé et qu'c'était un moyen de t'en affranchir ?
— Et tu penses que maintenant qu'j'en ai l'occasion, je dois pas la laisser passer ?
— Exactement ! Vis pour toi ! Et pas en fonction des autres !
— J'aurais pas dit mieux, approuva Hayama en souriant. Et que vont devenir les éditions Rakuzan à ton avis ?
— Vu comment ils s'en occupent, elles vont disparaître… Une place à prendre pour nous…
— Tu sais comment tu vas l'appeler ?
— Miracle des Mots…
— Les éditions Miracle des Mots… ça sonne bien, acquiesça Mibuchi qui voyait son horizon s'éclaircir.
— Mouais, j'suis d'accord, opina le promoteur avec un sourire.
— Alors ? Vous m'suivez ? Gardez à l'esprit que c'est risqué… J'peux pas vous garantir que ça va marcher… Mais je peux vous certifier que tout sera transparent… J'ai même trouvé la société qui s'occupera de la comptabilité, Teiko Excompt…
— Et pour les fournisseurs ? s'enquit Mibuchi.
— On en connaît beaucoup, mais faudra les convaincre de travailler avec nous et leurs prix seront à la hauteur de leur méfiance, reconnut très justement Akashi.
— Là, tu seras vraiment seul aux commandes…
— Kotaro, tu crois réellement que je vais vous laisser prendre tous ces risques sans une compensation ?
— C'est-à-dire ? fit celui-ci, curieux.
— Vous aurez des parts de Miracle des Mots et votre salaire, qui sera moins élevé qu'actuellement, sera aussi amputé de quinze pour cent qui seront versés sur un compte épargne à cinq pour cent d'intérêts pour vous constituer une réserve si jamais j'échouais…
— On pourrait débaucher quelques-uns de nos subordonnés… Ça précipiterait la chute des éditions Rakuzan, suggéra Mibuchi.
— Il faudrait leur offrir quelque chose de plus avantageux comme un intéressement aux bénéfices, ce qui n'est pas encore fait, ou un salaire supérieur à c'qu'ils ont, songea Akashi.
— Ou une épargne salariale, comme c'que tu nous proposes, c'qu'ils n'ont pas chez Rakuzan, préconisa Hayama.
— Bon, ne mettons pas la charrue avant les bœufs, les interrompit le jeune PDG. Une chose à la fois, j'veux pas m'planter…
— Et Nebuya ? demanda Mibuchi, compatissant.
— J'vais le voir aussi souvent qu'possible, mais j'lui parlerai pas de ce projet.
— C'crétin pourrait s'faire des idées, railla le promoteur. Il pourrait croire que tu vas le réembaucher à sa sortie…
— Si tout se passe bien, j'le ferai... Dans dix ans… (3)
La sonnerie de l'entrée retentit et Mibuchi alla récupérer leur commande. Ils dînèrent dans une ambiance détendue. L'avenir leur parut moins sombre. Hayama en avait assez de ses réunions avec Higuchi. Déjà avant qu'il ne soit agressé, il était sur le dos du département publicité. Il n'était jamais satisfait de son travail. Pourtant le promoteur faisait de son mieux, les journées n'avaient que vingt-quatre heures. Et ça commençait à lui peser. Il avait même commencé à envisager de changer de société, mais il ne voulait pas abandonner Akashi.
Pour Mibuchi, c'était peu ou prou la même chose. Higuchi avait lu quelques-uns des auteurs et il trouvait que le niveau n'était pas excellent. Et ce fut le chef du département de supervision qui avait fait les frais de son mécontentement alors que ses équipes n'avaient pas diminué la qualité de leur travail. Et cela donna lieu à de belles engueulades.
