Chapitre 14 : Mauvaise nouvelle du champ de bataille
- Je dis juste que c'est pas logique, Dit Edward en griffonnant sur son papier
- Je te demande pas de trouver ça logique, je te demande de faire ce que je te dis
- Non mais si y'a des numéros sur les films c'est pour qu'on puisse les regarder dans l'ordre chronologique
- Non mais ça été fait pour qu'on voie d'abord le 4,5 et 6. Puis le 1,2,3. Puis le 7,8,9. C'est tout
- Tu m'as pas dit que le 4,5,6 ont été faits en premier parce que Lucas savait qu'il avait pas la technologie pour réaliser sa vision pour le 1,2.3 ? Et que les 7,8,9 étaient pas prévus du tout à la base ?
- Si mais n'empêche faut regarder le 4,5,6 d'abord !
- Ça n'a AUCUN sens !
- Si, c'est juste un sens pas chronologique. Tu vois c'est pour ça que t'arrives pas à piger la noétique. Tu manques de souplesse d'esprit !
- Je t'assure que je peux être très souple !
- Oh vraiment ?
La joute verbale aurait pu continuer comme habituellement quand ils furent interrompus par la sonnette de l'accueil.
- George est pas là ? Se demanda Serena
- Est il jamais la ? Grommela Ed
Serena se leva mais se figea quand elle vit qui était à l'accueil. Elle appela :
- Gale ?
Le jeune homme n'avait pas tant changé, en dehors de sa stature qui semblait bien plus martiale. Il tourna la tête et sourit. Il s'approcha et dit :
- Salut Princesse. T'as l'air en forme...
- Salut… Euh… je te présente Edward, c'est notre voisin. Ed, voici Galen, un camarade d'Eden School
Edward fit un signe de tête. Un silence s'installa. Gale finit par dire :
- Tu vis ici depuis longtemps ?
- Depuis qu'on est sorti de l'école donc ça va faire un an maintenant. Et toi ? L'armée ? Toujours envie d'y rester malgré le fait qu'on veut vous envoyer tirer sur des foules ?
- Je suis pas venu parler de ça… On peut… je peux te parler ? En privé. C'est important.
- Si tu veux… ça te gêne pas de rester seul 2 minutes Ed ?
- Traînez pas. Au cas où y'a un vraiment client qui arrive… marmonna Ed avec un regard antipathique pour Galen
- Je ferai de mon mieux… Tu viens Réna ? Répondit le jeune militaire sur un ton agacé
- Oui oui. Suis moi…
*o*
Elle l'emmena dans le restaurant vide. Elle le regardait du coin de l'œil et le trouvait changé. Il avait perdu l'étincelle de malice qui faisait son charme. Il avait l'air plus posé, plus strict, plus militaire. Elle s'inquiéta pour lui.
- Alors, qu'est ce qu'il se passe ?
- Je viens pas t'apporter de bonnes nouvelles, Réna
- Je me doute… crache le morceau
- C'est Laurie… dit il après avoir pris une grande inspiration
Serena sentit son cœur descendre dans sa poitrine et disparaître. Elle s'agrippa à la table derrière elle et dit dans un souffle
- Qu'est ce qui s'est passé ?
- Son père l'a retrouvée
- Non…
- Tu sais qu'elle était entrée dans la police ?
- Évidemment… Je l'ai vu il y a 15 jours. Elle avait lancé un programme pour les femmes et enfants battus dans son commissariat
- On pense que c'est comme ça qu'il l'a retrouvé. Vu qu'il est dans le public visé… des auteurs de violence… bref, il l'a retrouvée
- Qu'est ce qu'il s'est passé ? Comment elle va ?
Gale secoua la tête. Il perdit toute sa stature et sembla s'effondrer sur lui même. Serena eut l'impression qu'un million d'abeille s'étaient installées entre ses oreilles. Et qu'elles piquaient.
- Gale… Dis moi comment elle va. Je t'en supplie Gale dis moi qu elle va bien !
- Je peux pas… Serena je peux pas te dire…
- Gale…
- Elle est partie, princesse. Je suis désolé…
Les abeilles se turent, laissant à Serena une lourde conscience du silence environnant. Elle laissa échapper un hoquet qui ressemblait à un sanglot. Gale leva la tête brusquement mais elle ne pleura pas. Serena, malgré tout ses efforts, ne pleurait pas. Elle avait l'air sidérée, hochant la tête sans s'arrêter de droite à gauche. Les cris de sa mère semblaient revenus en fond sonore dans sa tête, réveillant la cicatrice douloureuse de son manque de souvenir.
