Chapitre 2
Steve sortit du quartier militaire de la base de Washington où il était enfermé depuis trois semaines à rendre son rapport sur les évènements étranges qui avaient accompagné sa dernière mission en Roumanie. Il était soulagé de pouvoir enfin quitter la base et se retrouver seul avec lui-même car depuis son retour, il avait partagé son dortoir avec trois autres militaires et même s'ils étaient très sympathiques, ils empêchaient Steve de réfléchir comme il le souhaitait. Il était maintenant en congé pour deux semaines, le temps que l'état-major étudie ses déclarations, mais devait rester dans la capitale américaine au cas où il serait reconvoqué, il avait donc loué un petit studio dans un quartier peu cher de la ville. Après une demi-heure dans les transports en commun hanté par le souvenir de Charlie, il arriva dans son nouveau chez lui, la tête dans ses pensées, comme à chaque fois qu'il avait du temps pour réfléchir. Sa rencontre avec le rouquin, ses baisers, mais aussi leur conversation hantaient ses souvenirs, il voulait revoir cet homme, l'embrasser à nouveau et découvrir son corps, il voulait décrypter les énigmes qu'il lui avait laissé : la guerre dont il parlait et comment il avait fait pour le rendre inconscient puis le déposer dans la base militaire de Washington sans que personne ne les voit ; et plus encore, il voulait apprendre à connaître l'homme qu'il était. Il se demandait comment il avait pu tomber aussi vite amoureux de Charlie, car il était honnête avec lui-même, il était fou de cet homme et donnerait beaucoup pour le revoir, sauf qu'à force de le visualiser dans ses rêves éveillés, il ne réalisa pas tout de suite qu'il était bel et bien assis au milieu de son studio de location, un petit sourire au coin des lèvres.
"Salut !"
Steve sursauta et se retourna vivement vers le rouquin dont le sourire s'était élargi.
"Qu'est-ce que…? Comment ?"
Charlie sourit plus encore et se leva pour coincer le brun entre l'évier et son corps, ce dernier gémit au contact, il n'avait qu'une envie : dévorer les lèvres tentatrices face à lui.
"Le comment peut attendre, répondit Charlie d'une voix sensuelle. Et ce que je fais là, je pense que tu le sais, que tu as toi aussi senti ce lien qui s'est créé entre nous lorsque tu t'es jeté sur mes lèvres dans ce bar."
Rassuré de savoir qu'il n'était pas le seul à avoir vécu ce coup de foudre, Steve fondit sur les lèvres du rouquin, ce dernier avait beau être plus petit que lui, il était plus musclé et plus expérimenté, il prit le dessus dans le baiser avec aisance. La langue qui s'enroulait autour de la sienne, les lèvres qui bougeaient contre les siennes, les mains qui exploraient son dos et le corps pressé contre le sien lui donnèrent le tournis, le faisant gémir de plaisir et de frustration, il avait un besoin impérieux d'avoir plus, de ne faire plus qu'un avec Charlie. Il constata qu'il n'était pas le seul à ressentir cette envie existentielle quand il se retrouva nu - sans vraiment comprendre à quel moment Charlie les avait déshabillés - sur le lit, le rouquin autant vêtu que lui au-dessus de lui l'embrassait avec encore plus de ferveur. Il se sentait perdre l'esprit sous les sensations provoquées par son futur amant et la nécessité de l'avoir en lui. Avant lui, il n'avait jamais eu envie d'un homme en lui, mais à ce moment-là, il n'y avait rien qu'il n'eût plus désiré de toute sa vie, et Charlie ne faisait qu'attiser ce besoin en le caressant de plus en plus proche de ses parties intimes. Cependant, sa main recouverte de tâches de rousseur ne s'arrêta pas sur son sexe tendu à l'extrême, elle glissa plus bas jusqu'à son entrée, amenant un doigt plus en avant sur lequel Steve s'empala avec un soupir de contentement dès qu'il le sentit en cet endroit. Le militaire se mit à bouger des hanches avec entrain et ne ressentit aucune douleur lorsque son amant ajouta d'autres doigts pour le préparer à le recevoir, par contre, il grogna de frustration quand le vide et le besoin de Charlie l'emplirent.
"J'arrive." susurra le rouquin à son oreille avec un sourire charmeur.