Mais ils avaient bien compris que pour Higuchi, se retrouver à la place d'Akashi était jouissif pour lui. Et il voulait effacer l'empreinte du jeune PDG et s'imposer. Sauf qu'il ne s'y était pas pris de la bonne manière et qu'un grand nombre de salariés le détestait. Ils connaissaient leur boulot et lui, il arrivait comme un cheveu sur la soupe et comptait changer les méthodes de travail ? Mauvaise approche. Il n'avait pas réussi à faire abstraction de sa haine pour Akashi pour le bien des éditions. C'était la décision de Nijimura de le placer à ce poste, il leur faudrait en assumer les conséquences. Comment expliquer que les choses allaient mieux depuis qu'Akashi s'était vu confier temporairement les éditions ? Mais allaitent-ils en tirer les bonnes conclusions ? Rien n'était moins sûr. Pour des raisons différentes, les deux hommes le détestaient. Sauraient-ils passer outre ce sentiment pour le bien du groupe ? Quoiqu'il en soit, l'ambiance n'était pas au beau fixe.
Comme dit la sagesse populaire, la merde, ça va toujours en descendant. Si la direction n'était pas satisfaite, l'effet domino s'enclenchait. Il fallait bien trouver des responsables. La colère grondait à tous les niveaux jusqu'à la simple standardiste de l'accueil. Finalement, les trois hommes étaient plutôt contents de voir qu'ils allaient bientôt échapper à cette atmosphère délétère et jouer un méchant tour à Rakuzan. Si la banque rachetait les parts d'Akashi, elle aurait un siège au conseil d'administration. Et une banque, ça ne parle que d'investissements et de profits. Comment allaient réagir les autres membres devant ce nouveau venu ? Intérieurement, Akashi jubilait. Un bémol cependant. Il ne voulait pas décevoir son parrain et il n'arrivait pas à savoir comment celui-ci allait réagir. Était-il au courant pour le testament de sa mère ? Peut-être aurait-il dû le consulter avant de lancer ce projet ? Mais ça aurait été encore vivre en fonction des autres comme le lui avait si bien fait remarquer Mibuchi. Non. Aujourd'hui, il prenait véritablement sa vie en main. Un point c'est tout.
Le lendemain, Akashi se rendit sur la tombe de ses parents, mais surtout pour sa mère. Il avait bien failli passer à côté de cette opportunité qu'elle lui avait donnée. Il voulait se faire pardonner. Il comprenait l'ultimatum que représentait son trente-cinquième anniversaire. Lorsqu'il regardait en arrière, ces dix années à faire les quatre volontés de son père, puis prendre en main les rênes de l'entreprise n'étaient pas réellement ce qu'il avait désiré. Il avait continué à agir comme il avait appris à le faire, visant toujours l'excellence et laissant en rade ceux qui ne suivaient pas son rythme. Il n'avait compris que récemment la bêtise de ne pas penser à ceux grâce à qui il se maintenait à sa place. Les clients du groupe, les salariés, et les écrivains pour ce qui était de la maison d'édition dont il avait voulu s'occuper personnellement. Ça manquait d'excitation à son goût, alors il avait spéculé en bourse croyant que parce qu'il était PDG avant l'âge de trente ans, ça faisait de lui un expert. Il avait joué, il avait perdu. La chute fut rude. Aujourd'hui, il était devant cette pierre tombale, les larmes aux yeux, priant que sa mère lui pardonne son aveuglement et reprochant à son père de l'avoir si peu aimé. Il avait toujours voulu qu'il soit fier de lui et il ne comprenait pas pourquoi il avait dévié ainsi. Pourquoi l'ennui l'avait-il gagné ? Que lui manquait-il pour pleinement apprécier son rôle de PDG du groupe Rakuzan ? Ensuite, pour quelle raison avait-il choisi la spéculation boursière ? Était-il à ce point imbu de lui-même et trop sûr de ses capacités pour croire qu'il pourrait jouer sur la scène de la finance internationale ? Il avait été bien prétentieux. Finalement, cette erreur d'Haizaki, c'était un mal pour un bien. Ça lui avait valu quelques semaines d'incarcération épouvantable, mais au final, il allait réaliser son projet. Peut-être que sans ça, il ne se serait jamais jeté à l'eau. Désormais, il allait vivre comme il l'entendait. Il sortit du cimetière et se rendit à son entretien avec son banquier et l'exécuteur testamentaire qui devait témoigner de la transaction…
— Je prends acte de la vente de la totalité de vos parts du groupe Rakuzan, fit le notaire en paraphant à son tour les documents dûment remplis que le banquier venait de lui remettre.