- C'est pas possible… murmura t'elle
- Je suis désolé…
Il la prit dans ses bras. Elle se souvint de l'ado qu'elle avait été à son arrivée à Éden School et de l'importance qu avait eu Laurie dans sa transformation en la jeune femme qu'était Serena aujourd'hui. Elle serra Gale un peu plus fort. Ils restèrent enlacés un moment jusqu'à ce que Gale brise le silence :
- Je pense que Lio devrait vous joindre bientôt.
- Ah bon ?
- Les obsèques auront lieu près d'Eden. Laurie l'a réclamé. Elle avait pas d'autres maisons.
Serena se demanda où était sa maison à son tour. Elle chassa cette pensée. Elle s'éloigne de Gale :
- T'as d'autres personnes à prévenir ?
- Gabrielle est la seule encore en ville
- Je sais pas si elle voudra te voir. Elle s'est pas mal impliquée dans les mouvements de résistance dernièrement
- Moi j'appelle ça des mouvements de rebellions
- On va pas parler de ça maintenant Gale… Dit Serena, fermement
Elle regarda son ancien amoureux et se demanda ce qu'elle ressentait pour lui. Elle n'était pas sûre. Elle soupira, chassant encore ces pensées bien impromptue :
- Je vais devoir trouver un moyen de l'annoncer à Alicia
- Tu veux que je reste ?
- Euh… non, c'est gentil Gale mais… je vais m'en occuper…
- Ta sœur va bien ? En dehors de…
- Oui oui… elle a un petit copain maintenant ! Sourit Serena
- Un mec sympa ?
- Oui, adorable !
- Bon tant mieux… c'est quand même pas ce type à l'entrée ?
- Ed ? Non ! Sourit la jeune femme. C'est son frère par contre
- Deux frères et deux sœurs c'est presque trop parfait…
- Presque oui…
Elle entendit la cloche de l'entrée sonner et s'excusa auprès de Gale :
- Ah, attends je vais voir si c'est pas un client…
Mécaniquement, elle se dirigea vers le comptoir. Elle répondit à la question d'un des invités de l'hôtel. En remplissant des tâches mécaniques et habituelles, elle se rendit compte de l'absurdité de tout ça. Et pour la première fois depuis des années, elle se demanda ce qu elle voulait faire de sa vie. Perdue dans ses pensées, elle sursauta légèrement quand elle vit s'approcher Gale du comptoir :
- J'espère que le frère est plus sympa que celui là.
- Ah ? Oh ! Ils sont différents... Ouais, ils sont différents...
- Mmmh. Bon. Oublie pas que Lio doit t'appeler. Reste près du téléphone
- Ok
- On se voit bientôt de toute façon
- Ok
- Prends soin de toi. Appelle moi
- Ok
Gale sourit, l'embrassa sur le front et sortit. Serena resta figée quelques instants. Elle s'étonnait encore de ne pas pleurer. Laurie était une de ses meilleures amies, l'une de celle qui avait eu un rôle majeur dans sa vie. L'une de celles avec qui elle était encore en contact régulier. Presque une sœur.
*o*
Mécaniquement, elle rejoint le petit salon et s'assit dans son fauteuil habituel. Elle tourna son regard vers Edward, qui restait silencieux en la regardant. Il s'était bien rendu compte que quelque chose venait de se passer mais attendait qu'elle soit à l'initiative de la prise de parole. Elle ne vit aucune pitié ni aucune commisération dans son regard, ni de curiosité. Son attitude semblait dire « quoi qu'il se passe, on sait tout les deux que tu es assez forte pour le surmonter ». Elle prit une respiration et lui dit :
- Je comprends… tu sais… l'envie de ramener quelqu'un à la vie… c'est tentant
La respiration d'Ed s'accéléra légèrement et il fronça les sourcils. Il lui dit :
- Si il y a bien quelqu'un qui peut comprendre… je m'attendais bien à ce que ça soit toi
- Je suis touchée…
- Ça reste une bonne grosse idée de merde
- Je sais
Elle eut un rire nerveux et elle dit :
- Mais c'est tentant… ça doit être la preuve que j'ai rien appris Ed...
Le jeune homme resta silencieux, il n'eut aucun geste de compassion pour elle. Il savait que tant qu'elle n'avait pas fini d'exprimer ce qu'elle avait sur leur cœur, elle aurait détesté n'importe quel geste de compassion, qu'elle prendrait pour de la pitié. Elle continua :
- La Vérité n'arrêtait pas de me traiter d'idiote. Elle avait vraiment raison. J'ai rien appris. J'ai perdu mes souvenirs, j'ai fait deux ans de coma, toute ma famille est morte, je me suis fait tabasser, humilier et enfermer à cause de ce que j'ai fait… et voilà qu'à la première difficulté, je me dis que ça vaut peut être le coup de recommencer
- Tu comptes le faire ? Recommencer ?
