Jour 3 : La brumeuse Forêt Enchantée

J'ai revu ce Hibou suspect, juste à l'entrée de la forêt. Encore une fois, il m'a adressé des paroles aussi brumeuses que la purée de poix enveloppant les bois que je m'apprêtais à explorer.

Cette fois il m'a appelé « héros de l'éveil », d'une manière encore plus familière que la première fois que nous nous sommes croisé sur la plage. Pas si fortuitement, puisque j'ai l'impression que cet oiseau me suit. Ou qu'il me guide, mais ça reste encore à déterminer.

Il m'a aussi dit que l'île de Cocolint ne se trouvait sur aucune carte, épaississant un peu plus le mystère qui l'entoure. Comment avais-je pu m'y échouer si, comme le dit le Hibou, cette île est introuvable ? Serait-ce un pur hasard que je sois tombé dessus ? J'en doute, puisqu'il me répète qu'il a besoin de moi et que je ne pourrais repartir tant que le Poisson-Rêve dormira. Encore lui, ce personnage autour duquel semble tourner toute cette histoire.

Mais le Hibou ne s'y attarda pas, préférant plus ou moins subtilement m'orienter vers une caverne que j'avais déjà aperçu en explorant la plage.

Une caverne… Un donjon bien plus sûrement, dans lequel je vais apparemment devoir entrer. Pourquoi faire ? Je n'en sais encore rien, mais je ne semble pas avoir le choix de toute façon. Encore fallait-il pour cela en trouver la clef, dissimulée quelque part dans cette vaste forêt qui n'a d'enchanté que le nom selon mes premières impressions.

Après une tirade tenant bien plus lieu d'avertissement étrange selon lequel le Poisson-Rêve me regarde – d'où donc ? – le Hibou s'est envolé. De nouveau, je n'avais pas d'autre choix que de poursuivre mon chemin, toujours plus de questions envahissant mon esprit. Brandissant mon épée, il ne me restait qu'à avancer alors.

Cette forêt est un vrai labyrinthe, habité par ces immondes créatures porcines à la peau bleuâtre. Ayant lu le panneau d'avertissement à son entrée, je savais atterrir en territoire hostile. Les « Moblins », nom de ces monstres agressifs, ne sont guère accueillants. J'ai eu le loisir d'y croiser également ces sortes de petits slimes rouge. Quoique mignons lorsqu'on les frappe et qu'ils se divisent en deux plus petites versions d'eux-mêmes devenues inoffensives, je les trouve un peu trop collants à mon goût…

Cela dit, je n'y fis pas que de mauvaises rencontres. Au détour d'un chemin, après avoir été justement surpris par une attaque d'un des Moblins, que je n'ai pu éviter car ralentit par un mini slime, j'ai croisé une Grande Fée dans son étang. Enfin une créature pacifique et plutôt gentille, puisqu'elle m'offrit gracieusement de me soigner. Peut-être en recroiserais-je d'autre à l'avenir, qui sait.

Finalement, ma rencontre la plus insolite, et pénible aussi, fut celle avec ce raton laveur « espiègle ». Il n'a cessé de se moquer de moi, disant que j'allais me perdre si je continuais mon chemin. Décidant de l'ignorer au début, car je savais avoir un assez bon sens de l'orientation, je poursuivis quand même. Je n'avais pas encore mis la main sur cette clef, dont j'étais pourtant persuadé qu'elle ne se trouvait pas si loin. Seulement, après plusieurs fois à me retrouver au même endroit de façon inexplicable, je finis pas me dire que peut-être ce raton se jouait-il de moi. Mais comment m'en débarrasser ?

J'essayais de dialoguer, voir même de l'amadouer afin qu'il daigne me laisser passer, mais rien à faire. Plus têtu que cet animal là, cela ne pouvait pas exister. J'appris au moins une chose intéressante : il semblait ne pas aimer « ce qui est poudreux ».

Bien, oui, mais où trouver de la poudre quelconque à lui jeter dessus ? Heureusement, je n'avais pas encore exploré tous les recoins de ce dédale forestier. Rebroussant chemin, car le cœur du bois m'était visiblement interdit pour le moment, je poursuivis mon chemin vers l'est. Je finis par tomber sur un tronc abattu et formant une sorte de tunnel. Tunnel semblant mener sous terre. Resserrant ma prise sur mon arme, je m'y aventurais, peu sûr de savoir ce que j'allais y trouver.

Quelques crevasses sournoises, un ou deux slimes – verts cette fois – et une envolée de chauve-souris plus tard, je débouchais à la surface de l'autre côté. Un coin encore inexploré, dans lequel je mis la main sur…

Un champignon, de nature douteuse au vu de sa couleur.

Au moins, si je retrouvais le père de Marine au détour d'un buisson, je pourrais toujours contribuer à sa cueillette, tentais-je de me consoler. Faisant une fois de plus demi-tour, je continuais ensuite toujours plus vers l'est, jusqu'à finalement sortir de la forêt.

D'après l'atlas que j'avais consulté à la bibliothèque, je me trouvais désormais dans la Plaine de Cocolint. Parcourant la carte du regard, je vis au passage qu'une sorcière vivait non loin de là. Et les sorcières étaient réputées pour détenir diverses mixtures et autres poudres magiques anti raton laveur par exemple, non ? Une seule façon de le savoir, me rendre dans sa hutte donc.

Evitant de finir grillé par un slime vert plus grand, et électrifié surtout – mais d'où sort un monstre pareil ? – j'arrivais enfin devant un arbre creux. Il était surmonté d'un immense crâne d'une créature que je souhaitais ne jamais croiser et semblait aussi un peu mort au vu de sa couleur grisâtre. Pas très accueillant, mais je ferais avec. De toute façon, à peine en avais-je franchis le seuil, que la sorcière s'enthousiasma que je lui rapporte un champignon. Mais pas n'importe lequel, un « qui endort » apparemment, et duquel elle me prépara justement une poudre magique. Bingo !

Je devais avouer que les effets de cette poudre étaient un peu étranges, puisqu'elle pouvait par exemple allumer des torches. Mais enfin peu importait, puisqu'elle me permit avant toute chose de me débarrasser enfin du raton. Quelle ne fut ma surprise de découvrir qu'en vérité ce raton n'était autre que Tarkin, le père de Marine partit à la cueillette aux champignons. Apparemment, il en avait mangé un et avait rêvé s'être transformé en cet animal. Depuis quand la consommation de champignons vous transformait-elle en quoique ce soit ? Encore une hallucination de plus probablement.

Délaissant cette question à laquelle je doutais de pouvoir un jour avoir la réponse, je laissais aussi le pauvre homme reprendre ses esprits tout en relissant sa belle moustache.

Au bout du chemin je trouvais enfin la clef en forme de ver bizarre dans un coffre. Toutes ces péripéties m'ayant fatigué, je retournai auprès de Tarkin et lui proposai ensuite de rentrer ensembles. J'irais demain explorer le donjon de la plage, n'en déplaise à ce Hibou qui arriva – encore – à point nommé pour m'indiquer son emplacement exact. Je devais apparemment y récupérer un instrument de musique.

Pourquoi ? Ce n'est pas aujourd'hui que j'obtiendrais cette réponse-ci non plus visiblement…