— Nous voilà donc membre du conseil d'administration, fit le responsable des acquisitions, satisfait de cette transaction.
— Est-ce que vous seriez intéressé par un autre investissement ? demanda Akashi avec un sourire aimable, mais au regard froid.
— Qu'avez-vous à proposer ?
— La société dont je viens d'hériter grâce à cette vente. Je vais vous faire parvenir les bilans comptables… Étudiez-les et tenez-moi au courant…
— Mais… monsieur Akashi, commença le notaire surpris, vous ne voulez pas de votre héritage ?
— Si bien sûr, mais j'ai un projet qui va nécessiter pas mal de liquidité… Vu ce qui m'est arrivé, je doute qu'une banque me fasse crédit et je le comprends… Je dois regagner la confiance des sphères de la finance…
— Eh bien, pourquoi pas, réagit le banquier. J'attends ces bilans et je vous tiens au courant, mais connaissant déjà la société de réputation, je pense pouvoir dire sans trop m'avancer que c'est une affaire qui pourrait nous intéresser…
— Fort bien, mais ne nous précipitons pas, repris l'ancien PDG de Rakuzan. Pour l'instant je vais entrer en possession de mon héritage et il me faudra rencontrer le directeur général… Il risque d'être surpris…
— Effectivement, mais il sait très bien que l'entreprise n'est pas à lui, reprit le notaire, et il connaît les clauses du testament de votre mère… Il ignorait simplement ce que vous décideriez de faire… Peu importe qui est le propriétaire tant que la firme fait des bénéfices… À ce propos, votre part vous sera également versée avec un effet rétroactif depuis le décès de votre mère…
— À qui appartenait la compagnie depuis ? s'enquit Akashi, qui n'avait pas songé à ça.
— Mon étude était temporairement en charge de la gestion… Si vous n'aviez pas vendu vos parts, nous nous serions chargés de la vente et nous vous aurions payé les cinq pour cent prévus… Le reste aurait été dispersé selon le souhait de votre mère…
— Nous gardons le contact, monsieur Akashi, fit le banquier en les laissant.
Les deux hommes retournèrent à leur voiture et Akashi lui promit de l'appeler dès qu'il aurait obtenu un rendez-vous avec le directeur de sa société puisqu'elle lui appartenait depuis environ une demi-heure. Son téléphone n'arrêtait pas de sonner. Il ne décrocha pas avant d'être rentré chez Mibuchi. Shirogane et Nijimura avaient tenté de le joindre à de multiples reprises. Le banquier avait certainement téléphoné pour dire qu'il était le nouveau membre du conseil d'administration. Akashi sourit. Le sourire de quelqu'un qui vient de jouer un mauvais tour ou un tour excellent. Tout dépendait de quel côté on se plaçait. Il décida de n'appeler que son parrain. Il ira voir Nijimura face à face.
Il envoya un message à Mibuchi et Hayama pour leur dire que l'affaire était conclue. Dans les secondes qui suivirent, il reçut deux SMS qui disaient que les cris de Nijimura s'entendaient dans tout le bâtiment. Eh bien, le banquier n'avait pas traîné pour faire valoir ses droits. Akashi jubilait. Il chercha Shirogane dans ses contacts et l'appela.
— Seijuro ! Mais qu'est-ce que tu as fait? entendit-il dès que l'avocat décrocha.
— C'qui m'semble évident… J'coupe les ponts… J'veux plus entendre parler de Rakuzan…
— Mais enfin pourquoi? Ton pauvre père doit…
— Mon pauvre père, comme tu dis, se foutait bien de moi… Il t'a dit de veiller sur moi pour être certain que le groupe continuerait sans lui…
— Ne dit pas ça…
— J'vais m'gêner, tiens ! T'étais au courant du testament de ma mère ?