Il y eut un silence. Serena regardait le plafond. Elle se posait vraiment la question. Puis elle répondit :
- Non.
- T'as mis le temps pour répondre…
- Ça t'inquiète ?
- Non. Au contraire.
Elle le regarda, en haussant les sourcils. Il eut un demi sourire :
- Ça veut dire que t'as réfléchi. Avant de répondre. Donc pas de raison que ça m'inquiète. Tu vas pas le faire
- Mmmh. T'es fin psychologue
- Je pense pas l'être. Mais c'est que je maîtrise le sujet.
- Mmmmh.
Il y eut un silence. Tout les deux étaient plongés dans leur pensée. Serena finit par dire :
- T'avais des amis ? De la famille ? Dans ton monde...
- Pourquoi ?
- Pour savoir
- Oui. J'avais des amis. Des gens avec qui j'ai grandi, qui sont comme ma famille. Plus même que ma famille. Et puis y'a des gens au côté de qui j'ai combattu.
- Ils te manquent ?
- Oui.
- Je vois…
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai pas beaucoup d'amis moi. Mais ceux que j'ai, c'est comme tu dis. Plus que de la famille. Ils doivent terriblement te manquer.
Edward garda le silence. Serena continua :
- Comment tu fais ? Pour supporter l'absence… pour accepter le fait que tu les reverras jamais ?
- Je sais pas si j'arrive à le supporter, Se contenta-t-il de répondre avec la plus grande honnêteté
- Ah.
Serena ramena ses genoux contre sa poitrine et posa son menton contre ses genoux. Elle avait l'air vulnérable d'un coup. Ses yeux brillaient davantage que d'habitude. On aurait cru une petite fille. Edward se redressa instinctivement et se pencha vers elle. Il tendit sa main et la posa sur la sienne. Elle le regarda et dit :
- Parce que je vais devoir supporter ça à partir d'aujourd'hui. J'avais une amie. Comme une sœur. Elle fait partie des gens qui m'ont sauvée quand presque tout le monde avait abandonné. Je l'aimais. Elle était forte et bonne et lumineuse. Elle voulait aider les gens qui avaient vécu ce qu'elle avait vécu quand elle était enfant. Elle est morte. Je la reverrai jamais.
Edward serra la main de Serena, sans lâcher son regard. Elle murmura :
- Je sais pas comment on survit à ça.
- Moi non plus. Mais on survit. C'est comme de l'instinct. T'as survécu à la mort de ta mère
- Oui mais j'ai…
- Je sais ce que t'as fait. Mais t'es plus la même aujourd'hui. T'as vu la Vérité. T'as grandi. T'as changé. Tu vas survivre. Ça sera dur mais tu vas le faire.
- T'es sûr de ça ?
- Je te fais confiance
Serena sourit et serra la main de son camarade en retour. La cloche de la porte d'entrée les fit sursauter. Alphonse et Alicia entrèrent dans le petit salon. Le jeune homme dit :
- Ben qu'est ce qui vous arrive tout les deux ?
- On dirait bien que… ça va Réna ? S'exclama Alicia
Serena se déplia et se dirigea vers sa sœur. Elle l'a prit par les mains et lui dit doucement :
- Y'a Gale qui est passé aujourd'hui
- Gale ? Qu'est ce qu'il voulait ?
- Il était porteur de mauvaise nouvelle…
- C'est Lio ? Maël ? Paniqua Alicia
- Non, ma puce… c'est… C'est Laurie
- Laurie ? Mais on l'a vu y'a pas deux semaines ! Elle allait très bien !
- Je sais… tu te souviens qu'elle avait monté un dispositif pour lutter contres les violences domestiques ?
- Oui, bien sûr
- Apparemment, ça l'a emmené à s'adresser à des hommes violents et… son père a finit par retrouver sa trace…
- Quoi ?
- Il s'en est pris à elle…
Alicia sentit ses yeux se remplir de larmes. Elle serra les mains de sa sœur et murmura :
- Elle s'en est sortie ?
- Non… répondit Serena sur le même ton
Alicia éclata en sanglots dans les bras de sa sœur. Alphonse avait les yeux humides et regardait son frère. Edward se leva et prit aussi son petit frère dans les bras.