Il s'allongea au-dessus de lui, mit tout son poids sur un bras et de l'autre guida son membre turgescent dans l'antre chaude. Steve l'entendit murmurer quelques mots dans une langue qui lui était inconnue, mais n'y prêta pas attention, trop subjugué par la satisfaction d'avoir son amant en lui. Le plaisir qu'il ressentit fut tout de suite intense, les va-et-vient de Charlie lui faisaient voir des étoiles et crier son plaisir, la bouche qui grignotait son cou rendait toute sa peau hypersensible et les gémissements qui passaient les lèvres de son amant le rendaient fou. Après une étreinte qui lui parût aussi brève que longue, Steve atteignit le paradis dans un cri d'extase, rapidement suivi par son amant qui s'immobilisa quelques instants avant de reprendre son mouvement. Le militaire, qui ne pensait pas cela possible, sentit son désir renaître, son membre se mettre au garde à vous et fit basculer son partenaire sous lui pour prendre le commandement des opérations. Ils prirent cette fois le temps d'explorer le corps de l'autre, de s'observer, de s'embrasser, de se caresser alors qu'ils s'unissaient tout en douceur. Ils se dirent tant et si bien ce qu'ils ressentaient, qu'ils atteignirent le septième ciel ensemble en criant le nom de l'autre contre ses lèvres. Steve s'effondra sur le torse de Charlie qui referma ses bras autour de lui et avant qu'ils ne le réalisent, tous deux s'endormirent.
Lorsque Steve se réveilla, une douce odeur de café flottait dans l'appartement et la vision délicieuse de Charlie lisant à la fenêtre, habillé seulement d'un boxer, ses cheveux longs encadrant son visage, l'emplit d'amour et de bonheur.
" 'lut, marmonna le soldat qui ne comprenait pas qu'il n'ait pas été réveillé par les bruits dans le studio.
- Eh, répondit Charlie en posant son livre et le rejoignant sur le lit pour un langoureux baiser.
- Je comptais aller courir un peu, mais je crois que je vais changer mes plans."
Le rouquin lui sourit, mais se plaça hors de sa portée, ce qui lui fit froncer les sourcils et se demander si quelque chose n'allait pas.
"Va courir, il faudra qu'on discute ensuite. J'ai un rendez-vous dans vingt minutes de toute façon."
Steve se referma à ces mots, il se demanda quel genre de rendez-vous pouvait avoir Charlie après leur première nuit ensemble et réalisa qu'il ne savait quasiment rien de cet homme dont il était amoureux.
"Un rendez-vous ?" demanda-t-il, amer.
Charlie sourit plus encore et revint contre lui, il lui passa un bras autour de la taille et tint son visage à quelques centimètres du sien pour lui répondre en chuchotant.
"Avec l'ambassade pour mon séjour ici, mais t'inquiète pas, je reviendrai ici ensuite pour discuter et te faire l'amour encore et encore."
Steve se sentit bête d'avoir réagi de manière aussi insécuritaire et en même temps ravi du planning proposé. Il posa ses lèvres sur celles du rouquin et l'embrassa avec tendresse, ses bras entourèrent le cou tacheté et il colla leurs torses ensembles ainsi que leurs bassins. La fièvre les envahit, leurs mains se firent plus insistantes sur le corps de l'autre, mais Charlie mit soudain une distance d'un mètre entre eux.
"J'ai pas le temps pour ça. Va courir, on se retrouve tout à l'heure." dit-il en s'habillant, le souffle un peu court.
Steve resta immobile, nu, à genoux sur le lit, le souffle court et avec un début d'érection. Il tentait de calmer ses ardeurs, sans réel succès, la vue de son amant lui donnait envie de l'arrêter, de l'empêcher de remettre ses vêtements. Charlie termina de se préparer, vint à ses côtés et prit son visage en coupe pour l'embrasser. Steve gémit en sentant les lèvres sur les siennes, mais plus encore lorsque la main du rouquin descendit le long de son corps et effleura son érection. Il protesta lorsque Charlie s'éloigna et entrouvrit la porte.
"A tout à l'heure." souffla-t-il avant de sortir et de refermer la porte derrière lui.
Steve resta immobile un moment, chercha à ignorer le problème que son amant avait amplifié, mais il n'arrivait pas à sortir du lit, à se calmer, alors il prit le temps de se caresser en pensant à la nuit précédente avant de réussir enfin à éclaircir ses idées et à aller courir.
Ce ne fut qu'à son retour, après trente minutes de course et quinze d'exercices variés, une fois sous la douche, qu'il fut assailli par le doute. Il reprit mentalement tout ce qu'il savait sur son amant, c'est-à-dire pas grand chose, et réalisa qu'il y avait de nombreuses choses qui ne tenaient pas debout, qui n'étaient même pas possible. Par exemple, comment Charlie pouvait partir tranquillement pour l'ambassade d'Angleterre cinq minutes avant son rendez-vous alors qu'il fallait une heure pour s'y rendre en transports en commun et ne pas être en retard ? Comment avait-il fait pour entrer dans l'appartement sans forcer la serrure ? Comment pouvait-il avoir participé à une guerre en Roumanie alors qu'il n'y avait pas de guerres en Europe ? Comment avait-il pu le ramener en Amérique ?
La tête dans ses pensées, il sortit de la douche et se servit un café qu'il ne but pas, cherchant à comprendre sa situation et se demandant s'il n'était pas instrumentalisé d'une manière ou d'une autre.