— Il m'en avait parlé, mais il m'avait fait promettre de ne rien te dire…
— Je vois… Heureusement que l'notaire me l'a dit quand j'ai eu trente ans… J'ai gardé cette information pour moi… J'pensais pas en avoir besoin un jour… Tu savais que pour toucher cet héritage je devais vendre mes parts de Rakuzan ? Sinon je n'avais que cinq pour cent de la totalité ?
— Non… je l'ignorais, ton père n'est pas entré dans les détails…
— Si j'étais pas obligé de donner ton adresse comme domicile, je couperais aussi les ponts avec toi… Mais j'vais demander à voir le juge et à faire transférer mon lieu de résidence ailleurs…
— Seijuro, écoute-moi…
— Non, j't'ai trop écouté… T'as toujours été de bons conseils pour le groupe, pour moi quand j'ai été condamné pour fraude et de piratage informatique, tu m'as ouvert ta maison alors que j'étais à la rue et pour tout ça je te serai reconnaissant à jamais... Mais j't'écoute plus… Maintenant, j'vais vivre pour moi et plus en fonction de c'qu'on attend de moi… Demain, j'vais voir Nijimura et j'vais m'délecter de sa colère... Tu peux venir, si tu veux... Je serai au siège vers quatorze heures… T'auras qu'à suivre les hurlements…
À quatorze heures tapantes, Akashi entrait dans le hall du siège du groupe Rakuzan. Les employés présents le regardèrent, se demandant ce qu'il faisait là. La nouvelle comme quoi il n'était plus le PDG, s'était répandue à la vitesse de la lumière après que des personnes à l'étage de la direction aient entendu les hurlements de fureur de Nijimura. Et celui-ci l'attendait de pied ferme. Lui, il était détendu. Il marchait tranquillement dans les couloirs s'amusant des œillades qui lui étaient lancées. Il s'arrêta devant une porte à double battant sur laquelle était marqué le nom de Nijimura Shuzo, Président Directeur Général. La secrétaire appela son patron et ce fut lui qui vint lui ouvrir la porte.
— Bonjour Nijimura, fit-il avec un sourire moqueur.
— Qu'est-ce tu fais là ? gronda le PDG en le laissant entrer.
— J'suis venu vider mon bureau et j'ai pensé que j'pouvais passer t'voir…
— Pourquoi t'as fait ça ? gronda-t-il en retournant s'asseoir derrière son bureau tandis qu'Akashi s'installait dans le canapé joufflu et confortable.
— Quoi donc ? Vendre mes parts ? Tu conviendras qu'il m'en restait pas beaucoup…
— J'aurais pu t'les racheter, si tu m'l'avais demandé…
— Au dixième de leur prix ? Non merci, tu m'as déjà fait l'coup…
— À leur valeur actuelle…
— Menteur… T'aurais négocié, je t'connais… Mais ça n'a plus d'importance… Par contre votre nouveau membre au conseil d'administration ne sera pas facile à manipuler…
— Tu penses que j'manipule le conseil ?
— Tu l'as toujours fait pour pouvoir agir à ta guise et imposer tes idées… T'es l'actionnaire majoritaire, mais tu dois avoir l'approbation de tous pour certaines opérations... Et tant que j'étais là, ce n'était pas facile pour toi… Et avec la banque, ce sera encore plus compliqué… Ces établissements ne sont pas connus pour prendre des risques sans les avoir très méticuleusement calculés…
— Tu es fou… Nous aurions pu mener le groupe très loin à l'international, toi et moi, déclara Nijimura pour faire culpabiliser Akashi, en vain.
— Avant peut-être, mais mon incarcération, par ma faute je ne le nie pas, m'a appris deux ou trois petites choses que j'ai l'intention d'exploiter…
— Et quoi donc ? L'humilité ? railla le PDG.
— Rien qui t'regarde… Puis-je me rendre dans mon ancien bureau pour récupérer ce qui m'appartient ? demanda Akashi, mettant grossièrement un terme à leur conversation.
— J't'en prie, fais comme chez toi… Profites-en bien, c'est la dernière fois…
— Merci… J'en ai pas pour longtemps… Au fait, vu qu'j'ai pas l'intention de démissionner, il faudra que tu m'licencies avec la prime qui va avec sans oublier mes congés payés bien sûr…
Nijimura faillit s'étouffer de rage. Akashi sortit du bureau et alla dans celui qui avait été le sien jusqu'à hier. Il remplit trois cartons de babioles, de bibelots, de livres. Il prit son shogi ban, les bouteilles d'alcool qu'il y avait dans le bar et des dossiers enfermés dans le coffre-fort. Mibuchi entra après avoir reçu son message.
— Je ne vais pas pouvoir tout prendre, lui expliqua-t-il. Tu peux mettre ça dans ton bureau et ce soir vous le ramenez chez toi avec Hayama ?
— Bien sûr... Comment ça s'est passé ?
— J'me suis bien amusé, sourit l'ancien PDG.
— T'as besoin d'autres choses ?
— J'vais juste envoyer tout ce qu'il y a sur mon pc dans le cloud et le formater…
— Pourquoi tu l'emportes pas ?
— Il ne m'appartient pas, allons… Faudrait pas qu'on m'reproche d'avoir volé un ordinateur, expliqua-t-il avec un sourire de vainqueur.
— T'en as pour longtemps ?
— Une petite demi-heure... Cette bécane est surpuissante, ça ira vite…
— Les dossiers, tu veux que j'les prenne ?
— Oui…
— C'est quoi ?
— Des manuscrits d'auteurs à qui j'ai pas encore eu le temps de répondre et qui pourraient bien être nos premiers contrats pour Miracle des Mots…
— J'emporte tout ça… On se voit ce soir ?
— Absolument…
Akashi attrapa son bras pour le retenir et l'embrassa. Il était rare qu'il fasse le premier pas et Mibuchi apprécia d'autant plus. Il sortit du bureau et laissa son amant devant son pc. Un peu plus de trente minutes plus tard, Akashi sortait définitivement du groupe Rakuzan, le sourire aux lèvres…
Quelques jours plus tard, Akashi eut un entretien avec le juge pour l'informer de son changement de domicile, ce qui ne posa aucun problème tant qu'il pointait toutes les semaines au bureau d'application des peines. Il prit aussi un rendez-vous avec le directeur général de Amano Metal Japon, l'entreprise dont il venait d'hériter de sa mère. La compagnie se développait régulièrement depuis plus de soixante ans et faisait des bénéfices, malgré la crise économique. L'homme devait avoir une cinquantaine d'années, un visage émacié, mais avenant. Le notaire était également présent pour expliquer la transaction. Après avoir écouté, il comprit parfaitement que le propriétaire ne voulait pas gérer son héritage. Il dirigeait la société depuis plus de quinze ans et regretta de n'avoir pas les moyens de la racheter lui-même. Il formula des vœux pour que ce rachat, qui que soit le nouvel acquéreur, ne conduise pas à des licenciements, comme c'était souvent le cas et Akashi lui promit de bien insister sur ce point. Il n'y avait plus qu'à fournir les bilans comptables au banquier.
Il rentra chez Mibuchi et se vautra dans le canapé. Il avait l'impression qu'on lui avait enlevé un poids terrible des épaules. Il se sentait enfin aux commandes de sa vie. Avec le recul, il comprit qu'il n'avait jamais était libre, qu'il n'avait existé que pour le groupe. Il n'avait jamais eu aucune marge de manœuvre. Il n'avait jamais eu conscience de la prison que représentait Rakuzan, bien qu'il en fût l'héritier. Là, il éprouvait une sorte de légèreté qu'il n'en avait jamais connue. À toujours viser l'excellence, à toujours agir parfaitement comme cela lui avait été inculqué, il en avait tout simplement oublié de vivre...
À suivre…
(1) Moriyama Yoshitaka joueur de Kaijo qui demande toujours qu'on lui présente des filles, et qui regarde toujours dans les gradins s'il y a des filles.
(2) Suza Yoshinori joueur de Touou qui étudie avec Imayoshi dans la bibliothèque de leur lycée.
(3) J'ignore si la peine correspond au crime commis pas Nebuya, mais je sais qu'au Japon ils sont beaucoup plus sévères qu'en France.
